mercredi 20 mai 2015

Lignes très haute tension: De plus en plus de projets, de plus en plus de contestation

20 mai 2015 / Aurélie Delmas et Floriane Leclerc (http://www.reporterre.net/)

Commentaire: Lutter contre les lignes à haute et très haute tension, c'est comme lutter contre les éoliennes. Unissons-nous pour faire respecter nos vies et nos cadres de vie. «Halte au massacre».

Bonne lecture

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Construites par RTE, filiale d’EDF, de plus en plus de lignes à haute et très haute tension fleurissent partout en France. L’exaspération se fait sentir chez les quelque 375 000 personnes qui vivent à proximité de ces lignes, les opposants dénonçant des projets surdimensionnés et des risques sanitaires.


«RTE dégage de notre paysage» ! Le mot d’ordre des manifestants aveyronnais, qui défilaient le 21 mars contre un projet de «méga-transformateur» électrique initié par Réseau transport électricité de France, filiale d’EDF, pourrait être repris en chœur un peu partout dans l’Hexagone. Les 100.000 kilomètres de lignes à haute et très haute tension qui permettent de transporter l’énergie avec moins de pertes sur de très grandes distances, font grincer des dents. En 2010, 375 000 personnes vivaient à proximité d’une de ces lignes, selon RTE. Nord, Manche, Aveyron, Aude, Pyrénées,Hautes-Alpes… L’exaspération se fait sentir.


La vague de contestation, née dans la Manche à la fin des années 2000 autour de la ligne THT qui relie la centrale nucléaire de Flamanville à la Mayenne, s’est étendue. À l’époque, cette ligne Cotentin-Maine de 400 000 volts, traversant 64 communes, avait provoqué la colère d’élus et associatifs qui avaient déposé - le plus souvent en vain - des dizaines de recours en justice. Après sa mise en service en 2013, c’est désormais la ligne FAB, dont l’objectif est de relier la France et l’Angleterre par voie sous-marine, qui inquiète les habitants de la Manche. L’objectif de RTE est simple: Augmenter la capacité d’échanges entre les deux pays d’ici 2022.


Un réseau pour «valoriser les énergies renouvelables»


Le service de presse de l’entreprise fait valoir un réseau qui permet «d’intégrer et de valoriser les énergies renouvelables, produites dans des zones éloignées des zones de consommation» et «de lisser, à l’échelle européenne, la variabilité des énergies renouvelables» afin d’accroître leur valeur». Lorsque RTE développe des projets de lignes à haute ou très haute tension, il le fait «en recherchant un équilibre entre les attentes des populations en matière de développement économique et de préservation de leur cadre de vie», précise-t-on encore du côté de RTE qui vante les commissions thématiques, réunions publiques et autres ateliers mis en place à chaque concertation. Peine perdue. Ici comme ailleurs, l’argumentaire bien rôdé de l’entreprise ne calme pas la grogne.




Dans l’Aveyron, le 21 mars, 400 personnes ont manifesté dans le village de Saint-Affrique, bouclé par les forces de l’ordre, contre un projet de méga-transformateur électrique de 10 Ha. Pour l’heure, les propriétaires du terrain concerné refusent de le vendre. À la place des pylônes, c’est une cabane qui se dresse là: «L’Amassada», nouveau lieu de contestation inauguré en janvier.


Le maire de la commune concernée, Saint-Victor et Melvieu, déplore que «RTE communique assez peu» sur son projet: Acheminer via des lignes THT l’électricité de 1 000 éoliennes installées sur le plateau. «Une autoroute électrique», comme la qualifie Jean Capel, qui divise la population. «Le chantier créerait de l’emploi, concède l’édile. Mais RTE a bien précisé qu’après les travaux, il n’y aura personne sur le site. C’est un peu le pot de terre contre le pot de fer mais on gagne du temps, c’est déjà pas mal», se félicite-t-il.


Projets surdimmensionnés et craintes sanitaires


Dans les Hautes-Alpes aussi, une partie de la population est vent debout contre RTE. Un projet de deux nouvelles lignes 225 000 volts, reposant sur les projections de consommations de RTE, a été validé en 2011. «On n’est pas contre le projet de rénovation électrique mais il nous semble surdimensionné. On n’a pas à payer les frais de cette politique sur nos paysages», explique Patrick Baronna, secrétaire de l’association Avenir Haute-Durance qui redoute les conséquences de l’implantation de pylônes à proximité des captages d’eau potable.


D’autant que la société italienne ENEL envisage une connexion au réseau français dans la Haute-Durance, ce qui donnerait une toute autre portée au projet, déjà implanté dans la zone d’adhésion du parc national des Écrins. Sur place, deux recours ont été déposés au Conseil d’État par cinq communes, des associations et des particuliers. Les habitants, rassurés par la promesse de RTE de respecter une distance de 100 mètres avec les habitations, relèguent les craintes de santé publique au second plan.



Manifestation à Saint-Affrique le 21 mars dernier


D’autant que les effets potentiels des champs électromagnétiques extrêmement basse fréquence (50 hz), induits par les lignes haute et très haute tension, n’ont jamais été scientifiquement prouvés. Le doute, toutefois, subsiste. L’enquête du Criirem, menée auprès des 160 communes de l’axe Cotentin-Maine en 2008, soulignait ainsi «une dégradation significative des conditions de vie et de travail» chez les riverains. Classés comme «potentiellement cancérigènes» par l’OMS en 2002, les champs électromagnétiques émis par les lignes ont également fait l’objet d’un rapport parlementaire en 2010 en France qui recommandait, «par mesure de prudence», de ne pas exposer les enfants de moins de 6 ans.


Dans le même temps, l’Afsset elle-même préconisait de respecter une distance de 100 mètres entre les lignes et les habitations. Pour les agriculteurs, la problématique est bien connue. Chute de la production de lait, agressivité et nervosité du bétail… Thierry Charuel, éleveur installé à une centaine de mètres de la ligne THT Cotentin-Maine, a obtenu gain de cause en justice en janvier dernier. Le tribunal de Coutances a condamné RTE à l’indemniser pour la perte de productivité de ses vaches laitières. La décision pourrait toutefois être modifiée en appel.


Lutter contre le «business de l’électricité»


Les manifestants, qui ont l’impression qu’on leur force la main, veulent des alternatives. Une ligne enfouie sous terre «coûterait environ 10 % plus cher, admet Patrick Baronna, mais au vu des pertes, des pannes et de l’entretien, cela serait beaucoup plus intéressant sur le long terme». Pas de défiguration du paysage et un champ magnétique fortement atténué sur la distance, à condition que le câble électrique soit enterré suffisamment profond.


Une mesure adoptée par RTE sur la ligne France-Espagne, initialement conçue comme aérienne, après une longue opposition des riverains et des écologistes dans les Pyrénées-Orientales. Dans la Manche, les opposants de Montabot, continuent quant à eux de revendiquer l’éradication des lignesTHT et dénoncent le «passage en force de RTE et de l’État» et le «business de l’électricité». «Elle est fabriquée ici, mais nous n’en profitons pas. Pourtant, c’est nous qui devons faire avec les lignes et les transformateurs», explique l’un d’eux.




Jusqu’à présent, si les contestataires des différents projets sont en contact, il n’existe aucune coordination nationale. «Aujourd’hui, les lignes sont construites. Et les revendications, quand il y en a encore, diffèrent souvent d’un collectif à l’autre», explique Ben*, militant dans la Manche. Et comme le souligne Catherine Gouhier, membre du Criirem, et ex-membre du Parti Vert, «sur ces questions, les écologistes ne sont pas les premiers à aller au combat».


Dans la Manche, le mouvement de contestation contre les lignes THT s’est essoufflé. De la coordination interrégionale Stop-THT, très active en 2012, ne restent que quelques associations éparses et un nouveau lieu de réunion: La grange de Montabot, installée comme l’Amassada sur un terrain prêté. Lors des Assemblées générales, auxquelles participent de temps en temps les zadistes de Notre-dame-des-Landes, les revendications dépassent largement la lutte anti-THT.


«Le problème est peut-être là, reconnaît Ben. À force d’être sur plusieurs fronts en même temps ! Quand on organise des manifestations à Bure, on n’est plus sur la THT».

* Pour préserver l’anonymat, le prénom a été changé.


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