samedi 5 septembre 2015

Agriculture: Mauvais sens

Retour vers le futur

Crédit photo: maconnerie-ttrb.fr



Des manifestations d'éleveurs en tout genre – bovins viande, lait, porc – ont donc marqué l'été 2015, révélation d'une nouvelle crise d'un système de développement agricole à bout de souffle.

Pour autant, si les mobilisations pour réclamer une revalorisation des prix payés aux producteurs sont justifiées, elles sont aussi empreintes d'une volonté de mettre en difficulté le gouvernement.


Or les réponses de celui-ci nous exaspèrent par le manque de réflexion sur la nécessité de revoir le modèle agricole englué dans les dogmes d'une politique européenne très libérale. La défense de la compétitivité - définie par « produire le moins cher possible » - ne peut conduire qu'à une compétition féroce entre les différents états européens. À terme, cela pourrait se révéler très dévastateur, avec le développement du nationalisme dans un environnement politique favorable.


La Confédération paysanne prône bien la relocalisation de la production et de la consommation, mais sans revendiquer le « manger français » scandé par la Fnsea et le gouvernement cet été, revendication bien incongrue de la part de ceux qui réclament la vocation exportatrice de l'agriculture française.


Cette crise due à la faiblesse des prix payés aux producteurs est aussi liée à un endettement trop important, et là encore le gouvernement va à contre-sens avec la mise en place du sur-amortissement, ouvert aux paysans, dans la loi Macron (déduction fiscale sur 140 % de l'investissement). L'adage que « les investissements d'aujourd'hui sont les emplois de demain » est faux en agriculture: Ces 50 dernières années, l'agriculture a remplacé l'homme par le capital. Nous ne pouvons qu'être en colère quand de telles mesures fiscales viennent d'un gouvernement qui se dit en guerre contre le chômage et accélère en réalité la disparition des paysans.


Toutefois, cette crise pourrait avoir un effet positif. L'accord national du 17 août sur le prix du porc à 1,4 euros le kilos minimum met à mal l'interdiction d'entente sur les prix à la production et ouvre un chantier pour la mise en œuvre de prix différenciés. À la Conf' de s'en saisir.


Josian Palach,
paysan dans le Tarn-et-Garonne,

secrétaire national de la Confédération paysanne



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