HAUTE-MARNE, SAINTS-GEOSMES : MADAME LA PRÉFÈTE STOPPE L'USINE PHOTOVOLTAÏQUE

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  " Par arrêté du 22 septembre 2022, la préfecture n’autorise pas le défrichement des 5 hectares de boisement prévu pour le projet de centrale photovoltaïque de Saints-Geosmes !
  La prise en compte du patrimoine naturel et de la biodiversité semble avoir prévalu dans l'examen de cette demande de défrichement... "
Source

  L' autorisation de défrichement du site était l'unique objet de cette première phase de l' enquête publique. Dès lors, les participants et la préfecture n'avaient pas à se positionner sur autre chose, voire, par exemple, sur l'avenir même du projet de l'usine photovoltaïque ; ainsi, c'est très justement, que la préfecture a répondu à la question : NON AU DÉFRICHEMENT! Pour ce qu'il en est du projet par lui-même, la seconde phase de l'enquête publique le concernera... Si, elle se tient ; car à quoi bon poursuivre la consultation si l'accès au terrain désigné est déjà refusé?
  Il se " murmure " dans les milieux autorisés, que ce projet, dont le porteur aurait su, dès le départ, qu'il serait refusé, aurait servi, en quelque sorte, de " leurre", pour faire mieux accepter par les autorités celui de...Rolampont?
   L'avenir nous le dira...
  Quoiqu'il en soit, une nouvelle fois, et c'est à souligner en rouge pour un " commis voyageur impérial ", Madame la préfète, au nom de la sauvegarde de la Biodiversité, " ... Considérant que le maintien de l'îlot boisé est nécessaire au motif qu'il constitue un habitat INDISPENSABLE au bon accomplissement du cycle biologique de certaines espèces protégées de l'avifaune et de chiroptères présentes sur le site... ", s'oppose à un projet d'usine d' EnR ; ici, dans le cas présent, des panneaux photovoltaïques ; sa décision, si elle est protectrice pour la Nature et tous ses composants, elle l'est, aussi, pour la qualité de vie au quotidien des Haut-Marnaises et Hauts-Marnais. Ne l'oublions pas!
  Cette décision est d'autant plus audacieuse qu' elle fait suite à de nombreuses autres prises*, depuis son entrée en fonction, mars 2021, avec, presque, toutes un point commun : DIRE NON AUX USINES D' EnR, et, ainsi, prendre le contrepied de la volonté politique martelée par " Son Excellence, Premier Consul " Macron, qui est d''accélérer le développement des EnR et ce, coûte que coûte : économiquement et légalement ;  ses désidérata et son ambition ayant fait l'objet d' une lettre de cadrage, envoyée à tous ses subordonnées. Aussi, l'on peut craindre que cette nouvelle hardiesse, toute relative, de la part de Madame la préfète, pour la sauvegarde et la protection de la Biodiversité, du patrimoine et pour la qualité de vie au " Pays de l' eau " , ne parvienne jusqu'aux oreilles de " Son Excellence ", risquant fort de déclencher son courroux...
  Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, décrochera-t-elle alors son téléphone, comme sa prédécesseure, Mme Pompili, le faisait, pour sermonner et remettre dans le " droit chemin " l'insolente de Haute-Marne? Les prochaines décisions préfectorales sur le sujet seront un bon indice...

 Crédit photo : PHP

* Refus des projet d’usine éoliennes de Bourg, de Chassigny et Dommarien, de Villegusien-le-Lac, Heuilley-Cotton, de Frécourt ;
  Suite, sur demandes préfectorales, à des visites sur sites ou études, des Arrêtés de " portant de mise en demeure de mettre en conformité " ou " portant des prescriptions complémentaires " diverses, ont été pris et adressés aux exploitants respectifs :
   - Allianville
   - Jonchery
  - Vitry-lès-Nogent, Poinson-lès-Nogent et Dampierre
  - Is-en-Bassigny
  - Leschères-sur-le-Blaiseron
  - Riaucourt et Darmannes
  - Essey-les-Ponts

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HAUTE-MARNE, FAYL-BILLOT-LÈS-ÉOLIENNES : L'ÉOLIENNE E7 RENTRE-T-ELLE AUX STANDS?

  Comme chacun a pu le remarquer, en passant régulièrement devant l'usine de 17 éoliennes, dit " Vannier amance "*, située au bord de la RN19, l'aérogénérateur E7 restait inerte, là, où ses funestes collègues tournaient leurs pales... dès que le vent se présentait à eux! CQFD!
  Après un premier dépannage en plein ciel, qui consista, à priori, à changer une pale, défectueuse?, il semblerait qu'au final, la panne se fisse plus sérieuse ; en effet, hier, la E7 était à nouveau arrêtée et l'on notait la présence, sur le parking aux pieds des éoliennes E8 et E9, de trois énormes
transporteurs, avec leur chargement : 2 pales et 1 rotor, qui reçoit les pales : voir photos ci-devant.
  Ceux-ci ont-ils un rapport avec celle-ci? À suivre...



L'éolienne E7 arrêtée ; à ses pieds, gît la pale changée dernièrement. Crédit : PHP

En stationnement, on distingue les trois transporteurs . Crédit : PHP.

  *À ce jour, la situation juridique de cette usine n'a toujours pas évoluée : son exploitation n'est rendue possible que, parce que le Conseil d'État a suspendu la décision de la Cour administrative d'appel, CAA, annulant l'arrêté préfectoral du 9 mars 2015 ;  de fait, celle-ci est effective jusqu'à la nouvelle décision de la CAA. Lire : Haute-Marne, Pressigny-lès-Éoliennes : l'usine éolienne, en sursis juridique, est active

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HAUTE-MARNE, CHANTRAINES : DU RIFIFI AU SEIN DU CONSEIL MUNICIPAL AU SUJET DU PROJET D' USINE ÉOLIENNE

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https://augustinmassin.blogspot.com/2022/04/haute-marne-chantraines-l-autorite.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2022/07/haute-marne-chantraines-lusine-eolienne.html

   Pour celles et ceux qui auraient ratés les épisodes précédents, un petit résumé :
  L' ancien conseil municipal, 2014-2020, les exploitants agricoles et les propriétaires terriens démarchés, ont donné leur accord à un " cueilleur-chasseur de subventions publiques " éolien, pour la construction et l'exploitation d'une usine de 4 aérogénérateurs sur la commune ; un Collectif d'opposants s'est constitué, tout en précisant que ses membres : NE SONT PAS ANTI-ÉOLIEN!? Va comprendre, Charles!... En 2020, une " nouvelle " équipe municipale* est élue et, elle...confirme le projet en cours.
  Jusqu'à là, rien que du grand classique. Mais, patatras, l'affaire semble rebondir en 2022! On apprend, publiquement, grâce à l'excellent jhmQuotidien, qu' au sein même du conseil municipal, un élu, s'oppose fermement au projet ; et pas seulement en paroles! ; il a pris l'initiative de déposer deux recours auprès des autorités, Préfecture et Tribunal administratif, pour demander l'annulation de la délibération du conseil municipal n° 19/2022 n°1** et, la possibilité pour les Chantrainoises et Chantrainois de se prononcer précisément sur le projet, estimant que " le conseil municipal n'est plus à même de représenter l'ensemble des villageois ".
  Vu la détermination de Monsieur le maire et de sa majorité municipale à " posséder " sa propre usine éolienne, comme les autres, il y a peu de chance de voir un jour un " référendum " d'initiative populaire sur la question ; à moins que les autorités...
  Faisant un instant de politique fiction, les Vues proposent leur question  :
   " Mes fins de mois et donc, mon quotidien, seront-ils moins difficiles, dès lors que l'usine éolienne aura été construite? Où, cela pourrait-il être encore pire? "😯😏

   * Quand on parle de " nouvelle " équipe, tout est relatif ; en fait, il s'agit de quasi les mêmes élus, 7 sur 11, mais... avec un nouveau mandat ; des " mauvaises langues " pourraient interprétées cette reconduction comme un... plébiscite pour le projet d'usine éolienne!... Oh! Les mauvaises pensées que voilà!

Conseil municipal 2014-2020
    - Maryse Barthélemy, fonctionnaire de catégorie C,
   - Patricia Bregger, employé du secteur privé,
   - Agnès Lejosne, sans profession déclarée,
   - Jean-Claude Ventri, maire, ouvrier du secteur privé,
   - Jean Louis Denizot, retraité des entreprises publiques,
   - Laurent Dormoy, fonctionnaire de catégorie C,
   - Alexandre Noris, ouvrier du secteur privé,
   - Guy Noris, ouvrier du secteur privé,
   - Stéphane Trouttet, enseignant du 1er degré, directeur école,
   - Arnaud van Coppenolle, agent technique et technicien,
   - Raphaël Wiktor, ouvrier du secteur privé.
  Source

Conseil municipal 2020-2026
- Lydia Dehais, employés civils et agents de service de la fonction publique
- Frédérique Dormoy, professions intermédiaires administratives de la fonction publique
- Arnaud van Coppenolle, maire, contremaîtres, agents de maîtrise
- Jean Louis Denizot, anciens employés
- Laurent Dormoy, professions intermédiaires administratives de la fonction publique
- Guy Graillot, agriculteurs sur moyenne exploitation
- Alexandre Noris, ouvriers non qualifiés de type industriel
- Guy Noris, employés de commerce
- Romain Pierret, professions intermédiaires administratives de la fonction publique
- Pascal Rimbault, contremaîtres, agents de maîtrise
- Stéphane Trouttet, professeurs des écoles, instituteurs et assimilés
  En gras, les réélus

** Comme tout contribuable : " Un contribuable est recevable à former un recours pour excès de pouvoir à l’encontre d'une délibération d'un conseil municipal. Les conséquences directes de cette délibération sur les finances locales.Source

 
jhmQuotidien 2022 09 27


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TRANSITION ÉNERGÉTIQUE, ÉOLIEN, PHOTOVOLTAÏQUE, MÉTHANISATION, ETC. : L' INNARÊTABLE CONQUÊTE INDUSTRIELLE DES CAMPAGNES

« Le paysannat est l’origine nécessaire, l’assise irremplaçable de toute société. Et voilà notre société industrielle qui mesure son expansion à la rareté de ses paysans, autrement dit à sa progression vers la mort. »
« Le paysannat est l’origine nécessaire, l’assise irremplaçable de toute société. Et voilà notre société industrielle qui mesure son expansion à la rareté de ses paysans, autrement dit à sa progression vers la mort. »
« Le paysannat est l’origine nécessaire, l’assise irremplaçable de toute société. Et voilà notre société industrielle qui mesure son expansion à la rareté de ses paysans, autrement dit à sa progression vers la mort. »
   — " Industrialiser ", c'est, aussi, équiper un lieu en industrie, étendre et intensifier les activités industrielles ; Larousse.
  Cette " arme de destruction " massive de nos campagnes, au nom du sauvetage de la planète et donc, des Hommes, n'est rendue possible et ce, quelque soit la détermination d'un président de la République ou d'un gouvernement, que grâce à la complicité de ceux là-mêmes que cette politique même à la mort professionnelle! : les exploitants agricoles et les propriétaires terriens! 
  PAS DE TERRE = PAS D'ÉOLIENNES, DE PHOTOVOLTAÏQUES, DE MÉTHANISEURS, ETC.
  — "... Le paysannat est l’origine nécessaire, l’assise irremplaçable de toute société. Et voilà notre société industrielle qui mesure son expansion à la rareté de ses paysans, autrement dit à sa progression vers la mort... "
   — "... L’industrie des ersatz », avec l’agriculture « sans sol », la « zéro pâture », annonce la « liquidation des nourritures ». « Plus de veau « sous la mère », ce n’est pas rentable, c’est antihygiénique et probablement immoral. Plus de bœuf et de mouton dans un pré, cela gaspille du kilo, de la seconde et du mètre carré. » Cette standardisation et cette industrialisation sont « un pacte de famine dirigé contre les personnes et le peuple ».
  « Dans un paysage campagnard on ne saurait distinguer ces deux éléments qu’on oppose dans ce faux dilemme : la nature ou l’homme. La campagne c’est la nature ; le mur, la tour, le clocher, le toit c’est l’homme. Car à la campagne l’édifice est toujours situé en un lieu auquel il emprunte ses éléments, et l’on ne saurait distinguer le pont de la rivière qu’il enjambe. La campagne et son paysage est le fruit d’un équilibre entre la nature et l’homme, établi au cours des millénaires. » En devenant un « ouvrier », le paysan qui était le « gardien de la nature », participe à la destruction de celle-ci. ...
"
  Bernard Charbonneau, 1910-1996, Totalitarisme industriel, Éditions L’Échappée – Collection « Un pas de côté » – Paris, février 2019
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En France, l’ agriphotovoltaïsme menace les terres agricoles

Marine Wolf

  Pourquoi les entreprises s’acharnent à installer du photovoltaïque sur des terres agricoles ? La raison est simple : en zone rurale, les terrains sont largement moins chers.


  Dans l’Hérault, sur le site du domaine de Calmels, un projet industriel envisage de recouvrir 200 hectares de terres agricoles – l’équivalent de 400 terrains de foot – pour y installer des panneaux solaires. Porté par Arkolia Energies, ce projet de centrale solaire suscite une vive opposition. Le 10 septembre dernier, des membres de l’association Terres du Larzac, soutenus par la Confédération Paysanne et des associations amies ont manifesté contre ce qu’ils considèrent comme un « projet industriel aberrant ». La Relève & La Peste a contacté Dominique Voillaume, paysanne référente sur ce dossier, afin de comprendre cette contestation.

Une menace pour l’agriculture
  « Pour moi le gros souci est de prendre la terre agricole pour en faire quelque chose d’industriel, commence celle-ci. On a l’impression d’être des indigènes qui se font coloniser par des industries ».
  Un tel projet constitue en effet une mise en danger de l’agriculture et de l’élevage puisqu’il augmente le prix des parcelles, tout en changeant leur usage.
  « Tous les paysans proches de la retraite vont avoir envie de louer ou céder leurs terres, prédit Dominique Voillaume. Des propriétaires ne veulent plus faire de fermage et attendent de vendre au plus offrant, avec cet espoir que ça va partir avec des prix multipliés par 10, 20, 30 ».
  Car les installations solaires rapportent généralement bien plus aux propriétaires des terrains qu’une exploitation agricole. Le problème, c’est que cette inflation empêche l’installation de jeunes paysans.
  « C’était une priorité du gouvernement de multiplier par 2 le nombre de paysans » rappelle pourtant Dominique Voillaume.

 

Lire aussi : En Haute-Vienne, 45 hectares de terres agricoles bio vont être artificialisés au nom de la « croissance verte »


Une artificialisation des terres
  L’autre grand problème d’un tel projet réside évidemment dans l’impact sur l’environnement. Les panneaux solaires affectant durablement les sols, il s’agit d’une artificialisation des terres.
  « Quand on couvre un sol, quel que soit le mode de couverture, c’est une artificialisation. On interrompt un cycle naturel, un échange entre la terre, l’air, l’eau et le soleil » pointe Jean-Pascal, en lutte contre un autre projet de centrale photovoltaïque, à Oradour-sur-Vayres, en Haute-Vienne.
  Dans le cas du projet d’ Arkolia Energies, la centrale photovoltaïque s’installerait sur des sites plusieurs fois classés et protégés.
  La ferme de Calmels est par exemple localisée sur quatre zones protégées Natura 2000. Elle est aussi incluse dans le périmètre du Grand site de France de Navacelles, inscrit au patrimoine mondial de l’ UNESCO depuis 2011. En ignorant ces labels, mener à terme ce projet reviendrait donc tout simplement à aller à l’encontre de la réglementation française et européenne.

Cirque de Navacelles – Crédit : Tim Proffitt-White

D’autres possibles
  Face à une mobilisation comme celle-ci, un questionnement surgit : la transition énergétique pourra-t-elle s’effectuer si chaque projet photovoltaïque suscite des oppositions ?
  « On est vraiment favorables à la transition énergétique, souligne Dominique Voillaume. Le rapport de l’ADEME le montre, il y a énormément d’endroits où faire du photovoltaïsme sans empiéter sur les terres agricoles ».
  En 2019, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, ADEME, a effectivement dévoilé un rapport d’évaluation sur les « zones délaissées ou artificialisées propices à l’implantation de centrales photovoltaïques ». La France comporte une multitude de parkings, de friches industrielles, tertiaires ou commerciales, de sites d’enfouissement de déchets, d’anciennes zones polluées abandonnées, de dépôts de carburant…
  En tout, 300 973 sites ont été détectés. Le travail des experts conduit à considérer 17 764 sites comme « propices à l’installation d’une centrale photovoltaïque », c’est-à-dire plusieurs dizaines de milliers d’hectares. En ne recouvrant de panneaux solaires que ces zones propices au photovoltaïsme, la France pourrait atteindre une puissance maximale théorique de 53 GWc – 6 fois plus que ses capacités de 2018, évaluées à 9 GWc. 
  Ce rapport ouvre ainsi d’autres possibles, en démontrant que la transition énergétique est possible autrement qu’au détriment de l’agriculture.  Sachant cela, pourquoi s’acharner à s’installer sur des terres agricoles ? La raison est simple : en zone rurale, les terrains sont largement moins chers.

Crédit : Terres du Larzac – Terres de Biodiversité – Terres de Paysans

L’enjeu du photovoltaïque
  Le photovoltaïque se trouve au cœur des enjeux énergétiques. À travers la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte, LTECV, de 2015, la France s’est engagée à développer les énergies renouvelables. L’objectif est de porter la part des énergies renouvelables à 32% de la consommation énergétique totale en 2030.
  Concernant le photovoltaïque, la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie prévoit de passer de 365 à 44.5 GWc en 2028. Le développement des centrales photovoltaïques a déjà largement débuté. Alors qu’elles ne représentaient que 12% de la puissance cumulée installée en 2009, leur part s’élevait à 35% en 2015.
  Cependant, si ces centrales se posent comme l’une des énergies renouvelables les plus compétitives économiquement, elles impliquent aussi une emprise au sol directe plus importante que la majorité des autres modes de production d’énergie renouvelable. Voilà pourquoi de nombreux projets suscitent des oppositions, comme à Oradour-sur-Vayres, en Haute-Vienne, où des citoyens s’engagent contre l’installation d’une centrale sur des terres agricoles biologiques.
  Selon une étude de l’Observatoire national de la biodiversité, la France a perdu 590 000 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels entre 2006 et 2018. Soit l’artificialisation d’un espace équivalent à la taille moyenne d’un département tous les dix ans.

  Lire aussi : En France, 100 000 fermes ont disparu en dix ans

  Sur le Web

Ce que Paris a vu ; Souvenirs du Siège de 1870-71, épisode XIII

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***

  Pas une autre aventure ne signala le défilé des Allemands, entre la porte du Bois de Boulogne et la place de la Concorde. Seulement, quand leurs fanfares se mirent à jouer, en abordant la place de l'Étoile, il se trouva que, par miracle, tous les gamins se réunirent, attirés, eût-on dit, les uns vers les autres comme des parcelles de limaille de fer à l'appel d'un aimant, et leur troupe minuscule, courant des deux côtés de l'avenue se disloquant, se reformant, infatigable et moqueuse, déchira l'air d'une interminable bordée de sifflets.
  Eux qui regardent toujours avec admiration un régiment passer et qui emboîtent pieusement le pas à la musique, ils ne voulaient pas entendre celle-là. Des rires perçants interrompaient de temps en temps le fifre [petite flûte traversière à 6 trous au son aigu et au timbre perçant, utilisée autrefois dans les fanfares militaires ; Larousse] qui chantait sur leurs lèvres, et puis ils se reprenaient à siffler, à siffler de toutes leurs forces, de tout leur souffle, à perdre haleine.
  Mais la tête du cortège était alors arrivée au bout de l'avenue des Champs-Élysées, à l'entrée de la place de la Concorde. C'était, je l'ai dit, la limite de l'occupation allemande. Tout s'arrêta : la marche, la musique des soldats et celle des enfants.

***

  C'est Paris, alors, qu'il fallut voir! Impossible d'imaginer spectacle plus émouvant et plus noble dans la brutalité. Un silence tragique régnait sur la foule qui s'amassait derrière tous les barrages. La haine, une haine sans cris, mais d'autant plus profonde, enflammait les regards... À peine entendait-on, de loin, un murmure étouffé, des chuchotements, des mots dits à peine. C'était une colère sourde ; c'était des menaces pensées, plutôt que formulées. De près, on distinguait des rugissements contenus de la violence toute prête, et en même temps il y avait une évidente volonté de demeurer calme, autant qu'on le pourrait.
  Dans la rue Royale, où l'affluence était la plus grande, non pour voir, mais pour bien s'assurer que les précautions étaient prises, et qu' ILS n'iraient pas plus loin, un frémissement courut soudain, à la suite d'une remarque faite par les gens qui se trouvaient le plus rapprochés de la rue de Rivoli. Quelqu'un avait dit : " Voici qu'ils traversent pour entrer aux Tuileries. "
  Il y eut aussitôt une poussée formidable et des rumeurs indignées : — " Pourquoi? "... " Comment? "... " On nous a donc trompés? "... " Il ne faut pas les laisser faire! "... " Qui donc leur a ouvert la grille? "
  Des explications furent apportées à cette cohue furieuse par un officier de l' état-major général :
  Les chefs de l' armée allemande avaient demandé pour leurs soldats la permission de traverser la place sans armes, sous la conduite de leurs officiers et par détachements successifs, afin de pouvoir entrer au Louvre et d'en parcourir rapidement les salles. Le ministre des Affaires étrangères, c'était encore Jules Favre, avait donné son consentement, d'accord avec ses collègues présents à Paris, et la visite commençait.
  — " Voyez, ajoutait l'officier, les soldats marchent sous la conduite de leurs chefs et ils ont laissé leurs fusils aus faisceaux. "
  En effet, des Prussiens et des Bavarois s'en allaient vers les Tuileries, les bras ballants, l'air empesé dans leurs tuniques étroites, et ils regardaient en touristes les fontaines, l'obélisque, les pavillons de Gabriel et ce château, là-bas, où Napoléon avait habité.
  La foule se calma, sur l'observation faite à haute voix par un de ceux qui la composaient : que ce n'était vraiment pas une occupation militaire bien reluisante que celle où le vainqueur avait besoin de l'autorisation du vaincu pour aller visiter un musée.
  Et, pendant une heure environ, les détachements succédèrent aux détachements pour ce petit voyage aux galeries de notre Louvre ["... Afin d’exécuter son orgueilleux programme, l’état major prussien envoie des contingents visiter le Louvre. Dans le célèbre musée ils ne voient pas grand-chose. Pendant le siège, la section des antiquités a été murée et blindée, les chefs-d’œuvre de la peinture ont été roulés et abrités dans des galeries basses... " ; source]
  Mais, alors, la fantaisie d'un officier allemand faillit provoquer une tragédie dont les suites eussent été incalculables. Cet officier, après avoir parcouru avec plusieurs de ses camarades les pièces du Louvre des Valois, s'avisa d'ouvrir brusquement la fenêtre dite de " Charles IX ", qui donne sur le quai. Les gardes nationaux en faction de l'autre côté de la Seine aperçurent tout à coup des casques et des casquettes plates au petit balcon de fer forgé d'où la légende veut que le fils de Catherine de Médicis [1519-1589, mariée à Henri II, 1519-1559, roi de France 1547-à sa mort ; reine de France 1547-1559 ; mère des rois François II, Charles IX, Henri III, des reines Élisabeth, reine d'Espagne, et Marguerite, dite « la reine Margot », épouse du futur Henri IV, et de Claude, duchesse de Lorraine et de Bar ; régente de la France, 1560-1563 ; source] ait tiré des coups d' arquebuse, le soir de la Saint-Barthélemy. Et, pour comble de provocation, les intrus, qui manquaient ainsi à la consigne, affectaient de parler bruyamment, avec de grands gestes, et de sourire en se montrant les uns aux autres tous les monuments de ce paysage illustre formé par le cours de la Seine dans Paris!...


 

 

 



Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, 1852-1865, Vol. 5, No. 7/8, 1856 nov. et déc., pp. 332-340. Source

  Aussitôt, comme sur l'ordre d'un chef, tous les fusils furent épaulés et mirent en joue le groupe insolent.
  Une seconde de plus et c'était l'explosion , la bataille, le massacre et probablement le pillage!
  Quelques mains saisirent aux épaules les provocateurs imprudents, les ramenèrent dans l'ancien cabinet des armes du roi de France et repoussèrent la fenêtre?... Je l'ignore. On dit que ce fut un officier supérieur de nos ennemis qui, témoin de l'incident et voyant sa propre responsabilité en jeu, ne craignit pas d'intervenir un peu brutalement...

***

  L'empereur Guillaume, le Chancelier et les grands chefs étaient repartis coucher à Versailles. Le Palais de l' Industrie, les bâtiments du Cirque et du Panorama, les manèges, alors nombreux aux Champs-Élysées, les établissements des concerts et quelques vastes locaux abandonnés avaient servi à cantonner une partie des troupes. Les autres bivouaquèrent dans l'avenue même. ["... Coincée entre la Seine, les grilles des Tuileries et les barricades, l’armée prussienne établit un campement pour la nuit place de la Concorde. L’éclairage public ne s’allume pas pour cette partie de la ville. Sans pour autant déclencher le conflit, Paris ne s’est pas plié aux exigences de l’Assemblée Nationale... " ; source]. Quant aux officiers, ils s'étaient logés un peu partout, dans les hôtels, dans les maisons vides de locataires et quelques-uns, enfin, dans d'autres quartiers de la ville, où ils s'étaient rendus subrepticement, vêtus en bourgeois, en se glissant à travers les barrages mal gardés du huitième arrondissement.
  Dès que la nuit fut tombée sur Paris, des consignes plus rigoureuses encore que dans la journée, furent données aux postes de la rue Boissy-d'Anglas, de la rue Royale, de la rue de Rivoli, du quai et du Pont de la Concorde. Il s'agissait d'empêcher toute circulation sur la place, afin d'éviter que les sentinelles allemandes, se croyant menacées dans l'ombre par l'approche d'un mystérieux ennemi, ne fissent feu sur les curieux en provocant ainsi des représailles et d'irréparables malheurs. Bien plus, les barrages furent doublés et triplés : on en mit à la hauteur de la rue Saint-Florentin, à la Chambre des députés. Le public, refoulé bien loin du seul point d'où il aurait pu voir et entendre quelque chose, finit par se décourager. La foule se dissipa ; les promeneurs se firent rares, et bientôt un sentiment de lassitude et de tristesse quasi-unanime laissa seuls, en présence des Allemands emprisonnés dans les Champs-Élysées, les soldats et les gardes nationaux chargés d'assurer l'ordre. ["... L'armistice du 28 janvier 1871, la capitulation de Paris vont précipiter la formation du Comité central de la garde Nationale qui va fédérer les différents bataillons. Conformément à l'imprudente demande de Jules Favre, ministre des affaires étrangères, l'article 7 de l'armistice stipulait « La Garde Nationale conservera ses armes, elle sera chargée de la garde de Paris et du maintien de l'ordre ». Bismarck avait pourtant attiré l'attention de son compère sur les dangers de cette disposition pour le parti de l'ordre. La garde Nationale va pouvoir défendre par tous les moyens possibles la république mise en péril par la majorité monarchiste élue à l'assemblée de Bordeaux le 8 février 1871... " ; source]
  Mais alors, il se produisit un mouvement insensible d'abord et bientôt plus accentué de cette masse d'hommes armés, dans la nuit.

***

Silencieusement, pas en pas, en violation de la consigne, il est vrai, mais du consentement de tous, et sans qu'un officier élevât la voix pour s'y opposer, ces rangs de sentinelles jusqu' alors immobiles à leur poste gagnèrent de toutes parts vers le milieu de la grande place vide.
  Ce fut d'abord une ombre qui se détacha du ministère de la Marine ou de la rue Saint-Florentin et qui s'avança furtivement. Dix autres, vingt autres la suivirent. Puis l'évolution se régularisa. Ceux du quai des Tuileries suivirent l'exemple donné ; ceux du Palais-Bourbon s'y associèrent. Bientôt un immense cordon se trouva formé, du quai à la rue Royale, non plus en ligne rigide et l'arme au pied, mais en groupes irréguliers et dans les attitudes les plus variées. Aucun ordre n'était donné ; mais tout le monde se pliait au devoir évident de ne point provoquer, de ne point inquiéter l'ennemi qui était là...
  On sa taisait.
  On regardait ces mouvements de lumière des deux côtés de l'avenue, ces masses sombres et mobiles qui étaient des groupes de chevaux attachés aux lampadaires et aux arbres, ces feux de bivouac allumés sur les contre-allées, ces éclairs d'armes qui marquaient la place des factionnaires, et, là-bas, vers le milieu de la grande promenade parisienne, cette lueur plus forte qui paraissait danser, au rond-point, chaque fois que des ombres humaines passaient devant les foyers de lumière.
  Et derrière nos soldats débandés, devenus ainsi spectateurs, nombre de parisiens, s'apercevant que les issus étaient libres maintenant et revenant sur leurs pas, avaient à leur tour envahi les terre-pleins du côté des Tuileries, à distance respectueuse, toutefois, de la troupe, car il ne fallait point lui faire regretter par une indiscrète concurrence d'avoir aussi largement interprété les ordres de l' État-Major.
  On peut dire que pendant plusieurs heures il y eut ainsi, en travers du chemin qui menait dans le vieux Paris vers les boulevards et vers le Louvre, plus de trois mille Français, combattants de la veille, debout, parlant à peine, et les yeux tendus vers ces arbres encore dénudés, sous lesquels dormaient les envahisseurs.
  Tout paraissait reposer, dans l'avenue. Les cris avaient cessé ; les feux brillaient à peine. Seule, la lueur du rond-point semblait plus vive qu'auparavant, grâce à l’extinction des autres.
  Il était plus de minuit.
  C'est alors que l'on perçut des chants, des cris, des vociférations. Cela était lointain, comme étouffé par la distance ; mais néanmoins on comprenait que c'était des voix étrangères qui résonnaient ainsi, et parfois, en effet, des hourras éclataient dans la nuit, révélant l'ivresse et l'enthousiasme des buveurs...
  Il y eut alors comme un frémissement unanime, dans la foule qui regardait ; mais elle ne s'avança point. Nul ne dépassa la ligne des fontaines, où des tritons et des sirènes de bronze alternaient déjà sur les margelles de pierre polie.
  On demeura là pour écouter encore, pour voir encore...
  ... Et l'on vit tout à coup, après une longue attente, des ombres s'agiter, au centre même du barrage allemand, vers les chevaux de Marly. Quelques rires sonnèrent faux dans la nuit, des cris de femmes, mêlés à de rudes interjections masculines. Puis, plus rien...
  Si! Des talons résonnant sur l'asphalte ; des voix aigres qui s'interpellaient ; des adieux des " au revoir, ma chère!... "
  Une demi-douzaine de femmes empanachées [s'orner d'un panache, Larousse] venaient en désordre, les mains aux jupes, vers cette ligne noire immobile, que peut-être elles ne voyaient pas ou qu'elles prenaient dans leur trouble, pour les arbres du jardin voisin.
  Quand elles s'arrêtèrent, il était trop tard : en trois bonds, les gardes furent sur elles et les empoignèrent. Deux ou trois de ces malheureuses essayèrent de crier ; mais leur épouvante se tut, écrasée sous les rudes poignes qui la baîllonnèrent. La foule s'étant arrondie autour d'elles en un cercle menaçant, d'où les injures, lancées à voix basse, pleuvaient de toutes parts.
  Le peuple, quand il veut exprimer son mépris, trouve des mots qu'il vaut mieux oublier ; mais parfois il fait des gestes dont on peut se souvenir.
  Les six femmes, la figure barrée maintenant par des mouchoirs, des ceintures de laine, des cache-nez, ou par leurs propres écharpes, nouées sur leur bouche, virent leurs robes, leurs jupons et jusqu'à leur chemise coupés à la taille, arrachés, en lambeaux, si bien qu'elles n'eurent en un moment que leur buste qui fût vêtu...
  Et puis, saisies aux épaules et fouaillées à tour de bras, elles furent ensuite plongées, plongées et replongées dans la vasque pleine d'eau de la fontaine de droite, celle qui est voisine de la rue Royale.
  J'imagine que les Allemands entendirent le bruit que cela faisait ; il dut leur en parvenir des échos ; mais ils ne donnèrent pas signe de vie, et quand la foule, ayant assouvi sa colère, lâcha enfin ses victimes, elles s'enfuirent, toute ruisselantes, sous les quolibets, et se perdirent dans la nuit.
  Cela était peu de chose, cette défection de la débauche, cette trahison de prostituées se ruant à l'appel d'une bande avinée d'officiers bavarois et prussiens et punies ensuite par les gardiens de la cité avec la rudesse des mâles demeurés fidèles à la haine du vainqueur ; mais cela détendit tout de même les nerfs de la foule. Des rires fusèrent. On n'avait pas été trop cruel, après tout. Au lieu de la tuerie qu'on pouvait redouter et que les Allemands, en cas pareils, auraient peut-être accomplie, on s'était contenté d'une correction vigoureuse, d'une fessée sur la place publique et d'une baignade.
  Cela fit qu'on alla se coucher, que les barrages, en attendant d'être relevés, reprirent leurs postes et que, bien avant le jour tardif, la place redevint nette.
  Il ne demeura, auprès de la fontaine, que les oripeaux et les jupes de ces dames, loques flétries et piétinées dans la boue.

***

Dès la première aube, aux Affaires étrangères, ce furent des allées et venues, des préparatifs de départ immédiat. Une voiture attelée en poste attendait, devant le perron, que le ministre y montât.
  Dans la nuit, une dépêche était arrivée de Bordeaux. L' Assemblée nationale, loin de perdre son temps en discussions stériles, avait ratifié séance tenante les préliminaires de la paix [le 1er mars ; 546 voix pour, 107 voix contre], afin de hâter l'évacuation de Paris.
  Jules Favre faisait diligence à son tour pour abréger les délais et nous délivrer le jour même de la présence des Allemands.
  À sept heures et demie du matin, le 2 mars, il arrivait à Versailles, et se rendait rue de Provence, à l'hôtel de Mme Jessé, où demeurait le comte de Bismarck. Celui-ci dormait encore. Ce fut un des secrétaires, nommé Wollmann, qui le reçut.
  — Il s'agit d'un fait de la plus extrême urgence, dit notre ministre : veuillez prévenir M. le Chancelier.
  — Impossible, Excellence, répondit l'autre, " Le Chef " repose et a bien recommandé qu'on ne le réveillât sous aucun prétexte.
  — Mais s'il s'agit d'évènements les plus graves?...
  — Mes ordres sont formels,
  — Si la paix était faite?...
  — Je ne puis.
  — Si un conflit armé avait éclaté?...
  —... Aux regrets... Impossible!
  — C'est bien. Veuillez me faire donner de quoi écrire.
  Alors, Jules Favre s'assit, une fois encore, devant la petite table sur laquelle il avait signé huit jours auparavant l'acte des préliminaires, et il rédigea en toute hâte un billet au chancelier, pour aviser celui-ci du vote de l' Assemblée et pour réclamer l'évacuation immédiate de la capitale, conformément aux accords du traité ["... Entre le chef du pouvoir exécutif de la République française, M. Thiers et le ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre, représentant la France, d’un côté, et, de l’autre, le chancelier de l’empire germanique, M. le comte Otto de Bismarck-Schœnhausen, muni des pleins pouvoirs de S. M. l’Empereur d’Allemagne, roi de Prusse ; Le ministre d’État et des Affaires étrangères de S. M. le roi de Bavière, M. le comte Otto de Bray-Steinburg ; Le ministre des Affaires étrangères de S.M. le roi de Wurtemberg, M. le baron Auguste de Waechter ; Le ministre d’État, président du conseil des ministres de S.A.R. Mgr le grand-duc de Bade, M. Jules Jolly ; représentants l’Empire germanique ; Les pleins pouvoirs des deux parties contractantes ayant été trouvés en bonne et due forme, il a été convenu ce qui suit, pour servir de base préliminaire à la paix définitive à conclure ultérieurement : -ART. 1. – La France renonce en faveur de l’Empire allemand à tous ses droits et titres sur les territoires situés à l’est de la frontière ci-après désignée : ... " ; source].
  Après quoi, il se retira.


Télégramme et dépêche télégraphique envoyés par la mairie centrale : 2 mars 1871 : Jules Ferry, à la mairie centrale, informe par télégramme les maires des 20 arrondissements de l'évacuation des troupes ennemies prévue le 3 mars à l'aube. Source

   " Ils partent!... Ils sont partis!... " — Cela courut dans Paris comme une traînée de poudre.
  Aussitôt, on se précipita de toutes parts vers le secteur qui avait été envahi, vers ce grand morceau de Paris qui venait, en subsistant l'occupation allemande pendant quelques heures, de payer la rançon du reste de la ville et de Belfort.
  C'était comme une part du gâteau des rois découpés dans la Capitale. La pointe se trouvait à la place de la Concorde ; les deux grands côtés étaient figurés par les Champs-Élysées et la Seine ; le bord extérieur par les fortifications. On y pénétra de toutes parts ; mais en arrivant au rond-point, où MM. les officiers allemands s'étaient si fort amusés la nuit précédente, on fut stupéfait du spectacle qui s'offrit à tous les yeux.
  Du café où ils avaient festoyé, il ne restait plus rien. [ "... Tandis que les derniers soldats allemands franchissent la barrière de l’Étoile, on allume sur la place des grands bûchers afin de la purifier, la foule saccage dans les Champs Élysées les restaurants Dupont et Ledoyen ["... Au départ, une très modeste auberge de 13 mètres sur 4, aux murs blancs et aux volets verts, propriété du Sieur Desmazure, ouvrit ses portes en 1779 à proximité de la place Louis XV, actuelle place de la Concorde, dans le carré des Ambassadeurs des Champs-Élysées, à proximité du Café des Ambassadeurs : soit entre l'avenue des Champs-Élysées et l'actuelle avenue Gabriel. Quelques arbustes en caisse séparaient l'auberge de l'avenue. Le 4 août 1791, Desmazure loua l'établissement à Antoine-Nicolas Doyen, dit aussi « Ledoyen », qui l'aménagea et parvint à y attirer la clientèle des conventionnels, la Convention siégeait à proximité au Jeu de Paume du jardin des Tuileries, bien que le quartier des Champs-Élysées fût encore assez mal famé... " ; source], qui sont demeurés ouverts... " ; source]
  Aussitôt après leur départ, une bande de jeunes gens, furieux d'avoir vu un commerçant parisien accueillir avec empressement une semblable clientèle et faire une bonne affaire en profitant de l'humiliation nationale, avait brisé les chaises et les tables. Derrière eux, sans doute, des ravageurs professionnels avaient jugé à propos de compléter l’œuvre de ces patriotes : ils avaient tout détruit. Les glaces étaient en miettes, les comptoirs démolis, des traces de feu encore chaudes noircissaient les boiseries et les murailles ; toute la verrerie, toute la vaisselle jonchaient le sol. C'était un miracle que dans le sac absolu de l'immense local, l'immeuble lui-même n'eût pas été incendié. Le patron de l'établissement, sa famille et ses serviteurs avaient pris la fuite. La police occupa les lieux et l'on dut établir en hâte des barricades de planches pour interdire l'entrée au public, à la fois étonné de cette exécution sommaire et disposé par moments à la compléter par de nouveaux ravages.

***

  Je ne m'attardai point, pour ma part, à la contemplation de cette scène des destruction et de sauvagerie. Je me hâtai, au contraire, sur les pas des Français qui couraient vers le bois de Boulogne, afin de s'assurer que les Allemands étaient bien partis, complètement et définitivement partis.
  Avec une rapidité singulière, ils avaient en effet disparu de partout... Leur retraite, effectuée avec ordre, n'avait laissé derrière eux que des tisons à moitié consumés sous les arbres, des dégâts, insignifiants aux grilles des hôtels riverains, notamment à ceux, aujourd'hui disparus, de MM d'Audiffret-Pasquet et Casimir Perier — en bordure de l'avenue, à gauche, près de l'Étoile, — et des plates-bandes piétinées, des arbres ébranchés, des tas de paille foulée, du foin, des boîtes de conserves vides...
  Devant l' Arc-de-Triomphe, il y avait foule. On regardait un groupe de jeunes gens qui, seuls sous la haute voûte où s'inscrivent tant de noms glorieux, semblaient occupés à quelque besogne mystérieuse. Ils avaient apporté là une manière de réchaud, à moins que ce ne fût une simple chaufferette, pleine de braise ardente, et soudain, au milieu des acclamations, nous vîmes s'élever au-dessus de ce foyer improvisé une fumée légère, bleutée, vite effacée dans l'air...
  Ils brûlaient du sucre!
  Gaminerie sentimentale que le public applaudit, parce qu'il avait besoin, en vérité, d'applaudir quelque chose et de se venger n'importe comment. Mais nous fûmes nombreux que n'arrêta pas longtemps cette satisfaction enfantine et qui continuâmes en courant notre chemin vers le Bois, comme si nous avions hâte, alors que tout était fini, la paix signée, l'ennemi parti, de revoir encore, pour le graver plus profondément dans notre mémoire, le spectacle de l'invasion.
   Dans l'avenue Ulrich, les parterres étaient comme effacés sous les pas d'une multitude. Les plantations n'existaient plus, les taillis étaient brûlés. Toutes les grilles des villas et des hôtels déserts où s'étaient logés les Allemands étaient béantes. Quelques maisons habitées avaient seules leurs issues closes. Au beau milieu de la chaussée, près de la porte Dauphine, nous nous arrêtâmes brusquement devant une flaque de sang!... Ce devait être celui d'un cheval blessé par accident, car il y avait une traînée de larges gouttes rouges obliquant à droite vers les fortifications. Et l'on avait probablement pansé la blessure à l'écart du chemin suivi par la troupe, car, au-delà, il n'y avait plus aucune trace.
  Il fallut aller jusqu'à Suresnes pour atteindre enfin, non seulement l'arrière-garde allemande, mais encore des batteries d'artillerie qui n'avaient pu traverser encore le fleuve et des escadrons de hulans chargés de couvrir le passage des derniers bataillons avant de regagner eux-mêmes la rive gauche.
  C'est là que nous vîmes pour la dernière fois les soldats étrangers.

Monument dans le cimetière Voltaire, en mémoire des soldats de la guerre de 1870-1871, lors de laquelle Suresnes est le lieu de plusieurs affrontements. Crédit photo : Celette @ CC BY-SA 4.0

  Ils nous observaient de loin, se demandant, à coup sûr, ce que nous voulions, quelles étaient nos intentions, si nous avions des armes...
  Nous étions en tenue civile, excepté un garde national que je vois encore, avec sa vareuse déboutonnée, — car la course nous avait fort échauffés — et son képi planté en arrière, laissant une masse de cheveux ébouriffés sous la visière. C'était le seul d'entre nous qui eût des restes d'uniforme et j'aurais bien voulu qu'il fût ailleurs, car je rougissais malgré moi de le trouver si mal ficelé, quand les autres avaient l'air si martial et si discipliné.
  Peut-être le comprit-il de lui-même, au surplus, car en trouvant à l'improviste devant lui de vrais soldats et qui étaient des Allemands, il demeura bouche bée, rajusta d'un coup de poing sa coiffure et se mit instinctivement à se reboutonner

***

  Sans nulle interruption, les fantassins continuaient de s'écouler d'une rive à l'autre, non par le vieux pont, où l'on avait essayé en vain d'établir une passerelle de fortune, car il était largement rompu, mais par un pont de bateaux construit un peu en amont.
  Nous considérions avec une stupeur douloureuse cette extraordinaire spectacle : des troupes étrangères sortant de Paris et traversant la Seine pour aller se reposer chez elles, — à Versailles!
  Ces collines familières, qui s'étagent si gracieusement dans le lointain autour du grand parc de la capitale, nous faisaient l'effet d'appartenir à un autre pays que le nôtre. Nous en connaissions toutes les maisons, et nous ne les reconnaissions plus.
  On aurait dit que la Seine était devenue notre frontière. Dès que les Allemands mettaient pied à terre au bas des rampes qui conduisent au Mont-Valérien, il nous semblait qu'ils n'étaient plus chez nous.
  Nous pouvions les voir, de loin, s'en aller en chantant — car ils chantaient — le long de ces routes où les dimanches parisiens avaient jeté tant de groupes en fête, et le son grêle et rauque, à la fois, de leurs tambours plats nous rappelait invinciblement les musiques foraines d'autrefois.
  Leur dernière masse, attendant son tour, sur la " rive française " s’amincissait à vue d' œil ; les mouvements des cavaliers d'arrière-garde se rétrécissaient. Bientôt, il n'en y eut plus un seul sur la plaine de Longchamp, ni sur le terrain de Bagatelle et nous pûmes descendre des hauteurs de la Cascade, jusqu'au Moulin.
  Puis, les derniers hulans firent demi-tour et prirent le trot. Alors, nous prîmes le galop, nous, et à toutes jambes, nous courûmes du côté du pont. Une émotion profonde, où il y avait bien de la haine, certes, mais aussi une obscure et involontaire admiration pour les hommes qui savent combattre et vaincre, serrait nos cœurs et nous vouait à des résolutions viriles.
  Parvenus devant l'entrée du pont, nous étions une vingtaine de jeunes Français, humiliés de ce que nous venions de voir, furieux qu'on n'eût pas mieux utilisé pendant le siège nos forces et nos courages, inquiets du lendemain, mais ardents à la vie et prêts pour tous les efforts.
  Eux, les Allemands, ils s'étaient alignés sur deux files de vingt cavaliers de front, avant de passer le pont à leur tour. Leur officier les rangea face à nous, c'est-à-dire à Paris, qui était là-bas, derrière le bois d'où nous sortions, et, le sabre levé, il cria : Hourra!
  Les hommes, d'un même mouvement, crièrent hourra! comme lui.
  Nous eûmes, tous, à fleur de peau, le léger frisson qui rend pâle, et, tête nue, la main levée, nous criâmes à notre tour : Vive la France!
  L'épée de l'officier s'abaissa, comme pour un salut courtois, et cette politesse nous fit plus de mal encore que son cri de guerre.
  On sait le reste.
  Paris, délivré de l'ennemi, tomba presque tout de suite après son départ dans la guerre civile [" Le 18 mars 1871, les Parisiens se rebellent contre le gouvernement. C'est le début de la Commune qui durera 72 jours... " ; Source].
  Avant de terminer l'évocation de ces souvenirs de l'année terrible, je veux dire en peu de mots comment les sincères défenseurs de la ville, ceux qui se contentaient d'aimer leur patrie et qui n'avaient ni parti à ménager ni ambition à servir, ont pu voir, immédiatement, après le crépuscule de la défense nationale, l'aube sanglante de la Commune.

 
" La fuite à Versailles ", caricature inspirée de l' œuvre de Murillo, sur Adolphe Thiers, Jules Favre et le comte de Paris au moment de la commune de Paris. 1871. @Roger-Viollet. Source
 

XXI

L'AFFAIRE DE LA PLACE VENDÔME


  La vie reprenait à peine, dans Paris, quand, le 18 mars, éclata soudain la révolte communaliste. Ce jour-là, on le sait, les bataillons de la Garde nationale qui obéissaient directement au Comité central [Organisme républicain créé le 3 mars 1871 par les gardes nationaux fédérés au sein de la « Délégation des vingt arrondissements de Paris » : janvier 1871 ; Larousse. " Le 18 mars à minuit, une vingtaine de membres du Comité central de la Garde nationale s’installent à l’Hôtel-de-Ville. La direction militaire considère toutefois qu’elle n’a pas la légitimité d’un pouvoir élu. Seul le peuple souverain ayant le pouvoir de trancher par son vote, le Comité central estime que rien de stable ne peut être entrepris sans la caution donnée par les urnes. Avant d’entreprendre quoi que ce soit, la tête de l’insurrection veut obtenir la caution donnée par les urnes. Le 19 mars, le Comité central annonce que son mandat est expiré, que des élections communales vont être organisées sans tarder et que, en attendant leur résultat, il se contentera de « conserver » l’Hôtel de Ville désormais vacant. [...] le Comité central insiste sur le fait qu’il n’est pas un gouvernement. Pendant la courte transition, le Comité central affiche une réelle modération. Il décide certes quelques mesures immédiates, dans l’esprit des demandes populaires des mois précédents. Il lève l’état de siège dans le département de la Seine, proclame l’amnistie de tous les condamnés politiques, l’abolition de la conscription et celle des conseils de guerre, annonce la remise des loyers d’octobre 1870, janvier et avril 1871, ainsi que la suspension de la vente des objets déposés au Mont-de-piété. En incorporant toutes les forces armées de la capitale dans la Garde nationale, il réalise une des demandes fortes de la période antérieure : l’évacuation de Paris par l’armée régulière. Le plus important pour lui est toutefois de conforter sa légitimité face à Versailles, en engageant des négociations avec les maires d’arrondissement qui, eux, sont restés dans la capitale quand le gouvernement la quittait... " ; source], grossis de nombreux soldats et marins déserteurs, d'une masse de mécontents et de quelques malfaiteurs, s'emparèrent à Montmartre, des canons parqués là-haut depuis la capitulation, massacrèrent les généraux Leconte [Claude-Martin, 1817-1871] et Clément-Thomas [Jacques Léonard, 1809-1871] [ "...Le Journal officiel du 21 mars, lui, est rédigé par nos inconnus, les envoyés du Comité central, et voici ce qu’il écrit : Tous les journaux réactionnaires publient des récits plus ou moins dramatiques sur ce qu’ils appellent « l’assassinat » des généraux Lecomte et Clément Thomas. Sans doute ces actes sont regrettables. Mais il importe, pour être impartial, de constater deux faits :
   1° Que le général Lecomte avait commandé à quatre reprises, sur la place Pigalle, de charger une foule inoffensive de femmes et d’enfants;
   2° Que le général Thomas a été arrêté au moment où il levait, en vêtements civils, un plan des barricades de Montmartre.
   Ces deux hommes ont donc subi la loi de la guerre, qui n’admet ni l’assassinat des femmes ni l’espionnage.
   On nous raconte que l’exécution du général Lecomte a été opérée par des soldats de la ligne et celle du général Clément Thomas par des gardes nationaux.
   Il est faux que ces exécutions aient eu lieu sous les yeux et par les ordres du comité central de la garde nationale. Le comité central siégeait avant-hier rue Onfroy [sic, pour Basfroy] près de la Bastille, jusqu’à l’heure où il a pris possession de l’Hôtel de Ville; et il a appris en même temps l’arrestation et la mort des deux victimes de la justice populaire.
  Ajoutons qu’il a ordonné une enquête immédiate sur ces faits.
" ; Source], jetèrent la terreur dans la population paisible, et occupèrent, avec l' Hôtel de Ville, quelques points stratégiques dans la capitale, notamment la place Vendôme.


 

 
Affiche de la Commune du 19 mars 1871 ; source : La Contemporaine – Nanterre / argonnaute.parisnanterre.fr — aux Gardes nationaux de Paris / Décrets sur les élections municipales par le Comité central de la Garde nationale

  À suivre

   Charles Laurent, Ce que Paris a vu, Souvenirs du Siège de 1870-1871, Albin Michel, 1914, pp. 218-238

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HAUTE-MARNE, BONNECOURT : LA LUNE DE MIEL SE POURSUIT ENTRE LE MERCANTILE ÉOLIEN ET LE CONSEIL MUNICIPAL

Précédemment
https://augustinmassin.blogspot.com/2018/09/haute-marne-chauffourt-bonnecourt.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2020/01/haute-marne-bonnecourt-et-frecourt-le.html

   " L'amour est dans le pré " pourrait être le sous-titre de cet attachement, quasi fraternel, qui lie les élus de cette commune et le " cueilleur-chasseur de subventions publiques " éolien, depuis au moins 2018. Rien d'étonnant à ce que cela dure, me direz-vous!, vu, que les électeurs ont reconduit, quasi à l'identique, l'équipe sortante aux dernières élections municipales, en 2020 ; voir ci-devant. C'est très juste! Aussi, merci de nous donner ici l'occasion, de " REMERCIER " et de " FÉLICITER " , les 81 votants, dont 78 " exprimés " sur 102 " inscrits ", et, tous... les abstentionnistes, pour leur participation dans le futur massacre de leur village et des environs! Bravo!🙋

Conseil municipal
  • Bonnecourt 2014-2020
   - Patricia Billard, maire, personnels des services directs aux particuliers,
   - Aurélia Claudin, agent d'assurances,
   - Sophie Ruot, agent technique et technicien,
   - Cindy Veuillier, ouvrier du secteur privé,
   - Gilbert Boudart, retraité agricole,
   - Claude Collier, retraité salarié privé,
   - Guillaume Collier, agriculteur propriétaire exploitant,
   - David Georges, employé du secteur privé,
   - Thierry Georges, agriculteur propriétaire exploitant,
   - David Leclerc, agent technique et technicien,
   - Alain Plubel, retraité salarié privé.
  • 2020-2026

   - Patricia Billard, maire, personnels des services directs aux particuliers,
  - Claudine Rocha, ouvriers non qualifiés de type artisanal,
  - Cindy Veuillier, ouvriers qualifiés de type industriel,
  - Claude Collier, ancien ouvrier,
  - Guillaume Collier, agriculteur sur moyenne exploitation,
  - Damien Didier, techniciens,
  - David Georges, ouvriers qualifiés de type industriel,
  - David Leclerc, techniciens,
   - Laurent Ozenne, ouvriers non qualifiés de type industriel,
   - Stéphane Vivier, ouvriers qualifiés de type artisanal.
  En gras, les réélus 

  Toutefois, comme chacun sait, il y a loin de la coupe aux lèvres. De toutes les oppositions à venir, la première et la plus décisive, LA SEULE qui a le pouvoir de faire capoter le projet, est, sans conteste, celle de Mme la préfète ; en effet, depuis sa prise de fonction, celle-ci a adopté une ligne directrice concernant l'éolien : PAS D'USINES ÉOLIENNES À PROXIMITÉ DE LANGRES ET DE SON RICHE PATRIMOINE! ; d'où les refus des projets de Bourg et d' Heuilley-Cotton, Villegusien-le-Lac-lès-Éoliennes. Or, Bonnecourt est dans la même situation géographique que les deux communes citées ci -dessus : distance de Langres à vol d'oiseau : ~13km.
  L'espoir de voir refuser le projet demeurerait fort et ce, malgré cette autorisation municipale d'installer un mât de mesures, sauf, à ce que les injonctions du " Premier Consul " Macron, à l'encontre de ses préfets, lire ci-dessous, ne viennent définitivement fausser le jeu, au profit des "  cueilleurs-chasseurs de subventions publiques " éolien et de leurs amis élus.


 Si tel était le cas, nul doute que les populations de la Haute-Marne et celles d'autres départements, ne seraient PLUS DU TOUT à l'abri de la déferlante éolienne...

SAUVONS NOS VIES AVANT LEURS PROFITS!

jhmQuotidien 202 09 24


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ESPAGNE, VITORIA-GAZTEIZ : LE CENTRE-MÉMORIAL DES VICTIMES DU TERRORISME, POUR NE PAS OUBLIER, À JAMAIS

  " Si la mort est bien la mort,
   Que deviendront les poètes
   Et les choses endormies
   Dont personne ne se souvient ?
"
   Federico Garcia Lorca, Chanson d' automne
 
 Poésies I (1921-1922) : Livre de poèmes - Premières chansons - Chansons - Poème du Cante Jondo par Garcia Lorca

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Se souvenir du massacre de Vitoria-Gazteiz

Arnaud Dolidier, ancien membre scientifique de la Casa de Velázquez, docteur en histoire contemporaine et enseignant d'histoire-géographie dans le secondaire

  En Espagne, si l’année 1975 est marquée par la mort du dictateur Franco, le régime autoritaire et répressif franquiste ne s’éteint pas avec lui. Jusqu’aux premières élections législatives, en 1977, les manifestations se multiplient dans le pays. L’une d’elles se tient le 3 mars 1976 à Vitoria-Gasteiz, dans le Pays Basque. L’intervention de la police conduit à un massacre : cinq manifestants sont tués par balle, une centaine blessés. Depuis, le souvenir de l’événement fait l’objet d’un combat permanent. L’auteur du présent texte revient sur l’histoire récente d’un processus mémoriel qui, dans l’Espagne contemporaine, doit composer avec le déni des crimes perpétrés sous le régime franquiste.

Photo : www.martxoak3.org

  3 mars 1976. 18 000 personnes sont en grève à Vitoria-Gasteiz au Pays Basque. 80 usines sont fermées ou occupées par les travailleurs. Après la tenue de plusieurs assemblées dans ces dernières, des manifestations partent de façon simultanée des différents quartiers ouvriers de la ville. 12 000 personnes arrivent devant l’église San Francisco où une assemblée est prévue à 17 heures. Parmi elles, 5 000 parviennent à rentrer dans l’édifice tandis que les 7 000 autres restent aux alentours, bloquées par la police qui encercle l’église. Elle procède à son évacuation en jetant des gaz lacrymogènes à l’intérieur, ce qui provoque la panique des grévistes qui se ruent hors du bâtiment. La police, comme en témoigne les enregistrements de leurs communications radio1 se sent acculée et menacée. Au moment où les grévistes sortent de l’édifice, elle tire à balles réelles, provoquant une centaine de blessés, dont vingt graves, et la mort de cinq personnes. Deux jours plus tard, environ 70 000 travailleurs assistent aux funérailles des ouvriers tués. Puis le lundi 8 mars, une grève générale réunit 600 000 personnes dans la rue pour exiger la dissolution des corps de police armée et un procès pour les responsables du massacre du 3 mars. Ce jours-là, deux autres personnes meurent sous les balles.

 
  1er juin 2021. Le roi d’Espagne Felipe VI [1968- , roi d' Espagne depuis 2014] ;  et le chef du gouvernement Pedro Sánchez [1972- ; Secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol, 2017 ; en poste depuis 2018] inaugurent à Vitoria-Gasteiz le Centre-mémorial des victimes du terrorisme. Il s’agit d’un musée dont l’accès est gratuit, où le public peut s’informer et rendre hommage aux 1 453 victimes du terrorisme comptabilisées depuis 1960, date de l’assassinat d’une enfant, Begoña Uñoz, par le DRIL2 jusqu’aux deux reporters espagnols David Beriain [1977-2021 ; "... L'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, UNESCO, a condamné l’embuscade tendue à une patrouille antibraconnage le 27 avril au Burkina Faso qui a fait trois morts, dont les journalistes espagnols Roberto Fraile et David Beriain " ; source]. et Roberto Fraile [1974-2021, journaliste et caméraman], exécutés par Al-Qaeda en avril dernier. Si le mémorial englobe l’ensemble des actions terroristes des dernières décennies — de l’attentat de l ’Hypercor par l’ ETA [Euskadi Ta Askatasuna, pour « Pays basque et liberté » , organisation basque indépendantiste ; " Un attentat, annoncé peu avant par un coup de téléphone d'un membre de l 'ETA, a fait 15 morts et 35 blessés par l'explosion d'une voiture piégée dans un parking d'un supermarché... " ; source] le 19 juin 1987 en passant par celui de la gare d’ Atocha de Madrid le 11 mars 2004 [" Les attentats de Madrid du 11 mars 2004 sont l'acte terroriste le plus meurtrier en Europe depuis 1988. Plusieurs explosions de bombes, posées par des islamistes, se sont produites dans des cercanías, trains de banlieue, à Madrid le matin du 11 mars 2004, environ deux années et demie après les attentats du 11 septembre 2001, soit 911 jours. 192 morts et mille neuf cents sont blessées, faisant de ces attaques l'attentat le plus important survenu en Europe, depuis l'explosion du vol Pan Am 103 au-dessus du village écossais de Lockerbie le 21 décembre 1988, qui cause la mort de 270 personnes. Sur treize bombes utilisées, dix explosent. Les Espagnols désignent cet événement par l'expression 11-M... " ; source] — il n’intègre pas les victimes de la répression franquiste et notamment celles du franquisme tardif, c’est-à-dire celles situées entre le 20 novembre 1975, date de la mort du dictateur, et juin 1977, moment des premières élections législatives depuis 1936. Bien qu’un nouveau régime mémoriel se soit consolidé durant les années 2000, accompagné de nouveaux termes comme « violations des droits de l’homme », « impunité », « crimes contre l’humanité », pour caractériser le passé franquiste, ce dernier n’est pas considéré comme un régime politique dont l’appareil répressif pourrait être qualifié de terrorisme d’État. Les victimes de la violence d’État franquiste, et notamment du second franquisme, 1960–1977, ne sont donc pas reconnues officiellement comme telles.
  Le pacte de silence érigé pendant la période dite de transition démocratique — un pacte d’oubli autant que d’amnésie —, scellé par la loi d’amnistie d’octobre 19773, a permis la libération des prisonniers politiques, mais a également garanti l’impunité aux criminels franquistes4. La légitimité de cette loi a été remise en question par le mouvement citoyen de « récupération de la mémoire historique » qui a abouti en 2007 à la loi dite de « mémoire historique ». Cependant, le texte comporte de nombreux écueils. Si la loi de 2007 condamne officiellement le franquisme et déclare illégitimes les sentences prononcées par la dictature franquiste, elle ne les annule pas et n’affirme pas l’illégalité des tribunaux franquistes5. Faisant face à ces manquements, les associations mémorielles se sont tournées vers la justice internationale pour les combattre. Elles ont aussi construit des instruments de lutte au service de la vérité, de la justice et de la réparation6.
  Dans leur sillage, d’autres acteurs, comme l’association des victimes du massacre du 3 mars 1976, ont également entrepris des recours devant les tribunaux tout en déployant d’autres ressources afin d’être reconnus par l’État comme victimes du terrorisme et demander justice. Cette mobilisation s’articule à la volonté de combattre l’oubli de l’événement, un oubli qui s’explique en partie parce que la transition apparait, aujourd’hui encore, comme une période mythifiée, fondée sur un imaginaire politique où le processus de démocratisation aurait été pacifique et modérée. Pourtant, les travaux scientifiques de ces dernières années ont montré qu’après la mort du dictateur, le régime a employé la violence et la terreur pour mettre un terme aux mobilisations populaires d’une ampleur inédite, comme cela fut le cas à Vitoria7.



[DR | elpais.com]

  En montrant les ressources déployées par l’association de victimes du 3 mars, on aborde tout un répertoire d’actions allant de la construction d’un lieu de mémoire sur le lieu du massacre, jusqu’à la saisie de la justice pour obtenir des réparations auprès de l’État. Dans ce processus, on le verra, les autorités publiques, à l’échelle locale, ne sont pas exclues. Enfin, si l’objectif est d’obtenir justice et d’être reconnus comme victimes du terrorisme, cela s’accompagne aussi de la volonté de construire un récit des événements qui rompt avec l’imaginaire politique de la transition et conteste les politiques mémorielles menées par l’État en matière de terrorisme.
  Depuis 45 ans, la mobilisation initiée par l’association des familles de victimes du 3 mars se traduit par la volonté de faire du quartier de Zaramaga, l’un des principaux quartiers ouvriers de la ville, un lieu de mémoire. C’est là que la mobilisation en 1976 a été la plus suivie ; là, aussi, dans l’église San Francisco, que les ouvriers ont été tués par la police. Alors que des collectifs comme l’association pour la récupération de la mémoire historique, ARMH, mènent depuis le milieu des années 1990 un combat contre l’oubli, combat qui s’est traduit par l’exhumation des fosses communes8, l’association de victimes du 3 mars, elle, s’engage dans un processus de mise en mémoire du lieu du massacre. Son objectif, selon ses mots : diffuser « la vérité de l’événement pour combattre l’oubli et pour combattre les interprétations et justifications de l’État post-franquiste9 ». Chaque année, des centaines de personnes se réunissent pour honorer les victimes. Lors de l’un de ces rassemblements, un monolithe fabriqué par les ouvriers de l’usine Forjas Alavesas a été installé dans le quartier — une œuvre représentant un poing levé, symbole de la combativité ouvrière. Une plaque, située sur son socle, rappelle au public l’événement traumatique du massacre. Cette initiative constitue une étape importante de la mobilisation visant à récupérer une mémoire ouvrière que les acteurs estiment passée sous silence au profit d’une vision hégémonique de la transition. Afin de mener à bien ce projet, l’association a sollicité le soutien des autorités publiques locales pour entamer des démarches judiciaires dans le but de déterminer les responsabilités des policiers dans le massacre de Vitoria. En 2004, sur demande de l’association, des chercheurs ont produit un rapport sur l’événement, donnant lieu à une résolution adoptée par le parlement basque10. Une collaboration entre les autorités publiques basques et l’association de victimes pour entamer des démarches judiciaires est lancée. Les actions portées par les « entrepreneurs de mémoire11 » en dehors de l’Espagne, devant le parlement européen12, par exemple, à la fin des années 2010 et plus récemment encore devant l’ONU13, sont en effet soutenues par les institutions publiques basques. Dès lors, la mobilisation dans la rue s’articule aux recours devant la justice afin de punir les responsables du massacre.
  Avec la crise socio-économique qu’a traversée l’Espagne en 2008 puis l’arrivée au pouvoir de la droite en novembre 2011, la question de la réparation des victimes de la Guerre Civile et du franquisme a été reléguée à l’arrière-plan du débat public. À rebours, des collectifs s’emparent de ces questions. Avec le mouvement des Indignés en 2011, c’est toute une partie de la mémoire ouvrière jusque-là invisibilisée qui refait surface dans la parole et les pratiques des acteurs mobilisés. Alors, c’est l’histoire d’un mouvement ouvrier assembléiste et autonome, cantonnée jusqu’alors au silence14, qui est mise en évidence15. La lutte contre l’oubli passe ainsi par la réaffirmation d’une identité collective ouvrière et des valeurs qui lui sont associées, comme la solidarité et la justice sociale, permettant de construire des ponts entre luttes sociales présentes et passées.
  Dix ans après le mouvement des Indignés, lors du 45e anniversaire du massacre de Vitoria, Loli Garcia, la secrétaire générale des Commissions Ouvrières, CC.OO., du Pays Basque s’est félicitée de la décision prise par les autorités basques de construire un mémorial dans l’église San Francisco. Pour la dirigeante, cette initiative participe à « récupérer le récit16 » et de mettre en avant le rôle fondamental joué par la classe ouvrière dans le processus de changement politique dans les années 1970. C’est aussi le sens de la déclaration publique de Miren Gorrotxategi [Edurne Gorrotxategi Azurmendi, 1967-], parlementaire et porte-parole de la coalition de gauche Elkarrekin Podemos qui, elle, déclare : « Nous n’oublions pas ce qui s’est passé. Et nous n’oublions pas la lutte des personnes qui ont été attaquées par la police. Ils ont été des pionniers dans la lutte pour les droits des travailleurs. C’est un crime qui reste impuni et nous devons le garder en mémoire17 ». Les dirigeants politiques et syndicaux, ainsi que l’association du 3 mars, réclament d’une même voix justice par rapport aux crimes commis le 3 mars 1976 et revendiquent l’intégration de cet événement dans un récit plus vaste, celui des luttes anti-franquistes portées par la classe ouvrière. De quoi déstabiliser le récit hégémonique de la transition.

 

[DR | gasteizberri.com]
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  Avant cela, en 2016, à l’occasion du 40e anniversaire du massacre, la mobilisation a connu un tournant majeur. C’est en effet à partir à compter de cette date que l’association du 3 mars a commencé à organiser des visites guidées du quartier de Zaramaga. Elles sont ponctuées d’interventions artistiques, vidéos, littéraires, et se terminent devant l’église San Francisco où le public peut voir un collage audiovisuel à partir de sons et d’images d’archives. Ces visites guidées ont été rendues possibles par le financement du gouvernement basque et constituent, pour les associations, une victoire dans la lutte contre l’oubli. Cependant, pour les militants de l’association du 3 mars, le combat ne s’arrête pas là : la gestion du mémorial de San Francisco, coordonnée à la fois par les autorités basques et par l’association, risque de voir se confronter des desseins contradictoires. En effet, les discussions sont encore en cours pour savoir comment sera géré ce mémorial et quels en seront le contenu et les objectifs9. Si les pouvoirs publics veulent participer à l’édification du mémorial et s’investissent depuis plusieurs années dans la mise en place de politiques mémorielles, l’objectif de l’association du 3 mars, on l’a vu, est plus large : il s’agit de « récupérer » la mémoire des luttes ouvrières pendant le franquisme et la transition.
  La volonté de mettre sur pied un lieu de mémoire montre dès lors que la mobilisation passe par une appropriation de l’espace public. Cette action se conjugue aux démarches juridiques pour que l’État ouvre une enquête afin de déterminer les responsables du massacre, et, dans le même temps, reconnaisse aux personnes tuées et blessées le 3 mars 1976 le statut de victimes. Pourtant, le combat contre l’oubli et la quête de justice des acteurs, qui se sont investis de diverses manières pour parvenir à cette reconnaissance, n’ont pas été suivis d’effet sur le plan national — bien au contraire. Les associations mémorielles estiment que l’inauguration, en juin dernier, du Centre-mémorial en l’hommage des victimes du terrorisme, constitue une instrumentalisation politique du passé par l’État.
  C’est pour dénoncer la « discrimination mémorielle » que des associations comme celle du 3 mars ont lancé la campagne « memoria osoa : memoria integral, para construir convivencia » : Mémoire complète : mémoire intégrale pour construire la convivialité. Dans le cadre de cette campagne, une tribune publiée dans la presse condamne le Centre-mémorial car « il répond à une nécessité stratégique qui impose un récit officiel sur la vérité et la violence. Ce récit officiel est fondé sur des intérêts politiques et idéologiques spécifiques, précisément de ceux qui nient l’existence d’autres victimes que celles évoquées dans ce mémorial18 ». On retrouve dans cet extrait la volonté de combattre ce que les auteurs désignent comme le récit officiel de l’État espagnol. Un récit qui ne reconnait pas, ou bien minimise, le caractère violent et répressif de l’État franquiste et invisibilise ses victimes.
  Ce récit officiel est le produit du mythe de la transition triomphante, ce que les travaux de Bénédicte André-Bazzana19 et de Sophie Baby 20 ont bien montré. Dès lors, les explosions spectaculaires de violence comme les massacres de Vitoria ou celui d’ Atocha en janvier 197721 [ " 24 janvier 1977 : un commando d'extrême-droite pénètre dans un bureau d'un collectif d'avocats des Commissions ouvrières, membres du Parti communiste, encore clandestin), 55 rue d' Atocha à Madrid ; ils tuent 5 personnes et en blessent 4. " ; source] sont signalées dans les travaux historiques pour en souligner seulement le caractère exceptionnel22. Cela explique en partie pourquoi aujourd’hui les victimes de la violence franquiste sont exclues du champ des victimes du terrorisme, une exclusion que dénonce la campagne memoria osoa de la manière suivante : « nous ne pouvons qu’exprimer notre rejet absolu d’un mémorial dont le fondement repose sur l’utilisation de la souffrance d’une partie des victimes, afin d’approfondir le discours qui nie l’existence de milliers de victimes causées par la violence et le terrorisme d’État23. »
 

[Igor Aizpuru | elcorreo.com]

  La campagne memoria osoa avance que ce sont des milliers de victimes provoquées par « le terrorisme d’État » qui sont niées. Ce concept n’est pas repris par le Centre-mémorial des victimes du terrorisme, ni par la loi de 2011 sur la reconnaissance et la protection intégrale des victimes du terrorisme, dont le mémorial constitue l’un des aboutissements. En effet, la loi de 2011 est fondée sur une définition spécifique du terrorisme, que l’on retrouve notamment dans les fascicules disponibles dans le Centre-mémorial et dans ceux à destination des enseignants et des élèves. On y lit que le terrorisme aurait quatre aspects : la clandestinité, le climat de terreur, la propagande et l’imposition d’objectifs politiques. À partir de cette définition, le Centre-mémorial entend reconnaître tous les terrorismes qu’a connu l’Espagne depuis juin 1960. Il rend compte des violences terroristes exercées par l’ ETA et de celles de groupes terroristes d’extrême gauche, comme les Groupes de résistance antifasciste du premier octobre, GRAPO, ainsi que celles de groupes d’extrême droite comme le Batallón Vasco Español, BVE, et les commandos para-militaires Groupes Antiterroristes de Libération24 : GAL. La « Guerre sale » contre le terrorisme initiée par l’État démocratique espagnol est un héritage des méthodes de violence d’État du franquisme. Si en intégrant les victimes du GAL au Centre-mémorial, l’État reconnait la violence que ce groupe terroriste a provoqué, elle autonomise également son action. La responsabilité des législations antiterroristes, qui exportent dans le régime démocratique des méthodes de violence politique comme la torture25, n’est pas reconnue. Cette conception restrictive de la notion de terrorisme présente les différentes étapes politiques qu’a connues l’Espagne en évacuant de l’analyse le degré de violence employé par l’État dans sa gestion du maintien de l’ordre public. La dictature franquiste est décrite comme un régime où les libertés publiques et individuelles étaient inexistantes, certes, mais son caractère autoritaire et ses méthodes répressives ne sont pas évoqués — au contraire. Les fascicules diffusés font référence à l’accroissement du terrorisme en Europe dans les années 1960 et 1970. L’Espagne est comparée à d’autres pays européens sans qu’aucune contextualisation ne soit fournie et sans plus d’explications quant aux causes des pratiques de lutte armée dans un pays régi par une dictature.
  Le terrorisme est donc exclusivement perçu comme relevant de l’action clandestine. Il n’est pas envisagé comme un outil de l’appareil répressif d’État. Or, la terreur comme arme politique, fondée sur une conception autoritaire et répressive de l’ordre public, peut être employée par un régime qui cherche à contrôler sa population, comme cela fut le cas sous le franquisme. C’est, par exemple, ce qu’affirme l’historien Eduardo Gonzalez Calleja 26. Par ailleurs, la date choisie par la loi pour reconnaître légalement les victimes du terrorisme — 1960 — renvoie à une étape charnière du régime franquiste. C’est à ce moment que le franquisme amorce un tournant libéral qui se traduit par une relative ouverture dans les domaines de la culture et de l’information. Bien que cela ne soit pas comparable avec la répression pratiquée pendant la Guerre Civile et les premières années du franquisme, plus d’une centaine de personnes sont tuées par la répression légale, policière et para-policière, entre 1960 et 197727. L’intensité de la violence politique déployée par l’État à la fin du franquisme — notamment à la mort du dictateur entre 1976–1977 — témoigne ainsi de sa volonté de combattre les mobilisations sociales par la terreur.
  C’est donc avec la volonté d’étendre la définition de terrorisme pour que soient reconnues toutes les victimes, que plaident les associations mémorielles comme celle du 3 mars, afin de favoriser la construction d’une mémoire inclusive et sans discrimination. Ainsi, « la société dans son ensemble doit se sentir intégrée. La mémoire, en tant qu’exercice nécessaire au développement de la convivialité démocratique dans une société plurielle, ne peut en aucun cas taire la réalité vécue par une partie de celle-ci. La mémoire n’est pas le patrimoine exclusif d’un courant idéologique, d’un parti politique ou d’un gouvernement ; la mémoire nous appartient à tous28. » La dénonciation de la part des associations de victimes du franquisme, d’une « discrimination mémorielle », n’est pas centrée sur l’existence du Centre-mémorial en tant que tel, mais bel et bien sur son caractère excluant. Dans le même temps, elles prennent garde à ne pas rentrer dans une logique de concurrence victimaire. Au contraire, elles mettent en évidence le fait qu’il existe une pluralité de mémoires historiques et collectives. En homogénéisant le phénomène terroriste, en le naturalisant, les politiques mémorielles visant à rendre hommage aux victimes du terrorisme déterminent quelles sont les mémoires traumatiques légitimes et quelles sont celles qui ne le sont pas. En voulant figer une mémoire traumatique, celle des victimes du terrorisme, elles participent à nier celles qui ont été victimes de la répression franquiste, pour préserver le mythe transitionnel, mythe fondateur de la démocratie espagnole.
  Il semble toutefois que la situation parlementaire fasse évoluer ces politiques mémorielles. En juillet dernier, le gouvernement a décidé de promulguer une future loi dite de « mémoire démocratique », qui devrait aller plus loin que celle de 2007. Le texte prévoit en effet la création d’un parquet spécialisé pour enquêter sur les violations des droits de l’homme durant la guerre civile et les quarante ans de dictature franquiste29. Ce dernier point est important car il pourrait constituer un tournant décisif dans la reconnaissance par l’État des victimes du franquisme, en brisant la loi d’amnistie de 1977 et en adaptant la législation pénale espagnole au droit international.


1. Les enregistrements audio de la police durant le 3 mars sont disponibles sur le site de l’association de victimes du 3 mars.
2. Directoire Révolutionnaire de Libération Ibérique, DRIL, organisation terroriste et antifasciste qui avait pour objectif de lutter par les armes contre les dictatures de Salazar et de Franco. Le DRIL a organisé une série d’attentats à la bombe. L’une de ces bombes, placée dans la gare de San Sebastián, provoque la mort d’une enfant de 22 mois, Begoña Uñoz, en juin 1960.
3. Paloma Aguilar, Memoria y olvido de la Guerra Civil española, Madrid, Alianza, 1996.
4. Sophie Baby, « Sortir de la guerre civile à retardement : le cas espagnol », Histoire@politique, vol. 3, n° 13, 2007.
4. Voir Danielle Rosemberg, « La mémoire du franquisme dans la construction de l’Espagne démocratique. Les voies incertaines d’une réconciliation nationale », Témoigner. Entre histoire et mémoire, vol. 117, 2014.
5. Sophie Baby, « Vérité, justice, réparation : de l’usage en Espagne de principes internationaux », Matériaux pour l’histoire de notre temps, vol. 3–4, 2013.
6. Bénédicte André-Bazzana, Mitos y mentiras de la transición, El viejo topo, 2006 ; Sophie Baby, Le mythe de la transition pacifique. Violence et politique en Espagne, 1975–1982, Casa de Velázquez, 2012.
7. Mercedes Yusta Rodrigo, « Memoria versus justicia ? La recuperación de la memoria histórica en la España actual », Amnis, Revue d’études des sociétés et cultures contemporaines, Europe — Amérique, vol. 2, 2011.
8. Entretien avec l’association de victimes du 3 mars, octobre 2021.
9. « Dictamen histórico sobre los acontecimientos producidos el 3 de marzo de 1976 en Vitoria ». Les documents sont consultables sur le site de l’association de victimes du 3 mars.
10. Entendre par-là des personnes désignées comme représentantes d’une mémoire historique à faire reconnaître en-dehors de leur groupe d’appartenance.
11. « Las víctimas del 3 de marzo acuden al parlamento europeo para pedir justicia », El País, mars 2006.
12. « Llevaran a la ONU los asesinatos del 3 de marzo de 1976 en Vitoria », La Vanguardia, 27 février 2019.
13. Arnaud Dolidier, Tout le pouvoir à l’assemblée ! Une histoire du mouvement ouvrier espagnol pendant la transition, 1970–1979, Syllepse, 2021.
14. Le documentaire Autonomía obrera par exemple, sorti en 2008, donne la parole aux ouvriers qui se sont engagés dans des mouvements de luttes assembléistes. Ce long-métrage parle ainsi de la lutte de Vitoria sans axer uniquement son propos sur le massacre mais en évoquant la grève générale de deux mois qui a secoué la ville entre janvier et mars 1976.
15. « Vitoria, contra el olvido del tres de marzo », El correo, 3 mars 2021.
16. Ibid.
17. « Por una memoria inclusiva y no parcial », Noticias de Navarra, 16 décembre 2020.
18. Bénédicte André-Bazzana, Mitos y mentiras de la transición, op.cit.
19. Sophie Baby, Le mythe de la transition pacifique. Violence et politique en Espagne, 1975–1982, op.cit.
20. En janvier 1977, un commando armé d’extrême droite assassine trois avocats en droit du travail et membres du Parti Communiste d’Espagne : PCE.
21. Javier Tusell, Alvaro Soto Carmona, eds., Historia de la transición, 1975–1986, Madrid, Alianza, 1996.
22. « Por una memoria inclusiva y no parcial », Noticias de Navarra, 16 décembre 2020, op.cit.
23. Le système de l’appareil répressif d’État franquiste, confronté aux défis posés par l’augmentation des mobilisations populaires, a été réadapté par le chef du gouvernement Carrero Blanco dans les années 1970. Ce système n’a pas été supprimé par la démocratie mais a continué d’être employé pour combattre dès 1978 le Batallón Vasco Español, BVE, puis perfectionné en 1984 lors de la création des Groupes Antiterroristes de Libération : GAL.
24. Sophie Baby, « Sortir de la guerre civile à retardement : le cas espagnol », art. cit.
25. « Un experto asegura que el franquismo uso el terrorismo como acción política », El Diario, 25 novembre 2012.
26. Pau Casanellas, Morir matando. El franquismo ante la practica armada, 1968–1977, La catarata, 2014.
27. « Por una memoria inclusiva y no parcial », op.cit.
28. « PSOE y Unidas Podemos acuerdan enmendar la ley de memoria para que se puedan juzgar crímenes franquistas », Público, 17 novembre 2021.

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