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FRANCE, ALLEMAGNE, DETTE PUBLIQUE : LA CIGALE ET LA FOURMI AD VITAM ÆTERNAM ?

  " En politique, le meilleur moyen de tenir sa parole est de ne pas la donner !... "
  NAPOLÉON Ier, I769-I82I.
    " Il y a deux moyens d’assujettir un peuple.
   Le premier est par l’épée. Le second est par la dette.
"
    ADAMS John, I735-I826, président des États-Unis  : I797-I80I.
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Discipline budgétaire : une leçon allemande


   Le 15 novembre dernier, la cour constitutionnelle allemande a interdit au gouvernement d’utiliser 60 milliards d’euros pour financer son programme de lutte contre le changement climatique. Cette somme était ce qui restait d’un fonds constitué en 202I pour faire face à la pandémie. Le jugement pourrait aussi affecter quelque 200 milliards supplémentaires mis de côté pour aider à la reprise économique. Les 60 milliards représentent I,4% du PIB, les 200 milliards 4,5%, ce n’est pas rien. Cette décision illustre la manière dont l’Allemagne est arrivée à contrôler sa dette publique. En creux, elle explique pourquoi la France n’y arrive pas.

  En I99I, la dette publique de l’Allemagne représentait 38% de son PIB, celle de la France 36%. Aujourd’hui, on en est à 65% et 110%, respectivement. Les gouvernements français qui se sont succédé durant ces trois décennies nous ont expliqué que les déficits budgétaires étaient nécessaires pour préparer l’avenir. Si c’était vraiment leur motivation, ils ont échoué. Le revenu par tête de la France équivaut aujourd’hui à 80% de celui de l’Allemagne, contre 92% en I99I. Quant au taux de chômage, il a chuté en Allemagne de 5,2% à 3,I% pendant qu’il passait de 8,I% à 7,4% en France, et cette réduction est récente, le résultat des réformes impopulaires de Macron : en 20I7, le taux de chômage était de 9,4%.
  Mais préparer l’avenir n’a jamais été la vraie motivation, hélas. En matière budgétaire, chaque année, chaque gouvernement ne pense qu’à augmenter ses dépenses pour satisfaire les innombrables demandes de tous les groupes de pression, en évitant autant que possible d’augmenter les impôts. Et même ainsi, ils ont tous échoué. Chaque année le budget est resté en déficit. Les dépenses publiques absorbent la moitié du total des dépenses, contre environ 40% en Allemagne, sans que le service public ne fournisse plus ou de meilleurs services aux Français. Tous les gouvernements se laissent aller, même ceux d’Emmanuel Macron qui avait pourtant promis de réduire la dépense et restaurer l’équilibre budgétaire.
  La raison de cette triste situation est que la notion de discipline budgétaire est parfaitement étrangère aux responsables politiques français et à leur électorat, alors qu’elle est au cœur de la politique allemande. Partant du principe qu’aucun gouvernement ne peut pas résister à la tentation d’emprunter pour dépenser, l’Allemagne a adopté en 2009 une loi constitutionnelle dite loi de frein à l’endettement. La loi établit une règle simple : le déficit ne doit jamais dépasser 0,35% du PIB.
  La simplicité étant une source de rigidité, trois aménagements ont été prévus. D’abord, le déficit prend en compte les fluctuations cycliques : un ralentissement économique réduit les rentrées fiscales, qui gonflent en période de croissance rapide. La loi décrit comment calculer le déficit corrigé de ces fluctuations cycliques, qui est soumis au plafond de 0,35%. Ensuite, si on constate un glissement après l’exécution du budget, le montant correspondant est inscrit dans un compte de contrôle, qui ne peut jamais excéder I% du PIB. Si un excès se produit, il doit être vidé au plus vite grâce à des surplus budgétaires, sous la surveillance tatillonne de la cour constitutionnelle. Enfin, la règle peut être temporairement suspendue en cas de circonstances exceptionnelles. Dans ce cas, l’excès de déficit n’est pas inscrit dans le compte de contrôle. De fait, il est oublié.
  La pandémie a permis de déclencher la clause de circonstances exceptionnelles, mais elle se termine à la fin de cette année. C’est au nom de cette clause que les sommes incriminées ont été budgétées. Ce sont ces montants, ou ce qui en reste, que le gouvernement avait prévu de dépenser dans les années qui viennent pour une bonne cause, la lutte contre le changement climatique. La cour constitutionnelle ne s’est pas laissé attendrir. La loi, c’est la loi, a-t-elle décidé.
  Traversons le Rhin. La loi allemande sur l’endettement avait été adoptée après une recommandation de la Commission européenne qui demandait à chaque pays de la zone euro d’adopter sa propre règle budgétaire, compatible avec le pacte de stabilité, et de l’inscrire « si possible » dans la Constitution. C’était sous la présidence de Nicolas Sarkozy. La réponse de la France a été minimaliste : la limite européenne de 3% a été adoptée dans une loi organique, qui n’est donc pas inscrite dans la Constitution. On ne voulait pas d’un « gouvernement des juges ». Fort bien, mais que se passe-t-il quand la limite des 3% est dépassée ?
  On a créé en 20I2 un Haut Conseil des Finances Publiques, chargé de vérifier la sincérité des projets budgétaires et leur compatibilité avec les engagements du pacte de stabilité. Formellement, ce Haut Conseil est indépendant et il est abrité par la Cour des Comptes qui lui fournit l’aide dont il a besoin. Mais ses avis sont consultatifs. Il est probable que quasiment personne n’a jamais entendu parler de ce Haut Conseil, et encore moins de ses avis. On peut se rassurer que la Cour des Comptes rende aussi un avis annuel sur l’exécution du budget, mais cet avis est également consultatif, d’autant que, de toute façon, il est trop tard après coup pour corriger le tir en cas de besoin. Autrement dit, la version française du frein à l’endettement allemand est impuissante face au gouvernement. Ceci explique cela : la dette publique.
  Ces temps-ci, les responsables politiques français se pressent autour des micros pour sonner le tocsin face à la hausse rapide de la dette publique et, avec la hausse des taux d’intérêts, de la charge de la dette. Fini le quoi qu’il en coûte,— mais oubliée la facture, — il est temps de s’attaquer à la dette ! Pourtant, personne ne semble comprendre que rien ne changera de manière durable tant que le processus budgétaire ne sera pas encadré par une loi plus sérieuse et qui permette au conseil constitutionnel de censurer le gouvernement.
  Les médias n’ont guère mentionné la décision allemande, comme si cela n’avait aucun intérêt. Ils vont peut-être se raviser car le gouvernement allemand vient de signaler qu’après cette censure, il ne pourra pas contribuer ce que l’on attend de lui pour financer une rallonge au budget de la Commission Européenne, ce qui va concerner la France.
  Ni les politiques, ni la haute administration ne sont prêts à céder une once de pouvoir au nom de la discipline budgétaire. Ils savent bien qu’il est dangereux de laisser la dette publique grimper année après année, mais c’est un problème à régler demain, alors qu’aujourd’hui les besoins de dépense sont impérieux, urgents et, bien sûr, exceptionnels. Il n’y a pas de limite bien définie à l’endettement des États, mais des crises qui émergent soudainement presque par hasard.

   Sur le Web

RÉGION, DÉPARTEMENT, ÉTABLISSEMENT PUBLIC DE COOPÉRATION INTERCOMMUNALE, EPCI, & COMMUNE : QUELLES SONT LES RESSOURCES FISCALES DITES... LOCALES?

  Passionnant article qui éclaire le citoyen béotien sur la fiscalité, locale ou d' État, qui demeure pour beaucoup d'entre nous, y compris des élus, un labyrinthe d'incompréhension...

  Lire sur le même sujet : Les comptes des collectivités locales

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La fiscalité locale à bout de souffle

Martin Vanier, Professeur d’aménagement et urbanisme, École d’urbanisme de Paris

 
  Depuis qu’on l’a sortie du cadre vénérable mais archaïque des « quatre vieilles »[1], la fiscalité locale est en crise existentielle. D’ajustements en réformes, et de pactes en « boucliers », on peut saluer notamment à l’occasion de chaque Loi de Finances, l’ingénierie des suppressions-compensations, transferts, réassemblages, re-nominations, recyclages, extensions et autres petites innovations[2]. On peut surtout constater que le système tire à hue et à dia et ne permet plus de répondre à une question pourtant essentielle : une fiscalité locale pour quelle politique des territoires et quelle solidarité territoriale ?
  La Cour des Comptes vient de livrer en octobre 2022 l’analyse fouillée d’« un système de financement complexe et à bout de souffle » basé sur « des paniers de recettes sédimentés et peu maîtrisés par les collectivités », et de faire des propositions qui n’ont pas manqué de réveiller la vigilance des conservatismes[3].
  En 2021, tous niveaux confondus, les administrations publiques locales, c’est-à-dire les collectivités locales et leurs émanations, ont perçu 157,4 milliards d’euros, provenant de pas moins de 34 impôts et taxes directes et indirectes, dont 15 rapportent globalement plus d’un milliard[4]. Ce montant peut être comparé aux 221,8 milliards de recettes fiscales de l’État, dont une fraction alimente d’ailleurs la fiscalité locale, fraction de la TVA, fraction de la taxe intérieure de consommation des produits énergétiques, la TICPE, la fameuse « taxe à la pompe », etc., ou encore aux 121 milliards de la CSG. Le produit fiscal local n’a jamais cessé d’être en croissance régulière, en 2002, il n’était que de 93,7 milliards d’euros, même si sa part très majoritaire dans les finances locales se tasse un peu, à 58% en 2021. A priori donc, la fiscalité locale est encore bien vivante, hors considération sur le bien-fondé ou non de la croissance continue des dépenses des administrations publiques locales, dont on notera en passant qu’elles continuent de peser relativement moins que dans la majorité des 27 de l’UE : 19% de l’ensemble des dépenses publiques en France, contre 34,6% en moyenne dans l’UE. la France reste un pays d’action publique centralisée.
  Cependant, que racontent la provenance, tableau 1, et l’affectation, tableau 2, de ces 157,4 milliards? Trois choses, qui interpellent : (i) la fiscalité dite locale l’est de fait de moins en moins, ce qui réinterroge le dogme de l’autonomie fiscale, dont dépendrait la sincérité de la décentralisation ; (ii) la fiscalité locale n’échappe pas à la sourde lutte qui traverse toute l’histoire de cette décentralisation, entre le couple communes-départements d’une part, et le couple intercommunalités-régions d’autre part ; (iii) la fiscalité locale ne parvient plus à se réinventer, et reste en particulier trop étrangère aux grands enjeux de la transition écologique.

Tableau 1. Ce qui rapporte…

Tableau 2. À quel niveau de collectivités ?

 

Une fiscalité dite locale qui l’est de moins en moins
  Depuis 2018, le produit des impôts et taxes indirects l’emporte sur celui des impôts et taxes directs, c’est-à-dire ceux dont les collectivités décident des taux, donc de l’effort fiscal et du niveau de solidarité qu’elles choisissent d’imposer ainsi à chaque catégorie de contribuables locaux[5]. En 2021, la fiscalité locale directe ne pèse déjà plus que 40 % du revenu fiscal total des collectivités, qui lui-même pèse 58 % des recettes totales, et l’écart, irréversible, va s’accentuer jusqu’à un tiers, avec la disparition certaine de la taxe d’habitation, puis probable de la CVAE, remplacées par des dotations.

 Est-ce grave ?
  La Cour des Comptes rappelle que la conception française de l’autonomie fiscale n’est pas universelle, et que l’exercice émancipé d’un pouvoir local peut s’exercer par d’autres moyens que celui de l’autorité fiscale, par exemple celui des services publics locaux et des produits et redevances auxquels ils peuvent donner lieu. En France, le pouvoir local s’est toujours construit dans un rapport déchirant au pouvoir central, qui est à la fois constamment dénoncé et rejeté, et constamment imité et exigé. Par mimétisme, la fascination pour l’exercice de pouvoirs quasi-régaliens fonctionne encore à plein : exercice juridique, son ersatz local : l’arrêté municipal, exercice de police, police locale, de préférence armée, exercice de l’impôt : vote annuel des taux. Très peu d’élus locaux s’imaginent renoncer à la marge de manœuvre de la modulation des taux.
  On connaît depuis longtemps les travers de cet attachement : concurrence territoriale et tentation permanente du dumping fiscal ; effets de club et de ghetto, avec des collectivités de riches contribuables qui allègent leur taux étant donné la valeur des bases locales, et inversement des collectivités de contribuables pauvres contraintes d’aller vers les taux les plus élevés pour la raison inverse ; politiques de développement économique ou urbain entièrement guidées par la rentabilité fiscale, etc.
  Le démantèlement des « quatre vieilles » – mais le recours aux taxes foncières va résister longtemps encore ! – et la progression des transferts d’impôts nationaux ont au moins ce mérite : réinterroger les fondements politiques de ce qu’il est convenu d’appeler, depuis la décentralisation, « l’autonomie locale ». La conception qui en prévaut encore est celle d’une autonomie soustractive, où grâce au pilotage de la pression fiscale locale, la collectivité prétend conduire ses affaires en toute indépendance. Des ressources fiscales nationalement réparties mettraient les collectivités devant un autre exercice de l’autonomie : celui qui consiste à grandir ses capacités propres, dans l’interdépendance des capacités financières plutôt que dans l’égoïsme territorial.

Lutte de couples

  On n’en prend pas le chemin lorsqu’on constate à quoi a concouru la recomposition fiscale des dix dernières années. Elle s’exerce à rebours de ce qu’on pensait être la ligne directrice de la recomposition territoriale en France depuis les années 1990. Les deux niveaux de collectivités qui sortent confortés de ce micmac fiscal généralisé sont les communes et les départements. Les régions et les intercommunalités, que la grande majorité des lois territoriales ont désigné comme porteuses de la recomposition depuis plus de vingt ans, ne pèsent fiscalement que les deux-tiers du binôme précédent.
  Les départements sont les grands gagnants de la répartition fiscale qui prévaut actuellement. Certes, ils n’ont guère la main sur les taux, ce qui n’est pas rédhibitoire comme on vient de le dire. Ils bénéficient surtout de champs fiscaux dynamiques, robustes, différenciés, et sans aucun rapport avec leurs compétences et leurs missions de services publics : TVA, transactions et transmissions immobilières, DMTO, contrats d’assurance, vente des carburants à la pompe. La recomposition territoriale laissait entrevoir leur disparition ou au moins leur redéfinition. La recomposition fiscale les a mis à l’abri.
  Les régions étaient la grande ambition de la décentralisation, confirmée par leur récent réassemblage en 2015. L’ironie de leur situation fiscale est qu’elle est basée en bonne part sur l’automobile, TICPP, immatriculations, tandis que la compétence qui les mobilise le plus est le transport ferroviaire intercités.
  Les communes restent fondamentalement adossées à une fiscalité de propriétaires , taxes sur le foncier bâti et non-bâti, DMTO, ce qui confirme, pour l’immense majorité d’entre elles, leur fonctionnement sur le modèle de la copropriété, décrit depuis longtemps par les sociologues et les politistes.
  Finalement, c’est pour les intercommunalités que le « bouquet fiscal » est le plus cohérent avec leurs missions et leur vocation, mais aussi aujourd’hui le plus fragile. L’éventuelle disparition de la CVAE ne peut que les déstabiliser. C’est malgré tout là qu’on peut lire le mieux le lien politique entre un impôt, c’est-à-dire une solidarité imposée, et un engagement public à travers des politiques de services : TEOM, versement mobilité.
  La Cour des Comptes fait des propositions de réaffectation à volumes perçus constants pour chaque niveau de collectivités : les DMTO et l’ IFER passent au bloc local, la fraction de TVA augmente pour les départements et les régions, la TICP redevient uniquement nationale, mais à l’inverse l’impôt sur les revenus des personnes physiques, IRPP, est en partie affecté aux départements… On renoue avec d’anciennes répartitions plus qu’on innove réellement. Le jeu de pousse-pousse continue. Les associations de collectivités, Association des Maires de France, des Départements de France, des Régions de France, …, vont adorer s’en indigner.

Et les transitions?
  Reste un enjeu de fond : inventer la fiscalité locale qui serait le levier de la politique territorialisée de transition écologique dans tous les champs d’action publique. Actuellement, on fiscalise le patrimoine foncier et immobilier, et ses transactions et transmissions, respectivement depuis la Révolution et le Consulat, la consommation, la TIPP est instauré en 1924, la taxe sur les conventions d’assurance, TSCA, en 1944, la TVA en 1954, l’activité économique, la « patente », devenue taxe professionnelle, puis CVAE, TASCOM, etc., . En résumé, on fiscalise les bases de l’économie du 19e et du 20e siècle : la rente, la production, la consommation. Or c’est précisément elles que la transition écologique invite à reconsidérer, dans leur rapport aux ressources finies et à leur nécessaire régénération.
  Les ressources fiscales des collectivités locales sont largement basées sur les logiques dont elles prétendent s’extraire. Par exemple l’urbanisation extensive, source des lucratifs droits de mutation, taxes foncières et autre taxe d’aménagement ; ou encore la croissance de la circulation automobile, taxe sur les carburants, certificats d’immatriculation, et celle des surfaces commerciales de la grande distribution : la TASCOM, qui ne rapporte d’ailleurs qu’à peine 800 millions d’euros, pour 167 milliards de chiffre d’affaires du secteur.
  Émerge depuis quelques décennies une timide fiscalité incitative, de nature à réorienter les rapports aux ressources, les logiques économiques et les fondements des politiques publiques des collectivités locales. La GEMAPI, 2014, est le premier impôt potentiellement écologique, mais il n’a produit que 352 millions en 2021. L’ IFER, 2010, 1,6 milliard de produits, vise à rendre territorialement désirables le développement des énergies renouvelables, par ailleurs pas toujours bien accueillies. Le versement mobilité, qui soutient le report modal, a mis cinquante ans, 1973-2021, à devenir progressivement un véritable impôt local à partir de son origine parisienne. La TEOM date de 1926, mais les réticences à en faire un levier incitatif de réduction des déchets, donc une redevance plutôt qu’une taxe, montrent le chemin qui reste à parcourir.
  On ne sait pas comment faire de la fiscalité locale un levier en faveur de la sobriété foncière et en soutien aux fonctions écosystémiques des sols vivants : politique du « Zéro Artificialisation Net ». Après l’échec désastreux de la taxe carbone, on n’ose plus ouvrir le débat de la fiscalité locale en faveur de l’économie circulaire, du métabolisme territorial, de l’adaptation au changement climatique et de l’atténuation de ses effets. On pérennise la taxe sur le foncier non bâti, 1,1 milliard de produits, mais la forêt française reste largement sous-exploitée. On s’accroche à la contribution foncière des entreprises, CFE, mais on ne donne aucun moyen de taxer localement l’économie numérique en développement exponentiel, qui dépend cependant d’infrastructures territorialisées.
  L’imaginaire fiscal des territoires est en panne, contrairement à ce que peut laisser croire la profusion des taxes, contributions et autres redevances. Il n’y a pourtant pas de contrat social sans solidarité fiscale. Les territoires ont à réinventer la leur, loin des bricolages auxquels ils se sont cantonnés depuis trop longtemps.

[1] Elles-mêmes issues des « Contributions directes » établies sous la Révolution française : taxe sur le foncier bâti, taxe sur le foncier non bâti, taxe d’habitation, taxe professionnelle, devenue en partie CVAE : 2023 verra la disparition certaine de la TH et probablement l’amorce de la disparition de la CVAE.
[2] Dernière en date : la taxe GEMAPI, gestion des milieux aquatiques et prévention des inondation), créée en 2014 par la loi MAPTAM.
[3] Cour des Comptes, Le financement des collectivités territoriales : des scénarios d’évolution. Communication à la commission des finances du Sénat, octobre 2022, 159 pages.
[4] DGCL – OFGL, Rapport de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales. Les finances des collectivités locales en 2021, octobre 2022, 263 pages.
[5] Les droits de mutation à titre onéreux, DMTO, sont techniquement un impôt direct, mais en pratique le taux maximum est presque partout atteint, ce qui revient à un taux quasi-national. Même « nationalisation » en 2023 pour la taxe sur la consommation finale d’électricité, TCFE, qui n’a plus rien de locale.

   Sur le Web

Blackrock a-t-il tenu sa promesse de gérer plus de finance verte?

  " (...) La finance verte, c'est l'ensemble des opérations financières qui concourent à favoriser la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. Elle privilégie l’investissement responsable (IR) qui ajoute aux critères purement financiers des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Elle connaît certes un développement exponentiel mais doit être encadrée et soutenue par les États.Les instruments de la finance verte sont par exemple les obligations vertes ou les marchés des droits à polluer."
Source : https://www.economie.gouv.fr/facileco/finance-durable

  Et avec quels résultats pour le sauvetage du climat, de la planète et ... des êtres vivants?

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Les premiers gagnants et perdants de l'étude de BlackRock sur le changement climatique


John Parnell
08 septembre 2020
 

  Le PDG de BlackRock, Larry Fink, a déclaré aux entreprises qu'elles devaient s'attendre à une surveillance accrue des émissions de carbone et de la gouvernance. A-t-il tenu cette promesse ?



BlackRock a cédé certaines de ses parts dans des entreprises charbonnières en 2020


   En janvier, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde a lancé un avertissement : le statu quo en matière de changement climatique n'allait plus suffire.
  Dans sa lettre annuelle, le PDG de BlackRock, Larry Fink, a écrit : "Nous ne savons pas encore quelles prévisions sur le climat seront les plus précises, ni quels effets nous n'avons pas pris en compte. Mais on ne peut nier la direction que nous prenons. Chaque gouvernement, entreprise et actionnaire doit faire face au changement climatique".
  Avec plus de 6 000 milliards de dollars d'investissements sous gestion et influence dans les conseils d'administration de près de 1 800 entreprises, ce que dit BlackRock a un poids important dans les domaines des entreprises et de la politique. Mais ce poids ne se fait sentir que si BlackRock va jusqu'au bout et fait pression pour une réponse au changement climatique dans les salles de conseil d'administration.
  Parmi ses engagements spécifiques, BlackRock a déclaré qu'elle se désinvestirait des entreprises qui tirent 25 % ou plus de leurs revenus du charbon thermique et qu'elle pousserait les entreprises à publier des informations sur le climat et le développement durable conformément aux lignes directrices établies par le Sustainability Accounting Standards Board et le Task Force on Climate-Related Financial Disclosures.

Alors, neuf mois plus tard, BlackRock poursuit-il sur sa lancée ?
  En bref, oui, ou du moins il commence à le faire, même s'il n'a pas progressé assez vite ou assez loin pour plaire aux militants du climat. Au cours du premier semestre 2020, plus de 50 entreprises ont ressenti la désapprobation de BlackRock quant à leur manque de progrès en matière de changement climatique - dont Chevron, ExxonMobil et l'entreprise allemande de services publics Uniper.
  Un porte-parole de BlackRock a déclaré à GTM que 191 autres ont été "mises sous surveillance" et peuvent s'attendre à un retour en arrière dans la salle du conseil d'administration en 2021.


Le charbon, évidemment
  Avec des investissements multiples dans des milliers d'entreprises réparties sur des dizaines de fonds différents, une analyse complète de chaque investissement peut prendre toute une vie.
  Mais en sélectionnant quelques entreprises importantes, on peut vérifier si BlackRock réduit réellement ses investissements dans le charbon et mettre en évidence les domaines dans lesquels ce soutien est réorienté.
  L'entreprise d'extraction de charbon Peabody Energy, par exemple, a vu son soutien par BlackRock diminuer. En 2018, BlackRock détenait environ 6,3 millions d'actions dans la société ; ce chiffre est maintenant tombé à 5 millions, et d'autres désinvestissements pourraient avoir lieu.
  Le rapport annuel de Peabody fait état des sentiments négatifs de certaines parties de la communauté financière.
  "Certaines banques, d'autres sources de financement et des compagnies d'assurance ont pris des mesures pour limiter le financement et la couverture d'assurance disponibles pour le développement de nouvelles centrales électriques alimentées au charbon, ainsi que pour les producteurs de charbon et les services publics qui tirent la majorité de leurs revenus du charbon thermique, ce qui pourrait également avoir un impact négatif sur la future demande mondiale de charbon".
  Peabody avertit que de telles mesures pourraient réduire la demande pour ses produits, augmenter son coût d'emprunt et faire baisser le prix de ses actions, qui a baissé de plus de 70 % en 2020.
  Lors de l'assemblée annuelle de Peabody, BlackRock a voté contre la réélection du président de l'entreprise en matière de santé et de sécurité, et a cité "des progrès insuffisants en ce qui concerne les rapports alignés du [Task Force on Climate-Related Financial Disclosures] ou du [Sustainability Accounting Standards Board], en particulier en ce qui concerne la fixation des objectifs".
  Peabody Energy n'est pas la seule entreprise charbonnière à ressentir la colère de BlackRock. En février, BlackRock détenait 12,8 % des parts de Contura Energy, un autre grand producteur de charbon ; en août, elle avait vendu un tiers de ces parts.
  Pour que BlackRock puisse tenir ses promesses de désinvestissement, ses participations dans des sociétés comme Peabody et Contura devront continuer à baisser.
  Dans le cas d' Uniper, BlackRock a déclaré que les progrès de l'entreprise allemande en matière de rapports sur le climat ont été inexistants, et que si l'ensemble du conseil d'administration n'avait pas démissionné après son rachat par Fortum, BlackRock aurait voté pour que tous ceux qui ont contribué au développement durable ne soient pas réélus.

Les compagnies pétrolières sous haute surveillance
  Les interactions de BlackRock avec Shell peuvent donner un aperçu de son positionnement par rapport au secteur du pétrole et du gaz.
  BlackRock a voté contre une proposition d'actionnaire selon laquelle Shell devait fixer des objectifs en matière de gaz à effet de serre, mais uniquement parce qu'il estimait que l'objectif de zéro net de la société pour 2050 - annoncé en avril - était suffisant pour l'instant. BlackRock, qui détenait 7 % de Shell au début de l'année, a clairement indiqué que son soutien continu était conditionné aux progrès climatiques.
"Nous suivrons de près la réalisation des objectifs fixés jusqu'à présent", a déclaré BlackRock dans une note concernant l'assemblée générale annuelle de Shell. "Nous tiendrons la direction et les directeurs du conseil d'administration responsables de l'absence de progrès dans la réalisation de ces objectifs lors des prochains votes sur les élections des directeurs".
  Les compagnies pétrolières qui n'ont pas de plan de décarbonisation auront clairement un objectif à satisfaire, et, même celles qui ont de tels plans en place, sont surveillées de près.
   BlackRock affirme qu'il "s'engagera" avec 110 autres entreprises à forte intensité de carbone à la fin de 2020.


L'autre face (verte) de la pièce
  En ce qui concerne l'énergie propre, les intérêts de BlackRock sont variés, anciens et croissants.
  BlackRock a récemment augmenté sa participation dans SolarEdge à 10,3 %, et elle détient des participations dans Ørsted, Vestas, SunPower, First Solar et Vivint Solar, pour n'en citer que quelques-unes.
  BlackRock est le plus grand actionnaire du géant allemand des services publics RWE et de la SSE britannique et irlandaise. L'année dernière, RWE et SSE ont tous deux vendu leurs activités de fourniture de clients et se sont engagés à développer d'énormes portefeuilles d'énergies renouvelables.
   Les militants du climat sont naturellement irrités par le fait que BlackRock maintienne des milliards de dollars d'investissements dans les entreprises de combustibles fossiles. Pourtant, moins d'un an après la lettre de Larry Fink, BlackRock a au moins commencé à faire ce qu'il a dit qu'il ferait.
  Si l'argent de BlackRock continue d'affluer vers les entreprises qui accélèrent la transition, et qu'il emporte avec lui d'autres investisseurs, le géant de l'investissement pourrait se faire pardonner de ne pas avoir désinvesti au bout d'un centime.


LA PPE3 EST-ELLE UNE BOMBE FINANCIÈRE À RETARDEMENT ? LES CHIFFRES QUI CLIMATISENT L' ATMOSPHÈRE

  Au moment où l'Allemagne, jadis championne de l'antinucléarisme et laboratoire de la transition énergétique —  Energiewende , fond...