mardi 23 juillet 2019

Andrea Camilleri n’est plus…





 

À l’annonce de la mort d’Andrea Camilleri, une grande tristesse m’a envahie. Il y a des morts qui marquent plus que toute autre la fin d’une époque ; des morts qui ont le triste privilège d’indiquer les détours d’une histoire en marche, qui sonnent comme un « avertissement ». Celle-ci m’a ramenée aux textes que le socialiste révolutionnaire Carlo Rosselli avait écrits après le décès en exil du socialiste italien Claudio Treves, ou à celui que Léon Trotski avait rédigé en 1915 après la disparition du socialiste français Edouard Vaillant. Pour paraphraser le fondateur de l’Armée Rouge, tant que Camilleri était là, « une liaison vivante subsistait » avec le passé « héroïque » de la gauche italienne, celle qui avait été au cœur de la culture politique et intellectuelle de l’Italie d’après-guerre, du cinéma à la littérature en passant par la philosophie[1]. Mais Andrea Camilleri n’est plus, alors que l’Italie républicaine vit l’une des périodes les plus sombres de son histoire.

Le romancier, le militant, le citoyen n’avait cessé de dénoncer ces nouveaux monstres qui ont saisi les rênes du gouvernement en mars 2018 : ceux du Mouvement 5 étoiles, d’abord, avec lequel certaines figures intellectuelles de gauche avaient sympathisé (pensons à Erri de Luca ou au Prix Nobel de littérature Dario Fo), puis ceux de la Lega de Matteo Salvini, qu’il dénoncera sans relâche, voyant dans sa popularité grandissante auprès d’une partie significative de la population italienne, l’incarnation d’un « refoulé de la République », d’une culture antidémocratique réactionnaire qui a survécu au fascisme et qui semble aujourd’hui avoir recouvré droit de cité dans la péninsule[2]. Il le définira comme le pire côté des Italiens, « celui que nous avons toujours caché ». Désabusé, le vieil homme confiera en 2018 : « À 93 ans, à un pas de la mort, je me trouve dans la situation de devoir laisser en héritage à mes petits-enfants un pays que je ne m’attendais pas à quitter ainsi. Et pour cette raison, il me semble que j’ai échoué en tant que citoyen »[3]. Un échec qui a dû peser lourd sur les épaules de cet homme qui avait connu le fascisme, devenu bien malgré lui, au crépuscule de sa vie, le témoin importun et inopportun d’une Italie à la dérive qui s’enfonce imperceptiblement, sur fond de crise économique, dans une crise sociale, politique et morale.

Andrea Camilleri avait dit ne plus vouloir se déplacer pour voter, tant il paraissait vain à ce romancier devenu aveugle de contribuer par un bulletin dans l’urne à la reconstitution d’une gauche de gauche capable d’agir dans le cadre du désastre italien. Et pourtant, il n’avait eu de cesse d’interpeller les intellectuels devenus, selon lui, indifférents au monde dans lequel ils vivent[4]. En 2014, il avait encore soutenu la présentation de la liste « L’ Altra Europa con Tsipras », qui créa la surprise avec 4% des voix, un résultat d’autant plus étonnant que cette formation n’avait bénéficié que d’une couverture médiatique limitée. Ce regroupement rassemblait des activistes des mouvements sociaux, notamment du No Tav (mobilisation dans le val de Suse contre le train à grande vitesse Turin-Lyon), et des intellectuels et journalistes (Barbara Spinelli, Marco Revelli). Un mélange des genres qui cherchait à situer son combat sur le terrain européen et qui avait soulevé l’espoir de fonder une expression transnationale de la gauche antilibérale. En 2016, il sera en première ligne pour lutter contre la révision de la Constitution promue par Matteo Renzi soulignant qu’elle était « l’esprit de la Résistance traduit en droit »[5]. En 2018, il poursuivra sa bataille sans relâche pour stigmatiser la Lega de Salvini et le Mouvement 5 étoiles.

On a du pétrole mais on n’a plus d’idées

Loïk Le Floch-Prigent




 

Lors des chocs pétroliers successifs à partir de 1973, le Gouvernement Français avait inventé en 1976 le slogan « on n’a pas de pétrole, mais on a des idées » pour redonner espoir à la population du pays pour laquelle au rationnement succédait un renchérissement des produits pétroliers.

Nous n’en sommes plus là ! On savait déjà, à l’époque, que notre sous-sol disposait de réserves non conventionnelles, devenues plus tard dans le langage courant « pétrole et gaz de schistes », mais le prix d’extraction était tel que personne n’envisageait une production nationale. C’est l’époque où les recherches ont porté sur l’énergie solaire, la géothermie…et la filière hydrogène puisque l’on envisageait de multiplier les centrales nucléaires pour réaliser l’électrolyse de l’eau et thésauriser un précieux hydrogène moins cher que celui issu des raffineries de pétrole ou des reformeurs de gaz naturel ! Toutes les économies d’énergie étaient étudiées avec soin, donnant lieu à ces fameuses « idées » dont nous estimions être les détenteurs.

L’histoire est cruelle, notre pays a banni l’exploration et la production de pétrole et de gaz sur son sol, veut fermer des centrales nucléaires, et souhaite généraliser les produits venant d’Asie autour de l’énergie solaire, l’énergie éolienne et les batteries électriques. Il est clair que cette politique est une quadruple peine, on continue à importer des hydrocarbures (pétrole et gaz) l’équivalent du déficit de notre balance commerciale, on importe aussi éoliennes et panneaux solaires, notre prix d’électricité augmente, notre compétitivité industrielle qui n’avait pas besoin de cela décline encore et on met au rencart des installations amorties et rentables, autrement dit en termes économiques on mène une politique de gribouille.

Mais ces idéologues qui mènent le combat contre les énergies d’origine fossile et contre l’énergie nucléaire pleurent aussi sur notre endettement excessif et la montée du chômage, ils vont même jusqu’à entonner le clairon de la désindustrialisation !

Je pense qu’il est temps de les mettre devant leurs responsabilités.

Lorsque l’on prend une décision, il faut en accepter les conséquences et surtout les anticiper.

Après un programme de nucléaire civil conduisant à l’électrification du pays à partir de 58 réacteurs fournissant plus de 75% du pays, les anti-nucléaires ont marqué les esprits des décideurs politiques qui ont arrêté net les programmes préparant les matériels nouveaux (mise en sommeil de Super Phénix de Creys-Malville en 1997). Les compétences industrielles n’ont pas été maintenues, le nouveau programme lancé (EPR de Flamanville 3) a connu des ratés augmentés par les conséquences normatives de l’accident de Fukushima. C’est ainsi, entre autres, que le nouveau réacteur normand connait des retards terribles et des surcouts désastreux. Si l’on y rajoute la tragi-comédie de la fermeture de la centrale de Fessenheim décidée sur un coin de table politique pour gagner des voix lors de l’élection présidentielle de 2012, on commence à mesurer l’imprévoyance de nos décideurs. En ce qui concerne notre production électrique, nous sommes donc partis collectivement sur un affaiblissement de notre potentiel de production pilotable au profit d’un investissement considérable dans l’intermittent (solaire ou éolien) incapable de satisfaire notre consommation sans compter sur l’importation en cas de difficultés.

Mais cette lutte mortifère s’est aussi accompagnée d’un combat tout aussi acharné contre le charbon, le pétrole et le gaz, pour le coup en référence au changement climatique et à l’émission de CO2, gaz carbonique, à origine de combustion d’hydrocarbures. Alors qu’une crise due au surinvestissement écrasait à partir de 2005 le secteur pétrolier et gazier, les coups de butoir contre les fossiles dans notre pays fragilisaient le secteur dit « para pétrolier », c’est-à-dire les sous-traitants des producteurs. Les sociétés concernées ont fait la une Vallourec (les tuyaux) avec sa filiale Ascoval, la Compagnie Générale de Géophysique (ou CGG), Technip (ingénierie), tandis que l’offensive sur le carburant diesel amputait progressivement l’industrie automobile nationale et celle de ses composants. 


« Gouverner c’est prévoir » dit l’adage, hé bien chez nous, pas du tout, on décide des mesures et après on se lamente. Mais ici ce n’est ni la mondialisation ni la faiblesse technique qui ont mis en péril les industries nationales, ce sont les décisions du pouvoir politique avide du soutien de l’écologie politique pour convaincre les électeurs. Notre compétence s’effrite donc et nos industriels essaient désespérément de trouver des remèdes pour conserver aptitudes et emplois chez nous. Nous ne voulons plus de pétrole et de gaz chez nous, nous en importons, nous méprisons les sociétés qui en sont les promoteurs et nous les montrons du doigt lorsqu’elles veulent survivre…grâce à la politique de tous les pays sauf le nôtre.

La société Technip a failli mourir de l’absence de marché intérieur qui ne représente plus que 1% de son chiffre d’affaires. Elle a tenté une manœuvre de rapprochement avec la CGG interdite par le pouvoir politique. Elle n’a du son salut qu’à un rapprochement avec son partenaire américain FMC. J’ai soutenu en son temps cette solution présentée, à tort, comme une américanisation de ce fleuron français. Mais il fallait réfléchir, comment survivre à partir d’un pays qui veut éradiquer le pétrole et le gaz de la planète alors que ses compétences sont sur ce secteur d’activités ? Comment demeurer un commerçant mondial d’alcool à partir d’un Etat qui promeut la prohibition (l’Arabie Saoudite par exemple). Technip a fait le bon choix en s’expatriant, non aux USA mais en Grande Bretagne et en maintenant les activités essentielles, le personnel, en France. Ce qui est arrivé dans cet univers national anti pétrole et gaz est un miracle ! Certes le PDG et la Directrice financière sont américains, mais cette fusion a conduit à la première compagnie mondiale de projets intégrés Subsea (mer profonde) , à un renouveau de commandes nouvelles, à une confiance des investisseurs (le titre a repris 20%) , à un maintien du maximum du personnel français tandis que des coupes avaient lieu aux USA et en Norvège, à la construction du pole technique Technip-FMC à Nanterre qui regroupera 3500 personnes , au maintien des 8 sites français …Technip-FMC est devenu la référence mondiale dans le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) avec la réussite extraordinaire de Yamal en Russie (Total-Novatek) et celle de Prélude en Australie (Shell). Technip-FMC est présent sur tous les continents, subsea, onshore, offshore, surface et les techniciens viennent de Six nationalités avec 30% de femmes, l’implantation française a donc été maintenue dans notre pays, celui qui prône la prohibition et qui interdit à notre producteur national d’être sponsor des Jeux Olympiques !

Il faut nous réveiller, notre économie mondiale va évoluer lentement vers un autre mix énergétique, comme cela a toujours été le cas, en attendant il faut améliorer les rendements, utiliser et traiter les émissions de CO2 et les autres gaz plutôt que de les envoyer dans notre air, il faut faire des économies, encourager le développement durable , expliquer et comprendre, mais on ne jette pas l’anathème sur ce qui fournit 80 % de l’énergie mondiale à partir d’un petit pays qui aime mieux importer les hydrocarbures que produire ceux qui sont dans son sous-sol , nous avons du pétrole et du gaz, mais nous n’avons plus d’idées , nous avons adopté une idéologie mortifère. 


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lundi 22 juillet 2019

Assemblée nationale, impact des énergies renouvelables : audition de M Potiron, Nozay, Loire-Atlantique et de l' ANSES

Assemblee-nationale.fr
17/07/2019

-326 animaux morts prématurément en 7 ans

-" Vous dîtes [représentante de l' ANSES] nous avons trouvé très peu d'études sur l' homme. Si je comprend bien, on a multiplié les éoliennes. On a davantage d'études sur tous les mammifères. Le seul mammifère qu'on aurait oublié d'étudier, se serait l'humain?[...] On aurait pu penser qu'on fasse des études expérimentales avec de mettre des éoliennes à 500m? On d'abord mis les éoliennes et après on regarde."
Julien Aubert, président de la commission  

"Les failles d'eau passent sous notre maison d'habitation. Donc bâtiments d'exploitation et maison d'habitation. Et l'eau véhicule les nuisances qui viennent par le sol. Les fuites électriques, les câbles 20 000 Volts qui sont enterrés qui relient les machines les unes aux autres qui posent problème. C'est une pollution électrique."
M Potiron


Tout le scandale de l'éolien qui fait souffrir les êtres et qui tue, directement ou indirectement, résumé dans ces interventions. 

Mais qui s'en soucie vraiment? Tout le monde ou presque s'en fout : le gouvernement, les pouvoirs publics, les élus, les syndicats, les ONG, les médias, la population.

Les indigènes ruraux sont sacrifiés sur l'autel du quatuor mortifère : l' Etat, l'Utopie écologique, le Business et ... la passivité insondable des citoyens!




photo : @AP 

Voir et écouter
M. Didier Potiron, exploitant agricole

Lire également
Depuis l’ouverture du parc éolien de Nozay, les vaches meurent et les humains sont malades


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Australie, électricité : la fin programmée des subventions pour le solaire et le vent




L'énergie éolienne et solaire font toujours l'objet de subventions massives (et apparemment sans fin). Sauf qu'il y a toujours une fin.


 

Le programme australien de développement des énergies renouvelables à grande échelle expire en décembre 2030. L'objectif d'une production annuelle de 33 000 GWh devait être atteint d'ici 2020. Toutefois, les capacités éoliennes et solaires réellement livrées au réseau l'année prochaine sont loin d'atteindre cet objectif, ce qui a entraîné une énorme amende de 65 $ pour chaque MWh non atteint ; les subventions et amendes s'ajoutent aux factures (déjà très élevées) des détaillants en électricité, qui doivent payer le " déficit " de production de chaque MWh en électricité.

L'incapacité de fournir de l'électricité au moment et à l'heure où les consommateurs en ont besoin signifie que le vent et le soleil intermittents et chaotiques n'ont aucune valeur commerciale, sauf pour les subventions qu'ils attirent. Dans le cadre du programme Renewable Energy Target - Objectif d'énergie renouvelable (LRET) , le certificat d'énergie renouvelable, alias certificat de production constitue la subvention. Pour un aperçu du fonctionnement de cette arnaque, consultez notre article : un billet pour Oblivion : Australie : 60 milliards de dollars de subventions pour les éoliennes et l'énergie solaire jusqu'en 2031

[Large-scale Renewable Energy Target (LRET) : incitation financière à la création de centrales éoliennes, solaires ou hydroélectriques de grande taille par un système de certificats (Large-scale Generation Certificates - LGCs) émis pour chaque MWh d'électricité renouvelable produit par ces centrales, certificats que les producteurs vendent aux fournisseurs d'électricité qui les remettent en fin d'année au Clean Energy Regulator pour attester de leur conformité aux objectifs annuels du programme RET.]

Source : Énergie en Australie

À l'origine, le LRET était destiné à aider l'"exaltante" filière éolienne à grandir ; puis parvenue à "maturité", elle n'aurait plus besoin de subventions, d'où la date butoire de décembre 2030. Sauf que les affairistes d'énergie renouvelable que l' Etat a rendu accro à la subvention, redoutent le sevrage et ses conséquences financières et industrielles.

Judith Sloan, rédactrice en chef du magazine australien Economics, reprend le fil de discussion ci-dessous.


La route, autrefois bien aisée vers les richesses du vent et du soleil, n'a pas été reconduite

Crédits carbone : le système type "compensation", efficace ou non?



Commentaire : quand la "magie" verte des pseudos écolos sauveurs du monde et au-delà, montre ses limites.

 “finance gap”*
Définition : un gap est l'écart qui sépare le cours de clôture d'une séance de bourse ou de cotation des différents actifs (monétaires, financiers, matières,…) et le cours d'ouverture de la séance suivante. Le gap est utilisé dans l'analyse technique par les investisseurs qui considèrent que le cours de clôture précédant le gap fait office de support en cas de baisse de la valeur de l'actif ou inversement de résistance en cas de rebond des cours.
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Ne dites plus compensation : de la compensation à la contribution

César Dugast Renaud Bettin et du cabinet de conseil Carbone 4
12/07/2019




À l’origine, les “crédits carbone” ont été créés pour permettre aux 37 pays et entreprises engagés dans la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre dans le cadre du Protocole de Kyoto de se mettre en conformité avec les plafonds d’émissions qui leur étaient imposés.

En cas de dépassement du “cap” d’émissions, les obligés pouvaient alors contrebalancer leurs émissions excédentaires en finançant un projet bas carbone ayant lieu dans un pays non contraint par le Protocole, et revendiquer la possession de la réduction.
Puis vint le temps du marché volontaire de la compensation carbone. Tous les acteurs, et notamment les entreprises, ont eu massivement recours à cet instrument pour “compenser” leurs propres émissions.
Nul besoin réglementaire ici ; il s’agissait d’acheter autant de crédits carbone que ce que l’entreprise émettait sur un périmètre donné, pour avoir le droit de revendiquer une “neutralité carbone” de bon aloi. L’intégralité des émissions d’une entreprise pouvait alors disparaître derrière un zéro magique, tant qu’elle formulait le vœu pieux de “réduire les émissions au maximum avant de compenser”. 

 
Le terme “compenser” renvoie à un imaginaire trompeur
Mais ce mécanisme pourtant vertueux (en tant que levier de financements additionnels pour la finance climat) souffre depuis plusieurs années d’une réputation dégradée, liée à son utilisation abusive et à un certain nombre d’écueils structurels.


1. Une non-réduction chez soi est équivalente à une réduction chez quelqu’un d’autre : FAUX
Certes, le dérèglement climatique étant un problème planétaire, une tonne de CO2 émise chez soi ou ailleurs aura le même effet sur le climat. Mais pour viser la neutralité carbone mondiale en 2050, nul ne peut se soustraire à ses propres efforts de réduction.
Chaque secteur, chaque entreprise doit se placer sur une trajectoire de décarbonation compatible avec un réchauffement limité à 1,5°C/2°C, et l’effort ne peut pas être “externalisé”. Acheter un crédit carbone, c’est-à-dire cofinancer le projet de réduction de quelqu’un d’autre, est une pratique à encourager, mais qui ne pourra jamais se substituer à ses propres efforts. 


2. Une émission chez soi peut être immédiatement contrebalancée par une réduction ou une séquestration carbone ailleurs : plutôt FAUX.
En termes de temporalité, réduire ailleurs plutôt que chez soi est en effet équivalent si le projet financé induit une réduction immédiate des émissions. Mais c’est faux, par exemple, lorsque le crédit carbone est issu d’un projet forestier : la séquestration du CO2 a lieu sur des décennies de croissance de l’arbre, et non pas à la date d’achat du crédit. À l’heure de l’urgence climatique, où les fenêtres temporelles d’action sont si minces, la nuance est de taille. Par ailleurs, il n’est jamais garanti que le carbone stocké restera en place (c’est-à-dire dans l’arbre) suffisamment longtemps, car les forêts ne sont jamais à l’abri des aléas climatiques (incendies, vents violents…) de maladies ou de la déforestation liée à une activité humaine. 


3. L’achat d’un crédit carbone permet de soustraire autant d’émissions de son propre bilan d’émissions de gaz à effet de serre : FAUX
C’est même interdit par tous les organismes de référence (UNFCCC, Science Based Targets Initiative, Bilan Carbone, ISO 14064, GHG Protocol…) faisant autorité sur le reporting climat des organisations. C’est d’ailleurs pour cela que Carbone 4 préconise l’adoption d’une nouvelle comptabilité carbone afin de rendre compte plus justement des impacts sur le climat (voir plus loin). 


4. La compensation carbone incite à se défausser de ses propres obligations : VRAI
C’est la rengaine habituelle : la compensation comme achat de conscience, version XXIème siècle des indulgences de l’Église catholique au Moyen Âge, etc. Et ce n’est pas étonnant : dès lors qu’un dispositif laisse miroiter l’idée qu’il est possible d’annuler ses mauvaises actions (les émissions) par l’achat de bonnes actions (crédits carbone bon marché), il est d’emblée très tentant de ne pas consentir à ses propres efforts de réduction sur sa chaîne de valeur.
Aujourd’hui, après plus de quinze années d’existence de cet instrument, une large majorité d’entreprise reste réticente à utiliser la mal-aimée compensation carbone. Et c’est bien dommage, quand on connaît la valeur et la robustesse des marchés volontaires du carbone, et leur capacité à lever des fonds pour le développement bas carbone, la transition écologique et l’amélioration des conditions de vie des populations.


Réinventer la sémantique pour réinventer notre rapport à la finance carbone
Pour gagner la bataille climatique, chacun doit faire les efforts nécessaires pour réduire ses émissions à des niveaux compatibles avec un réchauffement de +1,5°C/+2°C. Mais dans un esprit de solidarité, et parce que les flux financiers en faveur du climat doivent absolument se multiplier, le financement de la transition au-delà des son périmètre doit également être encouragé.
Or, tant que la compensation sous-entendra qu’il est possible de “posséder” des réductions d’émissions effectuées par d’autres pour cacher ses propres émissions, les critiques et la méfiance perdureront, à juste titre.

Sauver les humains et la planète ou comment vaincre le business des exploiteurs?

voisinedeoliennesindustrielles


Commentaire : " Quand tu sauras qu'ici l'autorité est entièrement du côté des hommes, tu ne douteras pas, mon cher Aza, qu'ils ne soient responsables de tous les désordres de la société. "
Françoise de Graffigny (1695-1758), Les Lettres d'une Péruvienne, 1747


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Voir et ne pas se décourager, commencer par un bout la déconstruction d'un monde invivable avec l'espoir de vaincre


J'ai demandé à ma cadette de m'apporter de Berne où elle habite, un pantalon de yoga pour sa soeur qui a son anniversaire. Réponse: "non, je ne mets plus les pieds dans des magasins qui détruisent les humains et la planète."

Bon, on ne peut pas élever ses enfants dans la conscience sans risquer de se prendre ce genre de claque dans la figure. Je pourrais lui répondre, comme le font la plupart à nos arguments contre les éoliennes, qu'elle peut aussi balancer son ordinateur, son téléphone portable et autres outils voraces en chair humaine et surfaces terrestres. Mais je ne vais pas sombrer dans cette facilité, je sais bien que tout est fait pour rendre indispensables ces gâcheurs de vie et que si certains se mobilisent pour des vêtements équitables, d'autres pour des productions d'énergie adaptées à nos stricts besoins et dans le respect des hommes et de l'environnement, ils aident à empêcher le pire en attendant le meilleur. Je ne vais pas culpabiliser ma fille de ne pas être conséquente jusqu'au bout, mais l'encourager à rester vigilante et active.

Tu as raison ma fille, refuse de participer à ta manière, un autre monde est possible. J'ai toujours apprécié cet espoir. Il y a des combats ouverts partout, parce que de plus en plus de gens ne veulent plus fermer les yeux et ne veulent plus accepter leurs règles du jeu : les promoteurs, les entreprises minières, les banques, les commerçants, les gouvernements, les autorités auto-proclamées, basta!

L'or :


Les enfants trinquent


Le cobalt et les promesse d'un monde meilleur avec les voitures électrique :

 




Les enfants trinquent


Des mines à ciel ouvert qui mettent en danger des régions entières, comme ici à Aznalcollar, en Espagne où l'argument de l'emploi est utilisé pour faire taire les inquiets :



Tout le monde trinque 

 


Les vêtements :


Tout le monde en profite...


Merci à ceux qui se battent contre toutes ces formes de pouvoirs assassins, comme les Anarchistes d' Exarcheia en Grèce, à Athènes. Entre résistance et aides aux rejetés de la mondialisation, jour après jour ils se battent, ils donnent leur vie pour les autres. Merci encore et encore à tous ceux qui disent non et qui agissent.



Et courage!


dimanche 21 juillet 2019

La « réforme » des retraites, une réforme de trop ?

Jacques Sapir
20/07/2019


Commentaire : réfléchissons et essayons d'y voir plus clair. Un nouveau point de vue.

Une tendance se dessine chez les politiques : comme on vit plus vieux, on travaillera plus longtemps. Cette équation pourrait dans l'avenir, 50 ans, 100 ans, être synonyme de "travail jusqu'au trépas", sans retraite, pour de fort nombreux salariés non?
Aussi, pour ne pas gagner sa fin de vie à la perdre, ne vaut-il pas mieux être libre du temps qu'il nous reste à vivre?


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Il est donc établi que le gouvernement veut aller en profondeur sur la réforme des retraites, à défaut d’aller vite comme on pouvait le penser au début du mois de juillet. La volte-face du Premier-ministre, tout d’abord décidé à passer en force quitte à désavouer partiellement Jean-Paul Delevoye, le « monsieur Retraites » nommé l’an dernier, et qui aujourd’hui annonce une nouvelle année de « concertation » est instructive. Elle montre que le pouvoir à peur, et qu’il veut par dessus tout ne pas perturber les élections municipales de mars 2020.

Mais, ce pouvoir, d’Emmanuel Macron au Premier-ministre est bien décidé à faire cette réforme des retraites qui n’est autre – sur le fond – que celle que nous préparait François Fillon lors de la campagne présidentielle de 2017.

Les recommandations de Jean-Paul Delevoye
Jean-Paul Delevoye a donc dévoilé jeudi 18 juillet ses recommandations. Comme prévu et annoncé, il préconise la fin des 42 régimes de retraite existants, au profit d’un système de retraite “universel”, où chaque euro cotisé donne les mêmes droits à tous les Français : fonctionnaires, salariés, professions libérales, agriculteurs, indépendants. Cela ne tient pas compte des différences de situations. Ainsi, un travailleur du bâtiment, un des métiers les plus pénibles et les plus exposés aux accidents du travail, sera soumis aux mêmes règles qu’une personne assise dans son bureau. Un conducteur de la SNCF, soumis à un stress important, maintes fois documenté dans des études de la médecine du travail, sera mis au même niveau qu’un cadre ou qu’un quelconques bureaucrate.

Cette réforme prévoit de préserver en l’état l’âge légal de départ à la retraite. Il reste fixé à 62 ans. Mais, cela n’est qu’une apparence. En effet, un système de décote/surcote est proposé à partir de 64 ans sans tenir compte de l’ancienneté dans le travail. Car, si dans certaines professions on commence tardivement – il en est ainsi pour les professions exigeant des niveaux d’éducation importants – dans d’autres on commence à travailler jeune. L’objectif affiché est ouvertement d’inciter au “prolongement de l’activité” et ainsi garantir l’équilibre financier, précaire, du système de retraite. Mais, la moitié des actifs dans la tranche d’âge de 55 à 65 ans sont sans travail. Bien souvent, la décision de continuer ou pas de travailler au-delà de 55 ans ne dépend pas du travailleur mais de son patron.

Jean-Paul Delevoye soutient aussi la création d’un dispositif permettant de garantir un niveau de vie au « conjoint survivant » qui serait égal à “70% de la retraite du couple”. Or, aujourd’hui, dans un certains nombres de cas les pensions de reversion sont plus importantes. Cela se traduirait donc par une aggravation de la situation des femmes retraitées, car ces dernières n’ont le plus souvent pas une « carrière » complète.

En quelques mots donc on abandonnerait le système actuel qui compte le nombre de trimestres d’activités pour passer à un système dit « à points » à l’image de ce qui existe déjà pour le régime de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO. Ce nombre de points dépendrait des revenus touchés par l’assuré, mais certains événements (une naissance par exemple) devrait aussi permettre d’en acquérir. L’assuré serait donc libre de partir quand il le souhaiterait dès lors qu’il aurait atteint l’âge de départ en retraite et qu’il estimerait avoir cotisé suffisamment de points. C’est ce qui devrait permettre au gouvernement d’introduire sa réforme de « Malus/Bonus » autour de l’âge de 64 ans, dit encore âge pivot. On voit bien ce que vise alors le gouvernement. Sans toucher à l’âge légal il introduit alors un âge dit pivot qui devrait être la base réelle de calcul. Toute retraite prise entre l’âge légal et l’âge pivot étant ainsi, du fait de ce système de points, dévalorisées. Sa pension en euros serait calculée en multipliant son nombre de points acquis par leur valeur de liquidation au jour du départ en retraite. Une valeur qui pourrait alors varier au fil des années, ce qui permettrait de moduler le montant des pensions. La règle des 25 meilleures années (pour les salariés du privé) sera supprimée.

Les questions qui fâchent…
Alors, il faut parler un peu de démographie. Bien entendu, nous allons affronter le départ non pas des enfants issus du baby-boom, mais de leurs enfants. Donc, oui, le nombre de retraités sera important dans les années à venir. Mais, on ne peut pas parler d’explosion ici. Regardons le graphique réalisé par la CNAV, la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse. Les départs à la retraite ont baissé de 2007 à 2012, essentiellement parce que le gouvernement a mis fin au système des pré-retraites. Le nombre remonte aujourd’hui, mais reste inférieur à ce que l’on connaissait en 2007.

Graphique 1


 

Cela aura mathématiquement un impact sur les comptes de la CNAV, mais cet impact est derrière nous. Ici encore il faut regarder les données fournies par la CNAV. Depuis 2016, le régime des retraites est revenu à l’équilibre. Bien sûr, il y a eu des réformes douloureuses, celle réalisée par François Fillon notamment, qui a entraîné une paupérisation de certains retraités. Mais le résultat est là. Nous sommes revenus à l’équilibre. On comprend mal, alors, la volonté du gouvernement de passer au système des points, si ce n’est dans une volonté de faire globalement baisser le montant des prestations retraites. La réforme proposée est donc bien une attaque en règle contre le pouvoir d’achat des retraités.

Graphique 2