jeudi 24 décembre 2015

La vierge, le violeur et la grenouille

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Le patrimoine paysager de la France abonde en territoires ruraux que nos voisins nous envient. Leur petit patrimoine architectural est bien souvent resté authentique, leurs paysages n’ont pas été banalisés par l’expansion urbaine, industrielle ou commerciale.
C’est leur handicap mais aussi leur force.

C’est leur spécificité.



La question n’est pas de contester la force esthétique émanant de l’architecture de mégalopoles comme Dubaï ou Shangaï, mais d’attirer l’attention sur l’identité de nos campagnes que révèle la beauté de leurs paysages.

Le violeur
Une ligne très haute tension n’est ni belle ni laide.
Elle viole simplement la nature, lorsque celle-ci est encore vierge.
Cette virginité constitue un atout majeur pour les petits villages concernés.
Bien souvent, c’est même malheureusement le seul.
Des avantages financiers sont promis en contrepartie de ce viol, ne qualifions pas ce type de marché de dupes, qui porte pourtant un nom.
Leurs auteurs semblent considérer avoir hérité de cette nature quand ils ne font que l’emprunter aux générations futures.

La grenouille
La fable de la grenouille prétend que « Si l'on plonge subitement une grenouille dans de l'eau chaude, elle s'échappe d'un bond ; alors que si on la plonge dans l'eau froide et qu'on porte très progressivement l'eau à ébullition, la grenouille s'engourdit ou s'habitue à la température pour finir ébouillantée».


Lors des implantations de centrales éoliennes, les plus sensibles déplorent le viol de leur environnement dès l’implantation du mât de mesure anémométrique. Mais dans l’attente des retombées financières, d’autres s’y habituent vite, bien que le clignotement de son œil rouge qui surplombe le village du haut de ses 80m à 100m de hauteur annonce des machines autrement plus imposantes, plus proches et plus intrusives encore.


La question n’étant pas, là encore, de juger de l’esthétique de la forme d’une éolienne, mais d’être sensible, ou non, au viol que constitue l’incongruité de sa présence hors d’échelle dans un écrin encore vierge.
Les retours d’expérience enseignent que pour avoir un peu plus de retombées fiscales, nombre de projets connaissent ensuite une extension exponentielle. N’entraînant d’ailleurs pas forcément des retombées fiscales localement, puisqu’une fois le cadre dénaturé, la plupart des protections paysagères tombent et les villages alentour s’en donnent à cœur joie.


Cependant, comme pour les grenouilles dans l’eau chaude, la multiplication progressive de ces « zones industrielles sans emploi » ne change que subrepticement le cadre de vie.


Cette progressivité de la dégradation de l’environnement proche permet ainsi de s’habituer au bruit, à la banalisation du paysage, aux crépitements incessants des flashs lumineux et d’en oublier le charme des nuits silencieuses et étoilées ainsi que la douceur du cadre vierge que nous avaient légué nos parents et qu’on n’a même plus le cœur de regarder.
Comment le faire d’ailleurs sans avoir le regard capté par l’obsédante rotation de ces gigantesques aérogénérateurs.


Cette richesse était un luxe, surtout pour ceux qui n’avaient rien d’autre.


Point d’orgue de ce mépris de notre patrimoine naturel, la coutume est déjà bien ancrée de consacrer ces lieux désormais dénaturés mais sans surveillance et identifiables de très loin pour organiser des raves-parties regroupant jusqu’à 1000 fanatiques de musique techno.


Il aura, bien sûr, fallu en passer par là pour produire et transporter l’électricité, construire des usines, étendre l’urbanisation et les paysages doivent évoluer avec la société. Le développement éolien pourrait être un mal nécessaire pour sauver la planète, bien que tout indique le contraire.


En octobre 2007, Nicolas Hulot aurait déclaré dans le Figaro «...Des champs d'éoliennes dans des friches industrielles ne choqueront personne. Mais lorsque l'on sacrifie des paysages magnifiques, je comprends qu'il y ait des réactions…»


Et c'est bien là qu'est le problème. Ce sacrifice nous promet on, n’est pas irréversible, mais ne s’appliquerait qu’à la trentaine de prochaines années, si les conditions de remise en état sont respectées.

Bien sûr.


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