lundi 14 octobre 2019

Cour des Comptes, soutien aux EnR : 121 milliards d'euros! Mais de quoi parle-t-on au juste?

François Dos Santos


On a beaucoup parlé du chiffre de la Cour des comptes de 121 milliards sur le soutien aux ENR. Quelques précisions pour bien comprendre ce chiffre.





1. Ce montant correspond aux décaissements qui auront lieu de 2018 à 2041, pour les contrats signés AVANT 2018. 


Aussi, il ne comprend pas  :
-Les sommes déjà versées entre 2003 et 2017, autour de 28 milliards d'euros ;
-Les contrats que l'on signe depuis... le 1er janvier 2018.





2. Pour rappel, le montant de la subvention est le DELTA entre le prix de marché et le prix du contrat d'achat. Or, le rapport parle d'une hypothèse THÉORIQUE : 

Prix de marché de 35,91/MWh en 2018, 36,09/MWh en 2019, 38,30€/MWh en 2020 et au-delà, +1% par an.





3. Sauf que les prix de l'électricité sur le marché étant TRÈS VOLATILS,  l'hypothèse ne se vérifie déjà plus depuis plusieurs mois où les prix forward sont passés au dessus des 45€. Et si on remonte sur 10 ans, on voit bien qu'une hausse tendancielle de 1% par an n'est qu'utopie.




4. Cela signifie, à titre d'exemple, que les charges pour 2019 seront surement inférieures à l'estimation de la Cour des comptes, puisque les prix de marché sont supérieurs à leur hypothèse. Cela ne veut pas dire que les prix resteront à ces niveaux et que le montant de 121 mds € est faux.

5. Il est très difficile d'anticiper l'évolution des prix de marché. D'autant plus que certains spécialistes considèrent que plus il y aura d'intégration d' ENR, à coût marginal nul, plus les prix de marché vont être tirés vers le bas, accroissant donc la subvention nécessaire.

6. En même temps, une autre hypothèse repose, pour les contrats futurs, sur la baisse des prix contractualisés pour les ENR qui pourrait suivre celle des prix de marché. Cela aura pour conséquences de limiter ou de faire diminuer la subvention future. Mais ça n'impacterait, en AUCUNE FAÇON, les contrats déjà signés.


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Haute-Marne, Aujeures : un instituteur rural au temps jadis, épisode I

Ernest Pernot *
Folklore et notes d'hier locale, Claire Auberive, p.38-44, Les Cahiers Haut-Marnais, n°84, Chaumont, 1966

(...) "Fils d'instituteur, M. Ernest Pernot s'intéresse naturellement à l'école de son village aux conditions de l'enseignement, aux lois et usages qui le régissent , à ses vicissitudes, à ses progrès, depuis la Révolution jusqu'au milieu du siècle dernier. Il va nous en parler longuement avant de retracer la carrière professionnelle de son père :"
Claire Auberive : les sous-titres sont de la rédaction ainsi que les passages en italiques.




Aujeures, vue générale @delcampe.net

Jusqu'en 1832, Aujeures ne possédait pas de Maison commune. Les procès-verbaux des délibérations sont tous précédés en effet de la mention : Le Conseil municipal réunit dans la maison du maire..., ou du Citoyen maire, pendant la Révolution.
  Il n' y avait pas non plus de local fixe pour l'école qui se tenait dans des maisons particulières, moyennant un loyer payé par la Commune. Ce loyer annuel était de 25 à 30 francs ; quand à l'instituteur, il se logeait à ses frais... et comme il pouvait. Sous l'Ancien Régime, sans doute, les seigneurs Moilleron (3) avaient fait une fondation de 200 livres destinée à cette fin qu'au traitement du maître, mais cette fondation s'éteignit, privant l'école de toute ressource.
  Dans un acte de vente du 23 prairial, an Onze, passé devant Lamiral notaire à Aujeures, d'une maison appartenant à Magdelaine Desserrey, veuve de Claude Cochonet, cultivateur au même lieu et de Rémy Simon, ouvrier en verre à Rouelles, se faisant fort de son épouse et vendue après enchères à François Monniot, fermier à Servin, pour 1 150 francs, il est stipulé que l'acquéreur pourra se mettre en possession de l'immeuble en faisant sortir l'instituteur de la Commune qui l'occupe momentanément. Dans cette maison, il faisait aussi la classe ; elle et lui durent changer de gîte. Ils s'installèrent dans la maison Sauvageot qu'avait acheté l' abbé Vallot, curé de la paroisse ; une seule chambre ouvrant sur la cour abritait les enfants. 

Cette situation précaire ne pouvait durer. Plusieurs délibérations de la municipalité intervinrent, relatives à la construction d'une "maison collégiale". La première de ces délibérations, en date du 23 septembre 1828, eut lieu sur l'initiative du maire, Didier Sauvageot, puis, le 12 septembre 1829, le Conseil fut saisi d'un projet présenté par l' architecte Chaussier, de Chaumont. Discuté, ce projet fut rejeté. Finalement, on décida de bâtir dans une chènevière dépendant de la maison curiale rachetée par la Commune à l' abbé Vallot, 7 février 1831. 

Les matériaux de la nouvelle construction furent extraits des carrières de Combe-au-Bard et de Montarmeux, 25 juillet 1830 et Chaussier dressa le plan de l'école, qui, cette fois, fut agréé. Le devis s'élevait à 7 200 francs, mais le règlement des comptes de l'entrepreneur, Romance, d' Esnoms, ne fut arrêté que cinq ans plus tard, 8 février 1835.

Sur une pierre de la porte du vestibule, au côté droit, on lit encore aujourd'hui : Posée le 19 1831, par Didier Sauvageot, maire d' Aujeures, né le 13 fructidor, an 6. Ainsi, le Dies Natalis de l'école et de son promoteur furent-ils rappelés en même temps à la postérité.

Toutefois, c'en était fait à cette époque de l'enseignement gratuit, qui d'ailleurs, n'était pas encore obligatoire. L'extinction de la rente dont nous avons parlé grevait la Commune d'une nouvelle charge. Elle avait dû faire à son instituteur un traitement de 100 francs, l'augmenter de 50 en 1818, de 50 encore en 1822, le porter à 300 en 1833, à 400 en 1846. Le maître touchait en outre une rétribution scolaire payée mensuellement par les élèves et variant suivant l'âge de ceux-ci.

Inaugurée légalement en 1794, elle avait été de 0.25 centimes, 0.30 centimes, 0.35 centimes jusqu'à 1804, puis de 0.35 et 0.40 centimes jusqu'en 1815 ; de 1816 à 1826, on la fixa d'abord à 0.40 et 0.50 centimes, ensuite à 0.50 et 0.55 centimes. Enfin, sans distinction d'âge, le Préfet établit pour tous les écoliers le tarif de 0.65 centimes.

À l'origine, perçue directement par l'instituteur lui-même, plus tard versée par le percepteur au destinataire, cette rétribution ne dépassait pas globalement 200 francs en 1818, elle atteignit 280 en 1822, 325 en 1826, 400 en 1836. À partir de 1840, elle ne cessa d'augmenter pour atteindre, en 1854, la somme de 686 francs.Or, étant en fonction du nombre d'élèves, elle marque un progrès dans la fréquentation de l'école, beaucoup plus qu'un accroissement de la population. Il est juste d'en faire honneur à deux personnes : une femme bienfaisante, un maître zélé. L'un et l'autre, quoique de façon différente ; celle-ci par un don charitable, celui-là par un rare dévouement, imprimèrent un élan décisif à l'instruction dans ce village perdu de la "montagne".

De 1780 à 1790, c'est-à-dire immédiatement avant la Révolution, la population comptant environ 400 âmes, le recteur d'école avait chaque année 70 à 80 élèves, depuis la Toussaint jusqu'à Pâques ; de 1800 à 1810, il n'en avait, de façon régulière, que 40 à 50, les enfants de familles pauvres ne fréquentaient pas l'école, tant par un motif économique qu'en raison du placement de ces enfants comme domestiques.

Or, en novembre 1834, le Conseil municipal reçut communication du testament olographe de Mme Marie Vallot, veuve de J-B. Robinet, en date du 2 juillet 1824, léguant à la Commune 700 francs pour le paiement des mois d'école des enfants les plus pauvres, alors au nombre de 9. La rente de cette somme était de 20 francs.

D'autre part, "de 1794 à 1832, écrit mon père, M. Barthélemy Pernot, la durée annuelle de la tenue de l'école a été constamment du 1er novembre à Pâques, et de 1836 à 1840, par le désir que j'avais d'habituer les parents à envoyer leurs enfants en classe pendant l'été, j'ai fait gratuitement l'école durant les mois de mai et juin. Je maintins cette coutume jusqu'en 1853, en faisant alors payer toute la rétribution mensuelle. Enfin les classes ne vaquèrent plus que le mois d' août". Et quelles classes!...

Aussi longtemps que mon père fut instituteur, continue l'auteur de ces souvenirs, son zèle pour l'enseignement ne se ralentit jamais. Il ne se limitait pas, comme ses confrères, à six heures de classe. Pendant l'hiver, l'école était ouverte depuis six heures du matin jusqu'à midi et d'une heure à cinq et quelquefois six heures du soir. La journée commençait par une étude pour les grands ; les petits arrivaient qu'à huit heures et partaient avant les aînés.

Sous l' Empire, mon père fit des cours d'adultes chaque soir, excepté le jeudi. Ces cours, très suivis, lui valurent non seulement des félicitations officielles, mais des médailles de bronze et d'argent, puis enfin les Palmes d' Officier d'Académie, distinction très rare alors dans l'enseignement primaire. La renommée professionnelle dont il jouissait s'étendant aux villages voisins, il dut accueillir des pensionnaires. Dans sa propre maison, il en logea jusqu'à 9, venant de Perrogney, Leuchey, Vaillant, Vesvres, Chalancey, Musseau, Mouilleron, Praslay, où les instituteurs, sans doute, n'avaient ni les mêmes capacités, ni la même ardeur. Parfois la demeure du maître ne pouvant suffire pour cet afflux d'élèves étrangers, quelques habitants d' Aujeures en logeaient aussi. Le prix de la pension s'élevait à 10 francs à peine mais les écoliers fournissaient une partie de leur nourriture. Quand aux externes, ils pourvoyaient eux-mêmes au chauffage de l' école : chacun, durant l'hiver, matin et soir, apportait un morceau de bois, petite charbonnette qu'il jetait, en arrivant, dans un coffre aménagé pour cet usage. Il en fut ainsi jusqu'en 1879. Après quoi, le Conseil municipal décida de réserver chaque année une portion de l' affouage communal pour le chauffage de l'école.

Par ce détail matériel, on constate que le zèle du maître portait ses fruits : à l’assiduité des élèves, l'intérêt des autorités locales faisait echo ; elles appréciaient davantage l'instruction. c'est ainsi qu'en 1840, à cet instituteur qui ne gouvernait pas moins de 80 élèves, le Conseil municipal offrit un traitement plus élevé, puis des gratifications successives ; enfin, mon père reçut une allocation de l' Etat dont la plus importante se montait à ... 200 francs. Mais la vie n'était pas chère en ce temps-là.

Mon père remplissait aussi les fonctions de "tambour de ville" qui lui valait une petite rétribution ; et quand la classe vaquait en été, il utilisait ce loisir pour des travaux de menuiserie. Son habilité lui permettait de confectionner différents meubles : armoires, secrétaires, tables, bois de lits, etc. Secondé par un artisan du village, il faisait même des portes et des fenêtres. Quand il eut pris sa retraite, il s'adonna de plus belle à ces ouvrages, mais aussi longtemps qu'il fut instituteur ceux-ci n'entravèrent jamais son zèle.

Qu'enseignait-il à ces petits villageois?...

À suivre.

Notes

* M. Ernest Pernot appartenait au terroir par ses origines familiales.La généalogie relevée sur les actes de l'état civil de St-Broing-les-Fosses nous fait connaître son trisaïeul Claude Pernot, époux de Jeanne Lacordaire en 1709, puis l'un des fils de celui-ci : Jean-Baptistes Pernot, 1717, marié en 1740 à Reine Berger, desquels naquit, le 4 mars 1743, Jean-Baptiste qui prit pour femme, en 1766, Madelaine Frémiot ; leur fils Barthélemy épousa, le 18 février 1810, Jeanne Mathey, née en 1779, l'une des huit filles du ménage Louis Mathey-Andriot qui comptait en outre trois garçons. Ce mariage fixa le couple à Aujeures où les Mathey-Andriot, grands propriétaires ruraux, étaient eux-mêmes fixés. Jeanne y retrouva six de ses sœurs également établies.L'année suivante, 19 septembre 1811, venait au monde le premier enfant de Jeanne et Barthélemy Pernot, à qui l'on donna, comme il était souvent d'usage, le prénom de son père. C'est de lui et d'Anne Chouet, son épouse, de Villebas, que naquit le 28 octobre 1844, M. Ernest Pernot. 
 Par les alliances précédemment citées se formèrent ou se resserrèrent des parentés entre les principales familles enracinées à Aujeures, Villiers, Aprey, Leuchey, etc. Nommons en particulier les Sauvageot, Morizot, Appolot, Bude, Arbillot... qui se sont perpétuées avec des fortunes diverses.
  Contemporain de Napoléon Ier, le grand-père d'Ernest avait fait partie de l'expédition navale de St-Domingue ; chaud partisan de l' Empereur, il fut maire d'Aujeures pendant les cent jours, mais son mandat ne dura que quelques semaines.
  La profession que le père d'Ernest exerça dans la Commune et la manière dont il s'en acquitta lui donnèrent, par contre, une influence plus durable. Cet instituteur dévoué qui portait très haut le sens du devoir professionnel s'était attiré l'estime de tous ses concitoyens.
 Ernest fit ses études au collège de Langres ; il se destinait à l'enseignement. Ayant conquis ses diplômes, il exerça quelques mois à Vitry-le-François, puis à Avallon. Nommé professeur d'enseignement spécial Sciences et Mathématiques au collège d'Autun, il y fit toute sa carrière, soit 42 ans. Nombreux sont les jeunes gens qu'il prépara soit à l’École des Arts et Métiers, soit à l’École des Mines, sans ménager son temps ni sa peine, leur consacrant souvent et gratuitement des heures supplémentaires. Membre actif des Sociétés d''Histoire naturelle et de la Société Eduenne, Officier d'Académie, puis de l'Instruction publique, il ne faisait pas mystère de ses convictions religieuses.
  Le 8 mai 1875, il avait épousé Mlle Félicie Charvot-Vény. Elle appartenait à une famille très honorablement connue à Autun, famille de musiciens et d’artistes où le talent et le goût des choses de l'esprit se transmettaient comme un héritage, depuis l'époque d'Auguste Vény, l'aïeul maternel que Berlioz appelait "le plus grand virtuose du Hautbois que possédât l'Europe".   
  Ayant pris sa retraite dans son village natal en 1905, Ernest Pernot y mourut le 28 décembre 1931, laissant une très nombreuse postérité.
3. "Les seigneurs Moilleron" étaient de riches bourgeois qui possédaient des propriétés à Aujeures. M. Ernest Pernot en parle à plusieurs reprises dans son manuscrit, et nous transcrirons plus loin ce qu'il a relevé de leur généalogie et du legs fait à l'école.

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dimanche 13 octobre 2019

Maine et Loire, Le-Bourg-d'Iré : un village résiste vaillamment à un projet éolien, le FILM

Christophe Delire

Le village du Bourg-d’Iré se bat contre un projet éolien, il défend vaillamment ses châteaux, son économie touristique, ses acteurs de territoire, ses paysages et sa faune.

Ce film de Christophe Delire a été présenté jeudi 10 octobre 2019 devant les conseillers municipaux de Segré-en-Anjou-Bleu, agglomérat de 15 communes.

Voir
Pour qui sonne le glas? 


« Les besoins d'un être humain sont sacrés. Leur satisfaction ne peut être subordonnée ni à la Raison d’État, ni à aucune considération soit d'argent, soit de nationalité, soit de race, soit de couleur, ni à la valeur morale ou autre attribuée à la personne considérée, ni à aucune condition quelle qu'elle soit."
Simone Weil, l'enracinement 1949




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Le GIEC seul, monopolise et empêche la pluralité des analyses climatiques

Daniel Moinier
Auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre. 

Commentaire : (...) " voir le lien ci-dessous de presque toutes les périodes exceptionnellement chaudes et de sécheresse depuis l’an mil" ICI [...]
La réduction de l’albédo (1) : ici
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Lorsque le climat s'invite dans le débat public, sommes-nous toujours dans un climat politique démocratique ?

GIEC seul organisme reconnu mondialement en matière de climat, est-il détenteur de toutes les analyses et vérités ? Lorsqu’il n’y a plus qu’une voix, une seule idée, un seul pouvoir, nous sommes régis par une sorte de dictature, médiatique, qui empêche toutes les autres idées d’avoir droit de parole.

A priori, ce qui peut surprendre car lorsqu’il y a idée et pouvoir unique, une contestation immédiate notamment de gauche, se déclare, revendique une autre direction, analyse et idée. Avec le climat à première vue, il existe un consensus de l’ensemble des populations mondiales ou presque. Regardez les 500.000 personnes qui sont venues entendre et applaudir Greta Thunberg fin septembre à Montréal et toutes les réceptions dans diverses capitales mondiales. Comment comprendre qu’une jeune fille venue de nulle part puisse être reçu par l’ ONU, par différentes nations du monde avec autant de ferveur ? Ce qui a de plus révolutionnaire chez elle, c’est qu’elle parle haut et fort sur un pied d’égalité, elle n’a pas de principe, elle n’est pas là pour être douce et séductrice, elle ne s’excuse pas de parler au contraire, elle « engueule » les dirigeants qui ne suivent pas le mouvement notamment la France qu’elle veut traduire en justice !

Alors comment faire pour modifier toute l’économie mondialement en quelques mois, quelques années, même si chaque pays commençait à s’organiser individuellement pour tenter d’assurer sa préservation ou lancer des négociations sans fin avec une adolescente de 16 ans ! C’est plus facile de diffamer, débagouler sur une adolescente que sur un sujet très scientifique que beaucoup n’arrive pas maîtriser, ni vraiment comprendre. C’est plus facile de regarder son visage, sa photo pour se demander si elle vous plait, si vous aimez sa façon d’être, de discourir...

Mais son apparition, « on croirait Jeanne d’Arc », est venue réveiller nos enfants et surtout leur éco-anxiété qu’elle a transformée en une dangereuse vision du monde et de la politique. Certains paraît-il commencent à faire des crises d’angoisse liées à la probable fin du monde !

Marc Reisinger qui a essayé de l’interroger à Stockholm, la présente comme un étrange leader climatique qui n’accepte pas qu’on lui pose une question sur le climat. Il écrit aussi que Greta n’a répondu à aucune question. « Je me suis trouvé face à une petite fille éteinte, sans passion, manipulée par des gens inquiétants, enfant sous terreur » gardée par plusieurs gardes du corps !

Nous sommes mis au pied du mur devant une urgence climatique à 90 % fomentée par l’humain décrétée par le GIEC. Pas une émission, un article, une réflexion, sans avoir un mot, une allusion, mais plus encore une obligation de changer complètement ses comportements, sa manière de vivre, de cultiver, jardiner, fabriquer, se déplacer de consommer, de penser même. C’est un dictat comme on n’en a jamais connu sauf peut-être sous certaines « dictatures ». Cela va même jusqu’à agresser des boucheries, abattoirs, etc..., pour faire passer cette seule idéologie jusqu’au boutisme, y compris par ce mouvement mondial qui irait jusqu’à se détruire, ne plus faire d’enfants pour que la terre subsiste sans vie humaine et même animale concernant les bovins !

Mais est-ce que l’ensemble de la population a le même degré d’adhésion que ce qui est proclamé par les alter- mondialistes ; Greenpeace, les jeunes ? Je suis loin de le penser. Lorsque je discute avec des amis, des personnes rencontrées lors de réunions, conférences, je peux constater que l’adhésion est loin d’être aussi massive que souhaitée.

Peter Taalas, secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), a publié en septembre 2019 une réponse aux catastrophismes et alarmistes du climat.

Il nous dit que depuis des années un certain discours médiatique essaie de nous faire croire que l’apocalypse climatique est pour dans quinze, vingt ans et qu’elle a même déjà commencé. Les médias, ceux qui se disent de « référence » en ont beaucoup rajouté au catastrophisme.

En admettant même, ce qui peut être déjà contestable, que l’évolution actuelle du climat serait plus brutale que par le passé, proche ou lointain, le fait demeure que nous disposons aujourd’hui d’un outillage scientifique, technologique et économique bien plus considérable que jadis. Il y aura toujours des drames causés par les ouragans ou les sécheresses, mais globalement nous sommes de mieux en mieux armés pour y faire face. Le principal risque que nous courons en la matière, c’est de continuer à nous raconter des histoires de fin du monde, qui nous conduiront à envisager de façon inadaptée les vrais problèmes d’adaptation posés par un climat qui change depuis toujours. Nous courons ainsi le risque de diminuer notre capacité de résilience, pour des raisons purement irrationnelles.
Par ses déclarations critiques, Petteri Taalas, qui n’est pourtant pas un climato-réaliste, vient peut-être d’ouvrir une brèche intéressante pour libérer un peu la parole. L’ OMM, dont il est le secrétaire général, est tout de même, avec le Programme des nations unies pour l’environnement, l’un des deux organismes à l’origine de la fondation du GIEC, cette structure scientifico-gouvernementale qui donne le la sur les questions climatiques depuis des années.

Ce « carbocentrisme » survit par habitude de pensée, par conformisme académique et médiatique, mais aussi grâce à son discours moralisateur qui rend si difficile la discussion. À ce sujet, qui me dit ce qu’il a compris lorsqu’on vous annonce que telle action ou telle autre va produire tant de tonnes de carbone. Quand on pense que le carbone est si léger, 1,3g par litre d’air ou 1,964kg/m3, comment s’en représenter une tonne ou des tonnes ?

Petteri Taalas nous dit également que la chape de plomb s’effrite et que petit à petit les choses évoluent. La « Contre-COP » que nous organisons chaque année en décembre est invariablement un succès, ainsi que nos événements plus ponctuels. La taxe carbone malmenée par les gilets jaunes en est un exemple ainsi que l’opposition de plus en plus massive aux éoliennes. Il ne suffira plus de peindre un discours en vert pour le faire accepter sans discussion.

D’un autre côté, Il faut reconnaître toutefois qu’une part de ce mouvement paraît très porteur et réaliste, c’est la réduction de toutes les pollutions. Ce qui semble très logique et plus que souhaitable. Ce mouvement semble très bien suivi et bien engagé depuis plusieurs années. Sur ce point un large consensus c’est rapidement mis en route, car le ressenti et la visibilité sont rapidement constatés. Il touche surtout la santé de chacun et à l’époque des cancers, problèmes respiratoires…il est normal que chacun se sente concerné pour soi, sa famille, amis et par extension, toute la population.

Pour ce qui concerne le climat, les canicules qui commencent à se succéder, avec la sécheresse, le manque d’eau alertent l’opinion tout en se posant la question pour certains : est-ce véritablement l’humain qui en est la cause ? Comment arrêter ce processus ? Il nous avait été annoncé qu’avec la mise en route des réductions mises en place, à la fin du siècle nous aurions diminué de 2 degrés le réchauffement. Mais mi- septembre 2019, le GIEC nous annonce que malgré tous les efforts qui pourront être consentis, ce n’est plus 2 degrés mais 7 qu’il faudrait atteindre. Et de poursuivre qu’il sera impossible d’y arriver !

Et si c’était très peu l’humain qui était en cause. Emmanuel Leroy Ladurie dans son livre « Histoire du climat depuis l’an mil» pourrait peut-être nous ouvrir à d’autres analyses. Il annonce que le changement de climat est un « deus ex machina » dont on abuse volontiers lorsque l’on cherche à expliquer le déclin ou la naissance d’une civilisation. Les œuvres du géographe américain Ells-Worth Huntington les mettent en action de façon caricaturale. Les thèses d’ A.Toynbee dans « A.Study of History » en font usage de façon plus nuancée peut-être mais avec les mêmes dangers.
Tapez sur Google : canicules et vous aurez le panorama de toutes les hausses de températures qui ont existé depuis l’an mil.

Le livre d’Emmanuel Leroy Ladurie révèle des évènements climatiques de canicules très importants, confirmés dans le Ampshire Advertiser From Southampton du 18 juillet 1852, le journal Horizons et le Belgotopia, Un autre regard sur le climat : voir le lien ci-dessous de presque toutes les périodes exceptionnellement chaudes et de sécheresse depuis l’an mil.

Une autre étude et analyse contradictoires viennent encore donner une touche discordante à ce consensus.
Edouard Davin et Peter Bebi de l’
Eidg. Institute für Atmosphäre und Klima (ETH) de Zurich révèle qu’une étude internationale a comparé neuf simulations du climat en prenant deux situations hypothétiques extrêmes : d’un côté, une Europe dépourvue de toute forêt, de l’autre, un continent aussi boisé que possible.

Tous les modèles indiquent qu’un reboisement peut faire monter la température régionale en hiver dans les régions de montagne et en Europe du Nord. La raison : la couche de neige est moins hermétique sur les arbres qu’au sol, ce qui réduit la réflexion du rayonnement solaire. En revanche, les résultats divergent lorsqu’il n’y a que peu ou pas de chute de neige. La réduction de l’albédo (1) pour une surface boisée a dans ce cas moins d’influence sur le climat régional.

Les conséquences de ce processus sur la température ne sont pas claires, indique le responsable de l’étude. Une opinion partagée par Peter Bebi, qui étudie l’effet protecteur des forêts contre les dangers naturels à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) : Entreprendre des reforestations dans les Alpes centrales près de la limite de la forêt pour des raisons climatiques n’a souvent guère de sens.

Autre étude par Futura-Sciences et Réseau action climat, apporte d’autres possibles hypothèses du réchauffement :
Les éruptions du soleil et d’une étoile KIC 9655129 peuvent modifier les températures et même si elles sont plus puissantes, devenir dévastatrices pour notre monde. 


Conclusion :
Qui croire, alors qu’une autre étude résultant de travaux précis très modernes, nous dit que le CO2 est relégué sur le plan thermique à un rôle minime lié à sa quantité toujours très faible dans l’air. L’ensemble des gaz dans l’air crée la couche d’isolant qui nous protège du froid de l’univers.
Grâce à Chandrashekhara Venkata Râman et Leonid Mandelstam nous ne pouvons plus mettre en doute que tous les gaz de l’atmosphère ont des raies d’absorption, donc d’émission dans l’infrarouge proche, qu’ils ont des rôles similaires et que le CO2 anthropique ne peut bloquer à lui seul la non-absorption des gaz.

Attaquons-nous en priorité à la pollution qui est déjà un énorme challenge, déjà bien avancé, compte tenu de l’évolution mondiale de nos sociétés.

Énergie : pourquoi arrêter 14 réacteurs d’ici 2035 ?

Michel Negynas


 

France, de Moulins à Paris : autoroute et Paysages, une traversée du territoire : " centrale nucléaire " Belleville-sur-Loire (Cher) By: (vincent desjardins) - CC BY 2.0 


Le narratif : « on arrête le nucléaire au fur et à mesure de l’augmentation des ENR » est simple, compréhensible par tous, donc satisfaisant pour l’esprit. Peu importe qu’il soit une fable.


En écrivant mon dernier billet sur cette folie du programme énergétique français, en particulier le volet électrique, une question toute bête m’est venue à l’esprit : comment diantre a-t-on déterminé le chiffre de 14 réacteurs à arrêter d’ici 2035 ?

Alors j’ai cherché, dans les documents publiés tous azimuts par le gouvernement et ses agences, où il pouvait y avoir une justification du calcul. Eh bien il semble qu’il n’y en ait pas.

RTE, le Réseau Électrique de France, filiale d’EDF, a fait un certain nombre de scenarii type pour l’évolution du réseau. Sous un aspect « scientifique », les calculs sont sujets à caution et les conclusions confuses : RTE montre que tout est possible, sauf qu’il faut ajouter des tas d’hypothèses improbables pour que ce le soit. Et il n’est écrit nulle part que cela ne pose pas de problèmes d’arrêter 14 réacteurs nucléaires.

Alors, j’ai essayé de me mettre dans la tête d’un homme ou d’une femme politique qui a une formation standard : juriste ou licence d’histoire, sciences po, puis ENA ou Normale sup lettre. Il ou elle n’a pas le temps de lire des documents techniques, et de toute façon il ou elle a oublié même la physique élémentaire enseignée avant le baccalauréat. Le seul outil scientifique à sa disposition est la règle de trois, et encore il ou elle ne l’applique pas assez.

Par ailleurs, à propos de l’électricité, un classique indémodable dans les media et chez la plupart des politiques, est de confondre ou de mélanger des KW, unité de puissance, et des KWh, unité d’énergie.


Première méthode
Quelles sont les données de base :

Nous allons augmenter la puissance installée des énergies renouvelables de 30 GW pour l’éolien, soit une équivalence de 7 GW compte tenu du taux de capacité de l’éolien de 25 % car le vent ne souffle pas toujours. Pour le solaire, c’est environ 30 GW également, soit 3 GW en équivalence avec un taux de capacité de 11 %, car le soleil se cache parfois.

Cela fait environ 10 GW.

On va baisser le nucléaire d’un équivalent de 12 réacteurs après démarrage de l’EPR et fermeture de Fessenheim, soit environ 10 GW.

Génial, ça colle parfaitement !


Deuxième méthode

On veut faire passer la part du nucléaire de 75 % à 50 % du mix. Supposons qu’on soit à consommation constante. On baisse de 25 %.

Nous avons 58 réacteurs en service, nous allons arrêter en arrêter 14. Il en restera 75 % du chiffre initial : moins 25 %.

Bon sang ! Cela colle encore parfaitement !

Finalement, je pencherais plutôt pour la première méthode. En effet, on trouve partout, dans les textes, qu’on « arrêtera du nucléaire en fonction de la montée en puissance des ENR… » Par exemple, Euractiv, reportant un discours d’Emmanuel Macron fin novembre 2018, lors de la présentation du projet de Programmation Pluriannuelle de l’Energie : « Le président de la République a confirmé la baisse de la part du nucléaire à 50 % d’ici 2035. Pour y parvenir, 14 réacteurs seront fermés, a-t-il annoncé. Les deux réacteurs de Fessenheim seront fermés d’ici 2020, quatre à six autres réacteurs le seront entre 2025 et 2030. Le rythme de fermeture sera déterminé en fonction de la sécurité d’approvisionnement, des interconnexions avec les voisins européens et de la montée en puissance des énergies renouvelables. »

Lorsqu’on lit les études sur la sécurité d’approvisionnement de RTE, seules études « officielles », on n’est pas vraiment rassurés.

Et la dernière partie de la phrase confirmerait mes craintes : l’arrêt du nucléaire serait juste un problème d’ignorance totale du sujet par les décideurs, considérant qu’un KW délivré de façon aléatoire et intermittente est équivalent à un KW pilotable à la demande. Ou qu’ils confondent KW et KWh.

Un doute m’assaille : dirigerait-on la France vers une catastrophe, juste parce que nos décideurs sont des littéraires post-modernes, considérant dépassé de tenir compte des contingences techniques ? Nous sommes effectivement dans le monde des « éléments de langage » et des « narratifs ». Le narratif : « on arrête le nucléaire au fur et à mesure de l’augmentation des ENR » est simple, compréhensible par tous, donc satisfaisant pour l’esprit. Peu importe qu’il soit une fable.

Réveillez-moi de ce cauchemar.


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samedi 12 octobre 2019

Haute-Marne, Melay : la résistance à l'éolien s'organise

jhm.fr


Bienvenue à la nouvelle association de résistants. 😀


Le village de Melay se situe à la pointe nord de la gigantesque zone industrielle éolienne en approche, ~170 éoliennes, qui s'étend de Voisey, Haute-Marne, à... Percey-le-Grand, Haute-Saône, voir carte ci-dessous. 

Dans ces deux départements, comme majoritairement en France, les vents dominants sont de ouest-sud-ouest (WSW), sud (S) et sud-sud-ouest (SSW). Les éoliennes s'appuient sur ces vents pour produire. La situation géographique de la commune garantie, malheureusement, à ses habitants, de subir, jour et nuit, leurs nuisances, bruit et infrasons, sources de problèmes de santé pour certains d'entre nous. Pour les infrasons, selon les circonstances, leur nocivité peut s'exprimer dans un rayon de 20km. Ainsi, le projet de Voisey n'est pas la seule menace. 

Pour toutes ces raisons, les Melaysiennes et les Melaysiens ont d'autant plus de raison de se mobiliser en masse aujourd'hui et demain. Sinon, c'est l'"enfer" qui leur ait promis.





Lire

Haute-Saône, Bourguignon-les-Morey, Fouvent-St-Andoche, La Roche-Morey : le poste avancé de l'"enfer" éolien


 

@jhm.fr

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vendredi 11 octobre 2019

Greta Thunberg, Extinction Rebellion et le mouvement pour le développement durable

Nicolas Casaux


Commentaire : "Convaincre, ne signifie pas faire éclater la vérité mais, c'est bel et bien avoir raison."
Arthur Schopenhauer, L’Art d’avoir toujours raison, Stratagème V, faux arguments, vers 1830.
Et ça, l'écologisme médiatique l'a très bien compris.


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Une compilation de quelques billets publiés sur les réseaux sociaux, au cours des derniers mois, à propos d’Extinction Rebellion, de Greta Thunberg et du « mouvement pour le climat » qui est en réalité, dans son immense majorité, un mouvement pour le développement durable.


 


Certaines personnes qui ne connaissent pas bien notre perspective politique nous demandent parfois ce que nous proposons, ce que nous voulons, parce que critiquer « tout le monde », Greta Thunberg, Aurélien Barrau, Cyril Dion, Extinction Rebellion, etc., ça commence à bien faire. Pour faire court, j’aurais pu reprendre la formule de mon ami Thierry Sallantin : « je fais partie des luddites, c’est-à-dire que […] je suis contre l’industrialisme, pour l’ artisanalisme, ma position politique, c’est que je veux tout casser ». Malheureusement, en tant qu’explication, ça risquerait de ne pas suffire, et/ou d’être mal perçu ou mal compris.

Développons un peu. L’écologie est un mot et un courant fourre-tout derrière lequel on retrouve des choses contradictoires. L’écologisme médiatique, celui qui est autorisé et même bienvenu dans les médias de masse, se résume le plus souvent à un plaidoyer en faveur d’une société techno-industrielle, un peu plus, verte, un peu plus, durable, un peu plus, renouvelable, un peu plus, circulaire, « neutre en carbone », etc., et, un peu plus, démocratique. En bref, il s’agit d’un courant de pensée qui affirme qu’il est possible que nous gardions l’essentiel de la civilisation techno-industrielle actuelle, et que nous la rendions durable, dans le sens où elle n’épuiserait plus les ressources, n’exterminerait plus les espèces vivantes, etc., et, un peu plus, démocratique. Au moyen de divers ajustements techniques ou technologiques. Il s’agit grosso modo de ce que soutiennent, mais de différentes manières, Cyril Dion, Aurélien Barrau, Maxime de Rostolan (et son An Zéro, festival spécial greenwashing), le WWF, Greenpeace, 350, .org, Extinction Rebellion, Alternatiba, ATTAC, les écosocialistes, le mouvement « pour le climat », et beaucoup d’autres.

Et, oui, Extinction Rebellion aussi. La liste de leurs objectifs officiels le suggère assez clairement. Et le petit livre que les principaux instigateurs du mouvement ont récemment publié en anglais, intitulé This Is Not a Drill, « Ceci n’est pas un exercice », l’expose encore plus distinctement. Notamment au travers des contributions de Farhana Yamin, Kate Raworth, Clive Lewis et Paul Chatterton.

Farhana Yamin est une avocate spécialiste du droit environnemental, membre du mondialement célèbre think tank britannique Chatham House, « l’un des think tanks les plus influents du monde », selon L’Express, membre du Conseil sur le programme mondial concernant le changement climatique du Forum économique mondial (WEF), et également membre clé et coordinatrice du mouvement Extinction Rebellion au Royaume-Uni, où le mouvement est né.



 

À droite, Farhana Yamin, au centre, Al Gore, et à gauche, Jennifer Morgan, de Greenpeace

En parallèle, dans le contexte de
la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCC ), Farhana Yamin fournit des conseils juridiques, stratégiques et politiques à des ONG, des fondations et des pays en développement.

Elle a également fondé une ONG, « Track 0 », qui promeut le passage à une économie « à faible émission de carbone », et même à une économie « neutre en carbone », notamment au travers d’une transition au cours de laquelle les combustibles fossiles seraient abandonnés et notre énergie deviendrait 100% issue des industries des soi-disant « renouvelables ». D’après son ONG, « investir dans les infrastructures des énergies renouvelables est la clé pour relancer la croissance ».

Kate Raworth est une économiste anglaise, auteure du livre La théorie du donut. Elle propose, accrochez-vous bien, un « nouveau modèle économique », qui correspond grosso modo à ce qu’on appelle l’économie circulaire, stable, et affirme par exemple que : « Ce siècle, nous pouvons concevoir nos technologies et institutions pour distribuer les richesses, le savoir et l’autonomie à beaucoup. Au lieu des énergies fossiles et de la fabrication à grande échelle, nous avons des réseaux d’énergie renouvelable, des plateformes numériques et des imprimantes 3D. 200 ans de contrôle de la propriété intellectuelle par les entreprises sont bouleversés par l’approche ascendante, open-source, en pair-à-pair des biens communs. » Elle s’extasie devant « l’extraordinaire transformation à l’œuvre dans les technologies : la blockchain, l’automatisation, l’imprimante 3D, les fablabs, le retour des communs, les entreprises sociales et collectives… ». Une Isabelle Delannoy britannique, en somme.

Voir : https://www.partage-le.com/2018/10/de-paul-hawken-a-isabelle-delannoy-les-nouveaux-promoteurs-de-la-destruction-durable-par-nicolas-casaux/).

Clive Lewis est un journaliste et membre du parlement britannique qui participe à promouvoir le fameux Green New Deal, développement massif d’infrastructures industrielles basées sur des sources d’énergie dites « vertes », « renouvelables », développement des industries de capture et stockage du carbone, etc.. Et Paul Chatterton est un géographe et spécialiste du « développement urbain soutenable », qui promeut le concept de « villes bio », « soutenables », etc.

Cela dit, si le noyau central d’Extinction Rebellion s’inscrit dans la veine de ce courant soi-disant écologiste qui promeut l’idée d’une civilisation techno-industrielle verte, bio, carboneutre et démocratique, certains groupes locaux ne partagent pas cette perspective illusoire et indésirable. Perspective très utile, en revanche, pour rassurer les foules : pas de panique, une civilisation industrielle bio et démocratique existe, elle finira donc par s’imposer d’elle-même, ou grâce aux activistes qui réussiront à forcer la main de nos dirigeants.

Ce qui m’amène à nous. Nous les primitivistes, anarcho-primitivistes, luddites, anti-industriels, décroissants,radicaux, et autres éco-anarchistes. Malgré des divergences sur quelques points relativement importants, nous avons en commun de comprendre qu’une civilisation techno-industrielle bio et démocratique, ça n’existe pas. Que ça ne peut pas exister. Et que même si la civilisation techno-industrielle pouvait devenir bio, ce qui est impossible, elle demeurerait nécessairement antidémocratique, la complexité technologique reposant sur et requérant des structures sociales antidémocratiques, contrairement à ce que suggère le baratin des nouveaux apôtres du mythe des hautes technologies libératrices/émancipatrices, qui glorifient les imprimantes 3D, la blockchain, les fablabs, etc.. Et imposerait toujours une forme de vie détestable.

Nous n’encourageons pas et ne nous réjouissons donc pas du développement des industries des éoliennes, des panneaux solaires, et des autres sources d’énergie soi-disant « vertes » ou « renouvelables », hydroélectrique, biomasse, etc., non seulement parce que ces industries ne sont jamais « vertes », ni « neutres en carbone », elles impliquent toujours des destructions environnementales et reposent toujours sur différentes formes d’exploitation sociale, d’esclavage moderne, mais aussi parce que l’ensemble du système technologique qu’elles alimentent est également nuisible, à tous les niveaux et pour des tas de raisons. Nous comprenons que même si l’on pouvait, on ne peut pas, remplacer toute la production énergétique issue des combustibles fossiles par de telles énergies faussement « vertes », la situation socioécologique serait toujours désastreuse.

Nous comprenons que de véritables démocraties ne peuvent exister qu’à petite échelle — au-delà, il y a bien différentes possibilités de fédérations, mais qui me semblent personnellement douteuses —, qu’elles requièrent des sociétés à taille humaine. Et qu’ainsi, « en réalité, il n’y a probablement pas de solution au sein de la société industrielle telle qu’elle nous est donnée » (Bernard Charbonneau), ou plutôt imposée.

Au bout du compte, nous voudrions que la monoculture dominante, la civilisation techno-industrielle planétaire, soit intégralement démantelée et remplacée par une multitude de sociétés vivrières, à taille humaine, soutenables, et donc uniquement basées sur des technologies douces, ou basses technologies, respectueusement intégrées à leurs environnements spécifiques. « La protection de la nature, de la variété et de la liberté humaines ne sera assurée que si l’on dissocie l’économie nationale ou multinationale en petites unités autarciques et autogérées » (Bernard Charbonneau). Voilà pour l’idéal. En attendant, la désastreuse situation socioécologique actuelle nous contraint à des objectifs plus modestes, « non pas établir le paradis sur terre, mais y éviter l’enfer », encore selon une formule de Bernard Charbonneau.

Et nous comprenons également qu’il est absurde et inutile d’attendre des dirigeants de la civilisation industrielle qu’ils organisent eux-mêmes le démantèlement complet de la société qu’ils imposent avec tant de violence et d’acharnement, et dont ils sont les principaux bénéficiaires.