L’ ALLEMAGNE FACE AU TOURNANT DÉCISIF DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

 Où tout ce que vous avez voulu savoir sur l' Energiewende sans jamais oser le demander ! 
  La transition énergétique allemande, souvent désignée sous le nom d’« Energiewende », apparaît aujourd’hui comme l’un des projets industriels et politiques les plus ambitieux d’Europe. En cherchant simultanément à sortir du nucléaire, réduire ses émissions de carbone et transformer en profondeur son système énergétique, l’Allemagne a engagé une mutation d’une ampleur historique.
  Mais cette transformation reste profondément incertaine. Le défi n’est plus seulement environnemental : il est désormais économique, industriel et stratégique. Derrière les objectifs climatiques affichés se pose une question centrale : un grand pays industriel peut-il réussir à décarboner son économie tout en maintenant une énergie abondante, stable et compétitive ?
  Dans l’article ci-dessous, Hartmut Lauer nous propose, à la lumière des décisions passées, une réflexion sur les grands défis qui façonneront le « Wende » — tournant, énergétique et industriel de l’Allemagne.
  Bonne lecture et bonne réflexion. 
 
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  Le mot « Energiewende » est utilisé pour la première fois en 1980 dans un ouvrage de l’ Öko‑Institut appelant à un tournant énergétique sans pétrole ni nucléaire. Depuis, ce terme est devenu le symbole de la politique énergétique allemande.

  Le mot « Energiewende » a été adopté parce qu’il s’agit d’une décision radicale. Le mot « Die Wende » — le tournant, était également utilisé en 1989 pour désigner le processus de changement après la chute du mur de Berlin.

  Bien que la Loi sur les énergies renouvelables mise en place en 2000 et l’abandon du nucléaire acté en 2002 constituent des étapes importantes de la politique énergétique allemande, la transition énergétique repose essentiellement sur la feuille de route énergétique à l’horizon 2050, appelée concept énergétique « Energiekonzept », publiée par le gouvernement en 2010.

  Ce concept définissait les grandes orientations de la transition énergétique et fixait des objectifs quantitatifs notamment pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

  En 2010 les centrales nucléaires pouvaient encore bénéficier d’une prolongation de fonctionnement au titre de technologie de transition. Mais quelques mois plus tard, suite à l´accident de Fukushima en mars 2011, le gouvernement a fait marche arrière et a fixé la sortie du nucléaire à 2022.

  Le tournant énergétique a été adapté au fur et à mesure et les objectifs durcis. La Loi sur la protection du climat — Klimaschutzgesetz, vise la neutralité carbone — zéro émission nette, de l’Allemagne d’ici 2045. De plus, le système électrique devrait être pratiquement neutre en carbone dès 2035.

  Après la décision de l’abandon du nucléaire, l’Allemagne avait tablé sur le gaz russe à bon marché pour sécuriser son approvisionnement énergétique. La crise énergétique, née de la guerre en Ukraine, a changé la donne. L’Allemagne, sevrée du gaz russe dont elle était fortement dépendante, s’est trouvé confrontée à une envolée des prix de l’énergie, générant un problème de compétitivité globale de l’industrie.

  Le gaz russe a été finalement substitué courant 2022 par des importations notamment en provenance des pays d’Europe occidentale. En outre, l’infrastructure gazière a été complétée par des terminaux méthaniers destinés à accueillir le gaz naturel liquéfié — GNL.

  Tout cela n’a pas empêché la coalition gouvernementale de persévérer dans sa politique climatique dogmatique et d’arrêter définitivement les trois dernières centrales nucléaires mi-avril 2023.

  Suite à la dissolution du parlement allemand en décembre 2024 et aux élections fédérales en février 2025, l’Union chrétienne démocrate — CDU, et l’Union chrétienne-sociale en Bavière — CSU, sont parvenues à former une coalition gouvernementale avec les Sociaux-démocrates — SPD. Le nouveau gouvernement a pris ses fonctions le 6 mai 2025.

  La politique « énergie-climat » de la nouvelle coalition gouvernementale allemande peut être consultée ici.

  Le nouveau gouvernement mise en général sur la continuité de la politique énergétique du gouvernement sortant : 
  • l’objectif de zéro émission nette d’ici 2045
  • le développement massif des énergies renouvelables — notamment éolienne et solaire, 
  • l’hydrogène « vert », 
  • la sortie progressive du charbon au cours de la prochaine décennie. 
  Tout en maintenant le renoncement aux centrales à fission nucléaire, le gouvernement poursuit son objectif de construction du premier réacteur à fusion en Allemagne à partir de 2040.

  Entre 2020 et 2025, plus de 80 GW de nouvelles capacités éoliennes et photovoltaïques ont été ajoutées. En termes de puissance installée, cela correspond approximativement à 60 centrales nucléaires allemandes.

  Le gouvernement se félicite des records dans le développement de l’éolien et du photovoltaïque, toutefois leur impact sur la décarbonation de la consommation énergétique reste encore limité. C’est la consommation finale d’énergie — électricité, chaud et froid et transports, qui est déterminante, car c’est là que se joue le succès de la transition énergétique. Environ la moitié de la consommation finale d’énergie est consacrée au secteur du chaud et froid, tandis que les secteurs des transports et de l’électricité représentent chacun environ un quart. Pour atteindre la neutralité carbone en 2045, l’électrification massive des usages est indispensable.

  Alors que la part des énergies renouvelables dans la consommation brute d’électricité a augmenté de 10 points depuis 2020, leur part dans les secteurs de la chaleur et des transports progresse assez lentement. En conséquence, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie n’a augmenté que de 4,7 points au cours de la même période
 
 
 

La progression du parc terrestre entre 1995 et 2025.
 
  De plus, ce qui est déterminant c’est la différence entre la puissance installée et le volume d’électricité réellement produit, car les mégawatts installés ne reflètent que la puissance de pointe théorique. Ce qui compte, c’est l’électricité réellement fournie, qui doit en outre être disponible au bon moment. Le photovoltaïque est principalement  produit en été, alors que la demande est plus forte en hiver. Il en résulte donc des déficits saisonniers, et la facture s’avère particulièrement élevée pendant les heures de pointe.

  Les réseaux électriques sont devenus un goulot d’étranglement, car le développement des énergies renouvelables variables et du réseau ne progressent pas au même rythme. Selon le régulateur, les coûts des services système se sont élevés à environ 5,3 Md€ en 2024, plus du quadruple des coûts en 2014.

  Dans le nord, la production éolienne est écrêtée faute de lignes électriques, tandis que dans le sud, les centrales à gaz ou l’importation de l’électricité prennent le relais, ce qui entraîne une double charge.  L’Allemagne doit ainsi verser des indemnités pour l’écrêtement des énergies renouvelables variables et, parallèlement, pour leur substitution coûteuse, alors même que des capacités seraient disponibles. 
 
 
 
 
Installation d’une fondation de type Monopieu — ~ 1500 tonnes, en Mer du Nord /source RWE.

  De plus, le contenu moyen en émissions de la production d’électricité n’a diminué que de 5,6% entre 2020 et 2025 et reste avec environ 350 g CO2éq/kWh à un niveau élevé. Pour réduire les émissions, il faudrait remplacer les combustibles fossiles des centrales en backup par l’hydrogène. Mais la question de savoir si et quand suffisamment d’hydrogène « vert », à un prix abordable, sera disponible reste en suspens.

  En 2026, l’État fédéral dépensera près de 30 Md€ — notamment la prise en charge du soutien aux énergies renouvelables électriques, la subvention des tarifs d’utilisation des réseaux, la réduction de la taxe sur la consommation d’électricité et la réduction du prix de l’électricité pour l’industrie, pour atténuer le niveau des prix de l’électricité pour les entreprises et les ménages.

  Jusqu’en 2022, l’Allemagne était exportatrice nette d’électricité. Depuis la fermeture des centrales nucléaires en 2023, l’Allemagne est devenue un importateur net : environ 26 TWh ont été importés en 2024 et environ 19 TWh en 2025. Cela coûte aux consommateurs plus de deux milliards d’euros par an, alors même que la puissance installée des énergies renouvelables atteint des niveaux records.

  Le coût total de la transition énergétique reste flou. Le gouvernement allemand ne réalise pas ses propres prévisions des coûts. Il observe et analyse les études de coûts réalisées par des tiers sans toutefois adhérer aux résultats. Une étude commandée par la Chambre de commerce et d’industrie estime les coûts pour la poursuite de la politique énergétique actuelle allant jusqu’à 5.400 Md€ pour la période 2025 – 2049.

  Bien que tous les potentiels des renouvelables soient exploités, l’objectif est maintenant d’obtenir des coûts énergétiques durablement bas et prévisibles, compétitifs au niveau international et garantir la sécurité d’approvisionnement énergétique.

  Même si un « nouveau départ » de la transition énergétique a été annoncé, l’année 2025 restera au final surtout une année de transition politique, au cours de laquelle seules quelques initiatives législatives ont été menées à bien. Les prochaines années détermineront si le nouveau gouvernement allemand parviendra à réaliser ses objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre tout en gardant à l’œil la sécurité d’approvisionnement et les coûts énergétiques.

  Le tournant énergétique est un projet mammouth – probablement le plus grand programme d’investissement de l’histoire de la République Fédérale d’Allemagne. L’Europe, et la France en particulier, devraient suivre de près son avancement et les résultats obtenus.

  Ce site parle des progrès – réels – mais aussi de la complexité de ce projet de transformation socio-économique et d’investissement, vus par un Allemand ayant travaillé dans le secteur de l’électricité en Allemagne et en France.

  Les idées reçues sur la transition énergétique allemande sont légion en France. Pour les uns c’est un modèle à suivre, pour les autres c’est un véritable fiasco. Sur la base des informations référencées sur des sources officielles, les lecteurs pourront se forger une opinion éclairée sur la transition énergétique allemande et en déduire d’éventuelles pistes pour la France.
 

FAYL-BILLOT, PIERREMONT-SUR-AMANCE ET PRESSIGNY : USINE ÉOLIENNE : LA DEMANDE POUR RELANCER LES 17 ÉOLIENNES DÉPOSÉE EN PRÉFECTURE

 
Coucou ! Les revoilà !
  Après l’annulation de l’autorisation d’exploiter l' usine dite « Haut Vannier » par la Cour administrative d'appel — CAA, le 30 décembre 2025, lire Épisode précédent, et l’arrêt des 17 éoliennes depuis mai 2024, le propriétaire de l'usine — The Renewables Infrastructure Group — TRIG, société londonienne spécialisée dans l’investissement dans les énergies renouvelables — s’était vu accorder par la préfecture un délai maximal de 12 mois pour déposer une nouvelle demande d’autorisationcomme le prévoit le Code de l’environnement, article L. 171-723 octobre 2023
 

 Source
 
  Sans surprise, cette procédure de régularisation a bien été engagée par la société gestionnaire du site, Velocita Énergies1. Pour constituer et déposer le dossier en préfecture, TRIG a mandaté la société franc-comtoise Opale Énergies Engagées1. 
 
1. CV de Velocita Énergies C'est acteur français spécialisé dans le développement, le financement, la construction et l'exploitation d' usines éoliennes. Depuis 2016, Velocita Énergies est la filiale française du groupe Envision Energy, 2e fabricant mondial de turbines éoliennes — en termes de capacité installée en 2023. C'est une SAS — Société par Actions Simplifiée, dont le siège social est situé à Paris Montparnasse, avec des antennes régionales à Lyon et Rennes et dont les dirigeants sont : ZHOU Feng, ZHANG Xu — depuis 2025, et CARADEC Éric — depuis 2016. Elle exploite sur le secteur les usines dites « Sud Vannier » — Tornay/Belmont, Haute-Marne; « Entre Tille et Venelle » — 16 éoliennes — Avelanges / Marey-sur-Tille / Selongey / Villey-sur-Tille, Côte-d'Or et « Haut Vannier ». Toutes ces usines sont équipées d'éoliennes... Envision Energy. CQFD ! 
- CV Opale Énergies Engagées : c'est est une SAS spécialisée dans la gestion de fonds. Créée il y a 8 ans, le 12 juin 2018, elle accompagne le développement de projets énergétiques via sa structure juridique dédiée. Son siège est à Fontain — Doubs. Ses dirigeants sont : GRAND Arnaud — depuis 2023, CACIO Antoine — depuis 2023, société SNOWDONIA — depuis 2018. Opale a souvent travaillé en partenariat avec Velocita Énergies. Dans de nombreux cas, Opale assure l'acceptabilité local — le contact avec les maires, les propriétaires terriens et les études de terrain, tandis que Velocita apporte la puissance financière et technologique — via le groupe Envision. En résumé, si Velocita est le « géant » industriel du duo, Opale est le « visage local »..
 
  Selon le calendrier prévisionnel établi par Opale, le dépôt du dossier devrait intervenir d’ici la fin du mois de juin 2026. Ce document indique également qu’une réunion avec la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement — DREAL, s’est tenue le 5 mai dernier.
  Vous trouverez ci-dessous le calendrier prévisionnel communiqué par Opale aux maires des communes concernées, détaillant les différentes étapes de la procédure et envisageant une nouvelle autorisation préfectorale permettant un redémarrage de l'usine éolienne entre la fin 2026 et le début 2027
  Comme toujours, chez ces gens là, l'optimisme est de mise !... 
 
 

 Source : Opale / Résumé non technique
 
  À noter que ce calendrier précise :
  • En mai, les communes concernées par ce nouveau projet ont toutes reçu un Résumé non technique; 
  • En juin, un Comité de projet sera organisé : depuis 2023, la loi Loi relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables — APER, impose l’organisation d’un comité de projet avant tout dépôt de demande d’autorisation environnementale — DAE. Cette réunion a pour objectif de présenter le projet aux élus des communes concernées ainsi qu’aux communes situées à proximité, mais aussi de répondre à leurs interrogations et observations
  • En septembre, l'enquête publique est envisagée ?
  L'heure est venue de sonner le tocsin et de lever le ban pour, une fois pour toutes, bouter les Saxons hors de nos terres et briser l'influence de leurs alliés de l'intérieur.
 
EN AVANT TOUTES ! 
 
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SOMMERÉCOURT : USINE DE MÉTHANISATION : LA LEVÉE DES SANCTIONS PRÉFECTORALES

 
   On se souvient qu’en août 2025, à la suite d’une pollution du Mouzon imputée à l’usine de méthanisation, la préfecture avait pris plusieurs mesures d’urgence afin de limiter les conséquences environnementales de l’incident. Voir ci-devant. 
  Depuis, les exploitants du site semblent avoir engagé les actions correctives demandées par l’administration. Par un arrêté en date du 6 mai 2026, portant « levée de mise en demeure », la préfecture a ainsi abrogé l’ensemble des arrêtés liés à cette affaire1.
 
 
 
 1. À noter également qu’un des arrêtés mentionnés dans la décision préfectorale — le n°52-2026-02-00177 du 25 février 2026 — ne semble pas avoir été publié sur le site internet de la préfecture, sauf omission de notre part. Après vérifications, il apparaît que cette situation — consistant à publier un arrêté de « levée de mise en demeure » sans que l’arrêté initial de « mise en demeure » n’ait été rendu public — ne serait pas un cas isolé au sein des services préfectoraux.
 
 
 

  À ce stade, les risques pour le Mouzon et sa population piscicole paraissent donc écartés.
  Cette décision ne doit toutefois pas conduire à relâcher la vigilance. Comme ailleurs, les installations de méthanisation nécessitent un suivi attentif afin de prévenir tout nouvel impact sur l’environnement.
 

 
 
 
 Source
 
 
 
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