jeudi 10 novembre 2016

L'héritage toxique de Metaleurop. Les silences d'Évin-Malmaison.

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Aude Vidal 

9 novembre 2016 

Commentaire: (...) " Les territoires déjà sinistrés économiquement doivent encore faire face au coût sanitaire et environnemental de leur passé industriel.; Pas normal  qu’après de telles nuisances l’usine ait pu fermer en quelques mois et se soustraire à ses responsabilités grâce à un montage juridique qui laisse ses pollutions orphelines " ; « Pas normal » qu'après avoir laissé dépérir pendant des années sa filiale nordiste tout en encaissant ses profits, le groupe européen ait coupé tous les liens avec elle, se défaussant de ses obligations en matière d’environnement. Pollueur, payeur ? Pas ici. L’État ramasse la note… mais choisit de ne pas la payer. Plus de douze ans plus tard, l’héritage toxique de Metaleurop donne lieu à des conflits renouvelés.; Reste à compenser la dévaluation des biens par des baisses de taxes.;  Les pollutions qui demeurent se font beaucoup plus discrètes.;  Ce pourrait être à terme la ligne à Très Haute Tension de 400.000 volts Avelin-Gravelle, mise en œuvre par RTE (Réseau de transport d'électricité) pour relier Arras au sud de Lille." (...).

Croyez-vous qu'il en sera différemment dans 20 ans quand les industriels éoliens quitteront nos territoires? Poser la question, c'est déjà y répondre. Devant cet avenir aux conséquences néfastes en terme de pollution, de santé publique et économique, ne laissons pas faire les "fossoyeurs" que sont nos gouvernants (EELV+PS), nos élus (e) locaux complices, les pro-éoliens et toute une partie de la population qui nous fait part chaque jour de son indifférence.
MOBILISONS-NOUS!
 
ZÉRO ÉOLIENNE et BEAUCOUP DE TOURISTES!
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Le 16 janvier 2003 est annoncée la fermeture du site de Metaleurop Nord. Treize années après, les habitant.es et les travailleur.ses resté.es sur le carreau payent toujours la note d'un désastre social et écologique. Les territoires déjà sinistrés économiquement doivent encore faire face au coût sanitaire et environnemental de leur passé industriel. Arsenic, bismuth, cuivre, argent, mercure... Au-delà du catalogue des métaux lourds et des substances toxiques, ce qui reste de Metaleurop, c'est l'amertume d'une population délaissée par les pouvoirs publics.



 
Vendredi 4 décembre 2015, c’est la sainte Barbe, patronne des mineurs. Il fait un franc soleil sur le bassin minier qui dresse ses chevalets, vestiges du temps où le charbon extrait ici faisait gronder les machines, réchauffait les maisons et obscurcissait les villes. Les chevalets, points d’entrée de fosses depuis longtemps fermées, sont aujourd’hui classés au patrimoine de l’Unesco. Petite fierté pour des habitant.es dont beaucoup sont au chômage ou choisissent l’exil quotidien à une trentaine de kilomètres, vers la métropole lilloise qu’ils rejoignent dans des trains souvent en retard, parfois annulés, ou après avoir bravé les embouteillages de l’autoroute A1.
Nous sommes à quelques heures de la clôture de la campagne électorale des régionales. Les caméras sont braquées pour quelques jours encore sur les cinq départements du nord de la France, à « risque FN » : Marine Le Pen pourrait se servir de son succès annoncé ici pour assurer sa résistible ascension. Les sondages, qui donnaient les trois « grands partis » dans un mouchoir de poche pendant l’été, montrent Le Pen désormais largement en tête en fin de campagne. À l’issue du premier tour, le renoncement du PS en faveur de Les Républicains prive la gauche de toute présence dans l’assemblée régionale mais empêche le FN d’empocher une « prime majoritaire » qui lui aurait permis de vaincre. Quelques semaines après, les élu.es frontistes enragent sur les bancs de l’hémicycle que la victoire leur ait été volée. La crainte d’une Marine Le Pen présidente de région est vite oubliée et le bassin minier peut de nouveau taire son désarroi… jusqu’aux élections suivantes ?

La justice en friche
L’impression d’être négligé.e est tenace dans ce coin du Pas-de-Calais, la sensation de ne compter pour rien. Si l’injustice y est perçue comme commune, inévitable, elle heurte néanmoins toujours le sens moral. Les contre-coups de la fermeture en 2003 de Metaleurop Nord ne démontrent pas le contraire. « Pas normal », c’est ce qui se répète autour de cette usine de métaux non ferreux qui multiplia les records : leader mondial de la production de zinc dans l’entre-deux-guerres, de la production de germanium et d’indium dans les années 1970. À sa fermeture, c’est le site industriel le plus pollué de France1. « Pas normal » qu’après de telles nuisances l’usine ait pu fermer en quelques mois et se soustraire à ses responsabilités grâce à un montage juridique qui laisse ses pollutions orphelines. « Pas normal » qu'après avoir laissé dépérir pendant des années sa filiale nordiste tout en encaissant ses profits, le groupe européen ait coupé tous les liens avec elle, se défaussant de ses obligations en matière d’environnement. Pollueur, payeur ? Pas ici. L’État ramasse la note… mais choisit de ne pas la payer. Plus de douze ans plus tard, l’héritage toxique de Metaleurop donne lieu à des conflits renouvelés.

Écologistes et fondeurs, l’incompréhension
Rendez-vous à Évin-Malmaison avec PIGE (Pour l’intérêt général des Évinois), jeune association qui donne une nouvelle voix aux populations locales. Nous sommes accueillies par Bruno Adolphi et Suzette, quinquagénaires affables qui décrivent avec assurance le tableau des injustices subies par eux-mêmes et leurs voisins.
Situé à l’ouest de l’usine Metaleurop, ce bourg de 4.500 habitants est sous les vents de l’ancienne usine et a amassé le plus gros des nuisances. En 2003, l’usine rejette encore 80 kg de poussières de plomb par jour. Ses fumées piquent les carrosseries des voitures et font mourir le bétail. Metaleurop consent à payer les coups de peinture pour éteindre les plaintes mais elle attend d’être condamnée avant d’indemniser un agriculteur de la commune. La responsabilité de mieux en mieux établie de l’entreprise sur ses nuisances et les normes de plus en plus sévères en matière de pollution ont probablement contribué au lâchage de l’usine par le groupe. La faute aux écologistes ? Le Comité de défense évinois, association active à partir de 1998 et qui ne survivra que quelques années à la fermeture de l’usine, subit alors les foudres des ouvriers attachés à leur emploi. Selon Jean-François Caron, maire EELV de Loos-en-Gohelle non loin de là, les logiques capitalistiques expliquent à elles seules la désindustrialisation de la région et cette fermeture. Néanmoins l'élu précise que « certains mouvements politiques [ont été] trop heureux de pouvoir nous faire porter le chapeau ». Jadis les ouvriers et les défenseurs de l’emploi accusaient les écologistes de vouloir faire fermer l’usine. Maintenant qu’il n’y a plus d’emploi sur le site, ce sont les habitant.es d’Évin qui reprochent aux ouvriers de ne pas avoir lutté plus tôt contre les nuisances : « C’était pas les plus malheureux, question salaire. On les achetait », rappelle Suzette. Hervé, un retraité que nous rencontrons sur le pas de sa porte, a passé sa vie active à la mine mais il a également travaillé à l’usine pendant quelques années. Il reste très droit, en pull malgré les températures, pendant qu’il nous livre son point de vue. Comme tant d’habitant.es locataires de logements modestes, il n’a pas souhaité adhérer à PIGE et renvoie tout le monde dos à dos en répétant qu’il est « trop tard » et que « c’était quand l’usine marchait qu’il fallait le faire ».
 Pollués payeurs
Avant comme après la fermeture, aucune initiative associative n’aura eu autant de succès que l’association PIGE, dont l’acronyme fait allusion au PIG (projet d’intérêt général). Derrière ce nom évasif se trouve un dispositif de gestion à la fois tatillon et négligeant des retombées d’un siècle de pollutions à Évin-Malmaison. Bruno, le président, déploie une carte dans la pièce que l’association partage dans des locaux municipaux. En rouge le périmètre du PIG 1000, pour 1000 ppm de plomb et 200 de cadmium, couvre le cœur du bourg. En bleu, la couronne du PIG 500 signale des concentrations deux fois moindres. Tous les quatre ans depuis 1997, le plan est révisé et ses marges sont redessinées. Mais que cela ne laisse pas imaginer un monitoring de précision. À vrai dire, pour savoir ce qu’on a sous les pieds, il faut payer soi-même les analyses. Car ce dispositif réussit le tour de force d’être très contraignant et de faire payer les frais aux seul.es habitant.es. Il est interdit de construire dans cette zone et le décaissement des terrains (fortement conseillé) est à la charge des propriétaires, de l’apport de terres saines à la gestion de celles qui sont polluées. Lorsqu’en 2014 le PIG est étendu, c’est le ras-le-bol et l’association PIGE est créée pour l’exprimer. 167 foyers adhèrent sur les 700 personnes situées dans les deux périmètres. Elles reçoivent, contre toute attente, gain de cause. La Voix du Nord n’en revient pas, loue les soutiens institutionnels, salue la « gageure » et le « travail acharné » des responsables associatifs et de leurs relais politiques2. La plupart de leurs revendications ont été satisfaites : dépistage du cadmium chez les adultes et du plomb chez les enfants, décaissement des jardins en partie pris en charge, affinement du périmètre d’après les analyses de chaque terrain, aux frais de l’État. Reste à compenser la dévaluation des biens par des baisses de taxes. Mais les membres de l’association ont la victoire amère au vu des problèmes de santé, notamment du saturnisme et des retards psychomoteurs, qui demeurent dans des proportions inédites. Pendant des années, ils ont été mis sur le compte de l’alcoolisme ou du goût des enfants pour les écailles de peinture. « On ne voulait pas mettre le nez dedans. C'était le bassin minier » nous dit Suzette, propriétaire d’une jolie maison située au cœur du PIG 1000. Elle témoigne de sa lassitude : « Autant nous raser, on ferme Évin-Malmaison, et on nous indemnise ».
Hervé habite l’ancienne cité minière Cornuault. L'élégance des maisons, construites dans les années 1950 pour loger les mineurs puis leurs ayants-droits, lui donne des airs de cité balnéaire passée de mode. Le retraité en veut à l'association : « Ils se battent pour l’argent, pas pour la santé ». Et de regretter son manque d’intérêt pour la situation des locataires, « tenus par la société » LTO qui gère leurs logements. Entre les habitant.es des cités, issu.es de classes populaires, et les membres plus aisés de PIGE, l’incompréhension est de mise. On entend peu les habitant.es installé.es de longue date pour trimer à la mine. Le chevalet de la fosse n°8 se dresse encore au bout de la rue. À des métiers pénibles, en majeure partie exercés par des hommes, à la mine ou à Metaleurop, ont succédé le chômage ou une maigre retraite.  De quoi  faire aujourd'hui au niveau municipal 17 % de chômage et 24 % de pauvreté, et bien plus dans les cités. « Ils ne veulent pas bouger », dit-on du côté des propriétaires qui restent attiré.es par les atouts de ce gros bourg : « Ici on a tout, l’A1, l’A21, au niveau accès c’est l’idéal », explique Suzette.


Vivre avec la pollution, une idée d'avenir
À 25 km de Lille, Évin-Malmaison offre des opportunités résidentielles un peu moins chères que dans la Pévèle voisine, plus bucolique. Le périmètre du PIG est inconstructible mais les cadres de la métropole continuent à s'installer dans la commune. À quelques enjambées de là, en périphérie du bourg, un lotissement est en construction. Il arrive que des acheteur.ses, découvrant les niveaux locaux de pollution, changent d’avis en cours de transaction, mais les potentielles acquéreurs sont suffisamment nombreux pour contenter l'appétit des promoteurs.
La consommation des légumes des 300 et quelques potagers de la bourgade n’est pas recommandée ni pour autant interdite alors que, selon une étude de 2011 du labo lillois ISA, elle constitue « une voie d’imprégnation non négligeable » par les métaux présents dans les terrains. Qu’ils et elles habitent les cités ou des pavillons plus cossus, les habitant.es cultivent leur potager et rêvent de nature. Ça tombe bien, la « renaturation » est l’une des pistes explorées par les autorités pour verdir la vie évinoise. Derrière le SYMEVAD, nouveau centre de valorisation des déchets entre Metaleurop et le bourg, serait installé un jardin écologique. « Ils avaient deux ruches mais les abeilles sont mortes », regrette Suzette quand nous passons devant. Plus loin, des roseaux pompent le plomb des sols. Mais la piste de la « phytoremédiation » n'est peut-être pas si prometteuse. Cela prendrait des siècles au vu des niveaux de contamination actuels et il faudrait stocker les déchets verts, contaminés à leur tour. Hervé esquisse un souhait : « Je voudrais voir des fleurs, des gens qui se re-promènent sur le plan d’eau et ailleurs ». Les fumées, du temps de l’usine, faisaient tousser et sentaient mauvais. Les pollutions qui demeurent se font beaucoup plus discrètes.
 
Une population sans alternative
Au bord du canal de la Haute-Deûle, une pelle mécanique décharge le contenu d'une péniche au milieu des terrains vagues. Pas d'autre activité n'est observable sur le quai de l'usine. L'endroit pourrait sembler paisible sans la D160 qui longe le site. À moitié vivante, l'ancienne Metaleurop Nord. À la fermeture, plusieurs activités, pas toujours pérennes, ont pris le relais : un centre de désossement des carcasses de voitures qui a fermé à son tour et une activité de traitement des déchets industriels, Sita Agora, qui cause de nouvelles pollutions. Autour de la trentaine d'hectares de l'ancienne usine, nous croisons des promeneurs.ses avec leur chien ou à vélo malgré les camions qui encombrent la route étroite. Jean-Luc, un quinquagénaire à l'allure tranquille, descend de son biclou pour nous montrer la route de Noyelles-Godault. On s'attarde, il nous raconte ses vingt ans de Metaleurop en tant qu'intérimaire, à la fois dedans et dehors, comme 500 autres ouvriers. Bien intégré au milieu des ouvriers de l'usine mais pas syndiqué, on l'appelait parfois deux heures avant pour prendre son poste, une vraie variable d'ajustement. Et il n'a pas touché un sou à la fermeture. Ce que tous les ouvriers ont en partage, c'est des conditions de sécurité sordides qui ne s'améliorent que lentement, au fil des luttes et des accidents, parfois anodins comme les semelles des chaussures de sécurité fondant sur le sol bouillant, parfois mortels comme lors de l'explosion d'un stock de produits chimiques. « D'année en année, avec les accidents, ils serraient la vis côté sécurité et on mettait des masques ». Tous les deux mois, il effectuait des prises de sang et des analyses d'urine. Un emploi insalubre ? « C'est comme les mines, on n'avait pas le choix, faut travailler ». Depuis 2003, Jean-Luc a seulement travaillé un mois pour une mission de nettoyage de l'usine et trois mois à Ikea. En comparaison de ces douze ans de chômage, Metaleurop, « c'était bien », nous répète-t-il. « On était content d'aller travailler ». « Tout le monde était main dans la main ». Aujourd'hui « tout le monde devient con, les gens ne se côtoient plus, c'est chacun pour soi ».
La France entière a découvert l'usine Metaleurop lors de l'annonce de sa fermeture et des événements qui ont suivi, dont le chantage à la pollution des fondeurs qui menaçaient de verser des produits toxiques dans le canal. Cela fait plus de trente ans que les élus écologistes suivent le dossier. Parmi ceux et celles dont le mandat a pris fin lors des élections de décembre 2015, on trouve un avocat lillois qui a défendu le comité d'entreprise de l'usine et un ancien objecteur de croissance qui a effectué des prélèvements de terre – de nuit, pour éviter la confrontation avec les ouvriers du site. « Ils avaient peur de ce qu'on disait parce que les emplois risquaient de disparaître, se rappelle Emmanuel Cau, ancien vice-président à l'environnement. Et ensuite ils avaient peur parce qu'on leur parlait de risques sanitaires et qu'ils craignaient que leur maison perde de sa valeur. Donc on n'a jamais été bien vu ». L'impression d'une rencontre ratée entre les écologistes s'intéressant au dossier et les personnes qui vivent ou travaillent sur ce territoire désolé : « Ils étaient là, explique Bruno, mais pour les habitants ils étaient inexistants »


Le gigantisme énergétique ou la santé par-dessus la jambe
Entre deux autoroutes, l'ancien site de Metaleurop et la plate-forme logistique Delta 33, il ne manquerait plus qu'un dernier aménagement pour finir d'enserrer Évin-Malmaison. Ce pourrait être à terme la ligne à Très Haute  Tension de 400.000 volts Avelin-Gravelle, mise en œuvre par RTE (Réseau de transport d'électricité) pour relier Arras au sud de Lille. Le « fuseau de moindre impact » dévoilé en octobre 2014 s'est précisé et une enquête publique a fini d'acter le projet début 2015. Malgré tous les dispositifs de concertation, le refus se fait entendre du bassin minier à la Pévèle et à l'Arrageois, deux territoires plus ruraux. Maurice Piérard, un octogénaire que nous rencontrons dans sa maison bien tenue, est devenu l'un des visages de cette opposition : 700 personnes pour une chaîne humaine en 2014, un millier en octobre 2015. De nombreuses associations locales dont celle qu'il anime, Leforest environnement 4 , se fédèrent pour interpeller les autorités et plus particulièrement lors des campagnes de 2015, départementales puis régionales. Elles contestent le projet en raison de son gigantisme, alors qu'on observe une décroissance de la consommation d'électricité. Mais la THT est l'appendice du réacteur EPR, en construction en Normandie, et cette trentaine de kilomètres s'inscrit dans une ligne entre cette centrale et la Belgique. Les opposants n'imaginent pas que le gouvernement, qui s'acharne à soutenir l'EPR en dépit d'une explosion des coûts (son budget est passé de 3 à 9 milliards d'euros), cède sur ce petit maillon de l'industrie électro-nucléaire. « Il y a un secteur très impacté entre Évin et Leforest , précise Maurice. Il n'y a pas d'autre place pour placer la ligne ». Un moindre mal serait l'enfouissement de la ligne mais, qu'il soit faisable ou non vu l'intensité du voltage, il est jugé trop coûteux par RTE. « La santé publique, ça leur passe au-dessus », proteste le militant. Il voit pourtant dans les premières condamnations de l'entreprise, sommée d'indemniser des éleveurs pour le préjudice de la haute tension sur leurs troupeaux, un encouragement à cesser de construire ces THT surdimensionnées.
L'échec cuisant des écologistes, qui n'ont pas passé le cap des 5 % aux régionales, ne rend pas moins prégnantes les questions environnementales en Nord-Pas de Calais. Simplement, dans cette région très vite et très fortement industrialisée, elles s'expriment dans la population sous la forme de questions de santé. La région concentre 13 % des sites pollués de France et fait l'objet d'une « attention toute particulière » de la part de la DREAL (Direction régionale de l'environnement) qui opère dans le cadre de plans régionaux santé environnement avec l'Agence régionale de santé et le Conseil régional. La nouvelle super-région, issue de la fusion du Nord-Pas de Calais et de la Picardie, compte 6 millions d'habitant.es au PIB parmi les moins élevés de France. Au-delà de leurs difficultés économiques, elles cumulent d'autres handicaps dont font état les « indicateurs de santé sociale »5 que sont l'accès à l'éducation, les inégalités et une espérance de vie plus faible qu'ailleurs, qui tient notamment aux pollutions diverses.
Tenu.es par la difficulté de trouver à louer ailleurs ou par leurs propriétés dévaluées, qu'ils et elles se taisent ou revendiquent, les habitant.es d'Évin-Malmaison ont conscience de vivre au milieu des nuisances. Impuissance des discours écologistes, impuissance de l’État à faire endosser à Metaleurop ses responsabilités, sentiment d’abandon et d’injustice… le 6 décembre 2015, 804 d'entre eux ont donné leur voix à Marine Le Pen, soit 51,57 %. Et une centaine de plus au second tour. À côté de gouvernants qui restent sourds, le FN fait mine de tendre l'oreille. Qui donc souhaite entendre le silence des résigné.es ?
Photos : Marine Vial
1. « La zone à dépolluer est évaluée à 45 km². Environ 60 000 habitants sont concernés. », dans « Metaleurop. La dépollution impossible »,  Haydée Sabéran, Libération, 28 janvier 2003.
2. « Évin-Malmaison : le combat exemplaire de l'association PIG Metaleurop donne des résultats », La Voix du Nord, 21 novembre 2015.
3. « Delta 3 : dans l'enfer du capitalisme logistique », La Brique n°45, automne 2015.
4. « Leforest : Maurice Piérard a fait un rêve... où la ligne THT n'avait pas sa place », La Voix du Nord, 16 janvier 2015.
5. Des indicateurs étudiés par l'équipe d'économistes lillois qui travaillent autour de Jean Gadrey et de Florence Jany-Catrice.

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