Affichage des articles dont le libellé est Saône et Loire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Saône et Loire. Afficher tous les articles

Saône et Loire, 1878-1887 : les "Bandes noires" où le rôle des anarchistes dans les mouvements de protestation populaire

  "L’anarchisme est né de la rébellion morale contre les injustices sociales."
   Errico Malatesta, révolutionnaire, théoricien et propagandiste anarchiste, figure majeure de l'anarchisme italien et international ; 1853-1932.

 Errico Malatesta

Lire sur le même sujet
De la mine à la dynamite, les anarchistes de La Bande noire

@retronews.fr

php

***

La Bande Noire : société secrète, mouvement ouvrier et anarchisme en Saône-et-Loire (1878-1887)

Emmanuel Germain

   L'historiographie récente du mouvement anarchiste français a suscité de nombreux débats, notamment celui concernant l'utilisation de la série M (administration) des archives départementales visant à construire une histoire du mouvement « par le bas »1. L'abondance des rapports des commissaires spéciaux, ou les échanges entre les préfets et le ministère de l'Intérieur permettent souvent de reconstituer un canevas de la vie quotidienne de ces hommes que la République tentait de surveiller.
   À partir de la série M des archives départementales de Saône-et-Loire, il est possible de retracer l'histoire des balbutiements du mouvement anarchiste dans le bassin minier de Montceau-les-Mines et notamment d'une société secrète que les autorités ont qualifié de « Bande Noire ». Cette organisation est déjà connue de Jean Maitron 2, qui l'étudie dans son chapitre sur « le rôle des anarchistes dans les mouvements de protestation populaire 3».
  Pourtant l'influence de l'anarchisme sur ce mouvement n'est d'abord qu'une facette d'un patchwork beaucoup plus complexe, comme le soulignait déjà Maitron en précisant : « [qu'] il serait faux [...] de croire que l'on se trouvait devant un mouvement anarchiste conscient 4 ». Ce n'est qu'à partir des années 1883-1885 que les affiliés des bandes noires se rapprochent plus nettement de l'anarchisme. Ils entrent alors en relation avec les autres compagnons de la région. Si l'histoire atypique des ces bandes noires nous permet de mieux envisager les multiples « relations, chevauchements et glissements entre anarchisme, socialisme et syndicalisme 5», elle nous apporte surtout des éléments de compréhension sur la genèse du mouvement anarchiste français. [C'est donc par une approche locale, qui se veut micro-historique, que nous souhaitons contribuer à étoffer l'historiographie du mouvement.]


Les Bandes Noires : un récit
   « Je fus informé par la rumeur publique qu'une société secrète existait et tenait des réunions la nuit, dans un bois sur le territoire de la commune de St-Bérain-sous-Sanvignes. […] Cette société, dont plus de cent individus font partie, change souvent le lieu de ses réunions, ce qui me fait supposer qu'elle a des adhérents, non seulement à Montceau, mais peut-être aussi dans la direction du Creusot » 6. À la date de ce rapport de gendarmerie, la « société secrète », semble déjà bien implantée dans le bassin minier de Saône-et-Loire. Il est très probable que la création de cette association ouvrière remonte à la défaite du prolétariat montcellien en février 1878. À l'époque, la grève des mineurs donne lieu à un conflit si violent que le préfet doit faire appel à la troupe pour ramener l'ordre. Abandonnés par les républicains modérés, dont le Dr. Jeannin récemment élu à la mairie de Montceau-les-Mines, les ouvriers décident alors de s'organiser contre ce que les historiens ont appelé « le système Chagot ». En effet, Jean Maitron montre que ce qui contribue à « surexciter » les ouvriers montcelliens est l'oppression politique et religieuse exercée sur eux par le patron des mines Léonce Chagot : « Je tiens à dire que je ne tolérerai jamais à Montceau de démonstration publique contre la religion et la société. Les ouvriers sont libres chez eux. Au dehors, j'entends qu'ils n'insultent pas à mes convictions et je le proclame ici hautement. »7.
  Pour continuer la lutte, les ouvriers ne peuvent se réunir au grand jour du fait de la loi Le Chapelier qui interdit toujours la constitution d'association ouvrière. De plus, le paternalisme oppressant de Chagot ne saurait tolérer cette fronde, affront à son hégémonie sur le bassin houiller. C'est dans ce contexte que se constitue donc probablement « La Marianne », une société secrète que les autorités désigneront par le terme générique de « Bande Noire ».
  Toutefois, dès la fin de l'année 1879, le Dr Jeannin réussit à obtenir les noms de certains des sociétaires afin de les pousser à mettre un terme à leurs agissements.
  Pourtant, le retour de Jean-Baptiste Dumay 8 au Creusot relance l'agitation socialiste en Saône-et-Loire. Un temps séduit par les théories anarchistes, c'est en tant que militant possibiliste qu'il revient au Creusot en 1880.
  Peu de temps après son arrivée, il fonde la Fédération Ouvrière de Saône-et-Loire qu'il dote d'un journal : La Tenaille. Il entreprend ensuite de fonder des chambres syndicales sur l'ensemble de la Saône-et-Loire, pour cela il dispose à Montceau-les-Mines d'un terreau particulièrement favorable. C'est ainsi que des hommes comme François Juillet 9 ou Antoine Bonnot 10 prennent respectivement la tête de la « Santa Maria » et de la « Pensée » au Bois-du-Verne. Ainsi, en 1880 le mouvement ouvrier renaît des cendres de « la Marianne » à l'initiative de Jean Baptiste Dumay. Ces chambres d'orientation possibiliste proposent un programme relativement modeste : « Former un conseil syndical chargé de défendre les intérêts généraux de tous les ouvriers et les intérêts particuliers de chaque adhérent, régler amicalement les difficultés entre ses différents adhérents. Intervenir à l'amiable, épuiser tous les moyens de conciliation entre les ouvriers et les patrons, surtout en ce qui concerne le travail. [...] »11. Pourtant, on peut penser que ces groupements se composent d'individus issus de diverses tendances du socialisme et probablement de l'anarchisme 12. Quoi qu'il en soit, des événements d'une tournure beaucoup plus radicale vont éclater à Montceau-les-Mines à partir de 1882.
  En juillet 1881, lors du congrès de Londres, l'Internationale anti-autoritaire théorise la doctrine de la « propagande par le fait ». Il s'agit de « porter l'action sur le terrain de l'illégalité, qui est la seule voie menant à la révolution »13.
  Dès 1882 à Montceau-les-Mines, cette doctrine va prendre le visage d'un anticléricalisme radical. La Bande Noire s'en prend à l'auxiliaire privilégié de Chagot : le clergé local, personnifié par le curé Gauthier. Il est vrai que l'homme d'église excite particulièrement les ouvriers par son dévouement envers le maître des mines. Roger Marchandeau explique que le curé Gauthier « essaie de combattre la Bande Noire en espionnant les habitants et en les dénonçant à la direction de la Compagnie. Sur son terrible calepin noir, il couche sans cesse les noms des mineurs qui refusent d'accepter la domination du maître ». Cette attitude lui vaudra de nombreuses menaces de la part de la Bande Noire : « Citoyen curé Gauthier, […] si tu n'as pas quitté le pays dans quarante-huit heures, nous te ferons ton affaire. On pourrait bien te sortir de ton écurie avec quelques grains de plomb dans la tête. La Bande Noire »14.
  Dans les premières nuits de l'été 1882, de nombreuses croix sont mises à bas à grand renfort de dynamite. Ces tensions annoncent l'émeute orchestrée par les affiliés le 15 août 1882.
  Le jour dit, à la tombée du jour, un groupe, avec à sa tête un jeune manouvrier du nom de Devillard, pille une armurerie au lieu dit le « Champ du Moulin » avant de rejoindre le gros de la bande au « Bois du Verne » pour distribuer les armes. C'est à partir de là, vers 22h, que commence une série d'attaques à la dynamite et à la hache contre la chapelle du hameau. Dès la première explosion, d'autres émeutiers surgissent des bois. La chapelle est pillée et incendiée. La bande, « au nombre d'environ deux cents», s'avance vers les villages voisins, drapeau rouge en tête, aux cris de « Vive la Sociale ! Mort aux bourgeois ! ». Apprenant que leur mouvement était isolé, les émeutiers se dispersent sur le chemin de Blanzy 15. Dès le lendemain, la troupe est sur place. Les autorités procèdent à de nombreuses arrestations qui mèneront au premier procès des bandes noires prévu pour octobre 1882. Celui-ci sera finalement repoussé au mois de décembre, à la suite de l'attentat de l'Assommoir à Lyon. Ce premier procès des bandes noires constitue l'incipit d'un important mouvement de répression des menées anarchistes en France, dont le fameux procès des 66 à Lyon en janvier 1883.
  Antoine Bonnot, l'ami de Jean-Baptiste Dumay est acquitté et rentre à Montceau dès janvier 1883. Ensemble, ils relancent la construction et le développement des chambres syndicales de la Fédération Ouvrière de Saône-et-Loire. Ils se présentent ensuite aux élections municipales de mai 1884 auxquelles ils échouent. Cet échec, combiné à la répression exercée contre les syndicalistes par Chagot, semble sceller la genèse du mouvement syndical dans la région. Dumay part ensuite s'installer à Paris à la fin de l'année 1884, ce qui a pour effet de marginaliser définitivement ce qu'on pourrait qualifier de « parti modéré » au sein des bandes noires.
  Dans le même temps, une agitation beaucoup plus radicale se développe au cours des années 1883-1884. La Bande Noire va alors initier la « guerre sociale » contre les bourgeois et les traîtres. Durant les nuits de l'année 1883, les affiliés prennent pour habitude de rendre visite aux « mouches » supposées. On dénombre alors plusieurs attentats contre des mineurs à l'aide de petits engins dont le potentiel létal semble relativement faible. Ceci laisse penser que le but de la bande était d'abord de décourager de nouvelles vocations de mouchards par la « terreur » mais non par le meurtre 16.
  A contrario, les cibles plus « bourgeoises » de la Bande Noire, les ingénieurs par exemple, semblent avoir échappé de justesse aux bombes de l'organisation. L'ingénieur Michalovski voit sa maison dynamitée par trois fois : les 12 mai, 5 juin et 30 octobre 1883. Il échappe à chaque fois de justesse à la mort, bien que les bombes aient été posées de manière à faire exploser sa chambre à coucher. Contrairement à l'action menée contre les mouchards, un tel acharnement montre qu'ici le but est bien d' « assassiner du bourgeois » dans le cadre d'une lutte des classes.
  Pourtant, aucune victime ne trouvera la mort durant ces deux années de dynamitage. L'aventure terroriste s'achève en novembre 1884, alors que le jeune Gueslaff 17 tombe dans un piège tendu par un certain Brenin 18, un agent provocateur recruté par le commissaire Thévenin de Montceau-les-Mines. Se sachant trahi, Gueslaff dénoncent de nombreux compagnons. Ce deuxième coup de filet aboutit à la condamnation d'une dizaine de personnes lors du second procès des bandes noires en mai 1885.
  Avec cette deuxième vague d'arrestations, le mouvement semble amputé d'une bonne partie de ses forces agissantes. Si l'on note encore quelques dynamitages au début de l'année 1885, notamment contre le presbytère de Sanvignes et contre la grande tuilerie de Montchanin, la propagande par le fait semble tombée en désuétude.
  Pourtant, les rapports des mouchards continuent de nous décrire un environnement assez dynamique. Des hommes comme Cottin 19, Royer 20 ou Michaud 21, qui apparaissaient déjà dans les rapports de police, semblent alors prendre de l'importance au sein du mouvement. Ils se réunissent, reçoivent de la propagande et tentent bientôt de s'organiser. Résidant à Montceau-les-Mines et au Creusot, ils souhaitent rassembler l'ensemble des anarchistes de la région. Ils tentent alors de créer une fédération des groupes de Saône-et-Loire. Le 1er février 1885, plus d'une centaine de personnes se réunit à Torcy. Les compagnons proposent alors de faire tourner le lieu de leurs rencontres afin que tous les militants de la région puissent s'y rendre régulièrement. S'il on recoupe les comptes-rendus de ses diverses réunions qui ont lieu en 1885, on peut penser qu'il existait des groupuscules anarchisants dans les localités suivantes : Essertenne, Torcy, Montchanin, Blanzy, Ecuisses, Le Creusot et bien sûr Montceau-les-Mines. Cette construction sera relativement éphémère, car à la fin de l'année 1885, Cottin et Royer, deux des initiateurs de cette ébauche de fédération, appellent à voter pour la liste républicaine du Creusot. Cette défection porte un rude coup au mouvement qui n'inquiètera désormais plus les autorités. Cette épopée révolutionnaire trouve son dénouement avec la mort de Michaud, dernier homme important de « l'époque des bandes noires ». Gravement malade, il reçoit régulièrement la visite de ses compagnons. Les funérailles, le 27 juillet 1887, sont l'occasion pour ses compagnons de se « manifester dans la sphère publique »22. Un certain « Laurent », prend la parole et fait l'éloge du défunt en insistant sur son engagement au sein des sociétés de libre-pensée. Ceci peut laisser supposer que les socialistes et les anarchistes des bandes noires, très attachés à la lutte contre le cléricalisme, étaient sûrement massivement engagés au sein de telles associations. 


Les Bandes Noires : une analyse
  Le principal problème réside dans la formulation d'une définition convaincante du terme de « Bande Noires ». Ici, l'historien pourrait remettre en cause l'utilisation de ce terme générique utilisé par la police pour désigner indistinctement des groupes politiques différents : socialistes, syndicalistes ou anarchistes. Mais il regroupe aussi des pratiques différentes : réunion secrète, attentat, émeute, distribution de propagande... Cette méconnaissance des autorités les amènent donc à voir en Jean-Baptiste Dumay le leader « nihiliste 23 » d'une organisation qui semble omniprésente dans la région : « La population d' Epinac espère que les justes peines qui ont été appliquées aux anarchistes de Montceau serviront d'exemple aux quelques affiliés de la bande noire qui existent dans notre localité.24». De plus, l'utilisation de ce terme pour désigner aussi bien les ex-grévistes de 1878 que les groupes clairement anarchisants des années 1885 nous donne l'impression d'une organisation monolithique et figée alors que les pratiques et les idées des groupes et des individus n'ont cessé d'évoluer au cours de ces années.
  Une certaine cohérence existe pourtant dans ce terme de « Bande Noire ». D'abord, les passerelles semblent évidentes entre ces différents groupes politiques. Par exemple, en 1882, le compagnon Cottin est secrétaire de la chambre syndicale du Creusot dirigée par Dumay; dès 1884, il sera le principal entrepreneur des menées anarchistes dans la région. Il y a de plus une solidarité de fait entre les syndicalistes et les partisans de l'action directe. Ainsi, à « la réunion du 14 octobre 1883, elles [les chambres syndicales] demandent que chaque chambre syndicale de Montceau et Blanzy nomme une délégation de trois membres ayant mission de se rendre à la direction des mines de Blanzy pour inviter cette dernière à réintégrer dans leurs chantiers tous les citoyens renvoyés de leur travail à la suite du mouvement insurrectionnel d'août 1882.25». Mais si la police fait de nombreux amalgames, c'est aussi parce qu'en ce début des années 1880, les « frontières identitaires » entre socialisme, anarchisme ou syndicalisme sont très lâches. De nombreux « chevauchements et glissements 26» s'opèrent entre ces groupes. Le terme de « Bande Noire » est donc finalement assez commode pour désigner l'ensemble des acteurs du mouvement révolutionnaire du bassin minier pour la période étudiée.
  Pour mener une analyse approfondie, la question fondamentale reste donc celle de l'identité. Soulignons que la première société secrète repérée par les autorités est issue d'un mouvement de grève. Ainsi, dès l'origine, ce groupe humain s'inscrit dans l'histoire du mouvement ouvrier et des luttes sociales. « La Marianne 27» affiche également sa filiation républicaine; le nom même du groupe étant déjà une provocation si l'on se replace dans le contexte local. En effet, depuis 1870, Léonce Chagot, bonapartiste proclamé, avait été réélu sans interruption à la mairie de Montceau-les-Mines. Il faut donc attendre l'élection du Dr Jeannin, républicain modéré, pour que la République pénètre dans le bassin minier. Dans ces conditions, la défense d'une République encore mal assise semble avoir été la première ambition de cette société secrète.
  Gaetano Manfredonia montre que dans les années 1880, les anarchistes s'approprient la tradition révolutionnaire républicaine dont la Révolution française constitue l'archétype fondateur. Ainsi, lors d'une réunion, les compagnons Vitteaux 28 et Cottin affirment qu'ils feront « la révolution les armes à la main comme pendant La Révolution 29». À l'origine, la bande noire est d'abord un mouvement ouvrier qui inscrit sa lutte dans le cadre de la défense de leur « République imaginée 30 », c'est à dire de « La Sociale ».
  De 1878 à 1884, les influences politiques sont plurielles. Nous avons vu l'influence « Broussiste » ou possibiliste de la fédération ouvrière de Saône-et-Loire et des chambres syndicales construites à l'initiative de Jean-Baptiste Dumay dès 1880. Ce dernier contribue largement à l'agitation socialiste; il fait notamment venir Jean Allemane dans la région à plusieurs reprises pour des tournées de conférences.
  Mais, on peut penser que certains militants des bandes noires sont également en contact avec les milieux anarchistes dès 1882. En effet, une lettre d'un certain « Guillaume », destiné à François Juillet, explique qu'il a été reçu comme convenu à Dijon par François Monod 31: « Je fus bien reçu à Dijon, j'ai vu le citoyen Monod 32». De plus, pour cette même année, un mouchard relate « l'initiation » de Toussaint Bordat 33, anarchiste lyonnais, au sein des bandes noires. Le compagnon aurait préconisé la « propagande par le fait », en proposant aux affiliés de « détruire les puits de mines à grand renfort de dynamite »34.
  Le microcosme de la Saône-et-Loire reproduit donc l'éternel débat quant à la réponse à apporter à la « question sociale » : révolution ou réformisme ? Or, dès 1879, le sous-préfet de Chalon-sur-Saône note l'existence de deux groupes au sein de la première société secrète, d'un côté des jeunes « prêts à passer à l'action » et de l'autre des hommes « dans la force de l'âge : 40-45 ans », « des pères de familles », garants d'une certaine modération. On peut dès lors penser que c'est sur cette dichotomie générationnelle que se fondent les ultérieures divergences de pratiques à l'intérieur des bandes noires. En effet, la moyenne d'âge des condamnés des deux procès des bandes noires est d'environ 25 ans. Ce sont donc les jeunes qui semblent avoir été majoritairement séduit par l'action directe proposée par l'anarchisme 35.
  Pour mieux appréhender l'histoire de l'anarchisme, Gaetano Manfredonia offre une nouvelle grille de lecture dans son ouvrage Anarchisme et changement social 36. Il propose une typologie qui classe les anarchistes selon l'idée qu'ils se font du changement social. Émerge alors trois « idéaux-types » : insurrectionnalisme, syndicalisme et éducationnisme-réalisateur. Ainsi, l'émeute du 15 août 1882, « mouvement de protestation populaire » selon Maitron, peut être analysée comme une pratique se rapportant à l'idéal de « l'anarchisme-insurectionnel ». Il s'agit d'envisager le changement social par la rupture brutale et violente avec le « vieux-monde ». On veut « donner l'exemple » pour préparer le « Grand Soir » et l'avènement de la révolution sociale.
  Pourtant, il serait faux de croire que l'on se trouve devant « un mouvement anarchiste conscient ». A l'instar du Révolté, on peut dire que la Bande Noire a « adopté instinctivement la tactique anarchiste 37» pour lutter. Après l'émeute du 15 août 1882, toute la presse anarchiste s'approprie l'événement et salue ces hommes qui se sont révoltés « spontanément, sans chefs, sans mot d'ordre, sans consigne, en dehors de toute préoccupation politique, uniquement parce qu'ils en ont eu assez de leur oppression et de leur misère [...]38».
  Il s'en suivra une répression sévère qui favorisera le rapprochement de la bande noire d'avec l'anarchisme. En 1884, « les groupes de Montceau » envoient une lettre publiée dans le Révolté, où ils revendiquent leur identité anarchiste. Ils se proposent alors de déclencher la « guerre sociale » contre les bourgeois. Les dynamitages des années 1883-1884 sont donc revendiqués par les anarchistes du bassin minier : « Instruits de l'expérience du passé, ce n'est plus à de simples croix et autres morceaux de pierre que nous voulons nous attaquer cette fois ci. Nous comprenons que ces emblèmes d'une religion morte, ne sont plus d'un grand danger pour nous; écrasons cette infâme bourgeoisie qui nous exploite et leur sert d'appui, et la vieille société corrompue qui nous opprime, attaquée dans ses bases, tombera d'elle-même, entraînant avec elle la pourriture cléricale [...] 39». C'est donc via la praxis anarchiste que les membres de la Bande Noire vont progressivement affirmer leur identité anarchiste.
  Mais ce cheminement vers une idéologie anarchiste peut être mis en parallèle avec une évolution progressive au niveau de l'organisation même du groupe. «L'action illégale et clandestine passe par un nombre assez limité de membres, une hiérarchisation interne et un cloisonnement fonctionnel marqués, une discipline rigoureuse, l'usage de signes de reconnaissance 40». Dans sa première période (1878-1882), la Bande Noire semble avoir eu un fonctionnement assez proche de cet idéal type des sociétés secrètes du XIXème siècle. Par exemple, un rapport de la gendarmerie de Montceau-les-Mines stipule que: « les signes extérieurs (clignement de l'œil, serrement de main) employés par les membres sont ceux de la Franc-Maçonnerie. ». À ces signes de reconnaissance s'ajoutent des récits d'initiation assez extravagants comme le rapport du mouchard « Siméon » qui raconte avoir été entrainé dans les bois pour être initié : « Étant assis il m'a bandé les yeux puis nous sommes partis pour aller dans la tour ; là ils m'ont fait tourner dans l'eau 41». Il est difficile de dire dans quelle mesure des déclarations comme celle-ci peuvent témoigner de la réalité de ces groupes, toujours est-il que les bandes noires sont marqués du sceau du secret. D'autres mouchards racontent que les nouveaux venus devaient « [prêter], un serment dans une forme convenue et solennelle, jurant sur le poignard de défendre la République.42» Le nom du groupe « La Marianne » serait alors justifié, il ne s'agit plus de « déstabiliser ou détruire par la force le régime en place [...] 43» mais de prévoir la défense du nouveau régime : la République.
  De plus, il semble que ce groupe réponde également au critère de « hiérarchisation » des sociétés secrètes : « Son organisation est la suivante : 1° : Un chef qui la dirige (la rumeur publique désigne le nommé Suchet, musicien); 2° : Dans chaque quartier, il y a une section ; 3° : Les sections sont divisées en deux ou trois escouades [...]» 44 .
  L'ensemble de ces éléments rappelle à la fois des organisations comme la franc-maçonnerie, la charbonnerie ou la Société des Saisons. Cela tend à prouver que la Bande Noire trouve dès l'origine sa filiation dans les sociétés secrètes républicaines du premier XIXème siècle.
  Avant le procès de 1883, la Bande Noire ne ressemble alors en rien aux autres groupes anarchistes en formation à la même époque. Ainsi, au début des années 1880, la plupart des compagnons français n'entretiennent pas ce goût du secret et ce jacobinisme issues des sociétés secrètes. Au contraire, les groupes anarchistes « n'apparaiss[ent]absolument pas comme s'isolant de l'extérieur entre autre grâce à des rituels secrets » ou « à des signes de reconnaissance », ce sont des groupes largement ouverts qui tentent d'incarner un « idéal anti-autoritaire » 45.
  Après l'échec des chambres syndicales de Jean-Baptiste Dumay et l'affirmation d'une identité anarchiste par la Bande Noire, l'organisation semble s'ouvrir peu à peu. Au cours de l'année 1885, à l'initiative des groupes de Montceau-les-Mines et du Creusot, elle tente de construire une fédération de l'ensemble des groupes du département. En effet, les compagnons se réunissent à de nombreuses reprises dans différents villages de Saône-et-Loire pour tenter de s'organiser et de bâtir des projets. Par exemple, une réunion importante a lieu le 3 mai 1885 dans le petit village d' Essertenne. Une soixantaine de sympathisants se réunit et vote à l'initiative du compagnon Michaud, l'achat d'une petite presse pour la propagande 46.
  Même si les buts et les moyens mis en œuvre par les compagnons semblent avoir évolué au cours du temps, il ne s'agit pas d'opposer ces deux modèles. D'abord le modèle de la « société secrète » rappelle une organisation comme « la Fraternité » de Michel Bakounine qui voyait dans ce genre de pratique une manière possible de faire triompher l'anarchisme par une pratique souterraine. Ensuite, le goût du secret, du symbolisme et des rituels comme ceux de la franc-maçonnerie n'est pas totalement étranger à l'imaginaire anarchiste. De nombreux anarchistes de la fin du XIXème siècle ont été un temps tenté de rejoindre la franc-maçonnerie, comme les frères Reclus par exemple. De plus, certains anarchistes du XXème siècle, comme Léo Campion, ont rapproché les idéaux anarchistes et franc-maçons 47.
  A l'inverse, la tentative de fédération des compagnons dans les années 1884-1885 ne semble pas pouvoir être pleinement qualifiée « d'anti-autoritaire », dans le sens où il semble que les initiateurs de ce mouvement aient gardé une certaine domination sur celui-ci. Par exemple, alors qu'un attentat vient d'avoir lieu à Sanvignes, le commissaire spécial du Creusot explique que « Cottin s'est fâché de ce que le comité n'avait pas été prévenu lors de la récente explosion» et quelques jours plus tard, une nouvelle réunion décide que « les groupes sont contre l'action individuelle et prônent l'exclusion de ceux qui s'y adonneraient ». La Bande Noire semble bien avoir voulu conserver une volonté d'action collective, comme en témoigne la préparation minutieuse par les groupes d'une nouvelle émeute au début de l'année 1885. On peut penser que dans l'imaginaire des anarchistes du bassin minier, le « grand soir » approchait à grand pas.
  Pour préparer la révolution, les anarchistes de Saône-et-Loire ne sont pas seuls. De nombreuses solidarités régionales notamment avec Dijon et Lyon se sont créées au fil du temps. Par exemple, un homme comme François Monod, l'anarchiste dijonnais, est probablement en contact avec les ouvriers de Saône-et-Loire depuis le début des années 1880. Brocanteur de son état, il semble avoir été un temps séduit par la propagande socialiste. En effet, Monod colporte La Tenaille au début des années 1880 48. Or, ce journal est l'organe de la Fédération Ouvrière de Saône-et-Loire fondée par Jean Baptiste Dumay. Il semble fort improbable que les deux hommes n'aient pas été en relation dès le début des années 1880. En 1884, Monod affirme ses idées anarchistes alors qu'il rédige son placard : « Pourquoi il y a des anarchistes ? D'où vient la misère ? » 49. Il anime alors un groupuscule anarchiste à Dijon. Il devient un militant très actif; on pourra ainsi retrouver sa trace dans l'ensemble de la région.
  Dès septembre 1884, il tient une conférence à Lyon, lors d'une réunion des ouvriers sans travail. Il sera repéré par les services de police pour la violence de son discours. Il en profitera néanmoins pour largement distribuer des exemplaires du dit placard 50.
  En juillet 1885, il est en Saône-et-Loire. Il donne une conférence au lieu dit « La Croix du Mats » aux alentours de Blanzy, devant plus de 70 affiliés de la Bande Noire. Cette réunion paraît très importante pour le mouvement de Saône-et-Loire. En effet, Monod aurait suggéré aux anarchistes de ne se réunir qu'en petit comité afin d'échapper à la répression. La Bande Noire semble avoir entendu les conseils du compagnon : l'été 1885 marquera la fin des grandes réunions dans les bois et les villages du bassin minier 51.
  Monod héberge régulièrement des individus de passages à l'instar du compagnon « Guillaume » cité précédemment 52. En 1885, il aurait reçu un certain « Berthoud ». Est-ce le même Vincent Berthout, militant anarchiste lyonnais, que l'on retrouve en tournée de conférence en Saône-et-Loire en septembre 1884 ? Toujours est-il que les anarchistes de Dijon, de Saône-et-Loire et de Lyon semblent être en étroite collaboration pour la propagande. De plus toujours, d'après l'article de Vivien Bouhey qui se focalise sur la Côte d'or « les contacts de Monod avec des anarchistes de Genève sont plus que probables dès 1884 53 ».
  Au niveau des sources, les archives départementales nous montrent que les anarchistes de la région ne sont pas simplement « en contact » ce qui paraît normal, mais qu'ils ont réussi à s'entendre et à créer un « réseau » suffisamment consistant pour redistribuer du matériel de propagande. Par exemple, le manifeste des Dijonnais « Pourquoi il y a des anarchistes ? D'où vient la misère ? » est affiché début 1885 à Montceau, au Creusot, à Tournus, à Essertenne, à Perreuil 54... Mieux, le « Manifeste anarchiste-International antipatriotique » signé : « Les groupes anarchistes révolutionnaires de Londres : Allemands, Italiens, Espagnols, Russes, Polonais, Autrichiens, Anglais, et Irlandais, Genève, imprimerie jurassienne[...] » que Vivien Bouhey retrouve sur les murs de Dijon en 1886, est affiché en Saône-et-Loire en même temps que le manifeste des Dijonnais 55. La Bande Noire alors animé par Michaud et Cottin travaille probablement de concert avec Monod et les compagnons dijonnais au développement de la propagande anarchiste.
  À partir de septembre 1885, les anarchistes de Saône-et-Loire affichent un nouveau placard : « le manifeste électoral de 1885 » dans lequel ils prônent l'abstention pour les élections législatives d'octobre. Le placard est signé des « groupes anarchistes des régions de l'Est ». Ce placard est-il l'œuvre d'une ébauche de fédération anarchiste régionale ? N'est-il qu'une tentative de la part d'une poignée de compagnons de donner de l'importance à leur mouvement ? Rappelons que François Monod est peut-être tout seul lorsqu'il rédige le placard « Pourquoi il y a des anarchistes ? D'où vient la misère ? » et qu'il signe « Les groupes anarchistes de Dijon »56.
  La genèse du mouvement anarchiste en Saône-et-Loire à travers l'exemple des Bandes Noires montre bien l'enracinement initial de l'anarchisme dans une double culture républicaine et socialiste. Filiation républicaine d'abord, dès la première société secrète, alors que Marianne et la Marseillaise représentent « le point de ralliement de toutes les subversions, de toutes les révoltes 57». Une fois la république bourgeoise installée, certains anarchistes dénonceront alors « Marianne la Salope ». Pourtant les compagnons continuent de défendre « La Sociale ».
  Filiation socialiste ensuite, car les liens entres les hommes et les idées sont encore très forts au début des années 1880. Si des divergences de pratiques évidentes amènent le mouvement à « s'arracher avec douleur de l'arbre socialiste 58 », les frontières identitaires restent longtemps très lâches et perméables entre anarchisme, socialisme et syndicalisme. Un homme influent comme Jean-Baptiste Dumay, socialiste possibiliste, estime que les émeutiers du 15 août 1882 sont allés trop loin et mettent en péril la toute jeune Fédération Ouvrière de Saône-et-Loire. Pourtant, cela n'empêche pas les chambres syndicales de Montceau et de Blanzy d'être solidaires du mouvement, ni la presse anarchiste de saluer la spontanéité de l'émeute du 15 août malgré qu'elle ne soit pas le fait d'anarchiste conscient. Par la propagande par le fait, la praxis anarchiste 59 achève de distinguer l'anarchisme du socialisme. Les compagnons prennent alors conscience de faire partie de la « famille anarchiste ». Ils s'organisent et se rapprochent du reste du mouvement notamment en travaillant avec les compagnons de Dijon et de Lyon. Cette esquisse d'un réseau anarchiste « des régions de l'Est », même s'il est probablement en « perpétuel recomposition 60» du fait de la répression, notamment à cause du procès des 66 en 1883, du procès des Bandes Noires en 1885 ou de l'arrestation de Monod en 1887, montre que le mouvement est loin de n'être qu'un agrégat de groupes « repliés sur eux-même ».


Notes

1 Voir l'ensemble des travaux de Vivien Bouhey et notamment sa thèse les anarchistes contre la République.

2 Voir J. Maitron, Le Mouvement anarchiste en France.1, des origines à 1914, Paris, Gallimard, 1992.

3 Ibid, p151-182

4 Ibid, p162.

5 TARTAKOWSKY Danielle, «Compte rendu de Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la République [...]» publié dans www.histoire-politique.fr, le 22/10/2009.

6 AD/M283 : Rapport de la gendarmerie de Montceau-les-Mines transmis au préfet de Saône-et-Loire – 7 août 1789.

7 Voir J. Maitron, op.cit., p160 – déclaration de Léonce Chagot lors du premier procès des « Bandes Noires ».

8 Jean-Baptiste Dumay (1841-1926). Originaire du Creusot. Dès 19 ans, son militantisme le fait renvoyer des usines Schneider. Il ne revient dans sa ville natale qu'en 1868 et devient animateur du comité républicain local. Militant de l'Internationale, il doit s'exiler en Suisse en 1871 après avoir été élu maire de l'éphémère Commune du Creusot.

9 François Juillet (1857-?) Originaire de Montceau-les-Mines où il devient ouvrier mineur. Il s'implique rapidement dans la lutte contre Chagot via la création de chambres syndicales au côté de Dumay. Il est condamné lors du premier procès des bandes noires en 1882. Dès sa sortie de prison en décembre 1883, il se rapproche des milieux libertaires.

10 Antoine Bonnot (1848-?) Originaire de Montceau-les-Mines où il est ouvrier forgeron. Militant syndicaliste et possibiliste sincère, il se lie d'amitié avec Dumay dont il devient le «lieutenant» lors de la création des chambres syndicales. Il réussit à prouver son innocence lors du premier procès des bandes noires. Il continue alors la lutte en présentant une liste socialiste aux élections municipales de 1884.

11 Citation issue de l'introduction d'un exemplaire d'un livret d'adhérent à la chambre syndicale du Creusot, retrouvé in AD/M283.

12 François Juillet est probablement déjà en contact avec François Monod, «l'anarchiste dijonnais», dès le début des années 1880.

13 Résolution du congrès de Londres cité par J.Maitron op.cit., p114.

14 Pièce à conviction citée lors du procès de Châlon-sur-Saône in BATAILLE Alain, Causes criminelles et mondaines 1882, E. Dentu, 1883.

15 Voir aussi A Bataille, Causes criminelles et mondaines 1882, E.Dentu, 1883.

16 Voir l'ensemble des rapports du lieutenant de gendarmerie Mouthe conservé in AD/M283.

17 Gueslaff (1867-?) Probablement originaire de Montceau-les-Mines où il travail comme manouvrier.

18 Claude Brenin (1851-?) Il est originaire de Montceau-les-Mines où il est ouvrier mineur. Agent provocateur à la solde du commissaire Thévenin, il contribue à organiser l'attentat orchestré par la police pour prendre la bande en flagrant délit.

19 Cottin (1866-?) Dès 1881, il est répertorié à maintes reprises comme secrétaire de la chambre syndicale du Creusot et donc potentiellement proche de Dumay. Après les troubles de 1882, il s'exil à Paris où il participe à la manifestation de la place de la Bourse. De retour dans le bassin minier, il devient un des hommes importants du groupe anarchiste de Montceau-les-Mines à partir de 1883.

20 Royer (1842-?). Il est armurier-coutelier à Montceau-les-Mines. Il aurait contribué à armer les émeutiers de 1882. Les anarchistes se réunissent souvent chez lui dans les années 1884-1885, notamment pour obtenir de la propagande et des journaux comme Terre et Liberté et Le Révolté.

21 Michaud Pierre (1851-1887). Il est ouvrier au Creusot. Arrêté à la suite de l'émeute d'août 1882, il est impliqué dans le procès des 66 en 1883. Condamné à une légère peine de prison, il rentre au Creusot probablement à la fin de l'année 1883. Il devient alors un des principaux meneurs anarchiste jusqu'à sa mort en 1887.

22 Voir E. Fureix, «Banques et enterrements» in Becker (dir.) et Candar(dir.), L'histoire des gauches en France, Paris, la découverte, 2004.

23 AD/M283 : Rapport du commissaire spécial du Creusot au Préfet de Saône-et-Loire – 21 septembre 1882.

24 AD/M284 : Rapport du commissaire de police d' Epinac au sous-préfet d'Autun – 4 juin 1885. Epinac est situé à plus de 50km de Montceau-les-Mines et ce document est loin d'être le seul rapport d'un commissariat local qui semble s'inquiéter de voir des «affiliés de la bande noire» dans sa localité.

25 Voir Roger Marchandeau, «Les bandes... op.cit, p105.

26 Danielle Tartakowsky, op.cit.

27 Il semble que c'est le nom choisit par les affiliés de la toute première société secrète de 1878 (ou première bande noire).

28 Philippe Vitteaux (1845-1899). Charron à Blanzy, il s'implique dans les chambres syndicales de Jean-Baptiste Dumay dès 1881. Probablement tenté un temps par l'anarchisme, il se tourne définitivement vers le possibilisme après le deuxième procès des bandes noires. Il contribuera d'ailleurs à l'organisation d'une tournée de conférence de son vieil ami Jean-Baptiste Dumay en Saône-et-Loire en septembre 1890.

29 AD/M284 : Rapport du commissaire spécial du Creusot au préfet – 8 Janvier 1885.

30 Voir V. Duclert, La République imaginée 1870-1914, Paris, Belin, 2010.

31 François Monod, dit «L'Anarchiste dijonnais» (1849-1907). Brocanteur et propagandiste anarchiste. Fondateur du premier groupe d'études sociales de Dijon, il devient anarchiste au début des années 1880. Le rôle de cet homme est ensuite fondamental dans l'animation du mouvement anarchiste à l'échelle régionale.

32 AN/F712526 : Voir copie de la lettre de «Guillaume», probablement un affilié des bandes noires à François Juillet, 1882.

33 Toussaint Bordat (1854-?). Ouvrier tisseur Lyonnais. D'abord socialiste, il est élu en 1878 à la commission de propagande du Parti ouvrier socialiste (Fédération de l'Est). En 1880, il représente les Lyonnais au congrès du Havre qui adopte un programme marxiste. En désaccord avec les guesdistes qu'il accuse de «suffragisme», il s'oriente vers l'anarchisme dès 1881. Il crée alors une fédération révolutionnaire Lyonnaise qui rassemble les anarchiste de Lyon et des environs. Il devient alors un acteur fondamental du mouvement anarchiste locale et régionale dans les années 1880 malgré son incarcération de 1883 à 1886 à la suite du procès des 66.

34 AN/F712526 : Rapport d'un mouchard, daté seulement de «1882».

35 D'après les annexes de E.M GERMAIN, Le mouvement anarchiste en Saône-et-Loire, mém. maît. hist.cont. Univ. de Bourgogne, 2010.

36 Gaetano Manfredonia, Anarchisme et changement social, Lyon, Atelier de création libertaire, 2007.

37 Le Révolté n°14, 16 septembre 1882.

38 idem.

39 Le Révolté n°17, 28sept-11oct 1884.

40 Voir T. Bouchet, « Les sociétés secrètes pendant la monarchie censitaire » in BECKER J-J (dir.) et CANDAR G. (dir.), Histoire des gauches en France T1 : l'héritage du XIXe siècle, Paris, La Découverte, 2004.

41 AD/M283 : Rapport du mouchard «Siméon, mineur à Montceau-les-Mines». - Probablement 1879.

42 AD/M283 : Rapport du sous-préfet de Chalon-sur-Saône au Préfet – 23 août 1879.

43 T. Bouchet, op.cit, p161.

44 AD/M283 : Rapport du sous commande de gendarmerie de Montceau-les-Mines à son commandant – 9 août 1879.

45 V. Bouhey, « Le mouvement anarchiste à travers les sources policières de 1880 à 1914. » (http://raforum.infospip.php?article6176).

46 AD/M284 : Rapport du commissaire spécial au préfet – 5 mai 1885.

47 Voir Léo Campion., Le Drapeau noir, l'équerre et le compas, Édition Alternative Libertaire, 1969.

48 Vivien Bouhey, «Le Mouvement anarchiste à travers les sources policières, l'exemple de la Côte d'Or» (http://raforum.infospip.php?article6176)

49 Ibid. et M. Moreau, Le mouvement anarchiste dijonnais, mém. de maitrise en hist.cont., Univ. de Bourgogne, 1994.

50 Voir V. Bouhey, op.cit.

51 Voir .E.M. Germain, op.cit.

52 Voir supra.

53 V. Bouhey, op.cit.

54 Voir l'ensemble de AD/M284.

55 Voir AD/M284 : Rapport du commissaire de police du Creusot au préfet – 21 février 1885.

56 Voir V. Bouhey, op.cit.

57 Voir M. Vovelle, La Marseillaise ; la guerre ou la paix, in P. Nora (dir.), Les lieux de mémoire, Tome 1 : La République, Paris : Gallimard, 1997.

58 V. Bouhey, Les anarchistes contre la république, Rennes, PUR, 2008, p36.

59 G. Manfredonia, op.cit., p21 sqq.

60 V. Bouhey, «Le Mouvement anarchiste à travers les sources policières, l'exemple de la Côte d'Or» (http://raforum.infospip.php?article6176)




Saône et Loire, La-Chapelle-au-Mans : l'industrie lourde éolienne en envahisseur


Ce film est dédié avant tout à toutes celles et ceux qui soutiennent et encouragent l'invasion éolienne dans nos territoires, d'une manière ou d'une autre, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique engendré par les émissions de CO2. Oh! Quelle erreur, ça c'était avant. ...

 
 @geneanet.org

Aujourd'hui, nos collectivités et nos élus ne parlent plus uniquement que de  "retombées économiques", véritable "bouffée d'oxygène" ...payées indirectement par l'argent du consommateur/contribuable. 

Depuis cette "bouffée d'oxygène", combien de communes ou de Communauté de communes ont baissé leurs impôts par exemple? Allez cherchez bien!
Et le sauvetage du Climat dans tout ça? Il est passé par pertes et fracas?💀

-Est-ce-que depuis, les fins de mois sont plus faciles pour les Capellimansoises et les Capellimansois?
-Est-ce-que depuis, le village peut s'enorgueillir de l' arrivée de nouveaux habitants? 
-Est-ce-que depuis, des nouveaux commerces ont vu le jour?
-Est-ce-que depuis, les touristes affluent?
-etc.

Vite! des nouvelles...

 

@france3
 

Voir
La chapelle au Mans, février2019 


Pour compléter
La collecte de fonds citoyens
La Chapelle-au-Mans : les premières éoliennes de Saône-et-Loire commencent à être installées
Un reportage France3 avec des témoignages choisis, qui semblent traduire l'ignorance des habitants sur l'aérogénérateur et ses conséquences sanitaire, climatique, écologique et économique. .


php

Paysan tué par les gendarmes : un combat pour la vérité

 Marie Astier (Reporterre)



L’éleveur Jérôme Laronze a été tué de trois balles par un gendarme en mai 2017. L’enquête se poursuit, et la famille a déposé deux nouvelles plaintes pour non-assistance à personne en danger et altération de la scène de crime. Le champ de l’instruction s’élargit et pourrait impliquer d’autres gendarmes.


Voilà plus d’un an, Reporterre vous a raconté comment Jérôme Laronze, un paysan de 37 ans, a été tué par un gendarme le 20 mai 2017 à Sailly, en Saône-et-Loire. Trois balles l’ont atteint, une de côté et deux de dos, alors qu’il s’échappait au volant de sa voiture. Il était recherché depuis le 11 mai 2017 : ce jour-là, l’administration venait lui retirer ses vaches et il avait pris la fuite. Le gendarme a été mis en examen pour violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Comment en est-on arrivé là ? L’histoire tragique de Jérôme Laronze mêle crise agricole et violence policière. Elle questionne, pour le moins, sur l’attitude de l’État et de son administration face à un monde agricole en crise. Reporterre a longuement enquêté sur cette affaire dont voici le deuxième des trois volets.

Hier, nous vous racontions qui était Jérôme Laronze, et le conflit qui l’opposait à l’administration. Dans ce deuxième article, Reporterre fait le point sur l’avancée de l’instruction judiciaire. 


Sailly (Saône-et-Loire), reportage
En mai dernier, un an après la mort de Jérôme Laronze, la famille craignait un non-lieu. Depuis la fin de l’été, Marie-Pierre Laronze, l’une des sœurs de Jérôme, qui en tant qu’avocate suit de près la procédure judiciaire, est plus confiante. « Je pense qu’on va vers un procès », espère-t-elle.
« Je ne serai jamais dénué d’inquiétude », tempère cependant l’avocat de la famille, maître Julien Chauviré. « On tire un écheveau, poursuit-il. On est parti du centre de l’affaire, les coups de feu mortels, et on est en train d’étendre l’enquête à un espace temporel plus large. » Il a ainsi obtenu, en octobre, l’élargissement de l’enquête des juges d’instruction aux faits d’altération de scène de crime.
La famille avait en effet déposé une nouvelle plainte, car l’examen du dossier faisait apparaître plusieurs incohérences. Ainsi, 
six balles ont été tirées par les deux gendarmes qui tentaient d’interpeller le paysan : une par la femme, et cinq par son collègue ; parmi ces balles, trois ont mortellement blessé le paysan. Sauf que, lors des investigations sur la scène de crime, seulement deux « étuis » — c’est-à-dire les douilles qui tombent par terre au moment où la balle part — ont été retrouvés. Quatre manquent à l’appel. 

« Plusieurs éléments matériels relevés n’ont pas été exploités. »
« Pour nous il y a eu un prélèvement des étuis, dit Marie-Pierre Laronze. On veut savoir ce que l’on cherche à nous cacher. » Retrouver l’intégralité des étuis aurait permis de situer plus précisément l’emplacement du gendarme, et notamment de savoir si, comme il l’affirme, il se trouvait sur la trajectoire de la voiture de Jérôme Laronze quand il a commencé à tirer. La famille pense que l’agent était au contraire sur le bas côté, et n’était donc pas en état de légitime défense.
La famille Laronze apporte des éléments afin d’étayer sa version. « Plusieurs éléments matériels relevés n’ont pas été exploités par l’ IRCGN [Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale], déplore Marie-Pierre Laronze. Nous sommes obligés de faire le travail de la justice. » Tout d’abord, les impacts sur la carrosserie de la voiture et dans le corps de la victime sont venus du côté droit et de derrière. Ensuite, les tirs se sont enchaînés en seulement sept secondes. Le gendarme affirme avoir fait plusieurs déplacements dans ce laps de temps : il aurait été d’abord devant la voiture, puis sur le côté et à l’arrière. « Il n’a pas pu faire autant d’aller-retour en si peu de temps, estime Marie-Pierre Laronze. D’ailleurs, les bris de verre retrouvés ne se trouvent pas là où il indique avoir tiré, et sa déposition a évolué, maintenant il ne se souvient plus. » Enfin, dernière preuve apportée par la sœur de l’éleveur, sur les deux étuis retrouvés, l’un était celui de la gendarme, mais l’autre est plus intéressant : il « a été retrouvé en retrait du chemin », poursuit-elle. « Je pense que le gendarme se trouvait là. "



Le chemin où est mort Jérôme Laronze


Pour tenter de trancher, l’avocat avait demandé aux deux juges d’instruction saisies du dossier une nouvelle expertise sur la trajectoire des balles. L’action étant dynamique, « on aurait voulu reconstituer la cinématique des faits, mais le tribunal a jugé que c’était inutile et qu’il ne voyait pas quel expert pourrait le faire, alors que c’est habituel dans les accidents de la circulation », déplore Me Chauviré. Cette demande a donc été rejetée. Le débat sur ce point est reporté à l’éventuel procès. D’ailleurs, l’avocat pense que le débat n’aura pas vraiment lieu sur la question de l’état de légitime défense : « À mon avis, le gendarme n’a jamais été dans ce cas. Après, la loi prévoit des cas où un représentant des forces de l’ordre peut ouvrir le feu hors d’état de légitime défense. Mais si le gendarme était dans cette situation, on peut alors s’étonner de ne pas retrouver les étuis. » Autrement dit, l’avocat suppose que si le gendarme avait ouvert le feu dans un cadre légal, les douilles permettant de connaître son emplacement de tir auraient été retrouvées. 


« Jérôme n’est pas mort immédiatement. Il était dans une mare de sang. »

  • Pour Marie-Pierre Laronze, « on sait que le gendarme ne s’est jamais trouvé face au véhicule. C’est un homicide ». D’autres faits préoccupent la grande sœur, dont elle avait déjà fait part à Reporterre : « Jérôme n’est pas mort immédiatement. Les pompiers sont arrivés 25 minutes après les tirs. Que s’est-il passé pendant ce temps ? Rien. Jérôme était dans une marre de sang. Personne ne l’a extrait de sa voiture ou ne lui a fait de point de compression. À l’arrivée des pompiers, un gendarme a tenté de s’opposer à ce qu’ils l’extraient. » Par ailleurs, la sœur note que les pompiers sont arrivés environ dix minutes après les renforts de gendarmes, pourtant plus éloignés de Sailly. « Cela signifie que la préoccupation était de donner une information pertinente à la hiérarchie plutôt qu’aux pompiers », interprète-t-elle.
La famille a donc également porté plainte pour « omission de porter secours », autrement dit non assistance à personne en danger. Cette deuxième demande n’a pas eu de réponse pour l’instant, mais Me Chauviré est confiant : « On ne manque pas de possibilités. » Le procureur de la République de Mâcon, joint par Reporterre, indique que cette seconde plainte devrait bientôt rejoindre l’instruction.
Cet élargissement de l’instruction à l’altération de la scène de crime va permettre de questionner plus largement l’attitude des forces de l’ordre. Pour l’instant, seul le gendarme auteur des coups de feu est mis en examen. Désormais, la gendarme qui l’accompagnait ainsi que leurs supérieurs rapidement arrivés sur les lieux pourraient également avoir à s’expliquer. L’avocate de la gendarme présente lors de la mort de Jérôme Laronze, jointe par Reporterre, ne semblait pas au courant de cet élargissement de l’instruction et a refusé de s’exprimer. Me Versini, l’avocat du gendarme mis en examen, est par ailleurs resté injoignable, alors qu’il avait auparavant répondu plusieurs fois à Reporterre. En 2017, il avait indiqué que Jérôme Laronze avait « foncé délibérément » sur les deux gendarmes et avait précisé : « Il n’est pas question que mon client serve de lampiste. » 


« Il avait une peur panique que ça finisse mal avec les gendarmes. »

De son côté, Me Chauviré souhaite recontextualiser les trois coups de feu fatals : « Le gendarme qui a tiré était un instrument chauffé à blanc dans les jours qui précédaient. Localement, Jérôme Laronze était devenu l’ennemi public numéro un. Pourquoi vouloir l’interpeller absolument plutôt que de lui envoyer une convocation au tribunal ? » Marie-Noëlle Laronze, qui a parlé avec Jérôme au téléphone pendant les neuf jours de course poursuite, se souvient : « Il avait une peur panique que ça finisse mal avec les gendarmes. »
Les sœurs Laronze s’interrogent plus particulièrement sur le rôle de l’un des supérieurs des deux gendarmes. Il était intervenu lors du contrôle du 11 mai 2017 chez Jérôme Laronze, et avait estimé que l’éleveur le menaçait avec son tracteur. À la suite de cela, « le gendarme avait porté plainte contre Jérôme », indique Marie-Pierre. Et le 20 mai, « il est l’un des premiers à être arrivé sur les lieux, avant même les secours ». Pourquoi tant d’empressement ? « Ce gendarme, en tant que victime, aurait dû lever le pied. On ne peut pas se faire justice soi-même », rappelle Me Chauviré.

 

Marie-Pierre (à gauche) et Marie-Noël Laronze sur les terres familiales reprises par leur frère

Toujours dans cette idée de démêler la pelote, une autre des demandes de la famille a connu une issue positive : les proches de Jérôme Laronze, dont les coordonnées avaient été communiquées aux juges d’instruction l’hiver dernier, ont enfin été entendus à la fin de l’été 2018. L’espoir de la partie civile est que cela permette de rééquilibrer les témoignages sur la personnalité de l’agriculteur, décrit comme possiblement dangereux par les gendarmes, et au contraire pacifique par ses proches.
En revanche, un fil restera difficile à tirer pour l’instant : 
celui des relations de Jérôme Laronze avec l’administration. La constitution de partie civile de la Confédération paysanne, syndicat auquel adhérait Jérôme Laronze — il en avait été porte-parole en Saône-et-Loire —, a été refusée. Le syndicat avait pourtant tenté d’assister Jérôme dans ses relations difficiles avec la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), et mène au niveau national une campagne sur les contrôles en agriculture. « Que leur voix fasse défaut est préjudiciable, regrette l’avocat. Ils auraient pu aider à comprendre les rapports de Jérôme avec l’administration, leur côté absurde, qui fait que, par exemple, on avait interdit à Jérôme de vendre ses bêtes, donc on le privait de revenus, et donc de la possibilité de payer les soins vétérinaires. »
Le rôle de sa relation très tendue avec, en particulier, l’une des contrôleuses de la DDPP aurait pu être analysé. Dans les six pages de ses Chroniques et états d’âmes ruraux, écrites peu avant sa mort, Jérôme Laronze racontait s’être rendu devant le domicile de cette contrôleuse et avoir pensé se suicider à proximité. À la découverte de cette lettre, « elle a déposé plainte, raconte Me Chauviré. Donc après coup, et pour des faits qui n’existent pas ! » Si procès il y a, les témoignages des membres de la Confédération paysanne ayant accompagné l’éleveur pourront apporter des éléments.

Mais cette étape paraît encore lointaine. Les nouvelles plaintes relancent un cycle d’instruction. « On est reparti pour une durée nécessairement longue », indique Me Chauviré.


php

Jérôme Laronze, paysan mort pour avoir dit non à l’agriculture industrielle

Marie Astier (Reporterre)

Commentaire : Luc Jardie (
Paul Meurisse) : " je crois qu'on a besoin d'un homme qui ignore tout des armes dans cette maison inhabitée."
L'Armée des ombres film de Jean-Pierre Melville (1969), adapté du roman homonyme de Joseph Kessel

php




L’éleveur Jérôme Laronze a été tué de trois balles tirées par un gendarme en mai 2017. Il fuyait les représentants d’une administration au service, selon lui, de l’industrialisation de l’agriculture. Ses proches disent qu’il est mort pour ses convictions. Enquête.

Voilà plus d’un an, Reporterre vous a raconté comment Jérôme Laronze, un paysan de 37 ans, a été tué par un gendarme le 20 mai 2017 à Sailly, en Saône-et-Loire. Trois balles l’ont atteint, une de côté et deux de dos, alors qu’il s’échappait au volant de sa voiture. Il était recherché depuis le 11 mai 2017 : ce jour-là, l’administration venait lui retirer ses vaches et il avait pris la fuite. Le gendarme a été mis en examen pour violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Comment en est-on arrivé là ? L’histoire tragique de Jérôme Laronze mêle crise agricole et violence policière. Elle questionne, pour le moins, sur l’attitude de l’État et de son administration face à un monde agricole en crise. Reporterre a longuement enquêté sur cette affaire et vous la présente en trois volets.

Ce premier article fait le portrait de Jérôme Laronze. 


-Sailly (Saône-et-Loire), reportage
Quand ceux qui l’appréciaient évoquent Jérôme Laronze, on comprend qu’il était un homme que l’on n’oublie pas. Grand et costaud, il pouvait impressionner. Son léger accent bourguignon laissait transparaître l’origine paysanne. Pourtant, « il faisait un peu tache dans ce monde rude de l’agriculture, raconte son amie Lydie Laborrier, qu’il avait rencontrée dans un cours de théâtre. On discutait art, culture, musique. Il avait un parler assez riche, c’était son arme. »

C’est d’ailleurs de leurs longues conversations avec lui dont se souviennent ses proches. « On passait des après-midis sur le mur du jardin à parler de littérature, de théâtre, d’Orwell », se souvient sa jeune cousine Lucie Aubœuf, aujourd’hui en prépa littéraire. Avec certains voisins, la discussion partait plutôt sur les greffes dans le verger. Sébastien et Bernard Descaillot, qui tiennent le restaurant du Midi à l’entrée du village de Trivy (Saône-et-Loire), versaient avec lui dans la politique, évoquant le prix du bœuf et les filières agroalimentaires : « Sur l’État, le système, les mots étaient crus mais jamais violents. Ce garçon était tellement tendre et gentil qu’on peut regretter 10.000 fois sa mort », dit le père, Bernard. Il était « toujours prêt à rendre service », rapporte-t-on souvent de Jérôme. La blanquette de veau de ce bon vivant reste dans les mémoires de nombreux convives des repas des pompiers volontaires — dont il faisait partie — et des fêtes paysannes. 




Perchée en haut d’une colline de Saône-et-Loire, surplombant le village de Trivy, la ferme de Jérôme Laronze est désormais gardée par deux jeunes chats, qui tiennent compagnie à un autre Jérôme, le beau-frère. Marié à Marie-Noëlle, l’une des sœurs de Jérôme Laronze, il a accepté le pari de faire revivre la ferme familiale.

Celle-ci est parsemée d’objets fabriqués ou réparés par son ancien propriétaire. Les tracteurs, vieillissants et maintenus en vie par ses soins ; une mosaïque représentant un chat installée en souvenir d’un félin qui aimait le regarder depuis la fenêtre ; le mur du potager entièrement rebâti… Et, surtout, les volets de la maison et de l’étable, d’un bleu ciel éclatant. Jérôme Laronze avait tout poncé et repeint, terminé le chantier peu de temps avant sa mort. Il avait même rendu leur ponceuse aux voisins le jour du contrôle du 11 mai 2017. Comme s’il avait pressenti son destin et voulu tout laisser en ordre. « C’était un humaniste au sens du XVIe siècle, un homme accompli, toujours à la recherche d’authenticité », résume la plus grande de ses sœurs, Martine. Finesse d’analyse, esprit critique acéré et grande sensibilité. Mais le colosse avait des pieds d’argile.


« Il était atypique, il dérangeait. »
Jérôme Laronze est né en 1980 et a presque toujours vécu dans la ferme exploitée par sa famille depuis le XIXe siècle. Petit dernier, il était le seul fils après quatre grandes sœurs. Voulait-il vraiment reprendre l’exploitation familiale ? Il aurait pu être bien autre chose que paysan, s’accordent à dire ceux qui l’ont connu. Ses sœurs, qui ont toutes suivi des études supérieures, ne voulaient pas qu’il se sente obligé. «
Mais, dans le milieu agricole, beaucoup de choses sont implicites. En même temps, un travail indépendant, proche de la nature, lié à l’alimentation, c’était une vocation pour lui », avance Martine. « Peut-être pas dans ce contexte. »

Esprit libre, Jérôme Laronze n’a pas suivi le modèle classique des exploitations agricoles du coin. Il aimait se renseigner, aller à des conférences et, tous les ans, chercher des innovations au Sommet de l’élevage
En plein cœur du pays charolais, il a préféré — comme son père — les limousines brunes, réputées plus résistantes. Il a choisi le « plein air intégral » — il ne rentrait pas les vaches l’hiver — à une époque où cette pratique était marginale. Il a tenté la vente directe. Il faisait des mélanges de plantes dans ses champs plutôt que de la monoculture, prônait l’autonomie plutôt que la dépendance aux intrants — engrais chimiques, semences non reproductibles et pesticides — achetés à prix d’or à la coopérative. Dans les années 2010, il avait converti sa ferme en agriculture biologique.

 
La ferme de Jérôme Laronze

Autant de pratiques dénigrées par les agriculteurs alentour. « Il me disait “tu vois, ils se moquent mais dans quelques années ils feront comme moi”, raconte un proche préférant rester anonyme. Désormais, ils sont trois à avoir des limousines au village, et ont repris certaines techniques de culture. » Jérôme était sans doute jalousé — il avait l’une des plus belles fermes de la commune. « Tout le monde voulait ses hectares, assure Bernard, au restaurant du Midi. Et puis, ils lui en voulaient de ne pas vacciner ses bêtes », ajoute son fils Sébastien. Si Jérôme était loin d’être seul dans la vie — famille et amis sont nombreux —, il détonnait dans le monde agricole local.

Comble de la provocation, il n’adhérait pas au tout-puissant syndicat majoritaire, la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles). Il lui préférait le petit Poucet alternatif, la Confédération paysanne, où il avait pris sa carte en 2014 et dont il avait été nommé co-porte-parole départemental en février 2016. Fort de son aisance orale, Jérôme exposait souvent ses idées en public, comme lors d’une conférence gesticulée à l’occasion de la fête paysanne annuelle du syndicat d’août 2015. « N’allez pas croire que l’objectif de l’industrie alimentaire est de nourrir les gens. C’est le profit », y dénonçait-il. « Ici, les autres éleveurs riaient de ses conférences, témoigne un proche. Il était atypique, il dérangeait. » 


Quand viennent « les gens en armes »
Mais plus le paysan dénonçait le système agricole classique, plus il s’en sentait prisonnier. La ferme ne tournait plus tout à fait rond. L’éleveur délaissait la paperasserie. À quoi bon satisfaire aux exigences d’un système administratif que l’on juge absurde ? En septembre 2014, les agents de l’Agence des services de paiement (ASP) vinrent le contrôler. Ils lui reprochaient de ne pas avoir « notifié » à temps la naissance de 45 bovins. « Les veaux étaient “bouclés” [ils portaient aux oreilles des boucles numérotées], mais ils n’étaient pas déclarés et inscrits dans les registres de l’administration », précise Marie-Pierre, l’une des sœurs de Jérôme.

L’information de ce manque de « traçabilité » fût transmise à la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Au tout début de l’année 2015, elle demanda à l’éleveur, pour prouver la filiation des bêtes, d’effectuer des tests génétiques à ses frais. Jérôme refusa. « Il leur disait que ses veaux avaient déjà des numéros, il suffisait de les reporter sur un registre », explique Marie-Pierre. À partir de ce début d’année 2015, une succession d’actes administratifs a commencé à s’abattre sur le paysan. 


 
Les tracteurs de Jérôme Laronze

« La DDPP me submergera de menaces, de mises en demeure, d’injonctions, d’intimidations et de contrôles sur ma ferme avec, à chaque fois, toujours plus de gens en armes alors que j’ai toujours étais [sic] courtois et jamais menaçant », relate l’éleveur dans ses Chroniques et états d’âmes ruraux, texte de six pages écrit peu avant sa mort. Dans ce témoignage de sa révolte face au système agricole, Jérôme Laronze dénonce « une réglementation dont la genèse est un roman noir à elle seule (farine animale/vache folle) et qui n’évite pas les lasagnes à la viande de cheval ». Il y souligne les contradictions de l’administration. Alors qu’on lui reprochait des vaches non identifiées au nom de la traçabilité, il rappelle que le supermarché local a, «
en juillet 2015, (au plus fort de la crise de l’élevage) fait une promotion sur la viande d’agneau, en arborant au rayon boucherie un ostentatoire panneau de cinq mètres carrés, avec la mention “agneaux de Bourgogne” alors que la viande fraîche était irlandaise et la surgelée néo-zélandaise. » Pour Jérôme, les contrôles pouvaient même être responsables de suicides « très vite étouffés par l’administration et la profession ».

Face au paysan, la réponse de la DDPP ne se fit pas attendre. Dès février 2015, elle lui interdit tout « mouvement » sur l’ensemble du cheptel (et pas seulement les bovins mal identifiés) et lui confisqua les papiers des animaux : l’éleveur ne pouvait plus les vendre. L’administration le menaça ensuite de faire abattre les bêtes non identifiées s’il ne rentrait pas dans le rang. « La sanction était démesurée ! » dénonce la sœur. Les informations récoltées par Reporterre indiquent au moins deux passages des agents à la ferme cette année-là. D’abord, en mars 2015. « L’administration a reproché à Jérôme une opposition à un contrôle, car il n’avait pas mis tout son bétail en contention. Il n’avait été prévenu que 48 heures avant, c’était impossible pour lui tout seul de le faire dans ce délai ! relève encore Marie-Pierre. À l’issue de ce contrôle, ils ont instruit un dossier contre Jérôme. »

Il semble que la DDPP soit revenue en juin 2015. Elle releva alors un taux de mortalité élevé — deux carcasses dans les champs de jeunes bovins considérés comme mal nourris, selon le Journal de Saône-et-Loire. Le quotidien relatait en avril 2016 le procès qui suivit, et qui se tint en l’absence de Jérôme. Le journal évoquait « un éleveur de Trivy » condamné à 5.000 euros d’amende et à trois mois de prison avec sursis. « J’avais découpé l’article, se souvient Lucie, la cousine de Jérôme. Il y avait l’idée qu’à la ferme, ça se passait pas top, mais c’était abstrait. » 


Silence de Jérôme, fracas des animaux
À la suite des mesures de l’administration, Jérôme commença à délaisser les vaches en sursis. « Il devait les garder à l’étable, car l’administration pouvait à tout moment venir les chercher pour les abattre. Cette idée lui était insupportable », raconte Marie-Pierre. L’autre partie du cheptel était en bon état mais certains actes obligatoires de surveillance vétérinaire n’étaient pas effectués, ou alors en retard. Le blocage de l’ensemble des bêtes rendait l’entretien du troupeau plus difficile. Il entraîna naturellement une augmentation du cheptel [1] alors qu’il n’y avait plus les rentrées financières permettant de payer les actes vétérinaires ou de compléter les stocks de fourrage, insuffisants en raison de la sécheresse.

Ses collègues de la Confédération paysanne s’inquiétèrent au printemps 2016. La fille de l’un des adhérents, Bernard Taton, vacataire à la DDPP, avait vu le nom de Jérôme en rouge sur le tableau des agriculteurs à contrôler. « On s’était dit que la première chose à faire était d’aller lui demander sa version », se souvient Agnès Vaillant, salariée du syndicat en Saône-et-Loire. Ils y allèrent avec Bernard, mais repartirent sans réponse. 


 
Les vaches de Jérôme, qui élevait des limousines plutôt que des charolaises, car réputées plus rustiques

Jérôme ne parlait pas de ses problèmes. Et l’administration poursuivait sa logique. Elle revint donc, le 6 juin 2016, « avec encore davantage de gens en armes, qui m’encerclèrent immédiatement », raconte-t-il dans ses chroniques. De nouveau, il n’avait pas eu le temps de rassembler les animaux. Les agents de la DDPP durent, pour les recenser, aller dans les pâtures. « Arrivant dans un pré où paissaient plus de vingt bovins, les agents de la DDPP eurent fantaisie de les serrer à l’angle d’une clôture en barbelé et d’un ruisseau puis, ont débuté la vocifération du matricule des animaux, qui, eux même [sic] paniqués par la meute hurlante, se sont précipités dans le ruisseau avec un fracas extraordinaire. » Cinq bovins moururent des suites de l’incident, déplorait le paysan.

Au même moment, la Confédération paysanne entrait en contact avec la DDPP, qui lui livrait une autre version. « L’agent que j’ai eu au téléphone m’a raconté que, lors du contrôle du 6 juin, Jérôme n’avait parqué aucune bête et qu’il fallait absolument le terminer, sinon ça se passerait mal, se souvient Agnès Vaillant. Mais il ne m’a pas parlé des bêtes mortes. » Voulant aider, les syndicalistes se rapprochèrent des sœurs Laronze.

Un nouveau contrôle eut lieu le 22 juin 2016. Cette fois-ci, Jérôme n’était pas seul. Marie-Pierre, sa sœur avocate, était présente, ainsi que Marc Grozellier, porte-parole avec Jérôme de la Confédération paysanne départementale, et Agnès Vaillant. Cette dernière fut marquée par la vingtaine de bovins retenus à l’étable depuis plusieurs mois : « Il y avait des bêtes maigres qui avaient une tête disproportionnée par rapport au corps. »

Marie-Pierre, elle, fut révoltée par la présence des gendarmes ; elle en dénombra au moins six – les deux gendarmes locaux, assistés d’au moins quatre hommes en noir du PSIG (Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie). « Ils se tenaient à l’entrée de l’étable, avec leurs fusils mitrailleurs. J’ai dû négocier pour qu’ils quittent les lieux car leur présence créait une grande tension, sur Jérôme et les animaux notamment. » La suite du contrôle se passa sans incident. « On a tout remis à plat, à la fin du contrôle, il ne restait plus que les tests ADN à effectuer », poursuit Agnès. 


Coup de grâce
Tout l’été, Marie-Pierre négocia à coups de courriers avec la DDPP : « À la fin, [la Direction départementale de la protection des populations] a levé la restriction de mouvement et nous a envoyé assez rapidement les passeports des bovins. » Jérôme aurait pu repartir du bon pied… Mais il manquait encore les « cartes vertes » des animaux, nécessaires à la vente. Marie-Pierre chercha l’explication, découvrit qu’une facture était en souffrance auprès de l’organisme chargé de délivrer ces papiers. « Le jour même où j’ai voulu la régler, ils m’expliquaient que c’était trop tard et qu’ils envoyaient quand même l’huissier, se souvient la sœur. Je m’arrachais les cheveux, et Jérôme me répétait que l’administration ne tenait pas sa parole. »

Pour l’éleveur, ce fut le coup de grâce. À partir de l’automne 2016, lors des réunions à la Confédération paysanne, Jérôme Laronze fit part d’un sentiment de persécution et proposa de lancer des actions en partant de son cas.
Mais ses collègues pensaient qu’il devait surtout se concentrer sur sa ferme, s’occuper de lui, et lui demandèrent de quitter le porte-parolat.
Le grand blond s’assombrit. Il était déçu par son syndicat et s’éloignait de sa famille, confia-t-il à certains. Au même moment, il s’intéressait à l’association Terre & Famille, mêlant histoire médiévale, catholicisme et défense du terroir, qui développait un discours sur les paysans accablés par l’administration. Physiquement aussi, Jérôme changeait : il ne taillait plus sa barbe et se rasait les cheveux.

Son seul bol d’air était le théâtre, où il rencontra Lydie. Ses partenaires de répétition ne voyaient toujours que le paysan espiègle et cultivé. « Quand il arrivait au théâtre il avait la pêche, le sourire, personne ne soupçonnait ses problèmes », assure-t-elle.


 
Un paysage de Trivy, le village de Jérôme Laronze

Mais quand il rentrait à la ferme alors qu’il faisait nuit, les ennuis étaient toujours là. Les dernières cartes vertes n’arrivèrent qu’en décembre 2016, bien trop tard. Bernard, le restaurateur, passait parfois : « Les tables étaient couvertes de papiers. » Jérôme n’ouvrait plus ses courriers, ne signalait plus naissances et décès des bovins. Une photo de vache morte dans l’un de ses prés fut envoyée à l’administration. Marie-Noëlle se souvient : « Il m’avait dit : “Je veux qu’ils sentent l’odeur pour qu’ils se disent que quelque chose ne va pas.” »

Pour se défendre, là encore, il fit appel aux mots et confiait, le 2 mai 2017, lors d’une réunion de la Confédération paysanne, qu’il « fai[sait] des écrits ». « Il a dit “ça va péter” », se souvient Agnès Vaillant. Il parlait de ses Chroniques et états d’âmes ruraux.

Le 11 mai 2017, les agents revinrent, encore une fois escortés de force gendarmes. C’était décidé : il fallait lui retirer son cheptel. « Ils étaient munis d’une ordonnance, ce qui signifie que Jérôme n’était pas prévenu », indique Marie-Pierre. L’éleveur les a laissés opérer, puis s’est enfui, craignant probablement une hospitalisation psychiatrique. Il a été poursuivi par la gendarmerie neuf jours durant. En contact avec un journaliste du Journal de Saône-et-Loire pendant cette traque, il lui déclara : « Je ne veux pas me suicider, et je ne me rendrai pas. » « Il m’avait dit : “Ils ne me redonneront jamais mes ‘cartons’ [les documents d’identification des animaux], je ne serai jamais en paix.” » se souvient Marie-Noëlle, qui l’a aussi eu au téléphone pendant cette période. Puis, sur un chemin de terre de la commune de Sailly, à quelques kilomètres de chez lui, trois balles tirées par un gendarme — qui l’ont touché sur le côté et dans le dos — l’ont tué. 


« On l’a fait taire parce qu’il avait une grande gueule. »
«
Le jour de l’enterrement, pas un seul des agriculteurs qui se moquaient de lui n’est venu », disent des amis de l’éleveur. « On nous a demandé des terrains ce jour-là », témoignent les sœurs. Autant à l’Établissement départemental de l’élevage, qui délivre les fameux « cartons » des bovins, que dans les instances dirigeantes départementales de la profession, dominées par la FDSEA, Jérôme n’avait pas beaucoup de soutiens. Peu de temps après sa mort, la FDSEA de Côte-d’Or, département voisin, dévoilait dans un courriel envoyé aux adhérents des éléments sur sa situation personnelle et allait jusqu’à évoquer des « actes de violence ou de menaces » afin de justifier l’attitude des autorités face à l’éleveur. Des accusations vigoureusement démenties par ses proches. Il s’était aussi fait remarquer à la préfecture, en refusant, alors qu’il était chargé du dossier pour la Confédération paysanne de Saône-et-Loire, de signer la charte des contrôles.

Sébastien, qui tient le restaurant du Midi avec son père, Bernard, n’en démord pas : « Sa mort est plus un problème politique qu’un problème d’éleveur. On l’a fait taire parce qu’il avait une grande gueule. » « On l’a abattu en disant qu’il avait la rage, comme un chien », insiste Lydie. Ses sœurs ont la même interprétation : « Le but de l’administration n’était pas dissimulé, ils voulaient l’amener à arrêter son activité », rappelle Martine. « Ils ont commencé en se focalisant sur les pertes de traçabilité ; mais à quel moment cela va-t-il empoisonner quelqu’un ? » interroge Marie-Noëlle. « Par ailleurs, ça bloquait avec la contrôleuse responsable de son dossier, cela devenait une affaire de personnes. Quand un autre agent venait, les procès-verbaux étaient beaucoup plus mesurés. S’ils n’ont pas changé l’interlocuteur, c’est qu’ils ne voulaient pas que les choses s’arrangent. » Marie-Pierre, elle, raconte un événement troublant, qu’elle a appris après la mort de son frère : « En novembre 2016, une gamine du village qui passait souvent chez Jérôme pour voir son cheval a fugué. Elle l’a alors appelé. Le lendemain, une dizaine de gendarmes perquisitionnaient le domicile de mon frère. On l’accusait de tout. » 


 
Bernard Descaillot et son fils Sébastien 

 
Le 20 mai 2017, les coups de feu qui ont tué Jérôme Laronze ont été tirés vers 16 h 30. Sa mort clinique a été déclarée une heure après. Marie-Noëlle, la première à être prévenue dans la famille, a appris le décès aux alentours de 21 heures. Soit quasiment au même moment que le porte-parole national de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, qui l’a appris du ministre de l’Agriculture lui-même. Pourquoi un tel délai et tant de précautions ? « Ils savaient que c’était une bavure », estime le syndicaliste.

La préfecture, sollicitée par Reporterre, ne répond pas en raison de l’instruction judiciaire en cours. Aux yeux de la famille, la justice semble bien lente à rechercher la vérité et les responsabilités. Reporterre fait le point dans un article à paraître demain.

Saône et Loire, Laives : le projet de ZI d'éoliennes dit de "La Vannière"... out!

J.P
juillet 2014

 
Commentaire
: ce dossier exemplaire est la preuve que le « Léviathan »éolien  peut être détruit, lorsque sur un territoire les élus et la population associés disent NON!

En prenant le temps de lire ce dossier, nous approfondissons nos connaissances sur les éoliennes et sur les pratiques des industriels.

Bonne lecture et en avant toutes. 


php


3 documents :

  • Analyse du projet éolien de la Vannière 
  • Une production d'électricité éolienne sur la Vannière ?  
  • Photomontages











































































































































php

FAYL-BILLOT, PIERREMONT-SUR-AMANCE ET PRESSIGNY : NOUVELLE ENQUÊTE PUBLIQUE POUR L' USINE ÉOLIENNE

Épisode précédent : FAYL-BILLOT, PIERREMONT-SUR-AMANCE ET PRESSIGNY : USINE ÉOLIENNE : LES ÉQUIPES DU FABRICANT CHINOIS S' ACTIVENT SUR...