Cantal, Trizac : lors d'un épisode orageux, mort de 16 bêtes : quel rôle a joué le mât de mesures éolien?

Non aux éoliennes à Trizac
18/08/2019


Commentaire : pour compléter : Six projets éoliens à l'étude dans l'ouest du Cantal 

 Tenir tête, Fédérer, Libérer!



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"Les planèzes de Trizac englobent un vaste territoire qui entoure par le nord-ouest les Monts du Cantal. Elles comprennent ce que les habitants locaux nomment « les montagnes » ou « les estives », là, où les vaches vivent et se nourrissent de mai à novembre, sur les communes de Trizac, Le Monteil, Valette, Collandres, Apchon, St Hippolyte, Le Falgoux, Le Vaulmier, Saint Vincent de Salers, Moussages, Auzers.



Le buron du Bayrou-Grand et une partie des Monts du Cantal


[...] Pourtant, le Plateau de Trizac fait partie du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne , sauf la commune de Valette, mais les promoteurs éoliens s’en moquent puisque le PNRVA, censé préserver le site exceptionnel où nous vivons n’a qu’un avis consultatif.



La même vue, telle qu’elle pourrait être avec des éoliennes de 150m de haut (photomontage)

Le parc éolien est entièrement inclus dans la zone spéciale de conservation Natura 2000, Entre Sumène et Mars, censée protéger la Loutre d’Europe et les Écrevisses à pattes blanches, et il se trouve à moins d’un kilomètre d’une autre zone spéciale de conservation Natura 2000, Zones humides de la région de Riom-es-Montanges. Mais là encore, quelle importance, puisque leur chartre ne peut imposer aucune contrainte aux promoteurs éoliens ? [...] Enfin Le Grand Site de France Puy Mary – Volcans du Cantal aura une vue plongeante sur l’ensemble du parc éolien, tout comme les 2 Sites Classés Patrimoine National : Massif Cantalien & le Château d’ Apchon et son Dyke Volcanique."

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Les mâts de mesures du vent - et les éoliennes au mât en acier - attirent la foudre, qui peut se transmettre aux animaux par le sol.
Nous avons appris mardi soir que, suite aux orages de la nuit de dimanche à lundi dernier, 11-12 août, plusieurs vaches étaient mortes. Elles ont été, probablement, indirectement foudroyées. Elles étaient voisines d'un mât de mesures du vent installé, en mai 2018, par le promoteur qui prévoit d’implanter une zone industrielle éolienne sur la commune de Trizac.

 



 
Première vache morte à environ 100 m du mât de mesures


Nous sommes allés vérifier mercredi matin : effectivement, nous avons trouvé pas moins de 7 animaux morts, essentiellement des veaux de l’année, dans un rayon de quelques centaines de mètres du mât de mesures du vent. Ils ont été déplacés vers la clôture le long de la piste, pour que l’équarrisseur puisse les charger facilement avec sa grue. Voir photos ci-dessous.

Bien entendu, les mâts de mesures métalliques, tout comme celui de la planèze de Trizac, d'une hauteur de 84 m, sont équipés de paratonnerre, dont le but est d'attirer la foudre, décharge électrique de plusieurs millions de volts, et de l'évacuer dans le sol, via les câbles. Mais si des animaux - ou des humains - se trouvent à proximité au même moment, ils reçoivent la décharge foudroyante et meurent sur le coup 9 fois sur 10.


Conclusion 

Les mâts de mesures du vent - comme les éoliennes au mât en acier - sont un facteur de risque supplémentaire pour notre bétail ! Le propriétaire du terrain, qui a loué sa prairie au promoteur éolien pour l'installer, le regrette probablement ; la perte de 7 bêtes représentent bien plus d’argent que ce qu’il a touché pour la location de son terrain. Nous espérons que cela fera réfléchir tous les propriétaires terriens et leurs fermiers qui ont signé, ou qui sont en réflexion pour signer, un bail emphytéotique avec un promoteur éolien : s’ils doivent perdre plusieurs bêtes à chaque orage, eux qui pensaient toucher de l’argent sans travailler, comme des rentiers, des sous "tombés du ciel", risquent aussi de récolter plus souvent que d'autres la foudre, "tombée du ciel", qui tue leurs bêtes !

N.B
Cette publication ayant suscité nombre de polémiques,
nous apportons, dans un but d'apaisement,  les précisions et autres informations sur les évènements et sur leurs conséquences.   
Si nous acceptons bien volontiers les controverses intéressantes et instructives, nous refusons absolument les injures et le mépris à notre encontre. La courtoisie doit rester de mise au sein des débats, et ce, quelques soient les circonstances.. En attendant, nous invitons ceux qui perdent leur sang-froid à relire notre charte ou ... à passer leur chemin.😉

-les impacts de foudre ont bien été confirmés par Météo France sur cette prairie,
-des traces de foudroiements sont bien présents en plusieurs endroit, herbe brulée,
-
en cette saison, le troupeau a pour habitude de passer la nuit au pied du mât de mesures qui est implanté au point le plus haut. Plusieurs témoins oculaires et des bouses fraiches au pied du mât tous les matins le confirmant,
-durant l'épisode orageux, 16 animaux sont morts et 1 est toujours porté disparu. Parmi le bétail touché, ne se trouvaient pas uniquement des veaux de l’année ; il y avait des bêtes de 1,5 ou 2,5 ans et des vaches adultes, à confirmer pour ces dernières. Toutes ont été retrouvées dans la même prairie,
- après observations, la dizaine d'éleveurs qui ont vu les bêtes mortes pensent qu'il s'agit de foudroiements,
- plusieurs paysans nous ont dit que si les veaux et les jeunes étaient les principales victimes, les raisons en étaient probablement un empattement plus petit et une plus grande fragilité,
- ces mêmes paysans ont constaté que les vaches adultes, encore hier soir, avaient un comportement "bizarre". Ils pensent que certaines ont, aussi, subit la foudre, mais dans une moindre mesure. Elles seraient encore sous le choc. Ne peut-on également imaginer que ces "
êtres vivants  doué de sensibilité"  soient traumatisés à la vue de cette hécatombe?
- nous avons pris soin d'employer des formules qui laisse une place au doute : "probablement indirectement foudroyées"
- une certitude : le mât de mesures est équipé d'un paratonnerre dont le but est d'attirer la foudre pour la disperser dans le sol,
- Nous ne connaissons pas le rapport de l'assureur ni celui du vétérinaire, weekend du 15 août, et peut-être restera-t-il toujours confidentiel, l
e propriétaire des bêtes et du terrain et son assureur n'ayant aucune obligation de le rendre public, 
- une épidémie de la maladie du charbon ou d'entérotoxémie ne peuvent être écartées en l'absence du rapport vétérinaire. Mais beaucoup d'indices portent à croire que la foudre, qui est, INDISCUTABLEMENT,  tombée sur cette prairie à plusieurs reprises cette semaine là, à jouer un rôle déterminant, principal?, dans la mort de ces 16 bêtes.

Encore une fois, nous rappelons que le rôle de notre association est de communiquer et échanger des informations sur les centrales éoliennes dans le Cantal. C'est ce qu’il nous a semblé important de faire jeudi dernier, face à ce spectacle désolant.




2e veau mort, et sa mère qui le veille. Le mât de mesures est visible au fond à droite. Je vous passe les scènes émouvantes de la vache léchant désespérément son petit de quelques mois



3e veau mort et sa mère aussi allongée à côté … En arrière plan le veau n°2 et sa mère, puis le mât de mesures




4e, 5e, 6e et 7e veaux morts, aussi déplacés près de la clôture qui longe la piste afin que l’équarrisseur puisse les charger facilement. Les signes d'un déplacement? Plusieurs bêtes ont le poil rebroussé, et/ou une corde attachée à une patte, et/ou ont des positions peu naturelles pour des bêtes foudroyées





le 4e veau a toujours une corde attachée à sa patte, ce qui prouve bien qu’il a été déplacé. Confirmé par son poil rebroussé





le 6e veau mort, regard insoutenable ...





À nouveau, ils ont tous été déplacés près de la clôture afin que l'équarrisseur puisse les emporter plus facilement avec sa grue. Ont-ils été foudroyées? Nous ne le savons pas précisément. Nous avons juste été surpris qu'ils aient été répartis sur plusieurs centaines de mètres le long de la piste. Plusieurs témoignages venant confirmer la manoeuvre. Or, la "coutume" locale, est plutôt de les regrouper à peu près au même endroit près de la piste



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Haute-Marne, Langres : l'inauguration de l' Hôtel de ville restauré, 5 mai 1895, épisode I



L’année 1895 fut fertile en évènements grands et modestes et les journalistes n’eurent guère de mal  à remplir leurs colonnes. Le 17 janvier, Félix Faure avait été élu président de la République après la démission de Casimir Périer, successeur éphémère de Sadi Carnot, assassiné par l’anarchiste Casério. Déjà les derniers mois de 1894 avaient vu la condamnation  du capitaine Dreyfus, la mort du tsar Alexandre III et les attentats anarchistes. En octobre 1895, on enterrera Pasteur. En Haute-Marne, l’assassinat à Biesles du courrier de Nogent  à Chaumont avait tenu les lecteurs en haleine, plus peut-être que les élections cantonales de juillet. Ce même mois de juillet, un général russe, Nicolas Skwortzoff, intendant en chef au ministère de la Guerre de la Russie tsariste, était venu mourir le long de la voie de chemin de fer à crémaillère. En septembre, les grandes manœuvres conduisaient à Langres le président Félix Faure, et la municipalité saluait en octobre le prince Lobanoff, ministre des Affaires étrangères du tsar, qui revenait de sa saison  à Contrexéville. Le 7 novembre 1895, le premier bateau à vapeur circulait sur le canal de la Marne à la Saône et recevait à son bord le sous-préfet Régnault pour une croisière jusqu’à Heuilley-Cotton, terminus provisoire du canal. Le lundi 15 juillet, vers 8 h du soir, une culottière de la rue du Grand-Cloître tirait un coup de revolver sur le vaguemestre du 7e bataillon d’Artillerie qui avait refusé de la faire danser au bal du Marché Couvert la veille au soir…1
  Un autre évènement, de plus durable portée pour la ville de Diderot, avait en mai rassemblé une partie de la population langroise autour de son Hôtel de ville, revenu à la vie après avoir failli disparaitre définitivement trois ans plus tôt. La restauration avait été rondement menée, mais si chacun se réjouissait de cette renaissance, bien des questions continuaient d’agiter les esprits.

1. LES FÊTES DES 4 ET 5 MAI 1895
Le dimanche 21 avril 1895, le Spectateur révélait le programme des manifestations arrêtées par la municipalité le 18 avril précèdent pour célébré l’inauguration de l’Hôtel de ville restauré. Un mois plus tôt, le député-maire, Léon Mougeot, les sénateurs Darbot et Bizot de Fonteny, tous radicaux, s’étaient assurés le concours et la présence du ministre des Travaux Publics, Ludovic Dupuy-Dutemps 2. Le 12 avril, le ministre avait confirmé sa venue ; il profiterait de son voyage à Langres pour visiter le barrage, récemment achevé, de Saint-Ciergues et la brasserie de Humes. Le programme prévoyait donc la visite de Saint-Ciergues le dimanche après-midi. Dans la matinée, le Ministre devait recevoir les notabilités langroises et visiter le bâtiment avant le vin d’honneur. C’est en fin de journée, au retour de Humes, qu’aurait lieu le banquet officiel pour lequel ceux qui désiraient participer devaient payer 10 francs.


  Les réjouissances populaires prévoyaient une retraite aux flambeaux le samedi soir 4 mai, des concerts de fanfares dans la matinée de dimanche, avec défilés en ville et distribution de médailles commémoratives. L’après-midi, après de nouveaux concerts, aurait lieu une grande bataille de confettis et de serpentins à Blanchefontaine. Le soir, à dix heures, un feu d’artifice serait tiré au champ de foire de Bel-Air, suivi d’une fête foraine et d’un bal.
  Le 24 avril, le Spectateur publiait une lettre attribuée à « un groupe de jeunes citoyens fatigués d’être empotés », trouvant que le programme proposé était un peu maigre, surtout le samedi soir. Ils suggéraient donc, à l’issu de la retraite aux flambeaux, une bataille de confettis dans Blanchefontaine illuminée a giorno, ce qui permettait à la population de « prendre ses ébats ».
  Cependant, le mercredi 1er mai, le Spectateur annonçait  à nouveau le programme initialement prévu, sans la moindre modification. Des pressions durent alors s’exercer, car, deux jours plus tard, le vendredi 3 mai, le journal pouvait publier un programme enrichi, le samedi soir, de l’illumination de Blanchefontaine et d’une bataille de confettis. Mais, ajoutait la gazette radicale, il serait bon qu’à l’issue de cette bataille, la promenade soit surveillée « pour que des industriels peu scrupuleux n’aillent pas ramasser, pour les revendre le dimanche, les confettis maculés, piétinés et poudreux, jetés la veille. »
  Le même 3 mai, Louis Berthier, rédacteur en chef, dans un éditorial intitulé Fête de Famille, appelait la population à participer :
« L’inauguration solennelle de l’Hôtel de ville de Langres réédifié doit être pour tous les citoyens de notre antique cité une cause d’allégresse intime, l’occasion d’une fête de famille où, sans distinction de parti, chacun manifestera sa satisfaction de voir la Maison commune relevée de ses cendres plus belle qu’avant le sinistre qui l’avait anéantie.
  « L’Hôtel de ville résume l’histoire de la cité ; il collige les récits des jours heureux et des jours malheureux ; il raconte les douleurs et les joies des citoyens. Que dira le nôtre à nos arrière-neveux ? Souhaitons qu’il ne soit pas un mauvais témoin, et, pour cela, allons tous, dimanche, marquer d’une pierre blanche le jour de son inauguration. »



Deux trains spéciaux supplémentaires avaient été prévus vers Chaumont et Merrey pour conduire à Langres les visiteurs. Le Vélo-Sport Lingon était invité à partir à la rencontre de la Pédale Grayloise dont les membres venaient assister aux cérémonies. Cafetiers et débitants de boissons pouvaient ouvrir leur établissement jusqu’à deux heures dans les nuits de samedi au dimanche  et du dimanche au lundi.
  Cependant les inquiétudes ne manquaient pas. Le samedi 27 avril, à 5 h 10 du matin, près d’Épinal, était survenue la catastrophe de Bouzay : rupture d’une digue construite en 1880 entrainant la mort d’une centaine de victimes. Le Spectateur l’annonçait à ses lecteurs le mercredi 1er mai. Le ministre Dupuy-Dutemps devait se rendre sur les lieux du drame. Il risquait fort de ne pas pouvoir revenir à Langres. Léon Mougeot se rendit à Bouzay, où il passa un jour et demi aux côtés du Ministre et il put rentrer à Langres rassuré. Le Ministre viendrait à Langres dès le samedi soir, à 23 h, directement D’Épinal. Il logerait à la sous-préfecture. Le dimanche matin, il visiterait le barrage de la Liez et le programme annoncé se poursuivrait ensuite comme prévu.

2. La fête réussie
La lecture du Spectateur du mercredi 8 mai permet de suivre dans les détails les principaux moments de la fête, qui bénéficia d’un « temps des plus favorables, ni trop chaud, ni trop froid, ni trop ni pas assez ensoleillé ». Couchené et Arluison traduisent :
« Le ciel est gris… Cependant la matinée s’écoule sans que les nuages se soient fondus ».3

Et le Spectateur de poursuivre :
« La population s’est mise avec entrain de la partie. Grâce à son bon esprit, les choses se sont passées avec le plus grand ordre  et la plus admirable concorde ».

Le 4 mai au matin, rue des Chavannes, des vivres furent distribuées aux indigents par le Bureau de Bienfaisance. Le soir, à 19 h 30, à l’hôtel de la Poste, le maire offrit un grand « banquet fraternel » aux entrepreneurs et ouvriers d’art. Au menu : Potage parisienne. Brochet sauce câpres. Gigue de pré-salé Parmentier. Jambon d’ York à la gelée. Petits pois française. Dindonneau cresson. Salade. Écrevisses de la Meuse. Croquembouche à la crème. Compotiers de fruits. Dessert. Moulin à vent. Champagne.
  Léon Mougeot porta un toast à la « démocratie travailleuse ». « Toutes les mains se sont tendues vers notre estimé maire et député. Tous les verres ont choqué le sien ».
  Cependant, à 20 h 30, la musique du 21e régiment d’Infanterie avait conduit la retraite aux flambeaux « aux sons de ses mâles accents ». À Blanchefontaine eut lieu une « homérique » bataille de confettis que Couchené-Arluison trouvent « vraiment très drôle ; dans la grande allée éclairée a giorno, sous une voûte de verdure, des milliers de bras qui se lèvent et qui s’abaissent, des milliers de mains qui s’ouvrent et une pluie de petits papiers verts, jaunes, blancs ou bleus, qui tombe dans le cou de celui-ci, sur le nez de celui-là et jusque dans la bouche de cette bonne femme de Saint-Vallier, juste au moment où elle l’ouvre pour demander à sa cousine si tous ces borgeois-là n’ont perdu la raison ».4
  Pendant ce temps, Léon Mougeot et le Docteur Michelot, conseiller d’arrondissement, se rendent à Chalindrey au-devant du Ministre. Celui-ci arrive comme prévu à 23 h à Langres-Marne où l’attendent le préfet Boudier et le sous-préfet Régnault. La crémaillère  le conduit dix minutes plus tard à Langres-Cité, d’où il se rend immédiatement à la sous-préfecture, alors rue Roger, pour y passer la nuit.
  Le dimanche 5 mai au matin, quatre voitures conduisent le Ministre et son escorte au barrage de la Liez, où l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Gustave Cadart, fournit toute les explications et donne toutes les assurances. Le Ministre revient par Langres-Marne pour une nouvelle fois emprunter la crémaillère, dont il examine longuement la machine et s’arrêtera deux fois durant le parcours pour faire admirer les installations et le panorama. À la gare de Langres-Cité, les fanfares de Nogent-le-Bas et de Chalindrey jouent la Marseillaise avant que le Ministre ne rejoigne la sous-préfecture où il doit déjeuner.
  Cependant les sociétés musicales ont investi la cité. On en compte onze avec les deux formations locales, la Fanfare langroise et l’Union musicale. Il y a les fanfares de Bourbonne, de Saint-Dizier, Humes, Wassy, Fayl-Billot, Chalindrey, Nogent-le-Bas, Nogent-le-Haut, Rolampont. À 11 h 30, un vin d’honneur leur est offert au Marché Couvert, où elles sont rejointes par les pompiers, très admirés dans leur nouvelle tenue, « du dernier modèle ; aux épaulières en maille de métal, et sous le petit casque presque sans cimier, qui les font ressembler à leurs confrères de Paris ». des médailles commémoratives sont alors largement distribuées.
  À 14 h commence vraiment la visite officielle. Le cortège quitte la sous-préfecture, escorté de l’escadron du 12e Hussards, 100 cavaliers, 4 officiers, arrivés la veille, et passe entre une double rangée de soldat du 21e de ligne en grande tenue, gantés de blanc, présentant les armes. Une « foule compacte » s’est rassemblée dans les rues Roger, Walferdin, Chambrûlard et place de l’Hôtel-de-Ville pour voir le Ministre. « M. Dupuy-Dutemps est l’objet d’une manifestation sympathique ».



  À 14 h 30, dans le cabinet du maire, il reçoit successivement tout ce que Langres compte de notabilités politiques, civiles, militaires, religieuses. Les uns en profitent pour appuyer leurs revendications, comme le président de la Chambre de Commerce Bressand, qui réclame l'achèvement du canal de l Marne à la Saône. Les autres reçoivent des distinctions honorifiques, comme l' adjoint Théophile Viard, fait officier du Mérite agricole, ou l'architecte-voyer Durand, qui reçoit les palmes académiques. Cette longue cérémonie s'achève par un vin d'honneur dans la grande salle du Conseil, avec remise d'un cadeau de coutellerie au noble visiteur, deux couteaux de chez Guerre pour le Ministre, un couteau de poche pour Madame, et de médailles d'honneur à trois ouvriers. Dupuy-Dutemps visite ensuite au pas de charge les principales pièces de l'Hôtel de ville, puis il se met en route pour Saint-Ciergues.
  Le cortège passe par Blanchefontaine, où l'une des dix voitures reste en détresse par suite d'une rupture des timons, Saints-Geosmes et Perrancey. À l'entrée du barrage se dresse un magnifique arc triomphal de verdure et de branchages. La visite est dirigée par l'ingénieur Cadart et l'entrepreneur Bressand. Le retour s'effectue par Humes, avec arrêt à la brasserie et discours du maire de la commune, qui demande des assurances sur la solidité du barrage et une halte de chemin de fer. Le Ministre rassure et promet, avant de se retrouver en ville à 19 h 15.
  À Langres, des concerts ont été donné pendant l'après-midi à Blanchefontaine, fanfares de Saint-Dizier et de Wassy, place Diderot, Nogent-le-Bas et Fayl-Billot, place Ziegler, Nogent-le-Haut et Bourbonne, place de l' Hôtel-de-Ville, Humes, Rolampont et Chalindrey et square Henryot, Société de Langres. À 17 h, une nouvelle bataille de confettis s'est engagée à Blanchefontaine, tandis que de nombreux divertissements étaient offerts place Bel-Air : carrousels, tirs, musées, manège de vélocipèdes, cirque, chevaux de bois... 
  À 19 h 30, dans la salle des adjudications, a lieu le grand banquet officiel : près de 200 couverts, selon le Spectateur, 150 seulement, selon la Croix de la Haute-Marne. Le menu a été préparé par Descharmes, le cuisinier de l' hôtel de la Poste : Potage Juvénal. Hors-d’œuvre : crevettes, olives, radis, beurre. Relevé : saumon sauce Joinville. Entrées : filet de bœuf Renaissance. Pièces froides : galantine de faisan, pâté de foie gras, granité au Champagne. Légume : asperges en branche. Rôti : poulardes du Mans bardées. Salade russe. Buisson d'écrevisses de la Meuse. Glace Marie-Thérèse. Pièces montées. Compotiers de fruits. Dessert. Café. Liqueurs. Vins : Xérès, Moulin-à-Vent, Saint- Emilion, Champagne.
  À l'heure des toasts, les notables font assaut d'éloquence, le préfet Paul Boudier, le maire Mougeot, les sénateurs Bizot de Fonteny et Darbot, Maillet, président de la Cour d'Appel de Dijon. Le mot de la fin revient au ministre Dupuy-Dutemps :
"Les représentants de la Haute-Marne se préoccupent avec raison des travaux publics de la région qui sont destinés, en activant la circulation industrielle et agricole, à augmenter la prospérité du pays.
"Quelques que soient, au point de vue budgétaire, les difficultés de l'heure présente, je ne laisserai pas périr en mes mains l'outillage national créé par mes prédécesseurs et je ferai tous mes efforts pour activer le développement des travaux productifs qui constituent moins une dépense qu'une avance faite à l'avenir.
"Vous avez raison, Messieurs, d'aimer la République ; elle vous rendra en justice ce que vous lui avez donné en confiance.
"Je bois, Messieurs, au département de la Haute-Marne, à son préfet, à ses représentants."

Cependant... 

À suivre… 

Georges Viard,  L'inauguration de l' Hôtel de ville de Langres restauré, 5 mai 1895, pp.467-489, Bulletin trimestrielle de la Société historique et archéologique de Langres, XXIIe Tome, n°333, 1998, imprimerie Dominique Guéniot, Langres-Saints-Geosmes.

Notes
1. Sur tous ces évènements, voir la presse locale, notamment le Spectateur et la Croix de la Haute-Marne, journaux imprimés à Langres. Également : G.Couchené et A. Arluison, Langres-Revue, Chronique de la ville de Langres en 1895, Langres, Imprimerie du Spectateur, 1896, 201p. 

2. Sur ce ministre, voir la notice du Dictionnaire de biographie française, t. XII, col.602, par E.Honoré ; 1969.

3. Couchené et Arluison, op.cit., p.39.

4. Ibid., pp. 38-39

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Vous voulez être branché ? Soyez inclusif dans votre guerre pour sauver le climat !

Michel Negynas




hipster source https://unsplash.com/photos/U22pJ6BclUQ


On mélange allègrement météo, climat, pollution, catastrophes naturelles, inégalités dans une bouillie intellectuelle qui a perdu tout sens commun.


Une addiction française aux mots

Notre époque aime propulser des mots au rang de concepts politico­­‑sociologiques. Cette détestable habitude a culminé chez les philosophes et sociologues français des années 1950. Ils inventaient des mots et passaient le reste de leur vie à essayer d’expliquer ce qu’ils avaient voulu dire. C’était pratique : cela leur fournissait un travail à vie. Le summum du génie était d’écrire des textes incompréhensibles en détournant mots et concepts de leur sens initial.

Alain Sokal et Jean Bricmont, deux physiciens, ont combattu par l’humour, dans un pastiche absurde cette propension au verbiage flou, et en particulier le détournement de concepts issus des sciences dures. Ils ont réussi à faire publier par une revue on ne peut plus sérieuse une étude complètement vide de sens : Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique. La communauté des sociologues a d’abord salué unanimement la pertinence du texte avant d’apprendre, penaude, que c’était une blague. Inventer ou pervertir des mots permet de tout englober, tout relativiser. Ces courants de pensée ont d’ailleurs été qualifiés de « post-modernes », les « modernes », c’est-à-dire ceux qui sont attachés aux acquis du siècle des Lumières, devenant des ringards… Comprenne qui pourra.
Une bonne partie des chercheurs et universitaires français en sciences humaines perpétue cette tradition, le plus souvent à nos frais, contribuables que nous sommes. Toutes les semaines, les débats télévisés font apparaître de nouvelles têtes politico ou socio quelque chose, tous directeurs d’instituts unipersonnels : le gisement paraît infini. Le vétéran Bruno Latour, un des derniers membres de cette lignée de savants inventeurs de mots, est l’archétype de ces gourous qui font la pluie et le beau temps à Sciences Po, et plus généralement auprès de nos jeunes élites politiques, droite et gauche confondues. 


Soyez inclusifs
C’est ainsi que le mot inclusif est devenu un mot-valise. Nous l’avons vu apparaître au grand public il y a quelques années dans la sphère écologique.
Auparavant, il avait une définition générale.
Inclusif : qui contient en soi quelque chose d’autre. (Dictionnaire Larousse).
Il avait aussi un usage très technique, grammaticalement.
Personne inclusive : première personne du pluriel affectée dans certaines langues d’une forme propre, telle que dans le collectif du type « nous » on comprend, avec la ou les personnes qui parlent, celle ou celles à qui on s’adresse. (Mar. Lex. 1951)

L’usage en écologie en est venu d’une constatation inavouée des militants de la cause : la plupart des projets et solutions écologistes renforce les inégalités et rend les pauvres plus vulnérables : arrêter les énergies fossiles, électricité et transport plus chers, bio, baisses des rendements, moins de nourriture, figeage des territoires, augmentation du prix du foncier…. La liste est longue, et la « sobriété heureuse » ne serait pas vraiment heureuse pour tout le monde.
Les écologistes, surtout politiques, ont donc compris le risque pour leurs dogmes. Il fallait ajouter un mot à l’écologie pour remédier à ça. Les Anglo-saxons en avaient un : inclusive, traduction française : y compris, inclus, mais par extension ouvert, égalitaire…Va donc pour « écologie inclusive ». Cela faisait in, et même un peu glamour, tout le monde voulait être inclusif. Les villes devaient être inclusives… l’habitat inclusif, tout mouvement social se doit maintenant d’être inclusif, féminisme inclusif, et d’ailleurs souvent en même temps solidaire. Le numérique d’ailleurs, doit aussi être inclusif…
Le dernier épisode, c’est l’écriture : une écriture à égalité homme-femme, donc inclusive. Dans ce dernier cas, l’Académie s’étrangla. Les Sages, malgré leur haute Vertitude, se considèrent doublement violentés : non seulement la grammaire est attaquée, mais comble de l’ironie, par un mot qui n’existe pas dans le sens où il est utilisé !
L’égalité homme-femme est d’ailleurs élargie, elle aussi, à un autre mot-valise, plus ou moins détourné de son sens initial car il recouvre maintenant un concept dépassant de loin son utilisation usuelle antérieure : le genre. C’est ainsi que le collectif des « Bombes atomiques », éco-féministes antinucléaires, a interdit la présence d’hommes « cisgenres » à leur manifestation de Bure. Un homme cisgenre est bêtement un gars qui est « en accord avec le genre qui lui a été assigné à la naissance ». Un beauf, quoi. 


De plus en plus fort
Bien entendu, le climat est entré dans la danse du vocabulaire qui ne veut rien dire. D’abord qu’est ce que LE climat, au sens générique ? Il existe bien une bonne dizaine de climats différents sur cette planète, et ils n’évoluent pas à l’échelle de décennies comme on veut nous le faire croire, mais plutôt à l’échelle multiséculaire, voire millénaire. Et qu’est ce qu’un climat « normal » ? D’où la difficulté de nommer la menace : réchauffement climatique ? Mais le climat se réchauffait déjà au XIXe siècle… Changement climatique ? Le climat à toujours changé… Dérèglement climatique ? Ah bon, le climat était réglé ? Mais dérèglement ça fait vieux jeu : on est maintenant dans la disruption climatique. On serait dans une « rupture » de l’ordre ? Nous serions « disruptifs », autre mot à la mode tiré de l’anglo-saxon et lui aussi très en vogue ? Donc on a créé un climat disruptif, c’est clair.
Mais tout cela était encore trop rationnel, pas assez post moderne. Maintenant, on sauve le climat. Car le climat est en danger. On parle même de justice climatique. Tout se rejoint : la guerre climatique est en fait un combat pour la lutte contre les inégalités : elle est donc inclusive ! Et l’urgence climatique est là, ce sera même inscrit dans la future loi Énergie et Climat.
Et c’est Bruno Latour qui se devait d’ajouter une touche ultime : l’invention non pas d’un mot-valise, mais d’un mot malle, que dis je, container ! Susceptible de contenir tout l’univers, bref, une boîte de Pandore à l’envers. C’est le mot Climat lui-même ! Dans un de ses billets, sur son site, comme exégèse à un de ses livres, il écrit d’emblée :
« Climat » est pris ici au sens très général des rapports des humains à leurs conditions matérielles d’existence. Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ?
Voilà. Tout est dans tout, comme dirait le pape François dans son encyclique. Les guerres, Trump, les migrations, les inégalités, les colonisations passées, la perte de sens, le populisme, les tremblements de terre : le Climat je vous dis. LE CLIMAT ! Le poumon ?
L’affaire climatique s’affranchit ainsi pour toujours de ses origines plus ou moins scientifiques. En fait, le Climat remplace l’Écologie. On lui adjoint toutefois la biodiversité : autre concept récent, à connotation nettement politique, pour désigner ce qu’on nommait avant zoologie, botanique, bref, écologie. Suffisamment flou pour servir les causes les plus diverses.
On mélange allègrement météo, climat, pollution, catastrophes naturelles, inégalités dans une bouillie intellectuelle qui a perdu tout sens commun. Le climat devient le terme générique pour nommer les fléaux : c’est le KLIMA, que le stupre du développement active. Dans une optique plus shintoiste et universelle, seule Gaïa la déesse mère peut nous sauver de notre trahison envers Klima, et de sa vengeance, si nous la respectons, et même la vénérons. 


Le pouvoir des mots
Le combat pour l’égalité homme-femme n’a pas besoin du mot inclusif. Et une écologie inclusive, n’est-ce pas la notion du développement durable, équilibre entre développement économique, social et protection de l’environnement ? Mais le présenter comme cela, c’est admettre le compromis, au contraire du flou de l’inclusivité, qui, elle, ne s’embarrasse pas de détails pratiques. Quant au Climat élevé au rang générique, il est mis à toutes les sauces. C’est bien commode, car ainsi, la contradiction est vaine, on ne peut combattre le Grand Tout.
Les mots ont un sens et un pouvoir, ils peuvent expliquer, réjouir, manipuler, parfois même tuer. L’absence de vocabulaire pousse à s’exprimer par la violence. C’est pour cela qu’il faut que tout citoyen maîtrise la langue, la pratique et lise des textes littéraires et scientifiques. Mais a contrario, un trop-plein de mots creux, vagues ou dévoyés de leur sens premier permet toutes les manipulations. Les euphémismes sont utilisés pour éviter de nommer les choses comme la sobriété, même heureuse, ou, en d’autres temps, le démontage des Mac Do.
En même temps, utiliser des termes outranciers devient banal : négationnistes du climat, enfance volée, extinction de masse, anthropocène, chimistes assassins. La floraison des expressions absurdes, voire grotesques, comme sauvons le climat, ou justice climatique, ou climato-sceptique, ou encore l’inclusivité ou le genre mises à toutes les sauces, parfois même institutionnalisées, qui naguère auraient été tournées en ridicule, en disent long sur la perte de sens de nos sociétés.

Les mots sont politiques par nature.

Seul.e.s la.e biodiversité.e. et le.a. genre universel.le, ensemble, pourront créer les conditions inclusives nécessaires pour sauver le.a. climat.e de s.a.on disruption.e. 

Secrétaire des Nations Unies, Palavas-les-Flots, discours d’introduction à la COP 56.

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