mardi 17 septembre 2019

Electricité : Le réseau français a besoin de 33 milliards d’euros sur 15 ans



Manon Aublanc

Commentaire

  • Une lecture attentive permet de constater que la moitié de la hausse est imputable à la prise en charge par RTE du raccordement des parcs éoliens en mer, imposée par l’Etat. FDS
  • C'est le montant avancé aujourd'hui, mais dans 15 ans, qu'en sera-t-il exactement? 
  • Que seront devenus alors, les élites politiques et les industriels responsables? 
  • Le Français, consommateur/ contribuable, toujours payeur à la fin pour... le vent, va-t-il enfin cesser de regarder ailleurs ?


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INVESTISSEMENTS Des investissements nécessaires pour moderniser le réseau électrique français, le numériser, créer des interconnexions avec les pays voisins ou encore développer les énergies renouvelables




Illustration d'un réseau électrique, ici près de Rennes, en Ille-et-Vilaine. — C. Allain / 20 Minutes


Pour se moderniser et se numériser, créer des interconnexions avec les pays voisins ou encore développer les énergies renouvelables, le système électrique français a besoin de 33 milliards d’euros d’investissements sur 15 ans, a estimé son gestionnaire RTE, ce mardi.

Le gestionnaire du réseau à haute tension a présenté son plan d’évolution du réseau électrique français pour 2035, soumis au gouvernement, à la Commission de régulation de l'énergie (CRE) et à l’Autorité environnementale. 


Près de deux milliards d’euros par an d’investissements
Son plan identifie plusieurs chantiers : rénovation du réseau vieillissant, numérisation accélérée, capacités d’échange avec les pays voisins doublées sur 15 ans ou encore déploiement d’un réseau électrique en mer pour raccorder les futurs parcs éoliens offshore. « Les investissements associés sont estimés à 33 milliards d’euros sur 15 ans, soit environ 2 milliards d’euros par an » contre 1,3 milliard d’euros aujourd’hui, indique RTE.

Sur les 33 milliards identifiés, 13 milliards concernent l’adaptation du réseau, 8 milliards le renouvellement des ouvrages les plus anciens, 7 milliards le raccordement des énergies marines, 3 milliards le numérique et 2 milliards pour les interconnexions transfrontalières (part France). 


Des répercussions sur le consommateur « atténuées »
Ces sommes doivent être financées en partie par les factures d’électricité via le « tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité » (Turpe).

« Vu du consommateur final, les répercussions de ces besoins supplémentaires d’investissement seront atténuées », estime toutefois RTE dans son document, soulignant les longues périodes d’amortissement des projets et les taux d’intérêt bas pour les financer.

Côte d'or, Dijon : Yan Pei-Ming, l' Homme qui pleure, Musée des Beaux-Arts



Commentaire Yan Pei-Ming sera présent le 21 septembre.😃 Profitez-en également pour visiter le musée. Voyage fulgurant au coeur de 2 000 ans d'art et d' histoire, de l' Antiquité jusqu'au XXe siècle,
de la production régionale à la création européenne.
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Commissaires de l' exposition
-Franck Gautherot, directeur du Consortium Museum de Dijon
-David Liot, directeur des musées de Dijon

Yan Pei-Ming, né à Shanghai en 1960, vit et travail à Dijon depuis le début des années 1980. C'est à l' âge de dix-neuf ans qu'il quitte la Chine pour la France et obtient son diplôme de l' École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Dijon en 1986. Il étudie également à l' Institut des Hautes Études en Arts Plastiques à Paris et, de 1993 à 1994, effectue une résidence à la Villa Medici de Rome.

Les portraits monumentaux et majoritairement en noir et blanc du peintre, représentant des êtres chers ou des inconnus, rencontrent un rapide succès et participent à le faire connaître sur la scène internationale. L'artiste explore également une variété d'autres sujets comme la peinture d'histoire, le paysage ou encore la nature morte.

Les œuvres de Yan Pei-Ming sont présentes dans de nombreuses collections muséales telles que celles du Musée national d'art moderne-centre Pompidou, le Shanghai Art Museum, le Museo Nazionale delle Arti del XXI secolo à Rome ou encore le musée des beaux-arts de Dijon. Il est représenté par la galerie Thaddaeus Ropac et la galerie Massimo De Carlo. 



 

Fabian Stech, portrait d'un ami

Énergie solaire : Total s'associe avec le groupe chinois Envision

AFP
16/09/2019


Commentaire : Envision Group, fabricant chinois de panneaux solaires et... d'aérogénérateurs. Ce groupe investit également en France. Il est malheureusement bien connu des résistants, au fléau éolien, de la Haute-Marne, de la Haute-Saône et de la Côte d'Or. Ces trois territoires, et bien d'autres nous n'en doutons pas, sont devenus son terrain de "jeu", aux conséquences funestes pour leur avenir. Deux sociétés larrons, Opale energies naturelles et Velocita, lui servent de facilitateurs auprès des élus locaux, des propriétaires et de la population. Si, par mégarde, vous veniez à croiser un de leurs missionnaires rôdant autour de la commune, sans hésitation, sonner l' alarme.

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La coentreprise de Total avec Envision Group pour produire et distribuer en Chine de l'énergie solaire a démarré son activité commerciale, a annoncé lundi le groupe énergétique français.

"Nos actionnaires disposent ensemble d'une expertise internationale considérable dans la production d'énergie renouvelable et les solutions digitales de gestion de l'énergie. Nous rassemblons donc nos forces dans ces deux domaines afin de devenir le partenaire privilégié des sociétés des secteurs industriel et commercial en Chine", s'est félicité dans un communiqué Alex Sun, le PDG de la société TEESS portée par Total et Envision.

Le partenariat de Total avec Envision "permet de se positionner sur le marché en plein essor de la génération distribuée d'énergie solaire en Chine. En tant qu'acteur majeur du secteur de l'énergie solaire, nous sommes déterminés à faire croître nos activités dans l'électricité bas carbone en Chine", ajoute Julien Pouget, directeur "Renewables" (renouvelables, NDLR) chez Total.

Total produit actuellement 7 gigawatts d'énergie bas carbone, dont 3 issus des énergies renouvelables et investit chaque année entre 1,5 et 2 milliards de dollars dans la production d'énergie bas carbone avec l'objectif de voir les ventes d'électricité issue de ces technologies représenter 15 à 20% de ses ventes totales d'ici à 2040.

Envision est un acteur chinois du marché des systèmes énergétiques intelligents et dispose d'une large expertise dans les plateformes numériques de gestion d'énergie, le développement des énergies éolienne et solaire, le stockage d'énergie et la recharge des véhicules électriques.

Basée à Shanghai, Envision a créé huit centres d'innovation technologique à Singapour, au Danemark, en Allemagne, aux États-Unis ainsi qu'au Japon et gère actuellement plus de 100 gigawatts d'actifs solaires et éoliens à travers le monde entier.


Haute-Marne, Bourdons-sur-Rognon : un front majoritaire contre le projet de ZI éolienne en attendant le choix...préfectoral

jhm.fr


Une unanimité s'est faite contre le projet de zone industrielle d'éoliennes. Et malgré tout, la la menace demeure. L'avenir ou la mort annoncée de la commune et de sa population sont entre les mains de Mme le préfet, actuelle représentante de l' Etat en Haute-Marne et pour une période de ... 3 ans au mieux. Ce même État-patron qui a en partie, pour politique environnementale, l'essor sans fin de l' éolien, de la méthanisation et des panneaux solaires.

De quel côté la "balance" préfectorale va-t-elle pencher? Intérêt particulier (carrière) ou intérêt général, exprimé par une majorité d'autochtones?

Les vues imprenables ont une petite idée...






creation@lesvuesimprenables




 @lhm.fr

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Il faut abandonner le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire…

Jean-Pierre Hauet



Président du Comité scientifique, économique, environnemental et sociétal d’Équilibre des Énergies


Le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire de 2,58, utilisé dans la réglementation relative aux bâtiments, a eu pour effet de porter la part du gaz dans le chauffage des logements collectifs neufs à 75% (en 2017) et d’inciter à convertir au gaz les logements existants. Que faut-il en penser à l’aube de l’adoption de la nouvelle réglementation « RE2020 »(1) ?

Une notion ancienne devenue obsolète

Il faut tout d’abord rappeler que le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire résulte d’une convention statistique adoptée en 1972 pour permettre de dresser des bilans énergétiques au niveau national, en agrégeant l’électricité d’origine hydraulique avec l’électricité produite par les moyens thermiques de l’époque (charbon et fioul). Le rendement moyen de ces centrales thermiques était alors de 38,7 % et on considérait que 1 kWh hydroélectrique, dont le rendement était fixé par convention à 1, permettait ainsi d’économiser 2,58 kWh thermiques d’énergie primaire d’origine fossile. Les énergies fossiles étaient largement substituables entre elles et une thermie(2) de pétrole était considérée comme équivalente à une thermie de charbon ou de gaz sans qu’il soit nécessaire d’introduire un coefficient de conversion pour passer de l’une à l’autre.

Avec les crises énergétiques, ce coefficient de 2,58 a été conservé pour mesurer les économies d’énergie ; puis il est passé dans la réglementation au point que la RT2102, à la différence de la RT2005, n’a retenu que ce seul critère d’appréciation de la performance énergétique des bâtiments.

Or, la notion d’énergie primaire n’a pas de signification intrinsèque, en dehors du cas des combustibles fossiles pour laquelle elle est représentative d’un prélèvement effectué sur la nature. Elle a cependant été introduite en 2009 dans la loi du Grenelle I de l’Environnement , bien que ce ne soit pas une grandeur physique reconnue, mais sans y avoir été définie. Sur le plan électrique, elle n’a plus de signification : l’électricité n’est pratiquement plus fabriquée en France à partir d’énergies fossiles : elle l’est à partir du nucléaire, de l’hydroélectricité et des autres énergies renouvelables, qui n’ont ainsi rien à voir avec le coefficient de 2,58.

Le coefficient de conversion de 2,58 est devenu une arme de ceux qui luttent contre le développement de l’électricité...

La notion d’énergie primaire est trompeuse : passer de l’électricité au gaz améliore le bilan en énergie primaire mais n’allège pas la facture énergétique des particuliers (au contraire) et augmente les émissions de CO2. Ainsi, remplacer un kWh électrique utilisé à des fins de chauffage par du gaz fait passer, selon les chiffres de la base Carbone gérée par l’Ademe(3), les émissions de CO2 associées de 147 g/kWh à 244 g/kWh (chiffres pour 2018).

On observera par ailleurs que le coefficient d’énergie primaire n’est utilisé que dans le secteur du bâtiment et est complètement ignoré du monde automobile qui raisonne uniquement en grammes de CO2 émis par km et en consommations d’énergie finale, en litres de carburant aux 100 km et à présent en kWh électriques aux 100 kilomètres. Il vise spécifiquement l’électricité et aucun facteur de conversion n’est retenu pour les installations thermiques productrices de chaleur (avec combustible fossile) quelles qu’elles soient.

En fait, le coefficient de conversion de 2,58 est devenu une « arme par destination » de ceux qui luttent contre le développement de l’électricité soit par conviction antinucléaire, soit parce qu’ils ont intérêt à préserver d’autres modes de chauffage. Ce faisant, ils ne se rendent pas toujours compte qu’ils pénalisent les énergies renouvelables auxquelles ils sont généralement attachés.

Alors que faire ?
Le coefficient de 2,58 est une construction intellectuelle, technocratique pourrait-on dire, qu’il faut abandonner le plus rapidement possible pour revenir aux valeurs qui font sens pour l’usager et qui sont celles retenues comme critères premiers par la loi relative à la transition énergétique et à la croissance verte du 17 août 2015 :
  • la consommation d’énergie finale, celle qu’on livre à l’usager et qu’il paie au travers de ses factures, exprimée en unités physiques ou en euros ; 
  • les émissions de gaz à effet de serre.
De telles dispositions pourraient parfaitement être adoptées dans le cadre de la RE2020 qui doit, dans sa première version, être adoptée en 2020. L’énergie primaire n’étant pas une grandeur physique, elle n’intervient pas dans les modèles de calcul et n’est déterminée qu’à la fin, par application à l’énergie finale, préalablement calculée, du coefficient de conversion retenu.

Le recours à l’énergie finale aurait le gros avantage de caractériser un bâtiment par une grandeur qui lui est propre et qui ne se trouve pas affectée par un système externe. C’est un indicateur que chacun peut alors faire progresser en améliorant la qualité du bâti ainsi que l’efficacité énergétique de son système thermique. C’est l’indicateur idéal pour le diagnostic de performance énergétique (DPE)

Certains préconisent de conserver l’énergie primaire mais d’utiliser un coefficient de conversion de 1. Mais alors l’énergie primaire s’identifie à l’énergie finale et autant appeler les choses par leur nom.

Le consortium d’études, conduit par le Fraunhofer Institute, chargé en 2016 par la Commission européenne de faire des propositions à ce sujet, avait suggéré en solution de base, de se limiter, dans le calcul de l’énergie primaire, à la prise en compte des énergies fossiles. Cette proposition avait du sens mais cette solution ferait double emploi avec l’indicateur CO2 qui est tout à fait approprié pour évaluer la dépendance aux énergies fossiles.

Que penser de la proposition de l’Union européenne d’utiliser le coefficient de 2,1 ?

Par la directive du 11 décembre 2018 modifiant la directive 2012/27 relative à l’efficacité énergétique(4), l’Union européenne a donné aux États membres la possibilité d’adopter comme coefficient de conversion la valeur de 2,1 sans justification particulière. On aurait préféré que la Commission européenne incite à renoncer à ce critère mais il faut comprendre qu’en Europe, la production d’électricité est globalement beaucoup plus carbonée qu’en France et que la notion de prélèvement sur la nature a encore un sens dans ce domaine en Allemagne, en Pologne, en Italie, en Espagne, etc.

Une ambiguïté subsiste sur la question de savoir si ce coefficient par défaut est également applicable aux bâtiments qui font l’objet d’une autre directive. La réponse est probablement oui, car le coefficient de 2,1 est d’ores et déjà retenu dans les textes sur l’ éco-design et l’ éco-labelling en cours de révision.

Le coefficient de 2,1 nous semble [...] la moins mauvaise solution que l’on puisse adopter à titre transitoire.

Les États souhaitant continuer, pendant un certain temps au moins, à utiliser la notion d’énergie primaire ont tout intérêt à s’aligner sur cette disposition car on imagine mal qu’un équipement, une pompe à chaleur par exemple, puisse voir sa performance déterminée avec un coefficient de 2,1 dans un texte et un coefficient différent dans un autre.

Le coefficient de 2,1 nous semble, dans une optique de traitement provisoire du problème posé, la moins mauvaise solution que l’on puisse adopter à titre transitoire. Toute autre solution, on a entendu parler en France d’un coefficient de 2,2 ou de 2,3, ne serait qu’un compromis boiteux cherchant à ne pas trop indisposer certains lobbies mais ne correspondant à aucune logique.

En Europe, les usages divergent mais la plupart des pays ne portent pas au coefficient l’importance qu’il a prise en France. En Suède, qui a un profil électrique proche du nôtre, le coefficient a été ramené, avant la publication de la directive européenne, à 1,6.

Un passage à 2,1 pourrait-il déséquilibrer le marché dans l’autre sens et relancer l’usage des convecteurs avec des effets sur la pointe électrique ?

À nouveau, ce risque est mis en avant par les opposants à l’électricité. Mais il faut bien comprendre que le coefficient de 2,58 pénalise toutes les utilisations de l’électricité, y compris les pompes à chaleur dont un développement massif est par ailleurs nécessaire pour atteindre la neutralité carbone.

Lorsque les pompes à chaleur ne peuvent pas être installées pour des raisons techniques, en logements collectifs notamment, une solution associant des radiateurs à haute performance combinés à un chauffe-eau thermodynamique est une solution satisfaisante.

Les radiateurs modernes, et non pas les anciens convecteurs ! offrent des fonctionnalités de régulation fine, au demi-degré près, et de pilotage ainsi que de détection de présence et de fenêtre ouverte. Compte tenu du niveau d’isolation des logements, leur appel à la pointe est faible, même par grand froid ; nous l’estimons à 500 W maximum par logement en collectif, ce qui est inférieur de six fois à la puissance appelée par les logements construits dans les années 1980/90.

Imaginons que 100 000 logements neufs aient recours chaque année à l’électricité, l’incidence sur la puissance appelée à la pointe serait d’environ 50 MW supplémentaires par an, ce qui est très faible, surtout si on la compare à la réduction des appels de puissance à la pointe, de plusieurs GW, qu’il serait possible de réaliser par le remplacement des quelque 20 millions de vieux convecteurs datant des années 1980/90, mal régulés et non pilotables, qui équipent encore 4 à 5 millions de logements.


Sources / Notes
  1. Réglementation environnementale 2020. 
  2. Ancienne unité de quantité de chaleur. 
  3. Base Carbone de l'Ademe. 
  4. Directive du 11 décembre 2018 modifiant la directive 2012/27 relative à l’efficacité énergétique.
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lundi 16 septembre 2019

Haute-Marne, Doulevant-le-Château : un nouveau projet éolien?

jhm.fr

L'éolien déjà présent

-Autorisé et exploité
"Les Coteaux du Blaiseron", Baudrecourt, Dommartin-le-Saint-Père et Doulevant-le-Château, 8 éoliennes.
Arrêté préfectoral, n°2537, 17 novembre 2016.


 

Les 8 aérogénérateurs @2018 Google

Autorisé et "en construction", d'après le site de la DREAL :  Base des installations classées
 À noter toutefois, qu'aucun document référent n'est disponible sur le site de la préfecture...
"Artémis", Charmes-la-Grande et Doulevant-le-Château, 6 éoliennes.

Projet éolien Artémis
Communes de Charmes-la-Grande et Doulevant-le-Château


 
Source : Projet éolien Artémis Communes de Charmes-la-Grande et Doulevant-le-Château



Un nouveau projet de zone industrielle
Cette "concertation" concerne-t-elle un nouveau projet sur le secteur?

Les mots sont choisis, la communication est parfaite . Pas étonnant, venant de professionnels, RESONANCES CFP, Concertation et Facilitation de Projets, qui sont "spécialisés dans tous les aspects concertatifs notamment des énergies renouvelables : éolien - méthanisation."

Pour le dire plus clairement, sans tourner autour du pot : la mission de ces
"facilitateurs", payés par un porteur de projet, est d'appliquer la "vaseline" à la population, avant introduction!

Aujourd'hui, ces chargés de vous "faire prendre des vessies pour des lanternes", sont devenus incontournables dans le montage d'un projet éolien ou de panneaux solaires ou de méthanisation, tant est grand le REFUS des populations sur tout le territoire national.

À noter, que la cogérante de RESONANCES CFP, Concertation et Facilitation de Projets et également la fondatrice et la gérante d' Ater environnement :

"ATER Environnement est un bureau d’études, pluridisciplinaires, spécialisé dans les énergies renouvelables, le paysage, l’urbanisme, les questions énergétiques territoriales et la concertation transversale à l’ensemble de ces domaines. Il met ses compétences au service des administrations, des collectivités territoriales et des entreprises.
Notre objectif n’est pas la recevabilité de vos projets mais l’autorisation de les réaliser. Pour cela, plusieurs interlocuteurs privilégiés vous sont dédiés, travaillant en étroite collaboration avec les Services de l’État et différentes équipes d’expertise. Nous sommes à l’écoute de vos besoins afin d’avancer ensemble.
Notre réactivité, notre respect des délais et notre expérience, font d’ ATER Environnement le partenaire privilégié de la réussite de vos projets.
"

C'est à ces affairistes, qui sévissent partout en France, que vos élus veulent vendre votre commune, vos vies et l'avenir de vos enfants.


Mais que faire?
Continuer, tous ensemble, à contester
légalement ce nouveau projet et dans le même temps, dans 6 mois, élections municipales 15 et 22 mars 2020, virer l'équipe municipale, si vous le souhaiter, maire réélu en 2014, dans le secret de l' isoloir...😉


-Les élus croient ceux qui ne sont que de passage, tels des oiseaux migrateurs,
-Les élus choisissent ceux qui foulent au pied l'histoire, le patrimoine et l'environnement du "Pays de l'eau",
-Les élus votent la petite mort de leur commune et de ses habitants.


Aussi, ils méritent d'être cités au champ du déshonneur

-Gaëlle Clowez, employé du secteur privé,
-Céline Dupuis, fonctionnaire de catégorie B,
-Gilbert Lallemand, maire, retraité salarié privé,
-Jean-Michel Chalicarne, agriculteur propriétaire exploitant,
-Jean-Paul Hitier, ouvrier du secteur privé,
-Jean-Luc Inderbitzin, employé du secteur privé,
-Mickaël Patingre, ouvrier du secteur privé,
-José Pillard, fonctionnaire de catégorie C,
-Ludovic Sanchez, ouvrier du secteur privé,
-André Van Landuyt, retraité artisan commerçant chef d'entreprise,
-Peter Van Wesemael, sans profession déclarée


Source : mon maire


En avant toutes!



 

création @Les vues imprenables

Lire
Haute Marne : Doulevant-le-Château, la commune se lance dans l'éolien


Haute-Marne, Doulevant-le-Château : les éoliennes pas encore là mais la zizanie...



 

 @jhm.fr

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Comment le gouvernement Macron prépare discrètement la privatisation des grandes infrastructures gazières

Olivier Petitjean

Commentaire : la maison France est vendue à la découpe, surtout les secteurs qui génèrent des profits, et, comme toujours, les Français regardent ailleurs...
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Dans la loi Pacte promulguée en mai 2019, il n’y a pas que la privatisation d’Aéroports de Paris et de la Française des jeux. Il y a aussi la sortie programmée de l’État du capital d’Engie et son désengagement de GRTgaz, qui exploite les gazoducs et les terminaux méthaniers français. Qu’en attendre, dans un contexte où les infrastructures gazières sont devenues une affaire de gros sous, dominée par une poignée de géants européens peu connus mais très influents ?

Dans la série des privatisations à venir, il y a celles qui sont visibles, faisant même l’objet d’une forte opposition, comme la privatisation d’Aéroports de Paris. Et celles qui passent inaperçues, dissimulée dans de rébarbatifs textes de loi, mais qui peuvent être lourdes de conséquences. C’est le cas de la privatisation de GRTgaz qui gère les terminaux d’importation et la grande majorité des gazoducs français, et qui détient donc les clés de l’approvisionnement en gaz de la France. Sans GRTgaz, pas de petite flamme bleue pour la cuisson ou le chauffage. L’entreprise, à ne pas confondre avec GRDF qui gère le raccordement des particuliers et entreprises au réseau de gazoducs, est totalement inconnue du grand public [1].

GRTgaz est une filiale d’Engie, dont l’État français est le principal actionnaire, à hauteur de 24 %. Or la loi Pacte – pour « la croissance et la transformation des entreprises », votée en juin 2018 – prévoit que l’État se désengage d’Engie et qu’une part du capital de sa filiale GRTgaz soit ouverte au secteur privé [2]. L’opération signerait le « démantèlement de la filière gaz » que ne cessent de dénoncer les syndicats du groupe. Elle pose aussi beaucoup de questions, à la fois sur la cession à des acteurs privés d’infrastructures stratégiques et des revenus que celles-ci génèrent, et sur la capacité de la France à engager une véritable transition énergétique sans se laisser dicter ses conditions par des grands groupes privés et les marchés financiers. 


Grandes manœuvres gazières
Libéralisation ou pas, les Français continuent aujourd’hui à recevoir leur gaz naturel à domicile comme ils le font depuis des décennies. Tout au plus ont-il pu remarquer que les tarifs tendent globalement à augmenter. À l’autre bout des tuyaux, ce sont les grandes manœuvres. Des milliers de kilomètres de gazoducs se construisent et traversent les continents. D’énormes bateaux sillonnent les océans de l’Australie à l’Arctique, transportant du gaz sous forme liquéfiée. Au nom de sa sécurité énergétique, l’Europe s’est rapprochée de l’Azerbaïdjan malgré un bilan peu reluisant en matière de droits humains et de démocratie. Entre la Russie de Vladimir Poutine et les États-Unis de Donald Trump, la concurrence fait rage pour vendre au vieux continent le gaz issu respectivement des nouveaux gisements de l’Arctique (lire notre article : Autour du gaz, les liaisons dangereuses des milieux d’affaires français avec l’oligarchie russe) et des champs de gaz de schiste du Texas et de Pennsylvanie (lire : Mauvaise nouvelle pour le climat : la France commence à importer du gaz de schiste).

Aux quatre coins de l’Europe, militants du climat, riverains et agriculteurs s’opposent à la pose de nouvelles canalisations géantes ou à la construction de terminaux destinés à accueillir des navires méthaniers. Des Italiens et des Grecs contestent le déracinement en masse d’oliviers centenaires. Des Suédois et des Croates dénoncent la construction de nouveaux ports gaziers à l’utilité contestable. Des Espagnols paient encore, via leurs factures de gaz, le coût de grands projets gaziers abandonnés ou en sous-utilisation chronique. Pour l’instant, la France est relativement épargnée. Mais la privatisation de GRTgaz pourrait changer la donne.




Cartographie des nouveaux géants du gaz
L’Observatoire des multinationales publie, avec plusieurs partenaires européens du réseau ENCO [3], la cartographie d’un secteur en pleine recomposition : celui des réseaux de transports de gaz. Opérant dans un relatif désintérêt du public, ces infrastructures n’en jouent pas moins un rôle crucial pour notre approvisionnement énergétique, de même que sur la question climatique. Le secteur a connu une évolution similaire à beaucoup d’autres en Europe. À coups de privatisations, de rachats et de fusions, les anciennes entreprises publiques opérant au niveau national se sont progressivement agglomérées pour laisser la place à une poignée de géants continentaux, en particulier l’espagnol Enagás, l’italien Snam et le belge Fluxys.




Ces poids lourds des infrastructures gazières sont d’ailleurs présents en France. Fluxys possède le terminal méthanier de Dunkerque, racheté à EDF en 2018, et Snam est actionnaire principal de Terega, l’ancienne filiale de Total qui gère les réseaux de transport de gaz dans le Sud-ouest. En plus de 32 500 kilomètres de gazoducs en France et de terminaux méthaniers à Montoir-en-Bretagne, près de Saint-Nazaire, et à Fos-sur-Mer, à l’embouchure du Rhône, GRTgaz possède des réseaux de transmission en Allemagne, mais ne pèse pas encore autant que ses trois rivaux. Et ce, même si l’on y ajoute la participation de sa maison mère Engie dans le projet très controversé de gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie et l’Allemagne en passant sous la Baltique. 


Un champion, pourquoi faire ?
C’est précisément le but de la privatisation partielle inscrite dans la loi Pacte que de permettre à GRTgaz de « grandir » et de se transformer un champion européen. Dès 2017, encouragée par le gouvernement français, la filiale d’Engie avait cherché à racheter DEFSA, l’entreprise en charge du réseau de gaz grec, promise à la privatisation dans le cadre du plan d’austérité imposé par l’Europe. L’entreprise française a finalement été recalée car pas assez « libéralisée » pour les règles européennes. DEFSA a finalement été revendue à un consortium regroupant Enagás, Snam et Fluxys. Cet échec est très probablement à l’origine de la privatisation partielle décidée par le gouvernement Macron. La même année, selon le nouveau registre officiel du lobbying en France, GRTgaz se lançait dans une campagne d’influence auprès des parlementaires et du gouvernement pour « faire évoluer le cadre d’activité de l’entreprise ».

« Le marché du gaz ne s’arrête plus aux Pyrénées ou au Rhin, mais il est devenu global, à l’échelle de l’Europe, et même du monde, expliquait le rapporteur de la loi Pacte Roland Lescure, député LaREM des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale. Ce que nous souhaitons, c’est que nos champions français et européens, Engie et GRTgaz, puissent continuer à contribuer à cette globalisation. » « C’est fait pour qu’on puisse potentiellement se rapprocher d’autres transporteurs de gaz européens », confirmait la patronne d’Engie, Isabelle Kocher, à propos de la privatisation de GRTgaz. Un rapprochement avec l’énergéticien Open Grid Europe, présent surtout en Allemagne et propriété du fonds d’investissement australien Macquarie, est souvent évoqué. Mais pour faire quoi, et à quel prix ?


L’Europe gazière
Mine de rien, ces nouveaux géants du gaz ont acquis une énorme influence sur l’Union européenne (lire le rapport Sous l’influence des industriels et de leurs lobbies, l’Europe s’enferme dans un carcan de gazoducs et de terminaux méthaniers). Aux côtés des multinationales du pétrole comme Total ou Chevron, ils ont contribué à propager l’idée que le gaz devait être le pilier de la transition énergétique. Ils ont aussi convaincu les instances européennes qu’investir des milliards d’euros dans la construction de nouvelles infrastructures gazières était le seul moyen d’assurer l’autonomie énergétique du vieux continent, notamment face à la Russie, et d’atteindre les objectifs climatiques de l’UE.

La vision portée aujourd’hui officiellement par la Commission est celle d’un marché du gaz totalement libéralisé et intégré à l’échelle européenne, où les molécules de méthane pourraient circuler librement d’un bout à l’autre du continent pour aller au plus offrant. Probablement un non-sens économique et environnemental, au vu de la quantité de nouveaux tuyaux qu’il faudra poser et de nouvelles infrastructures qu’il faudra construire pour réaliser cette vision. Mais une aubaine pour de nombreux secteurs économiques, du BTP à la finance.

Collectivement, Snam, Fluxys, Enagás et GRTgaz ont dépensé 900 000 euros en lobbying à Bruxelles en 2018, et rencontré 47 fois les commissaires européens et leurs adjoints entre 2014 et 2019. À quoi s’ajoutent les structures de lobbying qu’ils ont créé conjointement comme l’alliance « Gas for Climate », Gas Infrastructure Europe, le groupe European Network of Transmission System Operators – Gas (ENTSO-G) et quelques autres. Au total, une puissance de feu cumulée de 2,2 millions d’euros. Leurs discours présentant le gaz naturel fossile comme une énergie de « transition » étant de moins en moins crédibles, ils ont tendance aujourd’hui à insister davantage sur les perspectives du « gaz vert ». Le terme est utilisé pour désigner un ensemble de technologies pas toutes très écologiques et qui, en tout état de cause, ne représentent aujourd’hui qu’une fraction infime du gaz que transportent leurs tuyaux. En attendant, le gaz fossile venu de Russie, du Texas, d’Algérie ou du Nigeria continuera de couler à flots, avec les émissions de gaz à effet de serre massives que cela implique. 


Vers le retour de projets controversés en France ?
C’est à l’influence des poids lourds des réseaux gaziers que l’on doit la floraison actuelle de nouveaux terminaux méthaniers sur les côtes européennes, qui suscitent tant d’opposition de l’Irlande à la Croatie. Le « Southern Gas Corridor » par exemple, est un immense gazoduc qui raccordera l’Azerbaïdjan à l’Italie sur plusieurs milliers de kilomètres. Sa dernière section, le Trans Adratic Pipeline (TAP) relie le nord de la Grèce au sud de l’Italie en traversant l’Albanie, est construite par un consortium où l’on retrouve ces poids lourds : Snam, Enagás et Fluxys, aux côtés de BP et de la Socar, l’entreprise nationale azérie. Le chantier suscite une vive résistance en Grèce et en Italie [4].

Autre projet controversé les rassemblant – et qui concerne plus directement la France : le gazoduc MidCat vise à relier les réseaux espagnols et français, la Catalogne et Carcassonne et inclut le sous-projet STEP, traversée des Pyrénées. Poussé par Enagás et Terega, propriété de Snam, le projet était perçu officiellement avec plus de scepticisme par GRTgaz, en raison de son coût et d’une utilité sujette à caution. Sur fond d’opposition des communautés affectées en Espagne et en France, les régulateurs ont fini par le geler en 2018. Reste à voir si le changement d’actionnariat au sein de GRTgaz va modifier le rapport de force.

Autre point d’inquiétude, le projet de gazoduc Éridan, dans la vallée du Rhône, a pour sa part été formellement abandonné. Il devait servir à la fois à prolonger MidCat et à acheminer vers le Nord de grandes quantités de gaz liquéfié arrivant à Fos-sur-Mer. Considéré comme très risqué car passant à proximité de centrales nucléaires [5], sa mise en œuvre est restée bloquée suite à une bataille juridique entre GRTgaz et ses opposants.

Enfin, comme la mariée GRTgaz apporte également dans sa corbeille les terminaux méthaniers de Montoir et de Fos, sa privatisation partielle représentera aussi une perte de contrôle supplémentaire pour les pouvoirs publics sur la provenance du gaz arrivant par bateau en France. Quand il a été annoncé il y a quelques années qu’EDF et Engie allaient importer du gaz de schiste américain, la ministre de l’Environnement de l’époque Ségolène Royal avait déclaré sans convaincre qu’elle essaierait de s’y opposer. Aujourd’hui, à un moment où Américains et Russes veulent abreuver l’Europe de gaz liquéfié, contrer cette évolution sera encore moins possible. 


Infrastructures publiques, profits privés
Qui pourrait être intéressé par l’acquisition des parts privatisées de GRTgaz ? Une entreprise comme celle-ci, gestionnaire d’infrastructures extrêmement régulées, attire généralement un certain type d’investisseur, à la recherche de bénéfices réguliers et sans risques. C’est le cas de fonds spécialisés comme l’australien Macquarie déjà mentionné, ou encore de fonds de pension comme la Caisse de dépôt et de placement du Québec, déjà au capital de Fluxys [6]. 


Les autres propriétaires de Terega aux côtés de Snam sont le fonds souverain de Singapour et EDF Invest, filiale du groupe énergétique chargée de gérer les provisions pour le démantèlement des centrales nucléaires. GRTgaz se rapprocherait ainsi du modèle de ses concurrents Fluxys, Enagás et Snam, dont le capital est lui aussi partagé entre les pouvoirs publics (les collectivités locales belges dans le cas de Fluxys) et de gros investisseurs comme BlackRock.

L’intérêt commun de ces actionnaires publics et privés est de pomper des dividendes. En 2018, Fluxys, Enagás et Snam ont reversé collectivement 1,2 milliard d’euros à leurs actionnaires, soit plus des deux tiers de leurs confortables bénéfices, 1,75 milliard. GRTgaz est ici en terrain connu. Entre 2009 et 2017, sa maison mère Engie a distribué plus de 29 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires – trois fois plus que ses bénéfices cumulés sur la période. Selon la CGT du groupe, cette gabegie provient en grande partie du pillage de la trésorerie d’Engie depuis la fusion entre GDF et Suez, ainsi que des remontées de dividendes des filiales comme GRDF et GRTgaz. Chaque année, celles-ci versent selon le syndicat entre 1 et 1,5 milliard d’euros à leur maison mère, soit davantage que leurs bénéfices.

Entre 2010 et 2016, GRTgaz a ainsi remonté à sa maison mère près de 3 milliards d’euros, plus de deux fois ses bénéfices pour la même période (1,3 milliard). En 2017, les remontées des filiales régulées représentait 87% du dividende versé par Engie [7]. Dans le même temps, la CGT dénonce la perte progressive d’emplois dans les filiales, le recours accru à la sous-traitance et la faiblesse des investissements. Sous ces aspects au moins, la privatisation partielle de GRTgaz ne changera sans doute pas grand chose.

Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales. Cette enquête est le fruit d’une collaboration entre l’Observatoire des multinationales, Corporate Europe Observatory, ODG, ReCommon et le Gresea dans le cadre du réseau ENCO (European Network of Corporate Observatories.
Voir la cartographie : Qui contrôle tous les gazoducs ?. Celle-ci est également disponible en anglais, espagnol, italien et flamand. Des exemplaires papier sont disponibles sur demande.




Notes


[1] Il faut bien distinguer GRTgaz, en charge des réseaux de transmission (gazoducs) et GRDF, en charge du réseau de distribution (raccordement des entreprises et particuliers). Toutes deux sont des filiales d’Engie assurant une mission de service public.

[2] GRTgaz est actuellement propriété à 75% d’Engie et à 25% de la Caisse des dépôts, une institution financière publique. La loi Pacte prévoit que l’État français puisse revendre entièrement ses parts dans Engie (encore détenue aujourd’hui à hauteur de 24%), et qu’une part du capital de GRTgaz soit ouverte au secteur privé. Seule condition : que les actionnaires actuels Engie et/ou Caisse des dépôts gardent 50% des parts.

[3] « European Network of Corporate Observatories », réseau européen des observatoires des multinationales.

[4] Lire cet article : Des Italiens se battent pour protéger leurs oliviers contre un gazoduc géant soutenu par Vinci et la Société générale.

[5] lire cet article.

[6] Celle-ci est d’ailleurs partenaire d’Engie sur le rachat, annoncé ce printemps, du réseau de transport de gaz brésilien TAG à Petrobras.

[7] Lire ici et .


dimanche 15 septembre 2019

Haute-Marne, Langres : l' Histoire de France a pignon sur rue


La ville est une rencontre avec le temps passé, un "panoramique" à l' horizon infini et suscite des émotions à vous filer le frisson.

Bienvenus!😃

Voir
Week-end à Langres, la ville natale de Denis Diderot





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samedi 14 septembre 2019

Le chien de Diogène : imaginaire, mémoire et politique

Adeline Baldacchino



Illustration de bannière : Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat, Untitled (Two dogs), 1984



Au départ de ce texte, qu’il faut sans doute situer quelque part entre la spéculation et la rêverie, les mots d’un poète néerlandais. L’auteure, poétesse elle-même, s’en empare pour louer, au fil d’une plume trempée dans la tradition libertaire, les vertus mobilisatrices de l’imaginaire en politique. Sans quoi, « il n’est pas de révolution ». On croisera donc un commandant de sous-marin, des barbares, un abbé, un orage, et même un vieux chien grec.

 


Le souvenir est-il vraiment « un chien qui se couche où il lui plaît » ? C’est ce que soutient le poète néerlandais Cees Nooteboom, et à sa suite le professeur d’histoire de la psychologie Douwe Draaisma, auteur d’un livre fait pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du temps qui passe et aux mécanismes de la mémoire, Pourquoi la vie passe plus vite à mesure qu’on vieillit. Le souvenir est-il vraiment ce compagnon fidèle qui finit par nous trahir au gré des impératifs de la biologie du cerveau, dévoré par sa vieillesse et félon malgré lui ? Mais, surtout, quelle sorte de chien peut-il bien être, ce souvenir ?

Un qui vous lèche tendrement la main en réclamant des caresses ? Un qui vous mord au mollet pour vous demander de sortir ? Un qui vous prévient à l’approche des méchants, qui vous protège et vous sourit de toute sa gueule affectueusement levée vers vous ? J’aimerais méditer quelques instants, à partir du livre de Draaisma, et de quelques réminiscences liées à Cornelius Castoriadis, sur un sujet qu’il ne traite absolument pas, mais qu’il éclaire involontairement : les rapports ambigus de l’imaginaire, de la mémoire et de la politique. Féconds à première vue, dangereux au second examen mais finalement plus inextricables qu’il n’y paraît.

Féconds, bien sûr : commençons par une intuition — l’imaginaire nous met en mouvement, nous incite à l’action et conditionne parfois le passage aux actes. Pour qui ne supporte ni l’injustice ni les violences plus ou moins dissimulées de la société, la lecture de Charles Dickens ou de Jack London, de Victor Hugo ou de George Orwell, d’Emma Goldman ou de Victor Serge, plus près de nous de Patrick Chamoiseau ou d’Ursula Le Guin, de Maryse Condé ou d’Alain Damasio, joue à la fois comme révélateur et comme détonateur. Ce que l’on pressentait se matérialise sous la forme de personnages plus vrais que nature. Ce que l’on désirait, la fiction, ou la vie muée en autobiographie romanesque, qui devient un réel fictionné pour qui apprend à penser dans les livres, semble le rendre envisageable : l’imaginaire rend le possible imaginable. Or, la politique n’est rien d’autre que l’art de faire passer les rêves de l’état gazeux à l’état révolutionnaire. L’héroïsme n’est peut-être que l’effet d’une boucle de rétroaction : celle qu’exercent nos lectures sur nos espoirs, et à leur tour ces espoirs, déçus ou victorieux, sur les livres qui les racontent.

C’est parce que l’on aime le capitaine Nemo ou le comte de Monte-Cristo que l’on se veut justicier ; c’est d’ailleurs quelquefois parce que l’on a trop lu les histoires de la Révolution française et de 1917 qu’on se prendrait bien pour Saint-Just ou pour Trotsky — négligeant au passage les guillotinés de la Terreur et les morts de Kronstadt. Car la littérature emporte aussi le risque de fabriquer des héros à bon compte, lavant le sang à grande eau et faisant fi de la violence réelle. Sur papier glacé, les assassins qui le furent « pour la bonne cause » passent mieux que les autres, et l’on trouve toujours d’ardents défenseurs de Staline qui feraient mieux de relire Panaït Istrati. Au passage, notons-le, à moins de mourir à temps, il n’est pas facile, dans le monde réel, de finir en héros révolutionnaire innocent, tendre et joyeux. Che Guevara ou Castro nous font rêver à proportion des méfaits que nous choisissons d’ignorer ; ceux qui n’ont su ni fusiller ni gouverner se sont bien souvent fait fusiller eux-mêmes ou enfermer : tout se passe comme si seuls les oubliés de l’Histoire pouvaient se permettre le luxe de ne pas trahir l’idéal… Et pour cause — le pouvoir ne leur échut jamais pour leur brûler les mains.




Jean-Michel Basquiat, Undiscovered Genius of the Mississippi Delta, 1983

Mais revenons à notre affaire. La construction de soi comme « homme révolté » suppose toujours l’existence de modèles, plus ou moins purs, exaltants ou sombres. Robin des Bois ou Arsène Lupin, nous préparant à l’action, nous indiquent qu’il faudra en assumer la part la moins glorieuse autant que la plus excitante. Jusqu’à l’adolescence au moins, nous voulons tous écrire le roman de nous-mêmes en train de changer le monde. Adultes, nous profitons souvent des parenthèses trop rares des « vacances » pour entretenir l’illusion de pouvoir encore participer à quelque grandiloquente aventure. Et il semble bien que nous ne soyons, à la dernière heure de la mémoire, aux derniers jours du sablier qui nous défera, qu’une histoire à raconter aux petits-enfants, qu’une narration plus ou moins réussie, qu’une épopée plus ou moins fantastique. Au mieux, ce conte s’inscrit dans une mythologie collective, celle de l’usine ou du syndicat, du parti ou du club. Même là pourtant, nous avons tendance à croire que seuls les grands hommes, si ce n’est les grandes femmes, peuvent tout bouleverser. L’idée d’une révolution collégiale nous effleure à peine et, quand c’est le cas, nous fait plutôt sourire. On admet volontiers en partageant un café au comptoir du commerce que les hommes ont besoin de chef. L’idée d’une direction provisoire et tournante des affaires publiques n’apparaît pas dans les livres d’histoire. On a beau chercher, on ne trouve pas ; et puisque l’on ne trouve pas, on croit que cela n’a pas existé, ni de raison d’exister un jour.

Ici commence la tâche conjointe de l’imaginaire et de la politique, qu’il nous faut écrire sur les pages blanches de la mémoire historique. D’abord, parce que l’absence apparente ne signifie pas l’inexistence réelle. Les vainqueurs ont toujours escamoté les tentatives des vaincus. L’Histoire est bien plus profonde et large que les livres des historiens officiels des vainqueurs ne nous la montrent. On ne cesse de redécouvrir que nos premières interprétations de la préhistoire, de la naissance des sociétés agricoles et des économies organisées par l’État, par exemple, doivent être intégralement revues à la lumière des fouilles archéologiques. Dans les interstices des empires, ont vécu des individus libres qui échappaient aux carcans de l’autoritarisme, nous raconte James C. Scott dans son Homo domesticus, une histoire profonde des premiers États, éloge anarchiste des barbares et des vaincus. Les barbares n’étaient pas des monstres, mais ceux qui vivaient aux marges des États, prétendant échapper à la domination des premiers comptables. Les vaincus n’étaient pas des faibles, mais ceux qui se souciaient moins d’apparaître dans l’arbre généalogique des maîtres que de manger, d’aimer et de vivre à leur guise. Les plus heureux, en l’espèce, ne sont pas ceux que l’on croit. Les chasseurs-cueilleurs mangeaient bien mieux que les premiers agriculteurs, et l’impôt ne fit d’abord le bonheur que des percepteurs.

Ce que l’Histoire ne nous a pas appris, ce sont toutes les ramifications du possible qu’auraient engendré d’autres circonstances, d’autres choix des communautés humaines, d’autres tournants culturels. Il y a des leçons à trouver dans ce qui fut ; mais il n’y a pas de leçon à recevoir de ce qui n’a pas laissé de trace : seul le vraisemblable, l’uchronie, l’imaginaire peuvent nous aider à deviner ce qui a peut-être été, mais oublié, ou ce qui n’a encore jamais été tenté. C’est pourquoi il n’est pas de révolution sans édification imaginaire de la société désirable, appuyée tant sur la mémoire reconstruite du passé que sur le désir encore vierge de l’avenir. Cornelius Castoriadis l’avait bien vu, qui en appelait à une réinstitution imaginaire de la société, ouvrant la porte aux archipels de résistance infrapolitiques, insistant sur les appels d’air de la pensée radicale — non pas extrémiste, c’est-à-dire butée, intolérante et inapte à la discussion, mais radicale, c’est-à-dire autonome, neuve et ancrée dans des convictions fermes bien que toujours ouvertes au dialogue. Le rêveur n’est pas celui qui ne changera jamais d’avis, il est seulement celui qui assume son droit et sa capacité à penser autrement et à considérer ses propres objectifs comme au moins aussi légitimes que ceux qu’on prétend lui imposer au nom d’un « toujours-déjà-là » politique.




Jean-Michel Basquiat, Untitled

Bâtissant chaque jour dans l’ombre les labyrinthes d’une autre société plus solidaire, pariant sur la force de resurgissement des laves secrètes, bouillonnant au fond des volcans qu’on croyait éteints, les rêveurs politiques ne sont pas des apprentis sorciers mais des enfants de la magie. Ceux qui critiquent la « pensée magique » sont en réalité ceux qui ont renoncé aux pouvoirs instituants de l’imaginaire. Ils réitèrent le geste inaugural des premiers scribes utilisant l’écriture pour enregistrer la propriété des grains ou des terres. Or, à l’heure même où s’élaboraient les premiers alphabets, d’autres hommes et des femmes écrivaient des poèmes d’amour sur des papyrus mangés par le temps. S’il nous reste les tablettes d’argile et la démesure de la pierre, elles ne doivent pas servir à effacer la mémoire plus incertaine des parchemins et du bois, la fragilité des édifices faits pour célébrer le présent plus que pour témoigner de la grandeur. Il y eut toujours deux usages possibles de l’écriture, l’un servant à contrôler pour dominer, voire écraser ; l’autre à chanter pour retenir, voire inventer. L’incantation servait aux prêtres et aux guerriers, mais les artisans et les amoureux savaient eux aussi qu’on peut rédiger des charmes sur des parchemins. Les poètes, toujours funambules, se balançant d’un pied sur l’autre, n’étaient que des voleurs de feu qui transmettent le secret de la parole comme on se refile une braise dans la nuit.

Derrière l’apparent consentement à l’autorité, au sein même des premiers grands États esclavagistes de l’Antiquité, demeurait toujours la potentialité d’un refus forcené de la soumission. C’est l’héritage de ceux-là que nous confie la mémoire défaillante des rébellions, pour que l’imaginaire y supplée. Castoriadis lui-même ne prétend pas savoir quand la révolution devient possible, ce qui la rend non plus seulement imaginable mais inévitable et nécessaire. Il nous rappelle seulement que nous avons le droit d’y croire, et ce faisant de l’inventer à notre mesure. Sur un fond d’éternité, l’événement censé perturber le cours de l’Histoire ne surgit jamais qu’à l’heure où tous ceux qui le croyaient impensable vacillent et contemplent avec un rien de panique la défaite de leurs certitudes. « Agir, je viens », clame le poète Henri Michaux dans l’un de ses plus beaux textes lorsqu’il tente de s’ auto-hypnotiser pour concevoir, de l’autre côté de la détresse, des raisons de renaître, phénix de soi-même, réconcilié, plein comme un œuf — d’ivoire. Est-ce un hasard si ce texte apparaît dans un ensemble intitulé Poésie pour pouvoir ?

Poussant la porte en toi, je suis entré
Agir, je viens
Je suis là
Je te soutiens
Tu n’es plus à l’abandon
Tu n’es plus en difficulté
[…]

Tu poses avec moi
Le pied sur le premier degré de l’escalier sans fin
Qui te porte
Qui te monte
Qui t’accomplit
[…]

AGIR,
JE
VIENS

[…]
Ce chant te prend
Ce chant te soulève
Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux
Ce chant est nourri par un
Niagara calmé
Ce chant est tout entier pour toi

Plus de tenailles

Plus d’ombres noires
Plus de craintes

Il n’y en a plus trace

Il n’y a plus à en avoir

Où était peine, est ouate

Où était éparpillement, est soudure
Où était infection, est sang nouveau
Où étaient les verrous est l’océan ouvert
L’océan porteur et la plénitude de toi
Intacte, comme un œuf d’ivoire.

J’ai lavé le visage de ton avenir.

 


Jean-Michel Basquiat, Untitled, 1982

Il n’est pas de révolution, intérieure ni politique, sans imaginaire, individuel et collectif : ne se risquent à changer les choses que les hommes et les femmes prêts à devenir des magiciens. AGIR, ILS VIENNENT. Deux formes de métamorphose s’imposent et se complètent alors. Celle de nous-mêmes d’abord, de nos imaginaires colonisés par la puissance de frappe du pouvoir tel qu’il s’exerce sur nos corps et nos âmes, par l’intermédiaire du travail et de la loi. Dans le jeu, dans le sport et dans le voyage, nous quêtons sans cesse de minuscules échappatoires. La mode du développement personnel est le symptôme d’un appétit désespéré pour le dés-abrutissement. Les mondes virtuels nous consolent et nous ligotent. La poésie nous offense un peu, par sa lucidité, puis nous force à nous colleter au monde. Elle dit ce que nous ne savons plus dire autrement, l’effarement et l’émerveillement, les périls de la marchandisation et les extases de la liberté.

Mais cette transformation-là ne peut suffire, car elle est toujours confrontée aux impasses de l’indifférence et de l’égotisme. La curieuse injonction au bonheur de « s’occuper de soi-même » conduit souvent à négliger les autres. Travailler sur soi, comme nous y invitent sans cesse les psychologues, ne sert à rien si c’est pour oublier le monde auquel nous appartenons. La conversion de notre imaginaire personnel doit alors s’accompagner d’une « extroversion aventureuse » qui vient contredire le « repliement maniaque sur soi », pour reprendre ici une formule de Vladimir Jankélévitch, Quelque part dans l’inachevé, lequel ajoute : " la sérénité ne se trouve pas dans la conscience confinée, mais dans l’élan de l’intention intransitive » — en un mot, quand tout va mal, sortez de votre vertige narcissique, et plongez dans le monde tête la première."

Même pour les tempéraments sauvages et individualistes, solitaires ou paresseux, « prendre part » est la seule manière de s’inscrire dans ce qui les dépasse. À moins de ne jurer que par l’isolement hautain et l’érudition sèche, seul le rapport à l’autre vient corriger le délire fantasmatique de la toute-puissance autarcique. Rois et reines de nos cauchemars, nous sommes ramenés aux proportions plus congrues mais jubilatoires de la camaraderie par la force de l’amitié, qu’elle soit furtive, amoureuse ou militante : c’est en racontant et en se racontant que l’on s’invente. Tout le reste n’est que farce un peu cynique, non dénuée de charme mais bien dépourvue de tout pouvoir social. On ne crée pas de paradis pour soi seul, on n’habite pas d’île déserte sans espérer secrètement qu’y accostent des pirates généreux ou quelque extra-terrestre plein d’humour. En prison, Monte-Cristo n’est sauvé que par l’abbé Faria, avec lequel il communique avant de devenir l’héritier de son trésor. Tous, nous cherchons des bras dans lesquels nous jeter, la bonté qui répare, la douceur qui restaure.

Or, si nous n’agissons qu’en imaginant, si nous n’imaginons qu’en partageant, il en ressort que seule une éthique de la mémoire, visant à la multiplication des souvenirs doux et communs, permet de cultiver l’empathie. Ce que je désire et que je veux ; que tu veux et que je te donne ; et qu’à ton tour tu me donnes, fabrique à petits pas de nouveaux mondes. Que nous reste-t-il alors à faire, sinon à créer, par l’imagination, des configurations rendant possibles et vivables d’autres futurs ? Cette ascèse de l’imagination est une manière de vivre qui rend à chaque instant sa juste valeur, son propre poids, sa pleine puissance. Ce qui a été n’aurait pas pu ne pas avoir été, mais ce qui sera peut n’avoir pas encore été. L’imaginaire est à la fois politique et poétique. Par la métaphore, l’analogie, la comparaison, les poètes suggèrent des raisons d’être sinon d’agir. La poésie annote le temps, ramasse des étincelles qu’elle condense, entrepose des forces — ainsi de « l’éclair qui dure » cher à René Char ou de la « verticalité » flamboyante des flammes de chandelle chez Gaston Bachelard. À force de concentrer cette force comme un poing qu’on ferme au beau milieu des chantiers et des charniers, la poésie fabrique des textes aussi durs que la pierre, qui deviennent des armes. Fusils de pauvres, dira-t-on, mais de pauvres jubilant peut-être d’avoir repris le contrôle de la seule richesse — leur temps.




Jean-Michel Basquiat, Rice and chicken, 1981


Pas de révolution possible sans imaginaire, c’est-à-dire sans conviction profondément ancrée qu’une aussi petite chose qu’un poème peut changer le monde. Fous et amants l’ont toujours su, mais c’est à tous les autres, à nous tous, qu’il faut désormais le répéter. Par l’imaginaire, qui forge la mémoire et que forge la mémoire, je reprends le pouvoir. Mais qu’en ferai-je ? N’est-ce pas la seule et unique question qui vaille ? Car si ce pouvoir ne consiste qu’à se lever pour prendre un coup de bâton sur la tête et se rasseoir, c’est une bien piètre preuve d’espoir qu’il emporte avec lui, tout aussitôt renfermée dans la boîte à souvenirs des humiliés. Que pourrions-nous donc faire, ici et maintenant, qui agisse dans l’espace-temps des vivants, sur leur propre géographie et leur implacable chronologie ?

« Rien » — sommes-nous parfois tentés de répondre, défaits par notre propre nudité, las de chercher, penchés sur le berceau des neuf vies d’un chat qui nous fixe dans les yeux, nous défiant comme narguent les immortels. « Rien », murmure un vieil homme édenté qui mâche de la coca au fond de la montagne. « Rien », dit la femme aux reins parfaits qui soulève vers le ciel son poids d’enfants et de seaux d’eau. Les puits se vident et se remplissent, les baobabs périssent et les arbres morts au fond de la mer deviennent fossiles. Un jour, la pierre corallienne sert à rebâtir des forteresses pour les canons et des palais pour les conquérants.

Mais non.

Quelque chose en nous qui relève de l’enfance refuse d’abdiquer. Voici que le chien de Diogène nous intime l’ordre de nous souvenir. À quel moment avons-nous renoncé à consacrer notre vie à aimer ? À quelle heure impalpable avons-nous choisi de ne plus tenter de devenir ce que nous nous étions promis d’être ? Quel prix avons-nous payé au réel, quel affreux pragmatisme nous a sommé de lâcher prise, quelle évidente tricherie a transformé le pacte, tu travailleras pour manger, en esclavage, tu mangeras pour travailler? La mémoire est un chien qui ne se couche jamais sur ordre. On la siffle, elle n’obéit pas. On la gronde, elle aboie. On la caresse, elle tend les oreilles. Elle vieillit plus vite que nous, et nous ne la retenons que par la laisse des histoires : « Viens donc là, que je te raconte toutes les premières fois dont je me souviens. » L’heure de sommeiller ne vient qu’avec celle de renoncer à toutes les surprises. Que quelque chose se passe ! n’importe où, n’importe quoi ! — implorons-nous au bord de la tombe. L’ennui refroidit nos os. « Le ralentissement biologique objectif crée une accélération subjective, processus auquel la cadence des horloges physiologiques prend part », raconte Draaisma dans son livre. Il nous semble soudain que le monde a mille ans. Que plus rien ne peut l’ébranler puisque nous sommes las nous-mêmes de nous efforcer. Le cycle de la révolte et de l’amour a des allures de roue démente. Il nous faut d’urgence un orage dans le sablier. Des grains de sable dans la mécanique du désir, des étincelles dans la mer, des rebelles plein les livres, des poèmes plein la rue : des révolutions plein la mémoire.

Dès lors que nous croyons que tout a déjà été tenté, plus rien ne mérite de l’être. Comment nous sauver de cette illusion de l’accomplissement ? Sommes-nous déjà « au bout de notre temps » ? Pas si le temps n’a pas de bout ! Ni flèche ni sens. Il va l’amble comme un vieux cheval pas encore fou. Nous restons sur le bord de la rivière à le regarder passer. Comment rembarquer dans le radeau des vivants ? Comment pagayer dans le sens du vent qui n’est pas toujours celui du courant ? Comment faire en sorte que les mots ravivent le désir, que le désir rallume l’espoir, que l’espoir raffermisse nos résolutions ? Voici peut-être la grande question révolutionnaire de notre époque — ce qui nous provoquera à l’action sera-t-il l’effondrement de tous les repères, en somme, nous ne changerions pas de monde avant d’y être obligés, ou notre capacité à recréer de l’exultation en lieu et place de la résignation ?




Jean-Michel Basquiat, Skull, 1984


Dans la seconde hypothèse, il nous faudra mobiliser l’imaginaire, et donc la mémoire de nos rébellions, comme jamais. Le romantisme révolutionnaire n’a pas forcément à payer le prix de la violence, persuadé à tort que seuls les autres, riches et méchants par définition, le débourseront. Il peut être lucide et déterminé — à ne pas faire couler le sang, mais à changer le monde quand même, sans oublier d’assumer la violence défensive qui n’est jamais qu’une violence imposée par les autres. Celui qu’on veut écraser par principe avant même qu’il ait le temps et le droit de changer le monde, n’aurait-il pas le droit de se défendre et de détourner l’arme pointée sur sa tempe ?

Le romantisme de la révolution est un lyrisme de l’utopie. Il sert à nier la malédiction qu’on lui secoue sans cesse sous le nez : « Toi, toi qui veux agir, souviens-toi des morts, qui sont morts pour rien… et tais-toi ! » Non, car nous nous en souviendrons, des morts, et qu’ils ne sont pas toujours morts pour rien mais pour que d’autres ne meurent pas, ou moins vite, ou moins mal ; et nous nous souviendrons des vivants aussi, et de tout ce qu’il convient de faire pour que rien ne se répète tout à fait de la même manière. Qui a dit que tout changer devait forcément signifier tout abîmer ? Qui refuse de se souvenir des surréalistes : « Transformer le monde, a dit Marx ; Changer la vie, a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un. » Position politique du surréalisme, 1935, André Breton? Qui a décrété que tout réinventer commencerait par tout détruire ? Bien au contraire, le chant des rêveurs est un hymne de bâtisseur. Les magiciens ne brûlent pas tout ce qu’ils touchent, ils rallument la flamme où elle allait se coucher. Le vent qui passe n’emporte pas tout.

Le souvenir n’est pas un chien comme un autre. Il agit comme un chien de Diogène, celui qui nous rappelle sans cesse à l’ordre de la liberté, refuse les cadeaux des rois et les colliers trop serrés. Sur l’agora, quand Alexandre le Grand rencontre le philosophe et lui dit : « Demande-moi ce que tu veux et tu l’auras », Diogène gêné par l’ombre de l’empereur lui répondit : « Ôte-toi de mon soleil ! » Un chien jappe ici comme un bienheureux dans notre mémoire. Plein d’entrain, il veut que nous nous souvenions de l’insoumission joyeuse et de la lumière grecque. Si notre mémoire est une construction de l’imaginaire, il faut la nourrir d’instants rêvés et réalisés. Toute la tâche de la politique est là, non pas dans l’engloutissement du désir écrasé par le réel, mais dans la transmutation du songe en occasion d’action. Nous n’obtiendrons peut-être jamais tout ce que nous voudrions obtenir, mais il nous appartient de réduire l’écart entre ce que le cœur ordonne et ce qu’il atteint. Poétique et politique avancent ainsi de front dans l’ordre du langage et dans celui des actes. La mémoire des vaincus nous oblige. La morale de l’imaginaire nous engendre. Les livres fomentent des révolutions et les révolutions commencent avec des livres qui se souviennent de ce que nous allions oublier.




Jean-Michel Basquiat, Zing Zulu, 1986

Quid alors, me direz-vous et vous auriez raison, des révoltes illettrées ? Faut-il avoir lu pour sentir battre dans ses veines le tambour de la justice ? Non, bien sûr, mais encore faut-il avoir préservé en soi la faculté de se raconter des histoires, dont on fera peut-être un jour des livres. Chaque vie n’est qu’une longue histoire dont le fil qu’on déroule fabrique les pelotes de l’avenir. Or, il est mille façons possibles d’enrouler comme de dérouler, de jouer avec les balles et de se suspendre aux arbres à chat de la mémoire. Les épopées ne figurent pas qu’entre les lignes des plus forts volumes, elles nous sont aussi contées le soir par des vieillards plus érudits que des bibliothécaires ou par des parents qui réinventent à l’infini les contes de leur propre enfance. Les chansons et les films, les mythes et les tatouages, les rites et les masques montrent à leur manière les choses qu’il ne faut pas oublier — le vrai livre n’est pas toujours où l’on croit et il en est de plus secrets qui se dissimulent dans la matière même des légendes.

Reste que notre capacité d’invention est à la mesure de notre don d’affabulation : la politique sans l’imaginaire ne serait plus qu’une affaire de pouvoir cru et brutal, de loi de la jungle et de survie des plus forts ou des plus rusés. Dès lors qu’il est question de révolte, donc de justice, les mots que l’on invoque fabriquent les histoires que l’on désire répéter à ceux qui les activeront à leur tour pour en faire des armes et des poèmes. Pitié, douceur et tendresse se tissent dans les replis du réel, se méfient du plein soleil et des cris de guerre, se réfugient entre les draps des lits de l’enfance ou de l’amour. C’est au même endroit que naissent les livres et les hommes, les femmes et les mots, qu’ils soient écrits ou transmis oralement, chantés ou gravés, dans l’encre ou dans le sang. C’est au pied de ce lit-là qu’on trouvera souvent couché, pantelant mais joyeux, le chien de Diogène.


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Pourquoi le projet de scission d'EDF est une erreur





Les Echos
Olivier Dassault, député LR de l’Oise, Olivier Marleix, député LR d' Eure-et-Loire, Eric Woerth, député LR de l'Oise et président de la commission des Finances)

13/09/2019

Commentaire : et, c'est toujours à la fin du bal, que le consommateur/contribuable paye les joueurs de pipeau. Le pire est à venir.
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LE CERCLE - Couper l'entreprise en deux est d'une grande étrangeté, selon les députés Olivier Dassault, Daniel Fasquelle, Olivier Marleix, Eric Woerth et un collectif de députés LR. C'est ouvrir aux financements privés ce qui a le moins besoin d'argent, la distribution, et refermer sur un Etat prisonnier de ses contraintes budgétaires le nucléaire, qui a des besoins colossaux.

Chamussy/Sipa


Le gouvernement veut couper l'entreprise en deux : d'un côté, « EDF Bleu », de l'autre, « EDF Vert ».

L'Europe se cherche des champions industriels. Cela tombe bien : la France a EDF, deuxième producteur d'électricité au monde derrière le chinois China Guodian Corp. Hormis le régime de retraite des électriciens, EDF est une bénédiction pour la France : elle lui apporte une indépendance énergétique improbable pour un pays aux faibles ressources fossiles, une électricité parmi les moins chères en Europe, près de deux fois moins qu'en Allemagne, ce qui profite aux citoyens et aux entreprises, et enfin, grâce à la combinaison nucléaire/hydraulique, une émission de CO2 par habitant parmi les plus faibles des pays développés, moitié moins que l'Allemagne.

En 2005, sous l'impulsion de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a transformé le vieil établissement public EDF en société anonyme
Ce « miracle EDF » n'est pas le fruit du hasard. Voulue par le général de Gaulle à la Libération pour donner au pays les moyens de sa reconstruction, l'entreprise a été soutenue par tous les gouvernements, et a su s'adapter. En 2005, sous l'impulsion de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a transformé le vieil établissement public EDF en société anonyme, permettant d'ouvrir son capital et d'internationaliser l'entreprise devenue un acteur mondial présent en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

EDF doit aujourd'hui relever de nombreux défis, principalement dans le nucléaire, qui absorbe la majeure partie de ses 15 milliards d'investissements annuels : la livraison des EPR, le grand carénage du parc nucléaire français. Elle doit aussi assurer sa compétitivité et relever les défis de l'avenir : le stockage de l'énergie, la réutilisation des déchets nucléaires, les microcentrales, au service du développement en Afrique notamment.


Rêve de financier ou projet industriel ?
C'est le moment qu'a choisi le gouvernement pour imposer une étrange réforme qui coupe l'entreprise en deux. D'un côté, « EDF Bleu », le nucléaire, les barrages, RTE, de l'autre, « EDF Vert », la distribution, les services, le renouvelable. Bleu serait renationalisé dans un cocorico trompeur, Vert, qui lui a tout pour plaire, ouvert au marché à 35 %.

La grande étrangeté de ce qui ressemble plus à un rêve de financiers qu'à un véritable projet industriel, c'est d'ouvrir aux financements privés ce qui a le moins besoin d'argent, et de refermer sur un Etat prisonnier de ses contraintes budgétaires Bleu, qui a des besoins colossaux. D'entrée de jeu, un modèle économique qui ne repose pour Bleu que sur le prix de revente administré de l'électricité ne fonctionne pas, et il est dangereux de faire le pari que, sous ce nouveau schéma, la Commission européenne relâchera suffisamment la contrainte sur les prix.

EDF : une autre voie pour le géant français de l'énergie (tribune)

Quelle est la stratégie de l'Etat pour Bleu, le coeur d'EDF : structure de défaisance condamnée à un lent déclin ou outil de conquête de nouveaux marchés ? Qui gardera la dette ? Qui portera la R & D ? Si EDF a des besoins capitalistiques, rien n'empêche l'Etat d'autoriser une augmentation de capital, quitte à diluer sa part prépondérante, 83,7 % au 30 juin 2019.

La force d'EDF, c'est son intégration, formidable outil au service de la transition énergétique.


  • Pourquoi la mettre à mal ?  
  • Pourquoi ce projet est-il celui du gouvernement et non celui de l'entreprise ?  
  • Quels intérêts sert cette scission ? Ni ceux de l'Etat, qui a bénéficié en 2018 de près de 600 millions d'euros de dividendes, ni ceux des clients particuliers pour qui l'énergie est un service public, ni ceux des entreprises pour qui le prix de l'énergie reste un enjeu crucial de compétitivité.

Eric Woerth, Olivier Marleix, Olivier Dassault, Daniel Fasquelle, Patrick Hetzel, Nicolas Forissier, Claude Goasguen, Didier Quentin, Gilles Lurton, François Cornut-Gentille, Virginie Duby-Muller, Damien Abad, Raphaël Schellenberger, Aurélien Pradié, Patrice Verchère, Laurent Furst, Jean-Pierre Door, Julien Dive, Mansour Kamardine, Jean-Claude Bouchet, Emmanuel Maquet, Fabrice Brun, Valérie Beauvais, Frédérique Meunier, Jean Jacques Gaultier, Jean-Yves Bony, Michel Herbillon, Jean-Luc Reitzer, Vincent Descoeur, Eric Diard, Jean-François Parigi, Eric Ciotti, Guillaume Peltier, Annie Genevard, Nadia Ramassamy, Marie-Christine Dalloz, Valérie Lacroute, Bérengère Poletti, Frédéric Reiss, Charles de la Verpillière, Josiane Corneloup et Gilles Carrez.

Olivier Dassault, Daniel Fasquelle, Olivier Marleix, Eric Woerth et un collectif de députés LR