samedi 7 novembre 2015

Le monde inégalitaire de demain: Fin de l’emploi – Pour les humains ?...

Édition: Bookclub
06 NOVEMBRE 2015
PAR Christophe Lemardelé





Dans la désormais célèbre série suédoise Real Humans, un aspect de l’impact des robots dans la vie humaine n’apparaissait pas: Leur place dans le monde du travail. Le « cyberanthropologue » Michel Nachez répare cet oubli en proposant pour la France une évaluation par secteurs professionnels de cet impact dans un ouvrage intitulé Fin de l’emploi – Pour les humains ?...


L’ouvrage est bref et facilement accessible pour les internautes puisqu’il est téléchargeable gratuitement à partir de la fiche de l’auteur sur le site de l’Institut d’ethnologie de Strasbourg ou sur son blog personnel. Le constat de Michel Nachez est implacable: La perte d’emplois sera considérable – elle l’est déjà – et les responsables politiques et économiques se montrent irresponsables en ne prenant pas la mesure des changements qui vont intervenir.

Car il ne s’agit pas que de robots, l’automatisation de certaines tâches et la net-économie sont déjà pleinement à l’œuvre. Hier, la Société Générale annonçait une fermeture progressive de nombreuses agences bancaires du fait même que beaucoup d’opérations se font désormais viale net. Autant d’emplois à jamais perdus… Lorsque les robots arriveront, sans doute alors la prise de conscience sera-t-elle brutale et salutaire, mais un peu tardive. En effet, les sociétés ne seront pas préparées à une telle évolution économique et il ne sera alors plus du tout pertinent de culpabiliser des chômeurs peu qualifiés qui, de fait, n’auront plus aucune place sur le marché du travail.


Autrement dit, comme l’affirme l’anthropologue, les progrès stupéfiants de la productivité des entreprises s’accompagneront vraisemblablement de la paupérisation d’une partie de plus en plus importante des populations. Ainsi verrons-nous une société à deux vitesses s’installer, l’une active, voire hyperactive, l’autre déclassée, ramassant les miettes d’une richesse de plus en plus indécente dans les beaux quartiers. Des taux de chômage inacceptables chez les jeunes les poussant aux aventures les plus extrêmes seront de règle pour ceux qui n’auront pas eu la capacité et/ou l’opportunité sociale de réaliser les meilleures études.


Le néo-libéralisme à l’œuvre depuis une bonne vingtaine d’années a déjà préparé l’avènement de cette société bipartite. Tout dernièrement, les milliers de suppressions d’emplois à Air France ont peu pesé dans la balance médiatique comparés au fait que deux de ses dirigeants furent quelque peu molestés: Les nantis ont immédiatement pris position en faveur de leurs semblables. Ceux qui travaillent s’estiment des acteurs méritants et n’ont donc que mépris pour ceux qui perdent leur emploi: C’est winner contre looser. Autant dire que l’empathie sera minimale demain pour ceux qui seront relégués dès leur scolarité.


Michel Nachez ne désespère pas totalement d’une réaction salutaire dans les milieux dirigeants mais il ne semble guère optimiste. Dix milliards d’habitants à l’horizon 2050 – avant que la transition démographique achevée partout ne stabilise la population mondiale –, mais combien de chômeurs, de travailleurs pauvres non déclarés, de gens ne subsistant que grâce à l’économie informelle, aux trafics ?...


Certes, comme on l’envisage dans les pays scandinaves, un salaire universel sera sans doute, à terme, nécessaire pour amortir le choc social, à condition qu’il ne soit pas un revenu minimum, c’est-à-dire un salaire de pauvre. Mais ce salaire ne permettra pas véritablement un accès à la dignité. L’arrivée des robots devrait fournir l’occasion de repenser le partage du temps de travail – le robot n’est-il pas censé alléger la tâche de l’homme ? –… le néo-libéralisme a malheureusement mis à terre cette idée.


Dans un monde régi par le néo-libéralisme, les robots seront donc au service de leurs maîtres, non au service de l’humanité. Au lieu d’être un outil réducteur d’inégalités, ils seront sans doute l’instrument de leur accroissement. En plus, c’est formidable, en cas de révolte des futurs déclassés, les robots pourront encore mieux assurer la sécurité publique sans même commettre de bavure… Et ce n’est pas de la science-fiction, ce n’est pas dans un futur lointain, c’est demain.


Michel Nachez, Fin de l’emploi – Pour les humains ?..., 76 pages.




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