mardi 23 juillet 2019

Andrea Camilleri n’est plus…





 

À l’annonce de la mort d’Andrea Camilleri, une grande tristesse m’a envahie. Il y a des morts qui marquent plus que toute autre la fin d’une époque ; des morts qui ont le triste privilège d’indiquer les détours d’une histoire en marche, qui sonnent comme un « avertissement ». Celle-ci m’a ramenée aux textes que le socialiste révolutionnaire Carlo Rosselli avait écrits après le décès en exil du socialiste italien Claudio Treves, ou à celui que Léon Trotski avait rédigé en 1915 après la disparition du socialiste français Edouard Vaillant. Pour paraphraser le fondateur de l’Armée Rouge, tant que Camilleri était là, « une liaison vivante subsistait » avec le passé « héroïque » de la gauche italienne, celle qui avait été au cœur de la culture politique et intellectuelle de l’Italie d’après-guerre, du cinéma à la littérature en passant par la philosophie[1]. Mais Andrea Camilleri n’est plus, alors que l’Italie républicaine vit l’une des périodes les plus sombres de son histoire.

Le romancier, le militant, le citoyen n’avait cessé de dénoncer ces nouveaux monstres qui ont saisi les rênes du gouvernement en mars 2018 : ceux du Mouvement 5 étoiles, d’abord, avec lequel certaines figures intellectuelles de gauche avaient sympathisé (pensons à Erri de Luca ou au Prix Nobel de littérature Dario Fo), puis ceux de la Lega de Matteo Salvini, qu’il dénoncera sans relâche, voyant dans sa popularité grandissante auprès d’une partie significative de la population italienne, l’incarnation d’un « refoulé de la République », d’une culture antidémocratique réactionnaire qui a survécu au fascisme et qui semble aujourd’hui avoir recouvré droit de cité dans la péninsule[2]. Il le définira comme le pire côté des Italiens, « celui que nous avons toujours caché ». Désabusé, le vieil homme confiera en 2018 : « À 93 ans, à un pas de la mort, je me trouve dans la situation de devoir laisser en héritage à mes petits-enfants un pays que je ne m’attendais pas à quitter ainsi. Et pour cette raison, il me semble que j’ai échoué en tant que citoyen »[3]. Un échec qui a dû peser lourd sur les épaules de cet homme qui avait connu le fascisme, devenu bien malgré lui, au crépuscule de sa vie, le témoin importun et inopportun d’une Italie à la dérive qui s’enfonce imperceptiblement, sur fond de crise économique, dans une crise sociale, politique et morale.

Andrea Camilleri avait dit ne plus vouloir se déplacer pour voter, tant il paraissait vain à ce romancier devenu aveugle de contribuer par un bulletin dans l’urne à la reconstitution d’une gauche de gauche capable d’agir dans le cadre du désastre italien. Et pourtant, il n’avait eu de cesse d’interpeller les intellectuels devenus, selon lui, indifférents au monde dans lequel ils vivent[4]. En 2014, il avait encore soutenu la présentation de la liste « L’ Altra Europa con Tsipras », qui créa la surprise avec 4% des voix, un résultat d’autant plus étonnant que cette formation n’avait bénéficié que d’une couverture médiatique limitée. Ce regroupement rassemblait des activistes des mouvements sociaux, notamment du No Tav (mobilisation dans le val de Suse contre le train à grande vitesse Turin-Lyon), et des intellectuels et journalistes (Barbara Spinelli, Marco Revelli). Un mélange des genres qui cherchait à situer son combat sur le terrain européen et qui avait soulevé l’espoir de fonder une expression transnationale de la gauche antilibérale. En 2016, il sera en première ligne pour lutter contre la révision de la Constitution promue par Matteo Renzi soulignant qu’elle était « l’esprit de la Résistance traduit en droit »[5]. En 2018, il poursuivra sa bataille sans relâche pour stigmatiser la Lega de Salvini et le Mouvement 5 étoiles.

On a du pétrole mais on n’a plus d’idées

Loïk Le Floch-Prigent




 

Lors des chocs pétroliers successifs à partir de 1973, le Gouvernement Français avait inventé en 1976 le slogan « on n’a pas de pétrole, mais on a des idées » pour redonner espoir à la population du pays pour laquelle au rationnement succédait un renchérissement des produits pétroliers.

Nous n’en sommes plus là ! On savait déjà, à l’époque, que notre sous-sol disposait de réserves non conventionnelles, devenues plus tard dans le langage courant « pétrole et gaz de schistes », mais le prix d’extraction était tel que personne n’envisageait une production nationale. C’est l’époque où les recherches ont porté sur l’énergie solaire, la géothermie…et la filière hydrogène puisque l’on envisageait de multiplier les centrales nucléaires pour réaliser l’électrolyse de l’eau et thésauriser un précieux hydrogène moins cher que celui issu des raffineries de pétrole ou des reformeurs de gaz naturel ! Toutes les économies d’énergie étaient étudiées avec soin, donnant lieu à ces fameuses « idées » dont nous estimions être les détenteurs.

L’histoire est cruelle, notre pays a banni l’exploration et la production de pétrole et de gaz sur son sol, veut fermer des centrales nucléaires, et souhaite généraliser les produits venant d’Asie autour de l’énergie solaire, l’énergie éolienne et les batteries électriques. Il est clair que cette politique est une quadruple peine, on continue à importer des hydrocarbures (pétrole et gaz) l’équivalent du déficit de notre balance commerciale, on importe aussi éoliennes et panneaux solaires, notre prix d’électricité augmente, notre compétitivité industrielle qui n’avait pas besoin de cela décline encore et on met au rencart des installations amorties et rentables, autrement dit en termes économiques on mène une politique de gribouille.

Mais ces idéologues qui mènent le combat contre les énergies d’origine fossile et contre l’énergie nucléaire pleurent aussi sur notre endettement excessif et la montée du chômage, ils vont même jusqu’à entonner le clairon de la désindustrialisation !

Je pense qu’il est temps de les mettre devant leurs responsabilités.

Lorsque l’on prend une décision, il faut en accepter les conséquences et surtout les anticiper.

Après un programme de nucléaire civil conduisant à l’électrification du pays à partir de 58 réacteurs fournissant plus de 75% du pays, les anti-nucléaires ont marqué les esprits des décideurs politiques qui ont arrêté net les programmes préparant les matériels nouveaux (mise en sommeil de Super Phénix de Creys-Malville en 1997). Les compétences industrielles n’ont pas été maintenues, le nouveau programme lancé (EPR de Flamanville 3) a connu des ratés augmentés par les conséquences normatives de l’accident de Fukushima. C’est ainsi, entre autres, que le nouveau réacteur normand connait des retards terribles et des surcouts désastreux. Si l’on y rajoute la tragi-comédie de la fermeture de la centrale de Fessenheim décidée sur un coin de table politique pour gagner des voix lors de l’élection présidentielle de 2012, on commence à mesurer l’imprévoyance de nos décideurs. En ce qui concerne notre production électrique, nous sommes donc partis collectivement sur un affaiblissement de notre potentiel de production pilotable au profit d’un investissement considérable dans l’intermittent (solaire ou éolien) incapable de satisfaire notre consommation sans compter sur l’importation en cas de difficultés.

Mais cette lutte mortifère s’est aussi accompagnée d’un combat tout aussi acharné contre le charbon, le pétrole et le gaz, pour le coup en référence au changement climatique et à l’émission de CO2, gaz carbonique, à origine de combustion d’hydrocarbures. Alors qu’une crise due au surinvestissement écrasait à partir de 2005 le secteur pétrolier et gazier, les coups de butoir contre les fossiles dans notre pays fragilisaient le secteur dit « para pétrolier », c’est-à-dire les sous-traitants des producteurs. Les sociétés concernées ont fait la une Vallourec (les tuyaux) avec sa filiale Ascoval, la Compagnie Générale de Géophysique (ou CGG), Technip (ingénierie), tandis que l’offensive sur le carburant diesel amputait progressivement l’industrie automobile nationale et celle de ses composants. 


« Gouverner c’est prévoir » dit l’adage, hé bien chez nous, pas du tout, on décide des mesures et après on se lamente. Mais ici ce n’est ni la mondialisation ni la faiblesse technique qui ont mis en péril les industries nationales, ce sont les décisions du pouvoir politique avide du soutien de l’écologie politique pour convaincre les électeurs. Notre compétence s’effrite donc et nos industriels essaient désespérément de trouver des remèdes pour conserver aptitudes et emplois chez nous. Nous ne voulons plus de pétrole et de gaz chez nous, nous en importons, nous méprisons les sociétés qui en sont les promoteurs et nous les montrons du doigt lorsqu’elles veulent survivre…grâce à la politique de tous les pays sauf le nôtre.

La société Technip a failli mourir de l’absence de marché intérieur qui ne représente plus que 1% de son chiffre d’affaires. Elle a tenté une manœuvre de rapprochement avec la CGG interdite par le pouvoir politique. Elle n’a du son salut qu’à un rapprochement avec son partenaire américain FMC. J’ai soutenu en son temps cette solution présentée, à tort, comme une américanisation de ce fleuron français. Mais il fallait réfléchir, comment survivre à partir d’un pays qui veut éradiquer le pétrole et le gaz de la planète alors que ses compétences sont sur ce secteur d’activités ? Comment demeurer un commerçant mondial d’alcool à partir d’un Etat qui promeut la prohibition (l’Arabie Saoudite par exemple). Technip a fait le bon choix en s’expatriant, non aux USA mais en Grande Bretagne et en maintenant les activités essentielles, le personnel, en France. Ce qui est arrivé dans cet univers national anti pétrole et gaz est un miracle ! Certes le PDG et la Directrice financière sont américains, mais cette fusion a conduit à la première compagnie mondiale de projets intégrés Subsea (mer profonde) , à un renouveau de commandes nouvelles, à une confiance des investisseurs (le titre a repris 20%) , à un maintien du maximum du personnel français tandis que des coupes avaient lieu aux USA et en Norvège, à la construction du pole technique Technip-FMC à Nanterre qui regroupera 3500 personnes , au maintien des 8 sites français …Technip-FMC est devenu la référence mondiale dans le Gaz Naturel Liquéfié (GNL) avec la réussite extraordinaire de Yamal en Russie (Total-Novatek) et celle de Prélude en Australie (Shell). Technip-FMC est présent sur tous les continents, subsea, onshore, offshore, surface et les techniciens viennent de Six nationalités avec 30% de femmes, l’implantation française a donc été maintenue dans notre pays, celui qui prône la prohibition et qui interdit à notre producteur national d’être sponsor des Jeux Olympiques !

Il faut nous réveiller, notre économie mondiale va évoluer lentement vers un autre mix énergétique, comme cela a toujours été le cas, en attendant il faut améliorer les rendements, utiliser et traiter les émissions de CO2 et les autres gaz plutôt que de les envoyer dans notre air, il faut faire des économies, encourager le développement durable , expliquer et comprendre, mais on ne jette pas l’anathème sur ce qui fournit 80 % de l’énergie mondiale à partir d’un petit pays qui aime mieux importer les hydrocarbures que produire ceux qui sont dans son sous-sol , nous avons du pétrole et du gaz, mais nous n’avons plus d’idées , nous avons adopté une idéologie mortifère. 


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lundi 22 juillet 2019

Assemblée nationale, impact des énergies renouvelables : audition de M Potiron, Nozay, Loire-Atlantique et de l' ANSES

Assemblee-nationale.fr
17/07/2019

-326 animaux morts prématurément en 7 ans

-" Vous dîtes [représentante de l' ANSES] nous avons trouvé très peu d'études sur l' homme. Si je comprend bien, on a multiplié les éoliennes. On a davantage d'études sur tous les mammifères. Le seul mammifère qu'on aurait oublié d'étudier, se serait l'humain?[...] On aurait pu penser qu'on fasse des études expérimentales avec de mettre des éoliennes à 500m? On d'abord mis les éoliennes et après on regarde."
Julien Aubert, président de la commission  

"Les failles d'eau passent sous notre maison d'habitation. Donc bâtiments d'exploitation et maison d'habitation. Et l'eau véhicule les nuisances qui viennent par le sol. Les fuites électriques, les câbles 20 000 Volts qui sont enterrés qui relient les machines les unes aux autres qui posent problème. C'est une pollution électrique."
M Potiron


Tout le scandale de l'éolien qui fait souffrir les êtres et qui tue, directement ou indirectement, résumé dans ces interventions. 

Mais qui s'en soucie vraiment? Tout le monde ou presque s'en fout : le gouvernement, les pouvoirs publics, les élus, les syndicats, les ONG, les médias, la population.

Les indigènes ruraux sont sacrifiés sur l'autel du quatuor mortifère : l' Etat, l'Utopie écologique, le Business et ... la passivité insondable des citoyens!




photo : @AP 

Voir et écouter
M. Didier Potiron, exploitant agricole

Lire également
Depuis l’ouverture du parc éolien de Nozay, les vaches meurent et les humains sont malades


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Australie, électricité : la fin programmée des subventions pour le solaire et le vent




L'énergie éolienne et solaire font toujours l'objet de subventions massives (et apparemment sans fin). Sauf qu'il y a toujours une fin.


 

Le programme australien de développement des énergies renouvelables à grande échelle expire en décembre 2030. L'objectif d'une production annuelle de 33 000 GWh devait être atteint d'ici 2020. Toutefois, les capacités éoliennes et solaires réellement livrées au réseau l'année prochaine sont loin d'atteindre cet objectif, ce qui a entraîné une énorme amende de 65 $ pour chaque MWh non atteint ; les subventions et amendes s'ajoutent aux factures (déjà très élevées) des détaillants en électricité, qui doivent payer le " déficit " de production de chaque MWh en électricité.

L'incapacité de fournir de l'électricité au moment et à l'heure où les consommateurs en ont besoin signifie que le vent et le soleil intermittents et chaotiques n'ont aucune valeur commerciale, sauf pour les subventions qu'ils attirent. Dans le cadre du programme Renewable Energy Target - Objectif d'énergie renouvelable (LRET) , le certificat d'énergie renouvelable, alias certificat de production constitue la subvention. Pour un aperçu du fonctionnement de cette arnaque, consultez notre article : un billet pour Oblivion : Australie : 60 milliards de dollars de subventions pour les éoliennes et l'énergie solaire jusqu'en 2031

[Large-scale Renewable Energy Target (LRET) : incitation financière à la création de centrales éoliennes, solaires ou hydroélectriques de grande taille par un système de certificats (Large-scale Generation Certificates - LGCs) émis pour chaque MWh d'électricité renouvelable produit par ces centrales, certificats que les producteurs vendent aux fournisseurs d'électricité qui les remettent en fin d'année au Clean Energy Regulator pour attester de leur conformité aux objectifs annuels du programme RET.]

Source : Énergie en Australie

À l'origine, le LRET était destiné à aider l'"exaltante" filière éolienne à grandir ; puis parvenue à "maturité", elle n'aurait plus besoin de subventions, d'où la date butoire de décembre 2030. Sauf que les affairistes d'énergie renouvelable que l' Etat a rendu accro à la subvention, redoutent le sevrage et ses conséquences financières et industrielles.

Judith Sloan, rédactrice en chef du magazine australien Economics, reprend le fil de discussion ci-dessous.


La route, autrefois bien aisée vers les richesses du vent et du soleil, n'a pas été reconduite

Crédits carbone : le système type "compensation", efficace ou non?



Commentaire : quand la "magie" verte des pseudos écolos sauveurs du monde et au-delà, montre ses limites.

 “finance gap”*
Définition : un gap est l'écart qui sépare le cours de clôture d'une séance de bourse ou de cotation des différents actifs (monétaires, financiers, matières,…) et le cours d'ouverture de la séance suivante. Le gap est utilisé dans l'analyse technique par les investisseurs qui considèrent que le cours de clôture précédant le gap fait office de support en cas de baisse de la valeur de l'actif ou inversement de résistance en cas de rebond des cours.
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Ne dites plus compensation : de la compensation à la contribution

César Dugast Renaud Bettin et du cabinet de conseil Carbone 4
12/07/2019




À l’origine, les “crédits carbone” ont été créés pour permettre aux 37 pays et entreprises engagés dans la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre dans le cadre du Protocole de Kyoto de se mettre en conformité avec les plafonds d’émissions qui leur étaient imposés.

En cas de dépassement du “cap” d’émissions, les obligés pouvaient alors contrebalancer leurs émissions excédentaires en finançant un projet bas carbone ayant lieu dans un pays non contraint par le Protocole, et revendiquer la possession de la réduction.
Puis vint le temps du marché volontaire de la compensation carbone. Tous les acteurs, et notamment les entreprises, ont eu massivement recours à cet instrument pour “compenser” leurs propres émissions.
Nul besoin réglementaire ici ; il s’agissait d’acheter autant de crédits carbone que ce que l’entreprise émettait sur un périmètre donné, pour avoir le droit de revendiquer une “neutralité carbone” de bon aloi. L’intégralité des émissions d’une entreprise pouvait alors disparaître derrière un zéro magique, tant qu’elle formulait le vœu pieux de “réduire les émissions au maximum avant de compenser”. 

 
Le terme “compenser” renvoie à un imaginaire trompeur
Mais ce mécanisme pourtant vertueux (en tant que levier de financements additionnels pour la finance climat) souffre depuis plusieurs années d’une réputation dégradée, liée à son utilisation abusive et à un certain nombre d’écueils structurels.


1. Une non-réduction chez soi est équivalente à une réduction chez quelqu’un d’autre : FAUX
Certes, le dérèglement climatique étant un problème planétaire, une tonne de CO2 émise chez soi ou ailleurs aura le même effet sur le climat. Mais pour viser la neutralité carbone mondiale en 2050, nul ne peut se soustraire à ses propres efforts de réduction.
Chaque secteur, chaque entreprise doit se placer sur une trajectoire de décarbonation compatible avec un réchauffement limité à 1,5°C/2°C, et l’effort ne peut pas être “externalisé”. Acheter un crédit carbone, c’est-à-dire cofinancer le projet de réduction de quelqu’un d’autre, est une pratique à encourager, mais qui ne pourra jamais se substituer à ses propres efforts. 


2. Une émission chez soi peut être immédiatement contrebalancée par une réduction ou une séquestration carbone ailleurs : plutôt FAUX.
En termes de temporalité, réduire ailleurs plutôt que chez soi est en effet équivalent si le projet financé induit une réduction immédiate des émissions. Mais c’est faux, par exemple, lorsque le crédit carbone est issu d’un projet forestier : la séquestration du CO2 a lieu sur des décennies de croissance de l’arbre, et non pas à la date d’achat du crédit. À l’heure de l’urgence climatique, où les fenêtres temporelles d’action sont si minces, la nuance est de taille. Par ailleurs, il n’est jamais garanti que le carbone stocké restera en place (c’est-à-dire dans l’arbre) suffisamment longtemps, car les forêts ne sont jamais à l’abri des aléas climatiques (incendies, vents violents…) de maladies ou de la déforestation liée à une activité humaine. 


3. L’achat d’un crédit carbone permet de soustraire autant d’émissions de son propre bilan d’émissions de gaz à effet de serre : FAUX
C’est même interdit par tous les organismes de référence (UNFCCC, Science Based Targets Initiative, Bilan Carbone, ISO 14064, GHG Protocol…) faisant autorité sur le reporting climat des organisations. C’est d’ailleurs pour cela que Carbone 4 préconise l’adoption d’une nouvelle comptabilité carbone afin de rendre compte plus justement des impacts sur le climat (voir plus loin). 


4. La compensation carbone incite à se défausser de ses propres obligations : VRAI
C’est la rengaine habituelle : la compensation comme achat de conscience, version XXIème siècle des indulgences de l’Église catholique au Moyen Âge, etc. Et ce n’est pas étonnant : dès lors qu’un dispositif laisse miroiter l’idée qu’il est possible d’annuler ses mauvaises actions (les émissions) par l’achat de bonnes actions (crédits carbone bon marché), il est d’emblée très tentant de ne pas consentir à ses propres efforts de réduction sur sa chaîne de valeur.
Aujourd’hui, après plus de quinze années d’existence de cet instrument, une large majorité d’entreprise reste réticente à utiliser la mal-aimée compensation carbone. Et c’est bien dommage, quand on connaît la valeur et la robustesse des marchés volontaires du carbone, et leur capacité à lever des fonds pour le développement bas carbone, la transition écologique et l’amélioration des conditions de vie des populations.


Réinventer la sémantique pour réinventer notre rapport à la finance carbone
Pour gagner la bataille climatique, chacun doit faire les efforts nécessaires pour réduire ses émissions à des niveaux compatibles avec un réchauffement de +1,5°C/+2°C. Mais dans un esprit de solidarité, et parce que les flux financiers en faveur du climat doivent absolument se multiplier, le financement de la transition au-delà des son périmètre doit également être encouragé.
Or, tant que la compensation sous-entendra qu’il est possible de “posséder” des réductions d’émissions effectuées par d’autres pour cacher ses propres émissions, les critiques et la méfiance perdureront, à juste titre.

Sauver les humains et la planète ou comment vaincre le business des exploiteurs?

voisinedeoliennesindustrielles


Commentaire : " Quand tu sauras qu'ici l'autorité est entièrement du côté des hommes, tu ne douteras pas, mon cher Aza, qu'ils ne soient responsables de tous les désordres de la société. "
Françoise de Graffigny (1695-1758), Les Lettres d'une Péruvienne, 1747


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Voir et ne pas se décourager, commencer par un bout la déconstruction d'un monde invivable avec l'espoir de vaincre


J'ai demandé à ma cadette de m'apporter de Berne où elle habite, un pantalon de yoga pour sa soeur qui a son anniversaire. Réponse: "non, je ne mets plus les pieds dans des magasins qui détruisent les humains et la planète."

Bon, on ne peut pas élever ses enfants dans la conscience sans risquer de se prendre ce genre de claque dans la figure. Je pourrais lui répondre, comme le font la plupart à nos arguments contre les éoliennes, qu'elle peut aussi balancer son ordinateur, son téléphone portable et autres outils voraces en chair humaine et surfaces terrestres. Mais je ne vais pas sombrer dans cette facilité, je sais bien que tout est fait pour rendre indispensables ces gâcheurs de vie et que si certains se mobilisent pour des vêtements équitables, d'autres pour des productions d'énergie adaptées à nos stricts besoins et dans le respect des hommes et de l'environnement, ils aident à empêcher le pire en attendant le meilleur. Je ne vais pas culpabiliser ma fille de ne pas être conséquente jusqu'au bout, mais l'encourager à rester vigilante et active.

Tu as raison ma fille, refuse de participer à ta manière, un autre monde est possible. J'ai toujours apprécié cet espoir. Il y a des combats ouverts partout, parce que de plus en plus de gens ne veulent plus fermer les yeux et ne veulent plus accepter leurs règles du jeu : les promoteurs, les entreprises minières, les banques, les commerçants, les gouvernements, les autorités auto-proclamées, basta!

L'or :


Les enfants trinquent


Le cobalt et les promesse d'un monde meilleur avec les voitures électrique :

 




Les enfants trinquent


Des mines à ciel ouvert qui mettent en danger des régions entières, comme ici à Aznalcollar, en Espagne où l'argument de l'emploi est utilisé pour faire taire les inquiets :



Tout le monde trinque 

 


Les vêtements :


Tout le monde en profite...


Merci à ceux qui se battent contre toutes ces formes de pouvoirs assassins, comme les Anarchistes d' Exarcheia en Grèce, à Athènes. Entre résistance et aides aux rejetés de la mondialisation, jour après jour ils se battent, ils donnent leur vie pour les autres. Merci encore et encore à tous ceux qui disent non et qui agissent.



Et courage!


dimanche 21 juillet 2019

La « réforme » des retraites, une réforme de trop ?

Jacques Sapir
20/07/2019


Commentaire : réfléchissons et essayons d'y voir plus clair. Un nouveau point de vue.

Une tendance se dessine chez les politiques : comme on vit plus vieux, on travaillera plus longtemps. Cette équation pourrait dans l'avenir, 50 ans, 100 ans, être synonyme de "travail jusqu'au trépas", sans retraite, pour de fort nombreux salariés non?
Aussi, pour ne pas gagner sa fin de vie à la perdre, ne vaut-il pas mieux être libre du temps qu'il nous reste à vivre?


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Il est donc établi que le gouvernement veut aller en profondeur sur la réforme des retraites, à défaut d’aller vite comme on pouvait le penser au début du mois de juillet. La volte-face du Premier-ministre, tout d’abord décidé à passer en force quitte à désavouer partiellement Jean-Paul Delevoye, le « monsieur Retraites » nommé l’an dernier, et qui aujourd’hui annonce une nouvelle année de « concertation » est instructive. Elle montre que le pouvoir à peur, et qu’il veut par dessus tout ne pas perturber les élections municipales de mars 2020.

Mais, ce pouvoir, d’Emmanuel Macron au Premier-ministre est bien décidé à faire cette réforme des retraites qui n’est autre – sur le fond – que celle que nous préparait François Fillon lors de la campagne présidentielle de 2017.

Les recommandations de Jean-Paul Delevoye
Jean-Paul Delevoye a donc dévoilé jeudi 18 juillet ses recommandations. Comme prévu et annoncé, il préconise la fin des 42 régimes de retraite existants, au profit d’un système de retraite “universel”, où chaque euro cotisé donne les mêmes droits à tous les Français : fonctionnaires, salariés, professions libérales, agriculteurs, indépendants. Cela ne tient pas compte des différences de situations. Ainsi, un travailleur du bâtiment, un des métiers les plus pénibles et les plus exposés aux accidents du travail, sera soumis aux mêmes règles qu’une personne assise dans son bureau. Un conducteur de la SNCF, soumis à un stress important, maintes fois documenté dans des études de la médecine du travail, sera mis au même niveau qu’un cadre ou qu’un quelconques bureaucrate.

Cette réforme prévoit de préserver en l’état l’âge légal de départ à la retraite. Il reste fixé à 62 ans. Mais, cela n’est qu’une apparence. En effet, un système de décote/surcote est proposé à partir de 64 ans sans tenir compte de l’ancienneté dans le travail. Car, si dans certaines professions on commence tardivement – il en est ainsi pour les professions exigeant des niveaux d’éducation importants – dans d’autres on commence à travailler jeune. L’objectif affiché est ouvertement d’inciter au “prolongement de l’activité” et ainsi garantir l’équilibre financier, précaire, du système de retraite. Mais, la moitié des actifs dans la tranche d’âge de 55 à 65 ans sont sans travail. Bien souvent, la décision de continuer ou pas de travailler au-delà de 55 ans ne dépend pas du travailleur mais de son patron.

Jean-Paul Delevoye soutient aussi la création d’un dispositif permettant de garantir un niveau de vie au « conjoint survivant » qui serait égal à “70% de la retraite du couple”. Or, aujourd’hui, dans un certains nombres de cas les pensions de reversion sont plus importantes. Cela se traduirait donc par une aggravation de la situation des femmes retraitées, car ces dernières n’ont le plus souvent pas une « carrière » complète.

En quelques mots donc on abandonnerait le système actuel qui compte le nombre de trimestres d’activités pour passer à un système dit « à points » à l’image de ce qui existe déjà pour le régime de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO. Ce nombre de points dépendrait des revenus touchés par l’assuré, mais certains événements (une naissance par exemple) devrait aussi permettre d’en acquérir. L’assuré serait donc libre de partir quand il le souhaiterait dès lors qu’il aurait atteint l’âge de départ en retraite et qu’il estimerait avoir cotisé suffisamment de points. C’est ce qui devrait permettre au gouvernement d’introduire sa réforme de « Malus/Bonus » autour de l’âge de 64 ans, dit encore âge pivot. On voit bien ce que vise alors le gouvernement. Sans toucher à l’âge légal il introduit alors un âge dit pivot qui devrait être la base réelle de calcul. Toute retraite prise entre l’âge légal et l’âge pivot étant ainsi, du fait de ce système de points, dévalorisées. Sa pension en euros serait calculée en multipliant son nombre de points acquis par leur valeur de liquidation au jour du départ en retraite. Une valeur qui pourrait alors varier au fil des années, ce qui permettrait de moduler le montant des pensions. La règle des 25 meilleures années (pour les salariés du privé) sera supprimée.

Les questions qui fâchent…
Alors, il faut parler un peu de démographie. Bien entendu, nous allons affronter le départ non pas des enfants issus du baby-boom, mais de leurs enfants. Donc, oui, le nombre de retraités sera important dans les années à venir. Mais, on ne peut pas parler d’explosion ici. Regardons le graphique réalisé par la CNAV, la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse. Les départs à la retraite ont baissé de 2007 à 2012, essentiellement parce que le gouvernement a mis fin au système des pré-retraites. Le nombre remonte aujourd’hui, mais reste inférieur à ce que l’on connaissait en 2007.

Graphique 1


 

Cela aura mathématiquement un impact sur les comptes de la CNAV, mais cet impact est derrière nous. Ici encore il faut regarder les données fournies par la CNAV. Depuis 2016, le régime des retraites est revenu à l’équilibre. Bien sûr, il y a eu des réformes douloureuses, celle réalisée par François Fillon notamment, qui a entraîné une paupérisation de certains retraités. Mais le résultat est là. Nous sommes revenus à l’équilibre. On comprend mal, alors, la volonté du gouvernement de passer au système des points, si ce n’est dans une volonté de faire globalement baisser le montant des prestations retraites. La réforme proposée est donc bien une attaque en règle contre le pouvoir d’achat des retraités.

Graphique 2

samedi 20 juillet 2019

Haute-Marne, Belmont et Tornay : projet éolien, l'avis du commissaire enquêteur


Monsieur François Martins*, commissaire enquêteur a donné un avis... favorable.
Rien d'étonnant à cela.

À voir avec quelle détermination il défendait le projet face aux contestataires, à un point tel que quelqu'un entrant dans le bureau de la mairie de Tornay et l'écoutant parler, aurait très bien pu le prendre pour un représentant de la société éolienne.


La lutte, recours, va se poursuivre devant le tribunal.

En avant toutes!

 
création Les vues imprenables


Projet de zone industrielle d'éoliennes Sud-Vannier

9 aérogénérateurs et 3 postes de livraison sur le territoire des communes de Belmont et Tornay :

-6 à Belmont,
-3 à Tornay,
-structures de livraison : 2 à Belmont et 1 à Tornay,
-une desserte d'accès, de câbles souterrains permettant de relier les éoliennes entre elles et aux structures de livraison.

par la S.A.S Energies du Sud-Vannier.



source : rapport du commissaire enquêteur


Enquête publique du 08 avril 2019 au 07 mai 2019


Extraits : rapport d'enquête publique


"Contacts préalables [comme le veut la réglementation]

J'ai pris contact avec la société OPALE début mars. Il a été convenu d'un rendez-vous le 26 mars 2019.
Le 26 mars 2019, je me suis rendu à Belmont, commune concernée par le projet éolien.
Au cours de cette réunion, Monsieur SASSOLAS et Madame POHL m'ont présenté le projet d'enquête publique et ont répondu aux interrogations du Commissaire-enquêteur sur divers points du dossier.
La fin de matinée a été consacré à la visite des sites d' implantation.
L'après-midi a été consacré à la visite de certains sites concernés par les photomontages.


2.6.3. Avec les maires des communes concernées

J'ai eu l'occasion de rencontrer les maires des communes de Belmont et Tornay au cours de la réunion organisée le 26 mars 2019. 


2.7. Visite des lieux

Le 26 mars 2019, accompagné de Monsieur SASSOLAS ET Madame POHL, le Commissaire-enquêteur s' est rendu sur les sites d'implantation des éoliennes. L' implantation de chaque éolienne a été située dans le paysage. "


Nous pouvons en déduire, sans trop se tromper, que le 26 mars, le commissaire enquêteur, les maires concernés et le porteur du projet ont passé une bonne partie de la journée ensemble. 
Ont-ils également partagé le déjeuner? Et si oui, qui a invité?


"La Société Energies du Sud Vannier est la société d'exploitation dédiée qui financera, construira et exploitera le parc éolien Sud Vannier. L'ensemble des autorisations administratives (autorisation unique...) et des contrats (contrat de complément de rémunération, convention de raccordement, contrat d'achat et de maintenance des installations...) sera obtenu par cette société."

dont le capital social est de ...10,00 €.

"Historique
Les communes de Belmont et Tornay ont pris une délibération favorable en avril et juin 2015 pour autoriser Opale Energies Naturelles à lancer les études de développement sur la zone de projet de Sud Vannier.
Un comité de suivi regroupant les élus des communes concernées et de la commune limitrophe de Saulles a été constitué à l'été 2015 et s'est réuni à plusieurs reprises pendant le développement du projet.
"

Aérogénérateurs

 


La production annuelle indiquée est de 75 GWh

À noter que comme dans tous les projets éoliens, le pourcentage du facteur de charge annuel prévisionnel est... sur gonflé!

Démonstration

-le projet indique 9 éoliennes de 3.2 MW de puissance nominale chacune,
-une année comprend 8 760h :
-une éolienne pourrait, en théorie, produire au maximum : 8 760h * 3.2 MW = 28 032 MWh
Neuf éoliennes = 28 032 MWh * 9 = 252 288 MWh.

Le projet prévoit une production annuelle de 75 000MWh (75 GWh /an)

Si 9 éoliennes produisent 75 000 MWh, le facteur de charge annuel est de : 75 000 MWh : 252 288 MWh = 29.7%

Or, les données de RTE démontrent que jamais un tel pourcentage n'a été et ne peut être atteint, depuis 5 ans la moyenne est de l'ordre de 22% maximum, et ce, quelque soit le nombre d'éoliennes en exploitation.

Cette production "fakenew" a toute son importance car elle est la porte d'entrée financière pour convaincre les pouvoirs publics de la viabilité du projet.  

Cette problématique n'est même pas abordée dans le rapport de Monsieur le commissaire enquêteur.

 
"Analyse des impacts du projet sur l'environnement

 
-Phase chantier 

Les emprises des installations liées au parc éolien sont faibles : environ 500 ma par fondation (soit 4 500 m 2 au total), 1,8 km de linéaire de chemin créé et 25 ares de terrassement par aire soit 225 ares au total.
L'éloignement des cours d'eaux les plus proches (1 400 m) limites les risques de pollution. Les impacts sur les eaux de surface apparaissent négligeables.

-Phase exploitation
Le projet ne présente pas d'impact négatif sur le milieu physique. Les éoliennes ont au contraire un effet positif puisqu'elles préservent l'eau, l'air et le sol des contaminations. De plus elles n'émettent pas de gaz à effet de serre et permettent ainsi de lutter contre le réchauffement climatique.

4.9.3. Impact sur le milieu humain et la santé

-En phase exploitation

Effets positifs
Le parc éolien Sud-Vannier est à l'origine d'impacts positifs sous la forme de retombées économiques importantes pour les propriétaires et exploitants des parcelles d'implantation, les communautés de communes, les communes concernées, et dans une moindre mesure pour le Département et la Région (emplois locaux liés au suivi et à la maintenance du parc, loyer et indemnité annuels pour chaque emplacement d'éolienne, fiscalité). Par ailleurs, les opérations de suivi et de maintenance requerront une équipe de 2 à 3 personnes. Selon des estimations de l' ADEME, les emplois induits, liés à la restauration, l'hébergement, aux activités de sous-traitance et d'approvisionnement des matériaux seraient 3 fois plus nombreux que les emplois directs.
L'activité aura également un impact faible voire positif sur l'exploitation sylvicole et agricole (aménagement d'un chemin de débardage au gabarit grumier, renforcement et entretien des chemins d l exploitation agricole). 


 
Impacts cumulés

Fin décembre 2016, sept projets connus ont été recensés .

-Projet éolien de la Roche 4 Rivières à Fouvent-Saint-Andoche, Bourguignon-lès-Morey et La Roche Morey (70) à environ 7,5 km,
-Projet éolien de Vannier-Amance à Fayl-Billot, Pierremont-sur-Amance et Pressigny (52) à environ 9 km,
-Projet éolien des Trois Provinces à Champlitte à environ 10 km,
-Projet éolien des Hauts de la Rigotte à Charmes-St-Valbert, la Rochelle, Molay et la Quarte (70) à environ 8,4 km,
Poste électrique de la Rigotte à la Rochelle (70) à 12 km,
-
Projet éolien d' Orain (21) à environ 12,5 km,
-Projet éolien de Percey le Grand (70) à environ 14 km


Le commissaire enquêteur s'est bien gardé d'indiquer le nombre d'éoliennes que cela représente : 59 machines de "guerre"!

vendredi 19 juillet 2019

Haute-Marne : le "Pays de l'eau" en mal... d'eau


Arrêté 2387 du 18 juillet 2019
Portant limitation ou suspension des usages de l'eau provenant des nappes souterraines, des cours d'eau et de leurs nappes d' accompagnement sur le territoire de la Haute-Marne.




source : préfecture 52


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Littérature : Amianto. Une histoire ouvrière

Alberto Prunetti
 

Un extrait du livre d’Alberto Prunetti


Alberto Prunetti, Amianto. Une histoire ouvrière, Marseille, Éditions Agone, 2019, 144 p., traduit par Serge Quadruppani.



 

Présentation de l’éditeur

« C’est un travail dangereux de souder à quelques centimètres d’une cuve de pétrole. Une seule étincelle est capable d’amorcer une bombe qui peut emporter une raffinerie. C’est pour cela qu’on vous dit d’utiliser cette bâche gris sale, qui résiste aux températures élevées car elle est produite avec une substance légère et indestructible : l’amiante. Avec elle, les étincelles restent prisonnières et vous, vous restez prisonnier avec elles, et sous la bâche en amiante, vous respirez les substances libérées par la fusion de l’électrode. Une seule fibre d’amiante et dans vingt ans vous êtes mort. »

Alberto Prunetti raconte l’histoire de son père, Renato, né en 1945 à Livourne. Soudeur dans les raffineries et les aciéries italiennes depuis l’âge de quatorze ans, Renato s’empoisonne lentement au travail : il respire de l’essence, le plomb lui entre dans les os, le titane lui bouche les pores de la peau, et finalement, une fibre d’amiante se glisse dans ses poumons. Il meurt à 59 ans, après plusieurs années passées à l’hôpital.

En contrepoint de ce récit tragique, l’auteur rapporte ses souvenirs d’enfance, entre parties de foot et bagarres, et décrit une époque, sa musique, ses dialectes, ses grands événements sportifs – dans cette Toscane ouvrière où les années 1970 furent une décennie de luttes sociales, avant que les restructurations des années 1980 n’y mettent bon ordre.

L’opposition entre le père, parfait représentant de l’idéologie stalinienne du travail, et le fils qui incarne très vite la figure du précaire, n’empêche pas que s’exprime le profond amour qui les lie, teinté d’agacement et d’amusement avant que la maladie ne s’installe. L’humour constant, la délicatesse des sentiments, l’érudition historique et technique se mêlent dans ce récit


Extrait – Dans un palais de justice

Quand Renato mourut, il ne nous vint pas même à l’esprit de réclamer des « dédommagements » en intentant un procès pénal. Mais, un jour, les services sociaux du syndicat nous ont contactés : on nous informait qu’approchait la date limite pour demander les indemnités de l’assurance sociale prévues pour les salariés exposés à l’amiante, demande que Renato avait déposée quand il était encore vivant. En tant qu’héritiers, nous avions le droit de le représenter pour cette demande. Nous décidâmes de nous lancer, non pas pour des raisons économiques – en cas de victoire, ma mère aurait eu droit à une légère augmentation de la pension de réversion de mon père – mais pour voir affirmé un principe : que Renato avait été exposé à l’amiante et que l’amiante était pour quelque chose dans la tumeur aux poumons qui l’avait assassiné. Il fallait se lancer, même devant cette déesse aux yeux bandés et balance en main, dont nous nous méfiions parce que nous l’avions vu trop souvent du côté des puissants, en espérant que la mobilisation des familles des victimes du travail ouvrirait des marges de manœuvre pour la vérité, laquelle n’apparaît pas si souvent dans les salles d’audience. Il fallait se lancer pour ceux qui nous avaient dit qu’on ne pouvait pas, qu’il fallait exhumer la dépouille. Il fallait se lancer parce que, quand maman alla aux services sociaux, même si les employés ne savaient par quel bout prendre l’affaire, les vieux ouvriers amis de Renato l’encouragèrent à continuer la lutte contre l’INPS et l’Inail. Il fallait se lancer contre les médecins qui ne voulaient pas s’exposer à déclarer noir sur blanc que Renato était tombé malade à cause des substances nocives respirées sur le chantier, des médecins qui invoquaient « l’objectivité scientifique », qui prétendaient soigner une tumeur sans remonter aux causes sociales et professionnelles qui l’avaient produite. Il fallait se lancer à cause des cadres des entreprises où il avait travaillé, qui avaient tourné la tête quand nous leur avions demandé un témoignage contre la société. Il fallait se lancer, en somme.

La première chose à faire, d’après la procédure, était de reconstruire le CV de la personne exposée à l’amiante, si possible avec une déclaration de l’entreprise sur la présence d’amiante dans ses chantiers. Ce qui n’était pas facile : Renato a travaillé dans bien des lieux différents. Les entreprises ne délivrent pas volontiers de certificats attestant leur nocivité pour la santé des travailleurs, et l’INPS et l’Inail ne vous répondent pas facilement. Ma mère a dû écrire à plusieurs reprises. Et quand on lui a répondu, les réponses étaient négatives. Un employé de l’Inail, sachant combien il est douloureux de réveiller un deuil, a même dit à ma mère que le seul moyen pour faire avancer la procédure serait d’exhumer le cadavre pour une autopsie (ce qui est absolument faux).

Voilà un exemple de réponse de l’ Inail :

Haute-Marne, éleveurs : la sécheresse, ma meilleure ennemie

jhm.fr

"Il vaut mieux qu'il pleuve aujourd'hui plutôt qu'un jour où il fait beau"
Pierre Dac (1893-1975)

Comme un malheur ne venant jamais, seul ....

Lire


Haute-Marne, Le Pailly : il était une fois le château au XIXè siècle, tous en scène

jhm.fr

😍



photo Marie-Chantal Moret

Le château du Pailly
"Dans la grande famille des châteaux résidentiels de l'est de la France, c'est l'un des rares châteaux complets du 16ème siècle. Les conflits successifs ont en effet peu à peu effacé la parure Renaissance des demeures seigneuriales au profit des siècles suivants plus apaisés et propices à la construction.

L'histoire en a fait un château bourguignon en terre champenoise. Intimement lié à la famille bourguignonne des Saulx-Tavannes, son « patrimoine génétique » est plus à rechercher du côté du Morvan et du Val de Saône que des influences septentrionales marnaises ou meusiennes.

 Il est plus connu des historiens de l'art que du grand public. La « sensualité sévère » et la qualité de son architecture le hissent au rang national des châteaux d'exception.
Il appartient à l’État et est mis en valeur par l'Association Renaissance du Château du Pailly."

Lire

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur EDF sans jamais oser le demander



Clair, net et précis. En un mot... éclairant.
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L'obstination d'EDF... ou pas : réponse à Alter Eco


François Dos Santos
27 janv. 2019 
Blog : Éclairage(s)

 
Après avoir lu avec attention l’article « Nucléaire : l’inquiétante obstination d’EDF », paru dans le dernier numéro d’Alternatives Économiques, et des échanges sur Twitter avec la rédaction, il semble important d'apporter au débat des réponses, des précisions, des éléments de contexte sur EDF, sa dette, ses recettes et ses programmes industriels en cours tels que le "Grand carénage"

Cet article vise à préciser, contextualiser et souvent réfuter certaines affirmations de l'article paru dans Alternatives économiques intitulé « Nucléaire : l’inquiétante obstination d’EDF ». L'exercice est d'autant plus difficile qu'il s'agit d'argumenter dans un contexte où la charge de la preuve est renversée : l'article d'Alternatives économiques procède par affirmations, parfois avec des éléments chiffrés non contextualisés, parfois sans aucun élément de preuve. Je vais essayer, à mon tour, d'argumenter, à partir de données publiques et de mettre en perspective les différents thèmes. Je vais donc reprendre les différentes points, en citant l'article en tête de chaque paragraphe, en apportant des éléments d'éclairage et de donner les sources, dès que possible.

Alternatives Économiques affirme : « L'énergéticien poursuit sa fuite en avant en prévoyant de maintenir ses réacteurs anciens et de construire de nouveaux EPR ». 


 


Documents "Faits et chiffres" - EDF - 2018 

Ce point permet d’apporter des précisions sur l’origine de la valeur créée par EDF. De nombreux points ne sont jamais développés dans l’article. Il est important de préciser, dès ce stade que l’ EBITDA d’EDF - c’est-à-dire la richesse créée - est de 13,7 milliards d’Euros en 2017, dont 4,9 milliards pour les seules activités de production et commercialisation en France (nucléaire, thermique et hydraulique). Ces activités créent bien de la valeur.
En réalité, une confusion est opérée entre la rentabilité actuelle des activités d’EDF et la rentabilité future des investissements en cours. Ainsi, s’il est pertinent de comparer l’ EBITDA d’EDF avec investissements courants et notamment au Grand Carénage, il n’est pas pertinent de le comparer avec les investissements dans un EPR au Royaume Uni. Précisons enfin que l’ EBITDA d’EDF dépend surtout des prix de marché. En effet, sa structure de coûts fluctue beaucoup moins rapidement que les prix réalisés sur le marché.

Alternatives Économiques affirme : « La facture EDF n’en finit pas de monter pour le contribuable. Après avoir injecté 3 milliards d’euros dans l’entreprise publique en 2017 lors de sa recapitalisation, l’Etat pourrait remettre au pot cette année. »
Il n’y a aucun projet de nouvelle recapitalisation d’EDF sur la table. Tout au plus des débats sur l’évolution de la structure d’EDF, qui pourraient conduire à son éclatement en différentes filiales, avec une holding commune, et certaines de ces filiales pourraient détenues indirectement à 100% par l’Etat et d’autres non. Il s’agit donc d’abord d’une évolution en structure et non d’une recapitalisation. On pourrait même imaginer qu’un scénario de mise en bourse de certaines activités serve à recapitaliser d’autres activités, mais cela ne veut pas pour autant dire que l’Etat mettrait la main à la poche.
Les scénarios parus dans la presse ne sont confirmés ni par l’Etat ni par EDF et, en toute hypothèse, aucun d’eux ne parlent de recapitalisation par l’Etat et encore moins de montant. D'ailleurs, il est peu probable qu'une telle évolution intervienne cette année.

Alternatives Économiques affirme : « L’évolution du titre en Bourse en dit long : lors de son introduction en 2005, l’action EDF s’échangeait à 32 euros ; aujourd’hui et malgré une récente remontée, elle ne dépasse pas 15 euros. Le reflet des inquiétudes des financiers et des agences de notation à propos du poids de sa dette. »
Je découvre avec une grande surprise qu’Alternatives économiques considère que le cours en bourse est un indicateur pertinent. Il donne une information mais n’est pas l’alpha et l’oméga de l’analyse financière. Le ratio « dette nette »/ebitda qui reflète le poids de la dette oscille entre 2,2 et 2,5 depuis 2010. Pourtant, le cours est passé par des points divers, pour résumer les principales étapes : 40 €, 15 €, 30 €, 10 € et 15 €. Le cours était bien à 40 € alors que ce ratio était à 2,5, et à 10 € alors qu'il était à 2,1 tandis qu'aujourd’hui il est à 15 € pour 2,4. En fait, expliquer la baisse du cours de l'action par le seul poids de la dette n’est pas représentatif.
Le cours reflète l’ensemble du faisceau de risques supposés, risques qui sont régulatoires, industriels mais aussi les conditions de marché tels que le prix des commodités (charbon, gaz) et le prix du CO₂. Le fait que l’avenir de l’entreprise dépende étroitement de décisions politiques n’est pas toujours non plus de nature à rassurer les investisseurs.

Alternatives Économiques affirme : « Avec un endettement s’élevant à 33 milliards d’euros, EDF se veut pourtant rassurante, puisque cela représente 2,4 fois son excédent brut d’exploitation »



Présentation des résultats annuels 2004 - EDF

L’électricité est un secteur aux cycles d’investissement très longs et ne répondant pas aux ratios économiques usuels. D’ailleurs ce ratio "dette nette" / Ebitda a été supérieur par le passé, en 2002 par exemple où il était à 2,5. Je ne crois pas que la presse titrait à l’époque sur la "faillite d’EDF"

Le rapport Roulet, dans ses annexes, comporte une présentation qui rappelle qu’EDF a investi 250 milliards d’euros (constants 2003) en 47 ans. Dont certaines années culminaient à près de 9 milliards d’euros. Il va sans dire que le ratio "dette nette" / EBITDA devait être bien supérieur à 2,4 et pourtant, malgré cela, la dette n’était que de 17 milliards d’euros (courants) en 2000, à la fin du programme nucléaire.

Pour lutter contre les GES, la France a construit une usine à gaz !

Gérard Petit
18/07/2019 


 


Dans le bouddhisme mahayana,en réponse au souhait d’ Avalokiteshvara d’aider toutes les créatures, il lui poussa mille bras !

C’est pareille invocation qui a du précéder la construction de l’outil climatique dont la France se dote, reste à donner une synergie et une cohérence à la profusion de phalanges créées et à limiter l’inévitable entropie du système. C’est loin d’être gagné.


Un dispositif protéiforme
Lorsqu’on fait l’effort d’essayer de connaître et de comprendre le dispositif organisationnel législatif et réglementaire construit en France pour activer et piloter la lutte contre le changement climatique, on s’épuise très vite et même en reprenant son souffle, on finit par se décourager.

Ce sont en effet des mots peu flatteurs qui viennent spontanément, « empilement » étant le plus neutre, mais parler de « capharnaüm » serait sans doute plus juste.
Puis arrive « fourbi », car le mot possède aussi une dimension positive, désignant l’équipement du soldat, mais c’est finalement « dédale » qui s’avère le plus approprié, un labyrinthe dont l’architecte lui-même ne connaîtrait pas la sortie.

Cette palette peut paraître bien sombre, mais en regardant ce foisonnement de recommandations, d’indicateurs et l’architecture complexe de leur suivi, comment ne pas penser que ce filet de rétiaire donne une fausse impression de maîtrise et de complétude ?
Lors de l’accord de Paris, en 2015, la France a annoncé des objectifs très ambitieux à valeur d’exemple pour les autres pays, elle chemine donc depuis sur une ligne de crête et s’inquiète à juste titre de la crédibilité de son affichage.
À cet égard, il est bon de montrer que la sophistication de l’outil permet de piloter « serré » et même de donner l’illusion que la réalité ne pourra que rentrer dans ce corridor vertueux. 


Une boite débordante d’outils

L’action est structurée par des lois évolutives et des directives réglementaires, elles-mêmes évolutives, mais s’entoure aussi d’avis de multiples commissions et organismes chargés, entre autres, d’établir un lien entre sphère des décideurs et réalité du terrain, dit ainsi, tout peut paraître bel et bon, mais qu’on en juge à la lecture de ce qui suit.
Pour faire simple (litote), on discute au Parlement de la LEC (loi Energie-Climat, chargé de remplacer la LTECV de 2015) et de la loi LOM (sur l’orientation des mobilités) en même temps que se modifie la SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone et qu’on vient de publier la seconde version de la PPE (Programmation Pluriannuelle e l’Energie).

Le HCC (Haut Conseil pour le Climat) promis lors de la crise des gilets jaunes et récemment crée vient de faire un premier point (caustique) tandis que le CDE (Conseil de défense Environnemental), issu du GDN (Grand Débat National), a récemment tenu sa première séance.

Le CNTE (Conseil National de transition Ecologique) qui remplace le CNDD (Conseil National du Développement Durable) qui peut aussi s’auto-saisir émet très régulièrement de longs avis reflétant la disparité de ses 50 membres.

Une CCC (Commission Consultative de Citoyens) de 150 personnes va être tirée au sort pour, entre autres, faire des propositions sur la fiscalité écologique.

Cet inventaire n’est pas exhaustif….
Le Premier Ministre dans sa déclaration de politique générale et sur le ton d’une profession de foi, affirme que la seconde partie du quinquennat sera écologique (ou donc qu’elle ne serait pas ??).
Mais avec à sa disposition une telle panoplie d’outils, peut-il vraiment être rassuré, le risque qu’ils se contredisent plus qu’ils ne se complètent étant bien réel.
On note déjà des contestations de périmètres et des regrets pour absence de saisines (ou délais impraticables) et la règle d’articulation souhaitable de cet ensemble hétéroclite ne sera probablement jamais écrite.
La clé de voûte partagée est la neutralité carbone en 2050 d’où se déduisent tous les objectifs intermédiaires, mais des aliens comme la réduction de la contribution nucléaire à 50% (certes repoussée à 2035) persistent.

Mais d’ici là et même si nous sommes vertueux (alors que d’autres pourraient l’être moins ou pas) l’effondrement de notre société dite « thermo-industrielle » aura peut-être eu lieu ? Car ne l’oublions pas, la France, c’est en gros 1,5% des rejets mondiaux, en comptabilisant nos importations. A cette échelle, nos débats hexagonaux-byzantins pourraient en faire sourire plus d’un.
Mais dans le pire, nous pourrons encore solliciter Avalokiteshvara qui vient en aide à ceux qui l’invoquent et se rend en enfer pour apporter des boissons fraîches aux damnés….

Petit conte estival pour ministres et industriels

Michel Gay et Jean-Louis Bobin

Commentaire : écoutez Michel Bühler : cher monsieur
 

Extraits
"Mais ça fait des milliards, cher Ami, des millions,
Où trouver tout ce blé, ce flouze, ce pognon?
Dans la poche des gens nous prendrons sans compter
Cela, Monsieur, s'appelle la solidarité
Que ce mot sonne bien, il est noble, il est beau
Mais qui, finalement, palpera le magot?

[...]
C'est la loi du marché, on ne peut qu'y souscrire
Mais ne craignez-vous pas... Imaginons le pire
Que le peuple soudain ouvre tout grand les yeux?
Depuis l' temps qu'on fait ça, il n'y voit que du feu!
"

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industry Illinois christina rutz

MINISTRE

Monsieur le Conseiller, en ces temps incertains

Le peuple endoctriné craint fort les lendemains.

La presse fait état de vendanges précoces

Quand l’hiver est plus doux, la sécheresse atroce

Et que les ouragans se succèdent à l’envi

Pour au long de leur cours, détruire ce qui vit.

Et cet été : des canicules qui s’emballent !

Comme tout un chacun je n’y comprends que dalle.

Pourtant les citoyens veulent de nous des gages.

Il faut les écouter. Que disent les sondages ?

CONSEILLER

Monsieur le Ministre, ils sont fort éloquents.

Le peuple veut du vert et sera mécontent

Si le gouvernement n’accède à son désir.

MINISTRE

Et pour son énergie que voudrait-il choisir ?

CONSEILLER

C’est le système P qui remporte la palme.

MINISTRE

L’installer maintenant garantirait le calme ?

Qu’est-ce donc que cela ?

CONSEILLER

Un procédé nouveau

Qui combine le vent, le soleil et puis l’eau.

La presse en fait grand cas, et les écologistes,

Comme à leur habitude, en rajoutent et insistent.


MINISTRE

Si la majorité veut le système P

Nous devons sans tarder nous mettre à l’exploiter.

Qu’importe de savoir si c’est rentable ou non,

Tout ignorant qu’il soit, l’électeur a raison.


CONSEILLER

Une question me vient : avons-nous les crédits ?


MINISTRE

En aucune façon, mais l’intendance suit

Toujours. Bercy saura le tour de passe-passe

Qu’il faut élaborer pour qu’enfin il se fasse

Ce que le peuple a dit et partout s’il le faut.

Que cela coûte cher est le moindre des maux

Si les prélèvements se font dans la douceur,

Imperceptiblement via le nouveau compteur.


CONSEILLER

Il faudrait une loi.

MINISTRE

Un décret suffira

Pour lancer un projet qu’en très grand tralala

Nous inaugurerons. Je prends sur mon budget

Quelques millions d’euros sacrifiés sans regret.

Faites-vous donc inviter par tel INDUSTRIEL.

Il sait mieux que personne tout transformer en miel.


CONSEILLER (à INDUSTRIEL)


Monsieur le Ministre a des vues d’avenir.

Il veut en effet que l’on puisse fournir

À tous les habitants de notre douce France

Une électricité sans la moindre nuisance.

Or le système P a capté son regard…


INDUSTRIEL
Donc il voudrait bien en avoir un sans retard.


CONSEILLER


Vous avez tout compris. Une élection approche.

Un système en action tournant sans anicroche

Ferait sur les votants le plus puissant effet.


INDUSTRIEL

Je n’en disconviens pas et vois notre brevet

Enfin valorisé à sa juste mesure.

Nous vous garantissons l’énergie la plus sûre

Et la plus propre aussi.


CONSEILLER


Sans rejets ? Sans appel

À des métaux qu’on trouve à l’état naturel

En quantités infimes en des lieux éloignés ?


INDUSTRIEL

On en use si peu. Nos projets sont soignés :

Voyez sur ces clichés les justes proportions

Que le dessin confère à nos installations.


CONSEILLER

Vous m’avez convaincu. J’ai besoin d’un dossier

Un peu plus étoffé que vos récents papiers.

Avec un chiffrement qui ne soit à la louche,

Un avis bienveillant sortira de ma bouche.


INDUSTRIEL


Cher Monsieur, c’est plié. Arrosés par nos soins,

La presse et les médias renforçant le tintouin

Des écolos-bobos ont convaincu les foules.

Notre système P, une affaire qui roule,


CONSEILLER

Vous savez comme moi que ce projet fumeux

Fit l’objet en son temps de rapports scrupuleux.

De savantes études ont apporté la preuve

Que jamais ces objets ne passeront l’épreuve

De la profitabilité.


INDUSTRIEL


Dans l’absolu

C’est vrai. Mais le monde réel est farfelu.

Rien n’obéit aux lois d’une logique saine.

Dans un cadre idéal, l’idée en serait vaine,

Mais l’État tout-puissant a suivi nos conseils,

Aussi peu performants que soient nos appareils.

Nous allons nous servir de leur état d’esprit

Pour gagner le marché et faire de gros profits.


CONSEILLER

Pourrez-vous prospérer sans quelques tricheries ?


INDUSTRIEL

Il n’est dans cette affaire aucune rouerie.

L’État est avec nous. C’est le prix du courant

Acquis par les Français qui fera le montant

De notre bénéfice. Il reste à calculer

Ce qu’il doit être en gros, mais sans outrepasser

La limite qu’impose une sage décence.

Tout cela sera fait, et avec diligence.

jeudi 18 juillet 2019

Le gouvernement cajole les maires avant les municipales

Matthieu Quiret
17/07/2017

Commentaire : le sieur Lecornu, encore et toujours. Les indigènes ruraux n'ont pas oublié ses sinistres décrets, toujours en vigueur, facilitant la colonisation de leurs territoires par les affairistes éoliens et faisant d'eux, des citoyens de seconde zone


"• en supprimant le double degré de juridiction dans le contentieux éolien ;

• en réduisant à 15 jours le délai d’étude des projets éoliens par l’administration ;

• en remplaçant les enquêtes publiques par une simple participation par voie électronique pour toutes les Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et notamment les éoliennes.
"


Maintenant, il vole au secours de ces maires qui sont les principaux acteurs de la vente à la découpe éolienne de la France rurale. 


Belle opportunité pour s'emparer par les urnes des municipalités, non?

En avant toutes!


création les vues imprenables

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Le projet de loi « Engagement et proximité » présenté ce mercredi en Conseil des ministres renforce l'attractivité du poste de maire pour encourager les vocations avant les municipales de mars prochain. Le ministre Sébastien Lecornu craint que la constitution des listes électorales et des candidatures de maires soit plus difficile qu'avant.




Le gouvernement n'en finit pas de faire des gestes de bonne volonté en direction des maires ruraux. Ce mercredi, c'est un projet de loi entier confectionné sur mesure pour eux qui été présenté en Conseil des ministres. Le texte baptisé « Engagement et proximité » comprend une trentaine de mesures censées leur faciliter la vie au quotidien. La patte du ministre des Collectivités, Sébastien Lecornu, est visible : l'élu de l'Eure laboure depuis l'an dernier les campagnes pour recenser les grains de sable qui pourrissent l'exercice du mandat municipal.

L'été dernier, plusieurs experts avaient pointé une augmentation des démissions de maires et le risque d'une crise des vocations aux prochaines élections municipales. Le gouvernement avait reconnu l'enjeu, tout en relativisant ce phénomène. Sébastien Lecornu a rappelé les deux risques ce mercredi : « Le premier, c'est d'avoir des listes incomplètes. On l'a déjà constaté en 2014 et ce phénomène-là devrait malheureusement s'aggraver en mars prochain notamment dans les départements les plus ruraux et les plus pauvres . Le deuxième risque, c'est de n'avoir personne pour exercer la fonction de maire. »


Élagage

Cette trentaine de mesures répond comme un écho aux complaintes qui hantent le congrès des maires de la Porte de Versailles à Paris chaque automne. S'ils avaient jusqu'ici des difficultés à faire appliquer des arrêtés sur les nuisances sonores d'un débit de boissons ou sa violation du droit de terrasse, ils pourront désormais infliger des astreintes (amende par jour). Les élus seront aussi mieux armés face aux dépôts de déchets sur la voie publique, aux refus d'élagage des habitants, aux établissements recevant du public hors norme.
Parmi les dispositions visant à attirer de nouveaux profils d'élus issus du privé, beaucoup de conseilleurs municipaux étant à la retraite, les employeurs devront 10 jours de congé sans solde aux salariés s'engageant dans une campagne municipale.

Les indemnités des maires seront revalorisées

Inquiétudes autour de la crise des vocations des élus locaux

Le projet de loi cherche aussi à atténuer la défiance des élus ruraux vis-à-vis de leur intercommunalité mais les solutions peinent à convaincre les associations d'élus. Ainsi, sur le transfert obligatoire des compétences eau et assainissement, qui braque les petits maires, le texte offre aux communautés la possibilité de déléguer ces pouvoirs aux communes. Pas assez souple pour l'Association des maires de France. Cette dernière réclame également la possibilité pour les communes de récupérer leur office de tourisme alors que le projet circonscrit cette option aux stations classées de tourisme. L'association des villes moyennes Villes de France a, au contraire, alerté le gouvernement sur le risque de démembrement des intercommunalités.

La France se prive de milliards d’euros de la PAC mais ce n’est la faute à personne


18/07/2019


Kafka paysan
Services redondants, surtranspositions des normes, arguties administratives, logiciels en déshérence... La gestion des fonds européens pour l’agriculture est si complexe que la France ne réclame pas toutes les sommes auxquelles elle a droit.


Moisson de l'orge dans les plaines céréalières de la Champagne, en région Grand Est. © Sipa Press

Une mission d’information du Sénat se penche sur l’utilisation des fonds européens de développement. Elle cherche à comprendre comment l’administration française, d’inefficacité en refus de responsabilité, réussit, au mieux, à retarder de plusieurs années la naissance de projets et, au pire, à faire perdre des milliards d’euros, particulièrement sur les fonds destinés à l’agriculture. Alors que la France se bat pour sauver l’enveloppe globale de la PAC, elle se montre incapable d’utiliser correctement celle dont elle dispose.

Entre 2014 et 2018, la France est passée à côté de 2,5 milliards d’euros qui lui étaient pourtant dus par l’Europe au titre de la politique agricole commune. 2,5 milliards ! Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que l’Europe alloue les fonds en fonction des demandes qui lui parviennent de la part des Etats, en temps et en heure et dans le respect de procédures.

La note d’analyse de l’exécution budgétaire 2018 de la mission Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales compile les montants astronomiques perdus par le Fonds européen agricole de garantie (Feaga) et le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader) : 429, 3 millions d’euros en 2014, 812,4 millions en 2015, et ainsi de suite. L’agriculture française tire la langue et est en retard dans sa modernisation mais les fonds qui pourraient changer la donne dorment à Bruxelles... Certes, une partie sera in fine réallouée à la France, mais dans deux ou trois ans et pour d’autres usages. Absurde.

Ces chiffres, passés inaperçus, ont poussé des sénateurs à lancer une mission d’information sur « la sous-utilisation chronique des fonds européens en France », présidée par la sénatrice socialiste de Gironde Laurence Harribey. L’objectif est de comprendre qui est le responsable de cette gabegie. Le rapport doit être produit mi-septembre, mais une réponse s’esquisse : tout le monde... et personne.

« Parmi les personnes que les sénateurs interrogent, on trouve des utilisateurs du système qui ne comprennent pas comment il peut être aussi complexe et des hauts fonctionnaires qui se renvoient la balle », note un témoin des débats. Une usine à gaz dont la France a le secret. Interviennent les services du ministère de l’Agriculture qui gèrent les grandes lignes de la PAC, l’Agence de service des paiements de l’Etat (ASP) et les régions, qui depuis 2012 ont la responsabilité de la gestion des dossiers. Tous se rejettent la faute.