CLIMAT, CERTIFICATION " HAUTE VALEUR ENVIRONNEMENTALE ", HVE : " SI NOUS VOULONS QUE TOUT RESTE TEL QUE C'EST, IL FAUT QUE TOUT CHANGE "*

  "... En 2021, le nombre d’exploitations agricoles certifiées HVE progresse même de 73 % ! Au 1er janvier 2022, on compte près de 25 000 fermes ou domaines viticoles labellisés HVE en France, contre moins d’un millier cinq ans plus tôt. [...] En plus des 80 euros par hectare, les agriculteurs qui obtiennent la certification HVE peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt de 2500 euros par an. Pour une ferme de 100 hectares, cela fait un total de 10 500 euros d’aides publiques par an. Si les 100 000 exploitations de 100 ha ou plus que comptent la France étaient certifiées HVE et éligibles aux subventions publiques, plus d’un milliard d’euros seraient ainsi dépensés chaque année.... "
  Et pour quelles raisons, les patrons des 100 000 exploitations, potentiellement éligibles, ne voudraient pas profiter d'un tel filon? Faudrait qu'ils soient couillons, non?
 
*  Giuseppe Tomasi di Lampedusa, 1896-1957, Le guépard,  traduit par Fanette Roche-Pézard, Seuil, 1959.
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Produits cancérigènes autorisés, contrôles opaques : les dessous de la mention « haute valeur environnementale »


Nolwenn Weiler

  La certification « Haute valeur environnementale » rencontre un vif succès parmi les grosses exploitations agricoles. Logique : elle permet de percevoir de l’argent public sans quasiment rien changer à ses pratiques peu vertueuses.

 Photo : © Sophie Chapelle


  Les agriculteurs peuvent-ils utiliser des pesticides classés cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction tout en bénéficiant d’une certification « Haute valeur environnementale », HVE ? La réponse est oui. Le nouveau cahier des charges de cette certification – publié le 22 novembre – le permet, comme le permettait le précédent. La certification HVE inclut bien d’autres contradictions, dénoncées par les associations environnementales et certains syndicats agricoles, mais aussi par la Cour des comptes ou la Commission européenne. Elle est pourtant de plus en plus mise en avant dans les rayons des supermarchés, en particulier le vin, avec son logo rouge sur fond blanc, et sa ferme ensoleillée ornée d’un papillon.

Aucune interdiction des pesticides
  Lancée en 2011, dans la foulée du Grenelle de l’environnement, la certification HVE récolte un succès grandissant. En 2021, le nombre d’exploitations agricoles certifiées HVE progresse même de 73 % ! Au 1er janvier 2022, on compte près de 25 000 fermes ou domaines viticoles labellisés HVE en France, contre moins d’un millier cinq ans plus tôt. Or, la consommation des pesticides, elle, ne diminue pas. Loin s’en faut. En 2021, on a même utilisé plus de pesticides en France qu’en 2009, au sortir du Grenelle, alors même que la « haute valeur environnementale » n’était pas encore mise en place [1].
  Rien d’étonnant à cette apparente contradiction : le cahier des charges de la certification HVE ne prévoit aucune interdiction des pesticides. Il se contente d’accorder des points si les exploitants diminuent leur consommation. Volontairement incitatif, ce cahier des charges est basé sur un système de notations réparti en quatre grandes thématiques : « biodiversité », « stratégie phytosanitaire », le terme marketing pour pesticides, « gestion de la fertilisation » et « gestion de l’irrigation ». Ce qui compte, c’est la note finale. Une étude de Greenpeace publiée en juin 2021 cite l’exemple de la filière blé dans l’est de la France : « Une part non négligeable d’agriculteurs ont des notes égales à zéro sur les objectifs concernant l’usage d’herbicides, mais qui ont une note finale leur permettant d’obtenir la certification HVE », observe-t-elle. De plus, « même si elle édicte des objectifs chiffrés », la démarche HVE « ne spécifie jamais de note éliminatoire s’ils ne sont pas atteints » [2].
  Le cahier des charge en cours jusqu’au 1er janvier 2023 propose d’accorder des point à ceux dont la consommation de pesticides ne représente qu’un faible ratio du chiffre d’affaires. « Ceux qui ont les plus gros chiffres d’affaire peuvent utiliser plus d’intrants et ne rien changer à leurs pratiques, dénonce Jean-Bernard Lozier, de la Confédération paysanne, siégeant à la Commission nationale de la certification environnementale, CNCE, où est défini le cahier des charges. Pas étonnant que les exploitations HVE soient majoritairement viticoles, car ce sont de grosses consommatrices de pesticides. » La vigne consomme 20 % des pesticides utilisés en France pour 3,7 % de la surface cultivée [3]. Et les vignerons sont friands du label HVE. Ils constituent les trois quarts des certifications accordées.

Les associations environnementales opposées à HVE
  Le label rouge et blanc ne prévoit rien non plus sur le respect de la saisonnalité, le bien-être animal – par exemple le nombre d’animaux élevés par m² – ou encore l’usage d’antibiotiques. « Cette certification environnementale s’avère être avant tout un redoutable outil de communication pour "verdir" l’agriculture, sans répondre aux vrais défis sociaux, économiques, écologiques et alimentaires de l’agriculture », dénonce la Confédération paysanne. En décembre 2020, ce syndicat agricole décide, avec plusieurs organisations environnementales – Agir pour l’environnement, le Synabio, le syndicat des entreprises du secteur bio, mais aussi la fédération France nature environnement qui a pourtant participé à la mise en place de HVE – de dévoiler publiquement cette mascarade. Ils organisent une conférence de presse pour dénoncer « l’illusion de transition agroécologique » que constitue cette certification.
  Dans une note confidentielle remise aux ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique quelques mois plus tôt, et révélée par Le Monde en mai 2021, l’Office français de la biodiversité assure que dans la plupart des cas, HVE n’apporte aucun bénéfice environnemental. En février 2022, un rapport de la commission économique de l’Assemblée nationale s’inquiète du fait que la certification HVE se résumerait à conseiller les agriculteurs concernés sur l’utilisation de pesticides : « Les services du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation ont, à plusieurs reprises, assimilé le suivi des agriculteurs engagés dans la certification HVE à du conseil stratégique à l’utilisation des PPP, produits phytosanitaires= pesticides, ndlr », constate le rapport. La Cour des comptes s’étonne de son côté que l’agriculture HVE, « bien moins exigeante que l’agriculture biologique », soit pourtant « fortement » soutenue par le ministère de l’Agriculture.

Inquiétude des députés, de la Cour des comptes et de la Commission européenne
  Le gouvernement semble n’avoir que faire de ces diverses remarques, du moins jusqu’à ce que la Commission européenne s’en mêle. Le 22 mars dernier, elle exige de la France qu’elle revoit sa façon de décliner nationalement la future Politique agricole commune : PAC. Le syndicat de la FNSEA prévoyait en effet de rémunérer à hauteur égale l’agriculture bio et l’agriculture HVE, par un paiement à l’hectare unique. « La Commission note avec préoccupation que la rémunération de niveau supérieur pour service environnemental dans l’ écorégime est la même pour l’agriculture biologique et la certification HVE alors que le cahier des charges de cette certification est beaucoup moins contraignant. »
  « Il est nécessaire de clarifier, et si besoin de modifier, certains éléments du plan stratégique national français afin qu’il respecte pleinement le cadre réglementaire, particulièrement en ce qui concerne la certification HVE dans le cadre de l’ écorégime », ajoute la Commission [4]. Cette fois, la France est obligée de revoir sa copie. Les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique commandent une étude, en vue de rénover leur bébé HVE. Pilotée par l’Office français de la biodiversité, OFB, cette évaluation est sans appel. « L’analyse de terrain montre que la majorité des exploitations enquêtées n’ont pas eu à changer leurs pratiques pour être certifiées ». Au final, il existe un écart important entre les exigences du cahier des charges HVE et « les pratiques nécessaires et suffisantes pour une transition agroécologique ». Quant à l’argument de la progressivité de la démarche, qui permettrait d’y aller petit à petit, il est tout simplement balayé.
  Cette analyse sans concession est suivie de quelques recommandations dont le nouveau cahier des charges ne va pas tenir compte puisqu’il est adopté le 30 juin avant même la présentation de l’évaluation du label HVE le 5 juillet. L’esprit HVE reste donc inchangé : il s’agit d’inciter en attribuant des points tout en permettant de compenser des pratiques peu vertueuses. Pour tenir compte des demandes de Bruxelles, la France accorde une légère plus-value à l’hectare pour le bio, qui passe à 110 euros, contre 80 euros pour le HVE. Fâchés de ce traitement différencié, la FNSEA, les JA, Jeunes agriculteurs, la branche de la FNSEA pour les paysans de moins de 35 ans, et les chambres d’agriculture s’abstiennent de voter le nouveau cahier des charges. Il est finalement adopté grâce au vote des représentants de l’administration, ministères en tête, et reste globalement très favorable au système agricole dit « conventionnel ».

Produits cancérigènes autorisés, mégabassines favorisées ?
  La possibilité d’utiliser des produits classés cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction demeure. On peut même en retirer des points, dans certaines conditions, notamment en obtenant « des dérogations exceptionnelles octroyées par arrêté des ministères en charge de l’agriculture et de l’environnement » en cas d’« impasses avérées » ou de « situations de force majeure ». En ces temps de bouleversements climatiques, il est à craindre que ce type de situations se multiplient, et avec elles les dérogations pour épandre dans la nature des produits toxiques. Il est aussi possible, avec le label HVE, de répandre des pesticides au-delà des parcelles agricoles, du moment que c’est limité, et d’être récompensé pour cela. « Les conditions d’application des traitements visant à limiter les fuites dans le milieu et allant au-delà des obligations réglementaires » permettent en effet de collecter jusqu’à deux points. En clair, il est possible de continuer à polluer rivières et bosquets alentour tant qu’un minimum d’efforts est produit pour que cela reste localisé.
  Pour épandre des engrais de synthèse, très énergivores en gaz, on peut gagner des points si on utilise des « outils d’aide à la décision ». Traduction : si un agriculteur épand des engrais issus de la pétrochimie, mais qu’il a téléchargé une application qui permet de lui dire à quel moment les utiliser au mieux, il cumule des points. Bien vu, pour les vendeurs d’applications. Un peu moins pour les sols et les rivières, déjà saturés d’azote. Une saturation à l’origine, entre autres, du phénomène des algues vertes.
  Pour les usages de l’eau, « l’adhésion à une démarche de gestion collective » peut aussi rapporter des points. Questions : les très controversées mégabassines représentent-elles une démarche de gestion collective ? Contactées par Basta! à plusieurs reprises, l’association pour le développement de la HVE n’a pas répondu. Pas plus que la FNSEA ou l’assemblée permanente des chambres d’agriculture.

Quels contrôles ?
  « Ce n’est pas du tout à la hauteur de l’urgence environnementale, regrette Jean-Bernard Lozier à propos de ce nouveau cahier des charges. Il n’y a aucune approche systémique. On aurait pu mettre la barre beaucoup plus haut. » On aurait aussi pu faire plus simple. Car ce cahier des charges est une véritable usine à gaz, pleine de formulations alambiquées, de dérogation, et d’éléments dont on se demande bien comment ils pourront être contrôlés.
  « On n’a jamais compris comment ils s’y prennent pour noter, remarque Dominique Techer, lui-même viticulteur et porte-parole de la Confédération paysanne en Gironde. C’est vraiment olé olé. On a l’impression que s’ils trouvent un mur écroulé avec des lézards dedans, ça leur fait un point. » Peu importe, semble-t-il.   En plus des 80 euros par hectare, les agriculteurs qui obtiennent la certification HVE peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt de 2500 euros par an. Pour une ferme de 100 hectares, cela fait un total de 10 500 euros d’aides publiques par an. Si les 100 000 exploitations de 100 ha ou plus que comptent la France étaient certifiées HVE et éligibles aux subventions publiques, plus d’un milliard d’euros seraient ainsi dépensés chaque année. Sans rien changer, ou si peu.


[1] Nodu, pour nombre de doses unités, qui correspond au nombre de traitements appliqués, 2021 : 85,7. Nodu 2009 : 82. Source : ministère de l’Agriculture.
[2] Étude sur les labels alimentaires Greenpeace/le Basic/ WWF, juin 2021, mise à jour en février 2022.
[3] Voir l’étude.
[4] Observations du 31 mars 2022 relatives au plan stratégique relevant de la PAC présenté.

  Sur le Web

HAUTE-MARNE, SAVIGNY & TORNAY : L'ENCERCLEMENT ÉOLIEN SE POURSUIT PAR LE SUD... VANNIER, V

Précédemment
https://augustinmassin.blogspot.com/2022/11/haute-marne-pressigny-les-eoliennes.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2022/11/haute-marne-bussieres-les-belmont-les.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2022/11/haute-marne-genevrieres-lencerclement.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2022/11/haute-marne-genevrieres-lencerclement_21.html

   Semaine après semaine, la construction de l'usine de 9 éoliennes dit " Sud vannier ", sur les communes de Tornay & Belmont, impacte inexorablement et durablement le paysage et impose un nouvel horizon aux résidents de la perpétuité du territoire.
   LE PIRE, C'EST QUAND LE PIRE EMPIRE! POUR QUI SONNE LE GLAS!

QU'ONT-ILS FAIT DE LA HAUTE-MARNE? ELLES ET ILS L'ONT PATIEMMENT GÂCHÉE!
 
 
 
À la sortie de la forêt communale de PRESSIGNY-LÈS-ÉOLIENNES, l'usine de 3 éoliennes, côté TORNAY. Crédit photo : PHP.
 

QUAND LE MOT " LIBERTÉ " S' ÉCRIT AU PLURIEL

Raymond Aron, 1905-1983
14 mars 1905
  Naissance de Raymond Claude Ferdinand ARON, à Paris rue Notre-Dame-des-Champs. Dernier des trois garçons d'une famille originaire de Lorraine qui appartient à « la bourgeoisie moyenne du judaïsme français ».
1905-1924
  Enfance paisible et scolarité brillante au lycée Hoche de Versailles puis à la khâgne du lycée Condorcet de Paris où R. Aron prépare l’École normale supérieure.
1924-1928
  Reçu 14e à l'École normale. R. Aron se lie d'amitié avec Sartre, Nizan, Lagache, Canguilhem. « Socialiste vaguement, pacifiste passionnément ». Reçu premier à l'agrégation de philosophie.
1928-1930
  Service militaire au Fort de Saint-Cyr. Période de crise morale encore accrue par la ruine de son père en 1929. Assiste aux Décades de Pontigny qui rassemblent les intellectuels les plus brillants de l'époque.
1930-1933
  Années allemandes. Lecteur à l'Université de Cologne puis pensionnaire à l'Institut français de Berlin. Découverte à la fois des penseurs allemands et de la violence du nazisme. Adieu au pacifisme et aux idées d'Alain.
5 septembre 1933
  Épouse Suzanne Gauchon. Remplace Sartre pendant un an au lycée du Havre. Naissance de sa première fille en 1934.
1935
  Publication de son premier livre La Sociologie allemande contemporaine. Devient le secrétaire du Centre de Documentation sociale de l'École normale.
26 mars 1938
  Soutient avec succès sa thèse de philosophie : Introduction à la philosophie de l'histoire, publiée chez Gallimard. Thèse complémentaire : Essai sur la théorie de l'histoire dans l'Allemagne contemporaine. Rude discussion autour de sa conception de la philosophie relativiste de l'histoire.
Août 1939
  Mobilisé et affecté comme sergent à la station météorologique n°1 au nord de Mézières. Travaille sur Machiavel.
Juin 1940
  Pris dans la débâcle, se retrouve à Bordeaux où il embarque pour l'Angleterre, en accord avec sa femme.
1940-1944
  Années de Londres. Contribue activement au succès de la revue La France libre, « représentative de la France en exil ». Ses éditoriaux seront repris en recueils après la guerre.
Septembre 1944-1945
  Retour en France. Rupture avec l'Université. Participe à la création des Temps modernes de Sartre et devient directeur du Cabinet d'André Malraux, ministre de l'Information.
1946-1947
  Démission du gouvernement de De Gaulle en janvier 1946. Donne des cours à l'E.N.A. Entrée à Combat où il devient éditorialiste jusqu'en juin 1947, puis au Figaro où il restera pendant trente ans. Adhésion éphémère au R.P.F.
1948
  Échec de sa candidature à une chaire de philosophie à la Sorbonne. Rupture avec Sartre. Publication du Grand Schisme.
1950
  Année terrible : naissance d'une petite fille handicapée et mort de la deuxième née pendant la guerre emportée par une leucémie foudroyante.
1951
  Publication des Guerres en chaîne. Collabore à Preuves, dénonce les ravages de l'idéologie marxiste.
1955
  Publication de L'Opium des intellectuels. Mis au ban de l'intelligentsia française pour son analyse des mythes des intellectuels de gauche. Élection difficile à la chaire de sociologie de la Sorbonne.
1957-1967
  Années fécondes : Cours, conférences, articles et 14 livres de La Tragédie algérienne aux Étapes de la pensée sociologique en passant par Paix et guerre entre les nations. Rejoint l'École pratique des hautes études en 1960. Élection à l'Académie des sciences morales et politiques en 1963. Démission de la Sorbonne en décembre 1967.
1968-1977
  En 1968, retour à la politique avec la parution de De Gaulle, Israël et les Juifs et La Révolution introuvable qui dénonce le « terrorisme du pouvoir étudiant » et fait scandale. Élection à la chaire de sociologie du Collège de France en 1970. Travail intense en particulier sur Clausewitz, Penser la guerre, Clausewitz, Gallimard, 1976, et sur les chances de survie de l'Europe occidentale : Plaidoyer pour l'Europe décadente, R. Laffont, 1977.
1977-1983
  Victime d'une embolie en avril 1977, se rétablit et démissionne du Figaro lorsque Robert Hersant décide d'y écrire des éditoriaux. Entre à L'Express. En 1981, publication d'un livre d'entretiens Le Spectateur engagé, faisant suite à une série d'émissions de télévision. Commence la rédaction de ses Mémoires dont la publication en septembre 1983 est un succès total.
17 octobre 1983
  Mort de Raymond Aron. Hommage unanime des intellectuels.

 

  Sur le Web

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Liberté et égalité, de Raymond Aron

José Dario Rodriguez, Master Sociologie, EHESS, Paris

   « Le texte que l’on va lire est celui du dernier cours de R. Aron au Collège de France, prononcé le 4 avril 1978. (…) Tel qu’il est, il donne une idée fidèle de la perspective politique de R. Aron au soir de sa carrière universitaire » : R. Aron, « Liberté et égalité », 2013 :  p. 27.

  Sans vouloir être exhaustif dans la description des évènements historiques de la fin des années 1970, il est pourtant nécessaire d’énoncer quelques faits politiques, idéologiques et sociaux de cette époque pour s’approcher de la manière dont Aron expose ses idées lors de cette dernière conférence au Collège de France. Avant d’énumérer quelques évènements, il faut commencer par dire que le contexte politique est marqué par la guerre froide. Du côté social, on constate l’existence de nombreux mouvements animés par des jeunes tout au long des années 1960-1970. Depuis 1968 ils contestaient, entre autres, l’inégalité des sociétés capitalistes marquées par un modèle économique injuste et l’oppression des pouvoirs publics représentés par les gouvernants et les institutions étatiques. Dans un tel panorama, bien sûr incomplet, on pourrait dire qu’au niveau idéologique, les notions d’égalité et de liberté venues de l’Est semblaient peut-être plus concrètes et moins injustes que celles d’Occident. Cela mettait en question non seulement les régimes politiques de l’époque, mais le système démocratique même, fondé précisément sur les idées de liberté et d’égalité depuis son origine historique dans la Modernité : 1.
   C’est dans ce contexte qu’ Aron s’interroge sur le devenir des démocraties libérales. L’auteur construit ses arguments à partir d’un dialogue avec la philosophie et d’un regard empirique sur les faits qui, à son avis, montraient la possibilité d’harmonisation entre les idéaux de liberté et d’égalité en Occident.

 

 


I. Introduction
  D’après Aron, il convient de parler « des libertés », au pluriel. C’est dans le concret qu’on constate l’existence de certaines libertés. « Nous jouissons tous de certaines libertés, et nous ne jouissons jamais de toutes les libertés » : p. 29. En ce sens, et par rapport aux définitions, aux explications et aux interprétations sur la liberté issues de la philosophie moderne comme celles de Hobbes [Thomas, 1588-1679] et de Montesquieu [Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, 1689-1755] à partir de la notion de l’Etat de Nature, 2, Aron dira simplement qu’il vaut mieux « ne pas se reporter à la situation des hommes dans l’âge paléolithique que nous connaissons mal, mais plutôt se référer à ce que nous connaissons à la fois dans les petites sociétés néolithiques et dans nos sociétés » : p. 31. « Poser ou déduire la liberté dans l’abstrait, 3, ne signifie pas grand-chose » : p. 32. C’est pourquoi il faut chercher le contenu des libertés dans un contexte concret et commencer par ce que « nous connaissons » : p. 31. On constate donc le caractère empirique de cette recherche aronienne. Empirique si l’on veut à partir de la philosophie moderne, ou peut-être empirique en termes classiques aristotéliciens [relatif à la philosophie d'Aristote [384-322 av. J.-C.] ; partisan de cette philosophie, Larousse] si l’on regarde dans le début du livre premier de la Métaphysique où ce philosophe montre l’origine de la connaissance humaine : « Tous les hommes ont un désir naturel de savoir, comme le témoigne l’ardeur avec laquelle on recherche les connaissances qui s’acquièrent par les sens » : 980a – Trad. Victor Cousin. Aron va précisément « essayer de voir le contenu de nos libertés, dans le panorama de nos pays "démocratiques, prospères et libéraux " » : p. 33.


2. Les libertés dans les démocraties libérales

  D’après cette remarque méthodologique, nous parlerons de trois types de liberté, reconnues et garanties par le pouvoir public, dans les sociétés démocratiques. Le premier type correspond aux libertés personnelles, divisées à leur tour en quatre catégories, à savoir : la sûreté ou la protection des individus, la liberté de circulation, la liberté de choix d’emploi ou de travail et la liberté religieuse. Cette dernière est extensive et équivalente aux libertés d’opinion, d’expression et de communication. Le deuxième type correspond aux libertés politiques : voter, protester, se rassembler. Le dernier type se compose des libertés sociales : liberté d’être soigné, de s’instruire et liberté des collectifs : syndicats.
  Ces libertés peuvent être considérées à la fois comme formelles ou matérielles : réelles. En ce qui concerne les libertés personnelles, Aron va dire qu’elles sont les libertés réelles par excellence, tant qu’elles correspondent à « notre manière normale de vivre » : p. 37. Pour les libertés sociales l’auteur considère qu’elles sont aussi des libertés réelles, mais en tant qu’elles sont des conditions à l’exercice de certaines libertés. Pour les libertés politiques, la classification devient un peu plus complexe surtout quand on pense, par exemple, au droit de vote. Ce droit a à la fois une valeur symbolique et une efficacité indirecte : dans le champ symbolique on est égal et libre au moment des élections, et dans celui de l’efficacité le fait qu’il y ait des élections prévient la violence qui peut se déclencher dans la lutte pour le pouvoir hors d’un système démocratique. Néanmoins le fait de voter « ne donne pas nécessairement au peuple le sentiment de se gouverner lui-même » : p. 39.
  On peut dire avec Aron qu’après les expériences du XXe siècle, « les libertés politiques sont les plus symboliques mais, à la fois, la condition essentielle des autres libertés » : p. 39. Ce sont des libertés qui se définissent à la fois grâce à l’État et contre lui ; par les résistances contre les abus de l’État. Et cela, uniquement dans le cadre des États démocratiques, qui ne sont ni partisans ni peuvent être confondus avec une religion ou une idéologie.

3. Conscience de la liberté et représentation de la « bonne société »

  Après cette présentation descriptive des libertés, Aron reconnait qu’il a laissé de côté, de manière intentionnelle ces deux éléments : conscience de la liberté et représentation de la « bonne société ». Il est vrai qu’on peut constater l’existence de certaines libertés dans nos sociétés, tel que l’on a vu ; mais « se sentir » libre répond à certaines conditions ou circonstances qui sont multiples et variables. Par rapport à ce sujet, l’auteur dira que « la conscience de la liberté ne se sépare pas de la conscience de la légitimité de la société », p. 42, où les facteurs déterminants seront le degré d’inégalité ressenti par la population, le système d’autorité et l’ « idéologie ». Cette dernière, se définie comme la « représentation idéologique de ce qu’est une " bonne société’ "» : p. 42. Aron laisse de côté aussi le problème de la liberté de la collectivité elle-même, la liberté du groupe dans son ensemble. Il le fait même en ayant conscience que, « dans l’Antiquité grecque, la liberté des cités était primordiale. La liberté par excellence » : p. 43.
  Finalement, l’idée de l’auteur avec cette présentation des libertés, de manière empirique et historique, est de faire un résumé de ces libertés qui couvrent à peu près l’ensemble de ce que l’on comprend en Europe comme l’essentiel des libertés : voir, p. 44.

4. Enjeux philosophiques et expériences de la liberté
  En ce qui concerne les expériences de la liberté, ou plutôt des libertés, on distingue depuis le XIXe siècle et au long du XXe, deux approches prédominantes et en concurrence : libertés politiques, démocrates, et libertés sociales : socialistes. Aron essai de montrer la contradiction du régime soviétique, qui préconise la construction d’une société sans classes, égale et libre, mais en accordant le pouvoir à un seul Parti et à une minorité qui se confond avec l’État lui-même. À son avis, les conséquences sont évidentes, à savoir : la réduction, la violation et l’élimination des libertés personnelles.
  En ce sens et dans ce contexte l’enjeu philosophique est au cœur de l’État démocratique même. Étant fondé sur des doctrines philosophiques qui ont inspiré le libéralisme moderne, face à l’absolutisme d’une religion, on voit comment le libéralisme se tourne aujourd’hui, 1978, contre l’absolutisme d’une idéologie.

5. Le refus total de la société comme nouvelle façon de penser
  Ce qu’ Aron voit à son époque n’est pas la recherche de la " bonne société " mais le « refus de la société existante », p. 53, issu d’une idéologie, répandue parmi les jeunes, marquée par la « détestation du pouvoir en tant que tel » : p. 52. Ils trouvent que le pouvoir est l’essence de l’inégalité sociale existante. C’est pourquoi d’après eux il faut éliminer le pouvoir. La communauté du village, plutôt anarchique, devient l’idéal d’égalité. Aron trouve des inconsistances chez les philosophes qui soutiennent ces idées ; ils contestent le Goulag, mais n’aboutissent pas à l’acceptation des sociétés libérales. Il critique aussi ceux qui idéalisent la « communauté du village », la communauté étroite, sans se rendre compte que pour aller de l’anarchie au despotisme il n’y a qu’un pas à faire. Ils considèrent donc le libéralisme comme la somme du pluralisme des libertés et des pouvoirs avec un système autoritaire : évident dans la vie professionnelle ou économique. Et c’est CE libéralisme critiqué par Aron qui est considéré par beaucoup comme l’essence de l’oppression : voir p. 53.

6. Liberté politique et liberté philosophique

  Jusqu’ici la liberté a été considérée comme une sorte d’ « action intentionnelle, l’action qui a comporté le choix et qui suppose pour l’individu la possibilité de faire ou de ne pas faire » : p. 54. Pourtant, la philosophie donne à la liberté un sens plus riche et précis. D’après Montesquieu la liberté est l’« exercice de la volonté », maîtrise de la raison et de la volonté sur les passions, issu d’une pensée réfléchie. Le problème de cette définition est qu’on risque de confondre la politique avec la philosophie.
  De toutes manières, d’après Aron, elles coïncident car la politique et la philosophie prennent “ l’homme raisonnable ” comme leur hypothèse principale. Pour elles, l’homme n’est pas bon par nature, mais lorsqu’on considère l’homme comme un être raisonnable, on se trouve devant un homme libre obéissant à la Raison, et grâce à cette liberté, il devient« citoyen » et accepte les lois de la société. En suivant la pensée kantienne [qui concerne la philosophie de Kant [Emmanuel, 1724-1804]  ; partisan de cette philosophie ; Larousse] on dirait qu’ « il obéit à lui-même », p. 55, et qu’à partir de cette obéissance il s’insère dans la « bonne société », conçue à partir des commandements de la raison ; pour expliquer à l’oral — « Le civisme n’est pas la même chose que la moralité, même si le civisme est une partie de la moralité ». Or, aujourd’hui la liberté est conçue comme « libération des désirs » : p.55. Aujourd’hui l’ennemi est l’État, le pouvoir comme ennemi des désirs individuels : institutions, interdits. L’individu est compris comme être de désir plutôt que comme être raisonnable.
  En ce sens, Stuart Mill [John, 1806-1873] disait dans son ouvrage « On Liberty » que la liberté existait si elle ne nuisait pas aux autres : p. 56. Il parlait d’une sorte de « Légitimité pour l’individu de vivre à sa manière ». Ainsi, les conduites mal vues appelaient immédiatement la censure morale, mais non pas une intervention quelconque des pouvoirs publics. Par contre, nous assistons aujourd’hui à une espèce de libération du principe de plaisir, d’éros, qui se trouve à l’origine de ce qu’ Aron nomme la « crise morale des démocraties libérales » : p.56. Pour comprendre cette notion de « crise morale », Aron fait une distinction sous le principe que toutes les sociétés et tous les régimes cherchent à avoir une légitimité et un idéal. En ce qui concerne la notion de légitimité l’auteur signale qu’en Europe Occidentale c’est un fait à peu près réussi. En revanche, il n’a pas un avis pareil sur l’idéal. À cet égard, il souligne qu’on a oublié la notion de « vertu », comprise dans le sens aristotélicien du citoyen vertueux comme idéal de la société libre. Cet idéal est de plus, associé à une responsabilité des citoyens envers la société même dont ils font partie. Aron souligne l’importance de ces responsabilités ou « devoirs citoyens » disparus. Ce sont les raisons pour lesquelles Raymond Aron signale qu’en Europe Occidentale la crise des sociétés démocratiques n’est pas de l’ordre de la légitimité, mais une crise morale dans le sens d’un manque, ou plutôt d’un oubli de la vertu comme idéal citoyen.

I. Sur ce contexte idéologique et la vivacité du « besoin » de liberté et d’égalité à cette époque, on pourrait mentionner les divers mouvements sociaux en Amérique Latine face aux dictatures militaires? imposées par les États-Unis, la contestation massive du modèle économique capitaliste et la lutte pour l’égalité sociale et contre la pauvreté structurelle où s’insère par exemple la théologie de la libération entre autres.
2. Rivalité entre l’individu et la nature. Liberté confondue avec « capacité ou puissance de l’individu ».
3. Comme des Droits de l’Homme : liberté = sûreté + propriété.


  Sur le Web


DOCUMENTS CONCERNANT LES RELATIONS GERMANO-POLONAISES ET LE DÉBUT DES HOSTILITÉS ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE ET L'ALLEMAGNE LE 3 SEPTEMBRE 1939, ÉPISODE IX

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Charles Bloch : LA GRANDE-BRETAGNE FACE AU RÉARMEMENT ALLEMAND ET L'ACCORD NAVAL DE 1935 ; Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, 16e Année, No. 63, Juillet 1966, pp. 41-68. Source

  Quand, en l'année I935, le Gouvernement allemand a offert au Gouvernement britannique d'amener par la voie d'un traité la force de la flotte allemande à une proposition déterminée des forces navales de l'Empire britannique, il l'a fait dans la ferme conviction que, pour tous temps, le retour d'un conflit armé entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne se trouvait exclu. En reconnaissant spontanément, par l'offre faite d'une proportion de 100 à 35 [par ce traité, la GB autorisait l' Allemagne à posséder une force navale équivalente, en tonnage, à 35% de la Royal Navy], la priorité des intérêts anglais sur mer, il croyait que par cette décision, unique dans l'histoire des grandes Puissances, il faisait un pas qui conduirait à l'établissement permanent de relations amicales entre les deux nations. Cette attitude du Gouvernement allemand était naturellement conditionnées par l'espoir que le Gouvernement britannique, de son côté, était également décidé à adopter une attitude politique qui assurerait le développement amical des relations anglo-allemandes.
  C'est sur cette base et sous ces conditions qu'est né l'Accord naval anglo-allemand du 18 juin I935. Cela fut exprimé de concert par les deux parties lors de la conclusion de l'Accord. En outre, l'automne dernier, après la conférence de Munich, le Chancelier allemand et le Premier ministre britannique ont, dans la déclaration qu'ils ont signée, solennellement confirmé qu'ils considéraient l'accord comme symbolique du désir des deux peuples de ne jamais plus se faire la guerre l'un à l'autre.
  Le Gouvernement allemand s'en est toujours tenu à ce désir et s'en inspire aujourd'hui encore. Il est conscient d'avoir mené sa politique en conformité avec lui, de n'avoir empiété en aucun sur la sphère des intérêts anglais et de n'avoir en aucune manière, porté atteinte à ces intérêts. D'un autre côté, il est, à son regret, obligé de prendre note du fait que depuis peu le Gouvernement britannique s'éloigne de plus en plus du cours d'une politique analogue vis-à-vis de l'Allemagne. Ainsi qu'il appert clairement des décisions publiquement affirmées par le Gouvernement britannique au cours des dernières semaines, aussi bien que l'attitude anti-allemande, évidemment inspirée, de la presse anglaise, le Gouvernement britannique est maintenant dominé par l'opinion que l'Angleterre, quelque soit l'endroit en Europe où l'Allemagne pourrait être entraînée en un conflit armé, est obligée de prendre une attitude hostile envers l'Allemagne, même au cas où les intérêts anglais ne seraient touchés en aucune façon par un tel conflit. Le Gouvernement britannique ne considère plus comme impossible une guerre de l'Angleterre contre l'Allemagne, mais il la prend au contraire pour poser un problème capital de la politique étrangère anglaise.
  Par l'application de cette politique d'encerclement, le Gouvernement britannique a, unilatéralement, enlevé sa base à l' Accord naval du 18 juin I935, abolissant ainsi cet accord, aussi bien que la déclaration complémentaire du 17 juillet I937.
  La même observation s'applique à la Part III de l'Accord naval anglo-allemand du 17 juillet I937, qui rend obligatoire un échange réciproque anglo-allemand d'informations. L’exécution de cette obligation repose naturellement sur la condition que les relations de confiance entière existent entre les deux partenaires. Étant donné que le Gouvernement allemand a le regret de ne plus considérer ces relations comme existantes, il est également obliger que les stipulations de la partie III susmentionnée ne sont plus en vigueur.
  Les stipulations qualitatives de l'Accord anglo-allemand du 17 juillet I937 ne sont cependant pas affectés par ces observations que le Gouvernement allemand a, contre sa volonté, été contraint de faire. Le Gouvernement allemand observera ces stipulations même dans l'avenir, et apportera sa contribution pour éviter une course générale illimitée aux armements navals des nations.
  En outre, le Gouvernement allemand, dans le cas où le Gouvernement britannique désirerait entrer en négociations avec l'Allemagne en ce qui concerne les problèmes futurs que pose sa décision, serait heureux de se conformer à ce désir. Il saluerait avec joie toute possibilité qui se présenterait alors de réaliser une entente claire et catégorique sur une base solide.
  Berlin, le 27 avril I939

 

" L'événement majeur pour l’Allemagne après l’armistice, reste le traité de Versailles et le désarmement drastique de l’Allemagne. Après le sabordage de ce qui restait de la Hochseeflotte en 1919 et le renversement du Reich, l’instauration de la république de Weimar, la marine Allemande se trouvait réduite à peu de chose. Les seuls bâtiments qu’elle était autorisée à conserver étaient des pré-dreadnoughts hors d’âge. Elle ne devait conserver également aucun submersible, dont le souvenir restait cuisant pour les alliés, mais on admettait qu’elle maintienne en service et construise quelques 12 torpilleurs et 12 destroyers pour sa défense côtière., ... " Sur le Web

N° 23

Le vicomte Halifax à Sir N. Henderson, Berlin. Foreign Office, 16 juin I939


Monsieur,
  L'ambassadeur d'Allemagne a rendu visite ce matin au Foreign Office pour signer un accord technique sans grande importance, conclu entre les deux gouvernements, et j'ai eu par la suite quelques instants de conversation avec lui. En partie, cette conversation s'est tenue dans la ligne habituelle qu'il suit dans ses assertions sur les effets que l'encerclement produirait en Allemagne. L'Ambassadeur a exprimé l'opinion que tout comme la vielle expression " La Flotte en puissance ", The Fleet in being, suggérait une pression, même sans action ouverte, la regroupement des Puissances que nous étions en train d'organiser, était maintenant en fait, destiner à exercer une pression coercitive sur l'Allemagne et que c'était cela qui excitait du ressentiment.  Son Excellence a dit, en répétant d'ailleurs la même observation un peu plus tard au cours de notre conversation, qu'une grand partie de l'émotion actuelle était due à toutes ces discussions au sujet de nos négociations d'un pacte de anti-agression avec la Russie. [Traité de non-agression conclu entre l'Allemagne et l'Union soviétique. Devant les réticences des pays de l'Europe orientale, de la Grande-Bretagne et de la France, avec lesquels Litvinov [Maksim Maksimovitch Vallakh, dit, 1876-1951 ; Commissaire du peuple aux Affaires étrangère, 1930-1939 ; remplacé par Molotov : mai 1939] tente de s'entendre contre Hitler, Joseph Staline décide d'améliorer ses relations avec l'Allemagne : avril 1939. Le pacte de non-agression signé le 23 août à Moscou par Joachim von Ribbentrop et Molotov est accompagné d'un protocole secret qui prévoit les zones d'influences soviétique et allemande : en Finlande, Estonie, Lettonie, Bessarabie et Pologne orientale pour l'URSS ; en Lituanie et Pologne occidentale pour l'Allemagne. Cependant, Hitler, dès l'été de 1940, ordonne à son état-major de préparer une offensive contre l'Union soviétique pour le printemps suivant, tandis que Staline essaie d'éviter les provocations à l'égard du IIIe Reich. Larousse] Dans son opinion, la situation apparaîtrait plus favorable dès la conclusion de ces négociations, quel que soit leur résultat. J'ai pensé que ces observations n'étaient peut-être pas sans importance.

Le 23 août 1939, le monde apprend avec stupeur la signature au Kremlin d’un pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS. Sur cette photo, Staline est derrière son ministre Molotov qui signe l’accord avec Ribbentrop. Après la rupture avec les nazis, en 1941, le " tsar rouge " veillera à faire disparaître ce cliché. © KEYSTONE-FRANCE / Gamma-Rapho via Getty Images

  2. J'ai répondu en disant que, si quelqu'un encerclait l'Allemagne, c'était elle-même, et cela par la politique qu'elle s'obstinait à poursuivre. En dépit de tout ce que l'on pouvait penser de la politique suivie en ce moment par ce pays, il nous semblait, à nous, parfaitement évident que le Chancelier allemand avait " cassé de la vaisselle en Europe ", et que lui seul pouvait la recoller. Nous avions, ai-je dit, fait de notre côté des efforts répétés pour trouver un moyen de diminuer la tension et d'améliorer nos relations, mais jusqu'à présent cela n'avait trouvé aucune espèce d’écho chez Herr Hitler.
  3. J'ai exprimé à Herr von Dirksen [Herbert, 1882-1955 ; Ambassadeur du Reich allemand, 1928-1939, Russie, Japon et Angleterre : Londres ; il se trouvait en Allemagne au moment de la déclaration de guerre et fut contraint de prendre sa retraite ; "... Au cours des années suivantes, il a donné plusieurs conférences à des soldats, principalement sur le thème de la Silésie, dans lesquelles il défendait les objectifs de guerre d'Hitler. [...] Après sa dénazification, il a tenté de contribuer, en tant que publiciste, à une solution pacifique de la question allemande. [...] La bibliothèque de Dirksen était restée en Angleterre après son renvoi de Londres. En 1939, les ministères des affaires étrangères ont convenu de l'échange mutuel des biens privés des ambassadeurs allemands et anglais. La bibliothèque de Dirksen a été transportée dans un port irlandais et un navire, affrété par le gouvernement suisse, devait la ramener en Allemagne. La transaction a été empêchée par le début de la guerre et les livres de Dirksen ont été stockés en Irlande jusqu'en 1949. En décembre 1948, Herbert von Dirksen avait contacté le directeur général des musées de Cologne afin de mettre sa collection de livres à la disposition de la communauté scientifique. [...] ceux-ci ont finalement pu arriver à Cologne en août. L' University and City Library, UCL, a ainsi reçu environ 1.000 titres avec 1.598 volumes. La bibliothèque Dirksen n'a pas été créée d'un point de vue scientifique, mais montre un spectre influencé par les intérêts professionnels et privés du propriétaire. Néanmoins, elle constitue un enrichissement intéressant des collections de l' UCL de Cologne.,... " ; sur le Web] l'espoir qu'à n'importe quel moment, et s'il y avait quelque chose qui lui parût d'importance et qu'il désirât me communiquer, il me le ferait savoir, et il a répondu par l'expression d'un désir similaire, me demandant de ne jamais hésiter à l'envoyer chercher.
  Je demeure, etc.
Halifax.

Herbert von Dirksen à la cour impériale japonaise, 1933

N° 24

Mémorandum du Gouvernement de Sa Majesté en date du 23 juin I939, en réponse au mémorandum allemand portant dénonciation de l'Accord naval anglo-allemand

Considérations générales

  Dans son mémorandum du 27 avril dernier, le Gouvernement allemand affirme qu'en faisant, en I935, son offre de se limiter à un pourcentage des forces navales britanniques, " il avait agi ainsi avec la ferme conviction que pour tous temps, le retour d'un conflit armé entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne se trouvait exclu ".
  2. Le Gouvernement allemand justifie sa décision de mettre fin à l'Accord naval anglo-allemand de I935, à la Déclaration supplémentaire de I935 et à la Part III de l'accord naval de I937, en donnant pour raison que l'attitude du Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni démontrait l'opinion maintenant admise par lui que, quelle que soit la partie de l'Europe où l'Allemagne pourrait être entrainée en un conflit armé, la Grande-Bretagne serait obligatoirement hostile à l'Allemagne, même dans les cas où les intérêts anglais ne seraient pas mis en cause par un tel conflit.
  3. La question de savoir si l'attitude du Gouvernement de Sa Majesté peut d'une façon quelconque justifier la décision du Gouvernement allemand de mettre fin à ses instruments, sans avoir tout au moins eu recours à des consultations préalables entre les deux gouvernements, sera examinée ci-dessous. Il n'est pas exact de dire que, quelle que soit la partie de l'Europe où l'Allemagne pourrait être entraînée dans un conflit armé, la Grande-Bretagne serait obligée de toujours prendre une attitude hostile envers l'Allemagne. La Grande-Bretagne ne pourrait être hostile envers l'Allemagne que si l"Allemagne se livrait à un acte d'agression contre un autre pays ; les décisions politiques auxquelles il semble que le Gouvernement allemand se réfère dans son mémorandum et qui concernent des garanties données par la Grande-Bretagne à certains pays, ne pourraient entrer en vigueur que si les pays en question étaient attaqués par l'Allemagne.
  4. Dans le mémorandum émanant du Gouvernement allemand , la prétention a été émise de définir la politique britannique comme une politique d'encerclement. Cette définition demeure sans justification aucune et indique un manque de compréhension et une fausse interprétation, qu'il importe de corriger, des desseins britanniques.
  5. L'action récemment entreprise par le Gouvernement allemand pour incorporer au Reich certains territoires, quelles que puissent être les raisons qui lui apparaissent de nature à la justifier, a sans aucun doute augmenté l'inquiétude dans bien des milieux. Les décisions prises subséquemment par le Gouvernement du Royaume-Uni n'ont pas d'autre but que de contribuer à faire disparaître cette appréhension, en apportant aux nations plus petites un sentiment de sécurité dans la jouissance de leur indépendance, à laquelle ils ont exactement les mêmes droits que la Grande-Bretagne ou l'Allemagne elle même. Les obligations que la Grande-Bretagne a récemment assumés dans la poursuite de ce dessein sont limitées, et, comme il est dit ci-dessus, ne pourraient devenir effectives que si les pays en question étaient les victimes d'une agression.
  6. Le Gouvernement de Sa Majesté n'a par ailleurs ni l'intention, ni le désir de restreindre le développement du commerce allemand. Au contraire, aux termes de l'Accord de Paiement anglo-allemand, une tranche considérable de libre-échange a été mise à la disposition de l'Allemagne pour l'acquisition de matières premières. Cet accord est tout aussi favorable à l'Allemagne que n'importe quel autre déjà conclu, et le Gouvernement de Sa Majesté attendrait avec plaisir la possibilité de discuter d'autres mesures pour l’amélioration de la situation économique de l'Allemagne, s'il était seulement possible de réaliser l'essentielle condition première, c'est-à-dire l'établissement de cette confiance et de cette bonne volonté mutuelles, qui sont les préliminaires indispensables à une négociation paisible et sans préjugés.
  7. Le désir constant du Gouvernement de Sa Majesté, bien loin de pousser à la guerre avec l'Allemagne, a été et demeure d'établir les relations anglo-allemandes sur la base d'une reconnaissance réciproque des besoins des deux pays, d'une façon compatible avec les égards dus aux droits d'autres nations.
  8. Mais si pour ces raisons le Gouvernement de Sa Majesté est hors d' état de reconnaître qu'il y ait eu un changement quelconque dans sa politique, ou qu'il ait pris une attitude qui pourrait justifier l'action récente du Gouvernement allemand, il y faut ajouter que, selon ses vues, le but principal de l'Accord naval anglo-allemand était d'introduire un élément de stabilité dans la situation navale et d'éviter une course d'armement inutile.

L'Accord naval anglo-allemand I935

  9. Pour cette raison, les accords ne contenaient aucune stipulation en vue d'une dénonciation unilatérale à la diligence d'une seule des parties, mais prévoyait clairement leur fin ou leur modification par la seule consultation mutuelle, procédure dont le Gouvernement de Sa Majesté regrette que le Gouvernement allemand n'ait pas vu la possibilité de l'adopter dans le cas présent. L'Accord de I934 était, en effet, expressément prévu comme devant avoir un caractère permanent, et le Gouvernement de Sa Majesté voudrait attirer l'attention du Gouvernement allemand sur les termes précis de l' Échange de notes du 18 juin I935, qui constituait l'Accord, aussi bien que les circonstances dans lesquelles sa modification était prévue, se trouvaient précisés de façon absolument claire.
  I0. Dans la Note introductive, Sir Samuel Hoare se référait aux conversations qui avaient eu lieu et " dont le but essentiel avait été d'ouvrir la voie à la convocation d'une conférence générale au sujet de la limitation des armements navals ". Il se référait ensuite à la proposition allemande d'une proportion de I00 à 35 [35%], entre les flottes du Commonwealth britannique d'une part et de l'Allemagne de l'autre, et disait que " le Gouvernement de Sa Majesté considérait cette proposition comme une contribution de la plus haute importance à la future limitation navale ".
  Il croyait, disait-il, que l'accord " faciliterait la conclusion d'un accord général au sujet des limitations navales entre toutes les Puissances navales du monde ".
  II. Dans sa réponse du même jour, Herr von Ribbentrop reprenait les termes de la note de Sir Samuel Hoare et confirmait qu'elle donnait le sens correct de la proposition du Gouvernement allemand. Il exprimait l'opinion que l'accord " faciliterait la conclusion d'un accord général sur cette question entre toutes les Puissances navales du monde ".
  I2. Les termes employés dans ces notes démontrent donc clairement que l'Accord était considéré comme une contribution à la solution du problème des limitations navales. Si le Gouvernement allemand affirme maintenant que l'Accord a une signification différente, le Gouvernement de Sa Majesté est obligé d'observer qu'une pareille allégation ne trouve aucune justification dans les termes de l'Accord lui-même, quelques étendus et détaillés qu'ils aient été.
  I3. L'Accord était tout aussi clair en ce qui concerne sa durée. Dans la Note de Sir Samuel Hoare, il est défini comme " un accord permanent et définitif à dater de ce jour ". Herr von Ribbentrop, dans sa réponse, déclarait que le Gouvernement allemand le considérait également comme " un accord permanent et définitif entrant en vigueur à partir d’aujourd’hui ".
  I4. Dans le paragraphe II (a) des Notes, il est déclaré que " le rapport de 35 à 100 doit demeurer un rapport constant, c'est-à-dire que le tonnage global de la Flotte allemande n'excédera jamais un pourcentage de 35% du tonnage global des forces navales des membres du Commonwealth britannique. "
  I5. Dans le paragraphe II (c) des Notes, il est déclaré que " l'Allemagne s'en tiendrait en toutes circonstances au rapport de 35 à 100, c'est-à-dire que ce rapport ne serait pas affecté par les constructions d'autres Puissances. Si l'équilibre général des armements navals, tel qu'il a été normalement maintenu dans le passé, était brutalement renversé par des constructions anormales et exceptionnelles du fait d'autres Puissances, le Gouvernement allemand se réservait le droit d'inviter le Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni à examiner la nouvelle situation ainsi créée ". C'était la seule stipulation qui prévit une modification générale quelconque des termes de l'accord, sauf en ce qui concerne le cas spécial des sous-marins ; et il faut observer que la seule condition prévue qui aurait pu entraîner une modification, était un brutal renversement de l'équilibre général des armements navals. En outre, aux termes mêmes de l'Accord, une modification ne pouvait se produire même alors, qu'après un examen de la situation en consultation avec le Gouvernement de Sa Majesté.
  I6. Le Gouvernement allemand, cependant, ne soutient pas qu'une telle condition existe en fait ; encore moins a-t-il invité le Gouvernement de Sa Majesté à examiner la situation avant de décider de son action. Qu'une telle consultation était essentielle, apparaît en outre clairement du paragraphe 3 des Notes, qui déclare que le Gouvernement de Sa Majesté reconnaissait le droit de l'Allemagne de se départir du rapport de 35%, dans les circonstances prévues par le paragraphe 2 (c) " étant entendu que le rapport de 35%, sera maintenu, à défaut pour les deux gouvernements d'arriver à un accord dans le sens contraire ".
  I7. À supposer même que le mémorandum que le Gouvernement allemand vient d'adresser au Gouvernement de Sa Majesté, doive être considéré, non comme une dénonciation de l'Accord, mais comme l'affirmation de l'opinion du Gouvernement allemand que le Gouvernement de Sa Majesté a agi de façon à le rendre nul, le Gouvernement de Sa Majesté ne peut admettre qu'une telle affirmation puisse être légitimement avancée, sans consultation préalable entre les deux gouvernements, comme une raison pour ne point se conformer aux termes express de l'Accord.




" À la veille du plus vaste conflit de l’histoire, Albion est toujours la maîtresse des 7 mers. Une prééminence auquel le monde s’est habitué depuis ses victoires sur ce qui restait de son éternelle rivale sur mer en 1805, la Marine Française., ... ". Royal Navy : nomenclature pour 1939 : 12 Cuirassés : 10 Dreadnoughts: Classe Queen Elisabeth, 5, Classe Revenge, 5, HMS Iron Duke : entraînement, 2 Cuirassés « rapides »: Classe Nelson, 2 et 5 autres classe King Georges V en construction ; 3 Croiseurs de bataille : Classe Repulse, 2, HMS Hood ; 6 porte-avions : HMS Hermes, HMS Eagle, HMS Furious, Classe Courageous, 2, HMS Ark Royal et 4 en construction ; 61 Croiseurs : 18 lourds : Classe « County », 13, Classe Cavendish,3, HMS York, HMS Exeter : 21 moyens : Classe Enterprise, 2, Classe Leander, 5, Classe Perth, 3-Australie, Classe Arethusa, 4, Classe Southampton/Gloucester, 7 et 2 en achèvement : Classe Edinburgh ; 22 légers : Classe Caledon, 3, Classe Ceres, 5, Classe Carlisle, 5, Classe Danae, 8, HMS Adventure : mouilleur de mines ; 186 Destroyers : Classe R, HMS Skate, Classe S, 10, Classe V, 22, Classe W, 37, Classe Scott, 7, Amazon, Ambuscade, Codrington, Classe A/B, 19, Classe C/D, 14, Classe E/F, 18, Classe G/H/I, 27, Classe Tribal, 16, Classe J/K/N, 12 et 12 autres en construction ; 60 Submersibles : Classe H, 9, Classe L, 3, HMS Oberon, Classe Oxley, 2, Classe Odin, 6, Classe Parthian, 5, Classe Rainbow, 4, Classe Thames, 3, Classe Swordfish, 4, HMS Porpoise, Classe Grampus, 5, Classe Shark, 8, Classe Undine, 3, Classe Triton, 6 et 9 en construction ; 36 Avisos : Classe Flower, 1916-18, 6, Classe Bridgewater, 2, Classe Hastings, 4, HMS Hindustan, Indus, Classe Shoreham, 8, Classe Grimsby, 10, Classe Bittern, 3, Classe Egret, 3 ; 109 Divers : dragueurs de mines Classe Halcyon, 21, patrouilleurs classe Kingfisher, 6, chalutiers armés classe Basset, 25, vedettes lance-torpilles classe MTB1, 18, Vedettes ASM classe MA/SB1, 5, Transports d’avions Albatross, Argus. Canonnières fluviales classe Insect, 10, Classe Tern, 2, Peterel, 2, HMS Falcon, Sandpiper, Scorpion, Robin, Classe Dragonfly, 4, mouilleurs de filets classe Gardian, 2, mouilleur de mines HMS Plover, ravitailleurs de submersibles HMS Medway, classe Maidstone, 2, navire-atelier HMS Resource, ravitailleur de destroyers HMS Woolwich et 3 autres ravitailleurs en construction, monitors classe Marshal Soult : 2. Sur le Web

L'accord anglo-allemand de I937

  I8. Des considérations d'un caractère similaire s'appliquent à la décision allemande en ce qui concerne la Part III de l'Accord naval anglo-allemand du 17 juillet I937. Cet Accord ne prévoit pas non plus sa dénonciation unilatérale ou sa modification, si ce n'est dans les cas spéciaux prévus par les clauses dites " d'échelle mobile " et qui ne ressortissent pas à la présente controverse. À part ces clauses, il est expressément indiqué que l'Accord " restera valable jusqu'au 31 décembre 1942 ".
  I9. Cet Accord est en outre complémentaire au Traité naval de Londres de I936 [le Ier Traité de Londres avait été signé le 22 avril 1930 entre le Royaume-Uni, l'Empire du Japon, la France, le Royaume d'Italie et les États-Unis ; il limitait les navires de guerre de chaque marine ; Il fait déjà suite au traité naval de Washington de 1922 ; le second a été signé le 25 mars ; les pays signataires étaient la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le Japon s'est retiré de la conférence le 15 janvier et l'Italie est aussi sortie des négociations, avec pour motif, l' hostilité publique affichée à son égard, suite à sa guerre en Éthiopie. Ce traité prit fin officiellement le Ier septembre I939 avec le début de la Seconde Guerre mondiale], auquel les États-Unis, la France et l'Italie sont également parties et à des accords similaires conclus entre le Gouvernement de Sa Majesté et d'autres puissances navales. Tous ces instruments ont pour objet d'éviter une concurrence inutile et coûteuse dans le domaine des armements navals. Une telle concurrence peut naître du fait qu'un pays produirait des types spéciaux de navires, auxquels d'autres croiraient devoir répondre, ou de l'incertitude concernant les intentions et les actions des autres et du soupçon de vastes programmes de construction nécessitant des programmes comparables, poursuivis dans un but de concurrence par ceux qui en seraient affectés. Les limites qualitatives de ces accords ont par conséquent pour but de prévenir une concurrence inutile sous le rapport des types, et les stipulations qui concernent les échanges d'informations visent de leur côté à détruire des soupçons injustifiés de constructions excessives. Même si les relations entre deux pays n'étaient pas bonnes, il ne semblerait pas au Gouvernement de Sa Majesté que cela pût offrir une raison pour mettre fin à un accord qui élimine une concurrence sans profits, et empêche une course aux armements ruineuses et sans bénéfice pour l'une ou l'autre des parties.

Limitation qualitative

  20. C'est sans doute à la lumière des considérations que le Gouvernement allemand désire voir " les stipulations qualitatives de l'Accord anglo-allemand du I7 juillet I937 demeurer intactes ". En principe, le Gouvernement de Sa Majesté partagerait ce désir : mais il est forcé d'indiquer que le seul maintien des stipulations qualitatives ne suffira pas à créer ce sentiment de sécurité réciproque auquel l'Accord anglo-allemand avait pour objet de contribuer, et qui trouvait son expression dans les stipulations visant l'échange d'informations. Le Gouvernement de Sa Majesté serait cependant prêt en tout temps à étudier avec le Gouvernement allemand la possibilité indiquée aux termes de sa Note, de réaliser sur une base solide " une entente claire et catégorique ".
  2I. Des termes dont s'est servi le Gouvernement allemand pour faire connaître sa décision de maintenir les limitations qualitatives de l'Accord de I937, il ne ressort pas clairement quelles sont les limitations exactes auxquelles il se considère lui-même comme lié en matière de croiseurs. Les limites qualitatives des croiseurs sont fixées par l'Article 6 (I) de l'Accord anglo-allemand de I937, à un déplacement de 8.000 tonnes avec un armement ne dépassant pas le calibre de 6.I pouces ; c'est cette même limitation qui lie toutes les Puissances signataires du Traité naval de Londres de I936. Bien que l'article 6 (2) de l'Accord anglo-allemand de I937 permît à l'Allemagne d'augmenter dans certaines circonstances le tonnage de ses croiseurs armés de canons de 8 pouces, les limites de son contingent aux termes de l'accord de I935 l'empêchaient dans la pratique de construire plus de 5 croiseurs de cette catégorie. Maintenant que le Gouvernement a mis fin à ce dernier Accord, la situation en ce qui concerne la limitation des croiseurs n'apparaît plus claire, mais l'on présume que la limite à laquelle le Gouvernement allemand se propose d'adhérer est celle des 8.000 tonnes armés de canons de 6.I pouces. Le Gouvernement allemand est prié de confirmer cette présomption.
  22. Les prévisions des forces pour la fin de I942 et 1943, que le Gouvernement de Sa Majesté a transmises dans le passé au Gouvernement allemand, ne l'ont été que dans le seul but de se conformer aux stipulations de l'Accord de I935. Il est clair qu'aucune autre prévision ne sera nécessaire, étant donné qu'elles étaient destinées simplement à permettre au Gouvernement allemand de faire le plein usage de son contingent pour I935. Si cependant l'Allemagne n'est plus tenu à la limite de 35% spécifiée dans l'Accord, il doit être clairement entendu que le Gouvernement de Sa Majesté ne peut, à son tour, être tenu aux prévisions de forces données dans le passé, et qui doivent par conséquent être considérées comme caduques.
  23. Dans le dernier paragraphe de son mémorandum, le Gouvernement allemand déclare qu'il est prêt à entrer en négociations en ce qui regarde les problèmes de l'avenir, si le Gouvernement de Sa Majesté le désirait. Ainsi qu'il a été indiqué ci-dessus, la récente initiative allemande a créé une situation qui, sous certains aspects, demeure confuse, et un échange de vues servirait utilement à le préciser. Par exemple, en dehors de la question des limites de tonnage et de calibres pour les croiseurs, il est désirable de savoir si le Gouvernement allemand a l'intention de se considérer comme lié par tous les articles de l'Accord de I937 autres que ceux retenus dans la Part III.
  24. Si cependant, il est dans l'intention du Gouvernement allemand de procéder à la négociation d'un autre accord, destiné à remplacer celles des stipulations maintenant devenues caduques, le Gouvernement de Sa Majesté serait heureux de recevoir quelques indications quant à la portée et aux buts que le Gouvernement allemand considérerait comme propres à former la matière d'un tel accord.
  25. En particulier, le Gouvernement de Sa Majesté désire savoir tout d'abord quand, dans l'opinion allemande, les discussions pour la conclusion pour un tel Accord devraient s'ouvrir. En second lieu, le Gouvernement de Sa Majesté désire savoir comment le Gouvernement allemand proposerait de faire en sorte que toute action de nature à dénoncer ou à modifier un nouvel accord pendant le terme de sa validité, comportât le consentement des deux parties.

N° 25

Discours du Secrétaire d'État aux Affaires étrangères à Chatham House, le 29 juin I939

  Lorsque je repense au discours que j'ai prononcé au dîner de Chatham House en juin de l'an dernier, je me rends compte, comme nous le faisons tous, des grands changements qui se sont produits. Il y a un an, nous n'avions pris aucun engagement déterminé sur le continent européen, en dehors de ceux qui existaient déjà alors, depuis un temps considérable et qui vous sont familiers à tous. Aujourd'hui, nous sommes liés par de nouveaux accords de défense mutuelle avec la Pologne et la Turquie ; nous avons garanti à la Grèce et à la Roumanie notre aide contre l'agression, et nous sommes actuellement engagés avec le Gouvernement des Soviets dans des négociations qui, j'espère, pourront à très bref délai heureusement aboutir, en vue de l' associer à nous pour la défense des États européens dont l'indépendance et la neutralité peuvent être menacées. [" Entre avril et août 1939 se sont tenues des négociations anglo-franco-soviétiques portant sur la signature d'un pacte d'assistance mutuelle. L'objet de ces négociations : établir un mécanisme de solidarité entre la France, la Grande-Bretagne et l'URSS qui se déclencherait dans le cas d'une agression de Hitler contre l'un des trois pays signataires ou contre un Etat européen bénéficiant de la garantie de ces trois puissances. Malgré toutes les concessions de Paris et de Londres motivées par leur désir d'aboutir à tout prix à un accord, ces discussions n'ont pas abouti... " source ; le traité sera finalement signé par le Royaume-Uni et l'Union soviétique contre l'Allemagne le 12 juillet 1941, peu de temps après l'invasion allemande de ce dernier] Nous avons assumé des obligations, et nous nous préparons à en assumer d'autres, en complète reconnaissance de leurs conséquences. Nous savons que, si la sécurité et l'indépendance des autres pays disparaissent, notre propre sécurité et notre propre indépendance seront gravement menacées. Nous savons que, si le droit et l'ordre internationaux doivent être sauvegardés, nous devons être prêts à combattre pour les défendre.
   Dans le passé, nous nous sommes toujours opposés contre toute tentative faite par une puissance unique, qu'elle qu'elle fût, pour dominer l'Europe au détriment des libertés des autres nations, et la politique britannique ne fait, par conséquent, que suivre la ligne inévitable de son histoire, pour le cas où une tentative de ce genre se produirait de nouveau. Mais il ne suffit pas d'affirmer une politique. Ce qui importe, c'est, d'abord, de convaincre le pays que cette politique est la bonne, et deuxièmement, de prendre les mesures nécessaires pour que cette politique réussisse. Je crois qu'à aucun moment depuis la guerre il n'y a existé une telle unité nationale sur les principaux points essentiels de notre politique étrangère, et que cet esprit d'union s'accompagne d'une détermination profonde, et largement répandue, de faire en sorte que cette politique produise son effet. Mais je crois aussi que, parmi toutes les classes de notre peuple qui, en raison de leur commune nationalité, sont appelées à défendre leur pays, et les causes qu'il représente, il existe un désir croissant de regarder plus loin que le présent immédiat et de voir devant soit un but pour lequel on sacrifierait son repos et, si besoin était, sa vie.
   Nous demandons déjà de grands sacrifices à tous les âges et à toutes les classes par notre appel au service national. D'une façon ou d'une autre, tout homme et toute femme a un rôle à jouer, et est prêt à le faire, je le sais. L'immense effort qu'accomplit le pays en s'équipant pour se défendre sur mer, dans les airs et sur terre est sans parallèle en temps de paix. Nous avons une marine invincible. Notre aviation, qui se développe encore actuellement d'une façon qui dépasse tout ce qu'on attendait il y a quelques mois, n'a plus aujourd'hui rien à craindre d'aucune autre. Je ne doute guère que son personnel, pour ce qui est du courage et de l'habilité technique, ne soit supérieur à tous les autres. Notre armée, jadis méprisée, mais qui survécut pour prouver sa valeur de telle façon qu'elle tira gloire de ce mépris, est, sans aucun doute petite, comparée à celle de certains autres pays. Mais, comme cela c'est déjà produit une fois auparavant, nous sommes en train de créer là aussi une armée puissante pour la défense de notre liberté et de celle des autres peuples. Chaque semaine qui passe augmente l'élan de cet effort, et dans tous les domaines de la vie, politique, administrative, industrielle, nous avons des preuves abondantes de la fermeté avec laquelle cet effort national est mené et aidé par la volonté du peuple.
  Derrière tout notre effort militaire se trouve le peuple britannique, plus uni que jamais auparavant, et à son service, sa richesse et ses ressources industrielles. Celles-ci également sont l'objet de réflexions méprisantes, mais elles ont été acquises par le travail, l'ingéniosité, et le courage de notre peuple. Rien de ce formidable déploiement de force ne serait appelé à jouer, pas un coup ne sera frappé, pas un coup de feu ne sera tiré, sauf pour la défense contre l'agression. De la vérité de cela, chacun dans ce pays est convaincu. Je pense, pour ma part, que la plupart des gens dans les autres pays croient également en dépit de la propagande qui leur claironne le contraire aux oreilles. Ce qui est aussi aujourd'hui pleinement et universellement accepté dans ce pays, mais qui, même aujourd'hui, n'est peut-être pas aussi bien compris ailleurs, c'est que, dans le cas d'une nouvelle agression, nous sommes résolus à nous servir immédiatement de la totalité de notre force pour remplir les engagements que nous avons pris d'y résister.

 

En mai 1940, " il s'était produit à la Chambre des communes une fronde qui avait vaciller le gouvernement de Chamberlain. [...] Pour les Frondeurs, Chamberlain, 71 ans, surnommé tantôt " le Coroner ", tantôt " le Vieux Parapluie ", n'était pas à la hauteur pour gérer un conflit en expansion rapide. [...] Chamberlain comprit qu'il n'avait pas d'autre choix que de démissionner. Il pressa lord Halifax de le remplacer. [...] Mais Halifax doutant de sa propre capacité à diriger le pays en temps de guerre, ne voulait pas du poste., ... " Erik Larson, La splendeur et l'infamie, Le Livre de poche, pp. 31-33.

  Ces grands changements dans notre vie nationale ne pourraient en vérité se produire, s'ils ne reposaient sur une profonde conviction, qui est immensément renforcée par ce que nous entendons dire et par les nouvelles d'autres régions du monde, que nous lisons presque quotidiennement. On nous dit souvent que, bien que nous ayons été jadis une grande nation, nos méthodes sont aujourd'hui désuètes et que notre démocratie n'est plus vivante. Nous lisons les interprétations malveillantes et fausses de nos actes et de nos motifs que certains gens, dans des pays dont la philosophie internationale diffère de la nôtre, jugent bon de donner. Nous les lisons avec irritation, sachant qu'elles sont fausses et sachant que ceux qui les donnent le savent aussi. Ces choses ne passent pas inaperçues ici, non plus, puis-je dire, que ces insultes provocantes faites à nos compatriotes dans des pays lointains. Je puis déclarer immédiatement que la Grande-Bretagne n'est prête à céder ni à la calomnie ni à la force.
  Cela pourra procurer quelque satisfaction à ceux qui ont proclamé notre pays en décadence, d'apprendre qu'ils ont trouvé eux-mêmes le remède — et un remède des plus efficaces. Chaque insulte faite à notre peuple, chaque provocation insolente envers tout à ce quoi nous attachons du prix et que nous sommes décidés à défendre, ne fait que nous unir, accroit notre détermination, et renforce notre fidélité envers ces autres qui partagent nos sentiments et nos aspirations. Dans une grande partie du monde on est en train d'abandonner les anciens principes de conduite et d'ordinaire décence humaine, que l'homme avait péniblement édifiés. On se livre aujourd'hui à des actes dont nous ne pouvons guère lire le récit sans stupeur, tant ils sont étrangers à notre conception de la manière dont les hommes doivent traiter leur prochain. On passe outre aux règles de conduite entre nations avec la même indifférence insensible, qu'aux règles de conduite entre humains.
  La première chose, par conséquent, que nous ayons à faire est de veiller à ce que notre propre niveau moral ne baisse pas. Sur ce point, il doit régner — et je sais qu'il règne — une complète unité nationale. Nous respectons notre prochain. Nous savons que sans cela ne peut exister le respect de soi-même, ni le respect pour les individus, ni en fin de compte, pour les nations. Le jour où nous perdrions notre respect pour notre prochain, notre démocratie aura perdu quelque chose dont dépend sa vitalité, et deviendrait justement telle qu'il plaît à nos critiques de la considérer, moribonde et morte, car elle aurait en vérité perdu le droit de vivre. Si donc nous adhérons fermement à ces principes, qu'elle est l'application que nous devons en faire à notre politique étrangère? À une époque où l'on dénature constamment nos desseins, peut-être est-il bon de les exposer de nouveau hardiment et avec toute la franchise de langage dont je suis capable. Et j'essaierai de traiter brièvement à la fois de nos buts dans le présent immédiat et de nos buts dans l'avenir, de ce que nous faisons actuellement et de ce que nous aimerions faire aussitôt que les circonstances le permettront.
  Notre première résolution est d'arrêter l'agression. Je n'ai pas besoin de récapituler les actes d'agression qui se sont produits, ou l'effet, qu'ils ont eu sur la confiance que les nations européennes ont le sentiment de pouvoir placer en général dans les paroles et les accords. Pour cette raison, et pour cette raison seule, nous nous sommes associés à d'autres nations pour faire face à un danger commun. Ces accords, nous le savons tous, et le monde le sait, n'ont d'autre but que la défensive. Ils signifient exactement ce qu'ils disent — ni plus ni moins. Mais on les a accusés de viser à l'isolement — ou, comme on dit, à l'encerclement — de l'Allemagne et de l'Italie, et d'avoir pour but de les empêcher d'acquérir l'espace vital nécessaire à leur existence nationale. Je vais répondre à ces accusations ce soir, et je me propose de le faire avec une complète franchise.
  On nous dit que nos desseins sont d'isoler l'Allemagne au milieu d'un cercle d'États hostiles, de bloquer ses issues naturelles, de paralyser et d'étrangler l'existence même d'une grande nation. Quels sont les faits? Ils sont simples, et tout le monde les connaît. L'Allemagne est en train de s'isoler elle-même, et elle le fait avec le plus grand succès et de la façon la plus complète. Elle est en train de s'isoler elle-même des autres pays, économiquement par sa politique d'autarcie, politiquement par une politique qui cause une anxiété constante aux autres nations, et culturellement par sa politique de racisme. Si, délibérément, vous vous isolez des autres pays par vos propres actes, vous n'avez que vous-même à blâmer et, tant que cet isolement continue, il est forcé que les inévitables conséquences en deviennent plus fortes et plus marquées. La dernière chose que nous désirions, est de voir les Allemands, hommes, femmes ou enfants, pris individuellement, endurer des privations ; mais, s'ils endurent, la faute ne nous en incombe pas, et il dépend du Gouvernement allemand, et du Gouvernement allemand seul, que ce processus d'isolement continue ou non, car n'importe quel jour on peut y mettre fin par une politique de coopération. Il est bon que cela soit clairement spécifié de façon qu'il n'y ait aucun malentendu, ici ou ailleurs.
  J'en viens maintenant au Lebensraum [" La politique extérieure des nazis repose sur l’abandon des contraintes imposées par le traité de Versailles afin de doter l’Allemagne d’un espace vital, Lebensraum), qui lui permette de mener à bien sa mission civilisatrice et de réunir toutes les populations germaniques... " ; source] Ce mot, que nous n'avons pas fini d’entendre, nécessite un examen équitable et attentif. Chaque communauté qui se développe est naturellement en présence du problème capital de l'espace vital. Mais le problème ne se résout pas simplement par l'acquisition de nouveaux territoires. Cela ne pourrait vraiment que rendre le problème plus difficile. Il ne saurait être résolu que par une sage administration des affaires d'un pays et par l'ajustement et l'amélioration de ses relations avec les autres pays étrangers. Les nations augmentent leurs richesses et élèvent le niveau de vie de leur peuple en gagnant la confiance de leurs voisins et en facilitant ainsi l'échange des marchandises. C'est précisément le résultat contraire qui sera probablement la conséquence de l'action d'un pays supprimant l'existence indépendante de ses voisins plus petits et plus faibles. Et si le mot Lebensraum doit être appliqué dans ce sens, nous le rejetons et nous devons résister à son application.      


Diapositive de propagande nazie pour une présentation éducative des Jeunesses hitlériennes au milieu des années 1930. La présentation était intitulée " 5000 ans de culture allemande ". Cette diapositive fait référence au Lebensraum? le besoin d'espace vital? dans l'histoire allemande : " Wachsende Volkszahl im fargen Nordland zwang neuen Lebensraum zu suchen. Das innerlich morsche Römerreich bricht im Ansturm der Germanen zusammen ". Traduit par : " L'augmentation du nombre d'habitants dans les terres lointaines du Nord oblige à chercher un nouvel espace vital. L'empire romain, moribond à l'intérieur, s'effondre sous l'assaut des Germains." Sur le Web

   À suivre...

   Livre bleu anglais n° I, Documents concernant les relations germano-polonaises et le début des hostilités entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne le 3 septembre I939, présenté au Parlement par Ordre de Sa Majesté par le Secrétaire d' État aux Affaires étrangères ; traduction Autorisée et Officielle du document publié par His Majesty's Stationery Office, Paris, I939, pp. 49-60.
 
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COMMISSION D'ENQUÊTE VISANT À ÉTABLIR LES RAISONS DE LA PERTE DE SOUVERAINETÉ ET D'INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE DE LA FRANCE : YVES BRÉCHET

  Yves Bréchet est " professeur des universités à l'Institut polytechnique de Grenoble, spécialiste des matériaux. Il est actuellement directeur scientifique de la compagnie Saint-Gobain, et professeur à l'université Monash à Melbourne en Australie ainsi qu'à l'université McMaster à Hamilton en Ontario au Canada. Il est membre de l'Académie des sciences depuis 2010., ... "
  Sur le Web
  Son CV

  Lire également : " Une saine lecture : " l'art de ramper à l usage des courtisans " "

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Audition d'Yves Brechet à la Commission d'enquête visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d'indépendance énergétique de la France


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   L'audition d'Yves Bréchet a un côté... mitraillette. On pourrait être tenté uniquement de se faire plaisir en l'écoutant. Mais il y a bien des enseignements à en tirer sur l'État : choix des personnes, fonctionnement des institutions, accès aux décideurs.

Morceaux choisis

   " Yves Brechet indique qu'a sa connaissance, le Comité de l'énergie atomique civil ne s'est réuni que deux fois depuis 2012. Il explique combien il n'arrivait pas à avoir accès aux Ministres, obtenir des rendez-vous.
   " Je l'ai dit, je l'ai même écrit. Des fois je me suis demandé si quand j'envoyais mes rapports ça aurait vraiment changé quelque chose si je les avais envoyés reliés des deux cotés "
  " L’abandon du programme Astrid restera dans l’histoire comme un modèle de stupidité ou de cynisme... "
  Au sujet de la fermeture de centrales nucléaires : " C’est une manière inadmissible de piéger le politique pour le forcer ensuite à une seule décision possible... "
  Sur la part du nucléaire à 50% dans le mix électrique : " La meilleure explication que j’ai pu avoir dans les couloirs bien informés c’est qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pardon, mais c’est pas la peine d’avoir fait l’ENA pour sortir ce genre de raisonnements! "
  " La gestion de l’intermittence des EnR et leur déploiement massif conjugué à la perte de capacités pilotables conduit à une dépendance grave vis-à-vis du gaz ” 
  "  Votre commission doit rechercher les responsables du désastre, au delà des anciens ministres, c’est dans les structures des cabinets de la haute administration qu’il faut chercher les rouages de la machine infernale qui détruit notre souveraineté énergétique et industrielle! "
  " Enfin, en nommant aux postes clés des personnes compétentes et courageuses ayant le sens du bien public. [...] Je suis persuadé qu'ils existent encore. Mais on ne les trouve pas courbés dans les couloirs des ministères ou dans les valises des compagnons de route."
  Les conseillers techniques dans les cabinets ministériels. Quel que soit le prestige de leur diplôme, ils se retrouvent à conseiller sur des sujets qu'ils ne maîtrisent généralement pas à un ministre qui ne se pose même pas la question." " Leur premier sujet sera trop souvent de ne dire à leur ministre que ce qu'il a envie d'entendre pour ne pas nuire à leur carrière. Il n'est guère surprenant que lesdits conseillers n'aient qu'un enthousiasme limité à réunir un comité qui aurait tôt fait de mettre à jour leur lacunes."
   " Au fond, au delà de la question du nucléaire et de la souveraineté énergétique, c'est l'instruction technique et scientifique des dossiers politiques qui doit être repensée en fond en comble. "

BONNE ÉCOUTE
Souveraineté et indépendance énergétique de la France : M. Yves Bréchet, ancien Haut-commissaire à l’Énergie atomique et Membre de l’Académie des sciences
 


FRANCE, ÉLECTRICITÉ : MAIS COMMENT SOMMES-NOUS PASSÉS DE " TRÈS EXPORTATEUR " À " TRÈS IMPORTATEUR ", EN 7 ANNÉES?

  François-Marie Bréon* nous explique la lente descente aux Enfers du pays.
   La dégradation du mix électrique français en quelques graphiques. Je compare les années 2015, avant le début du Grand Carénage**, 2019 et 2022. La résolution temporelle est la journée.
1. En 2015, le nucléaire était proche de la demande ; en été : le besoin en fossile est quasiment nul ; en hiver : il y avait un peu de fossile et de l'hydraulique.
2. En 2022, on a beaucoup plus de renouvelables, éolien et solaire, mais avec une grande variabilité. On a nettement moins de nucléaire et plus de fossile, y compris en été.


3. Si on change d'échelle pour voir les " petits ", le fait le plus marquant est que l'on est passé de " très exportateur " à " très importateur ".








Conclusion
  Clairement, en 2015, le système électrique français était excellent, et permettait de déverser une électricité peu carbonée vers nos voisins. C'était déjà un peu moins vrai en 2019. Pour finalement aboutir, en 2022, à la catastrophe.
  Espérons que l'on va revenir à une meilleure disposition du parc nucléaire...
 
* François-Marie Bréon est physicien-climatologue ; président de l'Association française pour l'information scientifique : AFIS ; il a notamment contribué à l’écriture chapitre « Forçages radiatifs naturels et d’origine anthropique » du 5e rapport du GIEC et de son “ Résumé pour les décideurs ”;  
** "  EDF mène depuis 2014 le programme Grand Carénage, qui s'étend de 2014 à 2025, et qui vise à améliorer la sûreté et à poursuivre le fonctionnement des réacteurs du parc nucléaire au-delà de 40 ans.,...
 
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ALLEMAGNE, GOMMERN : QUAND LE CONTRECOUP DE LA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE, ENERGIEWENDE, ATTEINT LA COMMUNE...

  Quand, dans le même temps, vous fermez le nucléaire et vous planter des éoliennes par milliers, associées aux, INDISPENSABLES, énergies fossiles, forcément, cela a des conséquences sur l'offre et la demande, entraînant le pays vers l'inconnu et donc, aussi vers... le pire!
  RIP!

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Les coûts énergétiques ont quintuplé : le château d'eau historique de Gommern doit fermer ses portes


   Construit en 1578, l'imposant château d'eau de Gommern en Saxe-Anhalt [État fédéré situé au centre du pays ; capitale : Magdebourg] abrite depuis 24 ans un hôtel, un restaurant et sa propre brasserie. Mais cela prendra fin fin novembre — les exploitants ne pouvaient plus faire face à la multiplication par cinq des coûts énergétiques, qui s'élèvent à la somme fabuleuse de 400.000 euros par an.


Pour les visites de l' ex hôtel-restaurant, c'est ICI

Les amateurs de bière devront désormais renoncer à la Burgbräu de Gommeran
  Situé au milieu du paysage de lacs de l'Est de l'Elbe, l'ancien château d'eau de Gommern est un monument historique. Construit au début du Moyen Âge et mentionné pour la première fois dans un document en 948, le château a probablement servi de résidence à Albrecht l'Ours [Albert Ier de Brandebourg, dit... , vers 1100- 1170] avant de devenir la propriété des ducs de Saxe. Après sa démolition en 1578, à l'exception du donjon, de la tour d'entrée et des caves, il servit de pavillon de chasse au prince électeur de Saxe August der Starken. [Frédéric-Auguste Ier de Saxe, 1670-1733 ; élu roi de Pologne et grand-duc de Lituanie, sous le nom d’Auguste II] Plus tard, l'État prussien a installé dans le château une prison qui a été utilisée jusqu'au milieu des années 1950 — y compris par les nazis et les forces d'occupation soviétiques.
   Après la chute du mur, le visage de ce lieu chargé d'histoire s'est transformé : un hôtel avec un restaurant et sa propre brasserie a emménagé dans le domaine entouré de nombreux lacs. Depuis 2008, les exploitants actuels s'occupent de leurs hôtes — le château était particulièrement apprécié des jeunes mariés. Mais l'hôtel est également devenu unique en son genre grâce à sa propre manufacture de bière. Conformément à l'Ordonnance allemande sur la pureté de 1516, on y brasse des bières blondes, brunes et saisonnières, qui sont fièrement présentées sur le site web conçu avec amour.


  Depuis 1993, la " Gommeraner Burgbräu " [bière du château] a été vendue, mais c'est désormais terminé en raison des prix de l'énergie. En effet, l'hôtel ne sera pas le seul à être fermé, le restaurant et la manufacture de bière devront également fermer. Contactée par Pleiteticker.de, la directrice n'a pas souhaité s'exprimer davantage sur cette fermeture — elle nous a dit que tout cela n'avait plus de sens. Elle a été déçue par la politique et n'a pas été suffisamment soutenue. D'autres informations des médias ne pourraient pas changer cela. Pour l'ancien château d'eau et les presque 50 chambres d'hôtes du pavillon de chasse, cela signifie : vide.
  Sur le Web

CLIMAT, CERTIFICATION " HAUTE VALEUR ENVIRONNEMENTALE ", HVE : " SI NOUS VOULONS QUE TOUT RESTE TEL QUE C'EST, IL FAUT QUE TOUT CHANGE "*

  " ... En 2021, le nombre d’exploitations agricoles certifiées HVE progresse même de 73 % ! Au 1er ja nvier 2022, on compte près de 25...