Salaires non payés, nouveaux contrats de travail imposés : les étranges pratiques du « low cost du déchet »

Des salaires non versés pendant deux mois, l’accès aux locaux fermés, les outils de travail retirés : telle est la sanction qui a frappé les éboueurs du Syndicat intercommunal de la vallée de la Chevreuse, en région parisienne. La petite centaine de salariés avait refusé de signer un nouveau contrat de travail, qui entérinait des baisses de salaires et une dégradation des conditions de travail. Les élus ont leur part de responsabilité : en confiant le marché à un nouveau prestataire, Sepur, considéré comme le « low cost du déchet », ils cherchaient à économiser des centaines de milliers d’euros par an. Enquête.
Depuis le 1er novembre 2018, un conflit social fait rage dans la vallée de Chevreuse, au sud de Paris. Les éboueurs du Syndicat intercommunal des ordures ménagères (Siom) n’ont pas été payés pendant deux mois car ils refusent de signer de nouveaux contrats de travail – impliquant baisse de salaire et dégradation des conditions de travail – imposés par leur nouvel employeur. Les éboueurs du Siom ramassent les poubelles et déchets ménagers de 200 000 habitants de dix-neuf communes de l’Essonne et deux des Yvelines [1]. L’entreprise prestataire était une filiale de Veolia. Le 20 septembre 2018, l’établissement public, géré par les élus locaux, attribue le marché à un nouveau prestataire, Sepur, propriété du fond d’investissement Fondation capital. C’est alors que les problèmes commencent, lorsque Sepur présente les nouveaux contrats de travail à la petite centaine de salariés de la filiale de Veolia, transférés vers leur nouvel employeur suite à la décision du syndicat intercommunal.
« En octobre, lors d’une réunion non-officielle, la DRH nous a présenté les nouveaux contrats de travail. C’était une catastrophe », raconte Steeve Avisse, le délégué syndical des éboueurs du Siom. Le seuil d’heures mensuelles maximum passe de 130 heures à 250 heures. Des salariés dont l’ancienneté dépasse 20 ans de travail « vont perdre entre 300 et 600 euros par mois ». S’y ajoute une clause de mobilité, qui permet à l’employeur de muter un salarié en seulement 48 heures « n’importe où en Île-de-France et sur les départements limitrophes », où Sepur gère d’autres contrats. « Le tout sans aucune contrepartie financière ! » Les salariés devront aussi travailler le dimanche. Enfin, la clause qui les autorisait à rentrer chez eux une fois leur tournée terminée, le « parti-fini », disparaît.
« Tous les jours, nous venons devant notre lieu de travail, avec l’impossibilité de nous remettre au boulot »
La direction, raconte Steeve Avisse, a « voulu nous faire passer une formation à la va-vite, et nous faire signer les contrats par la même occasion, en nous prenant individuellement ». En réaction, les éboueurs se mettent en grève une journée, le 1er novembre 2018. Puis décident de reprendre le travail, mais sans signer les nouveaux contrats. « Et là, on n’a pas compris. On ne nous a donné accès ni a nos équipements de protection individuels, ni aux plannings, ni aux camions, témoigne le délégué syndical. Du coup tous les jours, nous venons devant notre lieu de travail, avec l’impossibilité de nous remettre au boulot. Un huissier et l’encadrant de Sepur nous ont même interdit l’accès à l’agence. »