dimanche 18 octobre 2015

La France est-elle en train de brader ses forêts ?

Source: http://www.lepoint.fr/
Par Baudoin Eschapasse
18/10/2015



Les amateurs de champignons voient fleurir, depuis quelques jours, des autocollants les alertant de la cession prochaine de massifs forestiers...



Des agents de l'ONF ont apposé des autocollants sur des panneaux indicateurs dans différentes forêts pour dénoncer les ventes de massifs par l'Office.DR

L'Office national des forêts (ONF) est confronté à de gros problèmes de trésorerie, qui l'ont amené à solliciter des autorisations d'emprunt à court terme, à hauteur de 400 millions d'euros, là où sa dette s'élevait déjà à 287 millions en 2009... Serait-il sur le point de faire des «coupes claires» dans son patrimoine en vendant d'importants massifs à travers le pays ?


Une situation financière «préoccupante»

L'intersyndicale, qui regroupe six des organisations représentant les salariés de cet établissement public, le redoute «Le projet de contrat qui liera l'État et l'ONF sur la période 2016-2020 prévoit la vente de forêts domaniales pour permettre soi-disant, la rationalisation de la gestion foncière et l'investissement en forêt», affirme ainsi Philippe Berger, secrétaire général du Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l'espace naturel (SNUPFEN).


Alors que l'ONF fêtait en 2014 ses 50 ans, la Cour des comptes a qualifié sa situation financière de «préoccupante» dans son rapport de novembre dernier. Le conseil d'administration de l'établissement qui s'est réuni début octobre a décidé de faire baisser la dette de 140 millions d'euros d'ici 2020. Pour ce faire, la direction de l'ONF aurait décidé, selon le magazine Challenges, de se débarrasser des petites forêts domaniales trop coûteuses à gérer.

Coupes claires dans les forêts françaises

L'Office assure aujourd'hui la gestion de 1 300 forêts domaniales couvrant une superficie de 1,8 million d'hectares à travers l'Hexagone «274 de ces massifs ont une surface comprise entre 1 et 200 hectares», assure Philippe Berger. Ces forêts de petite taille, dispersées sur le territoire, coûtent cher en entretien à l'établissement public. Celui-ci compte près de 9 000 salariés, dont 3 000 contractuels de droit privé: Essentiellement les ouvriers forestiers sylvicoles.

Pour se séparer d'un tel patrimoine planté, théoriquement incessible, le conseil d'administration de l'ONF a obtenu que des cessions soient autorisées de manière plus simple que par le passé. Jusque-là, il fallait une loi ! L'Office ne souhaite visiblement pas revivre le pataquès qui a accompagné la vente de l'hippodrome de Compiègne dont l'annulation de la cession a été demandée devant les tribunaux par les mêmes organisations syndicales (un arrêt du Conseil d'État est attendu pour trancher l'affaire).

«Jusqu'à maintenant, seuls des échanges étaient envisageables. Là, ce sont des ventes qui sont susceptibles d'intervenir», indique M. Berger. Contacté à trois reprises, l'Office national des Forêts n'a pas donné suite à nos demandes d'entretien. Ce silence alarme encore un peu plus les organisations syndicales qui se préparent à l'idée qu'une partie de la carte des forêts de France soit redessinée dans les mois à venir. C'est pour protester contre ce qui relève encore d'une hypothèse que les syndicats ont décidé d'apposer sur de nombreux panneaux indicateurs, en forêt, de petits autocollants rouges portant la mention «à vendre».

Le plan d'économie engagé par l'ONF prévoit, par ailleurs, la fermeture du Centre national de formation forestière de Velaine en Haye (Moselle), ce qui va obliger la quarantaine de fonctionnaires qui y travaille à déménager à Nancy. L'Office envisage, par ailleurs, de ne pas remplacer systématiquement les 300 départs à la retraite par an qui doivent intervenir dans les cinq prochaines années, par des fonctionnaires. Mais plutôt par des contractuels de droit privé.



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