SARREY : LE PROJET DE L' USINE ÉOLIENNE ENTRE DANS UNE PHASE CONCRÈTE

 
 Historique
  « En juillet 20I9, comme évoqué précédemment, lors de la séance du conseil municipal du 25 juillet, deux informations nous étaient parvenues : la démission du maire et... l'abandon du projet d'usine éolienne » Sauf, que dès 2020, le conseil municipal nouvellement élu — 8 nouveaux élus sur 11, a relancé un projet éolien. Pour plus de détails, lire ci-dessus. 
 
 Peut être une image de texte qui dit ’Natural Forces France MERCREDL 28.01 RENCONTRE D'INFORMATION SUR LE PROJET ÉOLIEN VENEZ ÉCHANGER AVEC NOUS ! Al'occasion des premières étapes du projet éolien de Sarrey, dont l'installation du mat de mesure, l'équipe Natural Forces sera présente pour vous présenter projet, répondre vos questions échanger avec vous tout long de ela journée. Un moment convivial ouvert à toutes et tous, petits grands, avec café, vin chaud et douceurs. Épicerie du Village rue du Point, 52140 Sarrey Mercredi janvier 2026 De h 19h* Tlentase@i-ielareame.iuriguerert’
 
Source : mairie de Sarrey sur Facebook
 
Le projet aujourd'hui
  On apprend dans l'excellent jhmQuotidien — 2026 02 07, que :
  • Un mât de mesures a été installé;
  • Une réunion d'information s'est tenue — 28 janvier;
  • Une trentaine de citoyens se sont déplacés, sur les 369 habitants la commune — INSEE 
  • La création d'un comité de pilotage, regroupant des élus, des citoyens, les représentants du porteur du projet et... des exploitants agricoles : « L’objectif est de créer un groupe de travail avec des habitants, des élus et des exploitants agricoles. Nous nous rencontrerons environ chaque trimestre pour partager les résultats des études (acoustiques, paysagères, naturalistes) qui arrivent au compte-gouttes. C’est une façon de ne pas livrer des documents trop complexes d’un coup, mais de construire le projet ensemble. »  
jhmQuotidien 2026 02 07
 
 

  Source

  Ces démarches correspondent au logiciel de cette société récemment implantée en France1 — 2023. À ce jour, la consultation de son site internet révèle l’existence d’un seul projet en cours, situé dans la commune de La Roche-Neuville, Mayenne – 53, pour lequel elle propose les mêmes démarches...

 
Source.

  • La maison-mère est basée au Canada — Halifax, Nouvelle-Écosse;
  • En France, le siège social est basé Nantes — 44;
  • Capital Social : la filiale française possède un capital social de 100 000 €;
  • Elle est détenue à 100 % par Natural Forces Renewables Ireland Limited, la branche européenne du groupe canadien;
 
Rappel relatif au financement d’une usine éolienne
 Il ne faut pas oublier qu investir financièrement dans ce type de projet est risqué pour tout actionnaire, habitants, loueurs de parcelles ou... communes. En effet, dans le secteur éolien, identique pour le solaire, chaque usine est généralement géré par une société de projet dédiée — une SAS à capital réduit, qui est une filiale de la maison-mère. Le problème est qu'en cas de faillite de cette société exploitante, il est souvent très difficile de remonter jusqu'à la maison-mère pour qu'elle assure les pertes financières ou les obligations de remise en état, surtout si celle-ci est située à l'étranger, ce qui complexifie les recours juridiques pour les loueurs de parcelles et entre autres, les communes investies. 
 Prenons l'exemple d'un démantèlement. Si la société exploitante fait faillite et que la garantie est insuffisante, actuellement 50 000 € par éolienne, c'est le loueur de la parcelle où est implantée l'éolienne qui peut être contraint de se substituer à la société défaillante. S'il n'est pas solvable, cette responsabilité peut finalement retomber sur... la collectivité — commune, communauté de communes.
  Dans ces conditions, on comprend pourquoi les écornifleurs du vent — du soleil, préfèrent louer les terrains à des prix élevés — environ 3 000 € le MW/an, plutôt que de les acheter. Ce choix est stratégique : il permet à la société de ne pas porter le risque financier lié à la propriété et à la remise en état à long terme en cas d'échec du projet.
 
  En résumé : il n'y a aucune garantie automatique que la maison-mère couvrira financièrement tous les échecs d'un projet local. Le montage en filiales autonomes est précisément conçu pour isoler les risques financiers de chaque usine éolienne. 
 
 Conseil municipal 2020-2026
 Entre 2014 et 2020, le nombre d’inscrits est passé de 292 à 276. Il convient de souligner que le premier et le deuxième adjoint, ainsi qu’une conseillère municipale réélus, faisaient déjà partie du conseil municipal ayant décidé l’abandon du précédent projet éolien. Les nouvelles élections municipales à venir pourraient bien servir de « référendum » pour ce projet et pour la municipalité en place... 
  • Anne DEBEURY, maire, directrice d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes 
  • Michel COUTURIER, 1er adjoint,  ancien agriculteur exploitant
  • Daniel BANFI, 2e adjoint, ancien employé
  • Laurent SOUBROUILLARD, 3e adjoint, technicien
  • Patricia BACQUIAS, ouvrier qualifié de type artisanal 
  • Sophie COUTURIER, cadre de la fonction publique
  • Gérard SELLIER, ancien employé
  • Karine PAGE, personnel des services directs aux particuliers
  • Manuel DELGADO, contremaître, agent de maîtrise 
  • Emmanuel LEGROS, profession intermédiaire administrative et commerciale des entreprises
  • Laurent BABELON, agriculteur sur moyenne exploitation 
En gras les réélus en 2020 
 
- Inscrits : 276 / 292 en 2014
- Abstentions : 83 / 36
- Votants : 193 / 256
- Blancs ou nuls : 1 / 4
- Exprimés : 192 / 252 
 
 
À suivre...
 
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BELMONT, TORNAY et CIREY-LÈS-MAREILLES : USINES ÉOLIENNES : SANCTIONS PRÉFECTORALES SUITE À DE NOUVELLES MORTALITÉS DE CHAUVES-SOURIS ET DE MILANS

  La préfecture de la Haute-Marne vient de rendre publics de nouveaux arrêtés de mise en demeure visant deux usines éoliennes en exploitations sur les communes de Belmont, Tornay et Cirey-lès-Mareilles. Ces décisions administratives soulignent un constat récurrent : malgré l’installation de systèmes de détection et d’effarouchement technologiques, réputé « efficaces » la mortalité des chiroptères et des milans royaux reste alarmante.
  Ce n'est pas une première dans le département, confirmant que les mesures d'évitement et de réduction actuelles peinent à garantir la survie des espèces protégées. L'efficacité théorique de ces dispositifs se heurte à la réalité du terrain, obligeant l'autorité préfectorale à durcir le ton face aux exploitants.
 
Rappel du cadre légal et des obligations des exploitants
  L'exploitation d'une usine éolienne n'est pas un droit inconditionnel; elle est soumise à un respect strict de la biodiversité, encadré par trois piliers juridiques :

1. L’Interdiction de destruction — Code de l'Environnement, Art. L. 411-1
  C’est le socle de la protection de la nature. La loi interdit strictement la destruction, la perturbation intentionnelle ou la dégradation des sites de reproduction des espèces protégées — milans, chauves-souris, etc.,.

2. Les obligations ICPE — Arrêté ministériel du 26 août 2011
  Les éoliennes sont classées comme des Installations Classées pour la Protection de l'Environnement — ICPE. À ce titre, l'exploitant a une obligation de résultats et de moyens :
  • Il doit mettre en œuvre toutes les mesures d’évitement et de réduction — le principe ERC : Éviter, Réduire, Compenser;
  • L'impact sur l'avifaune et les chiroptères doit être réduit au minimum technique possible.
3. L'obligation d'efficacité — Jurisprudence du Conseil d'État, 2021
  L'arrêt n° 439241 du Conseil d’État a marqué un tournant majeur. La plus haute juridiction administrative précise que :
  • Les dispositifs de réduction — comme le bridage ou les systèmes de détection, ne doivent pas être seulement installés : ils doivent être efficaces;
  • Le rôle du Préfet : si les mesures prévues initialement ne suffisent pas à stopper la mortalité, le Préfet n'a pas seulement le droit, mais l'obligation de durcir les prescriptions — imposer des arrêts de machines plus fréquents, ou de sanctionner l'exploitant.
  C'est exactement le cas ici. 
 
Vers la fin de l'impunité pour les usines éoliennes récidivistes ?
   Malgré les mises en demeure et les promesses technologiques, il est clair que les chauves-souris et les Milans continuent de mourir, victimes des éoliennes.
  Peut-on sérieusement espérer que ces derniers arrêtés produiront enfin des effets concrets ? L’expérience démontre le contraire. Les faits sont clairs : les éoliennes et l’avifaune ne peuvent pas cohabiter ! Sauf, qu'à ce jour, on n’a jamais vu une chauve-souris ni un Milan royal mettre hors service une éolienne — l’inverse, en revanche, est tristement documenté.
  Dans ce contexte, nous demandons expressément à Madame la Préfète de cesser de se limiter à de simples ajustements techniques. Au nom du principe de précaution et conformément à l’article L.411-1 du Code de l’environnement, il est impératif de prononcer l’arrêt définitif de l’exploitation des aérogénérateurs concernés dès qu’une nouvelle mortalité sera attestée par les rapports de suivi.
  Il est temps que l’intérêt supérieur de la protection de la faune — en particulier le Milan royal et les chiroptères — prime enfin sur les impératifs industriels d’écornifleurs du vent, incapables de maîtriser les impacts de leurs installations. Et qu’on se le dise clairement : les éoliennes, elles, ne nous manqueront pas.
  
Dans le détail
 
- Belmont / Tornay, Sud vannier, 9 éoliennes, Arrêté n° 52-2026-01-00115, du 27 janvier 2026 
 
 
 

 
 
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À noter : 
  • 3 éoliennes sur Tornay, n° 1/2/3 et 6 sur Belmont, n° 4/5/6/7/8/9;
  • Mise en service en 09/2023 et inauguré le 24 mai 2024
  • Pour 10 cadavres de chauves-souris retrouvés, combien emportés par les charognards ou perdus dans la nature suite à leur implosion en plein vol ? 
  • Le Milan royal est un rapace diurne endémique d’Europe. Environ 70 % de la population mondiale se trouvent en Allemagne, Espagne et France. Sur la liste rouge mondiale de l’ Union internationale pour la conservation de la nature — UICN, l’espèce est classée « Vulnérable » — VU, ou proche de menacée selon les évaluations. En France, l’espèce est légalement strictement protégée et figure aussi dans des textes européens — Directive Oiseaux, Convention de Berne et Bonn, qui imposent une protection forte. La France abrite ~12 % de la population mondiale nicheuse, ce qui lui confère une responsabilité majeure pour la conservation de l’espèce. La région Grand Est, incluant la Haute-Marne, abrite encore des noyaux importants de Milan royal mais avec des effectifs fluctuants et fragiles, malgré des efforts de suivi et de restauration.
  • Aujourd'hui, nous sommes, officiellement..., à 31 Milans tués en Haute-Marne
  • Les chauves-souris — chiroptères : toutes les espèces de chauves-souris sont protégées en Europe et en France, au titre du Code de l’environnement et de la Directive européenne « Habitats » — annexes II & IV. Outre les collisions directes, des lésions internes — barotrauma causé par les variations de pression autour des pales, tuent un grand nombre d' individus.
  • Lire les recommandations de la Mission régionale d'autorité environnementale — MRAe, 24 septembre 2018, qui avait alerté.
  • « L’Autorité Environnementale recommande à l’exploitant :
    • d’expliciter et de justifier les raisons conduisant à prévoir l’implantation des
    éoliennes par rapport aux lisières des forêts, à une distance inférieure aux 200 m
    proposés par le SRE et de présenter les conséquences de ce choix sur les secteurs
    boisés environnants et sur les habitats et les espèces concernés ;
    de porter une attention renforcée aux suivis comportementaux et à la mortalité des
    oiseaux et des chauves-souris
    , afin de s’assurer de l’efficacité des mesures visant
    à les protéger et, le cas échéant, d’accroître leurs performances.
    Elle recommande aussi au Préfet dans ses prescriptions de faire réaliser une étude
    acoustique dès la mise en service du parc éolien, afin de confirmer la pertinence du
    plan de fonctionnement, voire de bridage des aérogénérateurs, au regard des nuisances
    sonores notamment en période nocturne pour certaines orientations du vent . »
 
 
« Le parc éolien Sud Vannier officiellement inauguré ». Source : jhmQuotidien, 2024 05 24. 
 
 
 
 
Source : Mission régionale d'autorité environnementale — MRAe Grand Est, 2018 09 24
 
- Cirey-lès-Mareilles, la crête, 5 éoliennes, Arrêté n° 52-2026-01-00004, du 6 janvier 2026
 
 
 
 
 
 
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p. 2.
 
À noter :
 Cette usine est parfois désignée sous le nom de « Les Dahlias », comme indiqué ci-dessous et sur certains sites relatifs aux éoliennes, et parfois sous celui de « La Crête », comme dans le résumé non technique de l’étude, le rapport du commissaire enquêteur du projet dit « Haie du Moulin », situé au sud de Cirey-lès-Mareilles, ou encore sur la carte officielle de la DREAL Grand Est, entre autres. Dans les quatre arrêtés préfectoraux la concernant, elle n’apparaît sous aucun nom¹.
 
 
« A Cirey-les-Mareilles, le 13 mai, l’inauguration du parc éolien de Dahlia... »
  • DREAL Grand Est — carte

 
1. 2015 : https://www.haute-marne.gouv.fr/contenu/telechargement/6881/52872/file/AP%20d'autorisation%20n%C2%B0%202545%20du%208%20octobre%202015.pdf
  •  2017 : https://www.haute-marne.gouv.fr/index.php/contenu/telechargement/9234/67450/file/APC%20n%C2%B0%201285%20du%2019%20mai%202017-%20Eoliennes%20de%20Dahlia%20-%20Cirey-les-Mareilles.pdf
  •  2019 : https://www.haute-marne.gouv.fr/contenu/telechargement/13321/91188/file/AP%202752%20sign%C3%A9%2007-10-19.pdf
  •  2026 :  https://www.haute-marne.gouv.fr/contenu/telechargement/28624/218082/file/APC%20DAHLIA%20MORTALITE%202026.pdf
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NUCLÉAIRE- ENR : LE DÉFI DE LA MODULATION — JUSQU'OÙ LE « TOUJOURS PLUS » ET POUR QUEL SURCOÛT ?

   Selon M. Bréchet, la situation se décompose en deux points critiques :
  • La sécurité : la modulation de puissance — le fait de faire varier la production des réacteurs, ne menace pas la sûreté des installations. Il n'existe donc aucun risque d'accident nucléaire direct lié à cette pratique;
  • L'usure technique et son coût : en revanche, cette flexibilité impose des contraintes physiques sur certains composants. Bien que remplaçables, ces pièces s'usent plus vite, ce qui entraîne une multiplication des opérations de maintenance, une baisse de la disponibilité des centrales et, par extension, une hausse des coûts d'exploitation.
  Or, le développement massif de l'éolien et du solaire accentue ce phénomène. Comme ces énergies sont intermittentes, le parc nucléaire doit « pivoter » plus souvent pour équilibrer le réseau, ce qui accélère l'usure mentionnée. Les problèmes s'amplifieront d'autant plus que le stockage de l'énergie — batteries, hydrogène, est loin de prendre le relais du nucléaire, pour compenser l'intermittence des EnR. Arrive la question : combien cela coûtera à l'avenir aux contribuables, au consommateurs et à la collectivité ? Car, on parle de milliards d'euros à l'échelle du parc, comprenant les pièces de rechange, mais surtout le manque à gagner par jour d'arrêt pour maintenance d'un réacteur. Environ 1 million d'euros en revenus non perçus — selon les cours du marché ? 
  Mais, au-delà, le parc actuel ayant été conçu pour fonctionner « en base » — puissance constante, lire ci-devant, est-ce que le pousser à toujours plus de modulation, ne pourrait pas accélérer sa fin de vie et provoquer la mise à l'arrêt définitive des centrales ?
 
Bonne nuit et bonne chance.
 
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Effets de la modulation sur les centrales nucléaires, Yves Bréchet*

  Durant l’hiver 2022-2023, les centrales nucléaires françaises ont dû être mises à l’arrêt après la découverte de fissures causées par la corrosion sous contraintes. Ces centrales, dont la puissance est pilotable, sont des éléments essentiels de la modulation de la production d’électricité pour assurer l’équilibre production/consommation dans le réseau. Il y a pourtant des limites physiques et mécaniques qu’il faut prendre en compte lorsque des modulations de grande ampleur sont nécessaire. 
 
* YVES BRÉCHET, ancien haut-commissaire à l’énergie atomique, est membre de l’Académie des sciences.
 
  Voici l’état de mes réflexions sur les effets de la modulation… et la raison pour laquelle le rapport de Jean Casabianca, inspecteur général de la Sûreté nucléaire, me semble devoir être attentivement lu. J’ai partagé cette réflexion avec quelques personnes spécialistes de l’opération des centrales et des combustibles. Le message final est de ne pas tomber dans le catastrophisme ni de prétendre qu’il n’y a pas de problème. La décision de moduler la production nucléaire pour s’adapter aux fluctuations induites par le développement massif des EnR mérite d’être instruite sérieusement, et on ne saurait se contenter de slogans pour prendre des décisions importantes.
 
 

  Il y a deux questions à aborder : les endommagements induits et les difficultés d’exploitation accrues. Il est important de distinguer les suivis de charge, de faible amplitude et grande période, et les modulations de forte amplitude, à fréquence rapide mais pouvant induire un fonctionnement à puissance réduite pendant une longue période. La confusion de ces différents aspects conduit à un catastrophisme ou à un irénisme, tous les deux non justifiés.

LES ENDOMMAGEMENTS INDUITS
  Il y a dans les centrales trois types de composants : les composants consommables, le composants remplaçables et les composants non remplaçables.
 
1. La cuve est le composant non remplaçable qui fixe la durée de vie des réacteurs. Le phénomène qui limite sa durée de vie est le durcissement sous irradiation de l’acier de cuve, qui conduit à une réduction progressive de la température de transition ductile/fragile et qui fait que, au-delà d’une certaine fluence, le matériau n’a plus la résilience requise en cas d’accident. Bonne nouvelle, les aciers bainitiques qui constituent la cuve vieillissent moins vite qu’initialement prévu. Les évolutions de résilience sont suivies régulièrement, c’est ce qui permet de penser qu’un réacteur peut aller au-delà de 50 ans, 60 ans, 80 ans en adoptant des gestions faibles fluences… 

2. Les composants consommables sont essentiellement le combustible, la gaine du combustible et les éléments de l’assemblage. Ce qui limite la durée de vie du combustible, c’est la corrosion de la gaine qui fait qu’elle ne peut pas indéfiniment jouer son rôle de barrière. C’est pour cela qu’on change parfois le combustible avant qu’il n’ait été totalement consommé. De façon générale, le combustible est changé parce que la réactivité n’est plus suffisante : l’enrichissement de départ a été choisi pour ça et les caractéristiques du crayon combustible dans les assemblages — pression initiale dans le crayon, jeu pastille-gaine, choix du type de pastilles et de gainage, conception d’assemblage réduisant au minimum les risques de percement de la gaine par vibration-usure des crayons, ont été adaptées pour que les phénomènes limitant induits par l’irradiation ne surviennent pas avant que le combustible ait été consommé de façon optimale.
 
3. Les composants remplaçables sont les circuits de refroidissement, les internes de la cuve et les générateurs de vapeur. Les internes de cuves sont limités par la corrosion sous contrainte assistée par l’irradiation, les générateurs de vapeur par le colmatage et la corrosion, les circuits de refroidissement par la corrosion et la fatigue. 
  Une fois comprise cette classification, on peut comprendre les effets escomptés du fonctionnement non stationnaire d’un réacteur, c’est-à-dire le suivi de charge — oscillations de longue périodes, et la modulation — oscillations beaucoup plus rapides et d’amplitude plus grande pour compenser les fluctuations de production induites, par exemple par les sources intermittentes.
 
 
 
  Aucune de ces fluctuations ne va sérieusement modifier les effets d’irradiation de la cuve, et on n’aura pas de diminution de la durée de vie des réacteurs de ce fait, ni un risque de sûreté induit par les fluctuations de fonctionnement.
  De même, les composants consommables ne seront probablement pas directement affectés : on ne s’attend pas à ce que la thermique de l’eau dans la cuve soit modifiée de façon majeure, et la dose cumulée d’irradiation — à l’origine de l’augmentation de la pression interne des crayons combustibles liée aux gaz de fission, ne sera pas non plus affectée : on ne s’attend donc pas à ce que les fluctuations de fonctionnement modifient drastiquement la durée d’utilisation du combustible — en termes d’énergie produite. Cela dit, les variations de puissance ont un effet sur les contraintes générées par la pastille sur la gaine — interaction mécanique pastille-gaine. Pour éviter un risque de percement de la gaine par interaction pastille-gaine — IPG, lors des fluctuations de puissance, un dimensionnement spécifique du cœur a été mis en œuvre en France, dès les années 1980, induisant des contraintes sur le pilotage des tranches. Nous avons ainsi acquis une expérience technique unique, autorisant des variations de puissance que le monde entier nous envie.
  En revanche, les fluctuations de puissance vont changer les conditions thermiques des circuits de refroidissement et des générateurs de vapeur. Si les fluctuations sont lentes — suivi de charge, l’expérience montre que les contraintes thermiques sont faibles et que l’effet dégradant est limité. Si les fluctuations thermiques sont rapides, les gradients de température peuvent être importants et induire des contraintes conduisant à de la fatigue thermomécanique et à de la fatigue-corrosion. C’est à mon avis l’effet majeur attendu à la suite d’une modulation trop rapide. Une situation analogue est rencontrée dans les zones de mélange froid/chaud qui ont conduit à du faïençage thermique des tuyaux.
  En résumé, en matière d’endommagements, le suivi de charge devrait être assez inoffensif — le temps de mise en équilibre du champ thermique est faible devant le temps caractéristique d’évolution des conditions aux limites; cependant, la modulation peut affecter la durée de vie des composants remplaçables. Ce qui signifie non pas un risque de sûreté mais un allongement des périodes d’arrêt pour remplacer les composants remplaçables.
  Pour aller plus loin dans cette évaluation, il faudrait calculer — avec des outils de calcul thermohydrauliques, les fluctuations de température induites par une fluctuation de puissance extraite du réacteur. Ensuite, il faudrait calculer — dans un régime élastique, les amplitudes de contrainte en résultant et, enfin, faire des essais de fatigue thermomécaniques dans ces conditions, sur éprouvettes immergées, et mesurer les temps d’apparition de fissures de fatigue.
  Je ne pense pas que de telles études aient été faites dans les conditions de modulation, car pour faire fonctionner un réacteur en régime de modulation, il faut vraiment avoir de bonnes raisons… Je pense que de telles études seraient utiles pour quantifier les dommages potentiellement induits, les périodes d’arrêt de maintenance qui en résulteraient, et les coûts afférents. Mais tout cela suppose qu’on aille au-delà d’un commode « circulez, il n’y a rien à voir »…
  Pour ce qui est des dispositifs associés aux centrales, les turbines, les alternateurs, qui n’ont rien de spécifiquement nucléaire, le fonctionnement non stationnaire ne peut qu’endommager ces dispositifs, mais il est difficile d’en estimer a priori l’ampleur en l’absence de retour d’expérience.
 
LES DIFFICULTÉS POTENTIELLES D’EXPLOITATION
  Au-delà des endommagements possibles, il est probable que la modulation rende plus difficile l’opération des centrales, ce qui n’est pas une bonne nouvelle. Voici pourquoi.
  D’une part, les principales variations de température en interne de la cuve, concernent celles de la pastille combustible et de la gaine, lesquelles n’évoluent pas de la même façon, la première étant un composé fritté, la seconde étant un métal. C’est la question de l’interaction pastille-gaine — IPG, qui, en générant des contraintes dans la gaine, peut conduire à une fissure de la première barrière. Comme la taille du parc français a imposé dès le départ de faire du suivi de charge, cette problématique a été étudiée dès les années 1980 en réalisant de nombreuses rampes de puissance dans des réacteurs expérimentaux. Sur la base des résultats obtenus, des limites de variation de puissance ont été imposées aux opérateurs des tranches en suivi de charge. Cela a conduit à réduire le domaine de fonctionnement de ces tranches par rapport à une tranche fonctionnant en base — sans variation de charge. Les cas les plus problématiques sont ceux impliquant un fonctionnement prolongé à faible puissance — de l’ordre de 8 à 30 jours, car il nécessite des précautions particulières lors de la remontée en puissance. Il faut simplement se rappeler que les réacteurs de type REP — réacteurs à eau sous pression, ont été conçus pour fonctionner en base, c’est-à-dire sans faire varier la charge pendant toute la campagne d’irradiation. Pour pallier le risque IPG sur le combustible, le constructeur Westinghouse avait imposé une cinétique de montée en charge limitée, que nous avons pu relaxer grâce aux études évoquées ci-dessus.
  D’autre part, toute variation de charge nécessite d’ajuster la concentration en bore afin de compenser l’effet des neutrons retardés — le xénon en particulier, et ce, au cours des 7-8 heures qui suivent la variation de charge — certes les grappes grises permettent de modifier la puissance du réacteur en premier lieu, mais c’est le bore qui ajustera la réactivité ensuite. Ceci conduit à des productions d’effluents proportionnellement à l’amplitude et la vitesse de variation de charge ainsi qu’à l’avancement dans le cycle d’irradiation — la concentration en bore diminue au fur et à mesure de l’avancement dans le cycle et nécessite donc plus de dilution/borication pour une même variation de puissance. La gestion de ces effluents complique l’exploitation et augmente le volume des rejets, ce ne sont pas des effets à écarter d’un revers de main !
  Enfin, le suivi de charge massif imposé à certaines tranches met en tension les équipes chargées de la régulation du groupe turbo-alternateur de la partie non-nucléaire, augmentant ainsi les impacts socio-organisationnels et humains —SOH) Ce point a été souligné par l’ IGSNR — Inspection générale de la sûreté nucléaire, dans son dernier rapport.
 
EN RÉSUMÉ
  Les caractéristiques en amplitude et en fréquence du suivi de charge et des modulations rendent pour le moins hasardeuses les généralisations sans validation de l’expérience du suivi de charge au cas de la modulation.
  Il est certain que la mise en place des modulations rend plus délicate l’exploitation des centrales, sans pour autant présenter de problèmes de sûreté ou de réduction de la durée de vie des réacteurs.
  Les modulations ne sont pas neutres vis-à-vis de l’utilisation du combustible : à titre d’exemple, le suivi de charge est suspendu dans une tranche contenant des crayons combustibles endommagés.
  Il est probable que les modulations génèrent des endommagements qui dégraderont la disponibilité du parc, et la question doit être quantifiée, ne serait-ce que pour estimer les surcoûts d’exploitation.
  Il est imprudent de prétendre, avant que ces études n’aient été faites, que la modulation du fonctionnement des centrales soit une stratégie industriellement viable pour contrebalancer les effets de l’intermittence induite par une pénétration fortement accrue des EnRI.
 
RETOUR SUR LA SITUATION ACTUELLE ET LES ÉTUDES NÉCESSAIRES
  Actuellement, ce qui est techniquement garanti est que l’on peut faire varier quotidiennement la puissance d’un réacteur entre 100 % et 30 % de la puissance nominale pendant les 2/3 du cycle d’irradiation, sans limitation particulière. Il me semblerait utile, pour ne pas dire nécessaire, avant d’affirmer que la modulation de grande ampleur, nécessitant par exemple des arrêts de tranche répétés, ne pose pas de problème, d’évaluer quantitativement les modulations nécessaires en fonction non seulement de la puissance renouvelable installée — aux niveaux tant français qu’européen, mais aussi du détail statistique des fluctuations induites et de la demande de stabilisation nécessaire. Cette étude, comme celle sur les moyens de stockage disponibles de façon économiquement viable, est une brique indispensable pour penser un mix énergétique qui ne soit pas une pétition de principe, s’appuyant plus sur l’idéologie, ou sur une stratégie de courtisan, que sur la science…
 

SARREY : LE PROJET DE L' USINE ÉOLIENNE ENTRE DANS UNE PHASE CONCRÈTE

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