Les Mérovingiens, épisode IX

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l'individu et sa fratrie s'inséraient ainsi dans une parentèle totalement cognatique. Un tel système était particulièrement bien adapté à des sociétés qui accordaient une place importante à la parenté maternelle, avec des groupements larges à faible profondeur généalogique : les familles pouvaient utiliser les mêmes finales pour souligner la cohésion des fratries et du cousinage. Dans la famille rhénane des Odacar, au VIIIe siècle, les noms féminins se terminaient par la finale suuind - Helmsuuind, Landsuuind, Geilsuuind - , les noms masculins se terminaient par achar/acar/acer - Rodachar, Odacar, Eburachar, Bernachar - , ou encore pert : Norpert, Adalpert, Raganpert, Gundpert, Theodpert.
  Identifié par son nom, l'individu s'insérait dans des groupes qui lui apportaient soutien et sécurité. Le lien social combinait en effet deux types de relations dérivées de la parenté, à savoir la relation de paternité, verticale, et celle de la fraternité, horizontale. Toutes deux s'étendaient bien au-delà de a parenté naturelle, aux alliés, aux ais, aux compagnons et même aux voisins. Elles impliquaient la "familiarité" et engageaient les partenaires à la "bienveillance", c'est-à-dire à l'amitié, à la fidélité et à l'aide réciproques.

II. - Famille et parenté

  On a longtemps cru que la "famille" mérovingienne était une famille large, patrilinéaire [se dit d'un mode de filiation pour lequel seule compte la parenté paternelle. Le nom, les privilèges, l'appartenance à un clan ou à une classe se transmettent du père et des parents du père aux enfants ; aucun droit n'est reconnu aux parents du côté maternel ; Larousse] et patrilocale [se dit d'un mode de résidence d'un couple nouveau, dans lequel la femme vient habiter dans la famille de son mari ; Larousse], confondant abusivement famille proche, maisonnée et groupes de parenté.

1. Filiation et alliance
  Les lois barbares définissent précisément la façon dont un individu succède à un autre, le lien se mesurant à la proximité de la relation, jusqu'au 6e degré. La transmission de l' héritage et la répartition de l'amende de composition se font selon un mode cognatique. Le patrimoine est partagé entre les enfants, mais à défaut de descendance directe, il remonte au père et à la mère comme en droit romain, aux collatéraux, frères et sœurs puis à la sœur de la mère, avant la sœur du père, et enfin au parent paternel le plus proche jusqu'au 6e degré. Les droits se diffusent donc au sein d'une parentèle bilatérale large. Cependant, les lois franques excluent les filles de la terre salique, porteuse du pouvoir, cet article étant peut-être le signe que la loi avait été faite pour des groupes de guerriers francs au service de Rome. Par la suite, on a eu tendance à accroître les droits des filles, par le biais des formules, tout en contrôlant plus étroitement leurs biens.
  La parentèle juridique d'un individu, formée de ses consanguins, lui était propre et s'étendait jusqu'au 6e degré, selon toutes les lignes. Il fallait donc opérer des choix et des tris au sein de ses parents, car au-delà du premier cercle de parenté, le lien n'était pas efficace sans familiarité et amitié, si bien que les textes font systématiquement référence aux "parents et amis" qui entourent et soutiennent chaque individu sur le théâtre de la vie sociale. Ce sont ces mêmes "parents et amis" qui forment ce que l'on peut appeler la parentèle symbolique de chaque individu. De tels choix permettaient d'étendre à la sphère de l'alliance et du cousinage les relations de fidélité et de fraternité qui unissaient normalement les parents proches, Régine Le Jan.
  Les liens créés par le mariage étaient les plus efficaces, si bien que l'alliance apparait comme le pivot autour duquel s'organisait le système de l'échange social, il créait ou renforçait l' amicitia. Dans l' aristocratie, le souci de trouver  les bonnes alliances, les plus porteuses de gloire et d'honneur, de les croiser, de les renouveler sur plusieurs générations était essentiel : on maria Begga [615-693 ; mère de Pépin le Jeune et la fondatrice de l'abbaye d'Andenne, province de Namur ; devenue Sainte Begge ou Begga] à Anségisèle [avant 613, assassiné entre 648 et 669 et probablement en 662 au château de Chèvremont (...) La Vita Beggae, rédigée au XIe siècle raconte qu' Ansegisel est assassiné à Chèvremont, près de Liège, par un noble austrasien du nom de Godin ou Gundoen qu'il aurait auparavant élevé comme son fils. La date de cet évènement n'est pas précisée mais elle est postérieure à 648, un acte des abbayes de Stavelot et Malmédy le mentionne comme vivant, et antérieure à 691, quand Begga, veuve, se retire à Andenne... ; source ], fils d' Arnoul de Metz, pour renforcer l'amitié entre les pères. 
 
 Peter Paul Rubens (d'après) : Ansegisèle et Begga
 
  Ansegisèle et Begga, Peter Paul Rubens (d'après). Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : F. Maes (MRBAB). Source
 


Cet ouvrage présente les origines et la fondation d’Andenne à travers un de ces monuments les plus célèbres : le monastère mérovingien de la ville fondé par nulle autre que la célèbre Sainte Begge, la trisaïeule de Charlemagne et l’ancêtre d’une longue lignée de rois carolingiens. L’auteur y propose un essai de reconstitution de l’emplacement des 7 églises de la Place du Chapitre. Source

Drogon [?-708 ; appelé aussi Drogon de Champagne ; comte de Chaumont en 688, maire du palais de Bourgogne, Duc de Champagne en 695 et Duc des Bourguignons après 697] fils de Pépin II, épousa la fille de l'ancien maire du palais de Neustrie [?-? ; Adaltrude, fille de Berchaire, maire du palais de Neustrie de 686 à 688] renouvelant ainsi une ancienne alliance et réactivant un réseau pour faciliter la prise en main de l' ouest de la Neustrie. Le mariage était donc l'affaire des parentèles qui devaient tenir compte des normes et des contraintes : l’homogamie [mariage entre individus de même statut social ; Larousse] juridique était imposée par la loi, l'homogamie sociale par les règles de l'échange. On cherchait à renouveler les bonnes alliances sur plusieurs générations et pour cela, on épousait "au plus proche", c'est-à-dire au-delà d'un cercle de parentes considérées comme non épousables. Chez les Germains, la limite se situait entre le 2e, et le 3e degré de consanguinité, on épousait au 3e degré et on renouvelait librement les alliances dans l' affinité. Or, l' Eglise mérovingienne a repris les interdits romains du IVe siècle qui isolait les trois premiers degrés de consanguinité et les deux premiers degrés d' affinité, veuve du père, du frère, fille de l'épouse, soeur de l'épouse, épouse de l'oncle, ce qui pouvait poser de gros problèmes : Clotaire Ier n'hésita pas à épouser Arégonde [vers 516 et morte entre 574 et 580 ; troisième des sept épouses du roi Clotaire Ier ; son importance vient du fait qu'on ait découvert sa tombe intacte, en 1959, et qu'on ait pu l'étudier. Cas rarissime], soeur de son épouse Ingonde [Ingonde de Thuringe, 500-536 ou 538 ; mariée à Clotaire Ier en 517] du vivant de celle-ci, mais il dut renoncer à épouser Walderade [fille du roi des Lombards, Waccho Ier, et sœur de Wisigarde. Elle épouse Théodebald peu de temps après son avènement. Devenue veuve, elle épouse Clotaire Ier, mais les évêques disent à celui-ci qu'il ne peut pas épouser la veuve de son petit neveu. Il l'abandonne et la donne à son fidèle, le duc Franc Garibald, installé en Bavière... ; source], veuve de son petit-neveu Théodebert.
 
 Sarcophage de la reine Arégonde en pierre. © UASD / J. Mangin.
 Sarcophage de la reine Arégonde en pierre dans la basilique Saint-Denis. © UASD / J. Mangin 

Il faut noter que l' Eglise n'avait pas compétence en matière civile et que les interdits ne furent insérés dans la législation qu'en 596 dans l' édit de Childebert II. Désormais, ceux que l'évêque aurait excommuniés pour union incestueuse seraient exclus du palais. En fait, au-delà du cercle le plus proche, on renouvelait librement les alliances : Dagobert épousa Gomatrude [598-630 ; Gomatrude d'Ardennes], soeur de sa belle-mère Sichilde [vers 590-627 ; troisième épouse de Clotaire II et tante, par alliance, de Dagobert] et dans les régions méridionales, les unions au 2e degré, entre cousins germains, n'étaient pas rares. Enfin, la pratique du rapt, fréquente, était un moyen de tourner les interdits et d'imposer au père une union qu'il ne souhaitait pas pour sa fille, voire de dissimuler sous un rapt une union interdite, Sylvie Joye [Maître de conférences en Histoire médiévale, Membre junior de l'Institut Universitaire de France / Université de Reims]
 
2. La maisonnée mérovingienne
A) La famille nucléaire...
B) La condition des femmes
  Le mode de résidence virilocal [se dit du mode de résidence de jeunes époux qui doivent résider, ou construire leur demeure, dans le village des parents du mari ; Larousse], et dans certains cas patrilocal, influe sur la situation patrimoniale des femmes, à coup sûr sur leur condition. Elles possédaient des biens propres. Aux biens dont elles héritaient s'ajoutaient en effet les donations nuptiales. La première des transactions était le prix de la mariée, symbolique chez les Francs, que le futur mari versait pour acheter le mumdium, puissance protectrice, sur sa future épouse au père de la mariée d'abord, à l'épousée ensuite, puis la Morgengabe, don du matin, donnée à l'épouse le lendemain des noces. À quoi pouvait s'ajouter une dot directe versée par le père à sa fille, inspirée de la dot romaine. Dans la paysannerie, la Morgengabe était pour l'essentiel constituée de biens mobiliers, meubles et bétail, mais dans l' aristocratie, on y adjoignait des terres. Elle fut donc finalement supplantée par une donation écrite, faite avant le mariage mais prenant effet le jour des noces, qui précisait la nature et la quantité des biens dotaux. Les donations maritales étaient faites en toute propriété, avec le risque de voir le douaire [biens que le mari assignait à sa femme pour en jouir si elle lui survivait. Le douaire fut aboli par la Révolution ; Larousse] échapper au contrôle de la famille du mari en cas de veuvage et de remariage de l'épouse. Les Francs tendaient donc à donner à l'épouse une dot minimale que le mari augmentait à chaque naissance et, pour assurer la survie de l'épouse en cas de veuvage, ils utilisaient la tertia, qui était une assignation générale sur le tiers des revenus du ménage. Dans les lois barbares directement inspirées du droit romain, comme les lois burgondes ou alémaniques, les droits des enfants issus de l'union et ceux de la parenté du mari étaient garantis pour une part.
  Partout, la situation de l'épouse légitime restait fragile tant qu'elle n'avait pas mis au monde d'enfants, en particulier des fils, car les filles n'étaient pas toujours souhaitées, dans la société frisonne encore païenne, on exposait à la marée montante certains nouveaux-nés de sexe féminin, ce qui les condamnait à une mort certaine. L'épouse inféconde pouvait être renvoyée, malgré les canons conciliaires qui interdisaient de le faire.
  L'épouse n'était à l'abri ni des violences conjugales ni des vexations. Elle pouvait avoir à supporter une autre épouse, car la polygamie est attestée à l'époque mérovingienne dans les milieux élevés. Dans la famille royale, Clotaire Ier et peut-être Dagobert ont eu plusieurs reines en même temps, le maire du palais Pépin II a pris pour épouse Chalpaide, dont il eut Charles, sans divorcer de Plectrude, et il eut d'autres concubines. Il est souvent difficile de distinguer l'épouse de la concubine libre, et nous ne savons pas s'il y avait cohabitation, dans la mesure où les aristocrates avaient plusieurs résidences. Le concubinage domestique, avec une servante non libre, était fréquent : les enfants de ces unions, qui naissaient non libres, étaient parfois affranchis.
  Les divorces étaient possibles, par consentement mutuel ou pour faute de l'épouse exclusivement. On craignait particulièrement l' adultère et la stérilité, mais aussi les pouvoirs occultes des femmes, leurs maléfices et sortilèges. Cependant, l'épouse était aussi un lien entre deux parentèles, un gage de paix, si bien que sa situation au sein du ménage dépendait étroitement de sa capacité à être mère, de son propre réseau de parenté et des pressions que les hommes de sa famille pouvaient exercer, directement ou indirectement, sur son mari. Les pressions étaient d'autant plus efficaces que l'épouse était de haute extraction, mais l'éloignement pouvait jouer en sens inverse, comme le prouve l'assassinat de Galswinthe par le roi Chilpéric. Cela dit, les lois laissaient à la femme une relative liberté. Il ne lui était pas interdit de gérer son patrimoine, en particulier son héritage et, si elle devenait veuve, elle n'était pas obligée de vivre sous le mumdium d'un homme et pouvait décider de son sort. Si elle était encore jeune, de fortes pressions de sa propre famille s'exerçaient sur elle pour qu'elle se remarie. Mais les jeunes veuves étaient aussi des cibles pour les ravisseurs, ce qui les contraignait à chercher un protecteur efficace, Emmanuelle Santinelli [professeur des universités ; Spécialiste de l'histoire des femmes au haut Moyen Âge, VIe-XIIe siècles]

C) L'éducation des enfants

 À suivre...
   Régine Le Jan, Les Mérovingiens, Que sais-je?, PUF, Troisième édition, 2015, pp . 103-109

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Moi, Eléonore Marx, leader du mouvement socialiste britannique, fille de Karl Marx

   Où l'on apprend aussi que Karl Marx était un chef de famille patriarcal, sexiste et...infidèle. En fait, Karl Marx était tout simplement un homme de son époque...

   Lire sur le même sujet
   Moi, Éléonore, fille de Karl Marx, juive!
  Rachel Holmes, Eleanor Marx. A Life

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L’héritage d’Eleanor Marx

Sam Miller et Harrisson Fluss
2021 09 20

  Née le 16 janvier 1855, Eleanor Marx était la plus jeune fille de Karl et Jenny Marx. Elle allait devenir la pionnière du féminisme socialiste et l’une des dirigeantes politiques et syndicales les plus importantes de Grande-Bretagne.
  Eleanor Marx poursuivit son activité militante sans relâche tout en captivant les foules par ses discours. Elle resta fidèle à ses camarades et à sa famille et devint une brillante théoricienne politique. Elle était également une fervente défenseuse des enfants, une célèbre traductrice de la littérature européenne, une disciple de Shakespeare depuis toujours et une actrice passionnée. Malheureusement, ses efforts inlassables pour améliorer les conditions de vie des travailleur.se.s, en particulier des femmes, ont été largement oubliés.
  Pour aller plus loin à propos d’Eleanor Marx, on pourra lire la monumentale biographie d’Yvonne Kapp , rééditée par les éditions Verso, ainsi que la biographie de Rachel Holmes, parue en 2014, éd. Bloomsbury.

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« Allez-y »
  À la naissance d’Eleanor, les Marx vivaient dans une pauvreté extrême ; confinée dans un minuscule appartement délabré de Soho, à Londres, la famille de six personnes et leur gouvernante, Lenchen, arrivaient à peine à joindre les deux bouts. Une série de malheurs les avait secoués. Ses parents souffraient de la répression politique et de l’exil, écrasés par les dettes et les maladies chroniques. Ils perdirent deux enfants, Guido et Franziska, et en perdront un troisième, leur fils de huit ans, Edgar, quatre mois seulement après la naissance d’Eleanor.
  Ce qui manquait à Eleanor en termes de confort matériel elle le gagna dans la culture intellectuelle de sa maison. Dès le début, le père et la fille développèrent un lien très spécial autour de la lecture des livres, des interprétations des pièces de Shakespeare et de l’intérêt précoce d’Eleanor pour la politique. Dans ses lettres d’enfance à son oncle Lion Philips, elle évoque l’oppression nationale de la Pologne, le prisonnier politique Blanqui et son soutien à Abraham Lincoln.
  Les parents d’Eleanor ont commencé à l’appeler « Tussy », pour rimer avec « pussycat », en raison de son amour des chats et le nom est resté. Elle avait une personnalité aventureuse, cultivée par la lecture des romans de James Fenimore Cooper et des récits de marins du capitaine Marryat. Elle collectionnait avidement les timbres et s’occupait des nombreux animaux domestiques de la famille.
  Deux mois après son dixième anniversaire, Tussy joua au Jeu des Confessions avec sa famille. Le jeu présente aux joueurs une longue liste de préférences et les résultats d’Eleanor montrent déjà quel genre de femme elle deviendrait :

  • « Votre vertu préférée : Vérité
  • Votre vertu préférée chez l’homme : Courage 
  • Votre vertu préférée chez la femme : [laissé en blanc] 
  • Votre principale caractéristique : Curiosité 
  • Votre idée du bonheur : Champagne 
  • Votre idée de la misère : Le mal de dents 
  • Le vice que vous excusez le plus : Faire l’école buissonnière 
  • Le vice que tu détestes le plus : Charles Eve’s Examiner 
  • Ton aversion : Le mouton froid 
  • Votre occupation préférée : Gymnastique 
  • Votre poète préféré : Shakespeare 
  • Votre auteur de prose préféré : Capitaine Marryat 
  • Votre héros préféré : Garibaldi 
  • Votre héroïne préférée : Lady Jane Grey 
  • Votre fleur préférée : Toutes les fleurs 
  • Votre couleur préférée : Blanc 
  • Vos noms préférés : Percy, Henry, Charles, Edward 
  • Votre maxime et devise préférées : « Allez-y ». »

  Charles Eve’s Examiner était le nom d’un manuel scolaire victorien étouffant que Tussy redoutait. Il est étrange qu’elle ait choisi de laisser en blanc la réponse à la question sur la vertu de la femme.
  La plus jeune des Marx n’aimait pas l’école. Contrairement à ses sœurs, elle ne fit pas long feu au South Hampstead College, un établissement exclusivement féminin. Tussy était athée depuis son plus jeune âge et détestait l’approche patriarcale et paroissiale de l’école qui formait les femmes à être correctes et obéissantes.
  Même si elle abandonna l’école, Tussy ne perdit pas une éducation de haut niveau. L’atmosphère intellectuelle de la maison était plus que suffisante et Friedrich Engels et sa compagne irlandaise Lizzy Burns eurent une influence bien plus profonde sur Eleanor que la Miss Davies de South Hampstead. « Oncle Angel », comme Tussy appelait Engels, lui envoyait des livres à commenter, Lizzy Burns lui fournissait une éducation pratique en histoire et en politique. Burns appartenait au mouvement républicain irlandais et convertit la jeune Tussy en sœur Fenian. Eleanor achetait des exemplaires du journal nationaliste The Irishman et portait des rubans verts dans les cheveux pour montrer son soutien à la cause républicaine.

La libération
  Après la défaite de la Commune de Paris en 1871, la maison des Marx fut envahie de réfugiés politiques français. Parmi les exilés se trouvait l’un des communards les plus en vue, Hippolyte Prosper-Olivier Lissagaray. Il devint le premier amour de Tussy, mais son père n’approuvait pas cette idylle. Ses deux autres filles avaient épousé des révolutionnaires français sans perspectives de carrière stable ; Marx ne voulait pas que cela se reproduise une troisième fois.
  Mais Marx agissait aussi de manière égoïste : il s’est beaucoup reposé sur Eleanor pendant cette période, tant sur le plan intellectuel qu’émotionnel, ce qui a retardé son sens de l’indépendance. Non seulement elle lui servait d’assistante de recherche, travaillant au British Museum à sa place mais Marx semblait aussi vivre par procuration à travers elle. Comme il le disait si bien, « Jennychen me ressemble, mais Tussy est moi ».
  Eleanor ne voulait pas être une fille au foyer. À dix-huit ans, elle se sépara de ses parents et s’installa à Brighton, au bord de la mer. En tant que jeune femme sans argent ni éducation formelle, ce n’était pas une mince décision. Eleanor fréquentait toujours Lissagaray, qu’elle appelait « Lissa », et l’aidait à éditer et à traduire en anglais son Histoire de la Commune de Paris tout en cherchant des emplois d’enseignante pour subvenir à ses besoins.
  Tussy travailla dur pour prouver à ses parents qu’elle pouvait se débrouiller seule. Elle trouva un poste d’enseignante dans un séminaire pour jeunes filles à Sussex Square. Lissa et elle faisaient de longues promenades le long du front de mer et, comme l’écrit Rachel Holmes, la biographe d’Eleanor, ils passaient leur temps à « manger du poisson avec des frites, des anguilles, des palourdes et des bulots sur la jetée, à fumer des cigarettes à la chaîne, à discuter, à débattre de leurs lectures ». D’après leur entourage, Lissa était le fiancé d’Eleanor.
  Cette tentative d’indépendance ne dura pas longtemps. Ses parents s’inquiétèrent du fait que les « fiançailles » permettaient au couple de se promener librement en public et de participer à des activités habituellement réservées aux couples mariés. Karl et Jenny voulaient que Tussy rentre chez elle, loin de son amant. Eleanor résista, mais les Marx insistèrent et finirent par obtenir gain de cause : Eleanor quitta son poste d’enseignante et retourna vivre chez ses parents à Modena Villas.
  Elle devint dépressive et rancunière, ce qui se manifesta par de l’anorexie. Marx était soulagé d’avoir sa secrétaire préférée à ses côtés, mais elle souffrait physiquement de sa possessivité dominatrice.
  Même au milieu de tout cela, le jeu, le théâtre et les arts de la scène restaient une source constante de joie. Elle créa le « Dogberry Club » en 1877, du nom du personnage lourdaud de Shakespeare dans « Beaucoup de bruit pour rien » et elle rejoignit diverses sociétés littéraires consacrées au Barde d’Avon et à Percy Bysshe Shelley. Elle était devenue une traductrice très compétente et sa version de             « Madame Bovary » de Flaubert est restée la principale version anglaise de cet ouvrage jusque dans les années 1950.
  À l’âge de vingt-cinq ans, Eleanor perdit sa mère. L’engagement inébranlable de Jenny Marx en faveur du socialisme a joué un rôle essentiel dans le développement d’Eleanor en tant que socialiste et féministe. Une grande partie de la vie de Jenny a été marquée par les difficultés de la vie et elle ne voulait pas que sa fille subisse les mêmes épreuves qu’elle.
  Trois ans plus tard, la sœur aînée d’Eleanor, Jennychen, meurt d’un cancer de la vessie, et Karl meurt d’une bronchite et d’une pleurésie. Eleanor assumera l’héritage de son père en devenant l’une de ses premières biographes et en poursuivant son combat pour le communisme international. Au fil du temps, elle a mis l’accent sur la libération des femmes, les droits des enfants et le militantisme syndical.
  Peu après la mort de sa mère, la relation entre Eleanor et Lissa se termine officiellement. La Troisième République avait accordé l’amnistie aux anciens communards et Eleanor, contrairement à ses sœurs, ne suivit pas son révolutionnaire parisien jusque chez lui. Elle va bientôt rencontrer l’homme avec lequel elle passera le reste de sa vie, pour le meilleur et pour le pire.

La question féminine
  Eleanor rencontra Edward Aveling dans la salle de lecture du British Museum, un lieu de rencontre privilégié pour les intellectuels socialistes et les libres penseurs, dont les premiers membres de la Fabian Society comme Béatrice Webb et George Bernard Shaw. Edward Aveling, conférencier scientifique et laïc, popularisait les idées de Charles Darwin et l’athéisme. Ses manuels scientifiques étaient bien accueillis et il possédait également du talent pour la poésie et le théâtre. Cela plaisait à Eleanor et Edward et elle se présentait à leurs amis comme mari et femme, même s’ils ne se marièrent jamais légalement.
  Eleanor et Edouard avaient beaucoup en commun : leur amour pour le théâtre et leur engagement pour le socialisme, ainsi que leurs idées sur le concept « d’amour libre », qu’ils définissaient comme le fait de pouvoir aimer qui on veut. Édouard poussa cette notion jusqu’à un extrême hypocrite, s’engageant dans une série d’escapades romantiques dans le dos d’Eleanor. Alors qu’elle subvenait aux besoins financiers du couple, Aveling accumulait les dettes avec ses nombreuses, et souvent plus jeunes, conquêtes amoureuses. Shaw a s’est inspiré d’Edward pour son personnage du coureur de jupons sans scrupules Louis Dubedat dans « Le dilemme du docteur ».
  En 1886, le couple collabora à « The Woman Question », dont Eleanor écrivit la majeure partie elle-même. Son thème principal est que les hommes et les femmes doivent travailler ensemble pour surmonter l’oppression des femmes et que la libération féministe est une condition nécessaire à la réalisation du socialisme. Les questions de sexe, de mariage et de vie quotidienne des femmes sous le capitalisme ne sont pas étrangères au matérialisme historique, mais en sont au contraire des aspects essentiels.
  Contre le puritanisme victorien dominant, Eleanor réclamait sans ambages une éducation sexuelle :
  « À mesure que nos garçons et nos filles grandissent, le sujet des relations sexuelles devient un mystère et une honte. C’est la raison pour laquelle apparaît une curiosité excessive et malsaine. L’esprit se concentre excessivement sur les rapports sexuels qui restent longtemps insatisfaits, ou incomplètement satisfaits, pour passer à un état morbide. Il nous semble que les organes reproducteurs devraient être discutés aussi franchement, aussi librement, entre parents et enfants que les organes digestifs. L’objection à cela n’est qu’une forme du préjugé vulgaire contre l’enseignement de la physiologie ».
  Eleanor ne critiquait pas ni dénonçait les féministes de la classe moyenne dans leur lutte pour le suffrage. Selon son analyse, la femme de la classe moyenne était devenue une prolétaire dans son propre foyer, sous la domination de son mari. Eleanor a cependant fait valoir que les « droits des femmes » sans lutte des classes seraient nécessairement limités et que le féminisme de la classe moyenne était plus intéressé par la concurrence avec les hommes que par la libération de la classe ouvrière du capitalisme.
  Selon elle, l’inégalité entre les sexes ne peut être supprimée de la structure du capitalisme : elle rend le capitalisme possible dès l’origine. Les employeurs exploitent les divisions entre les hommes, les femmes et les enfants pour maintenir de bas salaires et des profits élevés. En d’autres termes, les capitalistes ont une incitation matérielle à être patriarcaux et sexistes et les hommes et les femmes doivent unir leur lutte contre les patrons dans les mêmes syndicats et organisations.
  Eleanor ne croyait pas aux rôles préconçus des sexes. Comme elle le disait, il n’y a pas plus de « vocation naturelle » de la femme qu’il n’y a de loi « naturelle » de la production capitaliste ou de limite « naturelle » à la quantité du produit du travailleur qui lui revient pour assurer sa subsistance. Beaucoup de ses idées sont encore considérées comme radicales aujourd’hui.

L’agitatrice
  Eleanor Marx s’est battue pour le socialisme non pas comme une idée théorique, mais comme une réalité pratique. Elle s’engagea inconditionnellement en faveur de l’internationalisme et, en 1884, quitta la Social Democratic Federation (SDF) lorsque celle-ci devint nationaliste et commença à se concentrer sur les travailleurs britanniques au détriment de leurs frères et sœurs du monde entier.  Elle s’opposa également à l’opportunisme parlementaire du leader du SDF, H.M. Hyndman. Edward et elle fondèrent donc la Socialist League avec William Morris. En 1897, après avoir échoué à pousser l’ Independent Labor Party, trop chrétien et réformiste, vers le marxisme, Eleanor retourna au SDF pour travailler à la construction d’un front anti-impérialiste contre la politique britannique en Afrique du Sud et en Inde.
  Eleanor participa à de nombreuses grèves ouvrières en Grande-Bretagne. Elle joua un rôle d’éducatrice, d’agitatrice et de porte-parole, mais se chargea également de nombreuses tâches administratives moins prestigieuses. Elle dirigea la grève des docks de Londres, qui bloqua le trafic fluvial dans la ville, la grève des gaziers de Silvertown, où elle reçut le surnom de « Old Stoker » [vieux soutier] et la grève des dépeceuses d’oignons de l’usine de Crosse & Blackwell , pour laquelle  Eleanor organisa quatre cents travailleuses en un syndicat.
  Rachel Holmes décrit son impact lors de l’organisation des dépeceuses d’oignons :
  « Elles votèrent une liste de revendications pour une journée de huit heures, un salaire minimum, de meilleures conditions de travail et se mirent en grève. En l’espace d’une semaine, Crosse & Blackwell ne pouvait plus honorer ses commandes auprès des détaillants. La direction tenta de soudoyer les femmes en leur offrant des augmentations de salaire sélectives et, en désespoir de cause, de la bière gratuite pour tous les travailleurs et travailleuses. Ces offres furent rejetées ; les dépeceuses gagnèrent. »
  Ces grèves ouvrirent la voie au mouvement ouvrier moderne de Grande-Bretagne. Eleanor et Edward accompagnèrent également Wilhelm Liebknecht pour observer les conditions de travail aux États-Unis, où elle devint une avocate passionnée des anarchistes du Haymarket Square jugés à Chicago, les défendant contre de fausses accusations d’attentats et contre un système judiciaire truqué. Le militantisme de Tussy était intrépide et inébranlable, sans jamais perdre de vue l’objectif ultime : l’émancipation de la classe ouvrière.

Mort et héritage
  Sur le lit de mort d’Engels, Eleanor et sa sœur Laura apprirent que Karl était le père de Freddy Demuth, le fils de leur gouvernante Lenchen. Engels avait assumé la paternité pour éviter aux Marx la disgrâce publique. Edward Aveling l’apprit également et de nombreux biographes d’Eleanor ont supposé qu’il avait utilisé cette information pour faire chanter Freddy et Eleanor contre de l’argent.
Eleanor finit par découvrir les mensonges et les tromperies d’Edward, notamment le fait qu’il n’avait jamais voulu divorcer de sa première femme parce qu’il souhaitait hériter de son argent. Il était resté avec Eleanor pour la même raison : il voulait son héritage, y compris ce qu’Engels lui avait légué ainsi que le contrôle du patrimoine littéraire de Marx.
  La tromperie d’ Edouard atteignit un nouveau niveau lorsqu’ Eleanor découvrit qu’il avait secrètement épousé Eva Frye, une de ses jeunes étudiantes. Cette nouvelle survint peu de temps après qu’Eleanor eût passé de nombreux mois à soigner son compagnon, atteint d’une maladie rénale. Pendant des décennies, ses amis et sa famille l’avait prévenue qu’Edward ne la méritait pas, que c’était un menteur, un tricheur et un manipulateur, mais Eleanor lui resta fidèle et se consacra à son travail politique.
  Après tant de coups durs sur le plan sentimental, auxquels s’ajouta la mort d’Engels et la vérité sur son frère Freddy, Eleanor commença à sombrer. Comme le décrit Holmes :
   « Edouard promettait de l’épouser un jour à la mort de son épouse ; il promettait qu’ils auraient des enfants le moment venu ; il l’assurait constamment qu’il fournirait sa pleine demi-part de leurs revenus communs lorsqu’il réussirait au théâtre ou que l’un de ses manuels universitaires connaîtrait le succès ».
  Des années de fausses promesses et de mensonges eurent raison de Tussy. Le 31 mars 1898, Eleanor Marx fut retrouvée morte après avoir avalé du cyanure. De nombreuses spéculations ont suivi : s’agissait-il d’un suicide ou d’un meurtre ? Quoi qu’il en soit, Edward Aveling fut son agresseur.
  Eleanor Marx ne devrait pas être définie par sa mort, ni réduite aux abus qu’elle a subis. Il faut se souvenir d’elle et la célébrer comme la femme radicale qu’elle était : une pionnière du féminisme marxiste.

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  Harrison Fluss est rédacteur correspondant d’ Historical Materialism et chargé de cours de philosophie à l’université St. John’s et au Manhattan College. Sam Miller, récemment diplômée de l’université de Columbia, est actuellement enseignante à Manhattan.
  Cet article a été publié d’abord par Jacobin puis traduit par Christian Dubucq pour Contretemps.
  Illustration : WST.

Allemagne, France : les mêmes bouffées de délire des candidats Verts...

   "Die politische Sprache soll Lügen glaubhaft und Morde respektabel machen und dem, was nur Wind ist, den Anschein von Solidität verleihen."
  "Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que vent."
George Orwell


 

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Annalena Baerbock : la montée des eaux de...7 mètres !

Kalte Sonne
2021 09 21

  Les prix du gaz en Europe sont en forte hausse. Étonnamment, ceux qui ont toujours dit que personne n'avait besoin de Nordstream 2 tirent désormais la sonnette d'alarme, y compris le Vert Oliver Krischer. Plus d'informations dans le Tagesschau.  
  Sur le même sujet, Ntv [chaîne de télévision privée allemande d'information en continu appartenant au groupe Mediengruppe RTL Deutschland] parle d'une crise énergétique en Europe qui oblige déjà les entreprises industrielles à réduire leur production.
   "L'explosion des prix de l'énergie contraint les premières entreprises à fermer des usines à forte intensité énergétique en Europe. Le fabricant d'engrais CF Industries a arrêté la production dans deux usines britanniques la semaine dernière. L'entreprise chimique norvégienne Yara International, qui produit sur plus d'une douzaine de sites en Europe, a annoncé qu'elle allait réduire sa production d'ammonium de 40 % à partir de la semaine prochaine. Des entreprises allemandes telles que le géant de la chimie BASF et le producteur de cuivre Aurubis se plaignent également des effets de l'extrême augmentation des prix de l'électricité et des sources d'énergie telles que le gaz, le pétrole et le charbon."
   Ntv fait référence à un article de Bloomberg. Dans ce document, Goldman Sachs met même en garde contre des pannes d'électricité cet hiver.
   "Et il y a un "risque non négligeable" que le GNL dirigé vers l'Europe ne suffise pas à empêcher un épuisement des stocks de gaz d'ici la fin de l'hiver, surtout si le temps est froid à la fois en Europe et en Asie, ont indiqué les analystes.
   "Dans ce cas, le seul mécanisme d'équilibrage serait une nouvelle hausse significative des prix européens du gaz et de l'électricité, reflétant la nécessité de détruire la demande, avec une réduction de la demande d'électricité dans le secteur industriel par le biais de coupures de courant", ont-ils déclaré.

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   Les Verts, un parti de la Science ? Nous nous sommes délibérément abstenus ici d'évaluer les trois rencontres entre les candidats au poste de chancelier et le candidat vert jusqu'à présent. Nous ferons une exception pour le dernier débat avant les élections. Il s'agit d'une déclaration d' Annalena Baerbock  selon laquelle le niveau de la mer augmentera de...7 mètres d'ici 2100.
  Ainsi, vous dites à un enfant né aujourd'hui, qui aura 80 ans en 2100, qu'il verra une montée des eaux de...7 mètres!?
  Elle veut sans doute parler de l'élévation du niveau des mers, mais nous ne pouvons que mettre cela sur le compte de son trouble de la recherche des mots. Apparemment, Mm Baerbock faisait référence à une étude réalisée par l'Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact climatique et une université de Norvège. L'étude circule depuis le mois de mai . Il contient tout ce que l'on peut attendre du PIK [Potsdam-Institut für Klimafolgenforschung ; Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique], à savoir de nombreux points de basculement et encore plus de subjonctifs.
  Annalena Baerbock l'a toutefois pris au pied de la lettre et non comme un scénario, que le GIEC n'a d'ailleurs même pas envisagé dans son dernier rapport selon le scénario le plus invraisemblable RCP 8.5. Il est dommage que les animateurs des débats ne se préparent pas à de telles déclarations et ne démentent pas immédiatement, car de nombreux téléspectateurs, apeurés et affolés, auront probablement déjà jeté un coup d'œil à la carte d'altitude de leur lieu de résidence. Annalena Baerbock proclame avec assurance la thèse d'un outsider comme la nouvelle vérité. Toutefois, ce chiffre est supérieur d'un facteur 7 aux prévisions déjà irréalistes du GIEC. Peu importe, le but c'est de glaner rapidement les votes, même si la peur doit être un des éléments clés.

USINES AGRIVOLTAÏQUES : NOS TERRES NOURRICIÈRES EN RÉEL DANGER

  Contrairement au discours des industriels affirmant que les usines agrivoltaïques — panneaux au sol, sont inoffensives pour l'environn...