mardi 7 juillet 2020

Elections municipales 2020 : La "vague verte" s'échoue... dans les centres-villes urbains

  Au-delà d'une analyse de l’écologisme politique -et de ses contradictions lucide et fondée, il convient d'apporter quelques précisions : c’est une analyse d’après le deuxième tour des municipales.
   Sur les 35 000 maires de France, 30 000 avaient été élus dès le premier tour, et les écolos n’en faisaient pas partie. C’était la France périphérique qui s’exprimait surtout par… l’absence de candidats. Et donc des listes A toutes seules ; ou qui battent des listes B dès le premier tour de scrutin. Dans un contexte d’abstention déjà massive.
   Il restait à régler le sort des villes de la bonne bourgeoisie et des classes moyennes urbaines, mais aussi des banlieues populaires. Davantage de listes et donc un deuxième tour. Et là encore une abstention -encore plus- massive. Et vous décrivez avec beaucoup d’à propos ces listes attrape-tout où la seule volonté commune des colistiers est… d’être élus.
   Dans ce contexte, les écolos ne pouvaient que gagner sur les deux tableaux. Les beaux quartiers votent pour eux… Et les cités populaires de banlieue votent pour des coalitions “de gauche” à direction parfois écolo, mais en tout cas toujours avec du vert dans la macédoine.
   Lyon, Bordeaux, Strasbourg… et même Annecy, une des villes les plus bourgeoises de France, tombent dans l’escarcelle verte. Des villes, on le reconnaitra, où le niveau de vie moyen est au-dessus de la moyenne nationale.
   Il n’empêche : EELV dirigera la métropole de Lyon, ce qui n’est pas de la petite bière, après avoir obtenu les suffrages d’ 1 habitant de l’agglomération SUR 20 !!! Car c’est une évidence chiffrée : la vague verte est un clapotis sur la mer d’huile de l’abstention.
   Mais voilà, combien de maires “de gauche” de notre banlieue ont retrouvé des réflexes de “gauche plurielle” pour sauver leur fauteuil. Ce faisant, ils envoyaient au conseil métropolitain la majorité verte que la division des droites plus ou moins -ou pas- macronistes a largement favorisée.
   Mais ma conviction, c’est que cela ne reflète aucunement l’état d’esprit du pays aujourd’hui.
En discutant autour de moi, je ressens plutôt une défiance profonde envers tous les politiques.    Absolument tous.

  3 Français sur 5 font la grève des urnes. Ils ne demandent pas la fermeture des centrales nucléaires, ni la transformation des autoroutes en pistes cyclables. De quoi cela est-il annonciateur ? Franchement je n’en sais rien…
Merci UG

  Et tout cela a débouché sur : Mme Pompili, Ministre de de la Transition écologique.



  Ne pas oublier que toute cette agitation, justifiée, pour sauver la planète et le climat, avec pour dernier exemple la Convention citoyenne, est quasiment une "exclusivité" française. En effet, les pays les plus pollueurs de la planète, Chine, Etats-Unis d'Amérique, inde, Russie, etc. ne sont pas dans une telle dynamique..., bien  au contraire. Dans ces conditions, il est certain que ces actions volontaires pour lutter contre le réchauffement climatique auront une efficacité de l'ordre... de l’épaisseur du trait. D'autant plus, que l'accent est mis là où il n'y a pas d'urgence : l'électricité ; avec des fermetures de réacteurs nucléaires, l'essor des EnR, de la VE, etc. Or, d'après l'expertise, ce secteur se révèle être   justement un bon élève car fortement... décarboné.
  En réalité, les vertus cardinales françaises n'apparaissent-elles pas comme autant de coups d'épée dans l'eau? Peut-être que une des solutions serait que nos "verts" politiques, tels MM Jadot, Bayou et Mmes Rivasi, Pompili, ministre tout de même, etc., entreprennent leur "chemin de Compostelle" en se rendant dans ces pays pollueurs pour y porter la bonne parole et tenter de convaincre leurs présidents de se mettre au "vert"... Bien entendu leur voyage se faisant à pied, à cheval, à bicyclette, en train, etc., pour émettre le minimum de CO2. 
 Et là, qui sait, le climat aura sa chance...
Ce pays et sa population rurale sont foutus!

TENIR TÊTE, FEDERER, LIBERER!
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L’écologie est notre avenir… malheureusement.

Descartes

5 juillet 2020


   La soirée électorale du dimanche 28 juin dernier passera probablement à l’histoire comme l’une des soirées les plus étranges en mémoire. Sur les plateaux, on voyait un certain nombre de politiciens – et de politiciennes, n’oublions pas les femmes – plus ou moins ahuris venant commenter des résultats impossibles à commenter. Car en effet, quelle leçon tirer de la victoire de la liste « En avant Trifouillis-les-Oies », EELV+LREM+MODEM+dissidents PS, dans une triangulaire avec « Trifouillis a un avenir ! », LFI+Ensemble+dissident PCF, et « Ensemble pour Trifouillis », PS+PCF+dissidents LFI+dissidents MODEM, chacune bien entendu avec un généreux complément d’associatifs divers et autres « personnalités de la société civile », millionnaire local, activiste animaliste, militant mémoriel, etc.? Ici, la liste gagnante regroupe le PS et LREM sous la direction d’un écologiste. Là-bas on y voit un maire adhérant à LREM conduisant une liste où figurent des personnalités venant de LR mais aussi du PS. Plus loin, on voit la « gauche » rassemblée derrière un homme d’affaires local connu pour ses affaires douteuses…
  Ces élections n’ont fait que confirmer ce qu’avaient montré les présidentielles de 2017 : la naissance d’une politique dominée par les jeux personnels et où la logique collective du parti politique ne joue qu’un rôle mineur. On l’a vue à Paris, avec d’un côté une maire qui cachait sans vergogne l’étiquette PS, et de l’autre deux candidats LREM dont on aurait du mal à dire en quoi ils étaient différents, une fois l’équation personnelle évacuée.
  Mais il semblerait, à écouter les commentateurs politiques, qu’il y ait une nouveauté dans l’air : je fais référence, vous l’aurez compris, à la « vague verte ». Une « vague » qui doit beaucoup plus aux circonstances qu’à un mouvement de fond. Si des personnalités écologistes ont conquis la mairie des grandes villes, c’est parce que l’écologie est devenue le minimum commun dénominateur idéologique des classes intermédiaires, ce qui permet aux personnalités labellisées « écolo » de prendre la tête des coalitions improbables de la carpe et du lapin. Et d’être élues dans un contexte où l’abstention est massive, surtout dans les couches populaires.
  Dans les années 1980, il était presque inconcevable de faire de la politique sans proclamer son attachement à la construction européenne et à une future Europe fédérale. A droite comme à gauche, on communiait dans l’idéal « européen », sauf bien entendu les éternels reprouvés, les « populistes » du FN et du PCF. Aujourd’hui, avec la même passion aveugle, le discours politique fait de l’écologie le nouvel horizon indépassable. Hier, l’Europe était notre avenir. Aujourd’hui, c’est l’écologie. Les partis, les syndicats, les hommes et femmes politiques sont sommés de montrer leur fibre écologique, sans quoi ils sont rejetés dans les poubelles médiatiques, qu’il ne faudrait pas confondre avec les poubelles de l’histoire.
  Mais pour que tout le monde puisse se reconnaitre dans une même étiquette, il faut un travail conséquent de vidange idéologique. Plus l’écologie devient consensuelle, et plus l’écologie perd son unité idéologique pour être remplacée par des écologieS ajustées aux intérêts de tel ou tel groupe politique, économique ou social. Quand on voit que le MEDEF et LFI proclament tous deux que l’avenir sera écologique ou ne sera pas, on est forcé de se demander s’ils parlent de la même chose. L’écologie aujourd’hui, comme l’Europe hier, est devenue une auberge espagnole où chacun trouve ce qu’il veut bien y amener. Dis-moi ce que tu veux justifier, et je te dirai quel écologiste tu es : on trouvera des « écologistes » qui vous expliqueront que le capitalisme avec son besoin de production de masse est le pire ennemi de l’environnement, d’autres « écologistes » vous expliqueront au contraire que le capitalisme, grâce à son efficacité productive est la clé de la réduction de la pression sur les écosystèmes. Vous trouverez des « écologistes » qui font de la lutte contre le réchauffement climatique la priorité des priorités, et des « écologistes » pour qui la suppression du nucléaire vaut bien un peu plus de charbon et de lignite. Il y a des « écologistes » qui vous parlent de décroissance, et d’autres qui vous disent qu’on peut « sauver l’emploi ». Pour résumer, on peut dire que toutes les écologies sont dans la nature… et toutes les contradictions aussi.
  Pour illustrer ce propos, permettez-moi une petite digression : voici ce qu’a déclaré à propos des plans de sauvetage économique Julien Bayou, secrétaire national du parti qui se voit demain diriger les destinées du pays pour le conduire vers le paradis écologique, j’ai nommé, EELV : « Il faut sauver les emplois et non les actionnaires (…). Il faut tirer les leçons de ce qu’on a mal fait pour les mines de charbon : elles étaient condamnées et il y a eu un acharnement thérapeutique pour sauver les patrons des mines et on a laissé et les salariés et les régions sur le carreau » (Matinale de France Inter, 1er juillet 2020).
  Si Bayou connaissait un peu l’histoire de France, il saurait qu’à l’époque où l’on a fermé les mines de charbon les « patrons des mines » avaient disparu depuis fort longtemps. Dès 1944, les houillères sont nationalisées par bassin. Ainsi, par exemple, une ordonnance du 28 novembre 1944 crée les « houillères nationales du nord et du pas de calais » et leur confie les biens et le fonds de commerce des « patrons des mines » de la région. La loi du 17 mai 1946 relative à la nationalisation des combustibles minéraux solides réorganise un secteur totalement nationalisé, et les statuts des Charbonnages de France, qui chapeaute des Houillères de bassin sont fixés par décret le 16 janvier 1947. Quand les mines commencent à être fermées, dans les années 1970, les « patrons des mines » n’existent plus depuis trente ans.
  Vous me direz que Bayou n’est pas le seul politicien qui, ignorant de l’histoire industrielle de notre pays, peut dire n’importe quoi. C’est vrai. Mais dans le cas présent, il met le doigt dans le problème fondamental qui a toujours empêché l’écologie de devenir en France une puissance politique à l’image de ce qui se passe en Autriche ou en Allemagne. On fait traditionnellement de la France un pays d’idéologies, au contraire des pays anglo-saxons qui seraient pragmatiques. En fait, c’est l’inverse : nous sommes le pays de Descartes et de Voltaire, c’est-à-dire, un pays fondamentalement sceptique. Chez nous, le goût des grandes idées et des grands combats est contrebalancé par un solide « bon sens paysan » qui regarde aux intérêts plus qu’aux idées. En Allemagne, beaucoup d’idées deviennent rapidement des mystiques. Pas en France. Et c’est pourquoi les écologistes français ne peuvent pas se contenter de parler des petits oiseaux et des forêts vénérables, mais doivent pour attirer l’électeur – et surtout l’électeur populaire – parler d’emploi, de pouvoir d’achat, de niveau de vie. Plus qu’ailleurs, les écologistes français sont poussés à parler autant de la fin du monde que des fins de mois.
  Au fond, toute la question « écologique » est de savoir si l’on peut améliorer ou même conserver notre qualité de vie tout en réduisant la production de biens. Et à cette question, nos « écologistes politiques » n’apportent aucune réponse rationnelle. Ils se contentent d’en faire un article de foi. On nous explique ainsi que si chacun cultivait ses tomates, la pression écologique serait moindre que si on en achète des tomates cultivées dans des grandes exploitations et transportés aux quatre coins du monde. Mais est-ce vrai ? Cultivées par des agronomes, dans des installations étudiées pour réduire les coûts – et donc les intrants – et optimisées en permanence, la productivité est bien plus élevée que dans des milliers de petits jardins tenus par des amateurs. Au final, on utilise moins d’engrais, moins de pesticides, moins d’eau, moins de travail humain. Et même si une partie de cet avantage est perdu dans le transport, le bilan est au final probablement favorable à la solution industrielle – sans quoi on comprend mal comment elle a réussi à s’imposer.
  Sur cette question se greffe une autre : si demain on allait jusqu’au bout, et qu’on devait réduire le niveau de vie des populations pour réduire la pression sur l’environnement, comment cette réduction serait répartie ? Qui seraient les perdants et les gagnants du partage ? Là encore, c’est un sujet qu’on évite soigneusement. Ou plutôt, on l’évacue comme le fait Bayou en suggérant qu’on fera payer « les patrons ». Or, on sait bien que cela ne suffira pas. C’est le problème de « l’effet pyramide » : les riches sont très riches et consomment beaucoup, mais sont très peu nombreux. Les pauvres, eux, n’ont pas beaucoup mais sont une masse. D’où la célèbre formule d’Alphonse Allais, devenue la devise des ministres des finances : « il faut aller chercher l’argent là où il est, chez les pauvres ». Gageons que c’est sur eux que reposera l’essentiel de la « frugalité ». Ce n’est d’ailleurs pas nouveau : depuis la réforme franciscaine, on ne manque pas d’exemples où les classes dominantes ont prêché les vertus d’une modestie qu’elles ne pratiquaient guère.
  Avec son discours « anti-patrons », Bayou et ses amis cherchent à donner l’illusion qu’on peut concilier écologie et emploi si seulement on se concentre sur les intérêts des salariés. Et cela, ne l’oublions pas, en soutenant un contexte européen qui fait de la concurrence l’alpha et l’oméga de l’organisation économique. Or, on voit bien la contradiction sous-jacente : la concurrence implique une augmentation permanente de la productivité des facteurs – puisque seuls les plus « compétitifs » survivront. Or, si la productivité augmente la seule manière de maintenir l’emploi est d’augmenter la production de manière concomitante… ce qui aboutit à une plus grande pression sur l’environnement.
  On comprend mieux alors la fonction de l’idéologie « écologique » : il s’agit de donner un sens à la baisse du niveau de vie des couches populaires. C’est-à-dire, présenter la frugalité qu’on compte imposer sous les traits d’une vertu qu’il faut pratiquer. Oui, on envoie à la casse la voiture que vous avez eu tant de mal à vous payer et que vous n’avez pas l’argent pour renouveler, mais c’est pour la bonne cause. La référence aux mines dans le commentaire de Bayou n’est pas une coïncidence. Le but de tout ça, c’est d’expliquer aux couches populaires qu’il faut se serrer la ceinture, et pour cela on inverse les termes : on se serait « acharnés » à maintenir les mines ouvertes « pour sauver les patrons des mines », alors que la réalité est exactement l’inverse : on s’est « acharné » à fermer une industrie nationalisée « condamnée » non pas pour des raisons écologiques, qui n’intéressaient personne à l’époque, mais parce que ces mêmes « patrons » trouvaient plus rentable d’acheter du charbon sud-africain exploité dans des conditions infra-humaines plutôt que du charbon français extrait par des mineurs sous statut. Et que lors de la fermeture on a fait pleuvoir des subventions sur toutes sortes d’activités – dont beaucoup étiquetées « écologiques » – qui ont périclité les unes après les autres au fur et à mesure que l’on a fermé les robinets à subventions et que la construction européenne – que les « écologistes » adorent – a rendu la délocalisation plus rentable.
  Mais cette opposition « mineurs-patrons » a une autre fonction : il s’agit aussi d’occulter le rôle des classes intermédiaires dans l’affaire : toute la faute va aux « patrons » imaginaires qu’on a « sauvés ». Pourquoi Bayou, à l’heure de donner des exemples d’activités tenues à bout de bras par les aides et qu’on aurait dû laisser tomber prend pour exemple les mineurs, et non pas le petit commerce, écrasé par les grandes surfaces, ou les journaux, rendus obsolètes par les médias numériques ? Parce que les perdants, dans ces transformations, sont sa « clientèle ». Pas étonnant que la carte des succès écologiques recoupe admirablement celle de l’implantation des classes intermédiaires… et que les écologistes soient « passionnément européens » alors que l’Europe a montré ses effets néfastes, y compris dans le domaine environnemental. Comme quoi, on peut défendre la « libre concurrence » et la « libre circulation » qui provoque des délocalisations massives et lâche des dizaines de milliers de camions sur les routes, et se dire « écologiste »…
  C’est cet ensemble de contradictions qui empêche l’écologie de devenir autre chose que ce qu’elle est : une religion. Elle a ses dogmes, que nous sommes priés d’accepter sans discuter sous peine d’être mis au feu comme hérétiques. Elle a ses prêtres – Greta Thunberg, Nicolas Hulot – censés avoir un lien privilégié avec la divinité qui transforme la moindre banalité sortie de leur bouche en texte sacré, digne de noircir les pages des journaux « de référence ». Elle a aussi ses rituels, comme les « grèves scolaires » et autres « manifestations du vendredi » qui ne changent rien mais permettent aux fidèles de se sentir en communion les uns avec les autres. C’est « le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, (…) l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple ».
  Alors, en 2022, aurons-nous un président écologiste, une majorité écologiste à l’Assemblée ? Sans aucun doute. De la même façon qu’il sera favorable à la construction européenne, quoi que cela puisse vouloir dire. On imagine mal un candidat élu en 2022 qui ne jurerait ses grands dieux sur l’écologie. Et s’il ne l’est pas, il s’y convertira. Après tout, si Paris vaut bien une messe, l' Élysée vaut bien un discours de Greta Thunberg.

lundi 6 juillet 2020

Haute-Marne, Savigny : le "nécessaire" projet de zone industrielle d'éoliennes ; nécessaire, vraiment?

  Comme déjà indiqué précédemment, https://augustinmassin.blogspot.com/2020/06/haute-marne-haute-saone-la-frontiere-un.html, c'est pas moins de 117 turbines, réparties de part et d'autre de la frontière Haute-Marne/Haute-Saône, qui sont déclarées en préfecture. À ce nombre extra-ordinaire, il convient d'ajouter toutes celles qui avancent masquées.
  Sur le territoire concerné en Haute-Marne, c'est EXCLUSIVEMENT la Communauté de communes des Savoirs-Faire qui collabore à tous les projets éoliens.

L' Enfer éolien à venir. Création carte :  association Van d'Osier.

Savigny
  Quelles sont les motivations de Madame le maire, fraîchement réélue avec une majorité de membres de l'ancien conseil municipal, qui justifient l'implantation d'une zone industrielle d'éoliennes dans ce village de 59 habitants*, 49 inscrits sur la liste électorale? https://augustinmassin.blogspot.com/2020/06/haute-marne-haute-saone-la-frontiere-un.html :
"... Il y a un certains nombre d'avantages, notamment en termes de retombées économiques ou fiscales, ainsi que les redevances locatives.[...] qui insiste aussi sur le nécessaire développement des énergies renouvelables".
  D'entrée, passons sur la dernière motivation, qui n'est qu'une phrase bateau, serinée par le lobby éolien et les représentants de l'écologie politique aux oreilles des élus et des médias. L'expertise ayant maintes fois démontrée que le soit disant "nécessaire" s'avérait en fait plutôt un" handicap" pour l'avenir énergétique de la France et pour le climat. Ex : https://augustinmassin.blogspot.com/2020/06/lhumanite-t-elle-besoin-denergie-oui.html
C'est tellement vrai, qu'il y avait bien longtemps qu'un (e) maire n'avait ânonné un tel argument pour justifier l'injustifiable.
  Concentrons-nous sur la première partie de l'intervention de l'élue : les retombées économiques.
Pour le coup, voici l' argument majeur, le seul?, qui est usité SYSTEMATIQUEMENT, aujourd’hui, par les municipalités. Pour cela, Savigny ne déroge pas à la règle.

Quelle est cette situation financière?
  Pour apprécier la situation financière d'une commune, il faut d'abord se procurer les chiffres budgétaires. Il suffit pour cela de se rendre sur le site :
https://www.impots.gouv.fr/cll/zf1/accueil
Puis, dans "finances des collectivités locales", sélectionner la commune.
- Rechercher ensuite le montant de la dette, ou encours ;
- Calculer la capacité de désendettement.
Celle ci s' obtient par : l' encours total de la dette / épargne brute. Cette dernière s' obtient par la différence entre les recettes de fonctionnement (A) et les dépenses réelles de fonctionnement, y compris les intérêts de la dette (B). 
-La capacité de désendettement s'exprime en années. C'est le temps mis à rembourser le capital si on lui consacrait toute l' épargne brute, donc sans dépense d' investissement pendant cette période. Selon les critères de la direction générale des collectivités locales (DGCL), on considère que la situation est :
- Bonne < 8 ans,
- Normale entre 8 et 11 ans,
- Dangereuse entre 11 et 15 ans,
- Critique > 15 ans.
Voyons :
2018
- Encours de la dette 31/12/n : 4 000€, soit 66€/habitant ; 589€/habitant en moyenne pour les communes de même catégorie en Haute-Marne.
- Capacité de désendettement :
 - épargne brute = 44 000€ (A) : 42 000€ + 1 000€ (B + intérêts de la dette ) = 1 000 ;
-  4 000€ : 1000 € = 4 années.
  À priori, les finances de la commune sont saines et se portent bien. Le "nécessaire" développement des EnR, ici comme ailleurs, ne semble pas se vérifier, économiquement parlant. La bonne santé financière de  Savigny n'est pas isolée au "Pays de l'eau".
Source : https://www.impots.gouv.fr/cll/zf1/communegfp/flux.ex?_flowId=accueilcclloc-flow&=&refererExecution=e3s6&pagerecherche=communesgroupement

Alors, qu'est qui motive réellement cette démarche?
  Un début de réponse ici : "qu'elle [Madame le maire] n'a pris part à aucun vote pour éviter les accusations de conflit d'intérêt en tant que propriétaire foncière". Décrypté, il est clair qu'une ou des turbines seront implantées sur des parcelles dont Madame le maire ou un membre de sa famille sont propriétaires. Et, il se murmure, ici et là, que parmi les parcelles ciblées, certaines appartiendraient à... d'autres élus, d'ici et...des villages environnants?
Rappel
"Ce n'est pas une notion définie [le conflit d'intérêts] par la loi française contrairement à celle de prise illégale d'intérêts ; néanmoins, on peut tout de même définir le conflit d'intérêts comme étant un conflit entre la mission confiée à une personne et ses intérêts privés. Ce conflit est capable d'influencer ses choix et la manière dont elle exerce ses fonctions, il peut remettre en cause la neutralité avec laquelle la personne doit accomplir sa mission à cause de ses intérêts personnels."
À suivre...
Source : https://www.novethic.fr/lexique/detail/conflits-d-interets.html

Et, que pensent les administrés de ce projet ? Aux dernières nouvelles, la résistance s'organiserait. À la bonne heure.

*Population municipale légale en vigueur au 1er janvier 2020, millésimée 2017, définie dans les limites territoriales ; en baisse de 5% depuis 2012.

JHM 2020 07 06





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Jeunesse : les "diseurs de bonne aventure" et les bâtisseurs d'avenir d'aujourd'hui portent l'uniforme... vert.

  "... Je n'ai qu'une seule excuse : c'est que j'étais jeune. Je ne suis pas un lâche. J'ai été trompé par ma jeunesse et j'ai été également trompé par ceux qui savais que j'étais jeune. Ils étaient très exactement renseignés. Ils savaient que j'avais vingt ans.[...] C'était des hommes, eux, vieillis, connaissant la vie et les roublardises."
Jean Giono, Le grand troupeau, revue Europe, 1934.
  De tous temps, la génération présente a toujours su manipuler la génération future. Aujourd'hui, les "diseurs de bonne aventure" et les bâtisseurs d'avenir portent l'uniforme... vert.
La jeunesse et le pays sont perdus.

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Avec les éoliennes, l'écologie, c'est du vent !

2020 07 02

Haaaa…. l’ icoulougie et le développement durable ! Qu’est-ce cela me fait rire !

  Tous les écolos me font rire. Surtout les jeunots adeptes de la jeune gourette, un gourou c’est un chef de secte, mais comme il faut tout féminiser dans ce monde de parité, même quand elle stupide, on doit dire je ne sais pas moi une gourette par exemple. Je pense évidemment à la Greta. Il y aura bien des esprits chagrins pour me dire que gourette cela fait penser à se gourer… pas faux. Mais comme Greta et ses jeunes adeptes se gourent en se fourrant leurs petits doigts jusqu’au tréfonds des yeux cela me va bien.
  Déjà ils luttent pour la planète un i-phone dans une main et en faisant la queue chez Mac-do pour un hamburger à la fin.
Ensuite ils veulent des voitures, des trottinettes et des vélos électriques, aux batteries super bonnes pour la planète.
Bon, encore une fois pas grave.
Les batteries sont produites en Chine et tuent pleins de petits Chinois. Le racisme, c’est pas bien mais tuer les petits Chinois, ça c’est bien.
Puis une fois utilisées, les batteries des i-phones, des trottinettes, des vélos, et des bagnoles partent au « recyclage » et terminent sous forme de déchets « ultimes ». Vous savez ce que c’est un déchet ultime ?
  Je vais vous le dire moi, car un écolo cela parle de « déchet ultime », mais un déchet ultime c’est la quintessence d’une vraie merde environnementale dont on ne sait pas quoi faire à part l’enterrer, la jeter à la mer. Et pour ça on a l’Afrique. Alors Black Lives Matter, mais uniquement en Occident, parce que le cour de la vie du petit Africain ne vaut pas grand chose. On a donc la Somalie et quelques autres pays africains où l’Etat est bien faible et la corruption bien haute pour aller y cacher nos « déchets ultimes ».

Les Khmers verts m’emmerdent
  Les Khmers verts m’emmerdent, et plus ils sont jeunes et angoissés climatiquement parlant, plus ils m’emmerdent et m’amusent aussi de tant de naïveté. Je deviens sans doute un vieux con grognon comme dit ma femme.

Et si on arrêtait d’enfouir les pales d’éoliennes ?
  Tiens, parlons des éoliennes. Moi je ne fais pas partie de ceux qui détestent les éoliennes, pour tout vous dire, je trouve presque ce spectacle impressionnant, et j’aime bien prendre les chemins de maintenance pour aller aux pieds de ces engins immenses et les contempler, ce qui agacent mes enfants qui trouvent qu’il fait chaud, que le soleil tape, et qu’il vaudrait mieux aller plus vite à la plage… Bref.
  Cet article de l’Usine Nouvelle explique toute la difficulté qu’il existe à recycler les éoliennes, surtout la partie pales et rotors bourrée de bons produits bien « bio-bio » et méga écolo pour la planète. Notre électricité est verte, et le petit africain est vert aussi quand on lui donne nos déchets ultimes à base de métaux rares et cancérigènes.
  « Et si on arrêtait d’enfouir les pales d’éoliennes ? La demande mondiale de fibre de carbone pour l’éolien est estimée à 20 880 tonnes en 2018. Huit cent quarante tonnes de béton, 300 tonnes d’acier et 25 tonnes de composites, c’est à peu près ce que représente une éolienne de 2 MW. Quelques dizaines seulement de ces moulins à vent ont été démantelées en France depuis l’installation du premier parc en 1996. Dans cinq ans, ils seront 1 500 à laisser la place à des modèles plus puissants. Un nombre qui va inévitablement augmenter compte tenu de l’accélération des investissements en matière d’énergie renouvelable prévus par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). « À partir de 2020, plusieurs centaines de machines devront être démantelées chaque année », prévient Didier Evano »...
  Alors pour cacher ces éoliennes, enfin ces pales et ces moteurs que l’on ne peut pas brûler tellement c’est dégueulasse et cancérigène, on les enterre.
En image cela donne la photo qui illustre cet article.
  Pour en savoir plus vous pouvez écouter cette émission radio également.
  En fait, les khmers verts ne m’amusent pas, ils m’emmerdent.
  Je prendrais l’écologie au sérieux, lorsqu’elle ne se limitera pas à m’emmerder avec le tri de mes poubelles surtout la jaune dont 60 % de ce que j’y mets part avec la verte pour que les incinérateurs aient suffisamment de matières à brûler pour pouvoir incinérer comme il faut.
  Je prendrais l’écologie au sérieux quand ce ne sera plus pour me faire les poches ou me forcer à acheter des trucs encore plus polluants comme changer ma fosse sceptique qui marche très bien mais qui n’a pas de bac à graisse… et ? Rien faut changer, creuser un nouveau trou, faire déplacer deux pelleteuses de 19 tonnes, y mettre une nouvelle cuve en plastique, creuser des nouveaux drains, pas les anciens, pas bien les anciens, puis sortir l’ancienne, reboucher le trou, déplacer la terre en camion bref, faut remplacer un truc qui marche mais et qui n’en a pas besoin… au nom de l’écologie, tout en sachant que c’est hyper polluant de le faire, mais ce n’est pas grave, faut occuper les terrassiers.
  Je prendrais l’écologie au sérieux, quand tous les produits que nous achetons seront réparables facilement et simplement et que nous cesserons de jeter.
  Je prendrais l’écologie au sérieux, lorsque les écolos cesseront de parler de « l’industrie du recyclage », car le produit le plus écolo est celui que l’on n’achète pas, que l’on ne consomme pas, et que l’on ne recycle pas.
Il y a une industrie du recyclage que parce qu’en face il y a une industrie de la surconsommation.
  Je prendrais donc l’écologie au sérieux quand on s’attaquera au consumérisme et que les minots manipulés, endoctrinés, cesseront d’être dans l’émotion de l’angoisse climatique imposée, mais dans la réflexion qui précède l’action légitime, utile et nécessaire.
  Enfin, pour les éoliennes, c’est du vent, comme toute l’écologie actuelle. Je vous invite à écouter cette vidéo.
https://youtu.be/8vOuGhcR43A
  Et voyez le problème avec les Khmers verts, c’est qu’ils font la même chose que les Khmers rouges. De la propagande, des méthodes fascistes, et de l’endoctrinement de la jeunesse avec à la tête des jeunesses Khmers vertes la Greta et je suis génétiquement allergique à toutes les formes d’endoctrinement car elles sont toujours malsaines.
  Au fait, notre grand Reset sera « green », « vert ».
  Nous en reparlerons de ce fascisme qui arrive, et qui sera paré des atours du vert.
  Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

dimanche 5 juillet 2020

Mais pourquoi l'intelligentsia est-elle omnibulée par la dette d'EDF?

François Dos Santos
Agent EDF

  L'obsession de la dette d'EDF est un symptôme de la financiarisation mais aussi de l'incapacité à penser long terme. En ayant peur d'investir en raison de la dette, on met en danger l'avenir énergétique de la France. Pourtant, un coup de rétroviseur est utile.
Le nucléaire, comme d'autres type d'actifs d'ailleurs, aéroports, réseaux, autoroutes..., est un investissement initial important, qui s'amortit sur toute la durée de vie de l'actif, qui est très longue. Schématiquement, cela ressemble à ça :


  La réalité, c'est que toute entreprise qui investit dans ce type d'actif a un endettement qui croit très vite les premières années. D'ailleurs, il suffit de regarder les comptes historiques d'EDF pour s'en rendre compte. Source : rapport bataille, 1998.



  À la fin des années 1980, la dette était de 230 mds de francs, environ 55 mds d'euros. Pourtant, fin 1999, elle n'était plus que de... 17,4 mds d'euros. C'est cohérent avec le cycle évoqué ci dessus.



  Pourtant, dans les années 80, on trouvait déjà des articles de presse et des rapports qui s'alarmaient de la dette. Par exemple, Le Monde du 30 juin 1984. L''histoire a, assurément, donné tort à ces oiseaux de mauvaise augure.


  Durant un séminaire à l' Ecole de Paris du management (2000),  Marcel Boiteux, ancien DG puis Président d'EDF, revenait sur cette lecture court-termiste du sujet endettement ; pour lui, la lecture efficace pour pouvoir qualifier l'endettement était celle sur toute une durée de vie.


  Et dans le même temps, les prix de l'électricité en € constant n'ont fait que baisser à partir du milieu des années 1980. On peut même se demander s'ils n'ont pas trop baissé car au moment de la reprise des investissements (fin 2000), il n'y a pas eu de hausse.


  En effet, si l'on projette les investissements d'EDF dans l'avenir, deux "bosses" sont à prévoir. C'est cohérent avec le  premier graphique : modernisation étant le "major refurbishment", "rénovation importante".


  C'est beaucoup, certes, mais cela va générer des revenus. Il ne faut pas regarder que le CAPEX mais aussi le revenu généré par l'investissement. Si le coût cash du nucléaire "après modernisation" est de 35€/MWh mais que le prix de vente est de 45€/MWh, la valeur créée, en fonctionnant dix ans de plus, est de l'ordre de..40 mds. Il y a 2 différences fondamentales entre le passé et la situation actuelle :
1. Des acquisitions sur 2007-2009 faisant passer la dette de 17 à 44 milliards. Ex :British Energy, 11 mds, CENG, 2,5 mds, SPE Luminus,1,3 mds. La dette n'a plus tout a fait la même origine.
2. Le prix de l'électricité n'est plus administré mais dépend d'une bourse dont les prix sont très volatiles. Le même produit vaut du simple au double selon les périodes. Impossible d'investir sans visibilité. (source : Opera énergie)
  D'ailleurs la relation prix de marché et l'Excédent brut d’exploitation* (EBE) d'EDF est évidente. Les années où les prix sont bas, l' EBE France diminue. Car les variations des prix ont une amplitude plus large que celle des coûts. Et si l' EBE baisse, l'autofinancement se dégrade et la dette augmente.
   Résumons : un acteur économique rationnel ne construit plus rien et n'investit plus dans ce type de contexte. Et c'est à peu près ce qu'il se passe, tous les secteurs soumis à la bourse n'investissent plus. EDF est singulier dans le secteur.
* L’excédent brut d’exploitation correspond à la ressource d’exploitation dégagée par l’entreprise sur une période d’activité. Il s’agit de la part de la valeur ajoutée produite qui revient à l’entreprise et aux apporteurs de capitaux. L’excédent brut d’exploitation est un élément important à apprécier lors de l’analyse d’un compte de résultat.
L’excédent brut d’exploitation est un indicateur que l’on peut retrouver dans les comptes annuels et dans le prévisionnel financier, il est généralement mis en évidence avec les soldes intermédiaires de gestion.
Source : https://www.lecoindesentrepreneurs.fr/excedent-brut-d-exploitation/


  L'électricité. Ce marché très étrange où il y a une bourse qui ne sert à rien. La quasi totalité des investissements dans le secteur reposent sur des tarifs administrés ou des contrats long terme.

  Ce problème sur les prix se retrouve aussi sur les tarifs aux clients. Il est fixé à partir d'une formule de calcul qui ne tient pas compte des coûts ni de la situation économique d'EDF. A l'inverse de ce qui se déroulait dans le passé, où une négociation Etat-EDF, définissait une régulation à long terme et une visibilité.
En résumé :
- Le nucléaire, comme d'autres activités, dont les ENR, est très capitalistique ;
- Ces activités se financent péniblement sur la bourse ;
- Les ENR fonctionnent car elles ont le net avantage d'une garantie de prix, ce qui revient à être subventionnées ;
- Il faut penser sur toute la durée de vie de l'actif quand on veut qualifier un investissement, et pas pousser des cris d'orfraie dès qu'apparait le mot "milliards";
- EDF a déjà eu dans le passé un investissement bien plus élevé et s'est désendetté, tout en baissant ses tarifs.
- EDF a apporté une valeur économique au pays avec une électricité à bas coût : un avantage pour le pouvoir d'achat des particuliers et la compétitivité des industries.
- La plupart des ONG et partis politiques racontent n'importe quoi sur EDF dès qu'il s'agit d'argent.

  J'espère que la France sortira de cette spirale décliniste où elle a peur de tout. Au fond, dire qu'EDF est en difficulté est facile, mais qui va investir, qui va prendre des risques, qui va assurer la sécurité d' approvisionnement du Pays?
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Allemagne : la sortie du nucléaire synonyme d'échec pour le climat?

À lire cette passionnante histoire de la sortie du nucléaire en Allemagne, on mesure, oh combien, à quel point la politique de l'énergie en France, traduit pas la Programmation pluriannuelle de l'énergie 2020 (PPE), est un copie-collé, quasi parfait, des dispositions prises à... Berlin. Or, la situation de départ n'étant pas la même, électricité décarbonée à 90% en France, et, de plus, " dans le contexte de l’échec prévisible de la réalisation des objectifs climatiques" de l' Allemagne, osons la question : que va faire, la France, dans cette galère?

Lire sur le même sujet
- https://allemagne-energies.com/2018/09/28/selon-la-cour-des-comptes-allemande-la-transition-energetique-est-au-bord-de-lechec/
- https://www.lesoir.be/133411/article/2018-01-11/allemagne-merkel-et-schulz-enterrent-les-objectifs-climatiques
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Historique de la sortie du nucléaire

Allemagne-énergies


 
Centrale de Biblis au sud de Francfort, dans la Hesse; 2 réacteurs à eau pressurisée : tranche A, 1200 MWe, mise en service 1974 et tranche B, 1300 MWe, mise en service 1976. Source RWE Power

Résumé exécutif
  L’abandon du nucléaire est un des objectifs emblématiques du tournant énergétique, plébiscité par une large partie de la population. Le parti des Verts, Bündnis 90/Die Grünen, reste historiquement le plus ardent promoteur de la sortie du nucléaire.
  Huit sur les dix-sept tranches nucléaires ont été arrêtées définitivement en 2011, faisant de l’Allemagne le premier pays au monde ayant procédé à l’arrêt prématuré de ses centrales nucléaires sans raison technique ou économique. La production nucléaire comptait pour un quart de la production électrique avant 2011 et avait économisé environ 120 Mt d´émissions de CO2 par an.
  Le planning d’arrêt des neuf tranches restantes, qui doit s’échelonner jusqu’en fin 2022, n’est pas remis en cause. En 2020 six tranches d´une capacité totale nette de 8113 MW, 5 PWR et 1 BWR,  sont encore au réseau.
  Les opérateurs de centrales nucléaire ont engagé des actions en justice contre la loi atomique après la décision de sortie accélérée du nucléaire de 2011 et ont obtenu gain de cause devant la Cour constitutionnelle de Karlsruhe.
  Outre la procédure juridique engagée en Allemagne, l’énergéticien suédois Vattenfall réclame une indemnisation à l’Etat allemand pour l’arrêt prématuré de ses centrales nucléaires devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), tribunal d’arbitrage de la Banque Mondiale situé à Washington. Un jugement est toujours en attente.
  Un autre di­fférend a été réglé en 2017 concernant la gestion de déchets radioactifs. Les exploitants nucléaires ont obtenu une décharge de leur responsabilité en échange du payement d´une somme de 24 milliards d’euros versée dans un fonds public.
  L´État a créé deux nouvelles entités pour assumer la responsabilité de l´entreposage et du stockage définitif des déchets radioactifs.
  Pour le stockage de déchets de moyenne et haute activité et à vie longue, combustibles irradiés, déchets de retraitement dégageant de la chaleur, le gouvernement a décidé une nouvelle recherche d´un site de stockage définitif en raison des critiques sur le processus de sélection de Gorleben précédemment prévu.
  Suivant une loi entrée en vigueur en 2017, le but est de fixer définitivement le site d´implantation à l´horizon des années 2030. En attendant sa mise à disposition, les assemblages irradiés évacués des centrales nucléaires et les déchets de retraitement rapatriés des usines de retraitement de La Hague (France) et Sellafield (Royaume-Uni) sont stockés à sec dans des conteneurs CASTOR dans des halls de stockage construits sur chaque site nucléaire.
  Les déchets de faible et moyenne activité seront stockés définitivement dans l’ancienne mine de fer de Konrad, proche de Salzgitter (Basse-Saxe). La mise en service de Konrad, qui devrait accueillir plus de 90% du volume total des déchets radioactifs allemands, est prévue à partir de 2027.
  Dans le contexte de l’échec prévisible de la réalisation des objectifs climatiques, le débat public soulève à plusieurs reprises la question d’une éventuelle poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires en Allemagne. Après la fermeture des dernières centrales nucléaires, une augmentation des émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie est à craindre.
  L´opinion des allemands sur la sortie du nucléaire est partagée : selon un sondage en 2019 près d’un sur deux pense que la sortie l’énergie nucléaire avant celle du charbon est une erreur.
  Toutefois la sortie du nucléaire d´ici fin 2022 semble irréversible.

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Sommaire

Centrales Nucléaires en fonctionnement en 2010

Calendrier de sortie du nucléaire

Actions en justice des exploitants nucléaires contre la loi atomique

Stockage des assemblages combustibles irradiés sur les sites des centrales nucléaires en attendant la mise à disposition d´un stockage final

Rapatriement des déchets de retraitement des usines de La Hague (France) et Sellafield (Royaume-Uni)

Stockage final des déchets radioactifs

Poursuite éventuelle de l’exploitation des centrales nucléaires pour la protection du climat

Bibliographie

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Centrales Nucléaires en fonctionnement en 2010
  La figure 1 montre les centrales nucléaires en fonctionnement avant Fukushima, soit 17 centrales en exploitation, 11 réacteurs à eau pressurisée, 6 réacteurs à eau bouillante, sur 12 sites avec une capacité installée brute de 21,5 GW, soit environ un quart de la production d’électricité. Le nucléaire a permis d´économiser plus de 120 Mt CO2éq par an.

Fig. 1 : Centrales nucléaires allemandes en fonctionnement en 2010

  Les trois dernières décennies, il y a toujours eu des centrales allemandes dans le top 10 mondial de la production d´électricité annuelle, atw 2019, ce qui prouve l´excellente qualité et la forte disponibilité malgré un cadre politique et médiatique hostile au nucléaire (voir figure 2).
Fig. 2 : Production d´électricité annuelle des centrales nucléaires : le top 10 mondial de depuis1981 (source atw)

Calendrier de sortie du nucléaire
  La figure 3 illustre les principales étapes – parfois contradictoires – du calendrier de sortie du nucléaire, matérialisées par les amendements à la loi Atomique (Atomgesetz) de 2002, 2010 et 2011.


Fig. 3 : Calendriers de sortie du nucléaire – des décisions contradictoires

  La « loi Atomique 2002 » (AtG 2002) prévoyait l´abandon progressif du nucléaire (Lauer 2001). A chaque réacteur était attribué, en térawatt heure, un quota restant à produire par réacteur avant son arrêt définitif. Au total, les réacteurs avaient le droit de produire 2623 TWh supplémentaires à compter du 1er Janvier 2000 correspondant à une durée théorique d´exploitation de chaque centrale de 32 ans. La loi accordait une certaine souplesse dans l´utilisation des quotas alloués, le report de quota d´une centrale vers une autre plus récente était possible. Il n´y avait pas non plus de dates butoirs de fermeture des centrales donc le temps d´arrêt d´un réacteur ne comptait pas mais la consommation du quota entrainait l´arrêt définitif de la centrale. De plus la loi de 2002 interdisait la construction de nouvelles centrales nucléaires ainsi que le transport du combustible irradié vers les centres de retraitement à partir de juillet 2005 et obligeait les exploitants à stocker le combustible irradié sur les sites des centrales.
  Selon la « loi Atomique de 2010 (AtG 2010), le nucléaire devait bénéficier d’une prolongation de fonctionnement au titre de technologie de transition « Brückentechnologie » dans le cadre du concept énergétique 2050 pour aller vers le 80% renouvelable (Lauer 2011a). La prolongation se faisait par l´attribution de ~ 1804 TWh supplémentaires sans limitation de durée, quota attribué individuellement à chaque centrale, correspondant à un allongement de durée d´exploitation de 12 ans en moyenne.
  Toutefois, cet allongement de la durée de production des centrales nucléaires se révéla impopulaire. Fukushima, mars 2011, fournit l’occasion de faire marche arrière (Lauer 2011b).
  La "loi Atomique 2011 (AtG 2011) entérine la fermeture immédiate et définitive de 8 réacteurs. Pour les 9 restants : retour aux quotas d´ électricité de 2002, quotas de production restants au 31.12.2013 : 693 TWh, avec introduction d´une date finale d´exploitation fixe, arrêt des derniers réacteurs fin 2022.
  Il n´ y avait aucune raison valable, technique ou de sûreté pour la sortie accélérée du nucléaire après l´accident de Fukushima. Le gouvernement allemand a décidé cette sortie sous la pression de l´opinion publique dans le contexte d’une année électorale délicate et sans aucune concertation avec ses partenaires européens.
  La figure 4 montre les dates d´arrêt définitif des centrales nucléaires après entrée en vigueur de la « loi atomique 2011 ». En 2011 l’Allemagne a fermé d´un coup huit centrales nucléaires d’une capacité nette de ~ 8 400 MW dont 5000 MW en Allemagne du sud.


Fig. 4 Dates d´arrêt définitif des centrales nucléaires après entrée en vigueur de la "loi Atomique 2011"

  A partir de 2015 la capacité nucléaire est progressivement diminuée. La centrale de Grafenrheinfeld en Bavière a été arrêtée définitivement en juin 2015, la centrale de Gundremmingen B, également en Bavière, fin 2017 (Allemagne-Energies 2018a) et la tranche 2 de la centrale de Philippsburg, Bade-Wurtemberg, le 31.12.2019 (Allemagne-Energies 2019).
  Six tranches d´une puissance électrique totale nette de 8107 MW sont encore en service. Trois tranches d´une puissance électrique totale nette de 4058 MW seront arrêtées définitivement fin 2021 et les trois tranches restantes au plus tard fin 2022.
  Compte tenu du retard sur le développement du réseau, cette situation sera un challenge pour la sécurité du réseau, notamment du Sud de l´Allemagne, où réside une partie importante de l’industrie et donc de la consommation électrique. Afin d´assurer la sécurité du système électrique dans la période allant de l´arrêt du nucléaire jusqu´à la mise à disposition des nouvelles lignes à courant continu devant acheminer l´électricité vers l´Allemagne du Sud, l´Agence Fédérale des Réseaux (BNetzA 2017) a approuvé la construction de 1200 MW de capacité de soutien de réseau (besondere netztechnische Betriebsmittel).
  Les gestionnaires des réseaux de transport Amprion, TenneT et TransnetBW ont lancé des appels d´offres d´un volume de 1200 MW en 2018 (TenneT 2018). Les appels d’offres sont «technologiquement neutres» et portent sur quatre régions du sud de l’Allemagne, dans lesquelles une capacité de 300 MW sera attribuée à chacune. Il est possible de faire appel à des installations conventionnelles de production, telles que des centrales à gaz, qu´à des charges interruptibles et à des installations de stockage.
  La mise en service des installations est prévue à partir d´octobre 2022. Elles seront maintenues en fonctionnement pendant dix ans et financées par le tarif d´utilisation du réseau.

Actions en justice des exploitants nucléaires contre la loi atomique
La « loi Atomique 2011 » ne prévoit aucune compensation pour les pertes de recette liées à l’arrêt immédiat des 8 réacteurs et aux dates-butoirs imposées pour les 9 restants (Lauer 2014).
  RWE, E.ON et Vattenfall ont déposé recours auprès de la Cour Constitutionnelle allemande pour inconstitutionnalité du 13° amendement de la loi atomique. EnBW n’a pas fait de recours en justice.
  Outre la procédure juridique engagée en Allemagne, l’énergéticien suédois Vattenfall réclame plus de 6 milliards d’Euros intérêts inclus à l’Etat allemand (Deutscher Bundestag 2019a) pour l’arrêt de Krümmel et Brunsbüttel devant le CIRDI (Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements), tribunal d’arbitrage de la Banque Mondiale situé à Washington. Le gouvernement allemand a rejeté en totalité cette demande de dédommagement de Vattenfall. RWE et E.ON, producteurs allemands, ne peuvent utiliser ce recours.
  Le jugement du CIRDI était initialement attendu en 2018 mais, en novembre 2018, le gouvernement allemand a fait une demande de disqualification des 3 juges du CIRDI pour partialité (Deutscher Bundestag 2018) : cette demande a été rejetée le 6 mars 2019 par le président par intérim de la Banque Mondiale (ICSID 2019). Un jugement du CIRDI est attendu courant 2020.
  En décembre 2016, la Cour Constitutionnelle allemande de Karlsruhe a rendu un jugement selon lequel les électriciens sont en droit d’exiger une indemnisation pour (Lauer 2016a) : 
  • les pertes d´exploitation par rapport aux quotas d’énergie accordés dans le cadre de la Loi Atomique de 2002. Celle-ci attribuait un quota, en térawattheure, à produire par réacteur. La loi Atomique de 2011 a rendu impossible la production de ces quotas.
  • les investissements engagés entre le 28 octobre 2010 et 16 mars 2011 suite à l´allongement de durée d´exploitation de 12 ans en moyenne fixé par la Loi Atomique de 2010.
  Berlin avait jusqu’à mi – 2018 pour modifier la loi Atomique de 2011 dans le sens du jugement de la cour constitutionnelle. Mais la Cour ne remet pas en question la sortie du nucléaire d’ici 2022. Il n’y a donc pas d’ « expropriation illégale » comme invoquée par les exploitants.
  Pour la mise en œuvre du jugement, le législateur a modifié par amendement la Loi Atomique dans ce sens (BMU 2018), (Allemagne-Energies 2018b).
  Selon les premières estimations, le montant des indemnités financières approcherait le milliard d´Euros pour RWE et Vattenfall, loin toutefois des 19 milliards d’Euros initialement estimés par les exploitants. Le montant final ne sera fixé qu´en 2023 car les quotas non consommés ne seront connus qu´à ce moment-là, après l´arrêt définitif de tous les réacteurs nucléaires.
  E.ON est dans un cas différent, disposant de la possibilité de consommer son quota dans ses centrales nucléaires encore en service.
  RWE, E.ON et EnBW ont également porté plainte contre la taxe sur le combustible nucléaire. La taxe sur le combustible nucléaire fut décidée en 2010 avec la prolongation de fonctionnement du nucléaire en Allemagne. Elle a ensuite été maintenue par l’Etat malgré la décision de 2011 de la sortie accélérée du nucléaire.
  La Cour Constitutionnelle allemande a jugé début juin 2017 que la taxation du combustible nucléaire était illégale (Lauer 2017). Les exploitants nucléaires E.ON, RWE et EnBW ont reçu un remboursement de 7 milliards d’Euros intérêts inclus.

Stockage des assemblages combustibles irradiés sur les sites des centrales nucléaires en attendant la mise à disposition d´un stockage final
  En attendant la mise à disposition d´un site de stockage définitif, les assemblages irradiés évacués des centrales nucléaires sont stockés à sec dans des conteneurs CASTOR dans des halls de stockage, voir figure 5, construits sur chaque site conformément à l´amendement de 2002 de la loi Atomique 2002 (voir plus haut).


Fig. 5 : Hall de stockage pour conteneurs CASTOR

Rapatriement des déchets de retraitement des usines de La Hague (France) et Sellafield (Royaume-Uni)
  Jusqu'en 2005 les exploitants nucléaires ont fait retraiter leurs assemblages irradiés en France et au Royaume -Uni. Depuis mi-2005 le transport du combustible irradié vers les centres de retraitement à l´étranger est interdit selon la loi Atomique 2002 (voir plus haut).
  Le droit international oblige l´Allemagne à la reprise des déchets de retraitement. En grande partie ces déchets ont été déjà retournés en Allemagne : en 2011, 108 conteneurs CASTOR contenant des déchets hautement radioactifs de l´usine de retraitement de La Hague avaient été transportés au centre de stockage de Gorleben.
25 autres conteneurs CASTOR contenant des déchets vitrifiés de retraitement doivent être rapatriés dans les prochaines années (BGZ 2019). Il est prévu de stocker ces 25 conteneurs dans des halls de stockage sur des sites nucléaires. Quatre sites ont été sélectionnés pour récupérer ces déchets (voir figure 6).

Fig. 6 : Rapatriement prévu des 25 conteneurs CASTOR contenant des déchets vitrifiés de retraitement (source BGZ)

  Les procédures d´autorisation suivant la loi atomique sont conduites par BGZ depuis janvier 2019 (voir ci-dessous). Le rapatriement des conteneurs est prévu à partir de 2020.

Stockage final des déchets radioactifs
  Avec l´évacuation du combustible et le démantèlement des centrales nucléaires, la question du stockage des déchets radioactifs revient à la une (Lauer 2016c).
  Pour les déchets radioactifs dépassant le seuil de libération défini par l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement (BMJV), le concept allemand repose sur deux lieux différents de stockage final : un pour le stockage de déchets de faible et moyenne activité « FMA – VC », déchets d‘exploitation et de démantèlement des centrales dégageant très peu de chaleur, et un autre pour le stockage de déchets de moyenne et haute activité et à vie longue « HA et MA – VL », combustibles irradiés, déchets vitrifiés de retraitement dégageant de la chaleur.
  Les futurs déchets « FMA – VC » seront stockés dans l’ancienne mine de fer de Konrad, proche de Salzgitter (Basse-Saxe). Konrad, qui devrait accueillir plus de 90% du volume total des déchets radioactifs allemands, est actuellement en construction et sa mise en service maintenant prévue à partir de 2027, soit un retard de presque 5 ans sur le planning initial, voir communiqué de presse BGE mars 2018 (BGE 2018a).
  Il existe 2 autres sites de stockage de déchets « FMA – VC » : les anciennes mines de sel d’Asse et de Morsleben. Les 2 sites n´accueillent plus de déchets. Il est prévu de récupérer entièrement ceux stockés dans la mine d´Asse et de fermer définitivement la mine de Morsleben.


Fig. 7 Sites de stockage définitif de déchets radioactifs

   Concernant le stockage définitif des déchets « HA et MA – VL » exothermiques d´environ 30000 m³, la situation reste en attente des décisions du gouvernement. Le site de référence était initialement le dôme de sel de Gorleben en exploration depuis 1979 (voir figure 7). Cependant, le gouvernement a décidé une nouvelle recherche d´un site de stockage définitif des déchets exothermiques en raison des critiques sur le processus de sélection de Gorleben. Une loi est entrée en vigueur en 2017 qui décrit le processus de sélection du site. Le but est de fixer définitivement le site d´implantation à l´horizon des années 2030. Ensuite seulement pourront commencer l´aménagement et la construction du site qui mettra 20 ans ou plus. Toutefois, le chemin menant à la décision finale d´un site de stockage pour les déchets de haute activité sera long et rocailleux et le choix du site devenu une tâche de générations.
  Les coûts de la gestion des déchets radioactifs sont supportés par les exploitants nucléaires. Mais compte tenu de l’issue totalement incertaine du projet, le gouvernement et les exploitants ont trouvé un accord fin 2016 après de longues négociations (Lauer 2016b). Les énergéticiens conservent la charge de la fermeture et du démantèlement des centrales, ainsi que de l’empaquetage des déchets, mais l´État assume désormais la responsabilité pour l´entreposage et stockage définitif des déchets.
  Pour cela l´État a créé deux nouvelles entités :
  • La société fédérale pour la sûreté du stockage définitif BASE (Bundesamt für die Sicherheit der nuklearen Entsorgung) est responsable pour l´exploration, la construction, l´exploitation et la fermeture des sites de stockage définitif des déchets radioactifs. Elle est notamment chargée de la recherche d´un nouveau site de stockage définitif des déchets « HA et MA – VL » et de la préservation du dôme de sel de Gorleben en attente d´une décision sur le site de stockage définitif (BASE)
  • La société fédérale pour le stockage intérimaire des déchets BGZ (Bundesgesellschaft für Zwischenlagerung). Elle est responsable pour le stockage intérimaire des déchets « HA et MA – VL » entreposés sur les sites centraux de Gorleben et Ahaus ainsi que dans les 12 halls de stockage construits sur chaque site de centrales nucléaires, notamment pour le stockage des assemblages irradiés à sec dans des conteneurs CASTOR. La responsabilité pour les sites centraux et les sites décentralisés auprès des centrales nucléaires a été transférée à la BGZ début 2019. Depuis 2020 la BGZ a également pris en charge les 12 installations d´entreposage des déchets de faible et moyenne radioactivité situées sur les sites de centrales nucléaires (BGZ). Dans ces installations sont stockés temporairement les déchets résiduels provenant de l’exploitation et du démantèlement des centrales nucléaires jusqu’à leur transfert vers le centre de stockage de Konrad (voir plus haut).
  Pour le financement des coûts de stockage, les énergéticiens ont versé ~ 24,1 milliards d’Euros dans un fonds public de gestion des déchets nucléaires. La loi pour la création du fonds public (BMJV 2017a) est entrée en vigueur en juin 2017 après feu vert de la Commission européenne.
  Selon la loi de 2017 pour la transparence sur le démantèlement des centrales nucléaires (BMJV 2017b), les énergéticiens sont obligés de transmettre annuellement à l´Office fédéral de l’économie et du contrôle de l’exportation (Bundesamt für Wirtschaft und Ausfuhrkontrolle, BAFA) un plan des provisions pour les coûts de fermeture et de démantèlement des centrales ainsi que pour l’empaquetage des déchets. Après examen par l´office fédéral, les informations sont soumises au parlement pour information. Selon le dernier rapport, les provisions des énergéticiens seraient suffisantes (Deutscher Bundestag 2019b). Les provisions enregistrées dans les bilans s´élèvent à 21,9 milliards d´Euros au 31.12.2018 pour les 23 centrales. Pour les années 2019 à 2021 les dépenses de démantèlement sont estimées à 1,5 milliards d´Euros par an.

Poursuite éventuelle de l’exploitation des centrales nucléaires pour la protection du climat
  Dans le contexte de l’échec prévisible de la réalisation des objectifs climatiques, le débat public soulève à plusieurs reprises la question d’une éventuelle poursuite de l’exploitation des centrales nucléaires en Allemagne.
  Après la fermeture des dernières centrales nucléaires, il est donc à craindre qu´avec une croissance faible de l’énergie éolienne terrestre et dans le but d’accroître l’électromobilité et l’utilisation des pompes à chaleur pour le chauffage, les émissions de CO2 dans le secteur de l’énergie puissent à nouveau augmenter d´ici 2022.
  De plus, d’ici 2022, il faudra compenser environ 75 TWh de production nucléaire restante bas carbone par des renouvelables.
  L´opinion des allemands sur la sortie du nucléaire est partagée : près d’un sur deux pense que la sortie de l’énergie nucléaire avant celle du charbon est une erreur – sondage réalisé par l’institut Civey en février 2019 à la demande du Verivox, plus grand portail indépendant de comparaison d’énergie en Allemagne, sur 5 006 personnes âgées de 18 ans et plus (Verivox 2019). La sortie du nucléaire est toujours perçue comme prioritaire par la moitié des citoyens (49,5%) alors que 44,1% estiment qu´il fallait commencer par la sortie du charbon : la question de la plus grande nuisibilité du nucléaire ou du charbon suit leur appartenance politique. Les électeurs des Verts et des sociaux-démocrates mais aussi 54% des femmes approuvent majoritairement la sortie prioritaire du nucléaire tandis que les électeurs des chrétiens démocrates et des libéraux auraient préféré un ordre inverse c´est-à-dire d´abord commencer par la sortie du charbon.
  Toutefois la sortie du nucléaire d´ici fin 2022 semble irréversible. C´est aussi l´avis de l’Association allemande du nucléaire (KernD 2019).
  D’un point de vue technique, les centrales nucléaires en Allemagne pourraient être exploitées plus longtemps que ne le prescrit la loi atomique. Toutefois, en raison de la préparation avancée de la fermeture définitive des centrales, il y aurait des obstacles considérables entre-temps, par exemple en ce qui concerne la disponibilité de personnel d´exploitation suffisamment qualifié et l’approvisionnement en assemblages combustibles. Des exigences règlementaires supplémentaires se présenteraient également et un ajustement de la législation, modification de la loi atomique, serait nécessaire.
  Toutefois, l’énergie nucléaire est une énergie pilotable et décarbonée et devrait continuer à contribuer à la production d´électricité au niveau européen.

Bibliographie

Allemagne-Energies (2018a) Arrêt définitif de la tranche B de la centrale nucléaire de Gundremmingen après 33 ans. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/01/08/arret-definitif-de-la-tranche-b-de-la-centrale-nucleaire-de-gundremmingen-apres-33-ans/.

Allemagne-Energies (2018b) Sortie accélérée du nucléaire en Allemagne – dédommagement des énergéticiens. En ligne : https://allemagne-energies.com/2018/05/01/sortie-acceleree-du-nucleaire-en-allemagne-dedommagement-des-energeticiens-en-perspective/.

Allemagne-Energies (2019) Arrêt définitif de la tranche 2 de la centrale nucléaire de Philippsburg après 35 ans. En ligne : https://allemagne-energies.com/2019/12/29/arret-definitif-de-la-tranche-2-de-la-centrale-nucleaire-de-philippsburg-apres-35-ans/.

atw (2019) Operating Results 2018. Top Ten : Electricity production 1981 to 2018, Nuclear Power Plants. In : International Journal of Nuclear Power (atw), vol. 64, n° 5.

BASE Aufgabe des BASE. Bundesamt für die Sicherheit der nuklearen Entsorgung. En ligne : https://www.base.bund.de/DE/base/bundesamt/aufgaben/aufgaben_node.html.

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Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode XVII

Précédemment
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode I
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode II
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode III
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode IV
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode V
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode VI
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode VII
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode VIII
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode IX
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode X
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode XI
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode XII
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode XIII
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode XIV
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode XV
Haute-Marne : il était une fois la ville de Fayl-Billot et des villages du canton, Épisode XVI

Claude-Jules Briffaut est né à Vicq, le 25 août 1830. Ordonné prêtre à Langres le 3 mars 1855, il fut nommé vicaire à Fayl-Billot le 16 mars de la même année et occupa cette fonction jusqu'au 1er septembre 1866, date à laquelle il devint curé de Pierrefaites-Montesson. Le 17 février il fut nommé curé de Bussières-les-Belmont. Sous une apparence sévère, il se dévoua toute sa vie pour les pauvres et les malheureux, allant même jusqu'à créer un hôpital. La paralysie qui le frappa deux ans avant sa mort, survenue le 7 avril 1897, à Bussières-les-Belmont, lui interdit ensuite toute activité, à son plus grand désarroi.

   À cette époque on trouve un seigneur appelé Durand de Poinson, Durannus de Poyssum, témoin d'une donation faite à l'abbaye de Belmont. Un autre, Etienne de Poinson, Stephanus de Poissons, fit, en 1268,du bien au même établissement. La seigneurie appartenait en 1573 à Madame de Rie, et, en 1577, à M. de Chabot. Elle passa ensuite à M.André de Froment, seigneur de Bize, marié à Catherine de Sertieux (62).
   Pendant la guerre de Franche-Comté, Poinson eut beaucoup à souffrir. En 1636, les ennemis s'en étaient emparés, et Forkatz, qui commandait un corps de Croates, y avait établi son quartier-général. Situé sur la frontière de France, il se trouvait continuellement exposé aux incursions et au pillage des ennemis. En 1659, M. de Froment obtint du roi pour ce village une sauvegarde ainsi conçue :
" Le roi voulant exempter de tous logements et course de ses gens de guerre le village et paroisse de Poinçon en Bourgogne, proche de Langres, appartenant au sieur Froment, sergent de bataille ès-armées de Sa Majesté, ci-devant sergent à Landrecies, en considération de ses bons et fidèles services. Sa Majesté défend expressément à tous chefs et officiers commandant et conduisant sesdits gens de guerre, tant de cheval que de pied, français et étrangers de loger ni souffrir qu'il soit logé aucun de ceux étant sous leur charge dans ledit village, si ce n'est par ordre et département exprès de Sa Majesté ou de ses lieutenants généraux, ni qu'il y soit pris, enlevé ou fourrage aucune chose à peine auxdits chefs et officiers désobéissants et aux soldats de la vie. À quoi Sa Majesté enjoint à tous prévosts des maréchaux et autres juges de tenir la main, et permet audit sieur Froment de faire mettre et apposer les armoiries de Sa Majesté en tel endroit et advenues dudit village que bon lui semblera pour montrer comme il est en la protection et sauvegarde de Sa Majesté.
Fait à Lyon le 8 décembre 1659.
Signé : Louis
Et au bas : Letellier.
"
  Au commencement du XVIIIe siècle, la seigneurie de Poinson appartenait à M.Pierre-Désiré de Boitouzet, chevalier, marquis d' Ormenans, capitaine de dragons, seigneur de plusieurs villages. Il demeurait ordinairement à Coulans ou Courlan en Franche-Comté. Il fut longtemps en procès avec la commune au sujet du bois. En 1740, il vendit la terre de Poinson à François-Hubert Heudelot, écuyer, baron de Pressigny, qui en fit reprise et en donna un dénombrement le 7 mars de cette année. Il mourut en février 1744, et sa veuve Marie d' Aubert eut la tutelle de ses enfants. Leur fille Françoise, marquise de Saint-Simon, était, en 1757, dame de Poinson. Elle vendit cette propriété à M.Grisot, marié à une demoiselle Clerget, de Fayl-Billot. Ce fut le dernier seigneur.
   Le château de Poinson existe encore. Il est situé au milieu du village, à côté du presbytère. Il n'a jamais été fortifié. Ces mots : la Citadelle, Derrière la Citadelle, Derrière la Tour, employés pour désigner les terres labourables qui sont au nord du village, n'indiquent rien autre chose que l'existence d'un colombier qu'on avait élevé à peu de distance du château.



Poinson-lès-Fayl : le château.

   L'église fut reconstruite en 1544, et érigée en église paroissiale par Mgr. Zamet, vers l'an 1621. Auparavant elle était annexée à Pressigny. Elle est placée sous le vocable de saint Martin. Il n'y a qu'une nef et deux chapelles formant transept : c'est la croix latine nettement représentée. Cet édifice dans son ensemble est regardé avec raison comme une belle église de campagne.

Eglise Saint-Martin. Photos © Micheline et Michel Beaubouchez (F5PLC)





   Le Pouillé de l'an 1745 fait mention d'une chapelle récemment érigée dans cette église en l'honneur de l'auguste Sacrement de l' Eucharistie. La collation de ce bénéfice appartenait à la famille des Chalochet et, après son extinction, au procureur de la confrérie du Très-Saint Sacrement.
   Le village était du diocèse de Langres et du doyenné de Pierrefaite. Quoique enclavé dans la Champagne, il appartenait au duché de Bourgogne et ressortissait du bailliage de Dijon et de la subdélégation de Fayl-Billot. Il y avait une justice seigneuriale.
   En vertu de lettres patentes données par Louis XIII au mois de novembre 1616, les habitants faisaient usage de sel blanc et le prenaient dans les salines du comté de Bourgogne.
   Poinson est un pays de cultivateurs. Il y a aussi quelques vanniers.

Saint-Pérégrin

   Il y a dans les bois de Poinson une ferme qu'on appelle Saint-Pérégrin. C'était un ermitage célèbre, dont on ne sait pas l'origine. L'histoire ecclésiastique fait mention d'un saint nommé Pérégrin, premier évêque d' Auxerre, envoyé en Gaule par le pape Sixte II, vers l'an 258. Il n'est pas probable que l'ermitage remonte à cette époque ; mais on a pu le dédier à ce saint.
   Voici ce qu'on dit sur la formation de cet établissement. Au temps des Croisades, un jeune seigneur de Pressigny partit pour la Terre sainte. Dans un combat contre les infidèles il fut blessé et compté parmi les morts. Son épouse, se croyant veuve, contracta un second mariage. Quelques années après, le brave chevalier revint. Apprenant ce qui s'était passé, il prit la résolution d'embrasser la vie religieuse. Il bâtit une cabane au milieu de la forêt, y vécut en ermite, et fut appelé à cause de ses vertus sanctus peregrinus, le saint voyageur, le saint étranger ou Saint-Pérégrin. Quand il fut sur le point de mourir, il appela le seigneur et la dame de Pressigny, leur déclara qui il était, et leur fit promettre d'entretenir à perpétuité un ermitage à cet endroit.
   Quelques-une affirment que ce récit est purement imaginaire ; d'autres prétendent que telle est la tradition. Quoi qu'il en soit, il y a dans l'église de Genevrières des reliques de saint Pérégrin qui paraissent authentiques.
   Saint Pérégrin était un des principaux ermitages du diocèse. En 1653, il était habité par un ancien serviteur du prince de Condé. Le 20 juillet de cette année, il y eu une réunion d'une grande partie de la noblesse du Bassigny, dans laquelle "estoient gens de très grande considération dans les emplois qu'ils ont eus cy devant (63)." À ce frère succéda un garde-chapelle, qui payait pour son loyer quatre livres de rente au curé de Poinson. Alors les fidèles du voisinage faisaient, à certains jours de l'année, des offrandes volontaires à la chapelle. Voilà tout ce qu'on peut dire de Saint-Pérégrin avant 1670, époque de l'arrivée d'un personnage illustre, d'un pieux anachorète connu sous le nom de Jean-Jacques.
   Jean-Jacques était le fils naturel de Henri IV et de Jacqueline de Breuil, comtesse de Moret. Il avait une taille élevée, un air majestueux, un visage gai, des yeux vifs et brillants, des manières nobles et beaucoup d'esprit. Il savait quatre langues : le français, le latin, l'espagnol et l'italien. Il avait étudié et possédait très-bien la philosophie, la géographie et l' histoire. Il connaissait parfaitement le secret des fortifications, l'art d'assiéger les villes et la manière de ranger les armées en bataille.


Frère Jean-Jacques

  Ce fut le 1er septembre 1632, sous les murs de Castelnaudary, ou Montmorency fut vaincu et fait prisonnier, qu'il forma la résolution de quitter l'état militaire et le monde. Après avoir sérieusement examiné le genre de vie de tous les ordres religieux, il embrassa celui des ermites de Saint-Jean-Baptiste (64), qui se rapprochaient le plus des premiers solitaires de l'église naissante.
  Après avoir reçu l'habit religieux et le nom de Jean-Jacques, il demeura successivement en divers ermitages dans les diocèses de Vienne, du Puy, de Genève, de Lyon, alla visiter le saint suaire à Turin, passa en Italie, fit le pèlerinage de Rome et de Lorette, et puis se retira dans une forêt à quelques lieues de Venise. De là il revint en Lorraine occuper l'ermitage de Martemont, diocèse de Toul, qui était vacant. La guerre l'ayant obligé d'en sortir, il se réfugia dans l'ermitage de Doulevant-le-Château (65), dont le jardin était au diocèse de Langres, et la maison de celui de Toul. À peine y eût-il passé six mois, qu'il vit sa demeure assiégée par une foule de malades des deux sexes, infectés de lèpre et de gale, qui venaient boire et se laver à la fontaine voisine, dont les eaux minérales étaient estimées fort salutaires.   Ce concours du peuple troublait la solitude de notre religieux ; il prit le parti d'abandonner ce poste à des garde-chapelle (66). Il se transporta à l'ermitage de Saint-Quinefort au diocèse de Reims, où il tomba malade. M.Gontier, vicaire-général de Mgr. l' Évêque de Langres (67), députa vers lui deux solitaires pour l'engager à venir en Bourgogne, afin d'y former un noviciat capable de remplir de saints hommes les quatre-vingts ermitages du diocèse. Frère Jean-Jacques accepta l'invitation. Il avait à choisir entre ces nombreuses retraites ; mais il aima mieux s'en créer une nouvelle. Il se fixa, vers l'an 1664, dans une caverne de la forêt d' Oisilly, près Mirebeau , où il pratiqua de grandes austérités. Le bruit d'une vie si extraordinaire se répandit bientôt, et plusieurs jeunes gens vinrent se ranger sous la conduite de ce saint vieillard. Il reçut, en peu de temps, treize novices qui tous persévérèrent dans leur vocation.
  Mais les honneurs qu'on rendait à ses vertus alarmèrent son humilité. Pour vivre dans la solitude et être inconnu du monde, il forma le dessein d'aller en Espagne.

   Juillet 2020 : Saint-Pérégrin, avec son étang. Photos AP






À suivre...
L'abbé Briffaut, Histoire de la ville de FAYL-BILLOT et notices sur les villages du canton, 1860, pp.

271-278, Monographies des villes et villages de France, Le Livre d'histoire-Lorisse, Paris 2012.

62.  Cette famille était très-pieuse. Elle était affiliée à l'ordre des Chartreux, comme l'indique la lettre suivante :
  " Frère Jean, prieur de Chartreuse et général de l'ordre des Chartreux, et les deffiniteurs du chapitre général, à nos chers et bien aymés en Notre Seigneur, noble André de Froment, escuier  seigneur de Bize, dame Catherine de Sertieux sa femme. Charles-Luc de Froment leur fils et Isabeau de Froment leur fille, salut.
  Le secours que toutes les parties du monde s'entredonnent réciproquement  ne contribue point davantage à leurs conservations que l'assistance mutuelle de ceux qui composent le corps mystique de Notre Sauveur sert à les maintenir en sa grâce et les faire arriver à leur fin dernière : car Dieu qui est la charité mesme se plaist à cette union qu'il nous a tant recommandée et récompense de mutuelles bénédictions ceux qui en font un fidel uzage pour le bien de leur prochain : c'est pourquoy nous vous donnons bien volontier à la prière que nous en faict le vénérable père dom Léon de Francqueville, prieur de la Chartreuse du Saint-Esprit de Lyon, la pleine et entière participation que vous désirés à toutes les messes, psalmodies, oraisons, jeûnes, veilles, abstinences, aumosnes et tels autres exercices de piété qui se font et, Dieu aydant, se feront dans toutes les maisons de nostre ordre : voulons qu'après vos décès que nous souhaittons estre  heureux en suitte d'une longue et saincte vie, on ordonne dans nostre chapitre général des messes et autres prières dans tout nostre dit Ordre pour le repos de vos âmes : cependant nous vous exhortons d'avoir toujours le coeur attaché au ciel parmi les richesses de la terre qui vous doibvent servir de moyen pour arriver à l'éternité bienheureuse.
Donné en Chartreuse seant nostre Chapitre général le 26 may 1666."

63.Voir leurs noms au chapitre III de ce volume. 

64. Cette congrégation avait été établie, vers l'an 1630, par frère Michel de Sainte-Sabine. C'était un prêtre fort pieux et d'une grande austérité, qui, ayant reçu de Dieu un zèle tout particulier pour la vie solitaire, entreprit de ramener les ermites de son temps à la perfection des anachorètes d'autrefois.Après beaucoup de voyages et de travaux, il publia une constitution en vingt-deux articles, et donna le nom de saint Jean-Baptiste qui le premier a habité les déserts.

65. Chef-lieu de canton du département de la Haute-Marne.

66. Les guerres alors si fréquentes obligeaient souvent les solitaires à quitter leurs retraites. Les ermitages demeuraient inhabités et leur mobilier exposé au pillage. Alors des pauvres demandaient aux évêques la permission de s'y établir pour n'avoir point de loyer à payer. C'était d'ailleurs un moyen de garder les meubles des religieux et d'empêcher la ruine de leurs maisons. Ils l'obtenaient facilement, à condition que, quand des ermites reviendraient, ils leur céderaient la place.

67. M.Gontier, fils d'un conseiller au Parlement de Bourgogne, était un prêtre pieux et très-zélé. Sa maison servait de séminaire à Dijon pour préparer de jeunes ecclésiastiques aux saints ordres.
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