jeudi 12 février 2015

Prix de l’électricité: Petits arrangements entre bandits

Source : UFC Que Choisir et Médiapart, mis en ligne le 12 février 2015

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Réduire la consommation d’électricité est l'un des objectifs du "projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte" actuellement débattu au Sénat. La bataille fait rage en coulisses pour capter les profits générés par cette nouvelle donne énergétique. Nouveaux acteurs et puissances installées (EDF, GDF Suez) s’affrontent sur les décombres du service public de l’énergie, progressivement démantelé par le mouvement de libéralisation des dix dernières années. Comment continuer à gagner de l’argent malgré la volonté affichée de faire baisser la demande ? Les entreprises de l’énergie ont une idée : valoriser les économies d’électricité réalisées par les consommateurs, grâce à « l’effacement ». L’arrêté qui rémunère l’effacement électrique diffus, pratique qui consiste à réduire ou couper momentanément l’alimentation de foyers volontaires en cas de pics de consommation, vient de paraître. Il va alourdir la facture d’électricité de tous les usagers au profit d’un opérateur privé. Scandaleux.
Si la facture d’électricité a augmenté de 2,5 % ce 1er janvier, c’est à cause de la CSPE, la taxe sur la contribution au service public de l’électricité. D’année en année, elle coûte de plus en cher aux consommateurs car elle sert à peu près à tout, du soutien aux énergies renouvelables à la péréquation tarifaire dans les îles en passant par la cogénération et les tarifs sociaux.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’arrêté du gouvernement publié au Journal Officiel le 22 janvier charge encore un peu plus la barque. Il instaure une prime qui sera versée aux opérateurs d’effacement diffus, mais payée par la CSPE ! Autrement dit par tous les ménages, qui vont voir leur facture d’électricité augmenter, qu’ils soient clients d’EDF ou d’un fournisseur alternatif, puisqu’à partir de maintenant, la charge de la CSPE s’alourdit de 16 € par mégawattheure (MWh) d’effacement diffus (tous les 1 000 kWh « effacés »).

En plus cette prime de 16 € par MWh payée par les consommateurs va être versée à des opérateurs privés, et même à un seul à ce jour : Voltalis ! Une décision scandaleuse, juge l’UFC-Que Choisir, mais un coup de maître pour cette société dirigée par d’ex-cadres dirigeants d’une filiale d’EDF.


Coupures momentanées et volontaires


L’effacement diffus des consommations d’électricité consiste à réduire ou couper de façon momentanée la consommation de courant. Il se fait chez des particuliers volontaires qui se chauffent à l’électricité, Voltalis les équipe "gratuitement" d’un boîtier, avec le soutien de collectivités locales. Quand il fait très froid et que les pointes de consommation d’électricité risquent de provoquer des coupures de courant sur une bonne partie de la France, ou encore quand il faudrait mettre des moyens de production très onéreux en service pour répondre aux besoins, les boîtiers déclenchent des coupures momentanées des radiateurs électriques et du chauffe-eau pour soulager le réseau électrique.

Qui est Voltalis ?


Créée en 2007 par des ingénieurs issus du corps des Mines, la société est aujourd’hui présidée par Pâris Mouratoglou, qui a fait fortune grâce à la bulle du photovoltaïque de 2009 et aux tarifs d’achat surévalués. Voltalis opère sur le marché d’ajustement, en vendant à RTE des Mégawatts (MW) d’électricité « effacée » – elle est la seule entreprise sur le créneau de l’effacement diffus. Elle ambitionne d’opérer à terme sur le marché de gros, où s’approvisionnent directement les fournisseurs. L’idée est la suivante : plutôt que commercialiser de la production supplémentaire, ils proposent de la demande « en moins ».


Mais contrairement à ce qu’on pourrait a priori penser, les grands gagnants de cet effacement diffus ne sont même pas les ménages équipés. L’effacement consiste en un report des consommations, ce n’est pas un dispositif d’économies d’énergie.


À l’inverse, Voltalis se rémunère en vendant la consommation évitée en période de pointe, c’est-à-dire au tarif le plus élevé. Et l’autre grand gagnant de l’effacement, c’est le gestionnaire du réseau électrique, ERDF. Il évite ainsi de lourds investissements pour remettre le réseau à niveau. ERDF sous-investit d’ailleurs dans le réseau depuis des années, et ce n’est pas faute d’argent quand on voit le montant des dividendes versés à sa maison mère EDF en 2013 : 534 millions pour un bénéfice de 830 millions ! En gros, les consommateurs vont payer pour pallier ce manque d’investissements dans le réseau.


Scandaleux pour les consommateurs, cet arrêté est donc en plus aberrant d’un point de vue économique. L’effacement aurait dû être mis à la charge de ceux à qui il profite, à savoir le gestionnaire de réseau, les fournisseurs d’électricité et les opérateurs d’effacement. Mais leur puissant lobbying auprès des ministères l’a emporté sur la maîtrise des tarifs de l’électricité dont la ministre de l’Écologie avait pourtant fait un cheval de bataille il y a quelque temps.


L'effacement électrique diffus, est-ce efficace ?


Voltalis l'annonce avec conviction : « Ça ne coûte rien au consommateur de s’équiper de notre boîtier et ça fait baisser sa consommation, c’est le volet le plus important de ce que nous faisons, c’est pour ça que nous excitons », explique Pierre Bivas, co-fondateur de Voltalis. Mais d’après l’Ademe, qui a réalisé la seule étude indépendante sur le sujet en 2012, le taux d’économie d’électricité obtenu les jours d’effacement par rapport à la consommation journalière d’un foyer ne dépasse pas 6,8 à 8,3 %. Les économies sur le chauffe-eau sont nulles (toute l’énergie effacée est re-consommée derrière) et pour le chauffage électrique, un effacement sur 33 % du temps engendre une économie de 13,2 %. Les économies « peuvent être en partie annulées par un surplus de consommation à l’issue de la période d’effacement, par exemple pour remettre le logement à la température souhaitée (c’est l’effet report) », écrit l’Ademe. C’est sur cette base que l’Autorité de la concurrence a conclu en 2013 que le subventionnement de l’activité d’effacement n’était pas pertinent : « Il apparaît que le lien entre effacement de consommation et économies d’énergie n’est pas clairement démontré. »

Étude de l'Ademe sur l'effacement diffus (2012).



Le feuilleton à rebondissements de l’effacement est révélateur d’une tendance lourde : comme les places financières, les marchés de l’électricité ne semblent être compris que par les acteurs qui y agissent et s’y enrichissent – ou espèrent le faire. Élus et associations écologistes n’ont rien dit sur cette réforme pourtant structurelle du marché et du prix de l’électricité. Ce silence permet au cercle fermé des acteurs de l’énergie de décider ce que bon leur semble, en toute opacité.


Pour en savoir plus

Lire l'excellent article publié sur Médiapart : http://bit.ly/1F0Mh1P

Commentaire: Et pendant ce temps là, Paris envisage de postuler pour les Jeux Olympiques de 2024, PSG se qualifie pour les 1/4 de finale de la Coupe de France, un boulanger est empêché de travailler avec ses équipes 7 jours sur 7, Roger Hanin est mort, DSK témoigne de sa sexualité «plus rude» que la moyenne des hommes, les binômes candidats aux élections départementales se font connaître, etc.
Bonne nuit et bonne chance  


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