Ce qui pourrait vraiment rendre la transition écologique “démocratique et acceptable”

 https://static.atlantico.fr/sites/default/files/styles/media_image_960x533/public/000_1AX0U7.jpg?itok=m1weY3RH
Ce qui pourrait vraiment rendre la transition écologique “démocratique et acceptable” (et tirer la France d’une ornière qui est loin de n’être qu’environnementale)

Atlantico : Dans une logique d'efficacité, ne serait-il pas plus pertinent de proposer au pays une réelle refonte économique, prenant à bras le corps la faiblesse de la croissance que connaît le pays depuis une décennie, tout en intégrant la transition écologique comme un élément d'un tel projet ? Quel en serait le contour global ?

Alexandre Delaigue : nous sommes effectivement ici dans un exercice d'affichage. Le discours politique actuel sur cette question est un pur discours marketing qui vise à faire entrer des mesures politiques dans un récit beaucoup plus qu'il ne correspond à une orientation du pays. Si nous voulions changer cette logique-là, et cela n'est probablement pas ce qu'il va se passer, il faudrait déjà faire le constat que la croissance de l'économie française ralentit depuis les années 90, qu'elle a subi un très gros choc en 2008 dont nous sommes à peine remis, et que nous sommes depuis une décennie dans une situation de croissance 0. Donc, de base, le ressentiment qui est exprimé ces dernières semaines, mais également la montée du populisme, touchent essentiellement à cette question de la croissance.
Dans ces conditions, on peut partir du principe qu'il faudrait entrer dans une perspective macroéconomique tout à fait différente de celle que nous avons aujourd'hui - parce que l'orientation macroéconomique actuelle a pour objectif de réduire l'endettement et les déficits publics.
La nouvelle perspective serait de pousser les économies européennes vers la surchauffe, en vue de soutenir l'activité, avec une Banque centrale très orientée vers la croissance – beaucoup plus que sur la lutte contre l'inflation - et des politiques budgétaires qui insisteraient beaucoup plus sur l'investissement que sur les équilibres de long terme entre dépenses et recettes. Par ce biais, il serait alors possible d'augmenter les investissements publics avec une politique budgétaire beaucoup plus active qu'elle ne l'est à présent, et de la centrer sur les investissements d'avenir. Et parmi les aspects qui pourraient être prioritaires d'une telle politique, on pourrait investir dans les secteurs de la transition écologique. De cette façon il serait possible de créer une adhésion autour d'un projet "démocratique et acceptable" qui viserait alors à augmenter les revenus pour tout le monde tout en tenant compte de ces questions. De façon très concrète, cela voudrait dire beaucoup d'investissements publics dans le domaine de la transition écologique avec à la fois des infrastructures différentes et des investissements dans la recherche et le développement qui viseraient à développer les technologiques que nous n'avons pas encore.

Dans quelle mesure la transition écologique pourrait s’avérer être un relais de croissance important pour le pays ? Quel serait le moyen le plus efficace de stimuler ce secteur au sein de l'économie française ?
 

Alexandre Delaigue : la transition écologique peut soutenir la croissance de deux manières. Premièrement, en soutenant la demande intérieure par le biais de l'investissement par un effet purement conjoncturel. Si nous augmentons les investissements, nous augmentons mécaniquement la demande, ce qui permet de soutenir l'économie sur le court terme. Puis, le deuxième aspect repose sur un aspect plutôt technologique. Il s'agirait d'avoir un État qui mène une politique industrielle d'innovation entre le secteur public et le secteur privé sur ces questions de transition écologique. Il faut savoir que la France a été capable de faire cela au cours de certaines périodes ou nous avons su développer des programmes technologiques. Certains ont été des succès et d'autres n'ont pas réussi mais c'est ce qui caractérise la politique d'innovation qui ne marche pas toujours. Le problème n'est pas de faire des choses en espérant que tout va réussir, c'est de savoir arrêter les frais lorsque quelque chose ne fonctionne pas bien. Dans ce domaine, nous avons su faire à une époque le programme nucléaire français. Il ne faut pas oublier que nous avons été capable de produire en 17 ans les centrales nucléaires qui aujourd'hui génèrent 80% de notre production électrique. C'est probablement l'esprit de ce type de projets qu'il faudrait retrouver pour la transition écologique. La France est un pays qui a toujours eu besoin d'une impulsion du secteur public pour déclencher le secteur privé. Il faudrait avoir un certain nombre de projets dans le domaine environnemental, notamment sur la production d'énergie, dans le secteur des transports avec l'automobile, en urbanisme (rénovation des logements etc…). Dans l'ensemble de ces secteurs, il serait nécessaire de soutenir une impulsion publique qui permettra au secteur privé de développer ce qui marche par la suite.Le problème que l'on a pour une telle politique industrielle, c'est que nous ne sommes pas prêts à faire les choix que cela engendre, c’est-à-dire d'accepter de faire des gagnants et des perdants.
Mais il faut savoir que l'adaptation environnementale n'implique pas forcément une réduction de l'activité économique. On constate que l'intensité en Co2 de la croissance du PIB a tendance à diminuer, que le coût des panneaux solaires a tendance à diminuer et qu'il y a probablement des possibilités de réussir cette transition. On peut également s'aider de techniques déjà existantes, en substituant le nucléaire au charbon par exemple. Mais cela implique de faire des choix.

A l'occasion d'un tweet écrit ce 25 novembre, Donald Trump a pu pointer du doigt le mouvement des gilets jaunes, tout en y associant la problématique de la stratégie économique européenne. Ne peut-on pas voire également un lien entre l'ensemble de ces problématiques ?
 

Alexandre Delaigue : l'Europe dans son ensemble a une stratégie qui consiste à attendre que la demande provienne de l'extérieur. Ce n'est pas le cas de tous les pays européens, mais cela est le cas des pays qui déterminent la politique européenne, en particulier l'Allemagne et d'autres pays nordiques. Cela a porté chance à l'Allemagne parce qu'elle s'est insérée dans les chaînes de valeur internationales d'une manière favorable, notamment avec son secteur automobile. Mais ce secteur pose aujourd'hui question dans le contexte de la transition écologique, ce qui signifie que cette stratégie de faire reposer son économie sur la demande extérieure n'est probablement pas soutenable, aussi parce que certains pays, comme les Etats-Unis le critiquent. Une politique de plus forte demande intérieure, avec des investissements dans la transition écologique, pourrait permettre à l'Europe de rééquilibrer son modèle de croissance et ainsi de satisfaire à l'ensemble de ces enjeux.

Taïwan : la population dit oui au nucléaire (référendum)

Lionel Taccoen



php

Focus sur l’énergie




 

Au début était le 100% renouvelable.
Avec l’apparition de machines alimentées par les énergies fossiles, la révolution industrielle a décuplé les perspectives de création de biens de consommation.
Un seul litre de pétrole alimente aujourd’hui davantage de travail que la seule force humaine n’en accomplirait en plusieurs jours. Et fournit, au bas mot, l’équivalent de 20 jours de travail manuel.
Le travail étant destiné à modifier l’environnement pour en tirer des richesses, sous forme de biens de consommation, la corrélation est directe entre la quantité d’énergie consommée et le produit intérieur brut (PIB).
L’évolution mondiale des sociétés contemporaines offre le spectacle d’une ruée vers toutes les formes d’énergie.
Ce qui pose un certain nombre de questions.
Cet article s’efforce d’en identifier certaines pour leur apporter quelques éléments de réponse, au fil de ses trois parties :
  • De l’énergie mondiale en général à la France d’aujourd’hui en particulier
  • Les spécificités du système électrique : l’Europe sous tension
  • L’énergie et le monde de demain

ÉOLIENNES ET MICROPLASTIQUES : L' U. E. RECONNAÎT LES DÉGÂTS, LA FRANCE REGARDE AILLEURS

  Il faut se réjouir que la Commission européenne reconnaisse désormais officiellement ce que plusieurs travaux scientifiques mettent en évi...