« Quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. »
Michel Audiard, Le Pacha — 1968, réalisé par Georges Lautner.
L'article ci-devant est une analyse critique de la fiscalité liée aux projets d'éolien en mer en Bretagne. Son auteur nous informe sur les retombées financières promises aux collectivités locales et sur les conséquences réelles de ces projets pour les territoires concernés.
Il est ici question plus spécifiquement des recettes issues de la « taxe éolienne »1 mise en place. L'auteur rappelle surtout que cette fiscalité ne constitue pas un cadeau des écornifleurs du vent, mais qu'elle est financée indirectement par les consommateurs d'électricité à travers les mécanismes de soutien public. Sans oublier que, tout ce pognon ne pourra jamais compenser les pertes paysagères, patrimoniales, environnementales et économiques causées par le développement des usines éoliennes offshore.
L'article met également en lumière les tensions entre collectivités autour du partage de cette manne financière :
Il est ici question plus spécifiquement des recettes issues de la « taxe éolienne »1 mise en place. L'auteur rappelle surtout que cette fiscalité ne constitue pas un cadeau des écornifleurs du vent, mais qu'elle est financée indirectement par les consommateurs d'électricité à travers les mécanismes de soutien public. Sans oublier que, tout ce pognon ne pourra jamais compenser les pertes paysagères, patrimoniales, environnementales et économiques causées par le développement des usines éoliennes offshore.
L'article met également en lumière les tensions entre collectivités autour du partage de cette manne financière :
- Répartition jugée inéquitable des recettes entre communes;
- Conflits entre élus pour capter ces ressources;
- Dépendance financière que cette taxe pourrait créer pour certaines collectivités;
- Investissements publics supplémentaires nécessaires pour adapter les infrastructures portuaires à l'éolien flottant;
- etc.
Ainsi, l'auteur y voit le symptôme d'une dépendance croissante à des ressources fiscales liées à des projets pourtant contestés localement.
Enfin, il estime que cette taxe est utilisée comme un moyen de rendre les projets plus acceptables localement — « acheter la paix sociale », mais que, malgré tout, l'opposition demeure forte, parmi les élus et les citoyens.
Enfin, il estime que cette taxe est utilisée comme un moyen de rendre les projets plus acceptables localement — « acheter la paix sociale », mais que, malgré tout, l'opposition demeure forte, parmi les élus et les citoyens.
La contestation actuelle contre l'éolien en Bretagne saura-t-elle égaler le soulèvement populaire de Plogoff qui, à la fin des années 1970, avait rassemblé jusqu'à 100 000 personnes pour faire reculer l'État et EDF sur le nucléaire ?2
Va savoir, Charles !...
1. Source.
« La taxe éolienne en mer sur le domaine public maritime — jusqu'à 12 milles des côtes, soit environ 22 km. Cette taxe annuelle est acquittée par l’exploitant du parc éolien. Elle dépend du nombre de mégawatts installés dans chaque unité de production d’électricité c'est-à-dire dans chaque éolienne. En 2025, la taxe est de 20 248 € par an par mégawatt installé, soit près de 20,25 millions d’euros pour un parc de 1 000 MW.
La répartition de la taxe est prévue par l'article 1519 C du code général des impôts :
50 % sont affectés aux communes littorales d’où les installations sont visibles ;
35 % sont affectés aux comités des pêches maritimes et des élevages marins ;
10 % sont affectés, à l’échelle de la façade maritime, à l’Office français de la biodiversité ;
5 % sont affectés aux organismes de secours et de sauvetage en mer. »
2. Rappel des faits historiques — 1974 - 1981
- 1974 : suite au choc pétrolier, l'État valide un plan nucléaire massif. La commune de Plogoff — près de la Pointe du Raz, est retenue pour accueillir une centrale;
- 1980 : pendant 6 semaines d'enquête publique, le village se transforme en zone d'affrontements quotidiens entre les habitants — notamment les femmes du village en première ligne, et les gardes mobiles. En mai, le mouvement prend une dimension régionale et identitaire. Il culmine avec un rassemblement gigantesque de 100 000 personnes à la baie des Trépassés.
- 1981 : tout juste élu président, François Mitterrand tient sa promesse de campagne et officialise l'abandon total du projet.
Forte mobilisation des manifestants anti- nucléaire à Plogoff, en 1980. Photo Archives Le Télégramme/Eugène Le Droff.
Bonne lecture.
php
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Taxe éolienne : la valse indécente des milliards
PIEBÎEM publie sur le sujet de la taxe éolienne une version un peu plus longue d' un texte qui a fait l'objet d'une tribune dans Ouest-France du 4 juin 2026 : Taxe éolienne : la valse indécente des milliards.
- Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu;
- Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique;
- Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné ! - L'argent de la honte éolienne !
1) Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu
Les éoliennes géantes de l'AO10 n'ont pas encore transformé nos paysages littoraux et îliens de Bretagne en zone industrielle que déjà certains élus locaux se battent de manière indécente pour récupérer une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu. Une série d'articles de la presse locale consacrée à la taxe éolienne et à sa répartition résume un spectacle peu édifiant.
2) Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique
Nous rappelons tout abord que la taxe éolienne n'est pas un acte de générosité des promoteurs éoliens, mais qu'elle trouve son origine…dans la poche des consommateurs d'électricité, particuliers, artisans, industriels ; et qu'accordée par décret, elle peut aussi être supprimée par décret.
La taxe éolienne peut représenter jusqu'à 10% du budget de certaines communes – actuellement celles en vue des éoliennes de façon si stricte que, par exemple, pour Bretagne sud, elle ne sera versée qu'aux communes de Bangor et de Sauzon : même l'île de Groix, même mes communes de Quiberon, en très forte visibilité n'en profiteraient pas. Pour l'ensemble des parcs bretons, elle pourrait générer 3 milliards d'euros sur 25 ans, une somme bien inférieure aux 6 milliards d'aides publiques accordées au seul parc éolien de Bretagne sud.

Alors, les esprits s'échauffent. Certains édiles se voient traités de princes monégasques et refusent toute modification de la taxe éolienne ; certains de leurs collègues les menacent alors de les priver de subventions régionales; pour Saint-Nazaire, on avait vu d'homériques bagarres entre édiles locaux sur la prise en considération -ou pas- des résidences secondaires… Et, par la voix de Loïg Chesney-Girard, la Région réclame sa part du « gâteau » : les finances sont exsangues — merci de cet aveu !, et il va falloir investir massivement dans les ports pour qu'ils puissent accueillir les installations nécessaires à l'éolien flottant.

Sur ce sujet des ports, les élus feraient bien de lire soigneusement le rapport de la Cour des Comptes de 2025 sur Eole, le projet d'aménagement du port de Saint-Nazaire pour l'éolien flottant : elle y parle d'un pari français sur l'éolien flottant qui parait particulièrement ambitieux pour une filière avec de fortes incertitudes techniques, de rentabilité qui ne saurait reposer que sur les subventions publiques et de de forts risques de coûts échoués.
Là-dessus vient se greffer le débat sur l'attribution de la taxe éolienne au-delà des 12 milles, pour l'instant attribué à l'État. Le Préfet de Bretagne M. Robine s'est dit favorable à une réforme rapide. M. Jimmy Pahun, désormais acquis sans réserve au projet éolien de Bretagne sud s'y est essayé et s'est attiré cette réponse du ministre Lescure, guère pressé d'ouvrir cette boite de Pandore :
« Monsieur Pahun, il faut faire attention, parce que ces taxes sont des vases communicants et qu'il y aura donc, si vous voulez en modifier la répartition, des négociations compliquées entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas. Cette question se posera et sera négociée au-delà de 2030 ».
Bon courage !
3) Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné !
Ces élus drogués à la taxe éolienne sont -ils sourds, n'entendent-t-ils pas monter la protestation de tous ceux qui veulent protéger ce patrimoine qui nous avons reçu et que nous voulons léguer, ce patrimoine qui parfois est le seul patrimoine de ceux qui n'en ont pas d'autres : « Nos paysages ne sont pas à vendre ! »
Ils n'entendent pas leurs collègues de la Communauté de Commune de Belle-Île :
3) Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné !
Ces élus drogués à la taxe éolienne sont -ils sourds, n'entendent-t-ils pas monter la protestation de tous ceux qui veulent protéger ce patrimoine qui nous avons reçu et que nous voulons léguer, ce patrimoine qui parfois est le seul patrimoine de ceux qui n'en ont pas d'autres : « Nos paysages ne sont pas à vendre ! »
Ils n'entendent pas leurs collègues de la Communauté de Commune de Belle-Île :
« L'œil nu peut facilement imaginer l'impact de ces parcs d'éoliennes. Nous n'accepterons jamais l'inimaginable » ; les élus de la majorité du Conseil Départemental : « le projet transformerait durablement des panoramas parmi les plus remarquables de France. L'atteinte à l'image du territoire, fondée sur la qualité exceptionnelle de ses paysages littoraux, serait considérable. Le tourisme, compétence de droit du département, ne manquerait pas d'être impacté »;
Philippe Le Ray, Président d'AQTA [ Auray Quiberon Terre Atlantique, communauté de communes située dans le département du Morbihan ]
« On est attaché à la beauté de notre territoire : on leur parle de ça, et ils nous répondent indemnisation et mètre carré. Aujourd'hui, on dit clairement, les éoliennes, on n'en veut pas » ?Ils n'entendent pas plus :
- Le Comité Energie de l'Académie des Sciences qui affirment que nous n'avons pas besoin d'ici 2035 de productions électriques supplémentaires, surtout ENR;
- L'Académie des Technologies et de la CRE — Commission de Régulation de l Énergie, qui appellent à déprioriser l'éolien en mer, particulièrement flottant;
- RTE qui chiffre à au moins 47 milliards le raccordement électrique de l'éolien en mer et propose un scenario réaliste de décarbonation avec une forte réduction des objectifs éolien en mer — jusqu'à 7GW en 2035 au lieu de 18 dans le plan éolien en mer ?
Les élus gagneront l'impopularité que mérite l'indécence de leurs luttes pour se disputer l'argent de la honte éolienne, l'argent des paysages dévastés, du patrimoine défiguré — les mégalithes classés Unesco !, des oiseaux et des cétacés massacrés, des fonds rocheux, avec leurs coraux, leurs bancs de maërl, leurs herbiers de zostère, leurs zones de nourriceries uniques massacrés, de la pêche artisanale disparue.



