ÉLECTRICITÉ : NOS COUSINS BELGES FACE À LA SATURATION DE LEURS RÉSEAUX

 Mais comment nos amis belges en sont arrivés là ? 
  Jusqu' aux années 2000, la Belgique est autosuffisante en électricité, voire même parfois exportatrice. À partir de cette date et jusqu'en 2015, la Belgique commence à importer plus régulièrement — parc nucléaire vieillissant, fermeture de centrales à charbon, croissance de la consommation... Depuis 2015, les importations sont structurelles, phénomène accentué avec la sortie, même partielle, du nucléaire1. 
 On se retrouve avec une situation de ciseau très dangereuse :
  • Moins de production interne stable 
  • Plus de demande — voitures, pompes à chaleur, data centers2...
  Conséquence : la saturation n'est plus théorique et, elle est devenue un obstacle majeur au développement. Ainsi, des projets de construction sont arrêtés, des raccordements industriels sont refusés.
 
1. Excepté les centrales de Doel 4 et Tihange 3 prolongées pour 10 ans.
2. En 2026, la Wallonie change ses heures creuses : il devient moins cher de consommer en plein milieu de la journée — 11h-17h, pour éponger le surplus de production solaire qui sature le réseau local.
 
Mauvaise histoire belge sans aucun doute ! Bon courage aux citoyens du pays aux trois langues officielles !...
 
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Belgique : les villes principales. 
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Réseau électrique saturé : notre enquête sur ce frein au développement économique

  La Belgique a-t-elle les yeux plus gros que le ventre quand il s’agit de transition énergétique ? Les bornes de recharge pour voitures électriques sortent de terre en un temps record, les parcs de batteries et les data centers fleurissent. En une année seulement, la demande en électricité a explosé et, par endroits, le réseau belge arrive à saturation. Conséquence : des centaines de projets d’extension ou projets de nouvelles entreprises sont remis en cause par manque de puissance électrique disponible.  Parfois, aucune promesse de raccordement au réseau ne peut être faite avant cinq à dix ans. Les gestionnaires de transport d’électricité, les gestionnaires de distribution, le monde politique sont à table pour trouver des solutions rapides. Pendant ce temps, le développement économique est ralenti. Les entreprises regrettent une absence de vision à long terme.
  Notre enquête débute sur le chantier du futur centre aquatique de Lessines. Il sera inauguré au premier trimestre 2027. Les services seront nombreux : espace bien-être, fitness et piscine. Tout a été pensé pour répondre aux objectifs climatiques européens. Les installations énergétiques ont été dimensionnées pour être partagées avec le hall sportif voisin.
  Problème : la puissance électrique demandée au gestionnaire de distribution ORES a été en partie refusée alors la construction avait déjà été lancée. En l’absence de solution d’ici là, Lessines devra faire des compromis.

On est les premiers à qui cela est arrivé en Wallonie, on est les premiers sur la liste d’attente pour une solution

  Avec un peu moins de la moitié de la puissance électrique demandée, le centre sportif et le centre aquatique ne pourront pas fonctionner à plein régime simultanément. La commune devra donc adapter en permanence sa consommation. La production des panneaux photovoltaïques devra, par exemple, être tenue à l’œil.
 
 
  Autre conséquence : les bornes de recharge électrique pour voitures ne seront pas accessibles, en un premier temps. 
« On ne sait pas mettre les bornes de recharge à disposition. Ce n’est pas possible. Or, ça, c’est une obligation, une réglementation 175 regrette l’architecte du projet Stéphane Meyrant.
  En effet, depuis le 1er janvier 2025 en Wallonie, les bâtiments ouverts au public doivent disposer d’emplacements pour voitures électriques. Si le parking compte plus de vingt emplacements, une place sur cinq doit être dédiée pour ce type de véhicules. 
  Par manque d’électricité disponible en Wallonie, Lessines ne peut donc respecter une autre obligation wallonne.
 
 
Lessines, en route vers une solution ?
 
 
 
  C’est au mois de juin 2025 que le gestionnaire de distribution d’électricité ORES a annoncé à la commune et à l’architecte du centre aquatique que la puissance électrique demandée pour le projet ne pourra pas être accordée. L’explication nous est donnée par ORES et tient en une phrase : la puissance électrique n’est pas disponible sur le réseau ELIA, le raccordement ne peut donc être effectué par ORES.
« On s’est rendu compte que la problématique n’était pas locale mais régionale »  
  Après juin 2025, en se renseignant, Aurélia Criquelion, l’échevine MR en charge des infrastructures sportives pour la commune de Lessines, s’est rendu compte que le problème dépassait les frontières communales. Les exemples se sont multipliés aux quatre coins de pays. 
  La commune hennuyère espère désormais qu’une solution soit trouvée avant l’inauguration de son centre aquatique.
« Sur cinq projets, trois sont bloqués à cause de l’électricité »
  Nicolas Gots est entrepreneur dans l’immobilier d’entreprise. Fin février 2026, il a obtenu un permis d’urbanisme pour construire son projet de centre de loisirs dans le parc d’activité économique Écolys à Namur. Malgré l’obtention du permis, le chantier ne débutera pas tout de suite. Pour l’instant, le raccordement électrique ne peut lui être garanti avant cinq à dix ans.
  Nicolas Gots s’étonne d’un paradoxe : la volonté des pouvoirs publics d’inciter à se tourner vers l’électrique alors que la Belgique n’en a, manifestement, pas les moyens pour l’instant. Trois des cinq projets qu’il mène sont au frigo faute de capacité électrique disponible. 
  Renaud Degueldre, le directeur général du BEP, le Bureau Économique de la Province de Namur tire le même constat. Faute d’électricité disponible, la vente de parcelles aux entreprises a été suspendue à Namur.
« On va devoir refuser d’accueillir d’autres entreprises. Cela veut donc dire qu’on va brider le développement, alors que la Wallonie et le territoire namurois ont besoin d’entrepreneurs pour le futur. Pour réindustrialiser et pour faire en sorte que les parcs d’activité se développent, il faut de l’électricité » déplore-t-il.
Des investissements massifs ces prochaines années
  Le distributeur d’électricité ORES enregistre un doublement des demandes de raccordements au réseau en un an. Chez Elia, en charge du transport de l’électricité, les demandes ont quadruplé.
 « Cela entraîne forcément des embouteillages, des files d’attente et, à certains endroits, de la saturation du réseau électrique » explique Jean Fassiaux, porte-parole d’ Elia. Le gestionnaire du réseau de transport admet que renforcer le réseau prendra du temps. 
  « Il faut parfois cinq à six ans pour remplacer un transformateur » souligne Jean Fassiaux. 
  Pour répondre au besoin électrique, 
  • Elia compte quadrupler ses investissements en Wallonie pour un total de 2,6 milliards d’euros pour la période 2026-2030
  • ORES, le distributeur d’électricité et de gaz de 75% des communes wallonnes va également renforcer son réseau pour 2,1 milliards d’euros entre 2025 et 2029
  • RESA, le distributeur liégeois compte investir 700 millions d’euros sur la même période.
 
 

Un manque d’anticipation ?

  Comment n’a-t-on pas vu le problème arriver ? Les gestionnaires de réseaux de distribution et de transport avaient sonné l’alerte, estime Damien Ernst, spécialiste des réseaux électriques : 
« Ils ont alarmé pendant une dizaine d’années qu’on allait droit dans le mur. Force est de constater qu’on ne les a pas assez écoutés et que, maintenant, on est dans le mur ».
  On ne peut pas attendre cinq à dix ans avant de pouvoir connecter des entreprises
  
« On n’a certainement pas assez prévu d’investissements dans les réseaux et on a aussi été surpris par la croissance de la demande électrique. On n’avait pas, par exemple, vu venir il y a cinq ans la demande de batteries. Les batteries sont devenues très bon marché et nécessitent beaucoup de puissance électrique » constate Damien Ernst.
  La Belgique n’est pas le seul pays à être mis en difficulté face à la transition énergétique. 
  « C’est une situation que l’on rencontre dans la plupart des pays européens, notamment aux Pays-Bas, en Angleterre. Là, le réseau est à un niveau de saturation encore plus grand que le réseau wallon » explique Annabel Vanbéver, porte-parole d’ ORES. 

Quelles sont les solutions à court terme ?

  Pour la Wallonie, l’une des solutions pourrait venir d’un décret qui a été adopté en 2025 et permettra, à l’avenir, de proposer des contrats flexibles.
« On va pouvoir proposer à un projet qui vient avec une demande de raccordement, un raccordement flexible. Il pourra être raccordé au réseau, mais il devra accepter de ne pas bénéficier du réseau électrique 5, 10 ou 15% du temps » explique Jean Fassiaux, porte-parole d’ Elia.
 Ce dossier des contrats flexibles est désormais dans les mains de la CWAPE, le régulateur wallon. Son avis est attendu avant une mise en vigueur par les gestionnaires de réseaux de distribution.

  Sur cette carte d’ Elia, il est possible de simuler une flexibilité de 5%. Cette flexibilité pourrait permettre de récupérer un peu de puissance électrique. Il s’agit d’un changement majeur puisque la puissance a toujours été, jusqu’à présent, attribuée à un client de façon permanente.
« Au cas par cas, en fonction de l’évolution des renforcements du réseau, en fonction de la flexibilité qui va être disponible pour les raccordements et en fonction des mesures plus larges qui seront prises aussi pour l’accès au réseau, on va pouvoir de plus en plus connecter des projets » explique le porte-parole d’ Elia.
  En plus de la flexibilité, d’autres réflexions sont en cours pour récupérer de la puissance électrique.  Certaines puissances accordées à des entreprises ne sont, en effet, jamais utilisées. 
  À l’avenir, quand on parlera de raccordement électrique, la règle du « premier arrivé, premier servi » pourrait également être revue. Certains projets, comme un hôpital, pourraient donc être choisis en tant qu’installation prioritaire au détriment d’autres projets. 
  Notre enquête constate donc que des solutions à court terme, comme la flexibilité, pourraient permettre de récupérer un peu de puissance électrique. Ceci soulagera des projets aujourd’hui gelés comme ceux du parc Ecolys ou encore le centre aquatique de Lessines. 
  Ce que cette situation met en lumière, c’est à quel point la demande est forte et donc à quel point l’électricité est rare. Il faudra des années et des milliards pour renforcer le réseau. Pendant ce temps, la demande électrique continuera à augmenter, notamment pour répondre aux enjeux climatiques.
 

CHAMPSEVRAINE : UN NOUVEAU PROJET D' USINE AGRIVOLTAÏQUE PRIVÉ À CORGIRNON


 
 
Vigilance : des projets EnR sur la commune
1. Éolien : un projet en sommeil, mais... pas abandonné !
  Il est important de rappeler que la majorité municipale actuelle soutient l'implantation d'une usine d'éoliennes sur le territoire de sa commune. Si ce dossier est pour l'instant mis en pause — grâce à la présence des cigognes noires, oiseaux protégés, il n'est en aucun cas abandonné. La plus grande prudence reste donc de mise quant à sa future réactivation. Lire ci-dessus.
 
2. Agrivoltaïque : un nouvel écornifleur dans le paysage
  Parallèlement, un nouveau projet d'usine agrivoltaïque1 vient d'être soumis au conseil municipal. Le porteur de projet, la société Mozaik Énergies, est un parfait inconnu dans notre secteur ainsi que dans toute la Haute-Marne. 
 
1. Il faut rappeler qu’en juin 2025, un autre écornifleur du soleil avait déjà présenté son projet d’usine agrivoltaïque de 20 hectares, projet qui avait été approuvé à l’unanimité par le conseil municipal. Nul doute que les petits nouveaux ont reçu un accueil chaleureux... Ainsi, la commune pourrait bien se retrouver à l'avenir avec 3 usines d' EnR ! Quelle perspective charmante !... 
 
 
 
Source : jhmQuotidien 2025 07 02
 
  Il n'est pas inutile ici de rappeler que le secteur des énergies renouvelables — éolien, solaire, utilise systématiquement la création de petite société dédiée par projet plutôt que d'agir via la maison mèreLe principe est clair : chaque usine devient une entreprise juridiquement indépendante. Cela revient pour l'écornifleur de créer un « pare-feu »  juridique. Si un projet échoue, fait faillite ou cause des dommages, seule la petite filiale est responsable. La société mère — celle qui a l'argent, est légalement... à l'abri des poursuites. Dans ces conditions, le risque majeur pour la commune est de se retrouver face à une « coquille vide » en cas de litige. Si la filiale n'a pas de fonds propres, les recours pour obtenir des réparations ou forcer un démantèlement deviennent extrêmement complexes.
  En une phrase : c'est une stratégie de cloisonnement des risques qui protège l'investisseur mais fragilise les garanties offertes au territoire local.
 
Mozaik Énergies
  • Création en 2021
  • Siège à Villeneuve d'Ascq dept. 59
  • SAS, société par actions simplifiée1
  • Capital social : 1 250,00 €, bloqué en banque
  • La holding PLITVI, créée par Anthony Dequéant — octobre 2022, est présidente de la société, depuis... novembre 2022.   
 
 
1. Une Société par Actions Simplifiée — SAS, est une forme juridique de société commerciale française caractérisée par une grande liberté d’organisation dans ses statuts
Pourquoi opter pour la SAS ? 
  La SAS est devenue le modèle de référence pour les entrepreneurs en quête de croissance et de liberté contractuelle. Voici ses atouts majeurs :
  •  Une liberté statutaire inégalée : contrairement à la SARL, la loi laisse aux associés une grande latitude pour organiser le fonctionnement de la société. C'est du « sur-mesure » juridique.
  • Protection du patrimoine : la responsabilité des associés est strictement limitée à leurs apports. En cas de coup dur, vos biens personnels restent à l'abri des créanciers de l'entreprise.
  • Aimant à investisseurs : grâce à sa structure évolutive et la possibilité de créer différentes catégories d'actions, la SAS est le véhicule privilégié pour les levées de fonds et l'entrée au capital de « Business Angels » — particulier, souvent un ancien entrepreneur ou un cadre dirigeant, qui décide d'investir une partie de son patrimoine personnel dans des jeunes entreprises innovantes à fort potentiel — les startups.
  • Sécurité sociale optimisée : le dirigeant physique — Président, bénéficie du statut d'assimilé-salarié. Cela signifie qu'il est rattaché au régime général de la Sécurité sociale, offrant une protection proche de celle des salariés — hors chômage.  
  • Le montage expert : la holding présidente : une particularité majeure de la SAS est d'autoriser une personne morale — une société holding, à exercer les fonctions de Président. C'est le cas ici. La holding est nommée Présidente sur le Kbis de la SAS. Elle désigne ensuite un représentant permanent — une personne physique, pour agir concrètement en son nom. Quels sont les avantages de ce montage ?
    - Optimisation fiscale : les remontées de fonds de la SAS vers la holding peuvent bénéficier du régime Mère-Fille — quasi-exonération d'impôts sur les dividendes.
    - Frais de gestion : la holding peut facturer des prestations de services — conseil, stratégie, à la SAS, permettant de faire circuler la trésorerie au sein du groupe de manière fluide.
    - Stratégie de groupe : ce montage facilite le réinvestissement des bénéfices de la SAS dans d'autres projets sans passer par la fiscalité personnelle du dirigeant.
  • Les deux dirigeants-cofondateurs : Anthony Dequéant → Président, via sa holding / Charlotte Moyeux→ Directrice générale
  • Nouvel associé : Galileo Green Énergie3 — Suisse
 
 
2. Cette personne est associée également à sa propre holding — Rosalie, qui a été créée pour regrouper et gérer les activités d’investissement de Charlotte Moyeux. 
3Galileo Green Energy GmbH est une plateforme européenne de développement et d’investissement dans les énergies renouvelables, basée à Zurich. L’entreprise agit surtout comme développeur, structurant financier et propriétaire de projets énergétiques — solaire, éolien, stockage. La plateforme est soutenue par quatre investisseurs institutionnels internationaux : Infratil Limited; Commonwealth Superannuation Corporation; New Zealand Superannuation Fund et Morrison & Co Growth Infrastructure Fund. Ces investisseurs ont engagé environ 220 millions € de capital initial pour développer le portefeuille. Pour faire simple :  Galileo est un véhicule d’infrastructure financé par des fonds de pension et d’infrastructure, avec une stratégie de long terme !
 
 
 
 
Conseil municipal 2020-2026 
  La future gouvernance municipale après dimanche 15 mars, laisse présager une stabilité de la ligne politique en faveur des énergies renouvelables. En effet, la liste unique en lice, déjà élue avant même le scrutin et ce, quelque soit le choix des citoyens, assure, de fait, la reconduction d'une large partie de l'équipe sortante. Sur les 15 sièges du futur conseil, 9 élus sont issus de la majorité actuelle, garantissant ainsi une continuité dans les dossiers en cours — éolien, agrivoltaïsme. Cette prédominance des sortants est d'autant plus marquée par la présence des figures clés de l'exécutif précédent : l'ancien Maire; le Maire délégué et les trois adjoints :
Bernard FRISON; Catherine CLERGET, Éric VIARDOT, Florence DRUAUX, Joël VENCK, Catherine FRANCO, Olivier GUILLY, Elisabeth BAILLY, Olivier MASSON.  
  • Bernard FRISON, maire, ancien agriculteur
  • Florence DRUAUX, maire délégué, personne diverse sans activité professionnelle de 60 ans et plus — sauf retraité
  • Éric VIARDOT, 1er adjoint, ancien cadre
  • Alain GAVOILLE, 2e adjoint, ancien agriculteur
  • Catherine CLERGET, 3e adjoint, technicienne
  • Brigitte BEAUFILS, ancien employé
  • Bruno FRIRY, ancien employé
  • Alexis ROYER, technicien
  • Gerald PHILOTAS, cadre de la fonction publique
  • Catherine FRANCO, employé civil et agent de service de la fonction publique
  • Olivier GUILLY, ingénieur et cadre technique d'entreprise 
  • Aline RAILLARD, profession intermédiaire administrative de la fonction publique
  • Olivier MASSON, technicien
  • Joël VENCK, ancien artisan, commerçant, chef d'entreprise 
  • Elisabeth BAILLY, artisan
 En gras, les réélus en 2020
 
- Inscrits : 631 / 625 en 2014
- Abstentions : 170 / 114
- Votants : 461 / 511
- Blancs et nuls : 21 / 23
- Exprimés : 440 / 488
 
Source.  
    
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PPE3 : LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE SOUS L' EMPRISE DES MYTHES...

Inspiré de la tribune de Jean-François Raux, sur X
 
  Il faut rappeler que la tribune de Cécile Maisonneuve sur la PPE3 reflète des analyses et des critiques largement partagées par de nombreux experts du secteur énergétique. Beaucoup s’indignent aujourd’hui des affirmations officielles du gouvernement, souvent changeantes et soutenues par des argumentaires jugés complaisants provenant d’organismes publics comme l’ ADEME ou RTE.
 
 « Junon chez le Sommeil ». Source
 
  La trajectoire suivie ces dernières années en est une illustration frappante : en 2017, il était question de fermer 14 réacteurs nucléaires ; aujourd’hui, il est question d’en construire 14 nouveaux de type EPR tout en ajoutant plusieurs dizaines de gigawatts d’énergies renouvelables. Pour juger cette évolution, il convient de revenir à quelques faits essentiels.
 
Depuis 2010 :
  • la consommation d’électricité en France a diminué d’environ 5 %;
  • le prix de l’électricité a, dans le même temps, augmenté d’environ 100 %, en ordre de grandeur;
  • les ENR, qui ont été développées à grands frais à coups de subventions, sont inutiles pour la France : aujourd'hui, l'équivalent de la totalité de leur production est exporté;
  • le facteur de charge du parc nucléaire exploité par EDF a baissé d’environ dix points1, ce qui place la France parmi les moins performantes des pays nucléaires, alors que le nucléaire français est plus cher que celui des autres pays nucléaires;
  • la France a développé une politique pro-gaz, divers critères dans la réglementation le favorisant au détriment de l'électricité depuis le début de ce siècle avec la bénédiction de l' ADEME.  
1. Facteur de charge : entre 2005 et 2008 → ~75–77 %; 2016 →  <70%; 2022 → 52 %; 2024 → ~67 %. À titre de comparaison, les États-Unis : ~92 % ! 
 
  En conclusion, la baisse de la consommation d’électricité, liée notamment à son prix élevé, combinée à la surcapacité du parc de production et à la sous-utilisation du parc nucléaire existant, signifie que la France dispose déjà d’une capacité équivalente à celle de 10 à 12 EPR. Ces capacités ne sont pas à construire : elles existent déjà mais sont sous-exploitées. Une meilleure utilisation du parc actuel, notamment en réduisant les exportations au profit de la consommation nationale, permettrait d’en tirer pleinement parti. Les Français n’ont pas vocation à financer la décarbonation de leurs voisins.
  C’est à partir de ce constat qu’il faut mesurer les erreurs majeures que comporte l’analyse présentée.
 
I – L’électrification de l’économie : une nécessité mal abordée
  L’électrification de l’économie française est effectivement indispensable. Sur ce point, le consensus existe. De même, il est largement admis que la décarbonation génère des gains de productivité.
  Marcel Boiteux2, avec qui j’ai eu l’honneur de travailler, résumait cette idée de manière limpide :
« plus d’usages de l’électricité, moins d’électricité par usage ».
Tout est dit.
 
2. Marcel Boiteux, 1922-2019, est un économiste et dirigeant français majeur du secteur de l’énergie. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques. Spécialiste de l’économie de l’électricité, il devient directeur général d’EDF — 1967-1979, puis président — 1979-1987. Il joue un rôle central dans la structuration économique du système électrique français et dans la mise en place de la tarification au coût marginal, qui fera école dans le monde entier. Proche du programme nucléaire français lancé après le premier choc pétrolier, il contribue à bâtir le modèle électrique français fondé sur une électricité abondante et compétitive.
 
  Cependant, depuis 2012 et les débats mal posés opposant nucléaire et renouvelables, la France a perdu quatorze années avant de réellement engager cette électrification pourtant présentée aujourd’hui comme une solution majeure. Quatorze années de retard — soit presque l’équivalent du retard accumulé par l’ EPR de Flamanville, symbole d’une politique énergétique hésitante.
  Le véritable débat porte donc sur la manière de conduire simultanément électrification et décarbonation. Deux conditions sont essentielles.
 
Première condition : l’électricité doit être relativement moins chère que le gaz ou le pétrole en France.
  C’est le prix relatif entre ces énergies qui détermine les choix des acteurs économiques. Or, pendant longtemps, ce n’était pas le cas. De plus, la fiscalité et la réglementation continuent globalement de favoriser le gaz par rapport à l’électricité. Malgré quelques ajustements marginaux, notamment sur le coefficient de conversion entre énergie finale et énergie primaire, le problème structurel persiste depuis le début des années 2000.
  Le gouvernement n’a pas non plus remplacé le mécanisme de l’ ARENH3 par un dispositif garantissant aux consommateurs l’accès à une électricité bon marché issue de notre parc de production. Au contraire, l’État s’est contenté d’incantations, laissant EDF poursuivre une stratégie consistant à maintenir un nucléaire rare et donc cher, stratégie appliquée sans réel contrôle depuis l’ouverture du capital.
 
3. Accès régulé à l’électricité nucléaire historique. 
 
  La solution d’une taxe carbone sur le gaz et le pétrole, pourtant très efficace comme l’illustre l’exemple suédois, a été écartée pour des raisons politiques, au profit de réglementations complexes et coûteuses.
 
Deuxième condition : la compétitivité de l’électricité doit être durable dans le temps.
  Pour qu’un investissement visant à remplacer le gaz ou le pétrole par l’électricité soit rentable, l’électricité doit rester compétitive pendant toute la durée d’amortissement. Si son prix augmente fortement durant cette période, la rentabilité disparaît.
  Or la PPE3, dans toutes ses composantes, semble orientée vers une hausse des coûts :
  • le nouveau nucléaire apparaît très coûteux — au moins 100 €/MWh, et incertain ;
  • la modulation accrue du parc nucléaire existant risque d’augmenter l’usure des installations, les coûts de maintenance et les incertitudes sur la durée de vie des centrales ;
  • les renouvelables envisagées, notamment l’éolien en mer, impliquent des coûts élevés ;
  • enfin, les investissements massifs dans les réseaux — RTE et Enedis, nécessaires pour gérer l’augmentation des renouvelables seront également considérables4.
4. En février 2026, le ministre de l'Économie en poste, a déclaré que le gouvernement prévoit environ 200 milliards d’euros d’investissements — sur 15 à 20 ans, dans les réseaux électriques dans le cadre de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie — PPE3. Il concerne l’ensemble du système réseau — transport + distribution, pas seulement le raccordement des renouvelables.
 
  Dans ce contexte, certains évoquent déjà une hausse minimale de 30 % du prix de l’électricité, sans réelle visibilité sur l’ampleur finale. Cette incertitude pèse directement sur la rentabilité des projets d’électrification et de réindustrialisation, et peut annuler une partie des gains de productivité attendus. 
 
II – Une stratégie de production incohérente
  La deuxième incohérence majeure de la PPE3 tient au fait que la France est déjà largement surcapacitaire en matière de production d’électricité.
  Dans toute industrie confrontée à une surcapacité, la réaction normale consiste à baisser les prix afin de stimuler la demande. Dans ce cas précis, cela permettrait de favoriser l’électrification, de réduire la consommation d’énergies fossiles et de soutenir la réindustrialisation du pays.
  Or la PPE3 choisit l’option inverse : relancer la construction de nouveaux moyens de production, sous la pression conjointe des lobbies des renouvelables et d’EDF.
  Ce n’est pas en produisant davantage d’électricité que la France accélérera son électrification. Présenter la multiplication des capacités de production comme un moyen d’y parvenir relève au mieux d’une erreur d’analyse, au pire d’un argument trompeur. Le risque est surtout de créer des investissements inutiles et donc des coûts échoués, qui seront finalement supportés par les consommateurs, les contribuables ou les deux.
  Cette précipitation politique apparaît d’autant plus inutile que la France dispose déjà d’une marge considérable côté production5. Les priorités devraient donc porter sur d’autres questions fondamentales :
  • quid de l’avenir de la modulation du parc nucléaire et les risques associés ;
  • quid de la pertinence du modèle EPR2, encore non finalisé, coûteux et long à construire ;
  • quid du développement éventuel de réacteurs surgénérateur — voir l' Allemagne, comme solution de transition vers la fusion;
  • quid des SMR ;
  • quid de l’évaluation réelle des besoins en renouvelables, incluant leurs coûts complets — back-up, pilotabilité, et leurs coûts réseaux qui sont extra-ordinaires ;
  • quid du stockage de type « batterie lourde »   ;
  • quid de l'augmentation de la production du parc nucléaire actuel, au delà de l'incantation et du silence sur les  mauvaises pratiques d'EDF 
5. « Cette situation a placé la France, qui était déjà plus gros exportateur mondial d’électricité quasiment chaque année depuis 1990, loin devant ses concurrents avec 89 TWh de solde export net en 2024 et 91,9 TWh en 2025, quand la Suède, en 2ème position, ne dépassait pas 33 TWh. Mais à un prix bien inférieur à celui de leur soutien. [...] ces 81 TWh d’ EnR ont ainsi coûté au consommateur/contribuable français doivent être mis en regard des 4,75 Md€ de recette de l'exportation de l'équivalent de ces 81 TWh d' EnR — 5,4Md€/91,9 x 81, et dont la différence s’apparente à un surcoût de 7,5 Md€ pour décarboner les mix de nos voisins avec nos EnR. » 
Source.  
 
  Un véritable débat fondé sur des études complètes et rigoureuses est donc nécessaire. Le calendrier le permettrait aisément, en reportant les décisions structurantes au-delà de 2027, ne serait-ce que par respect du débat démocratique.
  Pour l’instant, nous en sommes très loin : les déclarations officielles se contentent d’affirmations gratuites sans apporter de réponses concrètes aux questions de fond.
 
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ÉLECTRICITÉ : NOS COUSINS BELGES FACE À LA SATURATION DE LEURS RÉSEAUX

 Mais comment nos amis belges en sont arrivés là ?    Jusqu' aux années 2000 , la Belgique est autosuffisante en électricité, voire même...