jeudi 21 juillet 2016

Les 10 conflits environnementaux les plus emblématiques du monde

Par Demaria Federico 
21 juillet. 2016
blog : Le blog de Demaria Federico

Le besoin de s’approvisionner en ressources naturelles et en énergie pour alimenter l'engrenage de la croissance économique pousse les frontières de l'exploitation vers de nouveaux confins. Dans le même temps, une multiplicité de conflits environnementaux à travers le monde sont la conséquence de cette exploration. L’Atlas mondial de la justice environnementale cartographie des milliers de cas.

Le mouvement mondial pour la justice environnementale est un acteur-clé dans la transformation socio-écologique 
Rédaction: L’équipe de l’Atlas mondial de la justice environnementale (Ej Atlas)* 
Le besoin de s’approvisionner en ressources naturelles ou minérales et en énergie (combustibles fossiles) pour alimenter l'engrenage de la croissance économique pousse les frontières de l'exploitation vers de nouveaux confins. Dans le même temps, une multiplicité de conflits environnementaux à travers le monde, dont personne ne connait le nombre exact, sont à porter au compte de cette exploration. L'équipe de l'Atlas mondial de la justice environnementale de l'Institut de science et technologie environnementales (Institut de Ciència i Tecnologia Ambientals, ICTA-UAB), à Barcelone, a référencé et cartographié plus de 1700 de ces cas, en collaboration avec de nombreuses autres organisations à travers le monde. Nous présentons ici dix conflits emblématiques sélectionnés par les soins de notre équipe, sous la direction de Leah Temper et Joan Martinez Alier et la coordination de Daniela Del Bene (voir: ejatlas.org). Ceux-ci représentent un échantillon des principaux conflits en cours répartis par zone géographique et thématique (du pétrole aux énergies renouvelables). Bien qu'ils tendent à se concentrer dans les pays du sud, à des milliers de kilomètres de nos yeux, ces cas sont étroitement liés à notre style de vie, ainsi qu'aux activités d’entreprises espagnoles et européennes. L'économie mondiale est intrinsèquement matérielle, autrement dit lourdement tributaire de flux matériels et énergétiques. Complexes mais en même temps d'une simplicité farouche, les conflits surgissent sous l'effet de la répartition inégale des bénéfices et des impacts. Ils sont une expression de démocratie, où les plus faibles réclament que leur voix soit entendue. Lorsque des organisations et groupes locaux luttent pour la justice environnementale, ils luttent aussi pour une économie plus durable, en alliance avec le mouvement de la décroissance. Partant de l'hypothèse qu'il existe un mouvement global en faveur de la justice environnementale et que celui-ci peut être un acteur déterminant envers la transformation socio-écologique dont notre société a tant besoin. 


Le Train à grande vitesse (TGV) qui devrait assurer une liaison ferroviaire à 220km/h entre les villes de Turin, en Italie, et Lyon, en France, braque l'attention dans ce qui est devenu l'un des conflits environnementaux les plus controversés d'Europe. Le TGV a été déclaré par la Commission européenne comme un projet d'infrastructure prioritaire pour relier les zones occidentale et orientale du continent, complétant par-là même le Réseau transeuropéen de transport (couvrant passagers et biens commerciaux). La phase de construction de ce projet ambitieux, d'une durée prévue de 10 ans et qui requerra un investissement estimé de 26 milliards d'euros devrait démarrer prochainement. Une fois complété, il s'agira d'un des tunnels les plus longs du monde. 
Depuis les années 1990, le projet de TAV (Treno Alta Velocità) italien a fait l'objet de vives critiques et de mobilisations intenses, concentrées plus particulièrement dans le Val de Suse mais non sans une diffusion large à l'échelle nationale à travers le mouvement No-TAV (Non au Treno Alta Velocità). En plus des effets sur la santé humaine et l'environnement, le mouvement No-TAV attire l'attention sur la construction qu'elle juge non nécessaire d'une ligne ferroviaire dont le coût est excessivement élevé et qui est, de surcroît, financée aux frais du contribuable, via les méandres de la corruption et d'activités économiques illégales. Le conflit s'est envenimé de plus belle en 2005, quand des tests géologiques ont été entrepris en l'absence d'une consultation préalable au niveau local. S'ensuivit l'occupation du site prévu des excavations par quelque 50.000 habitants du Val de Suse, qui ont paralysé le chantier jusqu'au moment où la manifestation fut brutalement réprimée par les forces de l'ordre. Pour l'heure, le mouvement No-TAV continue de dénoncer ce qu'il décrit comme la militarisation dans la zone du Val de Suse et le recours excessif à la violence contre ses habitants. À l'heure de remettre en question la réelle nécessité d'infrastructures de ce type, le mouvement a créé des alliances avec d'autres groupes en Italie et dans le reste de l'Europe, qui ont conduit à la formation d'un réseau d'Opposition aux mégaprojets imposés et inutiles. La prochaine rencontre internationale de ce réseau se déroulera à Bayonne, France, à la mi-juillet. Y assisteront divers groupes d'opposition à la construction de nouveaux aéroports (comme l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, à Nantes, France), de gares ferroviaires (Estocarda, Allemagne), d'infrastructure énergétique (TAP, Italie) et de grands projets miniers en Europe (Grèce, Roumanie), entre autres. Bien que le projet de TGV continue de figurer à l'ordre du jour politique européen, son progrès se voit sensiblement ralenti par les scandales financiers et l'opposition publique. 

Suite à la signature des accords de paix en 1996, deux familles de descendance allemande commencent à semer des palmiers à huile en 1998 et de la canne à sucre en 2005, occupant un tiers de la superficie de la vallée de Polochic.Vallée de terres fertiles située au nord-est du Guatemala, Polochic s'est trouvée, à partir de 1888, en proie à des processus de re-concentration agraire (plus de terre entre moins de mains), alors que la majorité de la population Q'eqchi' s'est vue privée d'accès à la terre. D'autre part, la population locale dénonce la contamination et la déviation de cours d'eau, la déforestation résultant des deux cultures, ainsi que des intoxications et des maladies liées à la fumigation des champs de canne à sucre. Ce cas a braqué l'attention internationale suite à l'expulsion, en 2011, de 800 familles appartenant à 13 communautés Q'eqchi' qui occupaient une partie des terres de la vallée Polochic exploitées pour la canne à sucre et qui allaient à nouveau être semées, cette fois par une famille nicaraguayenne. En 2010, plusieurs familles qui occupaient 13 propriétés mises aux enchères suite à la faillite de l'usine de sucre ont introduit une demande d'achat auprès de l'État. Les négociations se sont, toutefois, rompues suite aux expulsions, à l'issue desquelles des cultures et des maisons appartenant à des familles indigènes ont été incendiées et un paysan a été assassiné. Quelques mois plus tard, deux autres paysans ont perdu la vie sous les tirs d'agents de la firme de sécurité privée employée par la société sucrière. Plusieurs femmes et enfants ont aussi été blessés. Alors que les institutions de l'État et les familles propriétaires défendent la propriété privée et les intérêts financiers liés à ces monocultures au motif qu'ils apportent le développement à la région, les communautés locales et diverses organisations dénoncent la violation des droits humains (vie, alimentation et logement), de même le manque d'accès à la terre et à des ressources naturelles saines permettant de survivre. Ce conflit, qui figure parmi les 450 cas de conflits d'accaparement de terres identifiés dans l'EJ Atlas, fait partie des 12% de cas où des pertes de vies humaines sont survenues. Parmi les cas similaires, il convient de noter celui de la résistance des communautés de descendance africaine en Colombie et celui de Bajo Aguán, au Honduras. 
3. Les villages du cancer en Chine [CONTAMINATION]
Le village de Yongxing se trouvait naguère niché au coeur d'une petite réserve rurale, non loin du centre-ville de Guangzhou. Il y a vingt ans, au milieu de champs qui s'étendaient à perte de vue, les rizières, les arbres fruitiers et les potagers étaient irrigués par une eau limpide qui descendait tout droit des montagnes. Cependant, en 1991, la réserve fut remplacée par une décharge de 34,5 hectares où 1000 tonnes de déchets étaient enterrés chaque jour. Subséquemment, la même région serait envahie par deux incinérateurs et une gigantesque installation de traitement de déchets. Les populations locales ont protesté contre l'extrême gravité de la contamination; l'eau de leurs puits s'épaississait et acquerrait progressivement une teinte jaunâtre sous une pellicule rougeâtre. Les manifestations populaires se sont soldées par des incarcérations qui ont dans certains cas duré plusieurs années. Depuis, les habitants de Yongxing se sont vus contraints de payer pour l'approvisionnement en eau potable et de renoncer à leurs activités agricoles de subsistance. Les champs furent alors loués à des prix dérisoires à des travailleurs migrants qui arrivaient en grand nombre pour labourer les terres viciées et écouler leurs récoltes contaminées dans la ville. D'après les habitants, il y aurait eu négligence institutionnelle, et ce en dépit du fait que les autorités sanitaires avaient été informées de la situation. Outre l'environnement gravement contaminé, la principale préoccupation des habitants tient à l'augmentation soudaine des cas de cancer dans le village. Selon l'Organisation mondiale de la santé, la combustion incomplète des déchets dans les incinérateurs peut provoquer des émissions de dioxines et de furannes, qui ont des impacts adverses sur la santé humaine. Le village de Yongxing n'est jamais qu'un seul parmi une multitude de cas connus en Chine comme «les villages du cancer», où des industries et des décharges titanesques opèrent avec des normes de sécurité quasi-inexistantes, en dépit des effets nocifs attestés sur la population humaine.

L'énergie éolienne est largement vendue comme une alternative énergétique durable et socialement désirable. Or le nombre sans cesse croissant de conflits liés à des projets de grande envergure dans le secteur de l'éolien aux quatre coins du monde laisserait supposer que les impacts de cette industrie dépassent l'argument bien connu de leurs effets sur le paysage. Il s'agit, en effet, de conflits qui mettent en lumière l'appropriation des bénéfices «verts» par des grandes sociétés, cependant que les territoires accaparés sont transformés au détriment des systèmes sociaux et écologiques locaux. Parmi les cas récents particulièrement évocateurs, il y a notamment celui survenu dans l'État d'Andhra Pradesh (Inde), où une initiative communautaire couronnée de succès pour la reforestation et la promotion d'activités de subsistance dans le bois de Kallpavalli a été détruite par le projet de parc éolien Nallakonda. Ce projet, propriété de l'entreprise India Tadas Wind Energy, est enregistré en tant que «Mécanisme de développement propre» et bénéficie d'un important soutien de la part du gouvernement national. L'installation de plus de 60 turbines Enercon s'est accompagnée de la déforestation des zones de reboisement, de la dégradation de terres productives et du captage des sources aquifères locales. En 2013, la communauté affectée et plusieurs organisations ont saisi le Tribunal de justice environnementale de l'Inde (National Green Tribunal), dénonçant les impacts négatifs sur les activités pastorales, l'agriculture et la délicate biodiversité de la zone (link). À l'heure qu'il est, la communauté et les organisations de défense des biens communs continuent de s'opposer à un projet qui est vendu comme un projet de développement durable mais qui, en réalité, détruit les moyens de subsistance et l'écosystème de la région. L'Atlas mondial de la justice environnementale relève divers autres cas similaires de projets éoliens, cependant d'envergure nettement supérieure, pouvant dans certains cas aller jusqu'à l'installation de couloirs éoliens alignant plus de 15 mégaprojets (Oaxaca, Mexique) et la privatisation de plus de 16.000 hectares de terres indigènes (nord-est du Kenya). Dans chacun de ces cas, l'appropriation de terres pour la production d'électricité «propre» se convertit en un dénominateur commun affectant des écosystèmes et des communautés marginalisées, inscrivant l'énergie éolienne au nombre des problématiques émergentes pour la justice environnementale.

Le delta du fleuve Niger figure, depuis les années 1950, au nombre des sites les plus affectés par l'extraction massive de pétrole brut à niveau mondial, entraînant sur ce territoire des répercussions environnementales et sociales irréparables, outre des indices record de violence, d'exécutions sommaires, de tortures et de détentions illégales avec, en contrepartie, l'insurrection violente de groupes armés locaux. Les communautés locales dénoncent les pratiques illégales comme le torchage ou brûlage du gaz résiduel produit lors du processus d'extraction et de raffinage du pétrole en raison de ses profondes répercussions environnementales. La végétation et les récoltes sont, à leur tour, affectées par les pluies acides, qui figurent parmi les principales causes des taux croissants de fausses-couches, de déformations congénitales, de maladies respiratoires et de cancer. L'organisation locale ERA (Environmental Rights Action/Amis de la terre Nigeria) a dénoncé un grand nombre de déversements de brut causés par des conduits mal entretenus, qui laissent des territoires entiers sans vie. Leur principale revendication est la réparation des dommages consommés mais aussi de laisser dans le sous-sol le reste des réserves qui, une fois extraites, contribueront au changement climatique. Le cas du Delta du Niger a atteint son point critique en 1995 avec l'assassinat du poète et leader communautaire Ken Saro Wiva. Malgré la couverture médiatique internationale qu'a reçue le conflit, l'accès à la justice pour les communautés affectées exige des efforts considérables, qui se soldent malheureusement, fréquemment, par une totale impunité. À l'heure actuelle, des procès sont intentés dans différents pays, notamment aux Pays-Bas, en Équateur et aux États-Unis, aux fins d'établir, enquêtes à l'appui, la responsabilité des firmes qui ont des exploitations dans le Delta, y compris la multinationale anglo-néerlandaise Shell, l'américaine Chevron et l'italienne ENI. 

La société de prospection minière Ibhuto-Coal a proposé de développer une mine de charbon à ciel ouvert dans la province du KwaZulu-Natal. Le projet Fuleni vise un site situé en bordure de Hluhluwe-iMfolozi, la réserve la plus ancienne d'Afrique qui abrite l'une des populations les plus importantes de rhinocéros blancs au monde. Deux mines de charbon bordent déjà la zone de la réserve :Zululand Anthracite Colliery (propriété de la société Río Tinto) et Somkhele (propriété de Petmin). Pour l'heure, les deux mines sont opérationnelles et ont provoqué des impacts considérables chez les communautés locales :Perturbation de lieux sacrés, pertes de logements, effets sur l'eau, les cultures et la biodiversité de la région. En réaction à l'implantation proposée du projet Fuleni, les communautés ont exprimé leur opposition à l'intensification des impacts sur leurs moyens de subsistance et l'écosystème protégé par la réserve naturelle. Le 22 avril 2016, un millier d'habitants de la zone ont fait pression sur le Comité régional du développement minier et de l'environnement (Regional Mining Development and Environmental Committee, RMDEC) pour qu'il annule sa visite de prospection dans la zone. Les activistes de la communauté se sont mobilisés sous le mot d'ordre « laissez le charbon sous terre » (leave the coal under the hole), pour tenter de réfréner l'appétit vorace de l'économie extractive. Ce slogan n'a pas tardé à se convertir en une revendication à portée mondiale, dès lors que de plus en plus de communautés marginalisées se mobilisent en défense de leurs droits et moyens de subsistance, tout en ralliant les demandes les plus urgentes pour freiner le réchauffement climatique. Mettre un frein à l'exploitation du charbon est une idée que l'on retrouve aussi dans l'État d'Andhra Pradesh, en Inde, cette fois dans le cas de la firme Sompeta, et qui vient s'ajouter à d'innombrables demandes similaires « de laisser les ressources fossiles sous terre » (des cas également repris sous le terme générique anglais de « unburned fuels » ou combustibles non brûlés). 

Le 5 novembre 2015, la rupture du barrage minier Presa del Fundão, dans la ville de Mariana (Minas Gerais) a provoqué une coulée de 34 millions de mètres cubes de boue, engloutissant sur son passage le village de Bento Rodriguez où il a provoqué la mort de 19 personnes et laissé plus de 600 familles sans logement. Il s'agit probablement de la pire catastrophe environnementale survenue au Brésil pour cause de la négligence d'une firme. Les boues résiduelles du réservoir minier provenaient de la production de minerai de fer de l'entreprise Samarco, contrôlée par les firmes Vale (Brésil) et BHP Billiton (Australie- Royaume-Uni). La mine des Samarco était l'une des principales mines de minerai de fer du monde jusqu'à ce que l'accident ne provoque la suspension de ses activités. Après voir provoqué des dégâts importants dans la localité de Bento Rodrigues, le torrent de boue de Samarco s'est déversé dans le Rio Doce, dont le courant l'a transporté sur près de 700 km à travers plus de 40 municipalités, jusqu'à l'embouchure du fleuve, à Linhares, sur l'océan Atlantique (Espírito Santo). Sur son parcours, la boue a affecté l'approvisionnement en eau de nombreuses municipalités, détruisant au passage la biodiversité aquatique et des zones protégées. L'activité et le mode de vie des petits agriculteurs, des pêcheurs et des communautés traditionnelles et indigènes s'en sont vues profondément bouleversées. En 2016, après s'être vu imposer une amende dérisoire au regard des dommages occasionnés (70 millions USD), Samarco et ses actionnaires ont passé un accord avec les gouvernements fédéral et des États prévoyant la constitution d'un fonds de jusqu'à 5,5 milliards USD destiné à la récupération du bassin du Río Doce sur 15 ans. Ce nonobstant, un manifeste signé par plus de 100 institutions et mouvements sociaux de tout le Brésil a critiqué l'accord du fait qu'il manque de proposer une solution intégrale aux dommages causés et qu'il a été conclu en l'absence de consultations avec les populations affectées et les mouvements sociaux qui les représentent.

Crise des résidus? Quand il est question de déchets, on a tendance à penser principalement aux déchets solides urbains (municipaux), alors que ceux-ci ne représentent que 20% approximativement de la totalité des déchets solides produits. Les 80% restants proviennent de déchets industriels, parfois toxiques comme dans le cas des résidus électroniques. En Union européenne, les coûts liés à la gestion de ces déchets sont allés croissant au cours des dernières décennies dû, notamment, au durcissement de la législation du travail et environnementale.S'ensuivirent des exportations fréquemment illégales de déchets du nord vers le sud, qui commencent à être documentées à partir des années 1980. D'où le surnom d'«impérialisme (ou colonialisme) toxique» parfois attribué à ce phénomène. Parmi les cas les plus emblématiques, celui de la Somalie. Tirant parti de la faiblesse du cadre institutionnel, national et international et au mépris de la Convention de Bâle (1989) sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination, des tonnes de résidus toxiques ont été déversés au large des côtes somaliennes. L'affaire a éclaté au grand jour en 2004 quand un tsunami a rejeté sur les rivages somaliens des récipients contenant des résidus dangereux, y compris des déchets nucléaires. D'après un rapport de l'ONG Common Community Care (2006), des matériaux radioactifs et des résidus de peroxyde d'hydrogène hautement toxiques ont échoué à différents endroits du sud et du centre de la Somalie. Toujours selon la même ONG, un nombre non confirmé de pêcheurs auraient perdu la vie pour cause de la contamination des zones où ont été retrouvés les containers toxiques. Les habitants des localités affectées ont signalé des cas d'éruptions cutanées et de morts subites. Les communautés locales ont aussi signalé des marées de poissons morts. Des enquêtes menées dans les années 1990 ont établi un lien entre des déversements illégaux de déchets toxiques et des entreprises battant pavillon européen, associées à la maffia italienne (un cas d'«éco-maffia» où des organisations criminelles commettent des délits contre l'environnement). En 1994, la journaliste italienne Ilaria Alpi fut assassinée aux côtés de son caméraman Miran Hrovatin, alors qu'elle enquêtait sur une affaire de déversement de déchets toxiques en échange d'armes. Le drame est survenu alors qu'elle aurait été sur le point de faire la lumière sur l'implication dans cette affaire de l'armée et des services secrets italiens. Ce double assassinat était précédé, un an plus tôt, de celui de l'agent des services secrets italiens devenu informateur d'Ilaria Alpi, Vincenzo Li Causi. Le déversement illégal de résidus toxiques conjugué à la pêche illégale par des navires étrangers a sérieusement affaibli les moyens de subsistance des pêcheurs locaux. Différentes sources ont montré preuves à l'appui que l'émergence des tristement célèbres pirates somaliens participait (du moins à ses origines) d'une stratégie de défense. Cette hypothèse serait corroborée par les noms adoptés par certains de ces réseaux de pirates, comme celui des « Garde côtes volontaires nationaux» (National Volunteer Coast Guard). Selon une enquête réalisée par Wardheer News en 2009, approximativement 70% des communautés côtières locales «sont très favorables à la piraterie en tant que moyen de défense nationale des eaux territoriales du pays».

En Espagne, et partout dans l'Europe, la prolongation de la vie utile des centrales nucléaires engendre des répercussions environnementales et sociales alarmantes. L'un des cas les plus emblématiques est celui de la centrale désormais vétuste d'Almaraz, dans la province de Cáceres, dont le maintien en activité suppose des risques croissants pour la région frontalière entre l'Espagne et le Portugal. Malgré l'opposition du mouvement antinucléaire aux projets de construction des centrales de Valdecaballeros et d'Almaraz (toutes deux situées en Estrémadure) à partir des années 1970, la centrale nucléaire d'Almaraz fut finalement installée au début des années 1980. Située dans le comté de Campo Arañuelo, Almaraz est équipée de deux réacteurs à eau pressurisée refroidis à l'aide d'eau en provenance du réservoir d'Arrocampo, sur le Tage, fleuve à cheval entre l'Espagne et le Portugal. Chacun de ces réacteurs est doté d'une capacité de production électrique approximative de 1000 MW, nettement supérieure à la consommation locale en Estrémadure. D'après l'organisation Ecologistas en Acción (dont une partie des membres appartient aussi au mouvement antinucléaire), au moins 75 incidents auraient été enregistrés à Almaraz rien qu'entre 2007 et 2010. Dans leurs plaintes, les opposants locaux ont indiqué que les incidents, erreurs, arrêts non programmés et surcharges hors normes ont affecté des éléments essentiels de leur sécurité. La condamnation et l'opposition continues à la vieille centrale nucléaire a désormais donné naissance à un mouvement transfrontalier, le Movimiento Ibérico Antinuclear qui, non seulement, réclame la suspension des opérations mais lance des alertes sur de possibles conflits autour des eaux transfrontalières: La centrale nucléaire affecte le cours normal du Tage et une éventuelle catastrophe nucléaire pourrait se convertir en source potentielle de contamination radioactive comme en 1970. Le 11 juin 2016, les rues de Caceres accueilleront une manifestation transfrontalière qui aura pour slogan «Fechar Almaraz. Descanse en paz». (Fermer Almaraz. Repose en paix.) 

À partir du coup d'État de 2009, le Honduras a été en proie à une violence croissante. Au cours de la période 2009-2013, le Congrès national a approuvé une série de lois favorables à l'exploitation des ressources naturelles, y compris la loi générale de l'eau et des mines. En 2010, le gouvernement a accordé son feu vert au projet de barrage hydroélectrique Agua Zarca, sur le Rio Gualcarque, un fleuve sacré pour le peuple indigène Lenca. La concession fut accordée à Desarrollos Energéticos (DESA, Honduras), avec des fonds en provenance de la Banque néerlandaise de développement (FMO), du Fonds de coopération finlandais Finnfund et de la Banque centraméricaine d'intégration économique. La communauté Lenca a, pour sa part, dénoncé le non-respect de la Convention 169 de l'OIT, invoquant l'absence d'une consultation préalable libre et informée, la présence de l'armée dans le cadre de la surveillance du chantier, des menaces adressées à ses dirigeants et des assassinats. Les Lenca ont aussi pris position contre plusieurs projets miniers, le projet REDD+ (Reducción de Emisiones por Deforestación y Degradación de Bosques) et la construction des Ciudades Modelo (villes modèles). Ils soutiennent que ceux-ci constituent des violations à leurs droits humains et mettent en péril la survie de leur culture. Le cas d'Agua Zarca a acquis une notoriété internationale suite à l'assassinat de la militante Berta Cáceres (2016), lauréate du Prix Goldman 2015. Les organisations et mouvements de la société civile se trouvent en ce moment aux devants d'une campagne de pression en faveur de l'ouverture d'une enquête en règle sur cette affaire et de la suspension définitive du financement de ce projet. Après l'assassinat de la militante et suite à la visite d'une mission de la Commission européenne, le projet Agua Zarca a été déclaré non conforme au plan des droits humains. Agua Zarca, au même titre que Barro Blanco (Panama), Barillas (Guatemala) et La Parota (Mexique) brossent un tableau funeste de la violence dans le secteur de la production hydroélectrique en Amérique latine.
(*) Ont participé à la sélection des conflits:Daniela Del Bene, Federico Demaria, Sara Mingorría, Sofia Avila, Beatriz Saes et Grettel Navas. L'Atlas mondial de la justice environnementale est codirigé par Leah Temper et Joan Martinez Alier, sous la coordination de Daniela Del Bene.
Twitter: @EnvJustice & @R_Degrowth
Traduit par Salman Yunus
Références
« L’écologisme des pauvres. Une étude des conflits environnementaux dans le monde » de Joan Martinez Alier (2014). Le Petit Matin.http://www.lespetitsmatins.fr/collections/lecologisme-des-pauvres-une-etude-des-conflits-environnementaux-au-sud/
« Décroissance. Vocabulaire pour une nouvelle ère » de Giacomo D'Alisa, Federico Demaria et Giorgos Kallis. Le Passager Clandestine. http://lepassagerclandestin.fr/catalogue/hors-collection/decroissance-vocabulaire-pour-une-nouvelle-ere.html

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