Commentaire: «Depuis les années 1970 et 1980, les transformations mondiales de la gestion du capitalisme ont induit une inflexion du néolibéralisme européen en inversant les termes qui le particularisaient : non plus fabriquer l'ordre de la concurrence par la législation européenne, mais fabriquer la législation européenne par le libre jeu de la concurrence.».
Nos sociétés dite «néolibérales» viennent de loin (pour les auteurs, août 1938) et pourtant aujourd'hui, elles s'imposent à tous.
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Extraits:
Aux origines néolibérales de l'Europe
(...) Le marché commun de 1957 est en fait le résultat d'un double compromis, entre la France et l'Allemagne, et entre tendances à l'intérieur du gouvernement allemand (fédéralistes et ordolibéraux). La France obtint la mise en place de politiques communes, dont la politique agricole, à laquelle elle reste jusqu'à aujourd'hui très attachée, y voyant un des principaux acquis communautaires. Elle obtint également certains alignements sociaux, en particulier sur les congés des salariés, un tarif extérieur commun assez élevé contre l'avis allemand, ainsi qu'une sorte de préférence à l'importation en provenance des pays coloniaux ou ex-coloniaux. Mais le traité de Rome est également issu d'un compromis interne au gouvernement allemand entre le courant fédéraliste (Etzel) et le courant ordolibéral (Muller-Armack). D'un coté est préconisé un élargissement sectoriel, de l'autre une «intégration fonctionnelle» des marchés, c'est à dire «la libération généralisée des mouvements de biens, de services et de capitaux, et la convertibilité des monnaies, et non la création d'institutions nouvelles» Ludwig Erhard (né le 4 février 1897 à Fürth et mort le 5 mai 1977 à Bonn). Les deux traités de Rome signés le même jour (Marché commun et Communauté de l'énergie atomique) évitent la mise en place d'organes administratifs supranationaux, sauf pour l'énergie. Ainsi, l'Allemagne assura le succès de sa conception d'une intégration horizontale et «fonctionnelle» reposant sur les quatre libertés économiques fondamentales et le principe de concurrence libre et non faussée. Pour Erhard, la coopération européenne devait avoir lieu dans un «système d'économies libres», et les seuls organes supranationaux imaginables devaient être des «organes de surveillance afin de garantir que les États nationaux s'en tiennent aux règles du jeu qu'ils auront préalablement fixées».
