mardi 4 octobre 2016

Qualité de l'air et climat : l'erreur stratégique

http://www.economiematin.fr 
par Jean-Pierre Riou
04/10/2016


Commentaire: Et pendant ce temps là, Madame la Marquise Royal, profitant de ses derniers mois de "pouvoir", parade à travers le monde, sur les réseaux sociaux, dans les médias français, radio, tv, presse écrite. Ceux-ci sachant la recevoir avec respect et amabilité). Quand l'heure de l'inventaire sera venue, espérons que l'état des lieux constaté ne sera pas aussi catastrophique que celui découvert par son successeur à la présidence de l'ex région Poitou-Charentes.
"Partout où Mme la Marquise passe, la beauté trépasse.   
php

 
Le problème
Selon un rapport de la Banque mondiale du 8 septembre, la pollution atmosphérique, se serait hissée au 4° rang des facteurs de décès prématurés, avec 5.5 millions de morts par an dans le monde et aurait coûté 225 milliards de dollars en 2013. 

Parmi les polluants, les particules fines (P.M.2,5) sont spécialement meurtrières, notamment en Chine où elles sont jugées responsables de plus de 700 000 morts en 2013!





Le bilan 2015 de l’Agence européenne de l’environnement (AEE) est aussi alarmant et estimait 524 000 décès prématurés par an dans la seule Europe.

Il identifie également la responsabilité de ces particules fines, ainsi que celle de l'ozone troposphérique (O3) et le dioxyde d'azote (NO2). Selon ce rapport 2015 de l’AEE, 80% des décès provoqués seraient d’origine cardio-vasculaire, mais l’apparition de nombreuses autres pathologies serait également favorisée.

Ce rapport identifie les transports en tant que principale activité responsable et place le secteur de l’énergie en 2° position.



Une perspective  

L’évolution du secteur de l’énergie émerge en tant que pierre angulaire de cette problématique dans la mesure où l’électricité permet de remplacer toute énergie polluante.

A la condition évidente que sa production ne dépende pas elle-même de ressources plus polluantes encore, comme le charbon.

C’est pourquoi les accords de Paris qui ont soulevé un espoir concernant la limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES) ouvrent la voie à une amélioration de la qualité de l’air.
Que peut-on donc en attendre?
 


Des moyens inefficaces  
Ces accords de Paris ont été largement évoqués pour cautionner la politique de développement des énergies renouvelables, bien qu’il n’en soit d’ailleurs question qu’une fois dans le texte, et au seul sujet des seuls pays dits « en développement » (p 2 ), pour lesquels solaire et éolien, à juste titre, sont considérés la façon la plus rapide de donner accès à l’énergie, dans des territoires dépourvus de connexions.

Malgré l’aspect peu écologique de l’exploitation de certains des composants des éoliennes ou panneaux photovoltaïques, tels que les terres rares dont une grande quantité leur est nécessaire, la force du soleil et du vent dont ils dépendent a le grand avantage de ne pas émettre de GES lors de leur fonctionnement. Cette absence d’émission et le caractère quasi inépuisable du vent et du soleil sont à l’origine de la politique internationale visant à soutenir la généralisation de leur développement, même dans les pays déjà dotés d’un réseau interconnecté et de centrales de production.

Mais cette politique ne semble pas avoir pris la mesure des effets pervers de la dépendance aux aléas météorologiques et de leurs conséquences sur tout le système électrique.

C’est pourquoi après bientôt un quart de siècle de soutien des finances publiques, le bilan de cette politique concernant les réductions d’émissions du secteur de production d’électricité des pays développés, se situe bien loin des espoirs qu’elle avait suscités.


La production de ces énergies intermittentes est en effet susceptible de s’effondrer à moins de 1% de sa puissance installée, pour l’éolien, et à 0% pour le photovoltaïque. Entraînant ainsi le fait que quelle que soit cette puissance installée, son taux garanti de couverture de la consommation restera toujours quasi nul dès la tombée du jour, pour le photovoltaïque et à tout moment, pour les éoliennes, comme que le montre le graphique de l’évolution de ce taux minimum garanti, publié par RTE.

 


Pour assurer les besoins de la consommation, quels que soient les aléas météorologiques, cette absence de garantie impose ainsi de conserver l’intégralité des moyens pilotables disponible.

Et faute de possibilité de stockage à grande échelle pour un coût acceptable par la collectivité, le système électrique ne peut ainsi se permettre de fermer le moindre MW « pilotable », c'est-à-dire disponible lorsqu’on en a besoin.

Force est de constater que malgré le développement d’une puissance éolienne/photovoltaïque supérieure à celle de tout notre parc nucléaire, l’Allemagne n’a toujours pas réussi à se passer d’1 seul MW pilotable depuis 15ans.

Ce qui donne l’impression d’avoir mis la charrue devant les bœufs en développant un système avant même de savoir comment faire pour qu’il serve à quelque chose. Avec pour seul espoir d’y parvenir un jour. Ce qui, malgré des progrès incontestables dans le domaine du stockage, n’est pas pour demain.

Mais la situation est plus criante encore en France, où le secteur de production d’électricité n’émet déjà quasiment pas de CO2 grâce aux puissances considérables hydraulique et nucléaire qui assurent les 90% des besoins de la consommation. (87,1% en 2015, bilan RTE.)

Et l’adjonction des énergies intermittentes n’a pour principal que de forcer nos réacteurs à varier leur puissance au gré de celle du vent, pour un bénéfice difficile à entrevoir, dans la mesure où on ne peut pas, pour autant, se passer du moindre d’entre eux et à augmenter la nécessité de conserver des centrales thermique, plus rapides pour ajuster la production.

Une étude de Bloomberg vient d’ailleurs de mettre en évidence que ce développement éolien et photovoltaïque entraînait une augmentation considérable des émissions de GES en augmentant cette nécessité de recourir aux énergies fossiles, qui sont les plus compétitives pour les assister.
 


Des moyens contre productifs 
Certaines énergies renouvelables, cependant, ne sont pas intermittentes.

La biomasse, notamment, est pilotable. Mais le fait d’être considérée verte et renouvelable ne l’empêche pas d’émettre autant de CO2 et surtout autant de polluants atmosphériques et particules fines que le charbon.

Il est cocasse de constater que dans son bilan 2015, l’AEE relève (p19) la responsabilité de la biomasse dans l’augmentation des polluants atmosphériques en raison des subventions et incitations qui l’accompagnent. Le rapport déplore qu’une telle énergie soit promue en tant qu’énergie verte et supposée lutter contre le réchauffement climatique.

Il convient de rappeler que cette « énergie verte » est vieille comme le monde et que son utilisation domestique, en Chine, arrive en 3° position des causes de décès sur notre graphique. Malgré la modernisation de sa combustion, les critères retenus en France pour la production d’électricité considèrent la biomasse plus polluante encore que le charbon.

(0.98t/MWh contre 0.96t/MWh pour charbon : éco2mix)

Et c’est ainsi qu’au nom des « énergies vertes », l’argent public entraîne la biomasse, mais également l’incinération des déchets, vers des dérives et l’incitent à polluer d’avantage.
 


L’énergie demain  
Pour avoir misé sur les énergies renouvelables, en devenant notamment la 3° puissance éolienne d’Europe, l’Angleterre a subi une forte augmentation du prix de l’électricité qui a pénalisé les ménages comme l’industrie (Notamment plus de 2013 à 2015 source Eurostat).

On prête à D.Cameron l’expression de « green crap », pour qualifier ces taxes vertes dont il aurait aimé se débarrasser.

Et l’Angleterre semble désormais se tourner résolument vers le nucléaire pour sa sécurité d’approvisionnement et ses atouts face au défi climatique.

Le projet si controversé des 2 EPR d’Hinkley Point n’est en effet que l’arbre qui cache la forêt du renouveau énergétique britannique. Selon la presse chinoise, CGN, partenaire d’EDF dans cette entreprise y envisage effectivement la construction imminente de plusieurs autres centrales.

Mais surtout, l’Angleterre mise sur le développement des petits réacteurs modulaires (SMRs) dont elle projette de couvrir son territoire d’ici moins de 10 ans.

Les américains Westinghouse et Nuscale doivent y développer l’un des premiers SMRs au monde dès les années 2020 permettant à l’Angleterre de devenir l’un des principaux centres mondiaux de cette technologie.

Dans le même temps, des sociétés comme Terrestrial Energy envisagent la commercialisation de tels petits réacteurs modulaires fonctionnant avec des sels fondus dès le début de la prochaine décennie. Dans ces réacteurs non pressurisés, la réaction s’arrêterait d’elle-même en cas de surchauffe, évitant ainsi toute réaction en chaine.

Pendant ce temps, les difficultés que connait AREVA sont liées au fait que la France a délaissé depuis plus de 15 ans la modernisation de son propre parc nucléaire, tandis que l’expérience de constructeurs comme Rosatom, acquise sur le sol russe, lui permet de proposer au monde entier le VVR 1200, concurrent de notre EPR, pour un prix du MWh deux fois moindre, soit moins de 50€.
 


L’avenir du climat  
Le besoin mondial d’énergie est croissant. En 15 ans, la Chine et l’Inde ont pratiquement triplé leur consommation de charbon, avec 3,7 milliards de tonnes en 2015 pour la Chine.

Dans le même temps, et à besoins d’électricité constants (600TWh), la transition énergétique allemande (Energiewende) ne lui a permis que de passer de 244 millions de tonnes en 2000 à 232 millions de tonnes en 2015, malgré l’essor de sa formidable puissance intermittente éolien/photovoltaïque. Et cela sans compter le développement de la biomasse dont les polluants ne sont pas anodins, ainsi que nous venons de le voir.

Ce charbon continue à tuer lors de son extraction et son utilisation est responsable, selon le rapport Europe’s dark cloud, de 22 940 décès prématurés en Europe pour l’année 2013, dont 490 en France pour le seul charbon allemand.

James Hansen est un des premiers théoriciens du réchauffement climatique qu’il a longtemps étudié au sein du Goddard Institute de la NASA. Dans son étude de mars 2013, publiée dans la revue Environmental Science & Technology avec Pushker A. Kharecha, il chiffre à 1,84 million le nombre de décès évités entre 1971 et 2009 par l’énergie nucléaire.

Celle-ci étant, et de très loin, l’énergie qui a entrainé le moins de morts par unité d’électricité produite, même en comptabilisant les conséquences de Tchernobyl et de Fukushima.

Convaincu de l’urgence du problème, il avait déclaré « le temps est venu pour celles et ceux qui prennent la menace climatique au sérieux de se prononcer pour le développement et le déploiement d’installations d’énergie nucléaire plus sûres. (…) Beaucoup de choses ont changé depuis les années ’70. L’heure est venue d’avoir une approche nouvelle de l’énergie nucléaire au 21e siècle ».

L’importance considérable des sommes engagées dans l’effort de réduction des émissions ne peut dispenser d’un bilan chiffré de l’efficacité de chacun des moyens financés depuis des années par la collectivité. Ni d’une politique objective de gestion des risques, étayée par des chiffres et non manipulée par des groupes de pression.

L’avenir de notre société est à ce prix.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire