BRETAGNE, TAXE ÉOLIENNE : VERTIGE DES MILLIARDS D' EUROS !

  « Quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. »
Michel Audiard,  Le Pacha — 1968, réalisé par Georges Lautner.
 
  L'article ci-devant est une analyse critique de la fiscalité liée aux projets d'éolien en mer en Bretagne. Son auteur nous informe sur les retombées financières promises aux collectivités locales et sur les conséquences réelles de ces projets pour les territoires concernés.
  Il est ici question plus spécifiquement des recettes issues de la « taxe éolienne »1 mise en place. L'auteur rappelle surtout que cette fiscalité ne constitue pas un cadeau des écornifleurs du vent, mais qu'elle est financée indirectement par les consommateurs d'électricité à travers les mécanismes de soutien public. Sans oublier que, tout ce pognon ne pourra jamais compenser les pertes paysagères, patrimoniales, environnementales et économiques causées par le développement des usines éoliennes offshore.
  L'article met également en lumière les tensions entre collectivités autour du partage de cette manne financière :
  • Répartition jugée inéquitable des recettes entre communes;
  • Conflits entre élus pour capter ces ressources;
  • Dépendance financière que cette taxe pourrait créer pour certaines collectivités;
  • Investissements publics supplémentaires nécessaires pour adapter les infrastructures portuaires à l'éolien flottant;
  • etc. 
 Ainsi, l'auteur y voit le symptôme d'une dépendance croissante à des ressources fiscales liées à des projets pourtant contestés localement.
  Enfin, il estime que cette taxe est utilisée comme un moyen de rendre les projets plus acceptables localement — « acheter la paix sociale », mais que, malgré tout, l'opposition demeure forte, parmi les élus et les citoyens
 
  La contestation actuelle contre l'éolien en Bretagne saura-t-elle égaler le soulèvement populaire de Plogoff qui, à la fin des années 1970, avait rassemblé jusqu'à 100 000 personnes pour faire reculer l'État et EDF sur le nucléaire ?2
 
Va savoir, Charles !... 
 
1. Source
 « La taxe éolienne en mer sur le domaine public maritime — jusqu'à 12 milles des côtes, soit environ 22 km. Cette taxe annuelle est acquittée par l’exploitant du parc éolien. Elle dépend du nombre de mégawatts installés dans chaque unité de production d’électricité c'est-à-dire dans chaque éolienne. En 2025, la taxe est de 20 248 € par an par mégawatt installé, soit près de 20,25 millions d’euros pour un parc de 1 000 MW.
  La répartition de la taxe est prévue par l'article 1519 C du code général des impôts :
    50 % sont affectés aux communes littorales d’où les installations sont visibles ;
    35 % sont affectés aux comités des pêches maritimes et des élevages marins ;
    10 % sont affectés, à l’échelle de la façade maritime, à l’Office français de la biodiversité ;
    5 % sont affectés aux organismes de secours et de sauvetage en mer. »
 
2. Rappel des faits historiques — 1974 - 1981
  • 1974 : suite au choc pétrolier, l'État valide un plan nucléaire massif. La commune de Plogoff — près de la Pointe du Raz, est retenue pour accueillir une centrale;
  • 1980 : pendant 6 semaines d'enquête publique, le village se transforme en zone d'affrontements quotidiens entre les habitants — notamment les femmes du village en première ligne, et les gardes mobiles. En mai, le mouvement prend une dimension régionale et identitaire. Il culmine avec un rassemblement gigantesque de 100 000 personnes à la baie des Trépassés. 
  • 1981 : tout juste élu président, François Mitterrand tient sa promesse de campagne et officialise l'abandon total du projet. 
 Forte mobilisation des manifestants anti- nucléaire à Plogoff, en 1980.
Forte mobilisation des manifestants anti- nucléaire à Plogoff, en 1980. Photo Archives Le Télégramme/Eugène Le Droff. 
 
Bonne lecture.
  
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Taxe éolienne : la valse indécente des milliards



  PIEBÎEM publie sur le sujet de la taxe éolienne une version un peu plus longue d' un texte qui a fait l'objet d'une tribune dans Ouest-France du 4 juin 2026 : Taxe éolienne : la valse indécente des milliards
  1. Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu; 
  2. Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique; 
  3. Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné ! - L'argent de la honte éolienne !

1) Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu
  Les éoliennes géantes de l'AO10 n'ont pas encore transformé nos paysages littoraux et îliens de Bretagne en zone industrielle que déjà certains élus locaux se battent de manière indécente pour récupérer une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu. Une série d'articles de la presse locale consacrée à la taxe éolienne et à sa répartition résume un spectacle peu édifiant.

2) Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique 
  Nous rappelons tout abord que la taxe éolienne n'est pas un acte de générosité des promoteurs éoliens, mais qu'elle trouve son origine…dans la poche des consommateurs d'électricité, particuliers, artisans, industriels ; et qu'accordée par décret, elle peut aussi être supprimée par décret.
  La taxe éolienne peut représenter jusqu'à 10% du budget de certaines communes – actuellement celles en vue des éoliennes de façon si stricte que, par exemple, pour Bretagne sud, elle ne sera versée qu'aux communes de Bangor et de Sauzon : même l'île de Groix, même mes communes de Quiberon, en très forte visibilité n'en profiteraient pas. Pour l'ensemble des parcs bretons, elle pourrait générer 3 milliards d'euros sur 25 ans, une somme bien inférieure aux 6 milliards d'aides publiques accordées au seul parc éolien de Bretagne sud.
 
 
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  Alors, les esprits s'échauffent. Certains édiles se voient traités de princes monégasques et refusent toute modification de la taxe éolienne ; certains de leurs collègues les menacent alors de les priver de subventions régionales; pour Saint-Nazaire, on avait vu d'homériques bagarres entre édiles locaux sur la prise en considération -ou pas- des résidences secondaires… Et, par la voix de Loïg Chesney-Girard, la Région réclame sa part du « gâteau » : les finances sont exsangues — merci de cet aveu !, et il va falloir investir massivement dans les ports pour qu'ils puissent accueillir les installations nécessaires à l'éolien flottant
 
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  Sur ce sujet des ports, les élus feraient bien de lire soigneusement le rapport de la Cour des Comptes de 2025 sur Eole, le projet d'aménagement du port de Saint-Nazaire pour l'éolien flottant : elle y parle d'un pari français sur l'éolien flottant qui parait particulièrement ambitieux pour une filière avec de fortes incertitudes techniques, de rentabilité qui ne saurait reposer que sur les subventions publiques et de de forts risques de coûts échoués.   
  Là-dessus vient se greffer le débat sur l'attribution de la taxe éolienne au-delà des 12 milles, pour l'instant attribué à l'État. Le Préfet de Bretagne M. Robine s'est dit favorable à une réforme rapide. M. Jimmy Pahun, désormais acquis sans réserve au projet éolien de Bretagne sud s'y est essayé et s'est attiré cette réponse du ministre Lescure, guère pressé d'ouvrir cette boite de Pandore : 
« Monsieur Pahun, il faut faire attention, parce que ces taxes sont des vases communicants et qu'il y aura donc, si vous voulez en modifier la répartition, des négociations compliquées entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas. Cette question se posera et sera négociée au-delà de 2030 ». 
Bon courage !

3) Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné !
  Ces élus drogués à la taxe éolienne sont -ils sourds, n'entendent-t-ils pas monter la protestation de tous ceux qui veulent protéger ce patrimoine qui nous avons reçu et que nous voulons léguer, ce patrimoine qui parfois est le seul patrimoine de ceux qui n'en ont pas d'autres : « Nos paysages ne sont pas à vendre ! » 
  Ils n'entendent pas leurs collègues de la Communauté de Commune de Belle-Île : 
« L'œil nu peut facilement imaginer l'impact de ces parcs d'éoliennes. Nous n'accepterons jamais l'inimaginable » ; les élus de la majorité du Conseil Départemental : « le projet transformerait durablement des panoramas parmi les plus remarquables de France. L'atteinte à l'image du territoire, fondée sur la qualité exceptionnelle de ses paysages littoraux, serait considérable. Le tourisme, compétence de droit du département, ne manquerait pas d'être impacté »; 
  Philippe Le Ray, Président d'AQTA Auray Quiberon Terre Atlantiquecommunauté de communes située dans le département du Morbihan ] 
« On est attaché à la beauté de notre territoire : on leur parle de ça, et ils nous répondent indemnisation et mètre carré. Aujourd'hui, on dit clairement, les éoliennes, on n'en veut pas » ?
  Ils n'entendent pas plus :
  • Le Comité Energie de l'Académie des Sciences qui affirment que nous n'avons pas besoin d'ici 2035 de productions électriques supplémentaires, surtout ENR;
  • L'Académie des Technologies et de la CRE — Commission de Régulation de l Énergie, qui appellent à déprioriser l'éolien en mer, particulièrement flottant; 
  • RTE qui chiffre à au moins 47 milliards le raccordement électrique de l'éolien en mer et propose un scenario réaliste de décarbonation avec une forte réduction des objectifs éolien en mer — jusqu'à 7GW en 2035 au lieu de 18 dans le plan éolien en mer ?
  Une taxe avouent certains qui « sert à acheter la paix face à l'impopularité des projets ». C' est pas gagné !
  Les élus gagneront l'impopularité que mérite l'indécence de leurs luttes pour se disputer l'argent de la honte éolienne, l'argent des paysages dévastés, du patrimoine défiguré — les mégalithes classés Unesco !, des oiseaux et des cétacés massacrés, des fonds rocheux, avec leurs coraux, leurs bancs de maërl, leurs herbiers de zostère, leurs zones de nourriceries uniques massacrés, de la pêche artisanale disparue. 

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BIOMÉTHANE : LA GRANDE ET COÛTEUSE ILLUSION VERTE

  Dans l' article ci-devant, l’auteur porte un regard critique sur le développement du biométhane en France. Il dénonce l’écart entre l’image d’une énergie « verte » produite à partir de déchets et la réalité d’une filière largement dépendante de cultures agricoles dédiées. Selon lui, cette production exerce une pression croissante sur les terres agricoles et concurrence d’autres usages essentiels comme l’alimentation ou la biodiversité.
  L’auteur souligne également les limites physiques et économiques du biométhane : faible rendement énergétique, coûts de production élevés et forte dépendance aux subventions publiques. Il estime ainsi que les gaz verts ne pourront pas remplacer massivement le gaz fossile.
  Plus largement, cette critique rejoint celle adressée à l’ensemble des filières d’énergies renouvelables — éolien, solaire, biométhane, etc. — accusées par de plus en plus de Français, de présenter une efficacité limitée dans la réduction réelle des émissions de carbone, tout en faisant peser des coûts importants sur les contribuables et les consommateurs — via les subventions de l'État. Ces filières sont également critiquées pour leur modulation des paysages, de l’environnement et l’organisation des territoires, au bénéfice principalement de quelques acteurs économiques : écornifleurs « verts », industriels ou acteurs agricoles.
  La conclusion de l’auteur est que la transition énergétique doit avant tout passer par une réduction de notre consommation de gaz, notamment grâce à l’électrification des usages et au développement des pompes à chaleur.
 
Bonne lecture.
 
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 Retour sur terre pour les gaz verts

 

 Par Dan Meller*
 
 
 
 
  Longtemps marginale, la production de gaz renouvelables occupe désormais une place croissante dans les scénarios énergétiques français. Le biométhane injecté dans les réseaux représente moins de 5% du gaz consommé en France, mais il bénéficie d’un fort soutien public et d’une image favorable : celle d’une énergie locale, circulaire et issue de déchets.

  Cette représentation n’est pas entièrement fausse. Une partie du biométhane provient bien de biodéchets, de boues de stations d’épuration, d’effluents industriels ou encore de gaz captés sur les décharges. Mais ces ressources demeurent minoritaires dans la production française actuelle. Le développement du gaz renouvelable repose aujourd’hui principalement sur un modèle agricole

Une filière très majoritairement agricole et végétale 

  Selon les dernières données de la CRE (Commission de régulation de l’énergie), environ 85% du biométhane injecté est issu d’installations agricoles. La filière est souvent présentée comme un prolongement naturel de l’élevage grâce à la valorisation des effluents (fumiers et lisiers) selon une image désormais bien installée dans la communication du secteur.
 
 
 

  Pourtant, la géographie de la méthanisation raconte une autre histoire. Statistiquement, les départements produisant le plus de biométhane sont ceux où l’élevage est le moins développé. Cette dissociation s’explique par le rôle central joué non par les effluents d’élevage, mais par les matières végétales, dont le pouvoir méthanogène est nettement plus élevé.

  Sur la base des dernières données de la CRE, on peut estimer qu’environ les 3/4 du biométhane agricole est issu de matières végétales brutes, qu’il s’agisse de coproduits agricoles (paille, pulpes de betterave, etc.) ou de cultures dédiées souvent qualifiées de cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE). Pour obtenir cette appellation administrative, ces cultures doivent être associées dans la même année à une culture dite « principale ». Elles sont souvent confondues avec les couverts végétaux, qui poursuivent des objectifs agronomiques et environnementaux sans vocation à être récoltés. Les CIVE, au contraire, répondent à un objectif de production. Elles mobilisent donc fréquemment des pratiques comparables à celles des cultures principales : fertilisation, travail du sol, irrigation ou recours aux produits phytosanitaires. 

Le rôle indirect mais central du maïs 

  Le maïs entretient un lien paradoxal avec la méthanisation en France. Alors que le grand public et les académiques constatent que le développement des méthaniseurs s’accompagne d’une progression des surfaces cultivées en maïs, la filière répond, à juste titre, que le maïs ensilage est peu utilisé directement comme intrant dans les méthaniseurs français.

  Ces deux constats ne sont pourtant pas contradictoires. Un effet, si le maïs s’est imposé comme une des principales semences de CIVE « d’été », il joue également un rôle structurant pour les CIVE « d’hiver ». Sa forte productivité permet d’organiser des rotations agricoles libérant du temps et des surfaces pour des cultures intermédiaires ensuite valorisées en méthanisation. Lorsque l’on observe les successions culturales susceptibles d’accueillir des CIVE d’hiver, les 3/4 de ce potentiel se situe avant ou après une culture de maïs.

Figure 2. Transitions entre cultures principales pour 75% des terres arables
 
 
 
 

  Ainsi, même lorsque le maïs n’est pas méthanisé lui-même, son développement peut contribuer à l’extension des cultures énergétiques destinées à alimenter les unités de biométhane. 

Le verrou physique du rendement à l’hectare 
  L’usage de matières végétales brutes exerce nécessairement une pression sur les autres usagers de ces ressources et notamment l’alimentation animale. À titre d’exemple, la méthanisation absorbe désormais plus d’un tiers des pulpes de betterave en France ce qui a eu pour effet de retirer cette ressource bon marché a de nombreux éleveurs et de doubler son prix de marché entre 2019 et 2024.

  Au-delà de la pression exercée sur les usages fourragers, l’utilisation de matières végétales brutes pour produire de l’énergie interroge plus fondamentalement l’efficacité de l’usage des sols.

  Le cœur du problème tient au rendement énergétique de la photosynthèse. Produire un gaz à partir de biomasse suppose de capter l’énergie solaire via des cultures, puis de convertir cette biomasse en méthane. Chacune de ces étapes entraîne des pertes importantes.

  Ainsi, un parc photovoltaïque produit environ 30 fois plus d’énergie par unité de surface que la méthanisation ou les biocarburants ne le font à partir d’un champ de maïs. Derrière la question des gaz verts apparaît une compétition croissante pour l’usage des terres : alimentation, biodiversité, stockage du carbone, matériaux biosourcés et production d’énergie entrent en concurrence. Le recours au biogaz et aux biocarburants obère les surfaces disponibles pour les autres usages, pour une production énergétique relativement faible.

  Ce faible rendement énergétique a une conséquence directe : un coût de production élevé. Les tensions géopolitiques récentes au Moyen-Orient ont rappelé la forte volatilité des prix du gaz fossile : le prix du MWh est passé en quelques semaines d’environ 30 à 50 €. Dans le même temps, la CRE estime le coût du MWh de biométhane à plus de 130 €. Ces épisodes permettent de prendre la mesure de l’écart structurel qui subsiste entre le gaz fossile et le biométhane.

  Aujourd’hui, cet effet sur les factures reste peu visible car le développement de la méthanisation repose largement sur des subventions publiques compensant l’écart avec le prix du gaz fossile via les mécanismes de tarif d’achat

Quels clients pour des gaz verts? 

  Cette situation interroge néanmoins la place que pourraient occuper les gaz verts dans un système énergétique décarboné. Le gaz fossile s’est historiquement imposé comme énergie de chauffage parce qu’il était abondant en tant que coproduit de l’exploitation pétrolière et donc bon marché. Un gaz renouvelable structurellement coûteux peut difficilement prétendre alimenter des usages diffus de chaleur, notamment dans le résidentiel et le tertiaire.

  En revanche, certains usages spécifiques pourraient justifier le maintien d’une ressource gazeuse décarbonée : production électrique de pointe, certains procédés industriels difficilement électrifiables, ou encore usages comme matière première chimique.

  Encore faut-il s’assurer que ces usages potentiels du gaz vert soient suffisamment protégés d’une concurrence internationale basée sur du gaz fossile. L’industrie chimique européenne subit déjà les écarts de prix du gaz avec les États-Unis, où l’accès à un gaz fossile abondant demeure un avantage compétitif majeur. 

Les autres couleurs des gaz verts 

  Au-delà du biométhane, d’autres filières de « gaz verts » sont régulièrement mises en avant par l’industrie : pyrogazéification ou gazéification hydrothermale notamment. Ces technologies visent à produire du gaz à partir de biomasse ou de déchets carbonés solides et liquides.

  Malgré des annonces nombreuses ces dernières années, les réalisations industrielles demeurent encore limitées. Là encore, les difficultés tiennent en grande partie aux contraintes physiques et économiques des procédés.

  Transformer une ressource solide en gaz avant de produire de la chaleur implique plusieurs étapes de conversion successives, chacune accompagnée de pertes. Dès lors, une question économique élémentaire apparaît : quel intérêt y a-t-il à gazéifier du bois pour produire du méthane, puis brûler ce méthane pour obtenir de la chaleur, alors que le bois peut être brûlé directement pour produire de la chaleur avec un meilleur rendement global ?

  La production de chaleur à partir de gaz serait alors structurellement moins compétitive que la chaleur issue de chaudières à bois.

  La même interrogation vaut pour certains déchets combustibles, dont la valorisation énergétique directe constitue toujours une option efficace. 

Réduire d’abord notre dépendance au gaz 

  Les gaz renouvelables conserveront probablement une place dans le système énergétique français. Mais l’impact sur l’agriculture, les rendements limités et les coûts élevés rendent peu crédible l’hypothèse d’un remplacement massif du gaz fossile à consommation constante. Les gaz verts apparaissent moins comme un substitut généralisé que comme une ressource rare, coûteuse et stratégique, à réserver en priorité aux usages les plus difficiles à électrifier… et à condition de les protéger de la concurrence internationale.

  La réduction de notre dépendance au gaz fossile passe donc d’abord par une baisse de notre consommation de gaz. Dans cette perspective, l’électrification des usages thermiques — notamment via les pompes à chaleur, dont l’efficacité énergétique est élevée — apparaît comme le principal levier pour nous libérer du gaz fossile.
 
 
Dan Meller a publié en avril 2026, avec Alice Vilcot, Libérer la France du gaz fossile, aux Presses des Mines.
 
 
 
*  Issu de la promotion 2024 du corps des Mines, travaille au SPR — service prévention des risques, au sein de la DREAL PACA — Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Provence-Alpes-Côte d’Azur.
 

LES PFAS : L'AUTRE POLLUTION GÉNÉRALISÉE


  Comme il est à peine suggéré dans l'article ci-devant, on trouve AUSSI des Substances per- et polyfluoroalkylées — PFAS, dans les éoliennes parce que ces matériaux ont des propriétés techniques très recherchées.
 
Pourquoi trouve-t-on des PFAS dans une éolienne ?
  Une éolienne est soumise à des contraintes mécaniques et climatiques massives pendant 20 à 25 ans. Les PFAS y sont utilisés pour quatre propriétés majeures qu'aucun autre matériau ne parvient à combiner aussi efficacement :
  • La résistance à l'érosion — les pales : Le bout d'une pale d'éolienne tourne à une vitesse linéaire qui peut dépasser 250 km/h. À cette vitesse, les gouttes de pluie, la grêle ou le sel marin agissent comme un véritable sablage. Des films ou des peintures de protection à base de PFAS — fluoropolymères, sont appliqués pour éviter que la fibre de verre de la pale ne s'érode;
  • L'effet anti-friction et lubrifiant — la nacelle : les roulements mécaniques, les joints d'étanchéité et les boîtes de vitesses de la nacelle subissent des frictions géantes. On y utilise des graisses additivées aux PFAS et des joints en PTFE — Téflon, pour résister aux fuites d'huiles et aux températures élevées sans s'user.
  • L'effet hydrophobe et anti-givre : en hiver ou en mer — offshore, le gel sur les pales alourdit la structure et casse le profil aérodynamique. Les revêtements PFAS empêchent l'eau et la glace de s'accrocher fermement.
  • L'isolation électrique : les générateurs et les câbles haute tension à l'intérieur du mât utilisent des gaines isolantes en polymères fluorés pour leur résistance absolue au feu et aux arcs électriques.
En quelle quantité ?
  C'est là que le débat technique s'intensifie, car les données précises des fabricants — secrets industriels, ont longtemps été difficiles à obtenir, mais les rapports d'experts environnementaux européens permettent de dégager des ordres de grandeur.
  On distingue deux catégories de PFAS dans une éolienne :
  A. Les PFAS « solides » — Polymères : PTFE, PVDF. Ce sont les composants structurels ou les revêtements de pales. Ils constituent la grande majorité du volume. On compte généralement entre 10 kg et 50 kg de fluoropolymères par mégawatt — MW, installé. Pour une éolienne moderne standard de 3 MW, cela représente environ 30 à 150 kg de PFAS solides par machine.
  B. Les PFAS « liquides ou solubles » — Non-polymères : additifs, graisses : ce sont les composés présents dans les fluides hydrauliques, les huiles et certaines graisses de lubrification. On compte généralement Quelques centaines de grammes à quelques kilogrammes par éolienne, sous forme d'additifs chimiques de performance dans les lubrifiants.
 
L'impact environnemental ?
  Le risque principal lié aux PFAS dans l'éolien ne vient pas de la machine en position statique, mais de deux moments précis de sa vie :
  • L'érosion des pales en fonctionnement : avec le temps, les micro-particules de peinture et de plastique arrachées par la pluie se détachent et finissent dans le sol ou la mer — ce qu'on appelle la perte de matière par « bord d'attaque ». Bien que cela représente de petites quantités annuelles par éolienne, ces polymères s'accumulent.
  • Le démantèlement et le recyclage : en fin de vie, le recyclage des pales en composite — souvent broyées, incinérées1, pose la question des poussières de PFAS ou des émanations gazeuses, ce qui pousse aujourd'hui les autorités environnementales à exiger des filières de recyclage ultra-sécurisées.
  L'industrie éolienne cherche activement des alternatives — comme des polyuréthanes spécifiques pour les pales, mais le remplacement des PFAS reste difficile dans les applications marines — offshore, où les conditions sont les plus agressives.
  S’ils veulent un conseil : plutôt que consacrer des millions en recherche pour remplacer les PFAS dans leurs machines, ils devraient de changer de business tout simplement.  
 
1. Si aux États-Unis, l' « enterrement » effectif des pales à grande échelle n'est pas interdit — par exemple, le désert à Casper, Wyoming, en Europe, et particulièrement en France, l'enfouissement des pales d'éoliennes est strictement interdit par la loi.
Que dit la loi en France ?
  La réglementation environnementale —  législation sur les ICPE — Installations Classées pour la Protection de l'Environnement, intégrée au Code de l'environnement, impose des obligations strictes de recyclage lors du démantèlement d'une éolienne : Arrêté du 22 juin 2020 → Décret d'application, n° 2021-1096 du 19 août 2021. Il stipule précisément — à l'article 23 pour les installations soumises à autorisation : 
  • Pour la masse totale — y compris les fondations : « [...] après le 1er janvier 2024, 95 % de leur masse totale, tout ou partie des fondations incluses, [doit être] réutilisable ou recyclable »
  •  Pour le rotor — les pales : « [...] après le 1er janvier 2023, 45 % de la masse de leur rotor réutilisable ou recyclable ; après le 1er janvier 2025, 55 % de la masse de leur rotor réutilisable ou recyclable. »
  De fait, depuis 2025, toutes les éoliennes démantelées ou modernisées doivent obligatoirement voir plus de la moitié de la masse de leurs pales recyclée ou réutilisée.
    Puisqu'on ne peut pas les enfouir, les pales suivent majoritairement trois filières :
  • La valorisation thermique en cimenterie — filière majoritaire;
  • Le recyclage mécanique — Plasturgie et BTP;
  • Le marché de l'occasion et le réemploi. 
P. S. : L’Académie des sciences est une très ancienne institution française qui réunit des scientifiques de haut niveau — mathématiciens, physiciens, biologistes, chimistes, médecins, etc., pour conseiller les pouvoirs publics, produire des rapports scientifiques et promouvoir la recherche. Elle a été fondée en 1666 sous Louis XIV, à l’initiative de Colbert, et fait aujourd’hui partie de l’Institut de France.https://www.institutdefrance.fr/ Sa devise est : « Invenit et perficit » — « Elle invente et perfectionne »
  Ses missions principales sont :
  • Expertise scientifique,
  • Transmission et diffusion, 
  • Rayonner en France et dans le monde, 
  • Valorisation de notre patrimoine.
  L' Académie des sciences serait comme un « conseil des sages scientifiques » : ses membres sont élus par leurs pairs parmi des chercheurs très reconnus, dont plusieurs prix Nobel et médailles Fields.
 
Transition énergétique : le clair-obscur de l'Académie des sciences
 
 Le Palais de l'Institut de France qui accueille, entre autres, l'Académie des sciences. Quai Conti. Paris 6e arrondissement. Source
 
Bonne lecture et diffusion 
 

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La pollution aux pfas : états des lieux et perspectives d’actions

Bruno Chaudret et Bruno Gabriel*
 
  Les molécules per- et polyfluoroalkylées (PFAS) ont fait l’objet d’une forte attention médiatique ces dernières années, du fait de leurs effets potentiels ou avérés sur la santé humaine et de leur très difficile dégradation dans l’environnement. Les PFAS, ces « polluants éternels », posent des défis inédits en matière de santé publique, et donc de réglementation. Ils suscitent une attention croissante des scientifiques, des décideurs politiques et du grand public.
 
* Bruno Chaudret est directeur de recherche en chimie organométallique au CNRS, membre de l’Académie des sciences et président du groupe de travail sur les PFAS.
   Bruno Gabriel est membre du comité de rédaction de Progressistes.
 
  Fin mars 2025, l’Académie des sciences a publié un rapport intitulé « La pollution aux PFAS : état des lieux, des connaissances et enjeux de société » (1). Un travail interdisciplinaire mobilisant écotoxicologues, chimistes, épidémiologistes et spécialistes de l’environnement a permis la formulation de plusieurs recommandations ambitieuses et réalistes pour une transition maîtrisée.
 
QU’EST-CE QUE LES PFAS ?
  Les PFAS constituent une grande famille de composés synthétiques (plus de 12 000 molécules différentes), d’origine humaine donc, comportant des liaisons carbone-fluor très stables. Cette structure leur confère des propriétés physico-chimiques remarquables : forte résistance thermique, hydrophobie, capacité antiadhésive ou antigraisse, qui ont rendu ces molécules très attractives pour l’industrie. On citera en particulier le PFOS (acide perfluorooctanesulfonique) et le PFOA (acide perfluorooctaoïque). Développés dans les années 1930-41et utilisés massivement dans l’industrie dès les années 1950, les PFAS ont été incorporés dans une multitude de produits : mousses anti-incendie, textiles imperméables, emballages alimentaires, poêles antiadhésives, composants électroniques, cosmétiques, et même certains dispositifs médicaux.
 


  Mais ces mêmes propriétés qui en ont fait des matériaux prisés, sont aussi celles qui expliquent leur extrême persistance dans l’environnement. Contrairement à de nombreux polluants organiques classiques (hydrocarbures, solvants), les PFAS ne se dégradent pas facilement, d’où leur surnom de polluants éternels.
 
UNE POLLUTION GÉNÉRALISÉE ET DIFFUSE
  L’une des premières conclusions du rapport de l’Académie des sciences est que la pollution aux PFAS n’est pas localisée, elle est systémique. On retrouve aujourd’hui ces substances partout : dans l’air, le sol, l’eau, les sédiments, les plantes, les animaux et même dans le corps humain.
  Alors que d’autres pollutions historiques aux métaux lourds ou aux hydrocarbures sont souvent liées à des sources industrielles identifiables, les PFAS peuvent être disséminés dans l’environnement sans frontière nette entre zones polluées et zones non contaminées. Ainsi, les voies d’entrée des PFAS dans l’environnement sont diffuses et nombreuses. Ces molécules sont très mobiles et se dispersent facilement. Elles passent des sites industriels vers les nappes phréatiques, contaminent des cours d’eau, migrent dans les aliments (2), et finissent par s’accumuler dans les tissus humains (3). Cette contamination diffuse rend extrêmement difficile la quantification précise de l’exposition humaine ou environnementale, mais les données disponibles montrent que dans leur quasi-totalité les humains sont exposés à ces polluants à des degrés divers.
  Bien que certains PFAS aient déjà été interdits, ceux accumulés dans les océans, les chaînes alimentaires et les eaux souterraines continuent et continueront de contaminer durablement l’environnement.
  Les possibilités de recyclage des PFAS sont extrêmement limitées et réservées à certaines filières comme celle des batteries. Cependant, des voies de décontamination sont possibles comme la filtration sur charbon actif dans la filière des eaux usées, la combustion à haute température (1 400 °C) des effluents industriels ou encore les ultrasons (cavitation acoustique) pour les mousses, mais celles-ci restent encore à affiner. Les travaux récents de l’équipe de Véronique Gouverneur, de l’université d’Oxford, ont montré qu’il était possible de dégrader plusieurs classes de PFAS par mécanochimie (4) sans solvant avec une récupération du fluor (5). Une autre piste prometteuse, qui fait intervenir l’eau supercritique, a récemment été mise au point par Ariane Group : Elixir. Ces deux avancées pourraient permettre de traiter des déchets fortement contaminés mais ne résoudront pas le problème de la pollution diffuse.
 
LES VOIES D’EXPOSITION HUMAINE
  Les humains sont exposés à la contamination aux PFAS par plusieurs voies6 : 
  • L’eau potable, de nombreuses campagnes de surveillance (notamment en Europe) montrent que les PFAS sont présents dans l’eau distribuée, souvent à des concentrations dépassant les seuils de santé proposés;
  • L’alimentation, via les aliments contaminés par les PFAS qui se trouvent dans les sols ou l’eau d’irrigation;
  • Des produits de consommation (utilisation de certains cosmétiques) ;
  • L'activité professionnelle, les pompiers, les militaires et les agents travaillant dans des sites produisant ou utilisant des PFAS sont les professionnels les plus exposées ;
  • In utero, par voie placentaire, et, après la naissance, via le lait maternel en fonction de l’alimentation de la mère.
  La multiplicité des sources rend l’évaluation des expositions cumulées difficile mais nécessaire, car des expositions faibles répétées peuvent avoir des effets significatifs à long terme.


  L’exposition aux PFAS intervient également dès leur synthèse et leur incorporation dans divers processus industriels, posant ainsi des questions de santé et de sécurité au travail pour ce qui concerne les salariés exposés. Le 6 février 2025, la secrétaire générale de la CGT, Mme Sophie Binet, et plusieurs secrétaires généraux de filières industrielles ont adressé un courrier au Premier ministre de l’époque, M. François Bayrou. Dans ce courrier, les signataires formulaient plusieurs propositions telles que la mise en place d’une cartographie de l’exposition, la transparence sur les produits chimiques employés, un suivi médical spécifique, la reconnaissance comme maladie professionnelle des pathologies causées par l’exposition aux PFAS et des dispositions législatives pour obliger les industriels concernés à rechercher des alternatives. En octobre 2025, les salariés CGT de l’usine Arkema Pierre-Bénite ont de nouveau exprimé ces revendications et ce alors que le groupe menace de fermer les unités de production.
 
LES ENJEUX SANITAIRES : ÉTAT DES CONNAISSANCES ET INCERTITUDES
  L’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie le PFOA de substance cancérigène pour l’humain et le PFOS de substance possiblement cancérigène. De nombreuses études portent donc sur ces deux composés. En France, l’exposition aux PFAS a été évaluée dans le cadre du programme Esteban (7), qui a mesuré 17 PFAS, sur la période 2014-2016, dans le sérum d’enfants et d’adultes. Le PFOA et le PFOS, principaux contributeurs à l’imprégnation, ont été détectés chez 100 % des participants, parmi lesquels la moitié est contaminée au-delà du seuil de sécurité actuellement admis. Cependant, les liens observés entre l’exposition à ces composés et les effets sur la santé associés ne se transposent pas nécessairement à tous les PFAS.
  En dehors du PFOA cancérigène avéré, de possibles effets sont décrits dans la littérature scientifique. Ils mettent en évidence le besoin urgent de données dans ce domaine, et donc d’études en toxicologie et épidémiologie. Les effets les mieux documentés incluent des perturbations du métabolisme lipidique (l’augmentation du taux de cholestérol dans le sang ou hypercholestérolémie) et du système endocrinien (dérèglement thyroïdien), des lésions hépatiques (augmentation du taux sanguin d’alanine aminotransférase), une diminution de la réponse vaccinale (immunotoxicité) ou une réduction du poids à la naissance (développement fœtal) (6).




 
  Certaines observations réalisées en épidémiologie humaine, comme les lésions hépatiques ou la diminution de la croissance fœtale, sont en accord avec les résultats des études toxicologiques menées chez l’animal au laboratoire. Cependant, les études concernant la toxicité des PFAS restent encore insuffisantes et doivent être complétées par un effort de recherche publique.
  Le rapport de l’Académie des sciences souligne aussi l’important degré d’incertitude scientifique : les mécanismes exacts de toxicité, l’impact de faibles doses chroniques et les effets combinés de mélanges de PFAS sont encore mal compris. La diversité même des PFAS complique l’évaluation des risques. Cette incertitude scientifique est un point central, car elle rend difficiles des décisions réglementaires basées uniquement sur des preuves solides : la toxicité de certaines substances est avérée, mais pour d’autres les données manquent encore.
 
ENJEUX SOCIÉTAUX ET RÉGLEMENTAIRES
  La réglementation européenne encadre déjà certaines substances de la famille des PFAS via le règlement REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques). Plusieurs composés, comme le PFOA et le PFOS, sont limités ou interdits dans certains usages. En janvier 2023, un consortium de cinq pays (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Suède et Norvège) a déposé un projet de restriction auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (AEPC) concernant la fabrication, la mise sur le marché et l’utilisation de PFAS dans le cadre du règlement REACH, avec le soutien de la France. Faisant suite à un plan d’action national sur les PFAS, publié en janvier 2024, la France a adopté fin février 2025 la loi no 2025-188 visant à protéger la population des risques liés aux PFAS. Cette loi intègre ces nouveaux risques dans le Code de l’environnement et interdit progressivement la fabrication, l’importation et la mise sur le marché de produits contenant des PFAS dans certains secteurs non essentiels, notamment les cosmétiques, les farts, les vêtements et les chaussures (hors équipements de protection), à partir du 1er janvier 2026. Ces interdictions ne concernent pas les produits contenant seulement des traces de PFAS. Un contrôle et des sanctions administratives en cas de violations des nouvelles interdictions posées par la loi sont prévus. Des seuils de concentration résiduelle seront définis par décret. À ce titre, un projet de décret d’application de l’article 1 de la loi 2025-188 fixant le seuil de concentration résiduelle en PFAS, hors polymères, à 25 parties par milliard (ppb) – et à 50 ppb pour les PFAS incluant des polymères – a été soumis à consultation publique en août 2025 (8).
Mais le rapport de l’Académie des sciences va plus loin : il souligne que les mesures actuelles demeurent insuffisantes pour freiner efficacement la contamination globale. Une meilleure traçabilité des PFAS dans les produits, l’interdiction totale des rejets industriels dans l’environnement et la mise en place d’une surveillance stricte de toutes les sources sont des pistes avancées.
 
RECOMMANDATIONS CLÉS DU RAPPORT
  L’Académie des sciences énonce cinq recommandations
  1. Transparence et traçabilité des PFAS; 
  2. Contrôle des rejets en milieu industriel; 
  3. Intensification des connaissances par la recherche; 
  4. Plan de recherche sur la substitution chimique des PFAS; 
  5. Remédiation par le développement de méthodes de décontamination.
  Le rapport insiste sur la nécessité d’une approche globale des atteintes de ces pollutions chimiques sur la santé humaine, fondée sur la notion d’exposome chimique, c’est-à-dire la prise en compte de l’ensemble des expositions chimiques subies par les populations et les écosystèmes, et de leurs potentiels effets croisés. La présence de PFAS est une des signatures de la pression anthropique, comme il en existe tant d’autres ; elle est constitutive l’ exposome chimique auquel nous sommes soumis. Ces polluants sont devenus un symbole des défis majeurs que pose la pollution chimique à l’époque moderne. Leur présence ubiquitaire dans l’environnement, la complexité de leurs effets sur la santé et les incertitudes scientifiques persistantes en font non seulement un sujet de préoccupation sanitaire, mais aussi un enjeu sociétal et réglementaire incontournable.
  Le rapport décrit les PFAS comme un problème « inédit » par sa complexité : ils sont à la fois omniprésents, diversifiés, difficiles à mesurer et à éliminer, et essentiels dans certaines applications industrielles — par exemple dans la transition énergétique ou l’électronique.
  En attendant, l’ampleur de la contamination aux PFAS souligne l’importance et la nécessité d’une action coordonnée à l’échelle mondiale, impliquant chercheurs, régulateurs, industriels et citoyens, pour limiter les impacts sanitaires et environnementaux et développer des alternatives durables.
  Enfin, les salariés et les citoyens ne peuvent pas être écartés des débats. Une étude de biosurveillance humaine en polluants PFAS chez les riverains des industries, intitulée PERLE et portée par l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, a été lancée en avril 2024 (9). Elle a pour objectif de connaître l’étendue des pollutions constatées dans la vallée de la chimie rhodanienne, de déterminer le niveau d’imprégnation des populations exposées, et de comprendre comment ces polluants éternels et toxiques migrent dans l’environnement et parviennent jusqu’aux organismes. Aujourd’hui, deux industriels de la plate-forme chimique d’Oullins-Pierre-Bénite, Arkema et Daikin Chemicals, ont été assignés devant le tribunal judiciaire de Lyon par 192 riverains soutenus par quatre associations environnementales locales, sur des bases de données médicales, d’analyses sanguines, et de pollution de l’eau et des sols (10).
  Un renforcement des moyens financiers et humains des plans nationaux de santé environnementale et de santé au travail est aujourd’hui indispensable et fait écho aux attentes des populations exposées, comme dans le sud de Lyon, et aux demandes de la CGT. De son côté, Le Parti communiste français propose également de renforcer les moyens de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et de l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) afin qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle dans la coordination des différents organismes et laboratoires nationaux mobilisés sur cette problématique.


(1) https://www.academie-sciences.fr/sites/default/files/2025-03/Rapport%20PFAS%20-Version%20d%C3%A9f.pdf.
(2) https://www.ineris.fr/fr/identification-principales-voies-exposition-pfas.
(3) Lucas Gaillard et al., « Polluants éternels et contamination humaine : état des lieux autour des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) », in Cahiers de nutrition et de diététique, 2024, vol. 59-6, p. 349-361 (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0007996024001639)
(4) La mécanochimie est une forme de chimie sans solvant qui utilise les forces d’impact et de frottement pour déclencher des réactions chimiques, généralement grâce à l’utilisation de broyeurs à billes.
(5) Long Yang et al., « Phosphate-enabled mechanochemical PFAS destruction for fluoride reuse », in Nature, 2025, no 640, p. 100-106 (https://www.nature.com/articles/s41586-025-08698-5).
(6) https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/exposition-a-des-substances-chimiques/perturbateurs-endocriniens/documents/rapport-synthese/impregnation-de-la-population-francaise-par-les-composes-perfluores-programme-national-de-biosurveillance-esteban-2014-2016.
(7) https://www.cancer-environnement.fr/fiches/expositions-environnementales/perfluores-et-polyfluoroalkyles-ou-pfas/.
(8) https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-de-decret-d-application-de-l-article-1-de-a3224.html.
(9) https://www.institut-ecocitoyen.fr/page.php?idp=38&idt=4.
(10) https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/31/pollution-aux-pfas-pres-de-200-riverains-de-la-vallee-de-la-chimie-pres-de-lyon-demandent-reparation-en-justice-a-deux-industriels_6664839_3244.html.
 

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