L’injonction au courage

https://www.revue-ballast.fr
Par Julien Chanet
17/04/2018

Né en 1985. Il vit à Bruxelles. Assume les paradoxes et dissonances entre un anticapitalisme réformateur et une révolte social-démocrate.

Texte — légèrement modifié — paru dans le n°4 de la revue papier Ballast (printemps 2016)

Le refrain est connu : nos pays, baignés dans l’illusion des Trente Glorieuses, doivent faire un retour « douloureux mais nécessaire » à la réalité. Ce discours de la nécessité est très répandu : respect des 3 % de déficit, remboursement de la dette, ouverture à la concurrence, équilibre financier, etc. Mais qu’en est-il de la douleur ? Comment la justifier ? Toute la perversité d’un pouvoir, aligné en outre sur l’agenda du capital, se loge là — et elle est sans limite : elle donne au caractère vertueux du courage le sens de l’abattement et de l’inaction. En somme, plus les réformes sont dures socialement, plus nous serions courageux d’accepter leur nécessité. Cette équation est une ritournelle médiatique d’autant plus redoutable qu’elle se base sur un certain bon sens populaire. À l’heure des mobilisations contre les réformes du gouvernement Philippe et forts de l’expérience de ces dernières années (grecque, notamment), levons à nouveau le voile sur ces faux appels au courage. ☰



Fait 1. À la suite de la crise financière de 2008, on aurait pu croire les rois de l’économie définitivement nus, leurs équations et graphiques s’effondrant comme châteaux de cartes. Il n’en fut rien : dirigeants politiques, experts médiatiques et économistes parlèrent d’une même voix pour imposer et justifier « efforts » et « sacrifices » au nom du « rétablissement des comptes publics », du respect des traités ou du « réalisme » économique. Le courage devint alors moteur des « politiques du capital 1 » — celles-là mêmes qui nous avaient conduits au bord du précipice. Le courage de réformer fut partout psalmodié.

Fait 2. Les actes terroristes sur le territoire européen ont généré un ensemble de discours sur le courage. On a salué le courage des forces de l’ordre intervenant sur le terrain et celui des populations sous le choc, des familles et des proches des victimes. S’y sont mêlés la sécurité et son lot de décisions à prendre. Décisions difficiles. Courageuses. Pêle-mêle : interdiction de manifester, lockdown de Bruxelles, perquisitions, assignations à résidence, état d’urgence. À la sécurité s’est joint le sécuritaire, la face la plus sombre du courage politique institutionnel 2.

Fait 3. Le courage s’inscrit aussi au long cours dans notre quotidien. Face aux épreuves administratives, bureaucratiques, interpersonnelles, nous devons montrer notre capacité à faire front ; pour accéder à la reconnaissance, nous devons nous dépasser : le mérite fait loi. Dans un contexte de crise, la souffrance peut devenir une échelle de mérite. La politique d’accueil des réfugiés divise ; sans cesse, les rumeurs sur leur confort ou sur les allocations qu’ils percevraient doivent être démontées. Une pensée égalitaire dévoyée apparaît, où un lit et un toit temporaire ressemblent à des courts-circuits au regard des épreuves à devoir endurer. Les critères de justice et d’injustice sont relus à l’aune des efforts méritoires, et non plus en termes d’analyse systémique à même de garantir, par le recul, une vision claire des rapports de force et des intérêts des uns et des autres, à hauteur de la société. Bref, c’est une guerre intraclassiste : la guerre des dominés entre eux. La précarité, ou même la crainte qu’elle suscite — puissant dopant des intérêts égoïstes —, alimente cet état d’esprit délétère.

Haute-Marne, Chaumont : l'ONF en mode "défense de la forêt"

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Défense de la Nature et du monde rural!


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ENRi : lettre ouverte du collectif STA à Monsieur le Président de la République

Philippe Charlez, Jean-Pierre Riou, Michel Simon 
pour le Collectif Science-Technologies-Actions

La Science face à l’utopie en politique
Il y a un an, l’Académie des Sciences publiait le « Libre point de vue d’académiciens »(1) rédigé par son Comité de prospective en énergie : « La question de la transition énergétique est-elle bien posée dans les débats actuels ? »
Les académiciens attiraient l’attention sur la difficulté à équilibrer un réseau électrique avec des énergies renouvelables mais intermittentes et mettaient en évidence la distance qui sépare le rêve de la réalité en rappelant que « les nuits sont partout longues à la même période en Europe et les anticyclones souvent simultanés chez nous et nos voisins. »



Ces scientifiques rappelaient la véritable rupture technologique nécessaire pour parvenir à stocker l’énergie pour un coût acceptable par la collectivité et faisaient comprendre le caractère utopique d’une telle politique à court ou moyen terme.
Les ruptures technologiques ne se décrètent pas. Pourtant nous assistons aujourd’hui à une fuite en avant du système électrique européen qui doit renforcer des interconnexions toujours plus lointaines afin de répondre à des déséquilibres en progression rapide.
La même année, l’Académie des Sciences publiait un rapport (2) dénonçant les difficiles questions posées par l’intermittence des énergies renouvelables sans que cette position fondée et argumentée ne vienne troubler la tranquillité d’élus qui, enfermés dans leur idéologie, adoptèrent in fine la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV).
Loi considérée dès à présent comme inapplicable sur plusieurs points.

ÉOLIENNES ET MICROPLASTIQUES : L' U. E. RECONNAÎT LES DÉGÂTS, LA FRANCE REGARDE AILLEURS

  Il faut se réjouir que la Commission européenne reconnaisse désormais officiellement ce que plusieurs travaux scientifiques mettent en évi...