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BLACKOUT EN EUROPE : NOTRE FUTUR À TOUS ? DERNIÈRES MISES À JOUR

  Avant même que l’enquête de l’ ENTSO-E — Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité, n'ait apporté la moindre conclusion à son enquête, une vérité s’impose : il est hors de question d’imaginer que le crash du réseau électrique espagnol soit dû à une cyberattaque !
  Le gouvernement espagnol a d’ailleurs immédiatement enterré cette idée, avec la délicatesse d’un bulldozer : pas question d'ajouter à la panique du blackout celle, autrement plus dérangeante, d'une attaque informatique orchestrée par une puissance étrangère.
  Ça ferait un peu désordre. Et pire encore : cela risquerait de mettre en lumière, ô sacrilège, la fragilité des sacro-saintes énergies renouvelables. Imaginez le scandale ! Montrer à la face du monde que la robustesse des EnR équivaut à bâtir un château en Espagne ? Impensable. 
   En même temps, par la parole et par écrit, l'Allemagne lèverait son veto au nucléaire français !? Wait and see...
  La grande frayeur ibérique du 28 avril dernier ne semble pas avoir alarmé outre mesure le gouvernement français. Il persiste, en effet, à défendre – après une pause estivale – le nouveau projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie — PPE3, qui continue de faire la part belle aux énergies renouvelables.
  Comme le disait si bien le président Chirac (1) :
« Cela m'en touche une sans faire bouger l'autre. »
   L’avenir nous dira si l'État français avait raison...
 
(1). Cette phrase, attribuée à Jacques Chirac, n’a jamais été prononcée publiquement. Elle est rapportée dans l’ouvrage Paroles de présidents : Carnets secrets, 1996, de la journaliste Sylvie Pierre-Brossolette.
 
Aux jours qui viennent !...
 
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L’échec de l’inertie synthétique


Mortel crash test


  Les causes du blackout ibérique du 28 avril demeurent inconnues. Si l’inertie synthétique destinée à remplacer celle des centrales conventionnelles, devait être mise en cause, les décès imputés à l’incident apparenteraient celui-ci à un mortel crash test des moyens mis en œuvre pour permettre l’intégration d’une large part d’énergies renouvelables — EnR. Car pour y parvenir, l’Espagne a mis l’accent sur les technologies de « grid forming » et de stockage afin d’assumer sa situation de péninsule peu connectée à l’inertie des parcs voisins. Ce risque lié au manque de centrales conventionnelles avait été identifié à de nombreuses reprises par l’ Entsoe dont le dernier avertissement date de janvier 2025, tandis que RTE concédait que des tests in situ n’avaient pas encore évalué l’efficacité de cet ersatz d’inertie.
  Pour n’être pas encore jugée responsable, la forte pénétration d’ EnR n’en reste pas moins le principal suspect du blackout ibérique. Au nom de sa présomption d’innocence, la PPE3 prévoit d’accélérer en France le développement des EnR électriques intermittentes dont la viabilité repose sur l’inertie synthétique malgré la vraisemblance de leur mortel crash test d’avril et la nécessité probable pour le réseau européen de recourir encore longtemps à l’inertie de notre parc nucléaire. 
 
Où il apparait que 1,3 + 0,8 < 2
   L’ Entsoe ne s’est pas encore prononcée sur la responsabilité de l’inertie synthétique utilisée par l’Espagne pour respecter la constante d’inertie de 2 secondes qu’elle juge nécessaire pour stabiliser le réseau. Celle-ci n’était en effet que de 1,3 s au moment de l’incident, le reste étant assuré par de l’inertie synthétique, tromperie sémantique dont l’efficacité n’a encore jamais été testée hors des démonstrateurs de laboratoires, ainsi que l’écrit RTE sur l’efficacité : 
« L’équipe R&D développe les outils permettant de qualifier cette stabilité et de tester, via des démonstrateurs sur site, les solutions envisagées comme le « grid forming ». Nous avons réussi à démontrer la faisabilité théorique d’une telle adaptation, après des tests en laboratoire concluants, les équipes de R&D vont commencer des tests à l’échelle industrielle. »
  Le groupe d’investigation Lemur de l’université d’Oviedo permet de connaître l’inertie du réseau au moment de l’incident, reproduite ci-dessous.
 


  Notons qu’elle mentionne :
« l’inertie synthétique aurait pu amener l’inertie totale au dessus des 2 s préconisées par l’ Entsoe » et non « a permis d’amener … »
  Le rapport de l’ Entsoe dira donc s’il faut considérer le blackout ibérique comme un premier test grandeur réelle des solutions développées en laboratoire pour permettre aux EnR de remplacer l’inertie rotationnelle des centrales conventionnelles.
  En tout état de cause, il semblerait que le mix espagnol tende vers davantage de machines tournantes depuis l’alerte du 28 avril.
 

 
  Et c’est le moment précis choisi par l’Allemagne pour se rapprocher de la France en levant son opposition au nucléaire, dernier rempart contre l’instabilité du réseau quand le soleil luit Outre-Rhin ou que le vent souffle sur la mer du Nord, ainsi que le mentionne le rapport ERCOT qui souligne la dépendance de la stabilité dynamique du réseau européen au charbon allemand et au nucléaire français.
  En tout état de cause, les messages de sous fréquence émis par l'Allemagne sur l'instabilité du réseau semblent perdurer


 Source.

PPE3 : l'urgence d'attendre avant de fragiliser le système
  La présomption d’innocence des EnR dans le blackout ibérique doit leur bénéficier tant que l’ Entsoe n’aura pas rendu son rapport définitif. Ses conclusions permettront de dégager les préconisations permettant d’éviter le blackout de plus grande ampleur identifié dans son alerte de janvier 2025 sur les besoins urgents d’inertie. En tant que principale interconnexion avec la péninsule, et principal stabilisateur de la fréquence européenne, le système électrique français verra le développement de son mix de production particulièrement concerné par ces préconisations.
  Plus que jamais, il est urgent d’attendre avant de fragiliser davantage le système en développant de nouvelles EnR électriques en France.
 
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Mise à jour du 22/05
  En 2023, déjà, Red Eléctrica (REE) avait signalé à la Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) que le déploiement des nouvelles petites installations provoquait de « fortes tensions » sur le réseau de transport qui, à certains moments, dépassaient « les valeurs maximales admissibles », ce qui pouvait conduire au « découplage intempestif » de certaines centrales. 
  Et en novembre 2023 REE adoptait de nouvelles dispositions de contrôle de la tension en considérant notamment que « À certains moments, même lorsque tous les outils disponibles pour le contrôle de la tension ont été activés, les ressources n’ont pas été suffisantes pour garantir que les valeurs de tension se situent dans les marges admissibles établies (1). »

(1) Incident du 24 juillet 2021  

  En mai 2024, REE publiait une mise à jour des critères de sécurité du réseau destinée à faire face à ce nouveau défi d’intégration des EnR pour lequel le réseau n’était pas prévu. Son analyse relevait la réduction progressive des générateurs synchrones des centrales conventionnelles, la variabilité de la production et l’engorgement du réseau de distribution qui n’était pas prévu pour évacuer des afflux aussi importants d’ EnR qui y sont raccordées « ce qui peut provoquer un changement de criticité de certains nœuds traditionnellement destinés aux centres de transformation et à la demande d'approvisionnement, puisqu'ils peuvent devenir des nœuds d'évacuation de grandes quantités de production » 
  REE constatait également que « dans le système électrique actuel, qui repose en grande partie sur des générateurs synchrones, il peut y avoir des situations dans lesquelles les systèmes de protection ne parviennent pas à détecter correctement certains défauts, […] lorsque ces générateurs sont découplés. » 
  En janvier dernier, le gendarme de la concurrence CNMC alertait de la multiplication des épisodes de surtension sur le réseau espagnol qui entraînaient des déconnexions automatiques, notamment du réacteur nucléaire d’ AlmarazII. 
  La suite, on la connaît, quand bien même le rapport de l’ ENTSO-E devait trouver d’autres coupables.

Mise à jour du 24/05
  Le 12 février, le Congrès espagnol avait adopté une motion demandant au gouvernement de renoncer à la mise à l’arrêt prévue des sept tranches nucléaires espagnoles et de prolonger leur fonctionnement. Inquiètes des conséquences du blackout, les entreprises d'énergie renouvelables ont alerté de la fuite hors d'Espagne des millions d'euros de subventions pour leur filière qui résulterait d'une prolongation du parc nucléaire.
  Dans un article du 23 mai, le Telegraph évoque la piste d'un test raté sur réseau qui aurait provoqué son écroulement par effet domino. Un test crucial en cette période charnière, un test destiné à montrer qu'on pouvait se passer du nucléaire. L'article fait le parallèle avec le test qui avait entraîné l'accident de Tchernobyl. Et l'article considère que c'est le gouvernement socialiste qui devrait être jugé pour ce fiasco.
  Pour très hypothétique que soit cette piste, elle n'en reste pas moins emblématique du contexte du développement des EnR.
  Le rôle de l'inertie dans la stabilité du réseau a été l'objet de controverse, le propos n'est pas d'en débattre ici. Mais simplement de s'appuyer sur l'avis de celui qui est chargé de le stabiliser. C'est à dire l' ENTSO-E, qui ne saurait être plus clair

 
  
  Sachant que les GWs représentent la quantité d'énergie cinétique du système, et que plus la sous fréquence est importante et plus le risque est grand de déclenchement de sécurité d'unités de production qui aggravent cette sous fréquence par effet domino.

Mise à jour du 07/06/2025 
  Le 6 juin, l' ENTSO-E publiait les premières données disponibles sur ce blackout
  Et le 7 juin paraissait une analyse détaillée de l'événement dans la revue spécialisée BIC.
  Celle-ci illustre notamment l'opposition de phase des oscillations du réseau qui étaient apparues dans la matinée entre Malaga en Espagne et Riga en Lettonie.

  Selon l'article « Ces oscillations sont associées aux oscillations électromécaniques résultant des interactions entre les masses en rotation des générateurs synchrones, les systèmes d'excitation, les stabilisateurs de réseau (SRT) et les contrôleurs des convertisseurs électroniques de puissance ». Sachant que « Il faut également tenir compte du potentiel d'instabilité lié au comportement des convertisseurs électroniques de puissance des générateurs éoliens et solaires photovoltaïques, qui peuvent osciller entre eux. » 
  C'est dans ce contexte qu'une première source de production s'est déconnectée pour une cause encore inconnue dans le sud de l'Espagne, suivie par une seconde qui a entrainé la déconnexion automatique de nombreuses installations photovoltaïques entrainant une vitesse de changement de fréquence de 1,5 Hz/s, considérée ingérable par l' ENTSO-E.
 


LE BLACKOUT IBÉRIQUE : VRAIMENT UNE SURPRISE ?

  Avec une décennie d'avance sur les crises énergétiques espagnole, portugaise et française — dans une moindre mesure, Russ Schussler mettait déjà en lumière des risques. Dès lors, l'indignation du gouvernement espagnol, de la filière des énergies renouvelables et de certains experts face aux critiques actuelles sur l'impact négatif grandissant de l'éolien et du solaire sur les réseaux électriques apparaît pour le moins paradoxale. Difficile de ne pas y voir une hypocrisie, voire une tentative de désinformation, alors que les insuffisances du discours officiel sont désormais évidentes.
 
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Les responsables de la panne d'électricité en Espagne, au Portugal et dans certaines parties de la France

  Le 28 avril, l'Espagne, le Portugal et certaines parties de la France ont subi une panne de réseau majeure. Une évaluation formelle sera probablement publiée à une date ultérieure, répertoriant un grand nombre de facteurs contributifs et de déficiences du système. Malheureusement, ces rapports apportent souvent plus de confusion que de clarté, car ils ont tendance à donner la priorité aux déclencheurs des pannes de réseau plutôt qu'aux causes sous-jacentes. Après coup, il est facile d'examiner les nombreuses données disponibles et de construire des récits favorables sur la manière dont la panne aurait pu être évitée. Cet article se penche sur les avertissements « anticipés » qui indiquent la véritable cause de la panne en Espagne, au Portugal et dans certaines parties de la France.
 
Aperçu général 
  On prévoit depuis longtemps que le remplacement des générateurs synchrones conventionnels, qui tournent avec le réseau, par des ressources asynchrones (1) basées sur des onduleurs, comme l'énergie éolienne, solaire et les batteries, augmentera le risque de pannes d'électricité. Les planificateurs de réseaux reconnaissent que les événements indésirables imprévus — tels que les coupures de lignes, les déclenchements de générateurs, les défaillances de sous-stations et les pannes majeures — continueront d'avoir un impact sur les réseaux électriques. Leur défi est de s'assurer que le réseau est suffisamment robuste pour résister à ces perturbations et s'en remettre sans conséquences majeures. Les partisans de l'énergie éolienne, solaire et des batteries peuvent tenter d'attribuer les pannes d'électricité aux événements indésirables qui les ont déclenchées, plutôt qu'aux défauts du système sous-jacent. Cela revient à imputer la défaillance des freins d'une automobile aux conditions qui ont nécessité un freinage brusque, plutôt qu'à la défaillance du système de freinage lui-même. Si les enseignements tirés de l'expérience peuvent contribuer à atténuer les risques liés aux événements indésirables, il n'est pas possible d'éliminer totalement ces derniers de l'exploitation du réseau. La réduction du risque de pannes dépend de l'amélioration de la robustesse du réseau.

(1). Ressources asynchrones : ce sont des sources d’énergie non synchrones avec le réseau, c’est-à-dire qu’elles ne fournissent pas naturellement les services mentionnés ci-dessus. Cela inclut :
  • Éolien
  • Solaire photovoltaïque
  • Batteries
    Tout ce qui est connecté via des convertisseurs électroniques — onduleurs, et non des générateurs tournants classiques. Ces ressources ont pour principal avantage de faibles émissions de CO2, par rapport aux énergies fossiles, mais elles posent d'énormes problèmes par manque   d'inertie, de régulation de fréquence, etc. Sans ces services, il devient plus difficile de maintenir l’équilibre du réseau, surtout en cas de choc ou de panne.

Mes avertissements et prédictions
 Mon post du 7 mai 2015, Planification de la transmission : éolien et solaire, a noté ce qui suit :
  Le réseau est construit et soutenu par de lourdes machines tournantes. Les générateurs synchrones en rotation se combinent aux lignes électriques et aux charges pour former une machine électromécanique complexe qui doit maintenir la stabilité. La stabilité désigne la capacité du système à rester synchronisé, à équilibrer les charges et la production et à maintenir les tensions après des perturbations du système. La production intermittente — éolienne/ solaire PV, ne tourne pas en synchronisme avec le réseau. En tant que telle, elle n'a pas les caractéristiques de performance nécessaires pour soutenir le réseau aussi bien que les générateurs à rotation synchrone : centrales hydroélectriques, au charbon, au gaz, nucléaires. Le système doit être capable de surmonter les déséquilibres de puissance causés par les pannes et les interruptions. Une plus grande pénétration de générateurs non synchrones — onduleurs utilisés pour le solaire photovoltaïque et l'éolien, tend à rendre le système, toutes choses égales par ailleurs, moins stable.....
  Le réseau électrique ne fonctionne pas toujours comme prévu. Des conditions météorologiques extrêmes, des pannes imprévues et toute une série d'autres facteurs peuvent faire que le système fonctionne quelque part en dehors des conditions prévues. En général, le système est suffisamment robuste pour gérer la plupart des écarts sans problème. Pour les écarts plus importants par rapport aux conditions prévues, la redistribution des ressources de production est un outil majeur pour les opérateurs du système. Au fur et à mesure de l'augmentation de la production intermittente, cet outil s'émoussera en raison d'un manque de ressources répartissables capables de se qualifier.... .... Il a été suggéré que les intermittents pourraient mieux imiter la production conventionnelle, mais cela entraînerait des coûts importants. ....La constitution d'un surplus de ressources renouvelables qui resteraient inactives en attendant de se soutenir mutuellement et de répondre aux besoins est économiquement peu plausible à l'heure actuelle.
 Une plus grande pénétration des ressources renouvelables limitera les options disponibles pour les opérateurs tout en augmentant l'incertitude autour des modèles de production prévus. Pour tenir compte de cette incertitude, les choix sont les suivants 1) augmenter les coûts et l'infrastructure du réseau, 2) limiter la flexibilité opérationnelle du réseau, 3) augmenter les coûts de production par le biais de ressources de production de secours ou 4) vivre avec des risques accrus et une fiabilité dégradée. Il est probable que ces quatre options se présentent et continueront à se présenter dans une certaine mesure à mesure que la pénétration des ressources intermittentes augmentera....
Lorsque les ressources intermittentes ne représentent qu'un faible pourcentage de la production totale du système, les effets négatifs sont masqués par la marge et la robustesse du système... À mesure que les niveaux de pénétration augmentent et que les énergies renouvelables remplacent les unités conventionnelles non intermittentes, elles auront des effets importants sur les coûts et la fiabilité du réseau. 
  L'année suivante, en janvier 2016, j'ai développé ces points dans un article intitulé Renewables and grid reliabilityÉnergies renouvelables et fiabilité du réseau. Il vaut la peine d'être lu dans son intégralité, mais j'en rappellerai ici les points essentiels :
  • Il est très important de disposer d'un réseau de transport en vrac extrêmement fiable, car les coûts et les conséquences des pannes du réseau de transport en vrac sont considérables.
  • Le réseau en vrac est soutenu par des générateurs rotatifs conventionnels — charbon, gaz naturel, hydroélectricité, nucléaire, biomasse, qui fournissent des « services de fiabilité essentiels ».
  • L'énergie éolienne et l'énergie solaire présentent des risques accrus en matière de fiabilité, car il s'agit de nouvelles technologies en pleine évolution, elles sont intermittentes et ne fournissent pas aussi facilement des services de fiabilité essentiels.
  • Les hauts niveaux de fiabilité actuels dépendent de l'expérience acquise au fil du temps grâce à l'adoption progressive de nouvelles technologies.
  • L’éolien et le solaire peuvent être en capacité de fournir une approximation des services de réserve électrique, mais cela nécessite des coûts nettement plus élevés et une production d’électricité réduite.
  • En raison de la complexité des facteurs d'impact et du haut niveau de fiabilité maintenu pour les réseaux américains, la dégradation systémique de la fiabilité du réseau est difficile à détecter et à mesurer.
  • La quantité d’énergies renouvelables pouvant être intégrée varie d’une région à l’autre et d’un système électrique à l’autre – Il n’existe pas de réponse unique.
  • Parce que les ressources conventionnelles produisent une abondance de services essentiels au réseau, ERS (2), l’intégration de faibles niveaux de renouvelables peut se faire avec des risques négligeables.
  • Parce que les renouvelables actuelles ne fournissent pas suffisamment de services essentiels au réseau, des niveaux élevés d’intégration présentent des risques significatifs.
  • Entre ces deux extrêmes, il existe une zone d’incertitude — infernale ?,.
  Pour évaluer la fiabilité du réseau, le chiffre clé est le niveau maximal de pénétration de l’éolien et du solaire pendant les périodes de stress, et non leur contribution « moyenne ».
  L’augmentation de la pénétration de telles ressources asynchrones, toutes choses égales par ailleurs, affectera probablement négativement la fiabilité du réseau électrique principal.
  À mesure que le niveau de pénétration de la production asynchrone augmente, cela entraînera soit une hausse des coûts, une réduction de la flexibilité opérationnelle, une dégradation de la fiabilité, ou très probablement une combinaison des trois.
 
(2).  Services essentiels au réseau — ERS – Essential Reliability Services : ce sont des fonctions techniques indispensables pour que le réseau électrique reste stable, fiable et sécurisé. Les principales fonctions sont :
  • Contrôle de la fréquence : maintenir la fréquence du réseau : par ex. 50 Hz en Europe.
  • Réserve de puissance : être capable d’augmenter ou réduire rapidement la production.
  • Stabilité de tension : garder la tension électrique dans les bons niveaux.
  • Inertie : résistance naturelle aux variations brusques, grâce à la masse tournante des machines : ex. turbines de centrales.
  Les centrales conventionnelles — nucléaire, gaz, charbon, fournissent naturellement ces services car elles utilisent de grandes machines tournantes connectées directement au réseau.
 
  Il y a dix ans, les grands systèmes électriques étaient encore suffisamment robustes, de sorte que les risques liés aux problèmes émergents étaient minimes à l'époque. Les déclarations ci-dessus ont mis en garde contre le fait que de telles préoccupations finiraient par apparaître si les tendances se poursuivaient. À de faibles niveaux de pénétration, les risques supplémentaires étaient faibles, mais à mesure que la pénétration augmentait, les risques augmentaient de manière exponentielle. Au moment de la publication de cet article, Wind and Solar Can't support the GridL'énergie éolienne et l'énergie solaire ne peuvent pas soutenir le réseau électrique — en décembre 2024, les risques existants étaient devenus évidents :
Contrairement à la production rotative conventionnelle, l'énergie éolienne et solaire ne fournit pas facilement des services d'inertie et d'autres services de fiabilité essentiels. À mesure que la pénétration des ressources éoliennes et solaires augmente, la fiabilité du réseau diminue. Les défis liés au développement de l'éolien et du solaire augmentent de façon exponentielle au fur et à mesure que leur part de production s'accroît. Les décideurs politiques, les universitaires et les autres personnes qui cherchent à développer l'éolien et le solaire se concentrent sur les mauvais problèmes — l'intermittence, et n'étudient pas les véritables problèmes opérationnels inhérents à la production éolienne et solaire à base d'onduleurs. 
  Le 19 février dernier, dans ce billet intitulé « Unraveling the Narrative Supporting a Green Energy Transition » — Démêler l'écheveau du soutien à la transition vers l'énergie verte, j’ai exposé les principaux problèmes en répondant, point par point, aux affirmations trompeuses et fausses du « discours sur l’énergie verte ». Les éléments concernant la production basée sur des onduleurs méritent particulièrement d’être examinés de près par ceux qui souhaitent en savoir plus. Après avoir pris en compte ces facteurs et analysé des rapports sur des pannes de réseau, il est devenu évident que l’éolien et le solaire dégradaient de manière significative la fiabilité des réseaux dans de nombreuses régions, et que beaucoup d’efforts étaient faits pour dissimuler cette réalité. J’étais convaincu que les prochaines pannes de réseau seraient liées à une forte pénétration de l’éolien et du solaire.
Lorsqu'une panne survient, vous pouvez toujours choisir de pointer du doigt l'une des multiples choses qui n'ont pas fonctionné. — #44, #26, Certaines technologies traditionnelles à base de combustibles fossiles seront toujours incluses dans l'ensemble des choses qui n'ont pas fonctionné. — La perte des seules énergies renouvelables ne pose généralement pas de gros problèmes car, en dehors de l'énergie, elles ne soutiennent pas le système lorsqu'elles sont en service. Pour diverses raisons, les partisans de cette solution insistent sur le fait qu'il faut pointer du doigt non pas les énergies renouvelables — et le manque de soutien nécessaire au système, mais la technologie conventionnelle qui n'était pas parfaite lorsque la panne s'est produite. Il est essentiel de noter que la technologie conventionnelle n'est jamais parfaite dans un grand système, mais nous avons été en mesure de créer des systèmes fiables et robustes qui pouvaient facilement s'accommoder de telles imperfections. Mais aujourd'hui, la présence de ressources moins fiables et d'énergie basée sur des onduleurs rend les systèmes beaucoup moins robustes, même pendant les périodes où ces ressources problématiques fonctionnent bien. Il y a fort à parier que la prochaine grande panne de réseau sera en grande partie causée par des problèmes liés à des niveaux élevés de pénétration de l'énergie éolienne et solaire, que ces ressources soient disponibles ou non pendant la panne. 
Grandes pannes d'électricité après ma publication
 Depuis la publication de ma prédiction du 19 février 2025, deux pannes majeures d’électricité se sont produites. La première, six jours plus tard, a privé 98 % du Chili d’électricité. Les informations fiables disponibles sur cette panne sont limitées, mais elle a été causée par une défaillance d’une ligne de 500 kV. Bien que le Chili dispose de ressources hydroélectriques importantes, beaucoup étaient hors service à ce moment-là, et le système dépendait fortement de l’énergie éolienne et solaire. Le système s’est effondré en raison d’« activations indésirables » de systèmes électroniques et de protections spéciales. Au mieux, ce problème provient probablement de la courbe d’apprentissage liée aux schémas de protection complexes requis pour la production éolienne et solaire. Notre expérience avec les technologies conventionnelles s’est développée sur plusieurs décennies, donc des dysfonctionnements avec les systèmes plus récents sont attendus. Cependant, avec les efforts accélérés pour intégrer massivement ces nouvelles technologies, il est probable que de telles défaillances se multiplient. Une inquiétude plus sérieuse est de savoir si la complexité et les défis liés à des niveaux élevés de production asynchrone à base d’onduleurs sont, comme certains l’ont averti, intrinsèquement insurmontables.
  De plus amples informations sont disponibles sur la panne d'électricité qui touche l'Espagne et le Portugal. Deux grandes installations solaires se sont mises hors service, suivies par la perte d'une interconnexion avec la France. Cela a créé un déficit de production qui a provoqué une chute dangereuse de la fréquence du système. De grandes quantités de ressources asynchrones — éoliennes et solaires, se sont déconnectées du système en réponse à la baisse de fréquence, ce qui a entraîné l'effondrement du système.  Le contrôle de la fréquence est un service essentiel à la fiabilité du réseau, assuré par des machines tournantes avec inertie. De telles machines auraient limité la chute de fréquence et aidé le système à se rétablir après cette excursion. Un délestage de charge plus important, basé sur une protection automatique contre la sous-fréquence, aurait pu retarder l’effondrement et peut-être sauver le réseau principal. La production à base d’onduleurs a aggravé l’effondrement et n’a pas permis de l’éviter. Cet effondrement ressemble à celui survenu en Australie-Méridionale, causé par un manque d’inertie.

Que dit-on à propos de cette panne ?
  Fait remarquable, beaucoup se concentrent sur les problèmes causés par le manque d’inertie et les défis posés par la production à base d’onduleurs. Les causes principales de cette panne sont plus claires que dans la plupart des cas.
  Sans surprise, d’autres cherchent à détourner la responsabilité de l’éolien et du solaire. Le Premier ministre espagnol a accusé les vibrations atmosphériques induites, IAV (3), d’avoir introduit des oscillations de fréquence, affirmant que des conditions météorologiques extrêmes avaient provoqué une décharge corona, créant des forces électrohydrodynamiques, EHD (4). Ces forces auraient causé des oscillations à basse fréquence, aggravant la situation. Les IAV ont peut-être déclenché la panne ou aggravé la situation, mais comme indiqué, il y aura toujours des déclencheurs mettant le système à l’épreuve. Le système aurait dû être suffisamment robuste pour résister à cette perturbation, mais ce ne fut pas le cas en raison de niveaux d’inertie insuffisants.
 
(3). Vibrations atmosphériques induites, IAV : phénomènes vibratoires ou ondes de pression se propageant dans l’atmosphère, générés par des sources artificielles ou naturelles telles que des explosions, des tirs, des activités industrielles ou des événements géophysiques. Ces vibrations peuvent affecter les capteurs acoustiques, les structures ou les mesures environnementales.
(4). Les forces électrohydrodynamiques désignent les forces exercées sur un fluide en raison de la présence de charges électriques libres ou induites dans le fluide, sous l’effet d’un champ électrique. Ces forces peuvent provoquer le mouvement du fluide, une modification de sa distribution de pression, ou des effets de convection.

  L'agence Reuters conseille de ne pas blâmer les énergies renouvelables, mais la « gestion des renouvelables ». Elle suggère que plus de production conventionnelle, ou des dispositifs comme des compensateurs synchrones, auraient dû être en ligne pour soutenir le système ce qui revient à admettre que l’éolien et le solaire ne peuvent pas, à eux seuls, soutenir le réseau. Sans aucun doute, d’autres composants du système ont également mal fonctionné. Comme je l’ai mentionné plus tôt, un examen approfondi fournira des données qui pourront être utilisées pour construire des récits visant à détourner l’attention des causes fondamentales.  
  Un expert de Madrid soutient que l'événement déclencheur n'était pas un événement N-1 — lorsque le système perd son élément le plus important, mais un événement N-2 : une double contingence. Il ne blâme pas l'inertie, car le système n'est pas censé avoir suffisamment d'inertie pour survivre à un événement N-2. Il soupçonne que l'un des événements a été causé par des relais RoCoF (5), qui interrompent la génération lorsque la fréquence change rapidement. Notez que les problèmes de fréquence liés à une faible inertie ont causé la perte des installations solaires et l'effondrement du système.
  Il se peut que je n'aie pas pleinement et correctement entendu ses meilleurs arguments, et ils pourraient être affinés davantage. Il connaît probablement mieux les détails techniques de l'incident que moi, mais je soupçonne que nos différences sont davantage philosophiques que techniques. Il semble dire que : 1) le système a fonctionné en dehors des limites des protocoles d'étude, 2) les causes des deux événements ayant conduit à la double contingence ne sont pas claires — bien que des variations de RoCoF puissent en être la cause, et 3) puisque l'événement était en dehors des critères d'étude, la faible inertie n'est pas responsable.
  Je rétorque que la planification du système était insuffisante. Les systèmes doivent rester stables face à de nombreux événements N-2, car de nombreuses doubles contingences ont des conséquences moins graves que le pire événement N-1. Cet événement N-2 ne semble pas particulièrement grave comparé aux événements N-1 potentiels. De plus, les problèmes liés à RoCoF et les grandes déviations de fréquence sont exacerbés par une faible inertie et atténués par une inertie plus élevée. Cette panne d'électricité porte la marque de la faible inertie partout.
 
(5). Acronyme de Rate of Change of Frequency, soit en français Taux de variation de la fréquence. Ce type de relais mesure et réagit à la vitesse à laquelle la fréquence d'un système électrique change. Il est souvent utilisé pour détecter des perturbations importantes, comme des coupures de réseau ou des déséquilibres dans la production d'électricité, en particulier dans les réseaux où l'intégration des énergies renouvelables est importante.


Comment définir la cause des pannes de courant ?
  Considérons le Suzuki Samurai, une voiture populaire dans les années 1980 avec un problème de stabilité : elle se renversait fréquemment. Les partisans de ce modèle soulignaient que les renversements étaient souvent accompagnés de virages serrés, de conditions défavorables, de la qualité des routes, d'obstacles imprévus ou du comportement d'autres véhicules. Malgré ces facteurs complexes, les Samurais étaient beaucoup plus susceptibles de se renverser que d'autres voitures en raison de leur corps haut et étroit, de leur centre de gravité élevé et de leur empattement court. Ces caractéristiques rendaient la voiture plus agile en dehors des routes, particulièrement à basse vitesse. Les partisans pouvaient argumenter que si les autres voitures roulaient plus lentement et étaient aussi agiles, les Samurais n'auraient pas besoin de virer autant, réduisant ainsi les risques de renversement. Des changements radicaux pour perfectionner le monde — comme assurer que toutes les routes soient bien nivelées, abaisser les limites de vitesse ou empêcher les chiens et les enfants de courir dans la rue —pourraient théoriquement éliminer les problèmes du Samurai. De même, les appels à « moderniser le réseau et ses opérations » afin que le vent et le solaire puissent fonctionner sans causer de problèmes sont trop idéalistes. Le Samurai devait être sûr dans des conditions moins qu'optimales que les conducteurs pouvaient rencontrer. De même, le réseau doit être suffisamment robuste pour survivre à de nombreux problèmes que l'on prétend « causer » des pannes de courant. Tenter d'améliorer le monde tout en rendant la base du Samurai plus étroite et en élevant son centre de gravité est une tâche futile, tout comme les efforts pour éliminer les problèmes du réseau afin que le vent et le solaire puissent fonctionner sans génération conventionnelle.

  Un billet de 2016 intitulé Renewables and grid reliability explained Les énergies renouvelables et la fiabilité du réseau expliquées :
     Je vais partager un secret de planification. Nous ne pensons pas réellement que la panne spécifique et les conditions particulières identifiées dans l'étude se produiront effectivement, et que le système sera « sauvé » par cette correction spécifique. Nous avons appris avec le temps qu'une planification de cette manière aboutit à un système suffisamment robuste pour que les opérateurs puissent se rétablir convenablement lorsque des événements imprévus surviennent dans diverses circonstances. Les planificateurs modéliseront la nouvelle technologie au mieux de leurs capacités, mais si l'adoption de cette nouvelle technologie est rapide, ils n'auront pas l'expérience nécessaire pour justifier une confiance totale dans les modèles.
   La faible inertie et le fait que de nombreuses ressources de production à base d'onduleurs se soient déconnectées lors de l'excursion de fréquence ont causé la coupure de courant. Bien qu'il soit vrai que sans l'événement déclencheur, aucune panne ne se serait produite, les systèmes ne peuvent pas être conçus pour éviter tous les événements imprévus graves. Les réseaux électriques devraient cependant survivre à la plupart des événements rares, se produisant une fois tous les cinquante ans, qu'ils soient anticipés ou non.
  Si la faible inertie — parmi d'autres problèmes liés à la production asynchrone à base d'onduleurs, rend plus probables les pannes N-2 et les événements en cascade, les critères de planification doivent changer. Si les nombreux modèles pour la production décentralisée à base d'onduleurs sont collectivement moins précis que le nombre considérablement plus faible de modèles pour les grandes centrales de production centralisées, la planification doit changer. Si les schémas de protection sont grossièrement plus compliqués et sujets aux défaillances, la planification doit changer.
  Tout cela augmentera les coûts et la complexité et entraînera davantage de défaillances dans l'intervalle, directement imputables à l'éolien, au solaire et aux batteries. Les partisans pourraient demander :  
« Nous n'avons jamais eu à planifier des événements N-2 auparavant ; pourquoi maintenant ? »
  La réponse est simple : ces changements sont nécessaires pour maintenir la fiabilité.
  Le RoCoF, mentionné précédemment, est une nouvelle métrique développée uniquement en raison de la forte pénétration de la production à base d'onduleurs, comme détaillé dans le rapport d' ENTSO-E Inertia and Rate of Change of Frequency La « protection » RoCoF a contribué à cette coupure de courant. On ne saurait trop insister sur le fait que l'adaptation à l'augmentation de la production à base d'onduleurs compliquera la planification, augmentera les coûts et créera davantage de possibilités de défaillances. 
 
 Les preuves d'un risque croissant sont présentes depuis longtemps
  L'article de janvier 2014, Renewables and grid reliability, Renouvelables et fiabilité du réseau, incluait un graphique de la NERC, North American Electric Reliability Corporation. Cette figure montrait la réponse du système à la perte de 2 750 MW de production dans les années réelles et prévisionnelles, en fonction de l'ajout de ressources asynchrones. Le graphique illustre clairement que la réponse du système est de moins en moins favorable chaque année à mesure que la quantité de ressources à base d'onduleurs — indiquée entre parenthèses — augmente.
  Cette même tendance est apparue en Espagne et au Portugal. Il n'est pas surprenant que le risque de pannes de courant ait augmenté avec la pénétration croissante des onduleurs. En fait, une panne similaire s'est produite dans le système espagnol en 2021, mais des niveaux d'inertie plus élevés à l'époque ont empêché une catastrophe.
  Une pénétration accrue de la production asynchrone à base d'onduleurs dégrade plusieurs indicateurs essentiels à la fiabilité du système. Les experts des réseaux électriques sont conscients de ces problèmes depuis longtemps, mais ont eu du mal à atteindre et à convaincre efficacement les publics clés. Les graphiques, les données et les explications peuvent être clairs, mais la plupart des gens ne tiendront pas compte du message tant qu'ils n'auront pas été confrontés à un brutal rappel à la réalité.
 
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Conclusions
  Les partisans ont longtemps rejeté les prédictions selon lesquelles l'utilisation accrue de l'éolien et du solaire augmenterait les coûts et réduirait la fiabilité. Malgré des calculs théoriques suggérant qu'une intégration à grande échelle de l'éolien et du solaire est moins chère, les preuves concrètes montrent qu'elles augmentent les coûts. Malgré les affirmations concernant la fiabilité, les pannes précédentes ont démontré le potentiel de l'éolien et du solaire à accroître les risques de coupures de courant. Des pressions ont été fréquemment exercées pour détourner l'attention des problèmes réels et des impacts concrets.
  On ne saurait trop insister sur ce point : le réseau doit être suffisamment robuste pour survivre à des événements majeurs dans un monde imparfait. Nous devons cesser d'écouter ceux qui, après une panne ou une coupure de courant, insistent sur le fait que le problème était dû à des événements inattendus sur le réseau plutôt qu'à la dégradation de la fiabilité du réseau causée par la pénétration accrue de la production à base d'onduleurs.
  De même, ceux qui affirment que l'éolien, le solaire et les batteries peuvent être conçus pour soutenir le réseau plus efficacement doivent être mis au défi de reconnaître leurs capacités actuelles dans le monde réel et de fixer des attentes raisonnables pour les performances futures. Faire en sorte que la production à base d'onduleurs fonctionne suffisamment bien pour soutenir un réseau est un problème complexe et extrêmement difficile.
  La suggestion de Reuters de « ne pas blâmer les énergies renouvelables, mais plutôt la gestion des énergies renouvelables » est particulièrement exaspérante. Les gestionnaires de réseau, chargés de maintenir la stabilité, sont ignorés depuis bien trop longtemps. Les décisions concernant le réseau et la production sont souvent motivées par des considérations politiques plutôt qu' ingénieriques. Les défis liés à l'utilisation et à la gestion de la production à base d'onduleurs sont reconnus depuis des années. Blâmer ceux qui luttent pour gérer ce qui leur a été imposé, tout en excusant les énergies renouvelables, est manifestement injuste.
  L'éolien et le solaire ont leur place, mais leurs niveaux appropriés varient selon les régions en fonction des capacités actuelles et prévisibles, et non d'espoirs irréalistes. Les espoirs pour l'avenir sont admirables, mais il existe un fossé immense entre ce qui pourrait un jour être possible et ce qui est pratique et éprouvé aujourd'hui. L'électricité fiable est trop essentielle pour dépendre d'une technologie non éprouvée.
  La récente coupure de courant devrait servir de signal d'alarme pour les décideurs politiques. Si ce n'est pas le cas, d'autres événements suivront, avec des conséquences de plus en plus graves.
 
Note : Merci à Chris Morris pour ses corrections, ses idées et ses discussions autour de ce sujet.
 
 
  Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position du site.
 

ESPAGNE & PORTUGAL : APRÈS LA CÉLÉBRATION DES ENR... LE BLACKOUT !

 « Y'a plus personne
La nappe en papier est toute déchirée
Les couteaux en plastique
Sur les assiettes en carton
La meringue s'enfonce
Dans la glace à la fraise
Qui fond comme un château sur la plage
 Tout s'est fini à l'aube
Y'a du verre cassé
Sur le sol de la cuisine
Y'avait une fête ici
Maint'nant ils sont partis
Tous et toutes repartis
... »
 
Extrait de la chanson « Après la fête », Charlélie Couture, album Quoi faire ?, 1982.
 

 
  À titre complémentaire, une communication de l'association Vent des maires.
« Le paysage énergétique territorial se transforme en une jungle de marché où chaque opérateur espère retirer sa rente en multipliant les projets » de @JuBrugerolles, député (PCF) du Puy-de-Dôme.
Qui d'autres a aussi bien parlé des territoires lors du débat sur la PPE3 le 28 avril à l'Assemblée ? Monsieur le député, rejoignez Vent des maires ! 
  « Nous commençons aussi à subir les effets des difficultés de pilotage et d'optimisation de l'équilibre électrique dans un contexte d'ouverture du marché à des acteurs économiques privés, là où nous aurions besoin d'une grande entreprise intégrée pilotant l'ensemble de la production, comme nous l'avions demandé lors de l'examen de la loi relative à l'accélération des renouvelables en 2023, vous n'avez pas remédié au déploiement anarchique des ENR sur les territoires. Sur le photovoltaïque en particulier, le cadre législatif et réglementaire actuel laisse trop souvent les communes dans un face à face avec les promoteurs et les propriétaires fonciers, des communes et intercommunalités contraintes de naviguer à vue au gré de politique publique erratique qui n'ont jamais voulu planifier strictement et confier ce développement à un pôle public unifié autour d'EDF. Résultat, le paysage énergétique territorial se transforme en une jungle de marché où chaque opérateur espère retirer sa rente en multipliant les projets, puisque les priorités de développement de déploiement ne sont toujours pas identifiées. Zone d'accélération ou pas, comment les préfets peuvent-ils arbitrer sans réflexion en amont, par exemple sur le potentiel des zones déjà artificialisées ou dégradées qui devaient être prioritairement ciblées, en adéquation avec nos besoins ? »
   Ici un autre extrait de la prise de parole du député : x.com/JuBrugerolles/ »
Source
 
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Mégapanne électrique en Espagne et au Portugal : des réseaux européens fragilisés par les renouvelables

 
   Le 22 avril, la presse espagnole célébrait une grande avancée : six jours plus tôt, le 16 avril, 100% de l’électricité consommée dans la péninsule était d’origine renouvelable. Mais la célébration a tourné court.
  Environ six jours plus tard, l’Espagne et le Portugal étaient touchés par un effondrement général de leur réseau électrique, un blackout survenu à 12 h 33. Au bout de 7 heures, l’Espagne n’avait encore récupéré que 20% de son réseau, et ce n’est que le lendemain matin que presque tout le pays a retrouvé du courant. Dans certaines villes, la coupure a dépassé 18 heures consécutives.
  Fait étrange, l’opérateur électrique espagnol n’a toujours pas donné de cause plausible du démarrage de l’incident. Des rumeurs, toutes démenties, ont évoqué une cyberattaque qu’aucun réseau geek n’a repérée, l’incendie d’une ligne de transmission entre la France et l’Espagne démenti par RTE, ou un « phénomène météorologique extrême » qui aurait affecté lesdites lignes, mais que personne n’a été capable d’identifier. De fait, le climat de cette fin avril en Espagne est chaud mais il n’a rien d’exceptionnel.
 
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Les renouvelables non pilotables diminuent la résilience de la grille
  En revanche, on notera que 3 minutes avant le black out, le solaire photovoltaïque ou thermique représentait 66% de la production électrique, et l’éolien, tout aussi peu pilotable, 12%. Soit 78% d’électricité produite par des moyens non contrôlables.
  La plupart des spécialistes non contraints par l’obédience au discours officiel sont affirmatifs : l’Espagne avait trop peu de moyens de production pilotables « à inertie » — centrales classiques à turbine entrainée par un dispositif thermique, en production pour amortir un déséquilibre temporaire entre demande de courant et offre, déséquilibres que les turbines peuvent amortir dans une certaine mesure, mais pas les renouvelables intermittentes.
 
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   Peu avant 1 2h 30, la demande espagnole a baissé, alors que le solaire continuait d’augmenter sa production, son pic méridien n’étant pas encore atteint. L’opérateur espagnol a évoqué « deux incidents » séparés de quelques secondes qui ont déséquilibré le réseau au-delà de ses capacités de résilience, et ont déclenché une mise en sécurité en cascade de tout le réseau, et, notamment, un arrêt d’urgence des réacteurs nucléaires.
  Et pour parvenir à relancer son réseau électrique, l’Espagne a remis en service ses bonnes vieilles centrales au gaz, qui ont fourni près de la moitié de son électricité mardi matin, contre 3% la veille. 
 
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Les spécialistes ne sont pas écoutés
  Ce blackout n’est, hélas, pas une surprise : l’organisme regroupant les transporteurs d’électricité européens, l’ ENTSO-E, publiait en 2022 « un rapport alertant sur les risques croissants » d’incidents de stabilité de plus en plus divers et préoccupants du fait du déploiement massif sans précautions de renouvelables en Europe, et de la suppression concomitante d’usines électriques pilotables, sans que des dispositifs de stabilisation, dont certains n’existent d’ailleurs qu’à l’état théorique, ne soient disponibles en quantité suffisante.
  En novembre 2024, le CEO [ en français : directeur général ou président-directeur général, PDG, responsable de la stratégie globale et de la direction de l’entreprise ] de l’électricien allemand RWE Markus Krebber lançait un cri d’alarme vite oublié : selon lui, l’augmentation trop rapide des renouvelables conjuguée avec la fermeture sans précaution de capacités pilotables rapprochait les grilles européennes d’une catastrophe, et les décideurs politiques faisaient preuve d’ignorance coupable. 

La France également vulnérable
  Les blackouts ne sont pas une nouveauté. La France a connu son dernier grand blackout le 19 décembre 1978. Il a duré quelques heures. Par la suite, notre pays a mis en œuvre un programme nucléaire qui l’a garanti contre tout risque de sous-capacité électrique, malgré quelques craintes lors de l’été 2023, quand de nombreux réacteurs ont été soumis à des opérations de maintenance préventive.
  Cependant, il ne faut pas croire que la France soit immunisée contre un risque de surproduction d’énergies incontrôlables, rendant sa grille vulnérable à un incident qui ferait brutalement varier sa charge électrique en un point donné du réseau. Le gouvernement veut multiplier à marche forcée les capacités solaires et éoliennes, notamment offshore, connectées à notre grille, malgré les nombreuses critiques économiques et technologiques que les spécialistes, dont l’Académie des sciences, adressent à son plan. Des épisodes où la production des renouvelables sera trop élevée par rapport à notre demande ne sont donc pas à exclure dans les années à venir.
  Les gouvernements n’écoutent pas les ingénieurs et les spécialistes qui anticipent un désastre. Mais le blackout qui a fait tomber le réseau de la péninsule ibérique, qui a pu être relevé en moins de 24 heures, pourrait leur servir d’avertissement salutaire. Ils doivent admettre que leurs fantasmes écolo-compatibles se heurtent à des limites physiques, technologiques et économiques pour l’instant impossibles à contourner, et doivent d’urgence arrêter le déploiement d’énergies renouvelables non contrôlables, dont les graves inconvénients économiques et sécuritaires ne peuvent plus être ignorés.
 
 
  Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position du site.
 
 
 
 

MAREILLES : LE NOUVEAU PROJET ÉOLIEN RENFORCE L'ENCERCLEMENT DE LA COMMUNE

Épisode précédent : MAREILLES : AU MILIEU DES PROJETS MUNICIPAUX 2025, LES ÉOLIENNES SONT ACTÉES     La commune devient l'épicentre de ...