mardi 31 mars 2020

Covid-19 : et soudain, la fragilité des réseaux électriques, boosté à l'éolien, apparait en pleine lumière

"La sécurité de l’approvisionnement électrique est ainsi assurée par des centrales au gaz, au charbon et au fuel et, notamment en France, par des centrales nucléaires. Mais si les unes et les autres sont utilisées de moins en moins souvent, elles sont de moins en moins rentables tout en étant pourtant indispensables."
Une production nucléaire moindre, complément des EnR, solaire et éolien, avec des recettes qui inexorablement baissent et des coûts qui restent fixes et, en même temps, l'obligation d'acheter le prioritaire MWh éolien, 91 €, même et si revendu à perte sur le marché de gros : dans ces conditions, combien de temps EDF et les consommateurs/contribuables peuvent-ils tenir économiquement?  
À vos paris...

VIVE LA SOCIALE!
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Le coronavirus met les réseaux électriques en danger  

 La rédaction
30 mars 2020




Les sociétés modernes, plus particulièrement encore dans des périodes comme celle de la pandémie, sont totalement dépendantes de l’électricité. Pourtant la sécurité des réseaux s’est dégradée avec la part croissante des renouvelables qui par définition sont intermittents. Les gouvernements doivent absolument s’assurer que leurs réseaux électriques peuvent s’appuyer sur des centrales disponibles à tout moment, au gaz ou nucléaire.

Il s’agit d’une véritable mise en garde adressée aux gouvernements. Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), vient de publier un long commentaire sur les premiers enseignements à tirer de la pandémie de coronavirus. Il s’agit d’une critique à peine déguisée des dangers que font courir à la sécurité de l’approvisionnement électrique, encore plus essentielle en cette période, les politiques qui ont privilégié les renouvelables, éolien et solaire, sans en mesurer toutes les conséquences. Les éoliennes et les panneaux solaires fragilisent les réseaux, y compris et paradoxalement en période baisse de la consommation.
«La crise du coronavirus nous rappelle combien le rôle de l’électricité est devenu indispensable dans nos vies. Elle nous montre également comme ce rôle va grandir et évoluer dans les années et les décennies à venir», écrit Fatih Birol. Car la transition énergétique passe à la fois par plus de renouvelables et par plus d’électrification, c’est-à-dire une part toujours plus grande de l’électricité dans la consommation d’énergie.
Fatih Birol met en avant la dépendance croissante des sociétés modernes à l’électricité qu’exacerbe la pandémie. Aujourd’hui, des milliards de personnes sont confinées et des centaines de millions ont recours au télétravail pour poursuivre leur activité, au commerce électronique pour certains achats indispensables et aux plateformes vidéos pour se distraire. Ses services ne pourraient tout simplement pas exister sans une production constante et fiable d’électricité. Elle est tout aussi nécessaire pour faire fonctionner les réfrigérateurs, les machines à laver, les éclairages ampoules… Elle est même critique pour alimenter les hôpitaux, les respirateurs dans les services de réanimation et l’ensemble des équipements qui permettent de soigner les victimes de la pandémie. Enfin, c’est toujours l’électricité qui assure les télécommunications dont certaines sont vitales entre les gouvernements, les citoyens et les systèmes sanitaires. 


Les renouvelables fragilisent les réseaux
Notre vie quotidienne, plus encore en temps de pandémie, dépend des technologies numériques dont la consommation d’énergie, c’est-à-dire d’électricité, ne cesse de grandir. «Dans une telle société, la sécurité électrique est la fondation de la prospérité et de la stabilité, et assurer cette sécurité nécessite un rôle majeur des gouvernements».
Les mesures de confinement, prises aujourd’hui dans la plupart des grands pays, se sont traduites en moyenne par une baisse d’environ 15% de la demande en électricité. Elle est avant tout la conséquence de la fermeture ou du fonctionnement au ralenti des usines, des bureaux et des transports collectifs, trains et métros. Comme le souligne le directeur de l’AIE, «les opérateurs des réseaux électriques doivent constamment balancer en temps réel l’offre et la demande. Les gens pensent généralement que les coupures de courant se produisent quand la demande est supérieure à l’offre. Mais de fait, certains des blackouts récents les plus spectaculaires se sont produits pendant des périodes de faible demande
Cela est notamment lié à l’importance grandissante des renouvelables qui pose de sérieux problèmes à la stabilité du système. Quand l’éolien et le solaire assurent une partie importante de la production électrique, le système doit être capable à tout moment d’activer d’autres moyens de production non intermittents, dits «pilotables». C’est une nécessité quand il n’y a plus de vent et plus de soleil. «Une part importante de vent et de solaire dans la production rend plus difficile le maintien de la stabilité du réseau… Cela illustre la nécessité pour les décideurs politiques d’évaluer soigneusement le potentiel disponible de sources flexibles dans les conditions extrêmes». 


Sans des sources non intermittentes comme le gaz ou le nucléaire, pas de sécurité
La sécurité de l’approvisionnement électrique est ainsi assurée par des centrales au gaz, au charbon et au fuel et, notamment en France, par des centrales nucléaires. Mais si les unes et les autres sont utilisées de moins en moins souvent, elles sont de moins en moins rentables tout en étant pourtant indispensables. C’est également le cas des centrales hydroélectriques. «Les pouvoirs publics doivent mettre en places des marchés qui font une place à différentes sources pour leurs contributions à la sécurité électrique et leur permettent d’avoir des modèles économiques viables», affirme M. Birol.
Il se félicite au passage que les systèmes ne soient pas aujourd’hui soumis à d’autres contraintes, notamment météorologiques extrêmes. «Heureusement pour nos réseaux électriques, la plupart des régions sous un strict confinement ont jusqu’à maintenant échappé à des conditions climatiques extrêmes. Par exemple, une situation en Californie qui combinerait les incendies de l’an dernier et les mesures de confinement serait extrêmement difficile. Les réseaux électriques sont plus vulnérables que les pipelines aux évènements climatiques extrêmes- une considération vitale pour les pouvoirs publics quand ils planifient une part grandissante de l’électricité dans les systèmes énergétiques.»
Cela veut dire que pour renforcer et sécuriser les réseaux, il faut enterrer les lignes pour qu’elles puissent résister aux ouragans, aux inondations, aux incendies et décentraliser des lieux de stockages d’électricité. Sachant que dans ce dernier domaine, celui du stockage de l’électricité renouvelable, les technologies existantes, comme les batteries, ne sont pas aujourd’hui à la hauteur des enjeux.
Le directeur de l’ AIE conclut en mettant en garde les décideurs politiques sur les conséquences de leurs décisions. «La crise que nous traversons aujourd’hui illustre la valeur critique des infrastructures électriques et du savoir-faire pour les gérer… Elle apporte également des éléments vitaux sur l’avenir de l’électricité et ce que les décideurs politiques doivent faire pour assurer que les systèmes de demain restent fiables, même s’ils sont transformés par le développement des technologies propres. Les gouvernements sont à juste titre préoccupés aujourd’hui avant tout par l’urgence sanitaire, mais ils doivent rester vigilants sur la sécurité électrique et sur la sauvegarde d’équipements vitaux…»

EDF, nucléaire : la forteresse assiègée

Combien de temps, dans ces conditions, EDF, la "vache à lait" de l'électricité et les consommateurs/contribuables qui payent toujours à la fin, pourront-ils tenir économiquement?

ZERO EOLIENNE ET BASTA!
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Arenh : la « force majeure » au temps du Covid-19

Jacques Percebois et Boris Solier
parue le 30 mars 2020




Jacques Percebois, professeur émérite à l’Université de Montpellier et chercheur associé à la Chaire Économie du Climat
Boris Solier, maître de Conférences à l’Université de Montpellier et chercheur associé à Art-Dev et à la Chaire Économie du Climat

Certains fournisseurs alternatifs, qui ont souscrit un volume d’ ARENH à 42 €/MWh demandent que s’applique aujourd’hui la clause dite de « force majeure » , leur permettant ainsi de bénéficier entre autres d’un report, d'un étalement voire d’une annulation du paiement de leurs factures et ce, sans pénalités, au motif que le prix sur le marché de gros de l’électricité se situe aux alentours de 20 à 30 €/MWh en raison de la chute des prix liée au coronavirus. En vertu de la théorie de l’imprévision, l’application de la clause de force majeure exonère en effet les signataires de leurs engagements.
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) semble avoir refusé cette demande, considérant que les conditions de la force majeure ne sont pas réunies(1). Elle laisse toutefois la porte entrouverte : des délais de paiement peuvent être accordés et certains fournisseurs alternatifs pourraient au coup par coup invoquer la clause en cas de situation financière exceptionnellement dégradée.
Rappelons que le volume d’ ARENH représente de l’ordre de 60% des approvisionnements des fournisseurs alternatifs(2). S’il est saisi, c’est le juge qui in fine décidera si la clause de force majeure s’applique ou non (car la délibération de la CRE en date du 26 mars peut donner lieu à saisine du juge).

Les « 3 i »
Pour la jurisprudence, la clause de force majeure s’applique en général si trois conditions sont simultanément réunies : 

  • l’indépendance, 
  • l’imprévisibilité, 
  • l’irrésistibilité. 
Cette chute des prix est certes indépendante de la volonté des fournisseurs alternatifs ; elle peut à certains égards être considérée comme irrésistible car ces alternatifs ne peuvent pas faire grand-chose pour y remédier. Elle était en revanche prévisible en ce sens que cela est déjà arrivé dans le passé : les prix de gros ont souvent été très faibles, voire négatifs. Tout intervenant sur le marché de gros sait que le prix peut être durablement bas.
La nouveauté, c’est que cela pourrait durer très longtemps et c’est ce facteur qui est spécifique à la situation présente. On objectera aussi que l’imprévisibilité ne porte pas sur le prix mais sur la quantité souscrite. Personne ne pouvait prévoir un effondrement de la demande d’électricité liée à une chute de l’activité économique. C’est vrai mais cela ne fait-il pas partie de la gestion des risques ? Dans un marché libéralisé, les clients peuvent changer de fournisseur et, à titre d’exemple, EDF perd chaque année des centaines de milliers de clients… À cela s’ajoute le fait qu’EDF aussi est concernée par la chute de la demande d’électricité donc de sa production.

La réciprocité
Dans le passé récent, en 2016 par exemple, lorsque les prix de gros étaient bas, en tout cas inférieurs pendant plusieurs mois au prix de 42 €/MWh, la demande d’ ARENH a été nulle. EDF a alors dû écouler à un prix de gros déprécié un volume d’ ARENH que l’entreprise aurait pu vendre au prix régulé de 42 €/MWh, les alternatifs ne sont pas obligés de souscrire un volume d’ ARENH car c’est une option « gratuite ». Il y eut pour l’entreprise un manque à gagner important et elle n’avait alors pas fait jouer la clause de force majeure. La situation actuelle est donc symétrique.
Les fournisseurs alternatifs ont demandé l’an dernier de pouvoir bénéficier d’un volume annuel d’ ARENH plus grand, 147 TWh au lieu de 100 TWh. EDF n’y était pas favorable, du moins à ce prix, d’autant que la production nucléaire est plutôt amenée à baisser dans le futur. Heureusement pour ces alternatifs que le statu quo a prévalu et que le prix n’a pas augmenté en échange d’un relèvement du plafond de l’ ARENH.

Le corridor
Un projet gouvernemental que nous avons analysé dans une récente note consiste à supprimer le système actuel d’ ARENH et à le remplacer par un « corridor » de prix. Tout le nucléaire serait vendu au prix du marché de gros par « EDF producteur » et tous les fournisseurs, « EDF fournisseur » compris « se sourceraient » sur le marché à terme dont le prix serait néanmoins encadré par deux bornes. Il y aurait un prix plafond et un prix plancher, avec comme principe : si le prix du marché dépasse le prix plafond, « EDF producteur » a l’obligation de verser ex post la différence à ses acheteurs ; si le prix du marché est inférieur au prix plancher, ce sont les fournisseurs qui cette fois reversent la différence à EDF. La largeur du corridor serait de 6 €/MWh selon ce projet.
Nous avons montré dans un précédent article, sur la base des observations des prix de gros de la période 2015-2019, ce que semble corroborer la situation présente :
- que la largeur de 6 €/MWh pour le corridor est insuffisante car le prix du marché risque d’être souvent inférieur au prix plancher ; il peut être parfois supérieur mais se situe plus rarement à l’intérieur du corridor, « le serpent sort facilement du tunnel ». Cela donnerait lieu à de multiples compensations financières ex post entre « EDF producteur » et les fournisseurs alternatifs ;
- que les fournisseurs alternatifs ont souvent intérêt à acheter leur électricité directement sur le marché spot plutôt que de réserver de volumes d’ ARENH. Avec le nouveau système, les fournisseurs conserveraient sans doute la possibilité de s’approvisionner sur le marché spot indépendamment de l’ ARENH mais l’électricité nucléaire serait vendue via des contrats à terme mis sur le marché 24 mois avant l’année de livraison ;
- qu’un système de corridor couvrant la totalité de la production nucléaire peut être plus avantageux pour les alternatifs que le mécanisme d’ ARENH à prix fixe revalorisé au-delà de 42 €/MWh ;
- qu’il est important pour EDF d’avoir un prix plancher qui couvre tous les coûts présents et futurs du nucléaire. La sauvegarde de cet outil de production est vitale pour l’économie française à un moment où il va falloir réfléchir à des politiques volontaristes de relance économique.

Il est trop tôt pour anticiper les conséquences de la situation actuelle qui dépendront notamment de la durée de l’épidémie. Quel sera le rôle du marché demain ? Que deviendront les producteurs et fournisseurs qui auront eu à faire face à des « coûts échoués » importants ? Faut-il revenir à plus de régulation ou au contraire supprimer tout simplement l’ ARENH ?






Sources / Notes

1.Délibération n°2020-071 de la Commission de régulation de l’énergie portant communication sur les mesures en faveur des fournisseurs prenant en compte des effets de la crise sanitaire sur les marchés d’électricité et de gaz naturel.
2. Ibid.

lundi 30 mars 2020

Pologne, énergie : le piège chinois des EnR pour l' Union européenne

Le Secrétaire d'État au ministère de l'Énergie en Pologne, président de la COP 24, Michal Kurtyka,  met en évidence le piège des EnR et renforce en creux... l'intérêt du nucléaire. Michal Kurtyka est un scientifique, diplômé de l’École polytechnique. Ceci explique peut-être cela?


Poland, Monday, Dec. 3, 2018. Peter Klaunzer/Keystone via AP 
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La dépendance de l'énergie verte à l'égard de la Chine incite la Pologne à solliciter l'action de l'UE
Ewa Krukowska
26/03/2020
  • Une pandémie montre le risque de dépendance des énergies renouvelables vis-à-vis des importations 
  • La situation va très probablement s'aggraver, déclare le gouvernement polonais à l'UE
La Pologne a appelé l'Union européenne à prendre des mesures d'urgence pour garantir les investissements dans des projets verts qu'elle considère comme trop dépendants des marchandises importées de Chine, un risque mis en évidence par les verrouillages aux frontières pour lutter contre le coronavirus.
Ces derniers jours, les investisseurs ont signalé des retards possibles affectant des projets qui sont essentiels à la transition de ce pays d'Europe de l'Est vers une énergie plus propre, a déclaré le ministre du climat Michal Kurtyka aux hauts responsables politiques de l'UE dans une lettre vue par Bloomberg News. Selon le gouvernement de Varsovie, l'Europe doit prendre des mesures immédiates pour protéger les investissements et développer sa propre chaîne d'approvisionnement en énergie renouvelable.
"Le secteur mondial des énergies renouvelables est très dépendant des importations en provenance de Chine, qui a été la première à connaître l'épidémie", a déclaré M. Kurtyka dans la lettre. "Cela a retardé les expéditions vers l'Europe et affectera davantage les installations de production dans les mois à venir. Jusqu'à présent, le solaire et l'éolien ont été touchés, mais étant donné l'importance de l'économie chinoise dans la chaîne d'approvisionnement mondiale, on ne peut exclure un impact négatif sur d'autres technologies énergétiques clés".

Les énergies renouvelables sont au cœur de la stratégie sans précédent de l'UE en matière de pacte vert, qui vise à faire du monde le premier continent neutre sur le plan climatique d'ici le milieu de ce siècle. L'épidémie de coronavirus devant entraîner le bloc des 27 pays dans une profonde récession, on craint de plus en plus que la transition propre ne soit reléguée au second plan dans l'agenda politique, les gouvernements détournant les financements vers des questions de santé plus urgentes.
Pour éviter une crise économique totale, la Commission européenne prépare un "Fonds d'investissement Corona" de 37 milliards d'euros, 40 milliards de dollars,  qui utiliserait les fonds disponibles du budget de l'UE pour aider les entreprises, les systèmes de santé et les secteurs dans le besoin.
"L'Europe étant désormais au centre de la pandémie, la situation va très probablement même se détériorer au cours des prochains mois et affectera également d'autres secteurs soutenant directement les investissements dans l'énergie, tels que la production, les transports, la construction ainsi que le secteur financier", a déclaré M. Kurtyka dans la lettre.


Pour atténuer l'impact de la crise, la Pologne a demandé à l'UE d'y réfléchir :

  • des mécanismes ad hoc pour garantir les investissements actuels dans le secteur de l'énergie.
  •  "Mesures de protection et de stimulation" pour développer une chaîne d'approvisionnement européenne qui fournirait des composants pour les projets nécessaires à la transition vers l'énergie propre. 
  • Des instruments pour soutenir l'intégration d'une part croissante des énergies renouvelables et du stockage de l'énergie.
M. Kurtyka a également averti qu'un ralentissement économique pourrait avoir un impact négatif sur les objectifs de l'UE en matière de climat et d'énergie pour cette décennie. L'objectif actuel est de tirer 32 % de l'énergie des énergies renouvelables d'ici 2030, un objectif que les décideurs politiques de l'UE ont signalé comme pouvant être resserré dans le cadre du "Green Deal".

"Notre objectif devrait être de construire une industrie européenne forte à zéro émission, ce qui, à long terme, contribuera à diversifier nos importations et donc à améliorer notre sécurité d'approvisionnement", a-t-il déclaré. "Nos efforts devraient donc viser à réduire le risque de faire face à des situations similaires à l'avenir et à renforcer la résilience de nos économies et de nos chaînes d'approvisionnement".

dimanche 29 mars 2020

Covid-19 : l'Etat fait la "guerre" sans solliciter ses troupes industrielles

Peut-on imaginer un seul instant, le sélectionneur de l'équipe de France de football se priver VOLONTAIREMENT de ses joueurs majeurs pour aborder la finale de la Coupe du monde? Et pourtant, c'est, apparemment, bien le choix fait par le club de la start-up nation France.
Va comprendre, Charles.

Lire sur le même sujet 
https://www.euractiv.fr/section/economie/news/la-pandemie-a-mis-un-coup-darret-violent-a-leconomie-francaise/

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Crise sanitaire et économique : les industriels français mis sur la touche ?
Loïk Le Floch-Prigent
 Le gouvernement aurait pu orchestrer une politique industrielle destinée à ne pas accepter la pénurie. Mais les industriels français n’ont pas été sollicités. On n’a pas engagé l’industrie française dans la poursuite raisonnée de la production.


Industry by John Dierckx(CC BY-NC 2.0) — John Dierckx, CC-BY

Quelques semaines, et même quelques jours ont suffi pour balayer les certitudes des responsables politiques et de leurs commentateurs attitrés. Que reste-t-il du pays marchant résolument vers des réformes audacieuses qui allaient entrouvrir les portes du redressement ? Plus rien !

L’Europe, elle, baignait dans un climat d’euphorie où l’on prévoyait de casser la tire- lire pour « sauver le climat » avec un engagement au chiffrage démentiel pour aller vers le zéro carbone. Les entreprises avaient beau tirer la sonnette d’alarme et plaider pour un peu de mesure, rien n’y faisait, la Commission se sentait poussée par les citoyens pour exiger des résultats toujours plus rapides.
Un virus en Chine auquel personne n’a cru au départ est venu faire de notre continent le second frappé et pour certains pays le choc a été rude, leurs systèmes de santé n’étant pas préparés à une telle attaque frontale. Les mesures sociétales conduisant au confinement de la population ont été prises dans la précipitation et leurs conséquences économiques mal appréciées. Nous assistons donc aujourd’hui à un certain désordre, national, européen et planétaire dont il faudra bien sortir un jour, mais quand ?
On tirera encore beaucoup d’enseignements de cette période troublée originale que nous sommes tous en train de vivre mais je souhaite mettre en exergue l’importance du tissu industriel pour à la fois traiter une crise et ensuite en sortir.

Le point central étant la santé des 65 millions de Français, la mesure choc choisie a été de confiner en choisissant une terminologie audacieuse « quoi qu’il en coûte ». On apercevait deux idées phares, celle d’un télétravail permettant le maintien à domicile de huit millions de travailleurs et la procédure de chômage partiel conduisant à l’arrêt des usines aux salariés indemnisés à 84 % par les impôts.
Double méprise, le télétravail ne produit rien, à part l’organisation de la bureaucratie, et l’arrêt des usines est celle de l’économie et coûte environ 150 milliards d’euros par mois. Le pays n’a pas les moyens de cette politique. Il a donc fallu rétropédaler en urgence et demander aux entreprises de rouvrir et de produire !
Le mal était fait, et les organisations de travailleurs ont demandé des systèmes de protection analogues à ceux demandés par le personnel des hôpitaux : tests, masques, lunettes, vêtements, gels… Comme on le sait depuis début janvier notre pays ne dispose ni des produits, ni des fabrications, il était donc impossible de répondre favorablement aux demandes précises formulées et le travail en usine ou en atelier a donc varié d’un endroit à l’autre, d’une organisation à l’autre, d’un patron à l’autre.
Cependant la défaillance de tel fournisseur ou de tel client pouvait précipiter un arrêt non désiré, l’interdépendance du tissu industriel apparaissant au grand jour, les intellectuels qui avaient précipité le « restez chez vous » se sont retrouvés atterrés devant le résultat de leur brillant mot d’ordre : en une semaine ils ont mis le pays par terre et les quelques milliards envisagés sont devenus plusieurs centaines… un abîme s’ouvrait sous leurs pieds, la profondeur du trou était abyssale .
On part du médecin, de l’hôpital, on écoute les épidémiologistes qui calculent les risques à concentrer sur une courte période des malades nécessitant une réanimation puisque le virus attaque les poumons, et il apparait qu’il sera impossible d’accueillir en même temps autant de demandeurs de ventilation artificielle. C’est à partir de cette hypothèse qu’a été bâtie la politique choisie.

Comme je l’explique depuis deux mois, on aurait dû tester et confiner seulement les populations à risques, puis investir lourdement dans les respirateurs et les masques, et enfin tester, c’est-à-dire orchestrer une politique industrielle destinée à ne pas accepter la pénurie.
Mais aucun industriel n’a été en position de responsabilité, et même les cliniques privées ont eu le sentiment d’être tenues à l’écart des analyses et des décisions. Donc, non seulement l’industrie française n’a pas été engagée dans la poursuite raisonnée de la production, mais encore il ne lui a pas été demandé ce qui pouvait permettre de répondre aux exigences de santé des Français. C’est le drame que nous vivons aujourd’hui, en plus de celui des malades et des soignants qui se sentent abandonnés.
Force est de constater que malgré la communication hésitante de ces deux dernières semaines le secteur productif a tenu, pas en intégralité, mais l’essentiel, l’agriculture, les industries agroalimentaires, la logistique de transport et de distribution, la chimie, la mécanique, la métallurgie, la maintenance, les pièces détachées pour maintenir le matériel en fonctionnement. Le pays ne s’est pas mis entièrement au chômage partiel rémunéré et ceci essentiellement grâce à des entrepreneurs et leur personnel ayant préféré leur outil de travail à toutes les promesses. C’est la richesse à partir de laquelle le pays a tenu, c’est aussi le gage de ce qui peut être un rétablissement et un renouveau.

La période de vingt années qui a précédé avec les incitations à la concurrence effrénée et donc à la délocalisation va laisser des traces indélébiles. La dépendance à l’égard de l’argent étranger pour la propriété des grandes entreprises et à l’égard de la Chine pour une partie des produits indispensables à notre fonctionnement a été bien comprise par la population qui a touché du doigt que le potentiel réel du pays résidait dans ses entreprises, leur inventivité et leur dynamique.
Notre souveraineté scientifique, technique et industrielle n’a jamais paru aussi indispensable que lorsque l’on a compris que nous pouvions manquer pendant de longues semaines de produits aussi banals que des masques, mais aussi des élastiques pour masques ou de cotons-tiges pour les tests. Ce sont ces entreprises de production ou liées à la production qui tiennent aujourd’hui le pays en état de fonctionner et ce sont elles qui essaient de s’organiser pour que tout reparte dans les meilleurs délais.
Mais il conviendra de les écouter lorsqu’elles diront combien les normes, les procédures et les contrôles qu’elles subissent sont contre-productifs. Après avoir entendu et lu que des subventions allaient leur permettre de survivre quoi qu’il arrive, on leur a signifié que c’était plutôt les banques qui allaient leur octroyer des prêts de confort, et maintenant chaque établissement bancaire présente sa vision des choses… et ses délais.

On peut vérifier ainsi que la bureaucratie reprend vite ses droits et que l’on oublie vite où nous a mené l’abus du formulaire et de la procédure. La richesse du pays repose sur ses entreprises qui continuent à produire.

Suède, électricité : les sociétés d'éoliennes au bord du KO financier appellent à l'aide

L'association Les vues imprenables ne cesse de démontrer lors de chaque participation à une commission d'enquête combien les charges d'exploitation, dont les frais de maintenance préventifs et curatifs, sont largement sous estimés, au contraire du facteur de charge, de la production et du chiffre d'affaires qui, eux, sont copieusement surestimés  Mais cette anomalie comptable n' a jamais, jusqu'à preuve du contraire, déclenchée une quelconque vérification de sa véracité par les autorités publiques en charge du dossier, du commissaire enquêteur jusqu'au préfet. Circulez, il n'y a rien à voir!

Et pendant que la Suède confirme le fiasco climatique et financier de l'éolien, déjà constaté en Allemagne, la ministre de la Transition écologique et solidaire persiste et signe : 
"Lorsqu’on parle de « l’après » crise, il faut faire preuve d’humilité et prendre le temps du diagnostic. Mais il est évident que la transition écologique et solidaire doit être au cœur de la sortie de crise."
La conscience c'est ça l'important.

ZERO EOLIENNE ET BASTA

VIVE LA SOCIALE! 
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La durée de vie des éoliennes est largement surestimée
Simon Matthis
26/02/2020

De nombreuses jeunes entreprises investissant dans l'éolien sont au bord du dépôt de bilan. Certaines ont déjà fait faillite et pour nombre d'entre elles, la survie dépendra des aides d'État.

Les raisons sont multiples, mais l'une des plus importantes concerne les coûts d'exploitation et de maintenance. Les investisseurs qui ont investi beaucoup d'argent dans l'énergie éolienne avaient, auparavant, fait leur business plan avec des coûts de maintenance... minimisés. Une éolienne pouvant fonctionner sans trop d'entretien et ce, pendant de nombreuses années, pensait-on. Mais la dure réalité leur est apparue.
De plus, la durée de vie des aérogénérateurs a été... surestimée. La durée de vie moyenne serait de 10 à 15 ans, selon l'Association suédoise de l'énergie éolienne. Et le coût de son remplacement est presque aussi cher qu'une nouvelle implantation, selon l'association professionnelle.
L'Association suédoise de l'énergie éolienne tire maintenant la sonnette d'alarme et écrit que les faibles revenus de la vente d'électricité et de certificats ne couvrent même plus, aujourd'hui, les coûts d'exploitation et d'entretien des éoliennes.Les plaignantes sont
surtout de sociétés, type start-ups, récemment crées qui ont investi dans le vent au mauvais moment lorsque les éoliennes étaient les plus chères, et le prix de l'électricité et des certificats étaient les plus élevés. Mais ce ne sont plus les seules à s'alarmer. Maintenant, les propriétaires de parcs éoliens plus anciens commencent également à éprouver des difficultés financières, souligne la Swedish Wind Power Association.

Une autre raison expliquant pourquoi ce vent mauvais pour les entreprises d'éoliennes est le système de soutien suédois avec ses certificats d'électricité. Celui-ci implique trop de variables incertains  déclare l'une des entreprises qui a récemment fait faillite, Sörgårdsvind AB : "il n'est pas possible de faire un calcul de liquidité même trois mois à l'avance. Ce risque est trop élevé dans le système de soutien suédois", a déclaré Rickard Edvardsson, à la Swedish Wind Power Association.

samedi 28 mars 2020

Afrique subsaharienne et électricité : la lueur au bout du tunnel

Géopolitique de l' Electricité
Mars 2020


Plus d'un demi-milliard d'êtres humains restent privés d'électricité en Afrique Subsaharienne. La majorité de leurs écoles et de leurs centres de santé n'en dispose pas non plus. Mais pour la première fois, une petite lueur s'est allumée: le nombre de ces "oubliés" de l'électricité a commencé à baisser. La route reste longue avant que le problème soit résolu. L'augmentation de la production est notable (5%/an), doit encore s'accélérer, face à une démographie généreuse. Cela passe par une meilleure gouvernance et la formation de personnel technique. Aujourd'hui, on assiste à une explosion du nombre de groupes électrogènes à pétrole. L'Afrique Subsaharienne paie cher, financièrement et en pollution l'insuffisance de sa production. L'aide extérieure la plus importante vient de Chine. Les entreprises chinoises d'hydroélectricité sont très compétentes et contribuent à la construction de barrages.L'hydraulique est la première source d'électricité de l'Afrique Subsaharienne. L'aide occidentale est freinée par des considérations politiques. Mais aussi par de puissantes ONG dans le cas de l'hydroélectricité. Les Occidentaux insistent avec raison sur les potentiels solaire et éolien du continent, mais ne doivent pas s'y limiter. 


"Près de 600 millions de Subsahariens n’ont pas accès à l’électricité, ainsi que la majorité de leurs établissements scolaires et centres de soins. Ce qui est un obstacle majeur à une médecine moderne. [...] L’électricité est d’abord fournie via des réseaux. La première source est l’hydroélectricité (50%), suivi du gaz naturel (25%) du pétrole (15%). Le reste est obtenu à partir du charbon(5%) et des renouvelables hors hydraulique, moins de 4%, dont plus de la moitié est fournie par la seule géothermie du Kenya (données 2017). [...] L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) estime qu’ils sont des millions [groupes électrogènes à pétrole] et que leur production équivaut à 20% de celle fournie aux réseaux. [...] Le cas de l’ Éthiopie est caricatural. De puissantes ONG avaient décidé d’empêcher son grand programme hydroélectrique. Elles réussirent à convaincre les habituels bailleurs de fonds occidentaux de ne pas le financer.Elles ont même, en son temps,fait voter aux Etats-Unis, une loi interdisant des aides à toute construction de grands barrages. Le programme éthiopien suit son cours, mais avec l’appui des Chinois, bien implantés dans le pays qui abrite le siège de l’Union Africaine. [...] Après l’ Éthiopie, la Chine va aider l’Ouganda. Elle est prête à participer à la construction des gigantesques barrages d’ Inga, sur le fleuve Congo, lorsque la gouvernance locale le permettra. [...] L’Occident appuie, avec raison, le solaire et l’éolien, mais ne peut s’y limiter car les Subsahariens risquent d’estimer que les résultats sont trop lents. Par ailleurs, pour ces sources d’électricité,la Chine est également très compétitive.Les Occidentaux posent des panneaux solaires, en général fabriqués en Chine. Les Africains peuvent estimer plus pratique et moins cher de les faire poser par les fabricants eux-mêmes."

La suite...
La lettre 2903/2020 

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vendredi 27 mars 2020

Haute-Marne, Langres : la Maison des lumières vous invite à découvrir la vannerie japonaise

Asseyez-vous confortablement et bonne visite😀 

"La Maison des Lumières a invité la Galerie Mingei Japanese Arts, spécialisée dans les arts anciens et les arts décoratifs contemporains du Japon, l’une des rares galeries européennes à promouvoir l’art méconnu de la vannerie japonaise en bambou. "
Visite guidée de l'exposition " Mingei, l'art de la vannerie japonaise"

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Années 70, des intellectuels communistes s'embauchent à l'usine, témoignages

"Essayez donc d'oublier la lutte des classes quand vous êtes à l'usine : le patron, lui, ne l'oublie pas."
Robert Linhart, L'établiLes Éditions de Minuit, 1978.


Chaîne de montage, usine Renault de Flins 1975 © Berretty/Rapho/Eyedea

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« J’aimais mieux être au milieu du jeu de quilles… ». Paroles d’établi·e·s en usine
Mathieu Strale et Eva Deront

 
 
À partir de l’interview croisée de quatre ancien·ne·s militant·e·s belges qui travaillèrent en usine au cours des années 1970 et 1980 en Belgique dans le cadre de leur engagement politique, et en écho à la lecture de L’Établi de Robert Linhart, cet article s’interroge sur les similitudes et différences avec des engagements similaires en Belgique et sur les enjeux et enseignements à tirer pour les militant·e·s actuels.

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Au fil des lectures sur la condition ouvrière, un nom revient souvent : celui de Robert Linhart, sociologue français, engagé dans le mouvement maoïste des années 1970 et qui a pris la décision de s’« établir » dans une usine Citroën. Témoignage poignant sur la condition ouvrière, son livre, L’Établi (1978), entre en résonance avec des questions qui peuvent tarauder des militants marxistes ayant bénéficié d’une formation universitaire. Peut-on être utile et légitime si l’on n’est pas soi-même au centre de l’appareil productif ? Quelles stratégies de constitution d’un groupe ou d’un parti révolutionnaire des travailleurs, pour quels résultats ?

Survivant aux scissions et modifications du paysage politique, aux époques, même, ces « établissements » persistent : jusqu’à aujourd’hui, des militants d’autres milieux font le choix de devenir travailleurs en usine dans le cadre de leur engagement et activités politiques. Sans volonté d’exhaustivité, nous avons demandé à quatre anciens étudiants, travailleurs universitaires ou enseignants, qui se sont fait embaucher en usine entre 1970 et 1990, de nous parler de leur expérience.
Profitant de la croissance économique, aucun n’a rencontré de difficulté majeure à se faire embaucher, avec plus ou moins de préparation ; certains revendiquent l’affiliation à la tradition maoïste et au « retour aux masses » lié à l’établissement, d’autres en dénoncent le caractère artificiel ; certains parlent d’un choix personnel, d’autres mettent en avant l’importance de cette stratégie pour leur organisation. Les bilans politiques et humains sont également très variés.

Tous semblent nous renvoyer à l’éternelle question : entre fougue de jeunesse et importance de l’organisation… Que faire ?

Dominique Meeùs (DM) a quitté son poste d’assistant en mathématiques à l’Université de Louvain, pour entrer comme ouvrier en sidérurgie à Charleroi en 1971. Il est alors membre d’un groupe maoïste d’étudiants né à Louvain dans l’immédiat après mai 68. Il travaillera ensuite dans une câblerie puis de nouveau dans la sidérurgie. Il quitte l’industrie en 1985 pour intégrer la FUNOC.

Anne Sokol (AS), psychologue-psychothérapeute, est entrée à la Fabrique Nationale, à Herstal, en tant que femme-machine, en 1973, alors qu’elle était membre de l ’UCMLB (Union des communistes marxistes-léninistes de Belgique) d’orientation maoïste. Elle y restera jusqu’en 1978 pour intégrer le FOREM formation. Elle vit et exerce sa profession de psychothérapeute à Seraing.

Estelle Krzeslo (EK), sociologue, était également membre de l’ UCMLB et ouvrière à la FN, de 1973 à 1977. Elle travaillera ensuite au service de formation de la FGTB puis à l’Université libre de Bruxelles, dans le service de sociologie du travail.

Guy Van Sinoy (GVS), au départ instituteur et membre de la Ligue Révolutionnaire des Travailleurs, issue de la 4e internationale, est entré chez Philip Morris en 1981. Il y est resté jusqu’en 1990. Il quitte alors l’usine pour se consacrer à la militance en lien avec l’usine Volkswagen.

Comment en êtes-vous venu(e) à vous établir ?

DM : En allant enseigner à l’ Ecole normale supérieure à Paris en 1967-1968 – qui était au centre des contestations -, j’ai rencontré des gens de l’ UJCML (Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes). Grâce à cela, à l’été 1967, j’ai pu aller en Chine avec l’Association des amitiés franco-chinoises, en transsibérien. Dans le train, les autres participants m’ont fait découvrir cet édifice intellectuel prodigieux qu’est le marxisme ; enfin, la Chine m’a impressionné, quoi que pauvre, le pays m’est apparu bien équipé et industrialisé, avec des services publics fonctionnels.
Donc lors de mon retour en Belgique, en 1967, j’ai rejoint un groupe marxiste-léniniste de Louvain où je travaillais. On a rapidement pris conscience qu’on perdait notre temps à l’université si on voulait être liés aux ouvriers et se mettre à leur service. Le groupe a donc déménagé en 1971 à Charleroi. On a pris des contacts, cherché à recruter des petits-bourgeois progressistes et des ouvriers avant de prendre la décision d’aller nous-mêmes en usine. J’ai arrêté donc mon contrat d’assistant à l’issue de mon mandat, alors que j’avais une carrière tracée, je donnais déjà cours. J’ai été engagé dans une grande usine sidérurgique comme ouvrier non qualifié. La crise n’était pas encore visible donc on trouvait facilement.

EK : J’avais terminé mes études et un peu travaillé en intérim dans des bureaux, et puis je ne sais pas comment c’est venu, mais l’idée a été de s’établir. C’était peut-être la mode. Je me suis établie en 1972, j’y suis restée jusqu’en 1977. Dans l’organisation, l’ UCMLB, maoïste, l’idée était d’aller s’installer dans des villes ouvrières : on est parti à Liège avec mon mari. De ceux qui habitaient à Liège, peut-être une vingtaine, on a été au moins trois à partir à la FN. Il y en avait aussi à Cockerill et à la Lainière à Seraing. Je ne crois pas que beaucoup de militants se soient établis. Peut-être 10 à 15 personnes, et pas tout le monde en même temps.
Il y avait toute une période où on allait distribuer des tracts au petit matin, chez Volkswagen et à Clabecq. C’était pénible, accrocher les gens pour avoir des conversations sur des choses auxquelles je connaissais rien, ça n’allait pas, j’aimais mieux être au milieu du jeu de quilles que de me retrouver devant la porte d’une boîte. Au bout d’un moment, je me suis dit : « Je vais aller voir de plus près ». Ce n’était pas compliqué et la FN embauchait des femmes, alors je l’ai fait. C’est un travail qui n’est pas considéré comme qualifié. […] Au moment du test d’embauche, ils mesuraient juste si vous étiez suffisamment adroit.

AS : J’étais membre de l’ UCMLB. Je sortais de l’Université. Avec mon compagnon de l’époque, tous les deux Bruxellois d’origine, nous étions arrivés à Liège en 1973 pour y militer. C’était un choix de l’organisation. On trouvait que c’était un terrain à remuer, c’était un bastion ouvrier évident, avec de grandes entreprises et des charbonnages. Progressivement on a rencontré des militants, des sympathisants actifs.
Je suis d’abord restée un an au chômage, à militer 24h sur 24h. J’en avais marre, j’ai vu passer une annonce dans le journal : la FN souhaitait engager des femmes machines. C’était tentant de travailler dans une usine où les femmes ont mené une lutte célèbre. Je voulais vivre ça de l’intérieur. J’ai été engagée en août 1973 et j’y suis restée jusqu’en 1978.

GVS : Dans les années 1960, le courant maoïste a repris quasi mot à mot le slogan « aller aux masses » de Mao, et c’est dans ce cadre que le mouvement des établis s’est dégagé. Une grande partie de ce courant a traversé une crise profonde quelques années plus tard et il s’est désintégré. C’était l’idée d’aller au peuple, souvent de la part de militants qui n’étaient pas d’origine ouvrière. […] Linhart, par exemple, semblait considérer que plus l’ouvrier était exploité, plus il était conscient alors qu’il n’y a pas de lien mécanique entre le degré d’exploitation et le niveau de conscience sociale.
Vers la fin des années 1970, l’idée qu’il y aurait une montée révolutionnaire en Europe a été battue en brèche et une partie des militants de l’époque était démoralisée. On avait des militants dans des secteurs peu intéressants politiquement ; l’idée était de les réorienter vers des secteurs clefs, capables, lors d’un mouvement, d’entraîner le restant de la classe ouvrière dans une grève générale. On avait choisi la métallurgie, les transports en commun- notamment les cheminots- ; on ne s’axait pas tellement sur la sidérurgie car elle était en déclin, de nombreuses usines fermaient.
Au départ j’étais instituteur, puis j’ai donné cours dans le secondaire et j’ai travaillé sur rotative à l’impression du quotidien de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), à Paris. Quand je suis revenu, j’ai travaillé pour des boîtes privées. De là, j’ai essayé de rentrer chez Volkswagen, mais ils m’avaient un peu repéré, donc je suis rentré dans une multinationale américaine, Philip Morris. Et j’y suis resté 9 ans, de 1981 à 1990.

Était-ce un choix purement personnel ou cela relevait-il d’une stratégie de l’organisation dans laquelle vous militiez ?

EK : Je ne sais pas si la FN était un secteur stratégique, mais il était important pour l’idéologie de l’organisation. C’était une usine de femmes qui avait la réputation d’être combative. Avec les filles qui sont rentrées en même temps, on ne s’était pas concerté. [NDA : AS confirme que le choix était plus personnel que pensé collectivement.] On savait que d’autres rentreraient, mais on n’avait pas développé une stratégie pour savoir comment faire. Pour l’organisation s’établir était un must, mais ce n’était pas obligatoire. L’idée était de rencontrer des gens et de les associer à l’organisation. Enfin ça, c’est théorique : on nouait des amitiés, des relations, mais on ne se voyait pas faire de la propagande en permanence. On travaillait quoi.

DM : On avait une analyse presque primitive et mécaniste de l’origine de classe : si une organisation se fondait uniquement sur la petite bourgeoise, elle ne pouvait aller que vers le révisionnisme. Nous étions totalement ouvriéristes. On devait trouver des leaders ouvriers pour encadrer les petits bourgeois intellectuels que nous étions, pour rendre le mouvement majoritairement prolétaire ; on devait se lier aux masses, en suivant les textes de Mao notamment. On s’établissait pour la vie. On allait rencontrer des ouvriers de valeur, le groupe allait s’élargir et devenir majoritairement prolétarien. On allait être au service des ouvriers. Il n’y avait pas d’idée de couvrir les différents secteurs industriels, c’était trop ambitieux. Il fallait être dans les principales usines mais ce n’était ni facile, ni systématique. La priorité était de se lier à la classe ouvrière, mais on n’avait pas de plan de bataille établi.

GVS : Plusieurs dizaines de personnes de l’organisation ont eu cette trajectoire. À un moment donné, il y avait un quart des membres de la direction qui travaillaient dans une entreprise comme ouvriers. On a eu des camarades dans toutes les usines automobiles : Volkswagen à Bruxelles, General Motors à Anvers, Ford à Genk, Volvo à Gand. On en a eu également en sidérurgie et chez les cheminots, chez Caterpillar et dans la chimie, surtout en Flandre. On était dans une volonté de construction de l’organisation, bien sûr, on recrutait des ouvriers qui n’étaient pas des embauchés, enfin qui étaient embauchés car ils étaient ouvriers, tout simplement. Donc il y avait un renforcement numérique de l’organisation et aussi une modification – qu’on jugeait positive – de sa composition sociale.

Comment avez-vous vécu les premières périodes : vous sentiez-vous utile, intégré(e), à votre place ? Avez-vous fait face à des difficultés imprévues ?

GVS : Au départ, quand tu arrives, tu observes comment les gens travaillent. Un copain ouvrier depuis toujours était capable de voir si, en cas de grève, on pouvait compter sur celui-ci ou sur celui-là. Moi je n’avais pas cette culture, j’ai une culture du verbe. Malgré tout, on parle, on discute, et j’avais tout de suite repéré les gens qui étaient plus politisés. Mais ils étaient totalement isolés, et, en général, un peu démoralisés.

EK : À mon arrivée, des ouvrières sont venues me montrer comment faire, et puis… on y va. Et si ça ne marche pas, on appelle l’une ou l’autre. Les premiers jours on ne fait pas la production, et au fur et à mesure, on la fait. Si les femmes n’y arrivent pas, elles ne sont pas licenciées, on leur cherche une place où elles peuvent y arriver. À la FN, nous avions chacune entre deux et cinq machines à surveiller. Il fallait y placer les pièces, les retirer, les nettoyer et en remettre d’autres. On passait notre temps à essayer de gagner du temps, pour ne rien faire, s’asseoir, fumer une cigarette, aller à la toilette. Au début j’étais très, très, fatiguée. Les premiers temps, on rentre et on va dormir. Et c’est la seule chose qu’on puisse faire. Mais après on s’habitue. Une petite semaine suffit. J’ai fait connaissance avec toutes les autres. Il y en a certaines avec qui on peut discuter, d’autres non. Et puis on nous dit aussi : « Méfie-toi d’une telle ! Celle-là rapporte tout au chef… Le régleur faut faire attention parce que…» C’est très important. On apprend la nature humaine.

DM : J’ai toujours eu des bons contacts avec les travailleurs. La fraternisation s’est bien passée. Au départ les discussions étaient prudentes, on ne parle pas de la révolution tous les jours, la politique intéresse peu les gens, c’est l’affaire de la bourgeoisie. J’essayais de faire comprendre au quotidien un peu d’économie marxiste, d’amener un point de vue progressiste et marxiste à l’intérieur des discussions de tous les jours et liées au travail. On n’était pas abattu par le travail ouvrier contrairement à ce que dit Linhart. Je n’aime pas ce livre où il se plaint alors que des millions de gens travaillent comme cela. Le travail ouvrier ne m’a jamais empêché de lire et de réfléchir.

AS : Moi j’aimais bien changer de poste, aménager mon poste, adapter mon temps de travail, en « gagnant des pièces » pour libérer du temps et ainsi pouvoir participer aux fêtes de départ, de mariage, de retraite… En produisant plus vite, sans déclarer toute la production, on gardait un stock, un capital à récupérer les demi-jours de non-travail. La direction faisait semblant de ne pas le voir et ça marchait Je ne trouvais pas le travail particulièrement dur. Je me levais tôt, ça c’était le plus dur pour être au travail à 6h. Très vite j’ai compris qui était qui. J’ai été très vite adoptée par les ouvrières. C’était une entreprise très mobilisée et organisée. Les travailleuses accueillaient les nouvelles, y compris du point de vue des luttes sociales. On sentait la solidarité et la capacité à se mobiliser dès que nécessaire.

Quel rapport entreteniez-vous avec votre position – antérieure – d’intellectuel ?


EK : J’avais fait des études de romane. Je ne rejetais pas ce monde académique, mais je voulais savoir comment ça se passait en usine. […] Je ne m’affichais pas en tant que militante. J’étais syndiquée, comme tout le monde, mais pas affichée, même si j’aurais pu. De toute manière, quand on raconte ce choix les gens ne vous croient pas. Si on dit : « Moi, j’ai fait des études », ils ne peuvent pas comprendre que tu viennes à l’usine. Donc ils ne te croient pas. Ils se demandent bien ce que tu viens faire là.

DM : Lâcher mon poste d’universitaire a été un déchirement, ça a tourné longtemps dans ma tête. Mais pour un marxiste cohérent, dans la situation de l’époque, c’était la voie logique de sortir du monde intellectuel pour aller vers la classe ouvrière. Je n’ai jamais révélé ma position d’établi. Ça me semblait essentiel car j’avais l’impression à tort ou à raison que je devais mentir. Si tout à coup je disais : « Je suis docteur en mathématiques, je viens ici par dévouement pour aider la classe ouvrière » alors je serais passé pour un con fini ou un saint sur un piédestal. Dans les deux cas je perdais la relation avec les ouvriers. Je me suis marié avec une ouvrière et je lui ai révélé qui j’étais, ainsi qu’à mes beaux-parents, amis et ouvriers organisés. Mais pas à l’usine. Je n’étais pas très mal à l’aise avec mon passé d’intellectuel, car avec la vie qui passe je devenais de plus en plus « ouvrier ». Ma vie sociale est ouvrière et l’est restée pendant 14 ans. Un ouvrier avec une origine très bizarre.

AS : J’ai dit à plusieurs femmes avec qui je faisais le trajet qui j’étais et ce que je venais faire là. Elles se demandaient ce que je faisais là. J’ai expliqué que je voulais vivre et connaître leur vie en tant que militante. Il y avait une incompréhension sympathique, aucun rejet. J’ai été reçue par les ouvrières chez elles comme si je faisais partie de la famille. Quand on passe une grande partie de sa vie avec les mêmes gens, cinq ans, ce n’est pas rien !, je ne pense pas qu’il faille cacher sa vie. Il n’y avait pas d’enjeu. On était de toute façon repérées et surveillées par le fait qu’on prenait la parole dans les assemblées syndicales où des notes étaient prises par les gardiens.

Quelles tactiques avez-vous mobilisées au sein de votre entreprise, notamment à travers les syndicats ?

GVS : On était clandestin vis-à-vis de l’appareil syndical. On avait quand même de l’expérience, avec des militants syndicaux depuis longtemps, on savait comment se battre à l’intérieur. J’ai été élu en 1983 et 1987 aux élections sociales. Le positionnement était en fonction du rapport de force, en contrepoids de la délégation en place, qui était un peu pépère et effrayée par le fait que je voulais organiser des piquets de grève. Le secteur le plus combatif, c’était la métallurgie. Mais c’était là aussi que la bureaucratie syndicale était très forte. Je n’aurais sans doute pas pu faire ce que j’ai fait dans une usine de 4000 ouvriers où c’était plus cadenassé. Chez Volkswagen, par exemple, les camarades ne sont jamais parvenus à faire changer les choses…
Notre façon de travailler a été de construire un rapport de force syndicalement, en essayant de travailler avec la CSC, qui souvent suivait en traînant les pieds. Ce que des militants ouvriers, qui étaient ouvriers depuis leur sortie de l’école et qui étaient des militants politiques depuis longtemps, ont pu mettre en avant, c’était l’organisation de grèves générales avec un comité qui dirigeait la grève, notamment dans les verreries du Hainaut et le textile à Mouscron.

EK : J’ai toujours été syndiquée. Quand le syndicat décide d’une AG, tout le monde y va. Une assemblée syndicale, c’est à la fois des mots d’ordre syndicaux mais aussi un arrêt de travail, donc une manifestation d’hostilité à l’égard du patron. Comme c’était relativement démocratique, celui ou celle qui voulait prendre la parole pouvait. Il m’arrivait de le faire, en critiquant le syndicat, mais une critique légère. On n’était pas réprimé par les syndicats ; ça n’est pas le cas partout, mais à la FN, il n’y avait rien de tout ça. Quand on demandait la parole dans une assemblée, on l’avait.
C’était l’époque des grandes grèves de 1973 chez Cockerill notamment. Notre ambition n’était pas d’avoir un discours conciliateur mais un discours de rupture. Je savais qu’il y avait des gens dans le syndicat qui s’étaient doutés que certains de nous étaient des militants, et qui n’avaient rien dit. En général, c’était plutôt bien comme délégation syndicale.

AS : L’idée était d’entrer dans les syndicats pour les faire bouger, pas de créer un mouvement alternatif. Je me suis syndiquée tout de suite. Dans mon équipe il y avait la déléguée principale de l’usine, Charlotte Hauglustaine. Je me suis présentée comme « déléguée sécurité-hygiène » pour redynamiser la délégation. J’étais plutôt dans l’action que dans l’organisation. On a participé à toutes les actions qui ont eu lieu dans l’usine. À l’intérieur de l’usine on travaillait à mobiliser tous les ouvriers et créer des luttes communes. On le faisait au nom de la délégation syndicale, en bénéficiant d’une assez grande liberté d’action.

DM : Au départ, nous avions une analyse très négative des syndicats à cause de la grève de Caterpillar en 1970. Il y a eu une importante grève dans l’usine, on est allé y distribuer des tracts tous les jours pour soutenir le mouvement. C’était une grève sauvage, en dehors des syndicats, menée par les ouvriers. La gendarmerie tapait sur les piquets et le secrétaire régional de la FGTB tapait avec eux. L’appareil syndical nous paraissait opposé aux travailleurs, au service de la bourgeoise pour contrôler les ouvriers. Dans notre analyse, que nous considérions comme marxiste et définitive, il est un appareil d’État, au même titre que l’Église, l’armée ou l’école. Nous étions très fiers de notre théorie, qui nous amenait à penser que si un prolétaire se fait délégué syndical, il est bloqué, récupéré ou viré. Le syndicat aujourd’hui n’est pas du tout ça. On peut et on doit travailler avec eux. Mais à l’époque cela nous paraissait impossible.

Concrètement, pouvez-vous nous parler de combats auxquels vous avez participé et de ce que vous y avez fait ?
GVS : Je me suis retrouvé à la tête d’une grève à propos du licenciement injustifié d’un mécanicien, qui n’était pas syndiqué. Il avait insulté un chef et les mécaniciens voulaient qu’on déclenche une grève. Les délégués syndicaux n’osaient pas venir ; comme j’étais délégué hygiène et sécurité, je pouvais intervenir partout. Les mécaniciens avaient entraîné l’ensemble des ouvriers et ils s’étaient installés dans un local. […] On a téléphoné au secrétaire syndical à 8h du matin pour qu’il vienne car l’usine était totalement à l’arrêt ; les secrétaires syndicaux sont arrivés vers 11h. La direction voulait qu’ils montent tout de suite pour négocier, mais ils ont dit : « On va encore prendre un café, on a le temps ». Ça jouait contre la direction. Une fois que les gens sont assis, ils ne rentrent plus, car tu casses la routine. On est monté pour négocier avec la direction, le directeur général est arrivé en disant « scandaleux, tout ça pour un mécanicien ». J’ai répondu : « Oui, mais il y a autre chose, les salaires bloqués depuis longtemps, la grille salariale à revoir, des gens pas dans la bonne catégorie, etc. ». Alors le patron a dit : « Bon, je m’engage à revoir la grille des salaires, et le mécanicien, on ne sait pas ce qu’on va en faire, mais voilà. »
Les permanents syndicaux étaient satisfaits. On est retourné à la cantine, les gens ont demandé : « Et le mécanicien ?» Comme on leur a dit qu’on ne savait pas, la grève a continué. Alors la direction s’est engagée à le garder. Entre temps, l’usine de Forest était aussi en grève et on était en liaison téléphonique avec eux. […] C’est un sentiment de force incroyable : au début de la grève, la hiérarchie refusait de négocier et se faisait menaçante. Mais une fois que la grève s’est prolongée, la direction a bien dû se résoudre à négocier tout en espérant que les secrétaires syndicaux feraient reprendre le travail le plus vite possible. Vers 13h30 les ouvriers sont remontés préparer les machines pour l’après-midi. À ce moment les chefs de services nous ont remerciés car ils craignaient que la grève continue.
Après évidemment, j’ai été intégré dans la délégation syndicale, qui voulait me contrôler. C’est seulement en 1986-1987 qu’on est parvenu à imposer une élection de la délégation syndicale, alors qu’avant elle était désignée par les secrétaires du syndicat.

EK : Il y a eu un gros conflit qui a duré plusieurs semaines, en 1973 ou 1974. Je n’étais pas là depuis très longtemps. Et puis, il y a encore eu un autre conflit, en 1976, parce qu’une fille a été renvoyée au travail trop tôt – il y avait un service médical extérieur – et sur place elle a eu un accident. Je ne sais plus si elle est morte ou si elle a été scalpée… Le travail s’est arrêté tout de suite, la manifestation a continué dans la rue, et après il y a eu une grande assemblée ; c’était vraiment un truc terrible, des gens se sont jetés sur le centre médical, des machines ont volé par les fenêtres. Il y avait beaucoup d’humiliations faites aux femmes. Donc, évidemment, ils se sont ramassé la colère des gens à ce moment-là. Ça, ça a fait du bruit.
Des actions, les travailleurs n’avaient pas besoin de nous pour en faire. C’est vrai que, dans certains cas, on peut aider à formuler les choses. Mais pas à les lancer. On pouvait aider à formuler des revendications dans les comités de grève, ou même créer le comité de grève. Ça, on peut le faire, ce n’est pas une idée spontanée. D’ailleurs, on l’a fait : on a formulé les choses, on les a écrites…

DM : Je n’étais pas dans une usine où avaient lieu de grandes luttes à l’époque. L’organisation syndicale était forte dans la sidérurgie et on était relativement bien payés, mieux qu’ailleurs.
Il fallait d’abord appuyer les luttes existantes et valables, connaître les gens plutôt que de créer des luttes pour les luttes à la première occasion, par principe, parce qu’on avait lu des livres. Si les gens veulent protester, alors on appuie. Une volonté très révolutionnaire mais réaliste ; ça ne sert à rien de se battre tout seul et d’aller dans le mur. La priorité est de se lier aux gens. Contrairement à Linhart, je ne pense pas que la tactique de se battre à tout prix est bonne. C’est du gauchisme outrancier. Du coup on s’épuise, on se décourage et on est licencié. Je respecte ce qu’il a fait mais ce n’est pas sérieux.
Notre dernière action, qui marque d’ailleurs la fin de notre groupe politique : dans l’usine, un Turc me signale l’expulsion en cours d’une rue occupée par des immigrés pour construire une rampe d’autoroute, sans solution de relogement. On fait une action de soutien en organisant les gens du quartier et de Charleroi en général et on crée un comité de lutte. On rencontre la presse, on va sur les marchés faire signer des pétitions. Le mouvement fait tache d’huile au niveau de la ville, des journalistes, des intellectuels. Les politiques prennent peur et le bourgmestre de Châtelineau a fini par reloger tout le monde dans le grand Charleroi. C’était une victoire extraordinaire mais qui n’a pas fait revivre le groupe.

Comment s’articulaient les activités militantes de chaque établi à l’intérieur et à l’extérieur de l’usine ? Les tactiques étaient-elles discutées dans l’organisation ?

EK : Quand on avait des réunions d’organisation, on devait certainement discuter des stratégies et des choses comme ça… Je m’ennuyais, c’était épouvantable. C’était le discours marxiste-léniniste, c’est chiant et théorique. De temps en temps, d’autres militants nous soutenaient de l’extérieur mais ce n’était pas spectaculaire. On ne se croisait pas avec les autres militantes, on était très éloignées – physiquement – les unes des autres. On ne se rencontrait pas, sauf aux assemblées syndicales, et encore pas nécessairement en même temps.

GVS : On adaptait la tactique selon chaque secteur, on discutait dans les réunions de cellules de ce qu’il se passait dans les entreprises, évidemment. Dans mon cas, l’organisation n’a pas joué ; c’était une boîte trop petite, il n’y a pas d’intervention extérieure. Il y en avait sur Volkswagen : pour distribuer un tract ou le journal, il fallait deux trois équipes, à 5h15 le matin, 21h15, 13h15. Je vendais les journaux de l’organisation, mais de la main à la main, en sachant à qui je pouvais les vendre. Au bout d’un certain temps, tu connais les militants syndicaux et ceux qui ne le sont pas. Il y a beaucoup de discussions qui se font à l’intérieur. Tu ne montes pas sur la table de la cantine en faisant de l’agitation politique. La plupart des ouvriers ne sont pas politisés, ne lisent pas un quotidien. Et donc c’était surtout des discussions individuelles. Une petite minorité d’ouvrier ont lu des brochures de Marx ou de Lénine, certains étaient un peu gauchistes, qui ne tenaient pas compte du rapport de force. C’était intéressant. Il y a aussi des gens qu’on n’a pas pu mobiliser.

Comment votre organisation a-t-elle été modifiée par ces établissements ? Quel bilan en a-t-elle tiré ?

GVS : Moi, ça m’a appris beaucoup de choses. Politiquement, ça a sauvé l’organisation, qui déclinait vers une espèce de démoralisation. Concrètement, ce n’était pas un grand recrutement, il n’y a pas eu une croissance significative, des membres actifs, pas des sympathisants. Les gens qu’on a perdus, car ils étaient démoralisés, ont été compensés en nombre par de nouvelles entrées. Maintenant, l’organisation est devenue toute petite. Je ne suis pas resté. Vers les années 1990, ils se sont mis à dire « le monde a changé, il faut changer le langage » et à courir derrière les Écolo. Une partie des militants des entreprises ne se trouvaient pas très bien là-dedans. On a fait une opposition contre cette dérive, mais sans le projet de construire autre chose.

EK : Deux filles nous ont rejoint à un moment. Mais elles n’étaient pas intéressées par les discours politiques. Elles étaient prêtes à l’action. Je suis partie, plus ou moins au moment où l’ UCMLB s’est dissoute. À un moment, on s’est senti sans organisation… C’est une espèce d’auto-dissolution, liée aux conflits au sein de la direction.

DM : Le groupe s’est évanoui en cinq ans. Sans doute que l’ouvriérisme sans perspective claire a découragé les membres. On était un groupe de gens avec les mêmes opinions mais sans vision stratégique ou tactique claire. Cela a fait baisser la motivation, les réunions se sont espacées et le groupe s’est dissout progressivement. Je n’ai recruté personne à l’intérieur du travail. On a recruté des gens, mais en dehors, plutôt des copains. On était arrivé à doubler le nombre, moitié intellectuels, moitié ouvriers, d’un peu moins de 10 à un peu moins de 20.

Avez-vous gardé des liens avec les travailleurs et organisations de travailleurs de(s) entreprise(s) où vous étiez établi ?

GVS : J’ai quitté Philip Morris en 1990 car j’étais responsable d’une cellule entreprise de Volkswagen, ce qui fait que je devais discuter à la sortie à 22h et je me levais à 4h45. Mais ce qui a surtout motivé ma sortie, c’était la chute de l’URSS : ça remettait à des décennies la perspective de bouleversement en Europe. Je ne garde pas trop de lien avec les camarades de Philip Morris, car, après la fermeture de l’usine en 1994, ils ont été dispersés comme des moineaux.

DM : J’ai continué à travailler en usine après la disparition du groupe. J’étais marié à une ouvrière et je n’avais plus ma place à l’université, j’étais dépassé scientifiquement. J’aurais pu travailler dans un bureau mais pourquoi m’emmerder là, c’était beaucoup plus passionnant à l’usine même s’il n’y avait plus de travail politique. C’est un ex-membre du groupe – de ceux qui n’avaient pas fait le pas d’aller à Charleroi – qui m’a extrait de l’usine. Il s’était lancé dans une recherche-action en éducation des publics défavorisés qui est devenue l’ asbl FUNOC (Formation pour l’Université Ouverte de Charleroi). Il m’a fait valoir qu’isolé, je perdais mon temps à l’usine et que j’aurais pu être plus utile à la FUNOC : il s’agissait de faire un édifice de formation au service de classe ouvrière et des plus défavorisés, depuis l’alphabétisation jusqu’au niveau universitaire.

AS : Aujourd’hui, je n’ai plus de liens avec les ouvrières de la FN. Presque toutes les collègues étaient plus âgées que moi. Mais pendant quelques années après 1978, j’ai vécu à Herstal où je rencontrais régulièrement mes ex-collègues… Le contact existait toujours ! Après j’ai travaillé à FOREM formation, au centre d’orientation et d’initiation socio-professionnelle. On proposait aux demandeurs d’emplois de s’essayer à des métiers avant d’en choisir un dans lequel se former et mon expérience m’a beaucoup aidée. De même dans mon métier actuel de psychothérapeute.

Selon vous, s’agit-il d’une tactique utile aujourd’hui, comme peut le faire le PTB, et si oui, dans quelles conditions ?

DM : C’est une stratégie de groupe et pas un choix personnel. Si une organisation doit se renforcer dans certains secteurs du prolétariat, c’est justifié d’envoyer des cadres pour organiser les travailleurs. Il ne s’agit pas d’être convaincu de la beauté de la chose mais de choix tactiques et stratégiques d’organisations qui, à certains moments, peuvent avoir besoin d’envoyer des cadres dans certains secteurs ou usines. Je connais d’ailleurs beaucoup d’exemples réussis d’implantation, y compris d’ouvriers avec des capacités de cadre.

GVS : Oui, à condition de ne pas perdre de vue qu’il faut aussi lutter contre la bureaucratie syndicale. Si je prends aujourd’hui le cas du PTB, qui a beaucoup de militants en entreprise mais qui caresse l’appareil syndical dans le sens du poil, cela déforce leurs militants ouvriers. Un peu comme le faisait le PCB dans les années 1950 et 1960.

EK : Je ne crois pas que ce soit une bonne tactique. Ça fait vraiment prêtre ouvrier d’aller racoler dans les entreprises. Je ne me sens pas tenue d’enseigner quelque chose à quelqu’un, ni de lui faire découvrir la vérité. C’est mon caractère. Je n’ai pas non plus la vocation de sacrifice : j’ai été à la FN car je m’y voyais. Est-ce que si le parti dit : « tu vas t’établir », tu vas forcément y aller ? Je ne crois pas. Peut-être aussi qu’il y avait une quête de légitimité…
Ça ne me semble pas intéressant d’un point de vue stratégique ; même là où nous avons formulé des revendications, d’autres auraient pu le faire. Et cette tranche sociale là n’est plus très… ce n’est pas un lieu d’avant-garde. En tout cas la FGTB n’en a pas fait un lieu d’avant-garde, sur le plan social et politique. Personnellement, cette expérience m’a surtout aidée à comprendre les réactions des autres, à comprendre certaines stratégies ; ça m’a aussi apporté une manière de m’exprimer et j’ai pu y apprendre une culture syndicale. Ça a beaucoup plus compté que le fait que j’aie été en usine.

AS : Bien sûr, les organisations de gauche ont besoin de prendre conscience de la réalité du monde du travail, de ce que c’est de travailler, vivre et fonctionner en tant qu’ouvrier, en particulier. Ce sont des réalités qu’on comprend mal quand on sort de l’enseignement supérieur. C’est important pour prendre des positions correctes sur les questions ouvrières. Je suis convaincue qu’il n’y a rien de tel que la mise en situation, l’immersion pour comprendre, pour saisir comment ça marche. Tout ce que j’ai vécu, senti, enregistré… le travail manuel, la prise de parole… nulle part ailleurs je n’aurais pris la parole comme je l’ai fait à la FN. Entre autres, c’est là que j’ai aussi appris à parler en public.

jeudi 26 mars 2020

Haute-Saône, la Basse vallée : la menace éolienne se précise

En consultant  la carte des "régions de vent", classées de 1 à 4, de moins ventées à plus ventées, la Haute-Saône* se situe majoritairement en zone1, la moins ventée. La Basse vallée et ses villages menacés ne font pas exception à la règle.


 





Plus la couleur de la zone est foncée, plus la vitesse des vents peut être importante dans la région @
Icab.eu


Étonnant le choix de ce territoire de la part de businessmen aguerris, dont la réussite de leur activité dépend à 100%... du vent. À moins que leur insolent succès financier affiché depuis deux décennies ne soit pas dû à Éole?😏

Sauf que cela, c'était avant. Depuis le Covid-19 est passé par là, déclenchant une crise sanitaire et économique sans équivalent... depuis 1945, obligeant l' Etat, grand argentier du lobby éolien, a revoir en urgence ses priorités futures. 
L'ancien monde éolien, gavé d'argent public, va-t-il laisser sa place au nouveau monde éolien, criant famine, jusqu’à sa disparition? 
À suivre...

ZERO EOLIENNE ET BASTA

VIVE LA SOCIALE!


* La Basse vallée n'est pas la seule menacée. À l'Ouest du département, frontalier de la Haute-Marne, l'armée éolienne a déjà envahi une partie du territoire : les communautés de communes des Hauts de Val-de-Saône et des Quatre vents avec 17 aérogénérateurs, série en cours.


@Wikipédia



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Éolien : menaces sur le patrimoine de la basse vallée de la Saône
 sppef 

 Laurent Poirier et Benedicte Chauland, association Vents Citoyens entre Saône et Salon, membre de Sites & Monuments
 25 mars 2020

La Région Bourgogne-Franche-Comté s’est lancée depuis quelques années, dans un programme très ambitieux d’installation d’éoliennes. Ce programme soulève une double interrogation pour les habitants. D’une part, car cette région n’est pas considérée comme ventée, classée en zone 4 en France, et, d’autre part, car la France dispose déjà d’une Energie décarbonée à 90% (données au EDF 31 décembre 2018) ! Ceci nécessite le recours à des éoliennes géantes de 190 m de haut et de 3 MW, hors d’échelle par rapport à un riche patrimoine local, notamment constitué d’églises et de châteaux.

Cette double problématique a fait l’objet d’un article dans le n°224 de la revue Sites & Monuments, intitulé « L’invasion Eolienne en Bourgogne Franche Comté ».

La basse vallée de la Saône, à l’est du département de la Haute-Saône, est ainsi concernée par plusieurs projets d’installation d’éoliennes géantes de 190 m de haut (3 MW), au détriment d’un patrimoine paysager, historique et touristique remarquable ! Ce territoire, à la frontière occidentale de la région, marquait les confins de l’empire romain jouxtant le Rhin, puis constitua un important axe économique au Moyen-Age, ensuite fortement disputé entre la France et le Saint-Empire romain germanique.

 

Vue de la ville de Gray au moment de sa prise par Louis XIV le 28 février 1674. Gravure de Baudouin d’après le tableau de Van der Meulen 

 

Siège de Gray en février 1674 (détail) durant la guerre de Hollande et seconde conquête de la Franche Comté par le duc de Nouailles pour le roi Louis XIV, huile sur toile de XVIIIe siècle par Pierre-Denis Martin, musée de Dole.

Devenu français en 1674, après les prises de Gray et Besançon par les troupes de Louis XIV, c’est ainsi un territoire chargé d’histoire, jusque récemment, puisque les populations ont particulièrement souffert des derniers conflits de 1870 puis des Guerres Mondiales de 1914-1918 et de 1939-1945.

Les paysages de la basse vallée de la Saône sont formés de plaines et de forêts légèrement vallonnés où serpente la rivière et ses affluents, comme le Salon. Les villes et villages, en bordure de Saône ou en hauteur sur les plateaux calcaires, disposent d’un patrimoine architectural varié, comptant des églises, des fontaines, des lavoirs, des châteaux et maisons fortes, donjons ou manoirs, protégés ou non.

La vallée se caractérise également par une biodiversité importante, liée à son caractère humide : prairies et forêts alluviales. Une faune abondante y trouve ainsi refuge et s’y épanouit. Une partie de ce territoire est d’ailleurs classée « zone Natura 2000″ en raison de sa faune et de son avifaune, la Saône étant un couloir pour les oiseaux migrateurs.
Les rives aménagées de la rivière, anciens chemins de halage, permettent de découvrir, entre Gray et Port-sur-Saône, des villages de caractère, tels que Chemilly, Scey-sur-Saône, Traves, Saint-Albin, avec son canal-tunnel classé monument historique, construit sous Napoléon III, et des châteaux comme celui de Rupt-sur-Saône du XIIe siècle, celui de Ray-sur-Saône, l’abbaye cistercienne de Neuvelle-lès-la-Charité.
On y trouve aussi les villes remarquables de Gray, Ray-sur-Saône, Beaujeu, Seveux, Rupt-sur-Saône, Achey sans oublier les villages de Vereux, Montureux, Prantigny ou Rigny, avec leurs églises ou leurs châteaux ou manoirs et, bien sur, le château de Champlitte, sur les hauteurs des plateaux calcaires de l’ouest du département.


 

Ville de Gray, pont sur la Saône 



Ville de Gray (voir ici)

D’ailleurs le conseil départemental de Haute-Saône a identifié la basse vallée de la Saône comme l’une des 3 destinations touristiques majeures du département et souhaite encore en développer l’attractivité.


 

Château de Ray-sur-Saône (voir ici)

 

Village de Ray-sur-Saône (voir ici)

Malheureusement, les projets d’installation d’éoliennes géantes de 190 m (3 MW) fleurissent sur une partie de ce territoire, dans un rayon 20 km comprenant le château et la basilique de la ville de Gray, le château de Champlitte, le château de Ray-sur-Saône, qui vient d’être offert avec son contenu mobilier au département de Haute-Saône, voir ici, et bien d’autres bâtiments classés ou non de notre patrimoine !

Aujourd’hui, on dénombre près d’une centaine d’éoliennes en projet, dont certaines déjà approuvées par le Préfet dans ce petit périmètre chargé d’histoire. 

Voir ci-dessous les projets connus à la mi 2019, correspondant à près de 96 éoliennes (source « Étude d’impact Quadran – Étude paysagère et patrimoniale, janvier 2019 – Projet Entre Saône et Salon »). 

 

Une centaine d’éoliennes en projet autour de Gray – « Étude d’impact Quadran – Étude paysagère et patrimoniale, janvier 2019 – Projet Entre Saône et Salon »

Comme indiqué dans l’article précité de Sites & Monuments, il n’y a plus maintenant de Zones de Développement Eolien (ZDE) permettant une planification et une étude globale. Les opérateurs prospectent directement les municipalités concernant des parcs inférieurs à 6 éoliennes pour échapper à la procédure de l’appel d’offre. Les conseils municipaux et propriétaires, attirés par cette manne financière, sont malheureusement prêts à brader ce patrimoine constitué depuis des générations. Enfin, la population est informée a minima et découvre lors des enquêtes publiques l’étendue et l’impact sur l’environnement et le patrimoine de ce qui a été signé et le processus irréversible qui en découle !
Dans le cas de la basse vallée de la Saône, c’est une forêt d’éoliennes géantes qui est en projet et la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bourgogne-Franche-Comté (DRAC) s’en est émue ! Celle-ci a émis un premier avis défavorable le 31 juillet 2018 (référence PA/VF/2018/n°110) dont la conclusion, éloquente, figure ci-dessous :



Dans la suite de l’instruction de ce projet, la DRAC a confirmé, par un second avis défavorable rendu le 12 février 2019, son opposition au projet (référence PA/VF/2019/n°52) :



Malgré ces avis négatifs circonstanciés et les questions émises par les habitants lors de l’enquête publique, le Préfet a validé le projet éolien « entre Saône et Salon » le 28 octobre 2019.
Il ne reste plus aux habitants concernés, constitués en association de défense pour leur patrimoine, qu’à préparer un recours en justice contre cette autorisation, recours rendu plus difficile par le décret du 29 novembre 2018 obligeant à saisir directement un tribunal d’appel.

Voilà ce qui attend les habitants des villages situés dans ce triangle de limité par les châteaux de Gray, Champlitte et Ray-sur-Saône !



Une partie des habitants a compris que nos émissions de gaz à effet de serre ne provenait que très peu de notre production d’électricité, déjà décarbonée, et que l’énergie éolienne, intermittente par nature, était inutile et couteuse. Elle n’est en définitive utile qu’aux collectivités locales et à certains particuliers, voire élus ! La balance des « avantages » de l’éolien est ainsi bien déséquilibrée, si on y ajoute le massacre de nos paysages, ceux de la basse vallée de da Saône comptant parmi les plus sensibles.