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BELLE-ÎLE-EN-MER, QUIBERON, GROIX, LORIENT ET VANNES : L'ÉOLIEN À L'ASSAUT DE LA BRETAGNE SUD

  La Commission de régulation de l'énergie, CRE, dans sa délibération concernant l'examen des offres présentées dans le cadre du dialogue concurrentiel, portant sur des installations éoliennes flottantes de production d’électricité dans une zone au large de la côte sud de la Bretagne, constate que les offres sont fragiles et peu réalisables, tant sur le plan financier que technique. Cependant, étant donné que la France s'est engagée à devenir un leader dans la production d'énergie éolienne, aussi bien sur terre qu'en mer, elle finit par désigner un lauréat. Ainsi, la galère continue ! Il semble que la tartufferie de la politique française ait encore frappé !...

Liens :

 https://www.eoliennesenmer.fr/sites/eoliennesenmer/files/images/2023/07/Bretagne%20sud3.png

 
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Rapport de la CRE sur l’attribution de AO5 : De très sérieux doutes sur la faisabilité de Bretagne Sud !

  Le moins qu'on puisse conclure de ce rapport assez fouillé est que dans le style particulier de la  Commission de régulation de l'énergie, CRE, il confirme nos très sérieux doutes quant à la faisabilité économique et technique de ce projet dont le coût est évalué, entre 800.000 et un milliard d'euros et qui proposerait de l'éolien flottant à 86,45 €/MWh. Avec une sélection pour le moins curieuse : l'allemand BayWa r.e et le belge Elicio.
 
I) Pas un appel d'offre, mais une débandade !
  Dix candidats étaient sélectionnés le 29 juillet 202I pour participer au dialogue concurrentiel. Au vu de l'appel d'offre, 4 consortium comprenant des acteurs majeurs de l'éolien en mer ont jeté l'éponge : Vattenfall, Total Energies Renouvelables. 6 candidats ont déposé une offre : Elicio/Baywa r.e, EDF renouvelable, Equinor, Engie/EDP, RWE, Valeco/Shell.
  La CRE a donc jugé 6 dossiers et sélectionné un candidat qui s'est désisté en refusant de déposer un dossier de garantie. Selon Loïg Chesnais-Girard Président de la Région Bretagne, déclaration à energiesdelamer, " ce seraient même deux lauréats choisis qui n'ont pas été en mesure de répondre aux garanties bancaires qui avaient été demandées " : Equinor et Ocean Wind selon GreenUnivers.
  Ce n'est donc pas le candidat sélectionné par la CRE qui a été choisi et ce choix est surprenant ! Le lauréat résiduel, le consortium Bayware-Elicio, n'a encore construit aucun parc éolien en mer, posé ou flottant, contrairement à ces deux compétiteurs plus expérimenté et n'a aucune expérience d'exploitation… Sa seule réalisation pour l'instant est d'avoir gagné des appels d'offre, notamment Floatting Energy Allyance, en Écosse, sur des promesses assez étonnantes...
 
2) Choix techniques du projet : des développeurs " n'escomptant pas de freins technologiques "
  Le lauréat doit construire un projet demeurant conforme à l'engagement qu'il a pris sur le nombre maximal d'aérogénérateurs installé. Le lauréat peut modifier à la baisse ou à la hausse la puissance totale de son installation dans une limite de I0% de la valeur figurant dans son offre et en conformité avec les bornes inférieures, 230 MW, et supérieures, 270 MW, de puissance installée totale.
  Bayware-Elicio a prévu d'installer I3 turbines de 23,3 MW, de hauteur du moyeu de I75-m et diamètre du rotor de I89 m, soit une hauteur totale de 320 m. L'application du critère conduit dans son cas à l'obligation d'installer des aérogénérateurs d'une puissance unitaire d'au moins I8,7 MW.
  Sur ce choix, la CRE exprime quelques doutes et parle de développeurs " n'escomptant pas de freins technologiques pour poursuivre la montée en puissance des machines " et justifiant leur choix par " des études internes considérant que l'augmentation de la puissance et des dimensions des turbines se poursuivra linéairement sans limite technologique."
 
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  Quatre candidats sur six prévoyaient d'utiliser des flotteurs semi-submersibles en acier, un candidat prévoit d'utiliser un flotteur de type " barge " en béton et Bayware-Elicio est le seul à proposer des flotteur semi-submersible en béton.
  Pour l'ancrage, cinq candidats sur six s'appuient sur des pieux forés cimentés, dont le nombre peut varier entre 20 et 44. Bayware-Elicio se distingue encore / par le choix d'un système d'ancres à enfouissement.
  Les candidats évaluent ainsi un facteur de charge net compris entre 40,9 % et 46,8 % pendant la durée du contrat de soutien de 20 ans : en intégrant dans la puissance globale installée de chaque parc les éventuels régimes d'augmentation de puissance lorsqu'ils sont explicitement mentionnés.
  Tous les candidats prévoient une durée de vie du parc qui excède la durée de 20 ans du contrat de complément de rémunération : 30 ans pour un candidat, 32 ans pour un autre candidat, 34 ans pour un troisième et autour de 35 ans pour les trois autres candidats. Cette durée est cohérente avec la durée de la convention d'occupation du domaine public maritime du projet, 40 ans, à compter de sa délivrance.
 
3) Forte dispersion des offres, une filière non mature, des paris technologiques incertains, des trajectoires ambitieuses et incertaines de baisse des coûts
  Pour la CRE, " l'analyse des offres déposées témoigne d'une filière prometteuse, mais pas encore totalement mature ".
  La CRE note que " la dispersion des prix des offres est particulièrement marquée dans le cadre de la présente procédure "— la moyenne des tarifs de référence des six offres déposées s'établit à I0I,74 €/MWh : Bayware-Elicio 86,45 €/MWh. La CRE explique que cette plus grande dispersion — ainsi que le niveau en moyenne plus élevé des tarifs de référence proposés — est liée, du moins en partie, à la technologie de l'éolien en mer flottant mobilisée dans le cadre de l'AO5.
  Cette dispersion du prix des offres résulte également d'" hypothèses hétérogènes en matière de développements technologiques et de baisse des coûts ".
  Ainsi, " la mise en service du parc est prévue par cinq candidats au second semestre 2030, moins de 9 mois après la mise à disposition prévisionnelle du raccordement. Un candidat prévoit une mise en service plus tardive, en juillet 203I, en considérant que le délai de mise en service de l'installation sera repoussé d'un an en raison de recours."
  " Ces délais importants conduisent les candidats, au même titre que dans le cadre de la procédure AO4, d'une part, à effectuer dans leurs offres des paris technologiques et à intégrer ainsi des hypothèses incertaines quant aux innovations qui seront disponibles et, d'autre part, à considérer des trajectoires ambitieuses de baisse des coûts, également incertaines. Ce constat est exacerbé s'agissant du premier appel d'offres commercial pour la technologie éolienne flottante, moins mature que la technologie éolienne posée employée dans les précédents appels d'offres éolien en mer. "
  Ainsi : 
  • s'agissant des coûts d'investissement rapportés à la puissance installée, €/MW, les plus compétitifs proposés parmi les offres de la procédure AO5 sont inférieurs de 32% par rapport aux moins compétitifs; 
  • les coûts d'exploitation et maintenance annuels rapportés à la puissance installée, €/MW/an, les plus compétitifs sont plus faibles de 45% par rapport aux plus élevés. 
  • NB : les coûts d'investissement estimés par les candidats sont en moyenne de 3,5 M€2023/MW, valeur en euros constants, correspondant en moyenne à un investissement total de 936 M€/avril 2023 pour ce projet. Les candidats anticipent que le coût de fourniture et d'installation des aérogénérateurs représente environ 32% de l'ensemble des coûts d'investissement totaux du projet et que le coût de fourniture des flotteurs et ancrages représente de l'ordre de 33% des coûts d'investissement totaux du projet.
  • Les coûts d'exploitation et de maintenance, hors taxes auxquelles sont assujetties les installations éoliennes en mer, indiqués par les candidats pour construire leurs offres sont en moyenne de 6I k€2023/MW/an, valeur en euros constants, pendant la durée du contrat de soutien.
4) Les doutes de la CRE : tarifs de référence sous-évalués, des hypothèses optimistes qui exposeraient les projets à des risques notables.
  Si la grande amplitude des tarifs de référence proposés est relativement cohérente avec le degré de maturité de la filière considérée, la CRE a observé, dans le cadre de son analyse, que " deux candidats ont intégré des hypothèses optimistes qui exposeraient les projets à des risques notables si elles s'avéraient erronées ".
  La CRE a donc ouvert deux procédures relatives aux offres susceptibles de comporter un tarif de référence sous-évalués, notamment contre le consortium Bayware-Elicio. Pour ce consortium en particulier, la CRE craignait que le TRI, Taux de Retour sur Investissement, actionnaires se révèle dégradé au point d'empêcher finalement la construction. La CRE mettait en cause les montants des coûts d'investissement, en lien également avec les choix technologiques opérés, les coûts d'exploitation et de maintenance, ainsi que le niveau de rémunération de l'énergie produite à l'issue du contrat de complément de rémunération et jusqu'à la fin de la durée d'exploitation du parc
  La CRE a bien considéré ainsi qu'il existe " un risque que le Taux de Retour sur Investissement actionnaires estimé au moment de la décision finale d'investissement soit dégradé dans une certaine proportion mais que le projet du candidat, fait apparaitre des marges de flexibilité lui permettant de faire face à la survenance des principaux risques identifiés."
  En conséquence, l'analyse par la CRE des éléments fournis par le candidat ne permet pas de conclure que les risques pesant sur le projet, s'ils se matérialisaient, seraient de nature à remettre en cause la décision d'investissement et donc la bonne exécution du projet. En conséquence, la CRE n'a pas éliminé les offres pour lesquelles une procédure pour tarif de référence sous-évalué a été ouverte.
 
5) Et finalement : la CRE doute et appelle à une appréciation renforcée de la robustesse des offres
  Visiblement, la CRE a quand même de si sérieux doutes sur son évaluation qu'elle termine par une recommandation sur laquelle elle insiste lourdement : " L'instruction réalisée par la CRE dans le cadre du présent dialogue concurrentiel l'amène à formuler une recommandation essentielle pour les futures procédures de mise en concurrence portant sur des projets d'éoliennes en mer
  • Renforcer l'analyse de la solidité des offres en augmentant notamment le nombre de points alloués au sous-critère relatif à la robustesse du montage contractuel et financier et en ajustant la formule du sous-critère relatif à la valeur du tarif de référence. "
  La CRE considère en effet que les éléments apportés par certains candidats ne permettaient pas d'étayer suffisamment l'ensemble des hypothèses relatives à la puissance unitaire des aérogénérateurs prévus ainsi que des coûts d'investissement ou d'exploitation et maintenance et met en cause " l'efficacité du sous-critère relatif à la robustesse du montage contractuel et financier " qui " demeure limitée par une trop faible pondération et un périmètre d'analyse trop restreint  ".
  Elle recommande donc par la suite d'augmenter la pondération du sous-critère relatif à la robustesse du montage contractuel et financier à I0 points, au lieu de 5 aujourd'hui, et d'en faire un critère plus strict d'élimination : toute offre présentant une notation de sa robustesse du montage contractuel et financier strictement inférieure à 3 points sur 5 devrait être éliminée.
  La CRE recommande aussi d'élargir le périmètre d'analyse couvert par le sous-critère relatif à la robustesse du montage contractuel et financier et considère que le sous-critère relatif à la robustesse du montage contractuel et financier n'est, dans tous les cas, pas suffisant pour traiter le cas d'hypothèses trop favorables retenues par les candidats sur la période post-contrat de soutien.
" L'instruction de la présente procédure a en effet montré des disparités dans l'appréciation par les candidats de facteurs externes à l'offre, notamment en particulier s'agissant des hypothèses de revenus post-contrat de soutien : ventes d'énergie et, dans une moindre mesure, ventes de garanties de capacité et d'origine. Cela implique donc des prises de risque variés des candidats vis-à-vis de ces hypothèses.
  L'instruction démontre que ces revenus ont un impact important sur la rentabilité des projets. Or, leur estimation se fonde sur des hypothèses de prix de gros à un horizon très lointain, 30 à 40 ans, qui sont par nature très incertaines. Des hypothèses trop favorables amènent à afficher une rentabilité globale artificiellement élevée, compliquant l'analyse de la solidité du projet
  Pour éviter ces projections trop favorables et déraisonnables sur l'évolution des prix de l'électricité, la CRE préconise de " définir, en amont de la phase d'instruction, un intervalle de conformité qui serait défini dans le cahier des charges et ainsi communiqué aux candidats… Cet intervalle, qui pourrait, par exemple, prendre la forme d'un bandeau de plus ou moins 20% autour d'un scénario central, serait suffisamment large pour permettre aux candidats de construire leurs offres sur un jeu d'hypothèses propres."
 
6) Autres engagements : tous les candidats se sont engagés sur un montant total de 20 M€ à allouer aux mesures " Éviter, réduire, compenser, ERC " et au suivi environnemental du Projet, hors Démantèlement, ainsi qu'au Fonds Biodiversité.
  Tous les candidats se sont engagés sur un taux minimal de recyclage ou de réutilisation des pales de I00% : NB mais aucun engagement sur le fait de ne pas utiliser du balsa !

  Pour PIEBÎEM, une conclusion s'impose : il est encore temps d'arrêter les frais et d'abandonner ce projet Bretagne-Sud, doublement absurde, cumulant les inconvénients de l'éolien posé, proximité des côtes, et de l'éolien flottant : coût extravagant, absence de maturité technologique.
 
CRE :
   - Rapport de synthèse
 

  Cet article est l'œuvre de la source indiquée. Les opinions qui y sont exprimées ne sont pas nécessairement celles de Les vues imprenables et PHP.

BRETAGNE, ÉNERGIE : LES RAVAGES DE LA MÉTHANISATION OÙ L'ENQUÊTE REMARQUABLE

  Merci à l'association SPLANN* pour son enquête émérite qui mériterait d'être reconnue d'utilité
publique**
   À la lecture de celle-ci, comment ne pas être saisi d'effroi devant :

  • le massacre systématique de la Biodiversité, de la santé humaine et animale, venant s'ajouter à celui, déjà en cours, des autres EnR : solaire, éolien, agrivoltaïque, etc. ; 
  •  la transformation " Ad vitam æternam " de nos campagnes en une gigantesque zone industrielle, où nulle part où aller!
  Et, toujours, avec les mêmes " prédateurs " à la baguette, des exploitants agricoles, des multinationales de l'Énergie ; avec l'éternelle bénédiction de l' État et son légendaire laissez-faire ; sans oublier, l'essentiel : l'argent du contribuable, via les subventions publiques, en 2021, la banque verte a observé une augmentation de 78 % des demandes de crédits pour des projets de méthanisation et de 62 % pour le photovoltaïque par rapport à 2020, FranceAgricole, sans quoi, rien, ou presque, ne serait possible!...
   Nul doute que la funeste situation de la Bretagne n'est pas une " exclusivité " régionale ; aussi, tout porte à croire, les mêmes causes produisant les mêmes effets, que des problèmes analogues, dont, entre autres, l'affranchissement de la loi, « Moralité, si vous êtes agriculteur, allez-y, nous, les services de l’État, nous régulariserons et assurerons vos arrières », existent aussi ailleurs et donc, forcément, dans la 1ere région " méthanisée ", qu'est le Grand Est, comprise... la Haute-Marne! Avec l'inconvénient majeur que, au contraire de la Bretagne, au " Pays de l'eau ", ce sont essentiellement les cultures nourricières pour l'Homme qui sont confisquées pour alimenter les machines! 

QU'ONT-ILS FAIT DE LA FRANCE, ILS L'ONT PATIEMMENT GÂCHÉE!

   * "... association de loi 1901 dont l’objet est de produire des enquêtes journalistiques d’utilité publique en Bretagne et dans le monde, en français et breton. Son siège est établi à Guingamp, dans le Trégor : Côtes-d’Armor. Depuis mai 2022, le site splann.org est reconnu en tant que service de presse en ligne par la commission paritaire des publications et agences de presse : CPPAP. " Source

  ** " La reconnaissance d'utilité publique, abrégé par le sigle RUP, est une procédure de droit français par laquelle l'État reconnaît qu'une association ou une fondation présente une utilité publique, ce qui lui permet de bénéficier d'avantages spécifiques1 et lui confère aussi une légitimité particulière... " Source

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En Bretagne, la méthanisation sous pression

La rédaction

  La Bretagne se couvre de dômes verts. Peu nombreux il y a dix ans, 186 méthaniseurs parsèment aujourd’hui la campagne. Cent de plus d’ici un an. Capables de transformer des matières organiques en gaz, les méthaniseurs font partie de la stratégie française pour accroître sa production d’énergies renouvelables. De fréquents accidents rappellent que cette technologie n’est cependant pas sans risque pour l’environnement. Et toutes les interrogations ne sont pas levées en matière sanitaire. Incités par l’État et les banques à investir dans la méthanisation, des agriculteurs sautent le pas. Quitte à transgresser quelques règles. D’autant plus facilement que sans les garde-fous nécessaires, la voie est laissée libre à son essor. Au risque peut-être de se faire damer le pion par les énergéticiens, lobby encore plus puissant que celui de l’agro-alimentaire.


La méthanisation bretonne en plein boom
  Première région d’élevage, la Bretagne déborde de déjections animales qu’agriculteurs et industriels de l’énergie entendent convertir en gaz et en revenus. Contrairement à d’autres régions, ce sont les éleveurs et non les céréaliers qui y importent la méthanisation. Sans même compter la Loire-Atlantique, la Bretagne pointait début 2022 au 2e rang national en nombre d’installations, 199, derrière la région Grand Est, 274, et devant les Hauts-de-France, 134, puis la Normandie : 120. Une installation française sur sept se situait dans la région.
  Des unités nombreuses mais plus petites que la moyenne, puisque la Bretagne n’émargeait « qu’au » septième rang en termes de capacité de traitement. Si la méthanisation à la ferme est largement dominante, des projets de plus grande ampleur devraient bousculer la situation, comme nous l ’ expliquons dans le volet économique de cette enquête.
  Doté du deuxième cheptel bovin de France, l’Ille-et-Vilaine devient une terre de méthanisation dont Iffendic, 4 500 habitants, situé entre Rennes et Paimpont, pourrait se proclamer capitale. Comme le montre notre carte interactive, le Léon, au nord de Brest, et le Penthièvre, autour de Lamballe, ne sont pas en reste. À tel point qu’on pourrait élégamment superposer cette carte à celle de la densité des vaches laitières.


 

 Notre infographie s’appuie sur des informations publiques, mises en ligne par AILE [Association d'Initiatives Locales pour l'Energie et l'Environnement] et SINOE, possiblement incomplètes. Les bases de données qui recensent les méthaniseurs ne sont pas toujours cohérentes entre elles. Le nombre et la dimension des unités sont légèrement sous-évalués.
  Les nombreux projets, représentés par des triangles bleus, en travaux, et verts, en instruction, témoignent d’une activité en pleine expansion. Cela malgré le moratoire réclamé par Eau et rivières de Bretagne et la diminution du soutien financier du conseil régional. Les déboires de Geotexia, triangle orange, et la pollution générée à l’été 2020 par l’usine Engie Bioz de Châteaulin ont refroidi certains acteurs, mais pas tous. L’État soutient la dynamique qui s’inscrit dans sa volonté de diversifier la production énergétique du pays. À quel prix pour l’environnement, la santé, la production alimentaire et les agriculteurs eux-mêmes ? Telle est la question.
  Sur le Web

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En l’absence de contrôle, des méthaniseurs grossissent et menacent l’environnement


 Julie Lallouët-Geffroy


  En théorie, tout est sous contrôle. En théorie, quand une installation comporte un risque important, la réglementation se durcit et les inspections se multiplient pour éviter tout dommage sur la santé humaine, animale, la faune, la flore. En réalité, les méthaniseurs bretons cumulent les dérogations. Les inspections sont rares. Il est donc simple pour les exploitants de créer leur unité sans crainte de sanction, malgré les risques en termes de pollution des cours d’eau, d’intoxication, voire même d’explosion.Les méthaniseurs ne sont quasiment pas contrôlés malgré des pollutions majeures et répétées.
  Parmi les rares unités de méthanisation inspectées en 2020 en Bretagne, 85 % n’avaient pas installé les moyens nécessaires pour limiter les risques d’accidents et de pollutions.
  Un méthaniseur sur trois s’agrandit dans les cinq années qui suivent sa construction, selon la stratégie du fait accompli.
  Deux pollutions recensées, neuf inspections documentées, trois mises en demeure et une condamnation. Le méthaniseur d’ Arzal, commune côtière du Morbihan, a déversé plusieurs fois le contenu d’une de ses cuves dans le cours d’eau de Kerollet, asphyxiant les poissons au passage.    L’association Eau et rivières de Bretagne a donné l’alerte à plusieurs reprises.
  Une inspection de la direction départementale de la protection des populations, la DDPP, constate en 2018 que le méthaniseur, autorisé à absorber 28 tonnes de déchets par jour, en consomme en réalité 43 tonnes, un changement de régime potentiellement illégal. Autre infraction : les contrôles sur la qualité des eaux rejetées dans le milieu naturel n’ont pas été effectués.
  Entre 2012 et 2020, l’exploitation passe de 150 à 290 vaches laitières auxquelles s’ajoutent 250 génisses et le méthaniseur d’une capacité de 28 à 76 tonnes. Soit un triplement de volume en moins de dix ans. Ce n’est que lorsque ses travaux sont terminés que l’exploitant demande une régularisation de la situation. Celle-ci est accordée en 2021, mais fait toujours l’objet d’un recours en justice d’Eau et rivières de Bretagne, qui dénonce une manœuvre consistant « à blanchir une situation délictuelle ». « Moralité, si vous êtes agriculteur, allez-y, nous, les services de l’État, nous régulariserons et assurerons vos arrières », résume, amer, le juriste de l’association environnementale, Brieuc Le Roc’h. L’exploitation fait l’objet d’une nouvelle mise en demeure de la préfecture depuis juin 2022.
  Bruno Calle, gérant de la SARL des Moulins de Kerollet, plaide des erreurs de jeunesse liées à son statut de pionnier de la méthanisation. « Certes, on a fait des erreurs, mais on les a corrigées. Depuis les deux épisodes de pollution, des sécurités ont été installées pour éviter tout nouvel accident. Et le site a été étanché au-delà des exigences de la réglementation actuelle », décrit le producteur laitier : lire son courrier intégral ici.
  Des « mésaventures » qui auraient même eu du bon, d’après l’éleveur. Elles auraient évité à des collègues de connaître ces errements. Bruno Calle participe ainsi au tutorat de porteurs de projet avec l’association des méthaniseurs bretons, en association avec la chambre régionale d’agriculture et l’association AILE. « J’en ai accompagné près d’une trentaine depuis cinq ans », s’enorgueillit l’ancien président FDSEA du Morbihan.

Pollutions, explosion et boule de feu…
  Pour prendre connaissance de la carte des accidents recensés dans les communes depuis 2011, c'est ICI

  Plus à l’ouest, les Sud-Finistériens se souviennent avoir été privés d’eau potable en août 2020 pendant près d’une semaine. Le méthaniseur industriel de Châteaulin, 29, avait déversé 400 m³ de digestat, le déchet issu de cette production de gaz, dans l’Aulne, affectant l’eau distribuée au robinet. Un incident qui s’est aussi produit dans le Sud-Ouest de la France, dans les Landes, six mois plus tard. Cette fois, 850 m³, deux fois plus, se sont déversés dans les cours d’eau.
  En juin 2019, un méthaniseur qui n’est pas encore en fonctionnement explose à Plouvorn, dans le Finistère. Une boule de feu est aperçue au-dessus du site. Une quarantaine de pompiers sont mobilisés et on déplore un blessé léger, deux personnes choquées, un soldat du feu évanoui et une sacrée frayeur.
  Le rapport d’incident précise : « Le dossier technique de sécurité à réaliser avant la mise en service n’avait pas été transmis à l’administration. […] L’accident révèle une sous-estimation des risques […]. Suite à l’accident, [l’exploitant] souhaite démarrer l’exploitation de l’unité de méthanisation [avec seulement une partie du matériel, NDLR], sans attendre la reconstruction du digesteur [détruit par l’accident] ». La rentabilité avant la sécurité. Ce méthaniseur est le plus important du pays de Morlaix avec 45 000 tonnes de déchets consommés par an. À sa tête, 32 entreprises, agricoles et non-agricoles.
  Sans contrôle, ni sanction, à quoi bon respecter la loi et envoyer les dossiers techniques exigés ? C’est ce que l’État et la Région reconnaissent noir sur blanc dans un courrier adressé à l’Autorité environnementale, en 2019 : « Les maîtres d’ouvrage, devant l’absence de moyens de contrôle et de suivi de certaines mesures d’évitement, ont choisi de ne pas retenir celles-ci. »
  Sans filet de sécurité, les accidents sont légion
  Pourtant, la méthanisation est une technologie récente, fragile, qui mérite d’être surveillée. Le service de suivi des risques industriels du ministère de la Transition écologique a publié, en septembre 2021, une synthèse des accidents dans la filière. Il en recense 130 en France, entre 1996 et 2020. Dans 77 % des cas, il y a un rejet de matières dangereuses ou polluantes. « C’est le phénomène majoritaire, suivi par l’incendie », précise l’autrice du rapport, Aurélie Baraër. La faute aux « lacunes dans la gestion du risque et dans la formation des opérateurs ». Elle estime qu’un défaut de matériel est la cause principale de ces incidents.
  Un diagnostic déjà posé en 2018 par son service : « Les accidents survenus récemment montrent que l’on est en présence d’une filière en pleine structuration qui n’est pas encore arrivée à maturité. Les erreurs de conception sont le témoin de cette situation. »
  Mais ce recensement n’est pas exhaustif, il suffit de lire la presse pour s’en rendre compte. Sur cinq pollutions du méthaniseur d’ Arzal, une seule est comptabilisée dans le recensement ministériel. Le conseil scientifique national sur la méthanisation, le CSNM, qui réunit des scientifiques réservés sur cette technologie telle qu’elle se pratique aujourd’hui, tient ses propres comptes. Il évalue à 315 le nombre d’incidents en France. Presque trois fois plus que les services de l’État, sur la même période.
Pas de mesure sanitaire préventive
  Les conséquences de ces incidents sont essentiellement environnementales et touchent en premier lieu les cours d’eau. Cours d’eau par ailleurs pompés pour alimenter la population. À cela s’ajoutent des conséquences sanitaires car le digestat, produit issu de la méthanisation, est épandu comme engrais sur les sols et peut être vecteur de maladies : lire : « Les méthaniseurs, clusters potentiels des maladies de demain ».
  Pour éviter ces risques, la réglementation pose des garde-fous. « Il faut la voir comme une aide pour penser son installation et pas comme une contrainte, estime Anne-Marie Pourcher, chercheuse à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, Inrae, à Rennes, et spécialiste des pathogènes. » Dès que la provenance des différents déchets devient complexe, on « hygiénise », c’est ce que prévoit la réglementation. » Grâce à cela, on limite les risques sanitaires. Par exemple, les déchets animaux, graisses, intestins, font partie des meilleurs ingrédients pour produire du gaz. Mais ils peuvent aussi faire circuler des pathogènes et propager des maladies.
  Pour éviter ce risque, la réglementation peut imposer de traiter ces déchets à 70 °C pendant une heure pour éliminer les pathogènes. Mais ce n’est pas obligatoire si le volume global de déchets, animaux et végétaux, est inférieur à 30 000 tonnes par an. Cette dérogation concerne la quasi-totalité des méthaniseurs bretons. Ça tombe bien car ce passage à 70 °C coûte très cher, au point de compromettre la rentabilité d’une installation.

Des méthaniseurs qui doublent de volume
  Toutes les unités de méthanisation relèvent du régime des ICPE, les installations classées pour l’environnement. Trois niveaux de réglementation existent. Le régime de « l’autorisation », le plus contraignant et contrôlé, comprend les installations qui consomment plus de 100 tonnes par jour de matières premières. Celui de « l’enregistrement » concerne un volume compris entre 100 et 30 tonnes par jour. Enfin, le plus léger, le régime de la « déclaration » couvre les sites inférieurs à 30 tonnes par jour.
  Or, en Bretagne, l’écrasante majorité des projets se situent officiellement sous la barre des 30 tonnes par jour et donc sous le régime de la simple déclaration. Ainsi, pas besoin de passer par la case de la concertation ou de l’enquête publique, qui donnent parfois lieu à des débats houleux dans des salles municipales remplies de riverains inquiets voire carrément furieux. Un caillou dans la chaussure plus difficile à éviter sous les régimes supérieurs, de l’enregistrement et surtout de l’autorisation, censés garantir l’expression citoyenne, en dépit de récents allègements. : lire notre enquête : « Démocratie environnementale : les travers du porc ».
  Des contraintes dont certains porteurs de projet parviennent même, de fait, à s’exonérer. Il n’est pas rare de voir les volumes d’intrants augmenter en cours de route, au motif que des « apporteurs de matière » se manifestent ou qu’une banque débloque un crédit.
  À Chavagne, en Ille-et-Vilaine, un méthaniseur d’une capacité de 29,8 tonnes par jour est entré en fonctionnement en octobre 2021, soit juste sous la limite du régime de l’enregistrement. Pourtant, la première salve de gaz vient à peine d’être injectée dans le réseau « que d’autres agriculteurs « apporteurs de matière » se sont manifestés pour participer au projet, raconte Romain Marqué, l’un des associés du méthaniseur. Ce n’était pas prévu. » Une opportunité qui l’a conduit, avec ses associés, à demander à passer à 72 tonnes par jour, entrant dans le périmètre du régime de l’enregistrement. Le conseil municipal n’a pas franchement de marge de manœuvre. Le méthaniseur est déjà là, les investissements – 5 millions d’euros -, déjà réalisés.
  Même scénario à Louvigné-de-Bais, 35, avec un méthaniseur qui passe de 29,8 à 48,5 tonnes par jour en l’espace d’un an. Recalibrer un méthaniseur peu de temps après sa mise en service, « c’est peu recommandable et peu recommandé, résume Armelle Damiano, directrice de l’agence locale de l’énergie, AILE. Si on se lance avec une installation à 29,9 tonnes par jour et que six mois après on demande à passer à 40 tonnes, cela peut être difficilement acceptable pour les collectivités et témoigner d’un manque de transparence au stade projet. Une fois l’installation rodée, selon les opportunités, le captage de nouveaux gisements peut alors justifier une augmentation de puissance. »
  Mettre la collectivité au pied du mur est une pratique courante. La DREAL, Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, est le service de l’État chargé de recenser les installations de méthaniseurs en fonction de leur technologie. L’une convertit le méthane en chaleur et électricité, la cogénération ; l’autre l’injecte directement dans le réseau de gaz, l’injection.
  En 2020, la DREAL sort la calculatrice : « 28 installations en cogénération [sur un total de 87] ont augmenté de puissance depuis leur mise en service. En moyenne les installations qui procèdent à une augmentation doublent de puissance. » Même chose pour la méthanisation en injection : « Neuf installations de méthanisation en injection [sur un total de 27] ont déjà procédé à une augmentation de [leur capacité maximale]. L’augmentation du débit d’injection intervient beaucoup plus rapidement qu’en cogénération. »
  Un tiers des méthaniseurs augmente donc leur capacité en cours de route. Une décision qui ne peut s’improviser en raison des investissements nécessaires. Les augmentations de capacité interviennent ainsi rapidement après la mise en activité. Difficile d’imaginer que nombre d’entre elles ne soient pas étudiées dès le montage du projet.
  Si le régime de la déclaration séduit autant c’est aussi parce que « les ICPE [concernées] ne sont pas soumises à contrôles périodiques et n’ont lieu d’être contrôlées qu’en cas de plainte ou de signalement ou lors de campagnes « coup de poing » », observe la Cour des comptes dans son rapport de novembre 2021. Pas de signalement, pas de contrôle. 

85 % des installations contrôlées ne sont pas dans les clous
  Depuis près de dix ans, la réglementation qui encadre ces installations présentant des risques pour l’environnement ne cesse de s’assouplir. Avec son « choc de simplification », François Hollande avait commencé à la détricoter, en 2013. Depuis, d’autres garde-fous ont été supprimés, comme en 2018, sous le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Modifier des seuils qui font passer une installation du régime le plus contraignant à un régime intermédiaire, miser sur la confiance et l’auto-contrôle des porteurs de projet, renvoyer les contrôles à des services de l’État de plus en plus dépeuplés… Gouvernement et législateurs, bien conseillés, savent quels curseurs bouger. D’autant qu’ils savent que sans contrôleur, pas de contrôlé.
  Dans son rapport de 2021, la Cour des comptes démontre cette absence de contrôle, d’auto-contrôle ou même de sérieux dans le suivi des sites de méthanisation. Les services d’inspection ne sont pas informés de la mise en service d’un nouveau méthaniseur. Difficile alors de contrôler quoi que ce soit. Des subventions publiques sont versées sans contrepartie, sans même celle d’une installation construite correctement. Le contrôle ponctuel des installations n’est quant à lui tout simplement pas fait.
  À quoi bon se contraindre à respecter la loi si elle n’est pas appliquée, et que personne ne vient sanctionner ? Les directions départementales de la protection des populations, DDPP, rattachées aux préfets, confirment ce constat. Fin 2020, elles mènent une série de contrôles dans 14 établissements sur les plus de 150 installations existantes en Bretagne à l’époque. Dans 85 % des cas, les aménagements prévus dès le début du projet n’ont pas été réalisés. Il s’agit de cuves de rétention évitant des déversements accidentels dans le milieu naturel, de systèmes d’évacuation d’eaux pluviales, de clôture, d’alerte incendie. Autant de promesses d’aménagements non tenues.

L’État, laxiste
  Les méthaniseurs ne sont pas tous très scrupuleux. Les services de contrôle de l’État, pas au rendez-vous. L’État lui-même ne montre pas beaucoup de zèle pour faire appliquer certaines directives européennes prises pour protéger l’environnement. L’une d’elles dispose qu’avant de valider l’implantation d’un méthaniseur, il soit nécessaire de prendre en compte « le cumul des incidences avec d’autres projets existants et/ou approuvés ». Car plus il y a de méthaniseurs, plus les risques augmentent. La France applique cette notion uniquement pour les installations de plus de 100 tonnes par jour, celles soumises au régime de l’autorisation pour les ICPE. Cela concerne seulement dix unités sur les 186 en fonctionnement en Bretagne au 1er janvier 2022.
  À l’ouest de Rennes, la capitale de la méthanisation bretonne passe complètement sous ce radar. Sur le secteur d’ Iffendic, on compte 14 méthaniseurs en fonctionnement. Quatorze autres le seront bientôt. Soit près de trente méthaniseurs sur une zone stratégique pour l’approvisionnement en eau potable des 450 000 habitants de Rennes métropole. Pourtant, tous ces méthaniseurs sont suffisamment petits pour esquiver la directive européenne et éviter les contrôles obligatoires, imposés aux plus grosses installations.
  L’environnement breton pourrait faire les frais du développement de la méthanisation, structuré jusqu’en 2023 par le schéma régional de biomasse, SRB, élaboré en 2019. L’Autorité environnementale, entité indépendante chargée de l’évaluation environnementale, souligne la nécessité de revoir l’évaluation des incidences sur les sites Natura 2000. Dans leur mémoire en réponse, la Région et l’État disent avoir « adhéré à l’idée », mais l’appliquer dans « un SRB ultérieur ». Et quand l’Autorité environnementale leur demande de justifier pourquoi nombre de mesures d’évitement identifiées n’ont pas été appliquées, la Région et l’État sont limpides : c’est à cause de « l’absence de moyens de contrôle et de suivi permettant d’évaluer les incidences réelles de certaines mesures d’évitement ».
  Dit sans élément de langage, on développe la filière, mais pour une partie des incidences environnementales, on verra plus tard.
  Dans un autre avis, l’Autorité environnementale prévient : « Les pollutions qui découleraient de mauvaises pratiques en la matière pourraient pourtant inverser le bilan positif de la méthanisation. » Et la question est brûlante : avec le projet de loi du gouvernement portant sur le développement des énergies dites « renouvelables », des associations écologistes s’élèvent déjà contre l’extension de dérogations et de dispenses d’études d’impact qui porteront préjudice à l’environnement. Le « biogaz » développé sans que ses moyens de contrôle ne se structurent, ajoute une menace sur la ressource en eau. Une de plus.
  Sur le Web

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La bataille du gaz laisse les agriculteurs sur le carreau

Julie Lallouët-Geffroy 


  Les agriculteurs sont les pionniers de la méthanisation en Bretagne. Mais la manne gazière est en train de leur passer sous le nez. Les industriels de l’énergie s’accaparent les bénéfices de la production du gaz, reléguant les agriculteurs à la place de simples fournisseurs de déchets. Les agriculteurs cèdent du terrain et ont du mal à résister à la concurrence des énergéticiens.
  L’agriculture risque de devenir un outil au service de la production gazière, quitte à transformer davantage le visage et les usages de nos campagnes.
  La méthanisation par injection est largement promue, or elle coûte trop cher pour les éleveurs, mais pas pour les industriels de l’énergie.
  Pour faire du gaz, il faut des ingrédients méthanogènes, c’est-à-dire qui dégagent beaucoup de méthane. Dans le top 10, on trouve les tourteaux de colza, les déchets et pailles de céréales, le maïs et les déchets animaux. En bas du podium, les lisiers et fumiers de porcs et de bovins. La Bretagne, terre d’élevages intensifs, possède de larges volumes de déjections. En revanche, les déchets très méthanogènes sont plus rares. Au point qu’un marché du déchet agricole a vu le jour avec le déploiement de la méthanisation.
  Il y a dix ans, l’agro-industrie payait les agriculteurs pour qu’ils la débarrassent des intestins et estomacs de milliers de bêtes abattues, jusqu’à 90 euros la tonne. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les agriculteurs paient de plus en plus cher pour mettre la main sur ces tripes, ingrédient précieux pour
produire du gaz. Le maïs est également une denrée prisée des méthaniseurs.

La sécheresse fait flamber les prix
  Un agriculteur nous a ainsi rapporté qu’un voisin méthaniseur a proposé de lui acheter son maïs plus cher que le prix habituellement pratiqué pour nourrir les bêtes. Avec la sécheresse de cet été 2022, les prix ont tellement augmenté que la FDSEA d’Ille-et-Vilaine s’en est mêlée. Le syndicat majoritaire des exploitants agricoles a demandé à la chambre d’agriculture de diffuser des prix de vente « recommandés ». Recommandés mais pas obligatoires car, sur ce marché, le jeu de l’offre et de la demande prime. Plus il y a de méthaniseurs, plus la demande en déchets est forte. Plus les prix montent, plus il est difficile pour certains agriculteurs de payer ces matières qui alimenteront leur méthaniseur. Jusqu’à plomber la rentabilité d’une installation.
  « Les intrants ont une valeur commerciale, alors dès qu’on se fournit chez un tiers, c’est plus risqué, les prix peuvent fluctuer, c’est instable », souligne Charlotte Quenard, chargée de mission au sein de la chambre d’agriculture de Bretagne.
  À tel point que lorsqu’il devient difficile d’acheter les déchets agricoles, il peut être nécessaire d’ouvrir le capital de son entreprise à un acteur extérieur. C’est ce qui arrive à des méthaniseurs créés par des agriculteurs qui se retrouvent dans l’obligation d’ouvrir leur capital à des producteurs d’énergie. À coup de rachats de parts, petit à petit, ces agriculteurs perdent la main sur leur installation et les énergéticiens raflent la mise. Un cas a déjà été relevé dans les Vosges, selon un rapport du Sénat publié en octobre 2021. Car pour des entreprises comme Engie Bioz, filiale d’Engie, ou Fonroche biogaz, filiale du groupe Total, le prix des matières premières n’est pas un problème. « Le risque d’une prise de pouvoir des acteurs extérieurs est non négligeable pour les agriculteurs car elle pourrait venir dénaturer les projets », expliquent les chercheurs en économie Alexandre Berthe
de l’université de Rennes 2 et Pascal Grouiez de l’université Paris Cité.

« Ceux qui se font avoir, ce sont les agriculteurs »
  La conquête des campagnes par les énergéticiens ne fait que commencer. En mars 2022, les énergéticiens ont mis un pied de plus dans les fermes. Lors du salon de l’agriculture, Total énergies et la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, ont signé un partenariat pour « créer des synergies entre le monde agricole et le secteur de l’énergie ». Les compétences des agriculteurs seront ainsi partagées avec celles de la multinationale, notamment pour développer la méthanisation. Mais l’échange, « gagnant-gagnant » sur le papier, est-il si équilibré ?
  Accroître la proximité entre ces deux mondes en concurrence comporte des risques, que repère Pascal Grouiez, économiste à l’université Paris Cité : « Les besoins en financement des petits collectifs [d’agriculteurs] supposeraient une plus grande ouverture du capital à des actionnaires non agricoles. Bien que minoritaires, ils pourraient imposer aux agriculteurs l’usage de substrats non agricoles [comme des boues de stations d’épuration, NDLR], dans lesquels la présence d’antibiotiques ou métaux lourds [peut] polluer les sols. » La méthanisation produit du digestat qui est épandu sur les champs comme engrais. Or, l’innocuité de ce digestat, c’est-à-dire sa capacité à être inoffensif, demeure un enjeu environnemental et sanitaire encore discuté par les scientifiques : lire : « Les méthaniseurs, clusters potentiels des maladies de demain ».
  À ces coûts en amont, liés à la matière première, s’ajoutent ceux liés à la maintenance du méthaniseur, voire à l’embauche d’un technicien spécialisé et dédié à cette tâche. La facture pour faire fonctionner un méthaniseur au quotidien, entre l’approvisionnement en déchets et la maintenance, commence à s’allonger lourdement. Elle est d’autant plus salée pour la méthanisation en injection. Cette technique permet d’injecter le méthane dans le réseau de gaz, mais elle coûte cher. L’investissement moyen pour une installation avoisine 5 millions d’euros. Pour être rentable, une installation doit consommer au minimum 10 000 à 15 000 tonnes de matières par an. Soit plus de 30 tonnes de déchets par jour à trouver et payer.
  Cette technologie « en injection » est en plein boom. Et tout est fait pour la booster. En 2018, la loi Egalim exige un renforcement des infrastructures pour pouvoir faire circuler plus de gaz. Lorsqu’un nouveau méthaniseur est construit à proximité d’un réseau de gaz, il devra fonctionner obligatoirement en injection. En mars dernier, le coût de raccordement a été réduit pour les méthaniseurs : 60 % des frais, environ 100 euros le mètre, sont pris en charge par les collectivités.
  Avec autant d’incitations, difficile de résister à l’injection. La méthanisation par cogénération perd de son charme. Cette technologie, plus ancienne, convertit le gaz en chaleur et en électricité et n’a pas besoin de se raccorder au réseau de gaz. En comptant un investissement moyen de 2 millions d’euros, elle permet de se contenter de plus petits volumes, autour de 5 000 tonnes de matières premières par an.
  Plus chère mais plus rentable, l’injection gagne la partie. Mais elle exclut les joueurs qui ne peuvent pas investir 5 millions d’euros et assumer des charges d’approvisionnement et de maintenance lourdes. Ces joueurs perdants, ce sont les éleveurs. Ceux qui affrontent les prix du lait ou du porc qui jouent au yo-yo depuis des années, ceux qui manifestent, voient leurs revenus dégringoler, et, pour certains, leurs entreprises finir au tribunal de commerce.
  Dans une note d’août 2020 commandée par le ministère de l’Agriculture, le binôme d’économistes Pascal Grouiez et Alexandre Berthe écrit : « En l’absence de subventions publiques, il est probable que la méthanisation par injection ne deviendra accessible qu’aux agriculteurs les plus solides financièrement, écartant de fait la plupart des éleveurs ». Un an plus tard, en juillet 2021, Pascal Grouiez ajoute que les contraintes de l’injection « ne permettent de positionner sur ces projets que des céréaliers ou des unités de méthanisation ouvrant leur capital à des actionnaires non agricoles, mais rarement à des agriculteurs seuls ». « Ceux qui sont en train de se faire avoir, ce sont les agriculteurs », résume Daniel Salmon, sénateur Europe Écologie Les Verts, EELV, d’Ille-et-Vilaine et rapporteur de la mission d’information sur la filière en octobre 2021.

La plus-value pour les énergéticiens, la sous-traitance pour les agriculteurs
  La chambre régionale d’agriculture de Bretagne le constate elle aussi. Dans un avis de 2019, elle écrit : « Si le développement de la méthanisation est une opportunité pour la Bretagne, nous souhaitons que les agriculteurs en tirent les justes retombées économiques. Leur rôle ne saurait être circonscrit à l’apport de lisiers ou à la valorisation agronomique des digestats. » Les deux économistes estiment dans un article de 2020 : « Nous sommes peut-être déjà au milieu du gué en ce qui concerne le glissement vers des modèles d’unités de méthanisation françaises non agricoles dans lesquels l’agriculteur est un simple fournisseur de substrats. »
  Et c’est bien ce qui se passe. Engie Bioz promeut sur son site internet : « En Bretagne, nous proposons l’épandage « rendu racine ». L’épandage est réalisé par nos soins et nous organisons la répartition des volumes et des flux en concertation avec les exploitants agricoles. » Un deal où l’agriculteur délègue la gestion de ses effluents et de son plan d’épandage et Engie Bioz récupère à peu de frais de la matière première à méthaniser.
  « Tous les agriculteurs ne veulent pas porter seuls un projet de méthanisation », rappelle Armelle Damiano, directrice d’Aile, l’agence locale de l’énergie du Grand Ouest, spécialisée notamment dans les énergies renouvelables en milieu agricole et rural, qui accompagne bon nombre de projets dans la région. Elle tempère le risque de prise de pouvoir des industriels de l’énergie : « En Bretagne, la méthanisation est historiquement agricole, les matières premières sont agricoles, les terres le sont, l’épandage du digestat exige des terres : tout concorde pour que la méthanisation reste aux mains des agriculteurs. »
  Une conviction que ne partage pas Pascal Grouiez, économiste, dans une note parue en juillet 2021 : « Il n’est pas certain que les agriculteurs, à terme, parviennent à être des acteurs dominants de la méthanisation. » D’autant plus qu’ils n’ont pas tous les atouts en main. Pour limiter au maximum les risques sanitaires, il est nécessaire de traiter les déchets animaux une heure à 70 °c. Mais ce procédé coûte cher. Trop cher pour les agriculteurs, mais pas pour les industriels. Le gouffre qui sépare les méthodes de travail industrielles et celles de l’agriculture peuvent creuser l’écart entre une petite méthanisation à la ferme et celle à dimension industrielle, celle qui dégage le plus de valeur ajoutée.

Des centaines de méthaniseurs dans les tuyaux bretons




  L’Association des agriculteurs méthaniseurs de France, l’ AAMF, souhaite que la méthanisation reste aux mains des agriculteurs pour leur permettre de diversifier leurs sources de revenus. Une réponse aux fortes fluctuations du prix du lait et du porc qui ont mis à terre de nombreuses exploitations, permettant à d’autres de s’agrandir.
  Des exploitations de plus en plus grandes structurent le paysage et l’économie bretonne. Et vu le prix élevé du ticket d’entrée dans la méthanisation en injection, seuls les plus gros agriculteurs et les acteurs de l’énergie peuvent se le payer. De quoi accentuer encore un peu plus les concentrations foncières déjà à l’œuvre, et le démantèlement du bocage qui en découle. Dans les années qui viennent, la campagne bretonne pourrait encore davantage s’industrialiser.
  La Bretagne et les Pays de la Loire comptaient 307 unités de méthanisation en fonctionnement au 1er janvier 2022 et 205 étaient alors dans les tuyaux. La Bretagne va plus que doubler ses méthaniseurs en injection dans l’année à venir. La plupart des éleveurs n’en profiteront pas, et risquent en prime d’avoir davantage de difficultés à se fournir en fourrages, à cause de cette nouvelle concurrence sur la matière première. Côté énergéticiens, les projets s’accumulent : Total, Engie et les autres opérateurs du secteur lorgnent sur la campagne qui s’ouvre à eux.

  Sur le Web

Bretagne : toute la France est occupée par les éoliennes... Toute ? Non ! Car un territoire peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur*

  Qui en 2022, sera le "druide "porteur de la "potion magique" qui brisera net la déferlante éolienne? On le cherche encore...

En avant toutes!


* Librement inspiré d' Astérix le Gaulois, René Goscinny et Albert Uderzo.
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Exclusif Entreprendre : Loïk Le Floch-Prigent remet en cause la stratégie pro-éolienne en Bretagne et dans tout le pays

Rédaction Entreprendre


Loïk Le Floch-Prigent

  Il y a d’abord un projet inutile, désastreux et couteux qui traine depuis 8 ans et qui est déjà dépassé. Considérant que la Bretagne n’est pas suffisamment équipée en production d’énergie un parc d’éoliennes est décidé en 2012 et désormais à cause du temps passé les retours d’expérience de toutes les réalisations alentour nous montrent qu’il est impératif de ne pas le construire, pas là en Baie de Saint-Brieuc, en face du Cap Fréhel et du Cap d’ Erquy.
  Ce genre de mésaventure a déjà eu lieu en Bretagne, il était envisagé une nouvelle Centrale Nucléaire à Plogoff près de la Pointe du Raz : c’était un endroit sacré, et les Bretons ont dit pas là, pas ça ! Je n’arrive pas à comprendre comment politiciens, administrations et journalistes n’arrivent pas à comprendre que le lieu choisi est impropre et qu’il faut stopper au plus tôt cette ânerie ou ce scandale, à chacun son vocable.
  On peut facilement expliquer que l’arrêt est un impératif : plusieurs milliards dépensés pour satisfaire quelques pour cents de la demande en électricité, de façon intermittente, une économie de la mer ravagée, une détérioration irrémédiable de la faune et de la flore, des crustacés et poissons aux oiseaux et dauphins, une aquaculture gravement perturbée pendant les années de construction et même après, une addition salée pour le client et le contribuable au profit de l’investisseur qui obtient une rente de situation confortable sur vingt ans, et puis la fin d’un paysage de la mer qui est à la fois notre héritage et ce que nos descendants attendent de nous, l’immensité de la mer visitée par plus d’un million de personnes chaque année, en particulier lors du départ des grandes courses de voiliers.
  Il n’y a pas un défenseur de l’environnement qui puisse accepter un projet aussi dément à coté du premier parc de coquilles Saint-Jacques d’Europe alors que qu’il est aussi cerné par des zones Natura 2000 avec des coraux de mers froides que beaucoup de pays peuvent nous envier. Mais puisque les volontaires pour cet investissement déclarent ouvertement que toutes les études d’impact ont été positives, il est bon de donner quelques détails sur le sérieux de cette affirmation. Le projet est accepté sans qu’il y ait encore d’études d’impact, celles-ci concluent rapidement, ouf !, par un avis positif. Mais il s’agit de 62 éoliennes avec des mats à près de 200 mètres, il faut ancrer profond et on commence par envisager 4 forages par éolienne à plus de cinquante mètres. Après avoir fait des tests on s’aperçoit, ce que tous les natifs du lieu auraient pu dire, que l’on doit forer rapidement dans le granite… à 71 mètres.
  Mais on ne fore pas dans le granite impunément et les géologues le disent… on cherche donc des solutions et au bout de quelques années le projet a changé on fait des grands trous, mais seulement sur vingt mètres et on bétonne encore plus fort. Qui peut dire que l’étude d’impact, ou son apparence !, n’a pas été modifiée. Eh bien non on continue à dire, « circulez il n’y a rien à voir « là comme ailleurs et jusqu’au Conseil d’ Etat appelé à la rescousse d’un projet stupide et moribond. Que dire des enquêtes archéologiques effectuées en zone gallo-romaine sur le sec et en zone néolithique en mer ?
  Mais l’Armorique à qui l’on présente ce projet en rêve d’un avenir meilleur voit dans le même temps un grand nombre de désastres dont la solution est bien moins couteuse, on ne parle pas de milliards comme pour les éoliennes, mais de millions, de compétences bretonnes et françaises et non espagnoles, chinoises, ou allemandes, de vrais emplois et de vrais villages ou villes. D’abord, alors que l’éolien est intermittent et nécessite un back-up en gaz pour éviter les coupures d’électricité, on va construire une Centrale à Landivisiau qui sort de terre. Mais dans le même temps une décision vient d’interdire dès 2022 les chaudières à gaz dans les nouveaux logements. Cela veut dire que nos édiles ne savent pas qu’il y a des chutes de rendement à chaque changement d’état, transformer du gaz en électricité pour chauffer les appartements avec l’électricité produite est absurde, pour la pollution comme pour les émissions de CO2 il vaut mieux transformer directement le gaz en chaleur. Mais surtout à Morlaix il y a l’usine Sermata qui est le leader mondial des échangeurs thermiques en inox qui permettent une réduction sensible des émissions, on dirait qu’ils sont écologiques ! C’est un coup de poignard pour cette entreprise d’Armorique qui va devoir arrêter ses projets d’expansion.
   La région a aussi été touchée à Lannion capitale historique du téléphone français depuis l’arrivée du Centre national d'études des télécommunications (CNET) , du Radôme https://www.pleumeur-bodou.com/Radome.html et d’ Alcatel. Une gestion désastreuse a entrainé la disparition progressive de la téléphonie nationale au cours des dernières années, on a parlé "d’industrie sans usines" avant de réaliser une opération franco-américaine douteuse (Alcatel-Lucent) pour finir par vendre notre pépite et son personnel aux finlandais de Nokia qui ignoraient l’existence même de la Bretagne. À ce moment là on a dit créer l’Airbus de la téléphonie ! Ce n’était pas cher, à l’époque, pas si lointaine, de relever le gant et de décider de redresser avec les ingénieurs et chercheurs français notre industrie. On a préféré l’abandon et on le privilégie toujours plutôt que d’envisager un retour au premier rang dans lequel beaucoup de professionnels anciens comme nouveaux sont prêts à s’engager.
  Mais la situation ne s’éclaire pas en partant encore plus à l’Est, à Lamballe où les techniciens ont bâti des industries vigoureuses qui irriguent la région et même au-delà. La Cooper est une coopérative animale créée autour du cochon en 1966, elle fait vivre un grand nombre d’éleveurs et a résisté au temps avec toutes les difficultés des tempêtes animales de ces dernières années. Mais, là, en pleine pandémie, une crise qui ne sera pas la dernière, arrive en Juillet une amende de 35,5 millions d’euros de la part de l’Etat, la Direction de la Concurrence. On peut dire que le moment était bien choisi et bon pour le moral de tous les coopérants, le confinement et ses conséquences étaient sans doute inconnues des rédacteurs, mais, surtout l’insistance de l’accusation pour s’appuyer sur un document considéré comme un faux par la Coopérative indigne l’Armorique. La vue éventuelle au large de quelques moulins à plusieurs milliards n’aideront pas le Bretons.
  Ce ne sont, hélas que quelques exemples du massacre environnemental, industriel, social du centre-nord de la Bretagne autour du Département des Cotes d’Armor, il y aussi à Lamballe l’entreprise de véhicules blindés Centigon cédée aux Chinois il y a quelques années et délaissée par ceux-ci, il y a le Brexit qui inquiète le secteur de la pêche déjà mortifié par le projet éolien, celui des moules et des huitres qui craint pour sa survie de Lézardrieux à Cancale, car les travaux d’ancrage vont être lourds et longs, il y a la société Brittany Ferries à Roscoff pénalisée par le Brexit et la Covid, il y a les anciens de l’Aéronautique de Morlaix, regroupés dans Hop dont on annonce le départ…il y a tellement d’entreprises extraordinaires avec des compétences multiples et un immense désir de travailler que l’on ne peut que regretter que beaucoup de décideurs préfèrent à un avenir entrepreneurial demander l’aumône par voix de presse pour recevoir des miettes d’un parc éolien mal situé, cher qui pénaliserait l’Armorique pour des années et qui sera une honte pour tous ceux qui l’ont accepté.

Bretagne, agriculture : productiviste et bio à la fois, où le "en même temps" extrême du Conseil régional

  Les élus du Conseil régional sont les rois du grand écart. En effet, ils peuvent à la fois soutenir financièrement des projets de poulaillers industriels, dont un de "600 000 poulets par an, 70 000 emplacements de poulets, deux bâtiments de 2 000 m2… » et un autre de "178 800 têtes qui a obtenu l’aval de la préfecture fin mars", des extensions d’élevage porcin, etc.; cette politique industrielle engendrant  un résultat sanitaire et environnemental dramatiques pour le territoire, fort-bien expliquée dans la BD "Les algues vertes"



https://www.letelegramme.fr/finistere/douarnenez/les-associations-mobilisees-contre-deux-dossiers-agricoles-19-06-2020-12568956.php
https://www.letelegramme.fr/morbihan/plaudren/a-plaudren-200-manifestants-contre-le-poulailler-xxl-17-06-2020-12567971.php

Et dans le même temps, porter un discours en faveur d'une transition vers une agriculture responsable :
..."Consciente de l’urgence climatique et des exigences des consommateurs, la Région mise sur la force du collectif pour faire de la Bretagne la Région leader du « Bien-manger » en Europe."
Source : https://www.bretagne.bzh/actions/grands-projets/bien-manger/leader-europe/
   Et dans le genre "grand jeté", le préfet du Morbihan n'est pas mal non plus, incitant "les maires à agir face aux algues vertes"... qu'il a contribué à créer en autorisant l'agrandissement des élevages de porcs :
https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/morbihan/morbihan-prefet-incite-maires-agir-face-aux-algues-vertes-1845386.html


La conscience, c'est ça l'important...

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Bretagne, électricité : non au nucléaire, oui à l'éolien, égal... une usine à gaz


Commentaire : 1976 : début de la mobilisation contre le projet de centrale nucléaire.

1978-1981 : "Le 9 avril 1981, lors de son meeting à Brest, le candidat François Mitterrand déclare que Plogoff « ne figure ni ne figurera » dans le plan nucléaire qu'il mettrait en place s'il était élu. Conformément à sa promesse de campagne, le communiqué du 3 juin 1981, publié après le Conseil des ministres du Gouvernement Mauroy du Président Mitterrand, confirme l'abandon des projets d'extension du camp militaire du Larzac et de construction de la centrale nucléaire de Plogoff"

Source : Projet de centrale nucléaire de Plogoff

Aujourd'hui, majoritairement, la Bretagne dit oui à l'éolien terrestre et en mer. Elle est la 5ème région en puissance nominale installée et raccordée. 


Source : RTE, PANORAMA DE L’ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE AU 31 MARS 2019

« On ne peut pas se réclamer de l’accord de Paris quand on continue à construire des centrales à gaz ! » précise l'avocat interrogé. Étonnant! 

C'est justement l'éolien et son intermittence qui génèrent une production complémentaire obligatoire de type charbon, lignite ou... gaz. Chacun, militant contre les éoliennes, sait cela. 
Et pourtant, la déferlante éolienne en Bretagne ne semble nullement déranger les intervenants qui n'y voient d'ailleurs, apparemment, aucun risque industriel et sanitaire, au contraire... de la centrale à gaz associée.


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La construction d’une centrale thermique polluante et d’un gazoduc suscite la contestation en Bretagne

Manon Deniau 
24 juin 2019 



Des citoyens et associations environnementales s’opposent à la construction, dans le Finistère en Bretagne, par une filiale de Total, d’une centrale électrique à gaz de 450 mégawatts, accompagnée d’un gazoduc de 111 km de long pour l’alimenter. Des travaux préparatoires ont commencé fin janvier, mais les militants continuent de se mobiliser malgré des amendes, et même des gardes à vue. Le début du chantier est programmé en septembre, tandis que des procédures sont toujours en cours. Pourtant, en Bretagne, bien d’autres alternatives aux énergies fossiles existent. Basta ! s’est rendu sur place.

Des klaxons appuyés retentissent dans la zone d’activités du Vern à Landivisiau, dans le Finistère, en ce tout premier dimanche de juin. Les automobilistes encouragent le groupe installé sur le petit coin d’herbe à côté du rond-point. Des irréductibles gilets jaunes bretons ? Non, plutôt des habitants verts de rage qu’une centrale électrique à gaz se construise à quelques centaines de mètres de là, dans la zone d’activités de cette commune de 9 000 âmes, à 40 kilomètres de Brest. Deux tables en formica et deux couvertures ont été installées pour le pique-nique mensuel tenu depuis 2012 par le collectif « Landivisiau dit non à la centrale ! ».

L’ambiance est bon enfant, mais depuis que les travaux préparatoires à la construction de la centrale ont commencé fin janvier, la tension est montée d’un cran entre manifestants et forces de l’ordre [1]. Le 23 février, huit personnes ont été interpellées après un rassemblement de 900 opposants. Cinq jours plus tard, le président de l’association environnementale Force 5, qui lutte contre le projet depuis plusieurs années, est placé en garde à vue pendant sept heures, alors qu’il participait à un « sit-in » sur la route qui longe le site. « 25 gendarmes nous ont foncé dessus. A trois ou quatre, ils enlèvent mon kway, me menottent et me traînent sur dix mètres », raconte Jean-Yves Quéméneur, qui sera jugé en janvier 2020 pour « entrave à la circulation ». D’autres ont écopé d’amendes pour « klaxonnement intempestif ». Pour autant, pas question de baisser les bras. « Jamais le projet ne va voir le jour ! Jamais ! », martèle Jean-Yves Quéméneur derrière les deux lignes de barrières qui le séparent des vigiles surveillant les onze hectares de terrain, caméras portables sur l’abdomen. 


« On ne peut pas se réclamer de l’accord de Paris quand on continue à construire des centrales à gaz ! »
Initialement prévue pour entrer en fonctionnement à l’hiver 2016-2017, la centrale électrique à gaz n’est toujours pas sortie de terre. « Force 5 a rapidement amené l’affaire au tribunal », raconte Jean-Yves Quéméneur, affublé d’un coupe-vent vert foncé et d’un short en jean. Le groupe a porté de multiples recours sur le plan environnemental mais à chaque fois leurs arguments ont été rejetés. Le 25 février 2019, heureuse surprise pour l’association : le conseil d’État (que l’association saisit systématiquement quand elle perd devant les tribunaux) a reconnu son intérêt à agir. Ce 14 juin, la cour administrative d’appel de Nantes a donc examiné la demande d’annulation de l’arrêté signé par le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie six ans plus tôt, qui autorise la société Direct énergie – rachetée par Total – à exploiter la centrale. La décision est attendue pour les premiers jours de juillet.

Bretagne : énergies nouvelles, un objectif inatteignable

Propos recueillis par Rémy Quéméner
26 avril 2018

Commentaire : De 1978 à 1981, une majorité d'habitants, se sont farouchement opposés au projet de la centrale nucléaire de Plogoff.
D’où cette forte dépendance en terme d'énergie évoquée dans l'article.

Pour compléter
Energie en Bretagne
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_en_Bretagne

 (...) " La loi Littoral nous oblige, par exemple, à nous rapprocher des zones urbaines. Or, c’est dans ces lieux de vie qu’il est le plus difficile à faire accepter."
Confirmation s'il en était besoin, qu'en Bretagne, comme sur tout le territoire français, si l' "urbain", en général, soutien l'éolien, en revanche, il dit non à son implantation sous ses fenêtres. Et, en même temps, il ne comprend pas que le "rural", en majorité, s'oppose à ce "progrès" écolo. Et, c'est nous qui serions les seuls,« Not In My BackYard », qui signifie « pas dans mon arrière-cour »?
En vérité, l'urbain et le rural sont d'accord mais le disent différemment et ne le savent pas encore : 

"la vie est plus saine sans éolienne!"  Tous ensemble!

 En avant toute!

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(Photo d'illustration François Destoc)

La Bretagne est ultra-dépendante en termes d’énergie. Le constat est implacable, d’autant que le développement d’énergies nouvelles y est très compliqué. Une situation qui pourrait avoir un impact sur les prix. Explications avec Christophe Laly, directeur de Morbihan Énergies.

La loi de transition énergétique pour la croissance verte, promulguée en 2015, a fixé des objectifs très ambitieux. Est-ce réalisable ?
En Bretagne, non. Ce sont des objectifs inatteignables. On s’y est peut-être pris avec un peu de retard mais augmenter la part de production d’énergie renouvelable en moins de deux ans, c’est quasi impossible.



D’autant qu’en Bretagne, la situation est particulière…
Dans le jargon, on parle de péninsule électrique. 90 % de l’énergie consommée en Bretagne est importée de l’extérieur. De Normandie, des Pyrénées, des Alpes Mais aussi plus largement de l’Espagne, du Portugal, de l’Angleterre. Environ 70 % de l’électricité consommée en Bretagne est d’origine thermonucléaire. Le problème, c’est que cela peut avoir des répercussions importantes sur le prix. D’où l’intérêt de développer, chez nous, des systèmes de production d’énergies nouvelles.

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