mercredi 22 juillet 2015

Climathon, semaine 29: Jean Jouzel assure

Publié le 22 juillet 2015 dans Environnement
Par Benoît Rittaud


Qu’est-ce que la presse va encore inventer pour nous vendre le réchauffement climatique ?








La compétition de propagande climatique se poursuit, avec quelques contributions originales qui n’ont pas fait trembler Jean Jouzel. En vieux renard, notre vice-président du groupe scientifique du GIEC a assuré sa victoire au climathon de cette semaine en jouant à domicile. Sa huit mille sept cent quarante neuvième nouvelle interview dans Libération assume dès le titre son caractère de propagande explicite: Jean Jouzel, « La prise de conscience se fait à partir d’événements extrêmes ». 

Non, ce n’est pas un lapsus, notre climatologue d’État assume. Pour ceux qui souhaiteraient éviter de cliquer sur le site de Libé, voici un condensé de l’interview de notre vainqueur de la semaine:
La sécheresse en Californie: Le réchauffement climatique ?

Je suis scientifique donc prudent. Ça chauffe de façon catastrophique, mais pour les sécheresses, contentons-nous de dire qu’à l’avenir, oui, bien sûr, ce sera terrible.

Pourquoi ?

Le réchauffement a pour effet de rendre tout pire. Là où il pleut trop, il pleuvra encore plus, là où il ne pleut pas assez, il pleuvra encore moins. Conséquence: Des réfugiés climatiques par milliards.

Mon dieu, mais que faire ? Je vous en prie, éclairez-nous de vos saintes lumières !

Ce sera dur. Tous les signes sont défavorables. On pourra croire s’en sortir avec de petites solutions, mais ne vous faites pas d’illusions: Seule la repentance climatique globale nous sauvera.

Dans notre monde impie, comment y croire ?

Il faut que la canicule et la sécheresse frappent fort. Ainsi les gens nous croiront-ils peut-être. Mais il en faudra beaucoup: Même le typhon Haiyan n’a pas suffi. Vivement un très très gros truc.

Les accessits de la semaine


La semaine 29 a été également placée sous le signe d’une certaine légèreté estivale grâce aux efforts méritoires de l’hebdomadaire France Dimanche. Celui-ci ajoute cette semaine un élément nouveau à la fameuse liste de John Brignell de toutes les choses causées par le réchauffement climatique: La canicule a en effet fait une nouvelle victime célèbre en la personne d’Évelyne Dhéliat.


Rappelons que la « jolie blonde de 67 ans » s’était, en décembre dernier, prêtée au jeu des belles vidéos de propagande de l’Organisation Météorologique Mondiale en présentant le bulletin météorologique français du 17 août 2050. Cette fort belle pièce de bourrage de crâne d’éveil des consciences aurait bien sûr mérité une victoire au Climathon mais, comme tous les grands génies, « la déesse de la météo » avait eu raison trop tôt, c’est-à-dire avant la création de notre compétition. France Dimanche détaille:

« Cette fiction très réaliste, qui avait pour but de sensibiliser l’opinion sur le réchauffement climatique et ses causes, a rejoint de façon très angoissante la réalité que nous vivons avec la canicule qui s’est abattue sur toute la France. (…) En ce mois de juillet étouffant, qui prouve, s’il était besoin, que ses prévisions d’alors étaient fondées, on peut imaginer que la présentatrice subit également les terribles effets de la canicule».


Il est clair en effet que le bref épisode de températures élevées et la terrible apocalypse thermique qui a dévasté la Nation sont la preuve la plus manifeste que les prédictions de « cette pro du climat, très investie dans les questions de préservation de la planète » étaient justifiées. Mais il y a plus grave:

« Cette vague de chaleur qui s’est abattue sur la majeure partie du pays, et qui doit provoquer, chez elle aussi, de nombreux inconforts, n’est rien à côté des… »

À la réflexion, non: Le jury du Climathon, conscient de sa responsabilité auprès de ses plus jeunes lecteurs, déjà innocentes victimes de la tragédie climatique écrite par leurs parents, décide finalement de ne pas reproduire la fin de l’article de France Dimanche. En effet, les « inconforts » subis par « la charmante femme » en raison des récents jours chauds de l’abominable fournaise dont peu ont réchappé s’avèrent en l’espèce n’être que d’aimables distractions estivales. Pour des raisons de décence, seuls les lecteurs adultes et avertis sont autorisés à cliquer sur le lien vers l’article de France Dimanche pour voir de quoi il retourne.


La légèreté estivale est aussi la marque d’une belle réalisation de BFM TV qui nous apprend l’existence de « jeux vidéos 100% français au service de la planète ». Dès l’introduction, on comprend que l’auteur ne nous prend pas pour des imbéciles:

« Réchauffement climatique, développement durable, protection de la planète. Ces enjeux sont de plus en plus mis en avant avec la tenue de grandes conférences, de sommets mondiaux. Problème, ces notions paraissent encore floues et réservées à un public averti d’experts ou de scientifiques. Pour pallier cette constatation, plusieurs entreprises françaises entendent vulgariser ces concepts au moyen de jeux vidéo ».

Ainsi, dans le jeu Terrabilis, le mot d’ordre est le suivant:

« Un comportement positif, entendez par là respectueux de l’environnement, et tout le monde en profite. Une action négative et votre communauté en pâtit. Une communauté bien réelle».


Bien réelle, si si: Aussi réelle, même, que le sont les prévisions des modèles climatiques pour 2100. C’est dire si c’est du réel. Seul petit souci, qui semble un peu réel lui aussi:

« Soutenu par l’Unesco, le ministère de l’Écologie et du Développement durable, et les Nations-Unies, il se heurte pour l’instant à un problème de financement et vient de lancer une opération de crowdfunding. Il lui manque encore près de 40 000 euros pour boucler son budget évalué à 120 000 euros ».


Le jeu devant sortir au moment de la COP21, y a p’têt pas que la communauté des gamers qui risque de pâtir d’une vilaine « action négative » telle que n’en avoir rien à cirer se désintéresser lâchement de l’assistance à projet sauveteur de planète en danger.


« Si vous en avez assez d’utiliser toujours le même jeu, le soir dans les transports, en rentrant chez vous » transitionne habilement BFM TV (quoique la lassitude devrait mettre du temps à s’installer vis-à-vis d’un jeu qui n’existe pas encore), un autre vous tend les bras: Fresh your world, dans lequel « grimé en esquimau, vous avez pour but d’attaquer les producteurs de CO2 à coups de boules de neige ! »

Avec de telles idées made in France, la silicon valley n’a plus qu’à bien se tenir.


Télérama apporte sa contribution à la résolution des grands problèmes de notre temps et nous livre un concentré de propagande et d’idéologie sur le thème « élevage et réchauffement climatique » qui le positionne d’emblée au plus haut niveau de la compétition. C’est à un beau plaidoyer que se livre notre magazine culturel préféré contre l’agriculture productiviste. Peu de réflexion sur les problématiques de sécurité alimentaire et les enjeux d’un passage à 9 milliards d’humains d’ici 2050, car ce qui compte, c’est de jouer sur les peurs et l’émotion faire passer quelques messages clefs. Et avec le climat, dans ce domaine, c’est du velours. Télérama n’y va pas avec le dos de la cuillère pour convaincre le lecteur de l’impact à venir de l’augmentation de la production de la viande sur le climat: « Les humains aussi finiront en rôti. Étuvés par le dérèglement climatique ». Avec une image aussi poétique, difficile de déguster son steak en parfaite bonne conscience. LA solution ? Le circuit court, qui permet à bon compte de ressusciter le bon vieux protectionnisme possède les plus belles vertus, car « il donne aux consommateurs que nous sommes le pouvoir de refroidir la planète ». Trop cool, le circuit court.


Le Journal 
de référence a contre-attaqué en publiant une tribune de deux économistes qui eux aussi n’hésitent pas à faire preuve d’audace et d’originalité. Leur solution radicalement innovante est de nature à révolutionner le problème des émissions de gaz à effet de serre dans le secteur des transports. Après avoir démontré l’inefficacité des normes dans ce domaine, qui conduisent à des résultats peu probants, eurêka !, les deux cerveaux de l’université de Pennsylvanie et de celle de Toulouse, ont trouvé the solution. Cramponnez-vous dans vos fauteuils, ça déménage: Il faut instaurer une taxe sur les carburants. Si c’est pas de l’idée innovante, ça. Une bonne taxe conduirait les consommateurs à moins utiliser leurs véhicules et à acquérir des véhicules plus propres… et voilà le cercle vertueux en marche, que du révolutionnaire et de l’efficace, et accessoirement rien à voir avec du punitif. Toutefois, il est dur de faire face à l’obscurantisme des masses. Les auteurs conviennent donc, la mort dans l’âme, que « dans bien des pays, les taxes sur le carburant font face à une forte opposition politique ». Il faudra bien y arriver pourtant. En effet, dans un pays comme la France où les taxes représentent à peine plus de 60% du prix des carburants, l’impact sur les émissions de CO2 est encore un peu… faible, disons.


Les assureurs, qui se sont déjà signalés en semaine 27 par l’intermédiaire de la Lloyd’s, poursuivent leur progression en chiffrant les dégâts occasionnés par le réchauffement climatique. Inutile de dire que ça va faire très mal. On est donc très inquiet en découvrant le titre de l’Argus des assurances: « Climat : les catastrophes naturelles ont coûté 32 Milliards d’euros au premier semestre ». Eh oui, c’était écrit: Nous devons à présent payer le prix de notre inconséquence. Face aux menaces terribles et aux drames humains que nous avons sous les yeux, il serait évidemment inconvenant de signaler les amalgames les plus grossiers quelques raccourcis entre « événements climatiques » et « catastrophes naturelles ». La catastrophe ayant généré le plus de pertes (d’ailleurs globalement moins importantes que les années précédentes) est le séisme du Népal, ce qui prouve bien que celui-ci est un effet délétère du réchauffement. Les assureurs suivent ainsi la voie tracée par François Hollande, vainqueur de la semaine 9 pour avoir, déjà, compté les tremblements de terre comme l’une des conséquences du réchauffement climatique.

Un blâme et une exclusion




C’est avec tristesse que le jury se doit cette semaine de prononcer un blâme à l’endroit du Figaro, qui par deux fois a failli cette semaine: La première en relayant les propos du docteur François Piette pondérés et raisonnables qui minimisent scandaleusement les effets inimaginables de la cataclysmique Canicule de début Juillet 2015 en France, allant jusqu’à titrer que « la canicule est un événement plutôt précipitant que mortel ». Devant le drame vécu par tant de familles à cause de notre responsabilité collective, comment un docteur peut-il montrer tant d’indifférence ? Et comment un journal aux nombreux accessits au Climathon peut-il se faire le porte-voix de ce type de propos abject ? Journal qui, pour aggraver son cas, a jugé bon de rendre compte d’une étude selon laquelle « une mini période glaciaire pourrait toucher la Terre à partir de 2030 ». Voilà maintenant qu’il serait possible que le Soleil joue un rôle sur le climat: Non mais délire, quoi.


Double blâme au Figaro, donc, à qui le jury demande de se ressaisir très vite sous peine d’exclusion.

Une exclusion qui frappe cette semaine un autre journal, qui s’est rendu coupable de la même annonce sur 2030 que le Figaro mais cette fois en le mettant en première page, malgré les cris des enfants grillés par le soleil trop ardent de l’an 2046. Le Matin, quotidien genevois, est donc définitivement exclu de la compétition pour ce crime de lèse-réchauffement que rien ne saurait pardonner:


Commentaire: Le réchauffement climatique à toutes les sauces. Cela ne vous rappelle rien? Mais si souvenez-vous... Le trou de la couche d'ozone! Ah! ça revient. c'était dans les années 1980. Au fait, qu'est-il devenu? Il doit être très grand à présent....

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