Paris pendant la Terreur, rapports des agents secrets du Ministère de l' Intérieur, épisode XVI

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  Un maître de pension de Chaillot334, âgé de 70 ans, accusé d'avoir violé une jeunesse, arrêté, conduit au tribunal. Il avait quatorze témoins, y compris une femme, qui déposaient contre lui. Ils ont été reconnus pour quatorze faux témoins. À l'instant, le mandat d'arrêt a été lancé contre eux ; ils ont été conduits sur-le-champ à la Force ["...Le bâtiment qui abritera, plus tard, la maison d’arrêt de la Force est construit en 1533 sur les ruines d’un ancien palais du 4e arrondissement dont le propriétaire était le frère du roi Saint Louis. À la fin du XVIIe siècle, l’hôtel est divisé en une partie orientale, l’hôtel de Chavigny – devenu depuis la caserne de pompiers du 7 rue de Sévigny – et une partie occidentale, l’hôtel de la Force. Vendu en 1715 aux frères Paris, l’hôtel de la Force profite de nombreux travaux avant d’appartenir définitivement à l’État qui a alors pour projet d’y installer une école militaire. Le projet est abandonné assez rapidement et l’hôtel particulier est racheté en 1780 par Louis XVI qui transforme les deux parties de l’hôtel en maison de détention. Elle sera divisée en deux parties : la prison de la Grande Force pour les hommes – des débiteurs insolvables, des gens du spectacle ou des jeunes emprisonnés à la demande de leur famille principalement – et celle de la Petite Force réservée aux femmes, pour la plupart prostituées. [...] Démolie en 1845, la prison de la Force ne se découvre aujourd’hui que grâce à un pan de mur que vous pouvez observer rue Malher dans le Marais. " ; source], et le maître de pension mis en liberté parmi les plus grands applaudissements.

" ... Dans l'après-midi du lundi 3 septembre [1792], la princesse de Lamballe, qui avait d'abord suivi la famille royale au Temple avant d'être enfermée à la Force, a subi elle aussi cette parodie de justice populaire. " Qu'on l'élargisse! " a prononcé le président, peut-être Hébert. À peine le seuil franchi, les coups ont commencé à s'abattre sur la malheureuse qui ne meurt pas aussitôt. Une foule assiste à la scène car les massacres sont devenus un spectacle. Parfois, on a même disposé des bancs. Quand la princesse n'est plus qu'une masse sanglante à l’œil percé d'un coup de sabre, une bûche l'achève enfin. Un garçon boucher lui coupe la tête. On lui ouvre le ventre pour en extraire les entrailles. On lui coupe les seins et le sexe. Une procession joyeuse s'organise : au bout d'une pique, la tête aux longs cheveux blonds maculés de sang, au bout d'une autre, le coeur, au bout d'une autre encore, la chemise trempé de sang., ... "
Claude Quétel, Crois ou meurs!, Texto, Editions Tallandier/Perrin, 2019 et 2021, p. 247.

  L'on se plaint de tous côtés qu'il ne se fait point de patrouille de nuit, ce qui donne une grande aisance aux voleurs. L'on a volé, cul-de-sac Taitbout, à la Caisse des invalides335 ; ils étaient plusieurs voleurs, dont deux dedans qui ont forcé la caisse, et jetaient les assignats aux autres par la fenêtre ; ils ont eu le temps de se sauver pendant que l'on a été chercher la garde. Un citoyen en a poursuivi quatre le sabre à la main jusque sur le boulevard, qui se sont arrêtés, lui on dit de se retirer, ou qu'ils lui brûleraient la cervelle. Il a été prudent, il s'est retiré, a rencontré la garde du Mont-Blanc336, à qui il a conté les faits, et leur a dit : " Entrons dans le marais des Trois Frères ; il pourrait y en avoir. " Ce qui a été suivi. L'on en a arrêté un très bien couvert, couché par terre sur des paquets d'assignats ; il a été conduit à ladite section, et s'est déclaré demeurer faubourg Saint-Germain ; l'on a été chez lui ; l'on a trouvé une femme qui a déclaré qu'elle vivait avec lui depuis environ trois semaines, qu'il lui avait fait plusieurs cadeaux, principalement une montre d'or ; elle a été aussi arrêtée.
  L'on cherche partout le nommé Lebel, âgé de 83 ans, la tête faible, portant perruque, habit brun, boutons jaunes, demeurant rue Amelot n°9, section Popincourt, égaré depuis le 19 pluviôse [7 février 1794].

Rapport de Latour-Lamontagne, W 191
  La disette aujourd'hui a été extrême, surtout en légumes, la nourriture du pauvre. La désolation était si grande, que j'ai vu plusieurs personnes verser des larmes en s'écriant : " Qu'allons-nous devenir si cela continue? Il nous faudra mourir de faim. " Ces propos se répétaient dans tous les groupes, et les esprits m'ont paru extrêmement agités.
  " Comment ne serions-nous pas dans la misère, nous, pauvres gens?, disait une femme, rue Saint-Honoré, au coin de la rue de l' Arbre-Sec. Il est de fait que les subsistances sont rares ; mais, si la police surveillait plus attentivement ceux qui les distribuent et ceux qui les achètent, chacun en aurait sa petite portion. Pourquoi ne fait-on pas, de temps en temps, des visites domiciliaires? Je connais des gens qui ont chez eux des vivres pour six mois, auxquels ils ne touchent point, et qui sont les premiers à mettre le feu à tout dans les marchés ; ils craignent la famine, disent-ils, et ils font tout ce qu'ils peuvent pour l'amener. Si nos magistrats faisaient leur devoir, ils saisiraient toutes ces provisions clandestines, et les feraient distribuer au peuple. Pourquoi auraient-ils plus de privilèges que nous? Quoi! mon pauvre mari est mort aux frontières, mon fils combat les brigands de la Vendée, et je mourrais de faim, moi, tandis que de riches coquins, qui n'ont rien fait pour la République, ont des provisions dans leurs caves pour plus de six mois? Veut-on que le peuple aille piller leurs maisons, pour fournir encore à nos ennemis le prétexte de nous calomnier? - Et le bois, a dit une autre femme, les greniers des riches sont pleins, et ils ne laissent pas une falourde [fagot à deux liens, formé de bûches de pin ou de bouleau écorcé et fendu ; ancien français vallourde, avec l'influence de fagot ; Larousse] chez les fruitiers! Quelle horreur! et on souffre cela? Veut-on nous pousser au désespoir? " Quelques autres propos de ce genre ont été tenus avant de se séparer, et quelques femmes on dit, en se retirant, qu'il faillait que tout cela finît, ou qu'elles y mettraient bon ordre.

 
  On a donné hier au soir, Le Modéré, comédie du citoyen Dugazon337. Cette pièce ne me paraît pas remplir entièrement le but que l'auteur a dû se promettre. On rit beaucoup du muscadin, parce que les êtres de ce genre n'existent plus ; mais le modéré a obtenu certains applaudissements qui m'ont paru très suspects. Un grand défaut surtout a choqué plusieurs patriotes. Le modéré refuse sa nièce à un républicain, fils d'un commissaire ; arrêté un instant après par ordre du comité, il s'empresse d'unir les amants. Ce mariage a un peu trop l'air d'avoir motivé son arrestation. Tel est du moins le résultat des observations de plusieurs spectateurs.

Rapport de Le Breton, W 191
  J'ai entendu encore se plaindre, au comité révolutionnaire de la section de la Fontaine-de-Grenelle, de la quantité d'étrangers qui vivaient dans cette ville, de la grande consommation qu'ils y faisaient, de l'enchère qu'ils mettaient sur les comestibles, du mal politique qui pouvait en résulter par l'argent qu'ils dépensaient pour se faire des partisans. Cela fut balancé par la circulation de l'argent dont se trouvait bien la classe indigente du peuple, par les éclaircissements que l'on pouvait tirer d'eux sur les mœurs de leur pays, et, par ce moyen, éviter les vices de leurs administrations ; et enfin, le résumé fut que ceux qui habitaient cette ville ne pouvaient faire aucun mal, qu’ils étaient veillés de trop proche.
  On se plaignait, au Marais, rue ci-devant Vendôme338, de la rareté du bois, du charbon, de la chandelle, du sucre, du café, et en général de toutes les choses susceptibles d'approvisionnement. On répondait que cela n'était pas étonnant par les provisions qu’avaient faites une foule de gens peureux qui, craignant une disette totale, avaient pris des précautions au-delà de leur consommation et même de leurs moyens, et que tel individu qui brûlait trois voies de bois [3 X 2 stères] dans son hiver en avait acheté l'été dernier pour six ans, crainte qu'il ne manquât d'ici à ce temps. Il est à considérer que le bois par un grand nombre de particuliers n'a pas été regardé comme un objet d'accaparement, et que chez tel propriétaire que l'on voudra on trouvera les caves pleines.
  Nos succès dans la Vendée339 occasionnent une joie nouvelle ; on assume que dans le moment où nous recommencerons à faire briller nos sabres et nos bayonnettes au Nord et au Midi, il ne sera plus du tout question de cette horde de brigands.

Rapport de Le Harivel, W 191
  Un jeune volontaire, arrivant du côté de Perpignan, assurait qu'il n'était nullement question de la lâche reddition de la ville de Perpignan. " Là, comme dans les autres lieux voisins de nos armées, disait-il, les subsistances sont extraordinairement rares, et ceux des volontaires qui, n'ayant point assez de leur pain de munition, en veulent acheter, sont obligés de le payer trois livres le pain. Ce n'a pas été sans étonnement que j'ai vu, continuait-il, les officiers de ligne conserver l'esprit de corps, leur ancienne morgue, et leur mépris pour les volontaires qui s'incorporent tous les jours dans les bataillons et qui, s'ils osent élever la voix contre ces vexations réitérées, sont aussitôt condamnés à subir la peine du cachot. "
   On prétend qu'il se fait de grandes dilapidations dans les rations délivrées aux militaires de Paris surtout, et, quoique ce soit peu de choses en comparaison des autres affaires dont est chargé le Comité de salut public, on est étonné de ce qu'il n'y met pas un frein ; Les petits ruisseaux, dit-on, font les rivières. Cela ne laisse pas, au bout de l'année, de monter encore fort haut ; d'ailleurs, dans un Etat libre, on ne doit laisser subsister que le moins possible d'abus.
  Dans le ci-devant Limousin, tous les prêtres ont, de concert, abdiqué leurs fonctions de leurs cures ; mais on assure que le peuple n'a pas vu d'un bon œil cette démarche de leur part. Il n'est pas étonnant, disait-on, que cela fasse une sorte d'impression sur son esprit ; mais peu à peu il se dégoûtera d'eux, et bientôt il les oubliera.

Rapport de Mercie, W 191
  On observe que beaucoup de citoyens attachés aux places de la République reviennent de l'armée et se cachent dans des maisons de leurs amis. J'ai entendu dire qu'il y en avait plusieurs sur la section de Mutius Scaevola, mais je ne pus savoir au juste leur demeure.
  Aujourd'hui, trois citoyens s'entretenaient de la Révolution. Un d'entre eux leur dit que, si nous avions le bonheur de pouvoir la soutenir, que ce serait pour nous un tableau ineffaçable. Mais, dit-il, je donne deux cents ans pour que ce tableau soit fini.
  Au Palais-Egalité, des citoyens assuraient qu'un reste de noblesse faisait un rassemblement, et que pour sûr il avait lieu trois fois par jour ; on assure que ce sont des êtres cachés sous l'habit de carmagnole, et plusieurs couverts d'un bonnet rouge ; c'est sur quoi, je vais porter toute mon attention.

Rapport de Monic, W 191

  Au Palais de Justice, sur les trois heures de l'après midi, des citoyens se plaignaient de ce que l'on manque de viande et de légumes, et le peu que l'on trouve dans les marchés est vendu un prix excessif. Un citoyen dit : si l'on faisait de visites dans toutes les maisons, et jusque dans les caves, les riches égoïstes et les malveillants, car il est certain que c'est eux qui affament Paris par les approvisionnements qu'ils font, seraient connus et leurs manœuvres seraient déjouées. C'est, dit-il, au comité central à qui on doit en rejeter la faute ; si les comités et les commissaires des sections avaient donné des ordres précis pour faire des visites dans toutes les sections le même jour, l'on connaîtrait par là quels sont les bons et les mauvais citoyens, et l'on saurait quels sont ceux qui les enfouissent chez eux et les laissent pourrir.
  Ce matin, sur les cinq heures, l'on a jeté à la porte de la boutique du boucher rue du Rempart Saint-Honoré, aux environs de 30 à 40 livres de viande de cochon gâtée. Heureusement pour le boucher qu'un de ces voisins a vu cette viande par terre bien longtemps auparavant que le boucher n'arrive pour ouvrir sa boutique. Mais, sitôt que le boucher est arrivé, ce voisin l'a averti ; ils ont lavé la viande, mais elle puait. Voilà comme la malveillance, non contente d'affamer le peuple, cherchait encore à mettre un citoyen à la peine.
  Il y a eu foule assez considérable chez un charcutier, rue de Rohan. Cet homme vendait son lard par livre et demi-livre à tous ceux qui venaient chez lui, tandis que ces confrères n'en donnent qu'un quarteron. Les intrigants ont fait entendre le contraire au peuple qui s'est porté en foule chez le charcutier de la rue de Rohan, et voulait entrer chez lui de force. La garde y est accourue, et à remis l'ordre, et le lard a été vendu sans trouble.

Rapport de Pourvoyeur, W 191
  Les motions et les différentes sections populaires n'étaient pas très intéressantes, vu qu'il n'y avait pas de nouvelles des armées ; l'opinion publique paraît condamner Chaudot340, et le peuple s'explique ainsi : un acte n'est bon qu'autant qu'il est signé par deux notaires, et c'est en quelque façon, dit le peuple, celui qui signe en second qui fait toute la faute, donc Chaudot est coupable. Il a dû savoir ce qu'il faisait, puisqu'il est officier public ; s'il fallait écouter toutes les familles des contre-révolutionnaires, il n'en trouverait pas un seul.
  Le peuple observe que les gens riches qui avaient autrefois des chevaux, un carrosse, un nombre de personnes à leurs service, n'en aient plus maintenant ; ils font moins de dépenses, ils emploient leurs épargnes à mettre l'enchère sur les denrées en les accaparant, et les payent tout ce que les marchands demandent. Le peuple dit que ces individus sont plus dangereux que ceux qui sont à Worms et Coblentz [Coblence ; " devient le centre politique et le centre d’organisation des activités diplomatiques et militaires des émigrés français avec l’arrivée des frères de Louis XVI dans l’été 1791. Dès lors, Paris associe l’idée d’être menacé par les émigrés français avec le nom de la ville de Coblence. Après l’affaiblissement du pouvoir potentiel d’émigrés concentré à Coblence, la ville est devenue pour tous, amis et ennemis, le centre le plus important de l’émigration pendant la Révolution française. Coblence est devenue le symbole d’une menace contre-révolutionnaire venue de l’étranger. Le nom de la ville est alors une notion politique à l’aide de laquelle on stigmatise verbalement tous les adversaires de la Révolution et qu’on retrouve aujourd’hui encore dans certains discours politiques ; ils n'ont point émigré pour être plus à portée de nuire et de tourmenter les patriotes... " ; source] ; ils n'ont point émigré pour être plus à porter de nuire et de tourmenter les patriotes.

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  Le peuple dit qu'il faudrait les renvoyer hors de la République avec un petit revenu et s'emparer du reste, car, tant qu'ils seront au sein de la République, ils emploieront toujours quelque moyen pour nuire à la Liberté, qui n'est pas faite pour eux. Le peuple dit encore qu'il y a encore des gens qui soutiennent et protègent ces aristocrates. Le peuple dit de plus que l'on avait arrêté que l'on ferait des visites domiciliaires ; elles n'ont point été faites : c'est en quelque façon, dit le peuple, protéger l'accaparement.
   Le peuple dit aussi que, lorsqu'on veut prendre des mesures de sûreté, que l'on ne devrait pas le publier, car c'est donner des moyens de s'en garantir.
  Le peuple observe, à cet égard, que la République eût gagnée bien davantage sur le bien du clergé si l'on n'avait pas publié que la Nation allait s'en emparer ; les prêtres et les moines et religieuses ont fait leurs bourses aussitôt qu'ils ont été instruits de ce décret.
  Les cafés sont tranquilles ; les individus qui les composent sont au pas pour l'opinion publique, excepté cependant quelques cafés du Palais ci-devant Royal qui recèlent des tapageurs et des gens désœuvrés, surtout les cafés de Foy, de Valois.

Rapport de Prevost, W 191
  Plusieurs propriétaires de maisons se plaignent, sur la section de la République, qu'ils sont obligés de payer les ouvriers qui fouillent leurs caves pour tirer du salpêtre, et leur fournissent la chandelle ; ils se plaignent aussi de ce qu'ils sont obligés de faire remplir les trous qu'on fait dans leurs caves.
  Il y a à Paris, depuis peu, beaucoup d'étrangers d'arrivés, notamment dans les hôtels garnis au Palais ci-devant Royal ; à l'hôtel d' Angleterre, trois hollandais qui disent très ouvertement que la République française ne tiendra pas plus de deux mois. Il me parait que ces particuliers ne sont venus ici que dans les vues d'y semer la dissension.

Rapport de Rolin, W 191
  Les machinateurs de contre-révolution, les anti-républicains ont beau jeu ; ils exercent leurs talents parmi le peuple dans les cafés et dans les groupes. Hier il n'a point été possible d'avoir de bœuf ; les murmures étaient à l'ordre du jour ; on voyait quantité de ces monstres amphibies gémir avec les uns, murmurer avec les autres, en un mot se plier et se replier suivant les circonstances ; et, ce qui paraît étonnant, c'est que la plupart de ces faux patriotes ont une figure étrangère. J'ignore si mes soupçons sont bien fondés, mais je serais tenté de croire que ces hommes n'ont d'autre emploi à Paris que celui d'exciter une contre-révolution, et qu'ils sont envoyés ici par quelque scélérat intéressé dans la partie.
  On fait courir le bruit que nos ennemis se préparent à faire une campagne dans laquelle (sic) doit décider notre liberté ; on ajoute qu'ils ont des forces considérables, et qu'ils nagent dans les subsistances de toutes espèces, ce qui paraît alarmer une partie des auditeurs de ces nouvelles, tandis que d'autres chantent : Ça ira! - P.S. Je parle ici de manière à faire connaître que ces bruits ont été répétés dans plusieurs endroits différents.
  On trouvait hier au café de la Municipalité, quai de l' Ecole, qu'il était étonnant que le tribunal criminel du Mans ait condamné plusieurs citoyens à être fusillés341, malgré que la loi ne veut faire acceptation de personne, et qu'elle condamne tout criminel à être guillotiné. On prétendait qu'il n'y avait qu'un tribunal militaire qui pût condamner à être fusillé : encore, faute d'avoir une guillotine.
  Toujours des plaintes contre les voleurs et les filous. Hier cinq citoyens se plaignaient à la fois qu'on venait de leur enlever leur montre en face du Palais de Justice, dans la foule qui attendait les condamnés. On aurait cru que ces cinq citoyens s'étaient entendus ensemble, car un se mit à dire qu'il était volé, l'autre dit : et moi aussi, enfin tous les cinq répétèrent l'un après l'autre : et moi aussi. On n'a pu découvrir les escrocs.
  On vend toujours les matières, ci-devant monnaie d'or et d'argent ; le moyen d'empêcher cette vente serait de décréter que la Nation ne connaît plus pour monnaie courante cette monnaie, et qu'elle défendît de l'employer comme telle.
  On paraît désirer que nos assignats de papier soient changés en assignats métalliques, ce qui empêcheraient la facilité que l'on a à les fabriquer, et on espère que le Comité d'instruction publique s'occupera de ce projet.

Rapport de Siret, W 191

  À suivre...

   Pierre Caron, Paris pendant la Terreur, rapports des agents secrets du Ministère de l' Intérieur, tome IV - 21 pluviôse an II - 10 Ventôse an II, 9 février 1794 - 28 février 1794, , La Société de l' Histoire de France, Librairie Marcel Didier, Paris, 1949, pp. 150-160.

334. Le texte porte : Chaliaut.
335. Probablement la Caisse des invalides de la Marine, qu'on nommait couramment " Caisse des invalides ". - Le cul-de-sac Taitbout, était attenant à la rue du même nom. La rue des Trois-Frères, qui fait aujourd'hui partie de cette rue, allait de la rue Chantereine à la rue Saint-Lazare. La Tynna dit que son nom " lui vient de trois frères jardiniers qui y firent vers l'an 1784, bâtir la première maison ". Ainsi s'explique la dénomination " marais des Trois Frères ".
336. La section du Mont-Blanc, auparavant, de La Grange-Batelière [n° 7, 1790 ; en 1792, prend le nom de " Mirabeau " ; pour finir par adopter celui de " Mont-Blanc " ; secteur compris entre le quartier Saint-Georges et celui de la Chaussée-d'Antin ; les assemblées se déroulaient dans l’ancien dépôt militaire des Gardes-Françaises, qui se situait au n° 38 du Bld des Italiens d'aujourd'hui ; arrêté préfectoral du 10 mai 1811, elle prit le nom de quartier Chaussée d'Antin, 2ème arrondissement de Paris].
337. En un acte et envers, représentée pour la première fois le 17 brumaire an II [7 novembre 1793], au Théâtre de la République : Tourneux, Bibliographie, t. III, n° 18507.
338. Actuellement, rue Béranger, 3e arrondissement.
339. Cf. ci-dessus, p. 122, note 3.
340. Cf. ci-dessus, p. 98, note 2.
341. Nous n'avons rien trouvé sur ce fait dans les Éphémérides sarthoises pend. la Révol. de P. Blin, 2° parie, 1925.

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  Et de...15 et 16 éoliennes en construction! À noter, que tous les mâts d'éoliennes, Envision, EN131, 2.5MW de puissance nominale, présents sur les photos, n'ont pas atteint leur hauteur définitive, comprise entre 106 et 120m ; soit une hauteur en bout de pale de...183m! Du jamais vu en Haute-Marne!

Dernière nouvelle : on nous informe que le mât de mesures situé sur le territoire de la commune de Savigny, voisine de Pressigny, n'est plus présent. Affaire à suivre...

Eolienne E22 et E21


Eolienne E24


  Comment? Quoi? Qu'est-ce que vous dîtes? Mais... ne manque-t-il pas l'éolienne E23? Ah, ça fait plaisir de voir qu'il y en a qui suivent.😉
  Étonnement, et pour la première fois, l'ordre de construction, suivant le numéro de l'éolienne et son emplacement, n'a pas été respecté.

Eolienne E23


  Vue, presque, d'ensemble, des éoliennes en construction, côté Pressigny. On distingue bien les deux rangées :
  • E14 → E17
  • E21 → E24

 


  À ce jour, le propriétaire de l'usine n'est toujours pas autorisé par la préfecture à l'exploitation d'installations de production d'électricité utilisant l'énergie mécanique du vent.


Vue d'ailleurs

 
Depuis les hauteurs du bois Banal, Fayl-Billot. Distance à vol d'oiseau des éoliennes : ~1 km!

   Photos : PHP

   Pour être précis, la photo a été prise d' ici :

Source


Le bois Banal d'hier

 Fayl-la-Forêt -  Fays Billot (Haute-Marne) - Grand centre d'Osier et de fabrication de vannerie - Une des grottes des promenades du Bois Banal 

Source 

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Guerre d' Espagne : l'unité révolutionnaire ne se fit jamais

  " ... À l’exception des petits groupements révolutionnaires qui existent dans tous les pays, le monde entier était résolu à empêcher la révolution en Espagne. Notamment le parti communiste, avec la Russie soviétique derrière lui, s’était jeté de tout son poids à l’encontre de la révolution... Il est à peine besoin de souligner pourquoi ce fut cette ligne-là qu’adopta également l’opinion capitaliste « libérale ». Un énorme capital étranger était investi en Espagne. La Compagnie des Transports de Barcelone, par exemple, représentait dix millions de livres de capital anglais ; or les syndicats avaient saisi tous les transports en Catalogne. Si la révolution se poursuivait, il n’y aurait pas de dédommagement, ou très peu ; si la république capitaliste prévalait, il n’y aurait pas à craindre pour les investissements étrangers. : Orwell, 1997a, p. 240. [...] De la manière la plus vile, la plus lâche et la plus hypocrite, la classe dirigeante britannique a fait tout ce qu’elle pouvait pour jeter l’Espagne dans les mains de Franco et des nazis. Pourquoi ? Parce qu’elle était pro-fasciste. Voilà la réponse évidente. : Orwell, 1953, p. 241. [...] selon ce qu’en dit Orwell, que la « Russie soviétique » et son représentant en Espagne, le Parti communiste espagnol, se soient « jetés de tout leur poids à l’encontre de la révolution » alors en marche en Espagne ? Pour comprendre cette attitude, en apparence contre nature, d’un pays et d’un parti qui étaient identifiés à la révolution d’octobre 1917 en Russie, il faut rappeler que, en 1936, quelque vingt années se sont écoulées depuis cet événement clé dans l’histoire mondiale. Les douze dernières années, sous la dictature stalinienne qui s’est imposée à partir de 1924, ont fini par balayer toute référence à la révolution et à la république des Soviets ou conseils ouvriers démocratiques en instaurant le pouvoir totalitaire de la bureaucratie. Pour ce régime, la révolution qui se déployait en Espagne ne pouvait que constituer une menace en risquant de s’étendre à d’autres pays et de raviver en Union soviétique une flamme révolutionnaire qui y avait été étouffée. Ainsi, en décidant, plus de trois mois après le début de la guerre civile, d’intervenir en Espagne en défense du gouvernement républicain que Franco aspirait à renverser, l’Union soviétique posait ses conditions qui, dans les termes d’Orwell, étaient : « empêchez la révolution ou vous n’aurez pas d’armes! » : Orwell, 1997a, p. 243. Elle entreprenait simultanément une véritable chasse aux opposants. Ses services secrets omniprésents et omnipotents procédaient à l’enlèvement d’opposants, à la torture et aux exécutions sommaires et recouraient à toutes les techniques de répression déjà largement mises en œuvre en Union soviétique. N’oublions pas que 1936 est l’année des premiers procès de Moscou et du début des premières purges de masse, au cours desquelles a été exterminée toute la génération des révolutionnaires qui ont réalisé la révolution de 1917, désormais qualifiés de contre-révolutionnaires par Staline. [...] Orwell lui-même a été la cible de cette fureur stalinienne à laquelle il n’a finalement échappé que de justesse en atteignant la frontière française, en juin 1937, [...] Pour éviter d’être arrêté, Orwell avait dû passer ses derniers jours en Espagne dans une semi-clandestinité : Cela me révoltait... Qu’avais-je fait ? Je n’étais même pas membre du POUM. Oui, j’avais porté les armes pendant les troubles de mai, mais comme l’avaient fait quarante ou cinquante mille autres. [...] peu importe ce que j’avais fait ou n’avais pas fait. Il ne s’agissait pas d’une rafle de criminels ; il s’agissait d’un régime de terreur. Je n’étais coupable d’aucun acte précis, mais j’étais coupable de « trotskysme ». Le fait d’avoir servi dans les milices du POUM était à lui seul amplement suffisant à me mener en prison. : Orwell, 1997a, p. 207-208.,... "
  Source 

  Lire également : Paul Preston, Une guerre d’extermination, Espagne, 1936-1945, Paris, Belin, coll. Contemporaines, 2016, 848 p.

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La révolution espagnole étranglée par Staline

Karel Bosco
Historien, Genève
2017 09 11

   En 1937, en pleine guerre contre les forces franquistes, le Parti communiste espagnol, fort de l’appui soviétique, attaquait d’autres composantes de gauche – la CNT [Confédération nationale du travail] anarco-syndicaliste et le POUM [Parti ouvrier d'unification marxiste] léniniste antistalinien.  Une offensive qui a signé l’amorce du démantèlement des collectivités libertaires de Catalogne et d’Aragon.
                                     

Une affiche de la Confédération nationale du travail (CNT) DR Histoire.

  Barcelone est occupée par les troupes franquistes le 26 janvier 1939, Madrid-la-Courageuse le 28 mars. La terrible Guerre civile espagnole s’achève dans le fracas des armes – 600 000 à un million de morts. Mais elle va se poursuivre dans le silence. Déjà en 1939 ont été enfermées en camps de concentration 700 000 personnes, dont le travail forcé visera à redresser la situation économique catastrophique de la péninsule saccagée, puis à construire usines, casernes, prisons, barrages, aéroports et lignes ferroviaires, sans parler de l’exploitation de l’étain, du fer, du charbon. Entre 1939 et 1944, près de 200 000 personnes sont assassinées par les escadrons franquistes, sans compter les prisonniers morts de froid, de faim, d’épuisement et de maladies, ni ceux qui ont succombé sous les tortures ou qui ont préféré se suicider. En 1948, 20 mineurs du bassin asturien sont jetés dans un puits, attachés les uns aux autres et brûlés vifs par des unités de police. Entre 1947 et 1949, c’est la terreur de masse qui brise les ultimes résistances paysannes.
  Ce système concentrationnaire et totalitaire devait durer jusqu’à la mort de son chef, en 1975, et les aménagements de surface – ainsi dans le domaine du tourisme – ne changèrent rien à sa nature criminelle, « lointain héritage de l’ Etat-Eglise inquisitorial, esclavagiste et génocidaire du dénommé Siècle d’Or » : César Lorenzo.

Les divisions tragiques du camp républicain
  Si Franco a écrasé la République et massacré tant de paysans et d’ouvriers, ce fut grâce à la complicité tacite des Etats européens, dont l’Angleterre – qui entraîna la France dans la désastreuse politique de « non-intervention » – et surtout grâce à l’appui militaire de Mussolini et d’Hitler. Mais on ne peut plus passer sous silence aujourd’hui les tragiques divisions qui minèrent et affaiblirent le camp républicain. Il s’agit d’un chapitre de l’histoire de la Guerre civile que les militants des gauches révolutionnaires ont gardé au cœur comme une flèche empoisonnée et que des historiens, d’abord peu nombreux, ont cherché à éclairer. Le grand public ne l’a vraiment découvert qu’à travers le film de Ken Loach, Land and Freedom, 1995, libre adaptation du témoignage de l’écrivain engagé George Orwell, Hommage à la Catalogne, 1938.
  Trois ans avant le film de Loach, un téléfilm espagnol de haute qualité – diffusé en France par Arte – avait déjà jeté une lumière crue sur cet arrière-fond sordide : Opération Nikolaï, de Maria D. Genovés et Llibert Ferri. Une manière rigoureuse de confirmer ce qu’avaient rapporté Julian Gorkin, du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM), dans son livre rageur de 1941, Canibales Politicos : Hitler y Stalin en España [Cannibales politiques : Hitler et Staline en Espagne], publié à Mexico, ou encore José Peirats dans la somme qu’il avait consacrée à la Confédération nationale du travail (CNT) en 1951-1953 – 1200 pages!
  En 1961, les historiens Broué et Témime proposaient une première et monumentale synthèse en langue française, La Révolution et la Guerre d’Espagne : Ed. De Minuit. Depuis la mort de Franco, le retour difficile de l’Espagne à la démocratie et l’ouverture partielle des archives du KGB en Russie ainsi que celles des partis communistes en Occident, quantité d’études ont été publiées, notamment Le POUM : Révolution dans la guerre d’Espagne de Wilebaldo Solano, un ouvrage militant, Ed. Syllepse, 2002, et le très substantiel Mouvement anarchiste en Espagne – Pouvoir et révolution sociale de César M. Lorenzo : Ed. Libertaires, 2006.
  En 1969, dans Le vif du sujet, Edgar Morin avait mis en évidence les arêtes de la problématique, sans détours ni litotes : « La guerre d’Espagne continue à être perçue comme épopée et non comme tragédie (…). Il y eut tragédie dès 1936, et la suite fut le pourrissement de cette tragédie. L’alternative franquisme-république continue à masquer des contradictions qui ont pourtant éclaté dans le sang. (…) À l’intérieur de la république, avant même [le putsch de Franco], le conflit entre la révolution et l’ordre bourgeois avait éclaté. Dans ce conflit, le stalinisme devait intervenir de plus en plus efficacement comme le tiers excluant, tuant la révolution et faisant progresser sa révolution sous le couvert de l’ordre. Il y eut une montée révolutionnaire culminant au partage des terres et des biens en Aragon [et en Catalogne] (…). Et ce furent les républicains, et non Franco, qui la brisèrent, et ce fut dans cette répression que se scella la belle et bonne alliance entre bourgeois républicains et communistes staliniens. L’actuelle mythologie antifasciste se fonde sur l’anéantissement des communes [libertaires] d’Aragon et de Catalogne ».

Des soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question
  Il faut approfondir. Lorsque la révolution sociale éclate en Espagne en 1936, suite à la victoire électorale des forces de gauche rassemblées dans le Frente popular, et que le coup d’État de Franco va fracasser dans les conditions que l’on sait, les visages du changement et du renouveau sont multiples : les anarcho-syndicalistes de la CNT – près d’un million de militants –; les socialistes divisés en une aile réformiste et une aile radicale ; le POUM léniniste mais violemment antistalinien et distant de Trotsky ; les divers courants républicains de gauche ; les militants des autonomies basque et catalane ; le Parti communiste espagnol, encore très minoritaire.
  La révolution, en Catalogne et en Aragon, dans une certaine mesure en Estrémadure et en Andalousie, c’est, sous l’égide la CNT mais pas d’elle seule, le partage des terres et la socialisation des outils de production, celle-ci étant particulièrement visible à Barcelone, promue « capitale du prolétariat mondial », où les ouvriers gèrent eux-mêmes leurs entreprises, non sans difficultés. Sur le plan militaire, Staline apporte le soutien de la Russie soviétique, salué avec émotion et enthousiasme par le peuple qui doit affronter les armées de Franco, bien entraînées, bien équipées et parfois fanatisées.
  Un soutien qui se paie : 500 000 kilos de lingots d’or – les deux tiers des réserves de la Banque d’Espagne – sont « mis en sûreté » en URSS [Union des républiques socialistes soviétiques] par le gouvernement républicain, et ils ne seront jamais restitués : Madrid était déjà assiégée, il est vrai, toutefois Barcelone ou Valence auraient pu abriter ce trésor, mais elles étaient sous le contrôle d’une CNT fort mal vue des autorités.
  Fort de l’aide soviétique, le PC espagnol monte en puissance et passe à l’offensive en 1937. Sa volonté de mettre la main sur la centrale téléphonique de Barcelone, lieu stratégique occupé par les anarchistes, débouche sur un affrontement armé entre ses militants et ceux de la CNT et du POUM, qui coûtera la vie à 500 personnes. Un affrontement qui s’étendra à l’ensemble de la Catalogne et de l’Aragon, où les troupes « marteau et faucille » s’activeront à liquider les communes paysannes, qui assurent pourtant le ravitaillement des zones républicaines. Et cela alors que les milices révolutionnaires et que les volontaires des 70 nations engagés dans les Brigades internationales sont au feu face à la barbarie franquiste…
  Non contents de détruire, les dirigeants du PC salissent et insultent, sur les conseils des agents du NKVD – la police secrète soviétique – infiltrés dans l’administration républicaine : les militants de la CNT et plus encore ceux du POUM, haïs de Staline, sont accusés de complicité active avec Franco, avec Hitler. Les tchekas, culs-de-basse-fosse du NKVD en Espagne, se remplissent de soi-disant contre-révolutionnaires soumis à la question. Andrès, Andreu, Nin du POUM, la figure la plus respectée et la plus prestigieuse de la révolution espagnole, est kidnappé, torturé et assassiné par les nervis staliniens, entre autres par le Hongrois Erno Gerö – ce qu’a révélé le téléfilm Opération Nikolaï.
  La révolution est écrasée, la liberté recule partout en Espagne, les armés franquistes progressent inexorablement. Staline se retire sur la pointe des pieds – il a d’autres soucis, d’ordre diplomatique. Valence, Barcelone, Madrid tombent. La tentative de constituer une première « démocratie populaire » de style soviétique sur sol étranger a échoué. Et c’est tout un peuple qui a été massacré, et qui va subir le martyre durant près de quarante ans.

Pour une autre image du futur humain
  Il est évident que l’histoire de la Guerre civile espagnole ne se réduit pas à cette seule tragédie, ni que l’engagement d’une bonne partie des militants du PC ne se limite aux pratiques criminelles de ses dirigeants sous influence, mais il est inconcevable de négliger, pire, d’oublier ces événements et leur profonde signification politique à l’heure où la mondialisation meurtrière des économies nous met au défi de penser et de développer une alternative solidaire et démocratique à caractère écologique et socialiste. L’expérience, même brève, même cassée, des communes libertaires et des usines autogérées de Catalogne et d’Aragon n’est pas un passé qui n’intéresserait que des universitaires. Elle peut être une des images possibles du futur humain.
  Les efforts et les sacrifices inouïs qui furent ceux du peuple russe et de son armée durant la Seconde Guerre mondiale, et qui contribuèrent plus que largement à libérer l’Europe de l’hydre nazie, ne changèrent rien aux pratiques staliniennes une fois la victoire acquise : tortures et procès truqués dans les Etats satellisés par l’URSS – Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie notamment –, au cours desquels sont liquidés de vieux militants, des résistants à l’occupant allemand, des anciens combattants de la Guerre d’Espagne. Et la répression, sinon le feu, pour la classe ouvrière quand elle n’est plus docile : à Berlin-Est et dans les grandes villes de l’Allemagne communiste en 1953 ; en Hongrie en 1956 – face aux conseils d’usines –; en Tchécoslovaquie en 1968 – toujours face aux conseils d’usines – ; en Pologne en 1970 – les forces armées tirent sur les ouvriers de la Baltique. Certaines bonnes leçons avaient été retenues : à Budapest, le 25 octobre 1956, le peuple défilait pacifiquement devant l’immeuble de la radio ; sur l’ordre du secrétaire du Parti, les agents de la police secrète ouvrent le feu, précipitant la violence. Le secrétaire : Erno Gerö?, l’assassin d’ Andrès Nin.

Lutte contre le réchauffement climatique : et si le remède " éolien " s'avérait pire que le mal?

  " La réalité est un coup de massue ; tu reçois le coup ; tu ne sais pas décrire la massue. "
   Henri Michaux, 1899-1984 ; poète et peintre

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Nouvelle étude : la multiplication des usines éoliennes entraîne un réchauffement de la température de la surface terrestre nocturne de 1°C par décennie


Kenneth Richards

2022 01 20


  Les éoliennes ne réduisent pas le réchauffement de la surface terrestre. Elles le renforcent.
  On pense que l'expansion de l'énergie éolienne est " verte ", qu'elle réduit à la fois les émissions de CO2 et, par conséquent, le réchauffement de la surface.
  Mais une nouvelle étude, Qin et al., 2022, affirme que le réchauffement des sols engendré par l'éolien, via son interaction avec l'atmosphère, peut dépasser le réchauffement évité par la réduction des émissions.
  En évaluant les effets climatiques de 319 usines éoliennes, les auteurs ont déterminé que le réchauffement dû à l'énergie éolienne peut atteindre 0,10°C par an, 1°C par décennie, d'augmentation de la température nocturne. Ils soulignent que d'autres études ont également montré que les éoliennes provoquent un réchauffement nocturne de 0,3°C à 0,7°C par décennie dans des États comme l'Illinois et le Texas.
  Le réchauffement des sols induit par une de ces usines éoliennes peut être détecté, sur le plan climatique, jusqu'à une distance d'au moins 10 kilomètres du site de référence.
  Ainsi, les politiques énergétiques dites " vertes " d'aujourd'hui et des décennies à venir, impliquant nécessairement un essor spectaculaire de l' éolien, synonyme d'une consommation de plus en plus importante de la surface terrestre, pourraient, à l'arrivée, avoir l'effet inverse de celui escompté.

  À suivre...

https://notrickszone.com/wp-content/uploads/2022/01/Wind-power-warms-regions-1-C-per-decade-with-climate-impacts-up-to-10-km-away-Qin-2022.jpg


Image Source: Qin et al., 2022

  Cette nouvelle analyse est cohérente avec une étude de 2018, Miller et Keith, affirmant que " le réchauffement dû à l'éolien peut dépasser le réchauffement évité par la réduction des émissions pendant un siècle. "
  Miller et Keith ont évalué que la seule façon dont l'expansion de l'énergie éolienne pourrait réellement participer à la réduction net du réchauffement de la surface au lieu de l'augmenter est : " si les émissions mondiales [sont] réduites à zéro d'ici 2080 " : indiqué en vert, ci-dessous. Bien entendu, étant donné que plusieurs pays asiatiques vont ajouter 600 centrales au charbon au cours de la prochaine décennie, il n'est guère réaliste de penser que les émissions seront nulles dans 50 ou 60 ans.
  Les auteurs ont également suggéré que les impacts climatiques de réchauffement net, 0,24°C dans leur étude et jusqu'à 1°C à 2°C dans d'autres, conséquences de l'énergie éolienne peuvent être détectés jusqu'à 12 kilomètres des usines éoliennes. Ainsi, bien que les impacts climatiques ne soient pas nécessairement de portée mondiale, l'expansion prévue de l'éolien au cours des prochaines décennies en raison des politiques " vertes " pour la diminution d'émissions de CO2, pourrait servir, au final, à augmenter considérablement les températures de surface régionales - et pas seulement locales.


https://notrickszone.com/wp-content/uploads/2022/01/Installing-more-wind-power-causes-more-warming-than-the-reduction-in-emissions-does-Miller-and-Keith-2018.jpg


Image Source: Miller and Keith, 2018

https://notrickszone.com/wp-content/uploads/2022/01/Wind-Turbine-Power-Energy-Causes-Warming-Miller-and-Keith-2018.jpg


Image Source: MIT Technology Review

Haute-Marne, Heuilley-le-Grand : le conseil municipal dit non au projet d'usine de 10 éoliennes d' Heuilley-Cotton...enfin, pas tout à fait

Tout d'abord, rappel du contexte :
   La commune de Villegusien-le-Lac porte, en partenariat avec un " cueilleur-chasseur de subventions publiques " du vent, un projet d'usine de 10 éoliennes, dit " En beauté ", cela ne s'invente pas!, sur le territoire de la commune déléguée d' Heuilley-Cotton.
  Lire : Haute-Marne, Villegusien-le-Lac : le projet de l'usine de 10 éoliennes, Heuilley-Cotton, au menu de rentrée du conseil municipal
   Et, visiblement, il s'avère que les " zones de sécurité " des éoliennes E2 et E5 débordent largement sur le territoire d' Heuilley-le-Grand. Et, toujours d'après l'article du jhmQuotidien, c'est précisément sur ce point que le conseil municipal, à l'unanimité, a émis un avis défavorable : " à ce que la zone de sécurité d'une éolienne implantée sur une commune voisine et limitrophe, puisse empiéter sur son propre territoire. ", lors de l'adoption d'une motion ad hoc.
   Ainsi, dans le cas présent, le CM ne s'est nullement prononcé pour ou contre le projet en cours.  Mais, malgré tout, cette décision est indéniablement un caillou déposé dans les bottes de sept lieux du " cueilleur-chasseur de subventions publiques " du vent et de ses " amis " locaux.
  À noter que les habitants d' Heuilley-le-Grand avaient été invités par l'équipe municipale précédente, 2014-2020, à se prononcer sur un possible futur projet d'usine sur son sol. Lors de ce référendum, une forte majorité s'était dessinée en faveur du NON ; le conseil municipal n'avait alors plus donné suite aux très nombreuses sollicitation des " cueilleurs-chasseurs de subventions publiques " du vent. Le nouveau conseil municipal, pourtant fortement remanié lors des dernières élections municipales : 7 nouveaux élus sur les 11 membres, semble être est dans la continué de son prédécesseur. Aussi, merci aux élus d' Heuilley-le-Grand.
Conseil municipal 2020-2026
- Michel Gérard, maire, anciens employés,
- Stéphane Guenot, ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport,
- Didier Henriot, anciens employés,
- Ludovic Lévêque, ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport,
- Amélie Douche, employés administratifs d'entreprise,
- Françoise Renard, anciennes professions intermédiaires,
- Thierry Bea, cadres administratifs et commerciaux d'entreprise,
- Maxime Cothenet, professions libérales,
- Yoan Darnac, cadres administratifs et commerciaux d'entreprise,
- Jérôme Godon, employés civils et agents de service de la fonction publique,
- Benjamin Jannel, agriculteurs sur moyenne exploitation.
   En gras, les réélus en 2020

- inscrits : 160 / 164 en 2014
- abstentions : 38 / 33
- votants : 122 / 131
- blancs ou nuls : 3 / 0
- exprimés : 119 / 131
  Source
  En 2014, deux tours de scrutin avaient été nécessaires.

  À suivre...

 jhmQuotidien 2022 01 20

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Allemagne, énergie : les ambitions vers la neutralité carbone augmentent, tout comme...les émissions de gaz à effet de serre. Aïe!

  " La vérité est le point d'équilibre de deux contradictions "
  Proverbe chinois

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Allemagne : les chiffres clés de l´énergie en 2021

Hartmut Lauer
2022 01 16

  Les contradictions de la politique énergétique allemande apparaissent au grand jour. D´un côté, les ambitions augmentent : critiqué par la Cour Constitutionnelle, le gouvernement relève l´objectif . à 65% d´ici 2030 et avance la neutralité carbone à 2045.

  D´un autre côté, les émissions allemandes sont en hausse d´environ 4,5% par rapport à 2020 et la part des énergies renouvelables dans le mix électrique baisse pour la première fois de manière significative. La production d´électricité à partir des centrales à charbon atteint à nouveau un niveau record mais le gouvernement maintient son calendrier de sortie du nucléaire, une énergie bas carbone.
  À l´occasion de la présentation d´un premier bilan le 11 janvier 2022 /22/, Robert Habeck, le nouveau vice-chancelier et Ministre de l´Économie et de la Protection du Climat, constate un retard considérable quant à l´atteinte des objectifs climatiques dans tous les secteurs. Les objectifs climatiques pour 2022 et 2023 sont déjà considérés comme hors d´atteinte et les mesures actuellement engagées sont largement insuffisantes. Tout sera mis en œuvre pour atteindre les objectifs de 2030 définis dans le contrat de coalition du nouveau gouvernement /20/. Pour cela il faut tripler le rythme de réduction des émissions et faire nettement plus en moins de temps. Il est prévu de faire voter deux paquets de mesures d´urgence d´ici à l´été, afin qu´ils entrent en vigueur fin 2022.
  Selon les données statistiques provisoires, les résultats énergétiques 2021 se résument comme suit :

  • L´évolution de la consommation d´énergie primaire est à la fois imputable à la crise sanitaire et à des températures globalement plus froides par rapport à 2020. La consommation augmente de 2,6 % par rapport à 2020 mais reste encore inférieure au niveau de 2019. Les énergies fossiles représentent plus des trois quarts de la consommation d´énergie primaire ;
  • La consommation d´électricité augmente de presque 3% suite au rattrapage conjoncturel sans toutefois atteindre le niveau de 2019 ;
  • La production d´électricité renouvelable accuse une baisse de presque 5% par rapport à 2020 notamment en raison d´une forte baisse de la production éolienne. En conséquence, la part des énergies renouvelables dans la consommation brute d´électricité marque un recul à 42,3 % : 2020 : 45,6% ;
  • La lenteur du développement des énergies renouvelables, notamment de l´éolien, met en péril l´objectif du nouveau gouvernement de 80% d´énergies renouvelables dans la consommation brute d´électricité d´ici 2030 ;
  • Progression de la production des centrales à charbon et nucléaires. Le couple lignite/houille est à nouveau la première source de production électrique ;
  • Le solde exportateur s´élève à environ 20 TWh, en léger recul par rapport à 2020 ;
  • Selon une première estimation, les émissions de gaz à effet de serre augmentent d´environ 4,5%, ~ 33 MtCO2éq, par rapport à 2020 pour atteindre 772 MtCO2éq. L´Allemagne ne prend pas seulement à nouveau du retard sur son objectif 2020, - 40% d´émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, mais s´éloigne aussi de son objectif climatique de 2030 : - 65% d´émissions par rapport à 1990.

Les projets phares du tournant énergétique allemand en 2021 :

  • Taxe carbone sur les émissions des produits combustibles non couverts par le Système Européen d´Échange de Quotas d´Émissions ;
  • Avenant à la Loi sur les Énergies Renouvelables, EEG 2021, visant une part des énergies renouvelables de 65% à la consommation brute d´électricité d´ici 2030 ;
  • Avenant à la Loi sur la Protection du Climat pour un durcissement de l´objectif climatique : neutralité carbone en 2045 ;
  • Contrat de coalition du nouveau gouvernement visant entre autres une part des énergies renouvelables de 80% à la consommation brute d´électricité et 50% de la chaleur produite de manière climatiquement neutre d´ici 2030 ;
  • Arrêt de 3 centrales nucléaires et 6 centrales à charbon fin 2021.

    Pour plus de détails, c'est ICI.

Photo BNetzA

Energies renouvelables : jamais là qu'en on en a le plus besoin...

    Les éoliennes sont comme le hasard, leur seule " valeur " réside dans leur degré d'improbabilité.😞

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Renouvelables : entre pilotabilité et intermittence

Jean-Pierre Riou
  Chroniqueur indépendant sur l’énergie, membre du bureau énergie du Collectif Science Technologies Actions.
2022 01 14

   Certaines énergies renouvelables présentent l’inconvénient majeur de n’être pas pilotables et de produire de façon intermittente et aléatoire une électricité dont la décorrélation avec les besoins de la consommation les prive de la moindre valeur marchande en tant que telle.
  Pour autant, les vifs « débats d’experts » sur le sujet demandent une clarification de la nature du
caractère aléatoire et du concept même de cette intermittence.


Facteur de charge et facteur de disponibilité
  Tous les moyens de production, ou de stockage, sont susceptibles d’être momentanément indisponibles, tant de façon programmée, pour maintenance, que de manière fortuite pour incident.
Cette « disponibilité opérationnelle » : peut être totale ou partielle et son facteur de disponibilité en rend compte.
  Un moyen de production, ou de stockage, peut également être techniquement disponible mais être dépourvu, partiellement ou totalement, de la source d’énergie nécessaire à son fonctionnement.
  Cette source d’énergie peut être sous forme de stock ou bien sous forme de flux. La variabilité de ce flux détermine alors le « facteur de charge » d’un moyen de production dont la disponibilité opérationnelle permettrait, en cas de besoin, un fonctionnement à la puissance nominale.
  RTE (Réseau de Transport d’Électricité) publie quotidiennement les indisponibilités, même infimes, de tous les moyens de production, ou de stockage, dont la source d’énergie se stocke.
  Ce qui ne signifie pas, pour autant que le facteur de charge de la puissance disponible est égale à 1, cette puissance étant pilotée selon plusieurs critères, comme les besoins de la demande ou le prix du marché.
  Le gestionnaire de production pouvant aller jusqu’à demander à un moyen de production de se déconnecter du réseau en cas de forte production dans un contexte de faible consommation, comme le montre ci-dessous la publication de cette demande faite à EDF pour le réacteur n°1 de la centrale de Saint Alban.
  Tous les moyens de production disposent de cette possibilité de réduire leur facteur de charge et se déconnecter du réseau. Les contrats éoliens récents prévoient notamment une rémunération forfaitaire d’un facteur de charge de 35% aux exploitants éoliens qui cessent leur production quand les prix sont négatifs.
  Par contre une éolienne ne peut atteindre sa puissance nominale quand il n’y a pas de vent.
  Au niveau national, les différents régimes de vent interdisent 100% à l’ensemble des éoliennes françaises, de même que leur production totale ne tombe jamais à 0 MW.
  Pour 2021, l’écart entre le maximum et le minimum de la production des 18 549 MW éoliens, au 1er janvier 2022, est illustré ci-dessous.

  • Soit entre 78,28% et 0,24% de la puissance installée.

  Or, s’il est possible de réduire le facteur de charge maximum, il n’est pas possible d’augmenter la production quand le vent fait défaut.
   Source : chiffres clés RTE 2021
  C’est pourquoi l’éolien est souvent qualifié d’« intermittent » bien que sa production ne soit jamais réellement interrompue, pour l’opposer aux moyens « pilotables », bien que ceux-ci puissent être arrêtés pour incident ou maintenance.
  « Aléatoire » est également employé, bien que ce terme signifie également non prévisible, alors qu’on prévoit le temps. Certes, plus ou moins bien, mais on le prévoit. Ce qui ne veut pas dire qu’on peut le modifier lors de froids anticycloniques où la demande est la plus forte, et le vent absent.
  Les professionnels de la filière semblent préférer « variable », qui est également exact.
  Et tente de masquer le problème, car tous les moyens de production sont variable.
  Mais seules les énergies renouvelables dites « intermittentes » sont condamnées à faire défaut lors
des pics de consommation si le flux de leur source d’énergie fait défaut
.

Pour en finir avec le foisonnement

  Afin de minimiser les effets de l’amplitude de l’écart entre puissance maximale et minimale des énergies « intermittentes » ou du moins « interactives » selon cette autre distinction, la notion de « foisonnement » viendrait en contrebalancer les effets.
  Non seulement un foisonnement des vents, puisque nous venons d’en voir le peu d’effets, mais un foisonnement des EnR entre elles, le soleil venant au secours du vent ou du débit des cours d’eau.
  Cette loi du hasard des grands nombres n’empêchera pas le soleil d’être absent de chaque pic de consommation car ceux-ci sont hivernaux vers 19 heures, après le coucher du soleil. Et l’intérêt de ce « foisonnement » reste vrai pour tous les moyens de production et revient à s’en remettre au hasard.
  Ce qui n’est pas compatible avec des investissements visant à renforcer la sécurité.
  Pour ne pas dire « aléatoire », disons « selon les caprices du vent ».

Haute-Marne, Parc national : le conseil d'administration décide que les usines d'éoliennes n'ont pas leur place ici

  " Le parc déclare NON COMPATIBLE avec sa mission de préservation de la biodiversité [...] cigogne noire, milan royal, noctule : trop d'impacts, ... "
   Le constat est cinglant et net : les usines d'éoliennes portent une grave atteinte à l'environnement! C'est la parfaite définition de... l' ÉCOCIDE*! On pourrait aussi ajouter que, pour palier à leur intermittence, il y a obligation pour les pays, dont le mix électrique contient une forte dose d' EnRi, d' avoir recours à la consommation d'énergies fossiles qui sont, comme chacun sait, polluantes et fortement émettrices de gaz à effet de serre : lignite, charbon, gaz et même pétrole.  Ainsi, dans l’ensemble de son cycle de vie, l'éolien n'est pas vertueux! Le climat et les terriens ne disent vraiment pas merci!
   Aussi, qui peut encore croire, mis à part les " cueilleurs-chasseurs de subventions publiques " du vent dont la première motivation, avant tout, est de faire du business, encore du business, toujours du business, que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets et, que, ce qui est destructeur pour la biodiversité au sein du Parc national, ne l'est pas pour le reste de la Haute-Marne?
  Surtout, que hors PN, la présence d'usines d'éoliennes alourdit encore la peine avec cette circonstance aggravante : il y a des Hauts-marnaises et des Hauts-marnais qui VIVENT A LEURS PIEDS!
  " La conscience, c'est ça l'important " ** : à  méditer, fonctionnaires, commissaires enquêteurs, élus, propriétaires terriens, exploitants-agricoles, etc, qui, par vos  " avis favorables " et " signatures ", validez et justifiez l'implantation de ces machines tueuses et ce, régulièrement, contre la majorité des citoyens.

* Écocide : Grave atteinte portée à l’environnement, entraînant des dommages majeurs à un ou plusieurs écosystèmes, et pouvant aboutir à leur destruction.Larousse

** " Comment ça marche? " ; paroles de Jean-René Caussimon ; musique Léo Ferré

jhmquotidien



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Paris pendant la Terreur, rapports des agents secrets du Ministère de l' Intérieur, épisode XV

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La société populaire de la section de l' Arsenal était peu nombreuse. On n'a parlé que des friponneries des bouchers et des marchands de bois : l'esprit public bon.
  J'ai parlé hier310, dans mon numéro, d'une blanchisseuse, vraiment patriote, laquelle a été vice-présidente et secrétaire de la société des femmes de Saint-Eustache. Aujourd'hui je l'ai encore vue dans une maison rue des Vieux-Augustins. Cette femme sait tout, connaît tout. Comme on parlait des comités révolutionnaires, elle a passé en revue les membres du comité de la section du Contrat-Social. Elle a dit que Poté311, cordonnier, rue Tiquetonne, et membre du comité révolutionnaire de la section du Contrat-Social, était un homme diablement intéressé ; qu'avant qu'il ne fût nommé à ce comité, il était bien maigre, mais que depuis quelques mois il avait un ventre qui pesait au moins cinquante livres. Si on épluchait de bien près ce monsieur, disait-elle, on verrait bien des choses.
  Rue Neuve-Saint-Marc312, chez un marchand de vin qui est grand gueulard, on s'entretenait de différentes personnes. J'ai fait tomber la conversation sur les hommes en place de la section, qui est la section Le Peletier. On a dit que Pottier313, de Lille, imprimeur, et membre du comité révolutionnaire, était un homme qui se jetait toujours du côté où le vent tournait, que les financiers étaient contents qu'il fût à ce comité, et qu'enfin Madame Pottier, petite maîtresse, fille du boulanger de Louis Capet [Louis XVI], était aristocrate, et que Pottier approchait de trop près sa chère amie pour qu'il fût véritablement révolutionnaire.

 https://www.etudesrobespierristes.com/wp-content/uploads/2020/02/109-1.jpg

" Histoire derrière la toile » assurément, celle qui se déroule autour des grands procès de l’an II, ceux d’ Hébert, de Danton et celui des Chemises rouges : procès escamotés auxquels l’auteur apporte ici un éclairage nouveau. Y eut-il indépendamment de l’existence bien réelle des menées contre-révolutionnaires, un « complot de l’étranger » ? Le baron [Jean-Pierre, baron de Batz, 1754-1822] fut-il le chef d’orchestre clandestin d’une immense conjuration visant à délivrer la reine, à préparer la contre-révolution en utilisant les excès des ultra-révolutionnaires ? Les comités ont fait de l’insaisissable baron l’inspirateur diabolique des menées de l’étranger, l’incarnation même de la contre-révolution. Les accusations aussi vagues qu’inquiétantes étaient de nature à permettre tous les amalgames. Sans se prononcer sur le fond, l’auteur tente de démonter avec ingéniosité le mécanisme de cette machination infernale. ". Source

  Vers les dix heures et demie du soir, trois hommes qui étaient habillés en carmagnole, causaient à l'entrée du café des Arts, vis-à-vis la rue Saint-Ange314, où on joue la Comédie. Comme j'étais à regarder par une fenêtre pour voir s'il y avait beaucoup de monde à ce café, voici ce que j'ai pu recueillir de la conversation de ces trois individus : " Foutre! que je suis donc fâché que l'arrêté de la société populaire du Temple n'ait pas été placardé! C'est bien toi, disait toujours un des trois, qui est (sic) cause de cela ; on ne retrouvera pas une si belle occasion. " L'homme qui parlait de cette sorte à ces deux camarades, m'a paru être dans le vin, car il trépignait des pieds comme un homme en colère. J'ai cru que ces propos pourraient servir à découvrir quelque machination.
  J'ai porté mes regards le matin du côté du faubourg du Temple, et je n'ai rien vu d'extraordinaire, à l'exception de quelques batteries dont je crois inutile de parler.

Rapport de Beraud, W 191
  La mort du général Moulin315 était à l'ordre du jour dans plusieurs endroits, et on voulait faire croire qu'il s'était tué non pas parce qu'il se voyait sur le point d'être pris, mais parce qu'il craignait, n'ayant pas réussi, d'être arrêté, et de subir le même sort des généraux qui ont passé aux Tribunal révolutionnaire. " Ce Tribunal, disait un citoyen, peut fort bien être composé de gens de mérite, mais pas assez instruits pour raisonner de l'art militaire. Ainsi donc, lorsqu'un officier quelconque a manqué à son devoir, on devrait le faire juger par une cour martial. Lorsqu'un général a commis une faute, on devrait distinguer si c'est par trahison ou par ignorance. Dans le premier cas, rien n'est plus juste qu'il subisse la peine de mort. Dans le second, on doit lui imposer une peine moins dure - Si l'on ne fait pas cette différence, a répliqué un autre citoyen, qui est-ce qui voudra être général? L'homme à même de l'être se tiendra toujours dans l'ombre, et nos troupes seront toujours mal dirigées ; ainsi, pour remédier à un pareil inconvénient, il faut laisser à chaque armée la liberté de se choisir son chef, car le ministre de la Guerre ou le Comité de salut public peuvent fort bien être trompés, la protection pouvant agir auprès d'eux pour telle ou telle nomination. "
  Les groupes, depuis quelques jours, ne sont pas si fréquents.
  Plusieurs citoyens de diverses sections, loin de s'apitoyer sur celle du Temple, désirent que le Comité de sûreté générale fasse un exemple sévère sur les auteurs de l'adresse à la Commune316. " Elle nous a trompés, disait l'un, sur la moralité de Talbot317, et lorsqu'elle nous enverra des députations, nous ruminerons plus d'une fois ce que nous aurons à lui répondre, de crainte que notre religion ne soit surprise. "

Rapport de Charmont, W 191
  On commence à revenir sur les faux bruits que les malveillants avaient eu soin de semer relativement à la résurrection des brigands de la Vendée. Le rapport qui a été fait à la Convention hier318 a totalement rassuré tous les citoyens. La sensation est telle que l'on est bien décidé à ne plus croire aucune nouvelle non officielle : du moins c'est ce que disaient des citoyens, au café de la Commune, place de Grève. Il faudrait, disait un autre, arrêter tous les prôneurs de fausses nouvelles, attendus qu'ils font plus de mal que nos ennemis extérieurs. Ce fut le vœu général.
  La dénonciation faite à la Commune contre la société des deux sexes à fait sensation dans ladite société319, car partout on rencontre des femmes à qui on fait reproche d'être de la société. Elles répondent sur-le-champ qu'elles n'en sont point, de peur que l'on ne se moque d'elles.
  Errimante Lambin320, dans son affiche d'hier tonne avec force contre les avocats, les procureurs, les conseillers, les prêtres, les nobles, qui ont singé et qui singent encore le patriotisme ; il les attaque à l'instant où ils disent que la Révolution leur a ôté leurs états ; il leur représente les sans-culottes n'ayant rien, soutenant tout, et ne pensant point à l'avenir, parce que la Providence n'abandonne pas les siens. Après leur avoir reproché leur non-patriotisme, il leur dit d'aller retourner la terre, afin qu'ils sachent ce que valent les sueurs d'un sans-culotte. Ensuite, il attaque la majeur partie des sociétés populaires, qui, pour faire aller la chose publique, si on n'y faisait pas attention, elles la mettraient dans l'embarras. Tous les passants paraissent lire cette affiche avec plaisir ; on lui demande qu'il en fasse trois ou quatre par décade. Aussi, le comité révolutionnaire de la section Charlier, voulant récompenser son civisme, et ayant su qu'il y avait une place vacante dans les bureaux du Département, a été l'installer de son autorité même, malgré que cela n'est pas plu au Département.
  Les habitués du Bulletin de la Convention que l'on affiche sont fâchés de ne plus y321 voir l'Observateur Sans-Culotte322 : on en est fâché à cause de ses bonnes réflexions, qui contribuaient beaucoup à l'instruction du peuple qui n'avait [le moyen] d'acheter les journaux.
   On répandait dans le public avec affection qu'à Rome le peuple se livre à des murmures, que le pape [Pie VI, Giannangelo, comte Braschi, 1717-1799 ; pape de 1775 jusqu'à sa mort ; 250e pape de l'Église catholique ; il s'oppose au projet de constitution civile du clergé, 1790, qu'il dénonce et condamne, tardivement?, dans son " Bref Quod Aliquantum ", 1791] craint beaucoup que cela ne vienne à du sérieux ; qu'il fait son possible pour calmer l'effervescence qui se propage de plus en plus. La plupart désirent que cette nouvelle soit vrai ; on le désire au moins, car le pape n'est plus en odeur de sainteté à Paris.

                                  Pius VI, Pont.Max. engraving BNF Gallica.jpg

Pie VI, 1717 - 1799. 250ème pape de l'Eglise catholique romaine. Bibliothèque nationale de France

  L'affiche au nom du Comité de salut public pour le concours323 du salpêtre qui va s'ouvrir aura bien des partisans, car partout on entend dire : je suivrai le cours afin que je puisse exploiter moi-même le salpêtre. Partout les citoyens se disposent à concourir de tous leurs moyens pour le salut de la chose publique.
  Les bouchers avaient un monde prodigieux aujourd'hui dans leurs boutiques ; en moins de deux heures, ils ont vendu toutes leurs marchandises, et cependant on a arrêté un particulier, et un boucher, place Saint-Michel, qui lui avait vendu 30 livres de viande et ce particulier demeure au Palais-Egalité ; on est après les recherches pour savoir ce qu'il est.
  Les boulangers ne veulent point du tout se conformer à l'arrêté324 concernant la marque du pain ; les menaces, et puis rien, c'est la même chose. Journellement, on arrête du pain aux barrières. Encore aujourd'hui, on en a pris plus de 50 livres, que l'on distribuera aux pauvres demain. Si le pain était marqué, on saurait au moins chez quel boulanger il a été acheté.
  Partout on demande qu'il soit sévi contre le juge qui a été se permettre d'instruire une procédure contre un député325 mis en arrestation, sur lequel la Convention n'a rien prononcé. Dans le café Manoury, on en était indigné ; à moins qu'il n'y ait été autorisé par un Comité de la Convention, ce juge mérite d'être destitué ; c'est la moindre punition qu'on exige qu'il ait. Tous les citoyens étaient de cet avis.

Rapport de Dugas, W 191
  C'est dans les spectacles surtout que l'on s'aperçoit que beaucoup de citoyennes célèbrent encore l'ancien dimanche. Aujourd'hui ils étaient remplis, et l'on voyait plus de femmes que d'hommes ; leur toilette annonçait d'ailleurs qu'elles étaient en cérémonie.
  Il paraît un Précis sur l'affaire Chaudot326 où l'on combat victorieusement les deux chefs d'accusation qui ont déterminé son jugement. Tous les bons patriotes s'intéressent à lui, et ils apprendront avec la plus douce satisfaction que la Convention lui a rendu la vie et la liberté.
  On dit que les deux Le Couteulx, Laurent et La Noraye327, étaient dans ce moment au Tribunal révolutionnaire, et qu'ils le méritaient bien. Sur dix banquiers, ajoutait-on, il y en a neuf qui se sont rendus coupables de faire passer de l'argent aux émigrés.

 File:Portrait de Jean-Jacques-Vincent Le Couteulx de La Noraye et de ses deux fils, Barthélémy-Jean-Louis et Laurent-Vincent.jpg

Portrait de Jean-Jacques-Vincent Le Couteulx de La Noraye et de ses deux fils, Barthélémy-Jean-Louis et Laurent-Vincent. Ecole française vers 1760.

  On a arrêté ce matin, dans les bureaux des Messageries nationales [services postaux et transport de personnes], deux sommes en numéraire, l'une de 25.000 livres avec celui à qui elle appartenait, et l'autre de 7.000 livres, sans son propriétaire. Ces deux sommes allaient à Lille, où il se fait un trafic d'argent criminel.

 https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/sites/default/files/styles/pm_notice/public/atoms/images/CAR/manz_carns01704_001.jpg?itok=jpDnSU1x

Sceau en laiton et bois, administration des Messageries nationales. Musée Carnavalet

  Dans la séance des Jacobins328, Châles, représentant du peuple, s'est justifié des calomnies dont il a été abreuvé pendant toute sa mission aux frontières du Nord. Sa blessure l'ayant empêché de monter à la tribune, il a parlé assis. On l'a entendu avec intérêt, et les cris : Vive la République! se sont fait mille fois entendre au récit qu'il a fait de la discipline, de la beauté, du courage et de la tenue de l' armée du Nord.
  Collot d' Herbois [Jean-Marie Collot, dit, 1749-1796 ; député montagnard de Paris à la Convention nationale et membre actif du Comité de salut public, aussi pendant la période de la Terreur : "... Partisan de la Terreur, il entra au Comité de salut public le 6 septembre 1793. [...] il fut un des artisans du décret d'arrestation contre Maximilien de Robespierre [...] mis en accusation avec d'autres membres du Comité de salut public et du Comité de sûreté générale, sur dénonciation, il est arrêté et condamné à la déportation en Guyane. [...] mourut de la fièvre jaune à l'hôpital de Cayenne le 20 prairial an IV : 8 juin 1796 ; source] a fait valoir à son tour les services que la Patrie a le droit d'attendre encore de cette belle armée. Sa fidélité inébranlable, malgré les traîtres qui l'on travaillée, comme Dumouriez, Custine, Houchard [Jean Nicolas, 1738-1793 ; "... Houchard remplace ensuite le général Custine qui vient d'être destitué et guillotiné et son successeur le général Jennings de Kilmaine, commandant provisoire du 4 juillet au 4 août. Le 11 août 1793, il prend ainsi le commandement suprême de l'armée du Nord. [...] Accusé de ne pas avoir tiré parti de la victoire de Hondschoote, il est destitué et arrêté à Lille le 24 septembre 1793 [...] fut guillotiné le 25 novembre 1793 : 26 brumaire an II ; source] et tant d'autres, doit nous donner l'assurance que rien ne pourra résister à son républicanisme.

 

Déportation de Collot, Billaud-Varenne et Barère au lendemain de la journée insurrectionnelle du 12 germinal an III : 1er avril 1795. Gravure de Pierre-Gabriel Berthault d'après un dessin d'Abraham Girardet, Tableaux historiques de la Révolution française, Paris, BnF, département des estampes, 1802.

   Les tribunes ont demandé des nouvelles de leurs amis Couthon et Robespierre329, et quelques membres ont dit que ce dernier avait passé une assez mauvaise nuit, mais qu'il allait bien dans le moment. À l'égard de Couthon, on a assuré qu'on devait être sans alarmes sur sa santé.
  Chez quelques bouchers de la rue Saint-Honoré, on a pu avoir de la viande qu'à son tour ; il y avait des rassemblements devant leurs boutiques comme on en a vu, cet hiver, devant celles des boulangeries.
  Beaucoup de citoyens n'ayant pu se procurer ni viande, ni poisson, quelques-uns ont payé le litron de lentilles à raison de 22 sous.
  On attend avec impatience le rapport d' Amar sur l'affaire de Chabot et autres330 ; on disait à ce sujet que l'on verrait tomber bien des têtes à la suite de leur jugement.

Rapport d' Hanriot, W 191
  On s'aperçoit avec plaisir que le temps prédit par un écrivain philosophe331 qui, par ses écrits, à préparé l'heureuse révolution qui s'opère actuellement pour le bonheur du peuple, que le temps où devaient s'effacer de l'esprit des sans-culottes ces préjugés religieux qui formaient le premier anneau de leur chaîne avilissante, est enfin arrivé. La raison, la loi naturelle que les rois, les prêtres et les grands avaient eu tant d'intérêt à obscurcir, en réfléchissant son éclat de toutes parts, éclaire la partie ignorante du peuple.
  Un citoyen disait à un sans-culotte : " Crois-tu qu'il ait été prudent de détruire le culte dans vingt-quatre heures comme on l'a fait? N'eût-il pas été plus politique de le laisser tomber de lui-même? - Tais-toi, f. bête, lui répondit le sans-culotte ; il n' est jamais trop malin lorsqu'il s'agit de détruire l'erreur. " Cette réponse républicaine a été vivement applaudie.
  On se plaint universellement de la manière anti-civique avec laquelle s'exécute la loi332 sur les secours ordonnés aux pensionnaires de la ci-devant Liste civile ["... Cette dernière surgit dans l’espace politique et constitutionnel à l’initiative de la Constituante au lendemain des journées d’octobre, tournant de la Révolution. Plus précisément, le 7 octobre est son jour de naissance [...] Car la liste civile est un salaire. En France, à compter de 1789, elle se définit comme la somme que la Nation décide d’allouer annuellement – ou parfois pour la durée de son règne – au chef de l’État pour subvenir à ses besoins et aux charges de sa fonction. Généralement, cet octroi pécuniaire se double de la jouissance de palais, maisons, terres, mobiliers et objets précieux. Aussi consiste-t-elle, lato-sensu, en la somme votée par le pouvoir législatif pour la dépense annuelle du souverain et de sa Maison, à laquelle s’ajoutent les biens formant le domaine de la Couronne dont l’État lui abandonne la jouissance 7. [...] Pourtant, on ne laisse pas d’être surpris par les circonstances de sa naissance. Cette dernière n’est pas l’aboutissement d’un processus intellectuel ou théorique, mais semble procéder d’une improvisation de l’Assemblée. Instaurée de façon incidente, pour ne pas dire par surprise, la Liste civile relève de l’impromptu... " ; source]. La préférence accordée aux riches qui reçoivent des sommes considérables, tandis que les indigents qui éprouvent les besoins les plus pressants sont rebutés, est une oppression manifeste dont on désire la cessation.
  Les bons patriotes voient avec plaisir les mesures prises contre les affameurs publics. On s'attend que sous peu de jours l’horrible complot tramé par les contre-révolutionnaires pour amener la famine dans Paris, sera déjoué, ses infâmes auteurs punis, et le peuple vengé. Les autorités constituées ne négligent rien pour arrêter le mal dès sa naissance ; elles font des visites chez les bouchers, chez les charcutiers et autres marchands ; plusieurs ont été arrêtés, cependant quelques-uns vendent encore leur viande à un prix exorbitant.
  Il est des scélérats soudoyés par les ennemis de la République qui parcourent les campagnes et enlèvent, dans les villages et les fermes, le beurre, les œufs et toutes les denrées ; ils les achètent au poids de l'or pour empêcher les braves sans-culottes d'en approcher ; et les gens de campagne, qui n'ont d'autre dieu que leur intérêt, prêtent les mains à cet infâme tripotage. Voilà la source de la disette qui règne à Paris.
  J'ai entendu dire à un boucher qu'à la vérité plusieurs de ses confrères avaient violé la loi ; mais il disait aussi que les bouchers étaient les victimes des marchands de bestiaux qu'un décret333 rendait trop maîtres de leurs marchandises ; qu'il était important de mettre des commissaires dans les marchés pour recevoir les plaintes des bouchers contre celui qui marchandera un ou plusieurs boeufs, car il est prouvé que ce sont les regrattiers [sous l'Ancien Régime, marchand qui vendait au détail légumes, fruits, épices et surtout le sel des greniers royaux. Larousse] qui mettent l'enchère, vu qu'ils ne sont sujets ni à la place, ni au public, et qu'ils font la loi aux bouchers.
  Il demande aussi des commissaires pour surveiller les marchands de vin qui, bien sûrs de vendre leur viande cuite le prix qu'ils voudront, s’embarrassent fort peu de mettre quinze ou vingt francs en dessus du maximum ; et ces marchands de vin en achètent 20, 30 et souvent 40 livres. En contraignant, ajouta-t-il, ces marchands à se fournir chez les bouchers, il y aura moins de consommation, et la loi du maximum sera entièrement exécutée.

Rapport de Jarousseau, W 191

  À suivre...

   Pierre Caron, Paris pendant la Terreur, rapports des agents secrets du Ministère de l' Intérieur, tome IV - 21 pluviôse an II - 10 Ventôse an II, 9 février 1794 - 28 février 1794, , La Société de l' Histoire de France, Librairie Marcel Didier, Paris, 1949, pp. 140-150.


310. Cf. ci-dessus, p. 116.
311. Potet, Louis-Mathurin. Il est représenté, par plusieurs dénonciations contenues dans son dossier, comme ayant eu de grandes liaisons avec Hébert et comme ayant beaucoup profité, matériellement, de la Révolution. Il est successivement : le 12 floréal an II [1 mai 1794], suspendu de ses fonctions de membre du comité révolutionnaire de la section du Contrat-Social ; le 3 prairial [22 mai], objet d'un mandat d'arrêt décerné contre lui par l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire ; le 5 messidor [23 juin], acquitté par le Tribunal ; le 25 pluviôse an III [13 février 1795], perquisitionné par ordre de l'accusateur public près le tribunal criminel du département de Paris ; le 21 thermidor [8 août], condamné à huit mois de prison, deux années de gêne [ancienne peine du droit français, conservée dans le Code pénal du 25 septembre – 6 octobre 1791 ; articles 14/15/16/17 : " tout condamné à la peine de la gêne sera enfermé seul dans un lieu éclairé, sans fers ni liens ; il ne pourra avoir pendant la durée de sa peine, aucune communication avec les autres condamnés ou avec des personnes du dehors ; Il ne sera fourni au condamné à ladite peine, que du pain et de l'eau, aux dépens de la maison : le surplus sur le produit de son travail. ; dans le lieu où il sera détenu, il lui sera procuré du travail à son choix, dans le nombre des travaux qui seront autorisés par les administrateurs de ladite maison ; Le produit de son travail sera employé ainsi qu'il suit :
  - Un tiers sera appliqué à la dépense commune de la maison ;
  - Sur une partie des deux autres tiers, il sera permis au condamné de se procurer une meilleure nourriture ;
  - Le surplus sera réservé pour lui être remis au moment de sa sortie, après que le temps de sa peine sera expiré " ; faute de locaux appropriés, la peine de la gêne ne fut que difficilement appliquée], et quatre heures d'exposition pour usurpations de pouvoirs [Code pénal du 25 septembre – 6 octobre 1791, article 28 : " Quiconque aura été condamné à l'une des peines des fers, de la réclusion dans la maison de force, de la gêne, de la détention, avant de subir sa peine, sera préalablement conduit sur la place publique de la ville où le jury d'accusation aura été convoqué. Il y sera attaché à un poteau placé sur un échafaud, et il y demeurera exposé aux regards du peuple, pendant six heures, s'il est condamné aux peines des fers ou de la réclusion dans la maison de force ; pendant quatre heures, s'il est condamné à la peine de la gêne ; pendant deux heures, s'il est condamné à la détention. Au-dessus de sa tête, sur un écriteau, seront inscrits en gros caractères ses noms, sa profession, son domicile, la cause de sa condamnation, et le jugement rendu contre lui.
"] : Arch. nat., F7 477480, W 374, doss. 914.
312. Actuellement, une partie de la rue Saint-Marc [2ème arrondissement de Paris]
313. Pothier, Louis, de Lille, 44 ans en l'an II, imprimeur rue Favart, archiviste et caissier du comité de surveillance de la section Le Peletier. Mis en arrestation le 13 floréal an II [2 mai 1794], il fut impliqué dans l'affaire de la conspiration de Batz, et condamné à mort le 29 prairial [17 juin] suivant. Sa femme, qui avait été emprisonnée la veille, fut détenue au Luxembourg, et recouvra sa liberté le 20 thermidor [7 août] : Arch. nat., F7 477480, W 389, doss. 904.

 

Plaque au 52 rue Beauregard, 2ème arrondissement de Paris, commémorant la tentative d’évasion de Louis XVI.

314. D'après le Nouveau plan routier de... Paris de 1793, elle était située dans le faubourg du Temple, et allait de la rue des Marais-Saint-Martin aux rues Gilbert et Gancourt.
315. Cf. ci-dessus, p. 87, note 1.
316. Cf. t. III, p. 389, note 2.
317. Cf. t. III, p. 359, note 1.
318. Cf. ci-dessus, p. 122, note 3.
319. Charmont veut sans doute parler de la section de la Maison-Commune [n°32 ; " section de l’Hôtel de Ville " jusqu'en août 1792 ; puis " section de la Maison-Commune "; mais, après le 9 thermidor, pour effacer toute allusion à l'insurrection de l’Hôtel de Ville, elle devin la " section de la Fidélité " ; l' Hôtel-de-Ville était son secteur ; l’église Saint-Gervais-Saint-Protais était son lieu de réunion ; en 1811, elle devint le quartier de l' Hôtel-de-Ville, 9ème arrondissement de Paris]. Pas de renseignements sur l'incident auquel il fait allusion. Les sociétés fraternelles des deux sexes sont alors nombreuses à Paris.
320. Il a déjà été question de lui : cf. t. II, p. 24, note 1 ; en rédigeant cette note, nous ignorions les renseignements qui figurent ici-même.
321. Interpréter : sur les murs.
322. Cf. t. Ier, p. 163, note 3. - La publication de ce journal-affiche, dont le titre exact était : Le Sans-Culotte observateur, avait cessé le 20 pluviôse [8 février].
323. Sic, pour cours. - L'affiche en question fut reproduite dans le Moniteur du 29 pluviôse [17 février] : réimp., t. XIX, p. 482.
324. Pas de renseignements.
325. Bailleul [Jacques-Charles, 1762-1843 ; député girondin de la Convention ; il signe la protestation contre l’arrestation des girondins et est arrêté, 1793 ; échappe à la guillotine grâce à la chute de Robespierre, il réapparaît à la Convention en décembre 1794 ; membre du comité de sûreté générale, 1795 ; élu au Conseil des Cinq-Cents sous la constitution de l'an VIII, 1799 ; membre du Tribunat, 1799-1802]. Voir sa protestation dans le compte rendu de la séance de la Convention du 26 pluviôse [14 février] publiée par le Moniteur du 28 [16 février] : réimp. t. XIX, p. 479.
326. Cf. ci-dessus, p. 98, note 2.
327. Le Couteulx, Laurent Vincent [1754-1794] administrateur des Eaux de Paris, auteur, en 1790, d'une brochure sur la vente des biens nationaux : A. Martin et G. Walter, Bibl. nat., Catal. de l'hist. de la Révol. franç., t. III, p. 135. Le Couteulx de la Noraye, Barthélémy-Jean-Louis [1752-1799], banquier connu pour son rôle dans l'administration municipale parisienne à partir de 1789. Aucun Le Couteulx n'a été traduit au Tribunal révolutionnaire.
328. Du 28 pluviôse [16 février] : Aulard, La Soc. des Jacobins, t. V, p. 655.
329. Depuis une quinzaine de jours, la santé de Robespierre laissait à désirer, et, du 16 au 26 pluviôse [4 février au 14 février], il n'avait pas apparu au Comité de salut public. Il reprit ses occupations le 27 [15] ; mais le 1er ventôse [19 février] il dut s'aliter. Sa maladie dura plus de trois semaines : Hamel, Hist. de Robespierre, t. III, p. 412-414.
330. Cf. ci-dessus, p. 82, note 3.
331. Lequel? D'Holbach? [Paul Thiry, baron d’ Holbach, 1723-1789 ; philosophe français d'origine allemande. Il meurt peu avant la prise de la Bastille. "... Érudit et fortuné, il devient, grâce au salon qu'il anime, l'une des grandes personnalités de la vie parisienne. Sa formation aux sciences naturelles lui permet de collaborer à l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert à partir de 1751, pour des articles de chimie et de minéralogie. Savant reconnu, il devient membre des académies de Berlin, en 1752, de Mannheim, en 1766 et de Saint-Pétersbourg, en 1780. Matérialiste et fataliste athée, Holbach s'oppose à toutes les doctrines religieuses, instruments du despotisme. Sans être vraiment novateur par les concepts qu'il développe, il emprunte ses idées aux sources les plus variées. Il les combine et les développe avec une grande hardiesse qui l'oblige à publier ses ouvrages sous un pseudonyme. Sa philosophie est exposée dans " Le christianisme dévoilé " et " Système de la nature ", véritable code de l'athéisme. Il y décrit un univers entièrement déterminé par le principe de la causalité qui s'applique à toute la matière, excluant donc toute intervention divine. Pour lui, ce sont la peur et l'ignorance qui conduisent les hommes à croire en Dieu et les poussent vers les religions. Il est sans aucun doute le doctrinaire le plus hardi de l'athéisme, usant de tout ce que la science de l'époque peut apporter comme arguments au matérialisme et au déterminisme ; source].
332. Décret du 27 août 1793. Il allait le 17 germinal [6 avril 1794], être rapporté et remplacé.
333. Celui du 2 brumaire an II [23 octobre 1793], qui avait disposé que, nonobstant le maximum, les ventes et les achats du bétail sur pied continueraient de se faire de gré à gré. Ce décret venait d'être rapporté, le 18 pluviôse [6 février].

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Paris pendant la Terreur, rapports des agents secrets du Ministère de l' Intérieur, épisode XVI

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