Haute-Marne, Communauté de communes des Savoir-Faire : la " beaucisation " du territoire en marche

  Dans l'article de l'excellent Frédéric Thévenin, La Haute-Marne, le bon élève en produits de santé végétale, voir ci-devant, on y apprend que dans la lutte que mène la France pour réduire l'utilisation des produits phytosanitaires*, le " Pays de l'eau " se distingue, et, est " en deçà de la moyenne nationale ", qui est de l'ordre de 4.16 traitements/an et par hectare, et, que cela correspond à " une évolution favorable ".😀 Sauf, que, comme chacun sait ou ne sait pas, " le bonheur, c'est du malheur qui se repose ", comme disait le poète, l'on apprend également, qu'une intercommunalité prend le contre-pied de la tendance générale, en augmentant sa consommation de produits phytosanitaires! Caramba! Ce vilain petit canard n'est autre que la Communauté de communes des Savoir-Faire ; et ce, pour une seule et unique raison : " le retrait de surfaces herbagères en faveur de grandes cultures " ; en clair : les prés deviennent des champs, uniformisant, hectare après hectare, le paysage et l'horizon!** Mais est-ce donc vraiment une surprise? Pour qui quadrille régulièrement le terrain, à pied, à vélo, à cheval, etc., assurément NON!

* " " Les phytos, c’est quoi ? "
  Le terme " pesticides " couvre par définition deux catégories de produits :

  • Les biocides , ou désinfectants, définis comme les substances actives ou produits « destinées à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles, à en prévenir l’action ou à les combattre de toute autre manière, par une action chimique ou biologique ».
  • Les produits phytopharmaceutiques , définis comme les « produits, sous la forme dans laquelle ils sont livrés à l’utilisateur, composés de substances actives, phytoprotecteurs ou synergistes, ou en contenant, et destinés à l’un des usages suivants :

   - protéger les végétaux ou les produits végétaux contre tous les organismes nuisibles ou prévenir l’action de ceux-ci, sauf si ces produits sont censés être utilisés principalement pour des raisons d’hygiène plutôt que pour la protection des végétaux ou des produits végétaux ;
   - exercer une action sur les processus vitaux des végétaux, telles les substances, autres que les substances nutritives, exerçant une action sur leur croissance ;
   - assurer la conservation des produits végétaux, pour autant que ces substances ou produits ne fassent pas l’objet de dispositions communautaires particulières concernant les agents conservateurs ;
   - détruire les végétaux ou les parties de végétaux indésirables, à l’exception des algues à moins que les produits ne soient appliqués sur le sol ou l’eau pour protéger les végétaux ;
   - freiner ou prévenir une croissance indésirable des végétaux, à l’exception des algues à moins que les produits ne soient appliqués sur le sol ou l’eau pour protéger les végétaux. »
  Le terme " pesticides " est souvent entendu comme " produits phytopharmaceutiques " ou " phytos ".
  Il faut bien distinguer les substances actives des produits :

  • les substances actives sont les « substances, y compris les micro-organismes, exerçant une action générale ou spécifique sur les organismes nuisibles ou sur les végétaux, parties de végétaux ou produits végétaux ». Les substances actives sont autorisées au niveau de l’Union européenne.
  • les produits sont « les mélanges ou les solutions composés de deux ou plusieurs substances destinés à être utilisés comme produits phytopharmaceutiques ou adjuvants ». Les produits contenant des substances actives autorisées au niveau de l’Union européenne, doivent faire l’objet d’une évaluation et d’une autorisation nationale

  Conformément à l’article D. 253-8 du Code rural et de la pêche maritime, un usage correspond à « l’association d’un végétal, produit végétal ou famille de végétaux avec un ravageur, groupe de ravageurs, maladie ou groupe de maladies contre lequel le produit est dirigé ou avec une fonction ou un mode d’application de ces produits ». "
  Source

**  " En Haute-Marne, l’agriculture occupe 51% de l’espace départemental, soit une superficie agricole utilisée, SAU, de près de 320 000 hectares. 70% de cette SAU est consacrée aux surfaces cultivées, les 30% restant sont en prairies permanentes : surfaces toujours en herbe. La forêt haut-marnaise est remarquable et omniprésente. Elle recouvre plus de 40% du territoire départemental... "
  Source

 


Source

La " beaucisation " des Savoir-Faire?
   En préambule, précisons qu'il n'est pas question ici, bien évidemment, de dire que la Cc des Savoir-Faire va égaler la Beauce, en terme de superficie de grandes cultures et de production ; cela serait ridicule! Mais, en revanche, il s'agit d'alerter et d'informer la population sur la mutation territoriale qui est en cours, suite à des choix et des décisions politiques, qui font que nous pouvons affirmer, avec, malheureusement, trop de certitudes, que dans quelques décennies ou moins, les paysages anciens de la Cc des Savoir-Faire n'existeront, plus qu'à la marge, et qu'ils auront laissés leur place à une...petite Beauce!
   La Beauce, est une région au Sud-Ouest de Paris, recouvrant 6 640 km2, qui regroupe les départements de l’Essonne, Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, Loiret, Yvelines ; plus de la moitié de sa superficie se trouve en Eure-et-Loir ; les villes principales sont : Chartres, Châteaudun, Étampes, Vendôme et Pithiviers ; traditionnellement appelée le « grenier de la France », elle est une vaste étendue de cultures céréalières, oléagineuses, colza, et protéagineuses ; l'élevage y a, à peu près partout, disparu ; la densité de sa population est, aujourd'hui, très réduite : 15 à 25 habitants par km2 ; de plus, depuis quelques années, elle a diversifiée son activité en devenant un des bastions préférés de l'éolien, en France : rien qu'en Eure-et-Loir, plus de 300 éoliennes sont en activité, série en cours!

Paysages de la Beauce

La Beauce dans le vent... Voir la vidéo

Crédit :@WITT/SIPA


© Photo illustration NR, Jérôme Dutac.


Dangeau, Eure-et-Loir, commune créée en 2018, regroupant les villages de Bullou, Dangeau et Mézières-au-Perche : « dans un rayon de 10-15 km, nous avons dénombré plus de 40 éoliennes en projet, une vingtaine autour du village visible depuis l’église », dit le président de l’association. Source

La Communauté de communes des Savoir-Faire
  Paysages : comme un air de ressemblance, non?

Broncourt-lès-Éoliennes

Dans les environs de Pressigny-lès-Éoliennes...

La Quarte, Haute-Saône,...



Poinson-lès-Fayl-lès-Éoliennes

Pressigny-lès-Éoliennes, près le château d'eau
Hier



Crédit : @google.com/maps/

Aujourd'hui
 

 
À ce sombre panorama, il convient d'y ajouter que :

  • l'élevage y a fortement diminué, voir ci-dessus,
  • la densité de la population est de 28 habitants/km2, 2018 ; elle était de 30 en 2008 et de 34.5 en...1968, INSEE,
  • le nombre d'usines éoliennes y croit... plus vite que le vent :

Crédit : association Van d' osier

  Photos : PHP, sauf indication contraire.

jhmQuotidien 2022 04 22

 
 
 
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MANDRES-LA-CÔTE : LE CONSEIL MUNICIPAL ENTRE AU CAPITAL DU PROJET ÉOLIEN

 
La commune entre dans la danse
  C’est désormais officiel : la commune, par l’intermédiaire de ses élus, s’engage dans le business de l’éolien. Elle entre au capital de la société porteuse du projet et met à disposition des terrains communaux pour son implantation.
  Une décision qui soulève des questions à la lumière de l’article « Les nouvelles formes de négociation du territoire, pour une approche durable ? Le cas de la financiarisation de l’éolien », signé Céline Burger — Institut d’Aménagement du Territoire, d’Environnement et d’Urbanisme — Université de Reims Champagne-Ardenne; lire ci-devant. L’étude met en évidence un fait peu connu : le secteur de l’éolien, souvent perçu comme un cercle fermé où les acteurs se connaissent bien, n’a pas réellement besoin de capitaux publics ou externes pour financer ses projets.
  Dans ce contexte, la participation financière proposée par l'écornifleur du vent n’apparaît donc pas comme une nécessité économique, mais plutôt comme un levier d’acceptabilité. Une manière, en somme, de sécuriser le soutien du conseil municipal et d’apaiser d’éventuelles réticences locales.  Une stratégie bien connue dans le monde des affaires, où l’on parle de « fluidifier les relations sociales ». En pratique, cela revient à verser un « pourboire » annuel à la commune, là où d'autres préfèrent recourir au don, au mécénat ou à des fondations.
  Et pourtant, les bénéfices du secteur sont colossaux. Grâce à la garantie de l’État, ce sont les contribuables et les consommateurs qui portent l’essentiel du risque financier. Les financiers du vent et... du soleil, bénéficiant, eux, d’une rentabilité assurée !
  Dès lors, une question demeure : quelles sont les véritables motivations du conseil municipal pour s’engager dans ce partenariat ?

  Et les 549 Mandrines et Mandrins, que pensent-ils de cette orientation stratégique ? 🐑

À suivre.
 
Les nouvelles formes de négociation du territoire, pour une approche durable ? Le cas de la financiarisation de l’éolien : extraits
  « ... Les projets de grandes envergures tels que les parcs éoliens participent pleinement à la redéfinition de l’espace rural. Les parcs éoliens sont des projets financiarisés, ils mobilisent fréquemment l’intervention d’acteurs financeurs. Ces investisseurs deviennent de nouveaux acteurs des projets en milieu rural. Ces projets structurants ont de forts enjeux sur le plan de l’organisation socioéconomique de leur commune d’accueil, nouveaux types d’investissement, et sur le plan de l’organisation spatiale : impact environnemental et sociétal. Nous nous interrogerons sur la prise en compte de la notion de durabilité dans la manière d’investir des acteurs financeurs.
1. La financiarisation dans le monde rural
  ... La financiarisation est la négociation qui s’exerce entre les acteurs locaux et les financiers pour la production de projets structurants. C’est une modalité de financement de l’économie de la société qui devient de plus en plus dominante. Elle est définie comme la construction de la mobilité/liquidité du capital. C’est la mise en place d’une logique de portefeuille, c’est-à-dire la possibilité d’investir à distance dans un espace dit financiarisé. Les conséquences de cette logique sont de favoriser la distance entre logique économique et logique financière et de consolider la sensibilité des acteurs financiers aux valeurs sur les marchés financiers : Corpataux et al., 2005. Or, la structuration d’un espace peut difficilement être dirigée par des logiques financières. La financiarisation implique des changements de la filière sur le plan fonctionnel et spatial. Sur le fonctionnement en ouvrant le capital à des investisseurs extérieurs à la filière, les objectifs peuvent évoluer, le champ d’action de la filière pouvant être réduit. Sur le plan spatial, la manne financière dégagée par les projets corrélés aux questions foncières amène à une négociation de l’espace entre les différents acteurs. [...]

2. Le rôle des acteurs dans la financiarisation de l' espace rural
   Trois types d’acteurs [+1] sont identifiés dans les projets d’aménagement structurants sur la base des travaux de Theurillat :
  • les acteurs mobiles : investisseurs, financeurs, atopiques.
  •  les acteurs ancreurs : développeurs/constructeurs, leur ancrage territorial est fortement lié à la rentabilité économique de leur projet.
  •  les acteurs ancrés : institutionnels publics ou privés, très ancrés territorialement.
  •  les acteurs locaux : société civile, propriétaires, exploitants.

 
3. L’acteur ancreur, au centre de la négociation de l'espace rural
  Situés au cœur du réseau d’acteurs, les acteurs ancreurs participent à une « nouvelle forme de négociation » devant concilier la garantie de durabilité du territoire et rentabilité des projets. [...] Les acteurs ancreurs sont en relation avec les acteurs ancrés, publics et/ou privés, garants de la faisabilité du projet tant au point de vue technique, permis de construire etc., que politique, inscription du projet sur le territoire, et avec les acteurs mobiles, investisseurs, propriétaires etc., dont ils dépendent financièrement.
   Dans le domaine de l’éolien comme dans l’immobilier l’effet de levier est important, environ 15%, soit équivalent à de l’immobilier locatif, ce qui attire les financeurs. Le développement d’un parc éolien demande un effort d’investissement important et les capitaux sont fréquemment ouverts aux investisseurs. [...] Dans l’éolien, les négociations s’effectuent entre acteurs ancreurs et acteurs mobiles d’une part et entre acteurs ancreurs et acteurs ancrés d’autre part. L’acteur ancreur a une place centrale dans le processus de négociation, il fait le lien entre acteurs mobiles et acteurs ancrés. [...] Les acteurs ancreurs valorisent la nécessité de leur expérience et de leur compétence pour mener les projets afin de ne pas impliquer les acteurs financiers dans les négociations locales : Theurillat, 2011. Ainsi, ils restent les interlocuteurs privilégiés lors des négociations avec les différents acteurs du projet : institutionnel, public, privé, société civile, etc. [...] L’acteur ancreur a donc des intérêts à ce que le projet se réalise à un endroit précis. Pour cela il entame des négociations économiques, territoriales et financières. Dans un projet de parc éolien, la négociation économique a lieu avec les exploitants et/ou propriétaires. [...] Les acteurs publics et la société civile sont sollicités principalement pour la négociation relative à l’inscription territoriale. Aux négociations avec la société civile sont liées toutes les démarches communicationnelles pour l’acceptation des projets.
 
4. Financer un parc éolien, un rôle de portefeuille
  Les projets éoliens sont des projets financiarisés. Ce sont des projets à vocation commerciale. Ils sont parfois combinés à des affectations publiques, sous la forme de Partenariat Public Privé, PPP, Theurillat, 2011. Le coût d’une éolienne est d’environ trois millions d’euros, 75% du prix correspond à la machine, 5% au coût du développement, études d’impact, le reste à tous les travaux de terrassement, chantier, etc. Pour le montage financier d’un parc éolien il faut constituer une société de projet. [...]
   Le coût minimum pour un parc est donc d’environ 15 millions d’euros [pour un nombre minimum d’éoliennes par usine fixé à 5 machines, loi Grenelle II
]. À l’origine celui qui finance le développement du parc est l’acteur ancreur : ce peut être une ou plusieurs personnes/sociétés ; il créé la société de projet. L’apport de fonds propres communément attendu pour un projet éolien, c’est-à-dire l’engagement que le promoteur bancaire attend du porteur de projet est d’environ 15%. Les 15% sont calculés en fonction des capacités de production du parc pour une période de 15-20 ans. Il est parfois difficile de rassembler ce capital de 15%. Au vu des investissements nécessaires, une part importante des projets éoliens est co-financée, de nouveaux acteurs, les acteurs mobiles participent au financement des parcs éoliens. Les acteurs ancreurs font alors appel aux acteurs mobiles qui investissent soit chez le développeur de projet, soit directement dans la société de projet. L’effort financier, fonds propres, est donc parfois mené par d’autres, les acteurs mobiles, qui, en prenant une part dans les capitaux de la société des acteurs ancreurs, deviennent de nouveaux acteurs de la négociation. Ces acteurs mobiles, sans ancrage territorial, sont impliqués dans la négociation financière des projets avec les acteurs ancreurs. Cette négociation financière ne fait état de durabilité que pour servir l’intérêt de la viabilité du projet.

5. Qui sont les acteurs investisseurs de l' éolien
  Trois types d’acteurs financiers interviennent dans le montage des parcs éoliens, les banques, Oseo [ fond public d’investissement qui participe notamment au financement des entreprises], etc., les financeurs de projet, Caisse des dépôts et consignation, CDC, l’Institut Régional de Participation, IRP [avec pour mission de participer au développement économique de la région où ils sont implantés] , etc., et les investisseurs extérieurs : capitaux investisseurs. [...] Cependant, le montage des dossiers de financement nécessite une certaine technicité. Il s’adresse aux « acteurs capables » tel qu’ Oseo ou la CDC. [...] Cette structure [Oseo] accompagne des personnes qui souhaitent développer des projets éoliens. L’aide apportée peut prendre plusieurs formes : des aides au crédit, une analyse de risque ou une participation à la mise en place de financements. Sur l’ensemble de la France, une éolienne sur trois est financée par Oseo. Les critères d’éligibilité au prêt sont fonction de l’obtention des autorisations administratives, de l’apport, des partenaires et des charges. Concernant les partenaires, Oseo travaille avec les constructeurs Gamesa, Siemens, Repower, Enercon, mais pas avec les constructeurs chinois pour des raisons techniques. Les bureaux d’études allemands sont privilégiés pour les études de vent : Dewi et Garhad Hassan. [...] Oseo fonctionne également avec un réseau de bureaux d’études en qui ils ont confiance. Pour le choix des assureurs les mêmes pratiques sont observées ; un petit nombre d’assureurs a été identifié comme étant compétent. [...] L’éolien est un petit monde où tous se connaissent. La CDC fait également du financement de parc. En régions ils ont des filiales appelées CDC climat en charge de toutes les énergies renouvelables. La CDC a une position de « valideur » et de financier, elle se positionne soit sur le projet soit sur le développement d’entreprise.

6. Investir dans l'éolien pour quelles retombées ?
   Le troisième type d’acteurs financiers : les investisseurs extérieurs apportent des capitaux investisseurs. Ce ne sont pas des « acteurs capables », ils ne disposent pas nécessairement de connaissances ou de savoir faire dans le domaine dans lequel ils investissent, ce qui les rend dépendants des acteurs ancreurs. Ces financeurs sont attirés par l’effet de levier, les bénéfices potentiels et la possibilité de crédits d’impôts. L’effet de levier est important dans l’éolien, seulement 15% de fonds propres sont nécessaires pour la mise en place d’un parc. Il est identique à celui du secteur de l’immobilier locatif. À titre d’exemple, dans la méthanisation 30% de fonds propres est demandé pour lancer une activité. Les bénéfices pouvant être dégagés par un parc éolien, de 200-300 000 euros à plusieurs milliers d’euros, attirent également les investisseurs extérieurs. Une partie des financeurs est également constituée de personnes soumises à l’impôt sur la fortune : ISF. Ces personnes espèrent récupérer leur investissement après cinq ans, leur objectif n’est pas d’effectuer une plus-value importante. Néanmoins, les sociétés de projet dégagent environ 6% de bénéfice par an, ce qui n’est pas du tout rebutant. [...] Si les financements bancaires disparaissent, les projets sont bloqués.[...] La tendance des banquiers est de demander un apport de 30%. La conséquence est importante : si l’effet de levier baisse, les investissements de départ seront trop lourds pour une rentabilité trop faible.[...] L’industrie des EnR, Énergies Renouvelables, est en train de prendre la voie de l’industrie lourde, beaucoup de fonds propres, pour peu de bénéfices. De même la loi contre le mitage du paysage engendre des projets demandant plus de moyens, puisque plus importants, et donc moins nombreux.[...] Même si le coût de la production d’énergie éolienne est jugé économiquement acceptable, la production ne fonctionnerait pas sans le tarif de rachat qui sert de sécurité pour le financement. [...] Le tarif de rachat a été fixé pour 15 ans afin de tenir compte du coût d’amortissement de la machine. Il est indexé par rapport au tarif de rachat de base, c’est-à-dire qu’il diminue de 2% par an sur le contrat d’achat. La durabilité n’est pas un enjeu structurant des projets pour les acteurs mobiles. Les actions menées en ce sens vont rarement au delà du respect de normes réglementaires, ce qui réduit les champs de la durabilité aux normes environnementales et de « participation/information » pour les habitants.

7. Conclusion
  En analysant l’articulation entre financiarisation et durabilité dans les projets éoliens, le cadre conceptuel de la ville négociée a pu être transposé au milieu rural. [...] L’intervention des acteurs financeurs qui prennent une part de plus en plus importante dans ce type de projet a posé la question de l’articulation de leurs actions avec la recherche de durabilité. Comme nous avons pu l’observer avec la mise en place des parcs éoliens, celle-ci ne va pas de soi. Les acteurs ancreurs ont développé des solutions standardisées souvent peu adaptées. Elles satisfont à la fois les acteurs locaux et les investisseurs en ne prenant en compte que quelques aspects de la durabilité. [...] On peut s’interroger sur les possibilités d’association entre gouvernance et durabilité. Le développement des énergies renouvelables devrait amener des projets maitrisant ces deux aspects. En réalité les projets éoliens notamment en Champagne-Ardenne ne respectent qu’en apparence les conditions de la durabilité. Entre investisseurs et populations, l’arbitrage pour les élus est délicat, l’importance des flux financiers attenant aux projets éoliens exerçant une influence sur les décisions. »
 
 
Lire : jhmQuotidien 2022 04 22

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LA PROTECTION DU PATRIMOINE UNE TRÈS VIEILLE HISTOIRE ANGLAISE

" Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé. "
Ernest Renan, 1823-1892

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Le Royaume-Uni : constitution d’un système patrimonial

Luke Wormald,  historien de l'architecture et " Senior Listing Policy Adviser " à Historic England
James White, architecte et chercheur, fondateur de l'initiative de recherche " new architectures of heritage ", www.newarchitectures.com
 2022 mars

  Le Royaume-Uni possède l’un des plus anciens systèmes organisés de protection juridique patrimoniale au monde. On peut retracer ses racines au temps de la Révolution industrielle. Au XIXe siècle en effet, au Royaume-Uni comme en France, l’opinion intellectuelle développe son appréciation de la signification des monuments et autres bien patrimoniaux : comment ils reflètent les changements sociaux, économiques et culturels, et quelles en sont leurs valeurs pour les individus, les communautés locales et la société en général.

 
La cathédrale Saint-Paul à Londres, classée Grade I. © Marc Fosh, via Wikimedia

Origine
  Cette appréciation conduit à de nombreux débats polémiques à travers, par exemple, les écrits et les conceptions d’ Augustus Welby Northmore Pugin, 1812-1852, co-architecte du palais de Westminster et l’un des principaux partisans du néo-gothique en Grande-Bretagne. Ensuite, d’autres penseurs et écrivains de renom, tels que le polémiste John Ruskin, 1819-1900, et le designer et critique d’art William Morris (1834-1896), entrent dans la mêlée. Ruskin et Morris ont des idées bien arrêtées sur le besoin de protéger le patrimoine –principalement médiéval– des restaurations lourdes. Ils déclament contre les interventions impactant la matière d’origine des bâtiments, celles employant la conjecture vis-à-vis de l’apparence supposée d’origine de ceux-ci, ou pire encore, toutes suggestions d’amélioration par rapport à l’original. Ils soulignent la nécessité d’une érudition intensive et de connaissances détaillées avant d’entreprendre tout travail sur la matière. Morris fonde en 1877 l’un des premiers groupes de pression patrimoniale au monde, la Société pour la protection des bâtiments anciens : SPAB, “ The Society for the Protection of Ancient Buildings ”. SPAB poursuit son travail à ce jour et conserve son manifesto, dont le refrain constant se résume ainsi : « Nous sommes de simples gardiens pour ceux qui viendront après nous ».

The Schedule
  En ce qui concerne les biens archéologiques plus anciens, on se rend compte au XIXe siècle que des sites tels que Stonehenge, Wiltshire, Maiden Castle, Dorset,ou les pierres de Callanish, Hébrides extérieures, sont extrêmement vulnérables aux dégradations et aux détériorations. Mais le Royaume-Uni est à l’époque un pays où le pouvoir repose principalement dans les mains de propriétaires fonciers aristocrates. Les premiers efforts visant à l’introduction de protections pour ces sites archéologiques sont donc une entreprise longue et ardue - d’autant plus que les années 1870 voient une période de dépression agricole prolongée en Grande-Bretagne.


Stonehenge, en 2021. © Luke Wormald

  C’est l’attention d’un individu en particulier, John Lubbock MP, 1834-1913, 1 , et sa témérité à poursuivre son objectif alors qu’un projet de loi avait échoué à plusieurs reprises, qui conduit finalement à l’adoption de la loi de 1882 sur les monuments anciens, le “ 1882 Ancient Monuments Act ”. En contraste marqué aux pouvoirs d’aujourd’hui, ces débuts emploient des outils de persuasion là où la contrainte sera ensuite introduite pour assurer la conformité. Quoi qu’il en soit, c’est un moment-clé dans l’histoire, car la loi introduit les premiers reflets du rôle du gouvernement dans la protection et la promotion de ces sites anciens.
  Cette loi est donc, dans sa toute première incarnation, basée sur une approche volontaire : les propriétaires sont encouragés à protéger leurs sites. Les plans initiaux visant à inclure des pouvoirs d’achat obligatoire de sites doivent être mis de côté pour assurer l’adoption du projet de loi, et ne réapparaîtront qu’après plusieurs décennies. Cependant, l’adoption de la loi de 1882 marque, en sus de la création du premier régime de protection formalisé du patrimoine britannique, la nomination du premier inspecteur des monuments anciens, le général Augustus Pitt-Rivers : 1827-1900. Elle conduit aussi au tout premier catalogue, schedule, des monuments anciens, sous un nom qui survit encore aujourd’hui : “ Schedule of Ancient Monuments ”. Il y aura moins de soixante-dix sites dans ce
premier catalogue. Il en compte maintenant environ vingt mille.

In care
  Il faudra attendre 1913 pour que le système de protection archéologique prenne sa forme actuelle. Cela découle d’une cause célèbre : le château de Tattershall, Lincolnshire. Acheté par un riche américain, le château devait être démantelé brique par brique et transporté outre-Atlantique pour y être reconstruit. Un tollé public et un sursis de dernière minute pour le château médiéval sont provoqués par une campagne vigoureuse de Lord Curzon of Kedleston, 1859-1925, une figure majeure de l’époque. Ce dernier achètera le château, le restaurera et le lèguera au National Trust. Les implications de cette affaire sont de grande envergure. Elles conduisent à l’adoption de la loi sur les monuments anciens de 1913, la 1913 Ancient Monuments Act, qui élargit de façon significative la protection des monuments, et introduit le concept de biens patrimoniaux “ sous garde ”, in care, pour certaines propriétés nécessitant une gestion gouvernementale, ou tout simplement léguées par leurs propriétaires au gouvernement. Pour la première fois, ce dernier assume donc un rôle direct de propriétaire et de gestionnaire de certains des sites les plus remarquables du Royaume-Uni, et peut même dans certains cas effectuer l’achat obligatoire de propriétés à sauvegarder. En Angleterre, avec plus de quatre cents propriétés “ sous garde ” dont l’un des objectifs principaux est la mise à disposition aux visites publiques, ce rôle se poursuit aujourd’hui sous couvert du English Heritage Trust, avec des rôles similaires dans d’autres parties du Royaume-Uni, tels que Historic Environment Scotland en Ecosse, Cadw au Pays de Galles et le Département de l’environnement en Irlande du Nord. En Angleterre, les aspects réglementaires et consultatifs sont, pour leur part, pris en charge par Historic England.

Le Château de Tattershall, Lincolnshire, en 1860. © The Metropolitan Museum of Art, licence CC0 1.0.

The List
  Au-delà des monuments anciens, revenons-en aux bâtiments historiques. C’est au XXe siècle que la protection de ces derniers commence dans un sens formel. Tandis que grâce aux efforts de nombreux bénévoles engagés, les toutes premières listes de bâtiments sont établies, séparément en Angleterre et en Écosse, dans les années 1930, c’est la destruction généralisée de la Seconde Guerre mondiale qui déclenche une action plus proactive.
  L’adoption en 1947 de la loi sur l’urbanisme et l’aménagement du territoire, the Town and Country Planning Act, marque la naissance de la première Liste de bâtiments considérés “ d’intérêt architectural et historique particulier ”, buildings of special architectural and historic interest, critères principaux d’inclusion à ce jour. Tout en étant une réponse aux nombreux bâtiments perdus, la Liste sert également à informer un ambitieux plan de renouvellement des villes britanniques, en tenant compte des évolutions sociales, économiques et technologiques de l’après-guerre.
  Ces premières listes se concentrent sur les bâtiments antérieurs à 1700 et plus particulièrement les églises médiévales, les maisons de campagne et les édifices civiques monumentaux d’exception. Le travail est entrepris par un nombre étonnamment petit de personnel hautement dévoué qui parcourt la Grande-Bretagne de long en large, armé d’un carnet de croquis et d’un crayon, et qui dresse ainsi la première Liste. Le nom de bâtiment “ listé ” en découle, Listed Building, et, comme le terme Schedule cité plus haut, demeure à ce jour le terme reconnu. Les descriptions de Liste de cette époque2 sont très brèves, parfois seulement une ligne ou deux, marquant en premier lieu la simple identification de biens patrimoniaux, plutôt que d’en fournir une description complète comme il en
est maintenant coutume.

Évolutions
  Au cours de son histoire, le processus d’inscription, listing, a fait l’objet de nombreux débats. Un certain nombre de pertes importantes, voire honteuses, ont provoqué des mouvements d’indignation publique et une demande pour davantage de protection. Un exemple notable : l’arche d’ Euston à Londres, construite en 1837. Démolie avec l’aval du gouvernement en 1959, elle marquera un nadir pour le patrimoine bâti britannique. Le scandale conduit à donner aux listes force de loi. Une autre grande perte, celle de l’usine Firestone, ouverte en 1928, un important édifice d’influence art déco et égyptien démoli en 1980, mène à une meilleure appréciation de la valeur du patrimoine du XXe siècle, jusqu’alors peu reconnu. Cet évènement conduira aussi le secrétaire d’État à l’environnement de l’époque, Michael Heseltine, à lancer un nouveau relevé national. Ce relevé sera en partie entrepris par des fonctionnaires, en partie par des architectes privés.

L’Arche de Euston, vers 1890. © Domaine Public

   À la même période, la diversité de biens et de bâtiments pouvant être inscrit dans la Liste s’élargit et la “ règle des trente ans ”, 30-year rule, est introduite en 1987, selon laquelle seuls les bâtiments de plus de trente ans peuvent être inclus, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Deux exemples récents d’exceptions sont : le Willis Building de Foster Associates3 , complété en 1975 et listé en 1991 ; et le Lloyd’s Building du Richard Rogers Partnership4 , ouvert en 1986 et listé en 2011. Ces exemples, tous deux assujettis à la reconnaissance et à la protection patrimoniale la plus élevées de la Liste, Grade I5 , partagent certains aspects. Premièrement, leur conception et leurs matériaux emploient dans les deux cas les hautes technologies, indiquant un élargissement du langage du patrimoine à la fin du XXe siècle. Deuxièmement, tout en reconnaissant dans leur inscription à la Liste que ces deux bâtiments avaient été conçus comme des “ systèmes de construction ” flexibles plutôt que des objets finis et figés, Historic England souligne la valeur patrimoniale exceptionnelle de leurs innovations architecturales, ainsi que de la qualité de leur conception et de leurs choix de matériaux.

Lloyd’s of London, en 2015. © James White.

  Le patrimoine a un rôle crucial à jouer dans les années et décennies à venir pour développer une société durable, autant d’un point de vue culturel, que scientifique et matériel. La reconnaissance de ce rôle passe par un dialogue constructif entre tous les acteurs du processus, des mondes de la conservation et de l’architecture contemporaine. Ce type de dialogue peut être entrevu en 2013 dans la remise du Stirling Prize, un prix d’architecture contemporaine, à Witherford Watson Mann pour leur projet d’intervention hybride à Astley Castle en Angleterre. Bien que reconnu largement pour son intervention contemporaine, le projet traite avant tout de stabilisation et de conservation d’une ruine du XVIe siècle listée Grade II* au sein d’un site catalogué Scheduled Monument, pour apporter
un bien patrimonial bâti dans un nouveau millénaire.

Conclusion
  Comme dans de nombreux pays européens, le régime de protection du patrimoine au Royaume-Uni fonctionne sous une forme ou une autre depuis près d’un siècle et demi. Au cours de cette période, il est passé d’environ cinquante sites, tous soi-disant “ archéologiques ”, à plus de quatre cent mille biens et bâtiments de périodes et de caractères divers. Les types de sites ajoutés, au-delà des bâtiments et des monuments, incluent désormais aussi des paysages, des champs de bataille, des parcs et des jardins historiques.
  Cet élargissement de ce qui peut être protégé est un signe de l’importance du système. En plus de son rôle clé dans la planification et de la gestion de changements environnementaux, au sens le plus large, la Liste est également une ressource d’éducation et de recherche extrêmement précieuse. Les évolutions technologiques signifient que les jours du bloc-notes et du crayon ont maintenant été remplacés par un appareil photo numérique, un ordinateur et un téléphone portables. Mais les compétences nécessaires à l’identification et à l’analyse des valeurs et de la signification, pour ensuite pouvoir effectuer des recommandations en fonction de ces dernières, demeurent au cœur du travail.

Liens internet :

The National Heritage List For England

The Principles for Selection for Listed Buildings (2018)

The Principles of Selection for Scheduled Monuments (2013)

Stonehenge, the Avenue, and three barrows adjacent to the Avenue forming part of a round barrow cemetery on Countess Farm, scheduled ancient monument (1882)

Tattershall Castle, listing grade I (1966)

Willis building, listing grade I (1991)

Lloyds Building, listing grade I (2011)

Astley Castle, listing grade II* (1952)

Astley Castle moated site, fishponds, garden remains and Astley College’, scheduled ancient monument (1994)


Notes et références
1. Plus tard premier baron Avebury
2. tels que le château de Culzean en Écosse, de Robert Adam, ou Buckingham Palace.
3. aujourd’hui Foster and Partners
4. aujourd’hui Rogers Stirk Harbour + Partners
5. au même niveau que Buckingham Palace et la cathédrale St Paul à Londres.

 

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