Italie : le grand amour de la mafia pour les énergies renouvelables

  "Quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute"
  Michel Audiard, 1920-1985

  Rassurons-nous, vache-à-lait française que nous sommes, pas de ça chez nous, monsieur!😏
  Adieu, va!

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Vent sale : l'énergie éolienne aux mains de la mafia

Valeria V. Checchi e Michele Polo
2019 07 16


  Des enquêtes judiciaires ont mis en lumière l'infiltration de la mafia dans l'énergie éolienne sicilienne. Une étude vient de montrer que les investissements dans les parcs éoliens sont plus fréquents dans les zones contrôlées par des familles mafieuses. Même quand il y a peu de vent.

La mafia et les investissements dans les énergies renouvelables
  La récente démission du sous-secrétaire aux infrastructures, Armando Siri, qui, avec le consultant en énergie de la Ligue, Paolo Arata, était impliqué dans des relations douteuses avec l'homme d'affaires sicilien Vito Nicastri, le "roi de l'éolien", a ramené la question de l'infiltration de familles mafieuses dans le secteur des énergies renouvelables en Sicile à l'attention du grand public.
  Ces dernières années, plusieurs enquêtes, telles que l'opération Eolo, Broken Wings et Hermes 2, ont mis en évidence le rôle important de l'homme d'affaires Alcamo dans le développement de parcs éoliens en Sicile occidentale.
  Il est moins facile, comme c'est souvent le cas lorsque les enquêtes judiciaires portent sur la présence de la criminalité organisée dans des secteurs de l'économie légale, de comprendre l'ampleur de l'infiltration ou, au contraire, de savoir si elle représente des épisodes graves mais sporadiques par rapport à la taille du secteur. La réponse à cette question est également importante pour donner corps aux avertissements lancés par le pouvoir judiciaire et les associations antimafia sur la contamination progressive de secteurs entiers de l'économie légale et l'extension d'une zone grise où coexistent et interagissent des entrepreneurs traditionnels et des entreprises aux antécédents criminels, dans les régions du sud comme dans de nombreuses régions du nord de l'Italie.
  Le secteur de l'énergie éolienne semble être une activité où les points forts des organisations criminelles trouvent un terrain fertile lorsqu'elles s'intéressent aux activités légales : besoin de capitaux pour l'investissement initial, contrôle du territoire et capacité d'influencer les processus administratifs et d'autorisation des autorités régionales, provinciales et municipales, présence dans le secteur de la construction et protection d'infrastructures souvent isolées et facilement exposées aux attaques et aux dommages. Un rôle est également joué par les généreuses incitations publiques  accordées en Italie au cours des vingt dernières années pour accélérer le développement des énergies renouvelables, qui ont permis de dégager des rendements et des retours sur investissement élevés.
  Les politiques d'incitation étaient initialement basées sur l'instrument des certificats verts, grâce auxquels les producteurs d'énergie renouvelable recevaient une compensation pour leur production. Cet instrument est utilisé depuis l'ouverture du marché de l'électricité en 1999 et a stimulé la construction de grands parcs éoliens jusqu'en 2008. À ce stade, selon les enquêtes judiciaires, Vito Nicastri a joué un rôle important en tant que promoteur de parcs éoliens, tant pour la partie technico-administrative que pour le financement ; les installations ont ensuite été vendues à d'autres entrepreneurs. Avec la mise en place de nouveaux instruments de rémunération de la production d'énergie renouvelable, tels que le tarif forfaitaire, 2008, puis les tarifs de rachat, 2012 et 2016, les politiques publiques ont également permis de rentabiliser les investissements dans les petites installations. En conséquence, depuis 2009, les nouveaux investissements dans les parcs éoliens en Italie ont fortement diminué.

L'énergie éolienne en Sicile
  Dans un travail récent,  nous avons voulu vérifier s'il est possible de détecter une influence de la présence de familles mafieuses sur le territoire en examinant l'ensemble des investissements éoliens réalisés en Sicile et en testant quels facteurs sont corrélés à la présence de ces infrastructures énergétiques dans les municipalités siciliennes. D'une part, nous avons considéré les éléments qui doivent faire qu'une commune donnée ait une "vocation éolienne", liés à des facteurs morphologiques et environnementaux tels que la conformation, l'extension et la vitesse moyenne du vent sur son territoire. D'autre part, nous avons considéré la présence d'une famille mafieuse dans la zone comme un facteur possible d'investissement, en utilisant le recensement que la Direction des enquêtes anti-mafia publie chaque année et qui montre que sur 390 municipalités de l'île, environ la moitié, 193, ont une famille mafieuse.
  Les parcs éoliens sont surreprésentés dans les municipalités où un clan mafieux opère : il y en a un dans 98 des municipalités où la mafia est présente, 51 %, contre seulement 45 installations, 22 % dans les 197 municipalités où la présence d'une famille mafieuse n'est pas signalée. En outre, dans les municipalités où une famille mafieuse opère, les petites installations prédominent, comme le montre la figure 1, qui rapporte pour les deux types de municipalités : 0 : municipalités sans présence mafieuse ; 1 : municipalités avec présence mafieuse ; la fréquence des installations éoliennes classées par capacité de production (kW).

Figure 1

  Nous avons ensuite estimé les déterminants de la probabilité d'observer un parc éolien dans la municipalité. Les résultats présentés dans le tableau 1 montrent que la présence d'un clan est significativement corrélée à la probabilité d'avoir un parc éolien alors que, étonnamment, l'indice de vent n'est pas un facteur significatif. Il en ressort donc une présence généralisée de petits investissements éoliens dans les municipalités où les familles mafieuses contrôlent étroitement le territoire, même lorsque la zone n'a pas une forte vocation pour ce type d'investissement.

  Après les investissements dans les grands parcs éoliens qui ont caractérisé le développement du secteur jusqu'en 2008 et dans lesquels, selon les enquêtes judiciaires, des personnalités liées à la mafia étaient impliquées, la tendance aux petites installations, rendue possible par les nouveaux tarifs incitatifs, semble s'être installée en Sicile avec une intensité particulière dans les zones où la mafia est présente.

Comparaison avec les Pouilles
  Dans notre travail, nous avons donc comparé ce schéma d'infiltration possible dans l'énergie éolienne avec ce qui s'est passé dans l'autre région méridionale qui a beaucoup investi dans le secteur, les Pouilles.
  Les parcs éoliens des Pouilles ont été largement soutenus par le gouvernement régional, tandis que les enquêtes judiciaires n'ont pas révélé d'épisodes d'infiltration criminelle. Par conséquent, les Pouilles constituent un autre exemple permettant de vérifier si les preuves, en l'occurrence négatives, issues des enquêtes judiciaires se confirment lorsqu'on examine les investissements dans
l'ensemble de la région.
  Dans les Pouilles, tableau 1, le schéma d'investissement est à l'opposé de celui de la Sicile : ici, l'existence de parcs éoliens est corrélée au caractère venteux de la zone, tandis que la présence de groupes criminels n'a pas d'influence significative, ce qui confirme les conclusions des enquêtes judiciaires.
  Nos résultats pour les deux régions semblent donc confirmer les conclusions nécessairement ponctuelles et épisodiques des enquêtes judiciaires : pour la Sicile, ils indiquent une corrélation significative, au niveau de l'investissement global, entre la présence de parcs éoliens et les familles mafieuses, tandis que pour les Pouilles, ils indiquent un modèle d'investissement à l'abri de l'infiltration des organisations criminelles locales.

Haute-Marne, Neuilly-sur-Suize : le village et la population ont-ils raison de s'inquiéter du projet de zone industrielle d' éoliennes de Foulain-Crenay?

Rappel des faits
a) Foulain-Crenay, 2014-2019 : au début, était le NON municipal à l'éolien
- 23 05 2014 "... La société WKN présente son projet de parc éolien sur la commune de Crenay. Le conseil municipal prend acte...."
- 30 01 215 Le conseil municipal se prononce sur le projet éolien de Poulangy et Louvières. Depuis, la ZI est en activité."... 2015-01-30 n°07 INSTALLATION D' EOLIENNES SUR LES COMMUNES DE POULANGY ET LOUVIERES. En complément de l'information donnée au cours du conseil municipal du 22 décembre 2014, et en application de l'article R.512-20 du Code de l'Environnement, le maire soumet le dossier au conseil municipal pour avis. Le conseil municipal, par 4 voix pour, 8 voix contre et 2 voix d'abstention émet un avis défavorable...."
- 24 mars 2017  Madame El Bahraoui Nadia est élue maire.
- 02 juin 2017 "... Projet de parc éolien : JPEE veut lancer une étude de faisabilité d’un parc éolien et souhaite rencontrer les représentants de la commune. La commune ne répondra pas favorablement..."
- 06 octobre 2017 "... 2017-10-06 n° 102 Société WKN–Projet de parc éolien. Suite à de multiples demandes de la société WKN quant à son projet de parc éolien, le conseil municipal se prononce non favorable au projet d’installation d’un parc éolien sur la commune de Foulain-Crenay. À l’unanimité pour : 0 contre : 11 abstention : 0..."
- 22 décembre 2017 "... Suite au refus de la commune de Neuilly-sur-Suize pour l’implantation d’une éolienne sur son territoire, WKN fait une nouvelle proposition financière à la commune de Foulain pour l’implantation de 8 éoliennes à Crenay. Le Conseil Municipal refuse la proposition par 12 voix contre et 1 voix pour et réitère sa décision prise le 6 octobre 2017, non favorable au projet d’installation d’un parc éolien sur la commune de Foulain-Crenay...

b) Puis est venu le temps de la porte entr'ouverte...
- 24 octobre 2019 "... Projet éolien WKN : un plan de communication a été proposé par WKN. La municipalité souhaite dans un premier temps rencontrer des élus d’une commune de Côte d’Or où un projet d’installation de 8 éoliennes a été réalisé. Une visite de ce parc éolien est prévue
prochainement.
"
  Pourquoi ce brusque changement d'attitude?
Source

   Aujourd'hui, la municipalité de Neuilly-sur-Suize* qui avait refusé en 2017 l'implantation d'1 éolienne sur sa commune, s'inquiète de l'avancée du projet de 8 éoliennes dit des "Hauts poiriers".  Aussi, elle envisage la tenue d'une réunion publique avec la SASU, Société par actions simplifiée à associé unique, porteuse du projet.

  • 8 éoliennes
  • 170 m de hauteur en bout de pale 
  • 140 m de diamètre maximal du rotor  
  • 3,9 MW de puissance unitaire


La réunion publique
   À la lecture de l'article qui lui est consacrée dans le JHM, voir ci-dessous, cette réunion publique aborderait, entre autres choses, les thèmes de l' impact visuel, du bruit et des infrasons générés par les futures éoliennes. Point positif : parler de ces nuisances et pollutions, c'est reconnaître qu'elles existent! Il faut juste espérer pour le public qu'il assistera à un débat "libre et non faussé" et que pour cela, le conseil municipal ait pris toutes les dispositions nécessaires pour que la réunion soit ouverte à d'autres intervenants qu'aux seuls représentants de commerce du "chasseur de subventions publiques" éolien, dont on connaît à l'avance les conclusions. Par exemple : l'association locale,“Bien vivre en Haute-Marne de Crenay, des spécialistes acoustique, financier, et des riverains de ZI en activité, etc.
  La surprise est de lire dans le même article que cette "première" réunion, d'autres seraient envisagées?, serait réservée aux seuls habitants de certains quartiers et rues, soit disant "les plus impactés" par le projet!? Quand on lit cela, on croit rêver! Quand on sait combien le bruit et les infrasons peuvent nuire à la santé des personnes bien au-delà de l'implantation de turbines, jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres, on a peine à imaginer que seule la population néovicienne la plus proche serait impactée. Pour rappel, Neuilly-sur-Suize, c'est une population de 308 personnes pour une superficie de 14.7km2 ; source


Neuilly-sur-Suize étant situé au nord du futur projet, et à moins de 3km à vol d'oiseau de celui-ci, sa [TOUTE] population subirait de plein fouet les nuisances que sont le bruit et les infrasons, portés par les vents dominants d'ouest, sud-ouest et sud, flèches. Source

   Dans ces conditions, faire croire aux administrés que seule une partie de la population serait dûment impactée, est un mensonge ou, au mieux, une méconnaissance totale en matière d'éolienne.
 
Neuilly-sur-Suize a-t-elle raison de craindre ce projet
  En temps normal, nous répondrions oui. Mais la situation particulière nous invite à l'optimisme. 2 raisons principales à cela :

  1. la préfecture a rejeté la demande d'autorisation environnementale** déposée par la société éolienne : Arrêté préfectoral de rejet n° 1908 du 17 juillet 2018 Ce rejet étant motivé, en partie : "Considérant le désaccord de la Direction de la Sécurité aéronautique d' Etat en raison de la présence du projet de parc éolien sous la zone LF- R 5 A2 dans laquelle évolue des aéronefs télépilotés non habités..."
  2. Le village se trouve donc dans une zone de Sécurité aéronautique d' Etat. C'est un atout déterminant, surtout en cette période d'instabilité géopolitique. L'Armée veille sur vous...




Données cartographiques : © IGN Planet Observer SIA. Légendes

   Toutefois, la vigilance reste de mise.

* Conseil municipal 2020-2026
   Celui-ci a été fortement remanié, 5 nouveaux entrants sur 11 conseillers, lors des élections municipales en 2020.
- Dominique Combray, maire, anciens cadres,
- Joëlle Liautey, anciens employés,
- Alain Bredelet, anciens cadres,
- Jean-Paul Fèvre, contremaîtres, agents de maîtrise,
- Jean-Claude Laniesse, anciennes professions intermédiaires,
- Joël Sarazin, ingénieurs et cadres techniques d'entreprise,
- Lisa Luc, employés administratifs d'entreprise,
- Eric Guglielmino, employés civils et agents de service de la fonction publique,
- Fabrice Jondreville, anciens employés,
- Alain Langlois, contremaîtres, agents de maîtrise,
- Joël Voirin, anciennes professions intermédiaires.
   En gras, les réélus en 2020

- inscrits : 307 en 2014 / 291 en 2020
- abstentions : 97 / 102
- votants : 210 / 189
- blancs et nuls : 5 / 4
- exprimés : 205 / 185
   Source


** "Dans le cadre de la modernisation du droit de l'environnement, le ministère simplifie les démarches administratives des porteurs de projet tout en facilitant l’instruction des dossiers par les services de l’État. Le Ministère a créé pour cela l’autorisation environnementale, applicable depuis le 1er mars 2017. Les différentes procédures et décisions environnementales requises pour les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) et les installations, ouvrages, travaux et activités relevant de la loi sur l’eau (IOTA) soumises à autorisation sont fusionnées au sein d'une unique autorisation environnementale. Celle-ci met l’accent sur la phase amont de la demande d'autorisation, pour offrir au pétitionnaire une meilleure visibilité des règles dont relève son projet. [...]
  L'autorisation est demandée en une seule fois par le maître d'ouvrage. Il dispose d’un interlocuteur unique qui est :

  • Le service de l’État chargé de la police de l’eau, pour les projets qui relèvent principalement du régime des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA)
  • Le service de l’État chargé de l’inspection des installations classées, pour les projets qui relèvent principalement du régime des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE).
  • Le service de l’État désigné par l’autorité administrative compétente, dans les autres cas..."

Source

jhm 2021 09 30



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Haute-Marne, Fayl-Billot, Pressigny & Pierrefaites : la zone industrielle de 17 éoliennes en construction, III

Précédemment
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/09/haute-marne-fayl-billot-pressigny.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/09/haute-marne-fayl-billot-pressigny_23.html

 Jamais deux sans trois...et quatre!

Après les éoliennes E5 et E6, c'est autour des E1 et E2 de voir le jour.


La photo est prise depuis la route D14, en direction de la commune de Charmoy, entre Le Vaux et Les Tilleuls. Pour information, les distances à vol d'oiseau entre le photographe et les turbines sont de :

- E1 : 290m
- E2, la grue orange : 785m
- E5 : 1.7km
- E6 : 2.05km
  Photo : PHP

   Pour rappel, ces 4 turbines, E1, E2, E5 et E6, ont fait l'objet, comme pratiquement l'ensemble des aérogénérateurs, de dérogations de la part de la préfecture pour répondre à la législation en vigueur, concernant :
  1. la distance d'éloignement figurant dans le Schéma régional éolien par rapport aux espaces boisés,
  2. la protection des espèces de chauves-souris type Noctule commune et Pipistrelle comme le recommande l' Organisme européen pour la protection des chauves-souris (Eurobats).
   C'est à ce prix et à ce prix seul que le porteur du projet a obtenu les permis de construire et l'autorisation d'exploitation, contenue dans l' Arrêté n°995 du 9 mars 2015.


 

 

 Arrêté n°995 du 9 mars 2015, pp. 3-4.

  Depuis, la justice a annulé l'autorisation d'exploiter, jusqu'à ce jour. 

  Cette ZI de 17 éoliennes s'inscrit dans l'extra-ordinaire massacre industrielle, en général, qui se déroule depuis plusieurs années en Haute-Marne comme le rappelait le Journal de la Haute-Marne dans son édition du jour.

jhm 2021 09 30

 Et plus particulièrement autour de la ZI Vannier Amance, sur le territoire de la Communauté de communes des Savoir-Faire

" Soit 52 éoliennes à moins de 9km..." Carte : association Van d'osier

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Haute-Marne, Joinville : le NON à l'éolien au nom de l'attractivité de la commune, sauf que...

   Le mal est déjà fait! Les "armées" éoliennes avec le soutien d'élus et l'autorisation de la préfecture, ont déjà pris possession du secteur, à la fois en Haute-Marne et, de l'autre côté de la frontière, dans les Vosges, comme on peut le voir sur cette carte, avril 2021!

Données cartographiques : © IGN Planet Observer SIA. Légendes À noter, que Joinville est sous les vents dominants, ouest/sud-ouest/sud, flèches ; aussi la population subit déjà les nuisances comme le bruit et les infrasons.😥

   Toutefois, saluons comme il se doit la belle initiative de Monsieur le maire et de son conseil municipal, remanié lors des municipales de 2020, avec 9 nouveaux entrants sur 23 élus.


Conseil municipal 2020-2026
- Alexandra Bringand, ouvriers non qualifiés de type industriel,
- Monika Chompret, professions libérales,
- Roselyne Fion, anciens employés,
- Catherine Humblot, anciens employés,
- Sandrine Jean dit Pannel, employés administratifs d'entreprise,
- Sybille Patin, employés de commerce,
- Bertrand Ollivier, maire, cadres administratifs et commerciaux d'entreprise,
- Jacky Fleurigeon, anciens cadres,
- Michel Lambert, anciens cadres,
- Gérard Mattera, anciennes professions intermédiaires,
- Michel Muller, anciens employés,
- Philippe Neveu, anciens cadres,
- René Nivelais, anciens ouvriers,
- Bruno Roze, anciens employés,
- Astrid Di Tullio, professeurs, professions scientifiques,
- Evelyne Hérault, anciennes professions intermédiaires,
- Carole Marquelet, cadres administratifs et commerciaux d'entreprise,
- Catherine Pratbernon, cadres de la fonction publique,
- Chantal Robert, personnels des services directs aux particuliers,
- Daniel Bozetti, anciens employés,
- Pierre Hervet, techniciens,
- James Taillandier, techniciens,
- Thierry Vialaneix, professions libérales.
  En gras, les réélus en 2020

- inscrits : 2 385 en 2014 / 2 186 en 2020
- abstentions : 906 / 1 243
- votants : 1 425 / 943
- blancs ou nuls : 65 / 29
- exprimés : 1 360 / 914
  Source

  Même si la cause est déjà perdue à Joinville et dans ses alentours, espérons que l'engagement de ces mêmes élus ne s’arrêtera pas là ; qu à l'avenir, ils porteront la bonne parole au peuple via des conseils municipaux ou des collectivités autres, afin que leurs membres utilisent à leur tour leur temps de cerveau disponible pour faire barrage à la filière spéculative des EnRi, éolien, solaire, méthanisation, etc., dont les "missionnaires" labourent sans état d'âme nos campagnes. Au final, si personne ne les arrête, ils régneront en maître sur notre quotidien, santé et finances, et ils auront transformé le "jardin remarquable" de la Haute-Marne en une vaste zone industrielle où vivront nos enfants. Tout cela en s'enrichissant avec notre argent de consommateur/contribuables/automobiliste.

"Quoi ! Des cohortes étrangères
 Feraient la loi dans nos foyers !
 Quoi ! Des phalanges mercenaires
 Terrasseraient nos fiers guerriers !"
Dieu ! Nos mains seraient enchaînées !
 Nos fronts sous le joug se ploieraient !
 De vils despotes deviendraient
 Les maîtres de nos destinées !"

 

 Rouget de Lisle (manuscrit de la Marseillaise - page 2)

Extrait de Rouget-de-Lisle, manuscrit de la Marseillaise, page 2. @Assemblée nationale.


jhm 2021 09 28

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Moselle, Sarreguemines : le solaire chinois se lève à l' Est

"Quand on suit quelqu'un de bon, on apprend à devenir bon ; quand on suit un tigre, on apprend à
mordre.
"
Proverbe chinois

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Le projet d’usine géante solaire de Sarreguemines Naissance d’un nouveau géant solaire chinois...en France


Géopolitique de l' Electricité
2021 09

   Le projet de construction à Sarreguemines (Moselle) d’une usine géante de cellules photovoltaïques, qui ferait de la France, le premier fabricant de modules solaire, et de loin, de l’Union Européenne. Le Gouvernement français soutient le projet. Nous tentons de répondre à vos interrogations en complétant nos données de l’étude précédente dans une Annexe à notre Lettre de septembre .
  Le projet d’usine en Moselle est l’aboutissement d’une stratégie industrielle de quinze ans de China National Bluestar, société membre de Sinochem Holdings, première entreprise chimique mondiale et géant étatique chinois. China National Bluestar possède, en Norvège et en France, des usines de silicium et de silicones fort utiles à la fabrication de cellules photovoltaïques. L’usine géante de Sarreguemines produirait des cellules solaires de dernière génération (HJT).

Préambule : les acteurs chinois impliqués
  - SASAC : sigle anglais pour « State-owned Assets Supervision ans Administration Commission ». Le SASAC est « une organisation ad hoc de niveau ministériel directement subordonné au Conseil d’État. Le Comité du Parti du SASAC exerce les responsabilités qui lui ont été confiées par le Comité du Parti Communiste Chinois ».
  Ces responsabilités sont la supervision et l’administration des actifs propriétés de l’Etat chinois dans les entreprises. Le Conseil d’État chinois n’a pas le rôle du Conseil d’État français. Présidé par le Premier Ministre il rassemble les ministères. Mais en Chine le pouvoir appartient au Parti. Les responsabilités du SASAC lui sont déléguées par le Parti Communiste.
   - ChemChina : « aspire à être une entreprise chimique générale de classe mondiale, dirigée par la science et la technologie ». Elle affiche 148 000 employés dont 87 000 hors de Chine. Elle est active dans l’agrochimie, la transformation des produits pétroliers et les pneumatiques, elle possède Pirelli. Elle indique comprendre 346 centres de recherches dont 150 à l’étranger.  Elle est propriété à 100% du SASAC. L’administration Trump l’avait classée dans la liste noire des entreprises liées à l’armée chinoise. L’administration Biden l’en a retirée.
  - China National Bluestar (Groupe) : est une « société membre » de ChemChina spécialisée dans les nouveaux matériaux et la nutrition animale. Fort présente hors de Chine, China National Bluestar insiste sur la part importante des étrangers, non-chinois, parmi ses cadres supérieurs. En France, elle a acheté Adisseo, l’un des leaders mondiaux de la nutrition animale, et Rhodia Silicones en 2006. ChemChina possède 63,8 % du capital de China National Bluestar.
  - Elkem : a été acquise en 2011 par China National Bluestar. Son siège est à Oslo où elle est cotée en bourse. Emploie 6800 personnes. Elkem Silicones est l’une de ses Divisions. Les ancienne usines  de Rhodia Silicones, et ex. Rhône Poulenc, font maintenant partie d’ Elkem Silicones, qui possède également des usines en Chine. Par contre, une autre part d’ Elkem, Elkem Solar, fabrication de silicium, a été rattachée à REC Solar.
  - REC Solar : a été acquise par China National Bluestar en 2015. Si son siège reste à Oslo où elle est cotée en bourse, elle s’est largement délocalisée à Singapour. Fabrique des cellules solaires et du silicium. Récemment Sinochem, le groupe étatique chinois du raffinage a fusionné avec ChemChina pour créer un énorme pôle énergie-chimie, Sinochem Holdings. Ce nouveau groupe géant appartenant à l’Etat chinois est présent dans 150 pays et fort de 220 000 employés. Son chiffre d’affaires est estimé à 150 milliards de dollars. Sinochem Holdings devient la première entreprise chimique mondiale. Sinochem, comme ChemChina avaient été placée sur la liste noire des entreprises chinoises liées à l’armée par l’administration Trump. L’administration Biden,  comme pour ChemChina l’en a retiré, ce qui entraîne que Sinochem Holdings n’y figure pas. 

 I) Une « megafactory » solaire en Lorraine
  Fin 2019, REC Solar commença à s’intéresser à un site industriel près de Sarreguemines (Moselle) afin d’y construire une grande usine de production de panneaux solaires. REC Solar envisagea d’abord un investissement de 680 millions d’euros, qui pourrait ensuite atteindre le milliard. Quinze cents emplois seraient créés au départ, deux mille cinq cents ensuite. Il ne s’agit pas d’assembler des modules d’éléments fabriqués ailleurs comme se fait couramment en Europe. C’est ce que fait Maxeon, une entreprise dont Total est actionnaire à Porcelette (Moselle). À Sarreguemines devraient bel et bien être produites les éléments de base, c’est-à-dire des cellules photoélectriques. De plus elles relèveraient de la technique d’avant-garde dite d’hétérojonction (HJT). La production serait très importante : 2GW /an dès 2022, 4GW/an en 2025. Ce projet marquerait le retour d’une grande production de cellules photovoltaïques dans l’Union européenne, dont les usines avaient été balayées par les entreprises chinoises. Un tel projet ne peut provenir que d’une grande entreprise. C’est le cas. REC Solar est une entreprise du Groupe China National Bluestar. Ce Groupe était une «société membre » de ChemChina, et aujourd’hui, de Sinochem Holdings qui en possède 63,8% du capital.
  Sinochem Holdings est propriété de l’Etat Chinois et à ce titre relève d’une administration, la SASAC, dont les compétences ont été déléguées par la Parti Communiste Chinois. REC Solar est une filiale de Sinochem Holdings, entreprise dont le capital appartient à l’Etat chinois, donc sous la coupe du SASAC, l’organisme public dont les pouvoirs sont délégués par le Parti Communiste Chinois.

II) La stratégie solaire de ChemChina, puis de Sinochem Holdings
  La stratégie solaire de ChemChina, puis de Sinochem Holdings a été confiée à sa filiale China National Bluestar, dont elle détient 63,8% du capital. Elle s’appuie sur trois axes :
1. Un pôle silicones
  Les silicones sont des produits essentiels du monde moderne, présents dans d’innombrables applications, de la construction aux cosmétiques en passant par l’automobile. Ce sont des polymères à base de silicium et non de carbone. Ces produits jouent un rôle essentiel dans la fabrication des modules solaires en fournissant des adhésifs spéciaux très fiables et protégeant de l’humidité. En 2007, China National Bluestar acheta Rhodia Silicones, issue, après quelques péripéties, de l’ex-grand chimiste français, feu Rhône Poulenc. En 2011, est acquis le norvégien Elkem, et ses activités dans les silicones. Furent ajoutées quelques usines chinoises. China National Bluestar a ainsi constitué le vigoureux pôle silicones de ChemChina, appelé Elkem Silicones. La gestion chinoise est efficace. L’essentiel du personnel et des dirigeants européens a été conservé. Elkem Silicones France possède toujours les usines de Rhône Poulenc à Saint Fons (Rhône) et Roussillon (Isère). Son siège est à Lyon. Le patron est Frédéric Jacquin, un ancien de Rhône Poulenc qui vient d’annoncer la création en France d’une troisième usine1. Elkem Silicones propose une gamme complète de produits. Naturellement les applications solaires en font partie. Dès 2010, Rhodia Silicones devenu filiale du groupe chinois, avait lancé une gamme de précieux adhésifs de haute performance pour l’industrie solaire, donc fabriqués en France2. Elkem Silicones est une entreprise prospère qui commercialise une gamme complète de silicones dont des produits adhésifs de haute qualité, composants indispensables et importants pour l’industrie solaire. Elkem Silicones est très présente en France.
1 Cf. Les Echos du 19/2/2021
2 PR Newswire, 30 mars 2010

2. La fabrication de silicium de grande qualité pour cellules solaires
  Le silicium est le composant le plus important des modules solaires. Le norvégien Elkem acquis en 2011 par China National Bluestar possédait une filiale, Elkem Solar producteur d’un silicium de haute pureté destiné à l’industrie solaire. Elkem Solar a été intégré à REC Solar.

3. La maitrise d’une technologie de pointe : l’hétérojonction (HJT)
   REC (Renewable Energy Corporation) était une vaillante entreprise norvégienne spécialisée dans les cellules photovoltaïques. Comme bien d’autres, elle subit la dure concurrence chinoise. Le transfert de ses activités à Singapour en 2010 ne suffit pas à redresser à la situation. En 2015, elle fut achetée par China National Bluestar et devint REC Solar. China National Bluestar, la fit fructifier en gardant les compétences des employés, comme cela s’était passé pour les Français de Rhodia.    L’équipe technique de REC fut choyée. Shankar Sridhara, PhD de l’université de Pittsburgh, un ancien de REC fut nommé en 2019, Directeur Technique. REC développa la HJT, heterojunction technology, une technologie de fabrication des cellules solaires considérée aujourd’hui comme devant remplacer les méthodes actuelles. Plus simple, elle conduit à des cellules photovoltaïques plus efficaces. REC devenu REC Solar, a déposé des brevets correspondant à cette technique en Europe, aux Etats-Unis et en Chine. La HJT fait l’objet d’une âpre compétition. La bataille des brevets fait rage en particulier en face du sud coréen Hanwha. Mais REC Solar est en
passe de la gagner
.
  REC Solar commercialise des modules HJT de sa propre technologie. On ne s’étonnera pas que la première entreprise chinoise qui en soit équipée soit China National Bluestar

L’aboutissement : une grande usine solaire à Sarreguemines?
  Ainsi ChemChina, dispose de trois compétences de base pour la fabrication des cellules solaires : les produits adhésifs siliconés, le silicium et la technologie de pointe HJT. L’Union européenne se précipite aujourd’hui sur les renouvelables et constitue un énorme marché largement approvisionné par des importations chinoises. Le coût des cellules solaires a chuté. Le prix du transport a explosé.   Fabriquer sur place au sein le marché européen ne permettrait-il pas de concurrencer les autres entreprises chinoises qui exportent leurs modules solaires ? C’est le pari qu’avait fait ChemChina, aujourd’hui Sinochem Holdings, avec le projet d’usine géante de Sarreguemines. L’entreprise connait bien la France, par les usines ex-Rhodia et Adisseo, les adhésifs siliconés des cellules y sont produites. Le silicium vient de Norvège. Le gouvernement français est favorable au projet.

III) Reconstruire l’industrie solaire européenne ?
   La reconstruction d’une industrie solaire européenne est un grand espoir qui repose essentiellement sur l’arrivée d’une nouvelle technologie des cellules photovoltaïques HJT (hétérojonction) qui permettrait de concurrencer l’industrie chinoise. Ainsi l’entreprise suisse Meyer Burger et le laboratoire du CEA, le Liten, y travaillent ardemment. Le problème est de passer à la production industrielle. Une nouvelle technologie pour les cellules ne suffit pas, d’autres compétences sont nécessaires. Il faut s’appuyer sur un grand pôle industriel capable de déployer à long terme une stratégie technique, financière et commerciale au niveau international. Ce qu’a fait ChemChina devenu Sinochem Holdings, le premier chimiste mondial. L’entreprise suisse Meyer Burger, ne trouvant pas d’industriel européen, a tenté de collaborer avec ... REC Solar c’est-à-dire avec ChemChina. Les Chinois n’ont pas donné suite. Meyer Burger a du se rabattre sur un modeste projet allemand subventionné par le Land de Saxe-Anhalt. De même, le laboratoire français Liten, du CEA n’a trouvé qu’une collaboration de taille limitée avec l’électricien italien Enel en Sicile.
  À l’annonce du projet de grande usine de Sarreguemines, certains se sont inquiétés en France. Les Chinois utiliserait certainement dans cette megafactory de Lorraine, la technologie HJT du Liten « Institut phare de la recherche française dans le photovoltaïque ». Il sera donc nécessaire de faire preuve d’une « extrême vigilance lorsque l’on négociera les termes de protection industrielle de la technologie du Liten-CEA ». Ces termes rappellent une enquête lancée en 2011 par l’Inspection Générale des Finances concernant des transferts abusifs de technologie française vers la Chine dans le domaine nucléaire. Cela faisait suite à de révélations du Canard Enchaîné, en général moins défenseur de nucléaire français. Hélas, les Chinois qui préparaient à l’époque leur réacteur vedette Hualong One, concurrent de l’ EPR et dont le premier chantier est désormais achevé, en six ans, refusèrent la collaboration française...puisqu’ils avaient leur propre technologie.
   Aujourd’hui, de même, ils possèdent leur propre technologie solaire HJT. Shankar Sridhara, le directeur technique de REC Solar, a déposé les brevets correspondants à l’Office Européen des Brevets, entre autres. Une dure bataille des brevets avec le Sud Coréen Hanwha tourne en faveur des Chinois. REC Solar a commencé à installer ses cellules photovoltaïques HJT. L’entreprise a refusé la collaboration de Meyer Burger. Elle n’a pas besoin non plus de l’apport du Liten-CEA, dont la propriété intellectuelle ne sera ainsi pas en danger. REC Solar utilisera à Sarreguemines, sa propre technologie.
   Au sein de l’Union européenne, aucun grand pôle industriel n’a déployé sur une quinzaine d’années une stratégie comparable à celle de ChemChina, menant à une production industrielle de cellules solaires reposant sur la technologie la plus avancée (HJT). Cette stratégie mène à un projet d’une usine géante au sein de l’Union Européenne elle-même. En conséquence un spécialiste du solaire allemand, Götz Fishbeck, du cabinet de conseils Smart Solar, indique « Il y a peu de raison qu’un nouveau printemps vienne pour l’industrie solaire européenne ».

IV) Un nouveau géant solaire chinois existe ...en France
   Le projet de gigafactory de modules solaires de Sarreguemines, devrait faire passer la production de la filiale de Sinochem Holdings, le géant étatique chinois de la chimie de 1,5GW/an à 5,5GW/an. C’est un projet important pour le Chinois. Mais il rebat aussi les cartes d’une future industrie manufacturière solaire européenne. L’entreprise National Bluestar, filiale de ChemChina et bientôt de Sinochem Holdings, n’a jamais caché son objectif. Dès la fin 2014, PV Magazine, lu par tous les spécialistes solaires mondiaux du photovoltaïque, écrivait que l’achat de REC «pourrait assurer une tête de pont européenne à un acteur chinois majeur»3. Les différentes entreprises acquises par National Bluestar, Elkem, Rhodia Silicones, REC, ont été bien gérées, le personnel et les dirigeants conservés. En France les ex-activités de Rhône Poulenc sont en expansion. Cela tranche avec le comportement de General Electric dans l’Hexagone. Il revient maintenant aux dirigeants européens d’estimer si une collaboration avec Sinochem Holdings peut contribuer à une reconstruction d’une industrie manufacturière solaire européenne. Une aide européenne a été sollicitée par REC Solar, donc par ChemChina, pour l’usine de Sarreguemines. L’Union européenne n’a pas l’avance espérée dans la technologie HJT. ChemChina a su conserver en Europe une fabrication des silicones et du silicium spécialisés très compétitives.

3 PV Magazine-24/11/2014 - « La société chinoise Elkem [une division de China National Bluestar] rachète REC Solar» 

En conclusion
  L’Union Européenne compte beaucoup sur l’énergie solaire, mais son industrie correspondante a été balayée par les importateurs chinois il y a quelques années. En 2020 apparaît un nouveau projet de grande usine de cellules solaires, à Sarreguemines en France. Il est porté par un nouveau géant du solaire chinois, qui a conclu que l’augmentation des prix des transports et la chute des prix des cellules photovoltaïques permettaient, de nouveau, la production de ce matériel en Europe dans sa version la plus moderne. Certes il ne s’agit pas de la renaissance d’une industrie solaire européenne au sens propre du terme. Le groupe chinois appartient à l’Etat chinois, mais il possède des entreprises en Europe qu’il gère fort convenablement. Il a conservé les équipes et les dirigeants européens. Une partie des matériels nécessaires aux cellules photovoltaïques sont conçues et fabriquées sur le Vieux Continent. Les dirigeants européens doivent prendre position sur ce projet, en le considérant ou non comme une innovation intéressante pour l’Union Européenne. Il faut constater qu’aucun groupe industriel européen ne se prépare aujourd’hui avec des moyens comparables au groupe chinois à la renaissance d’une industrie solaire européenne. Le projet de megafactory de Sarreguemines peut inciter les entreprises européennes à encore plus de prudence, ou, en sens inverse leur montrer que des projets européens d’usines de cellules solaires sont, de nouveau viables. En tout état de cause, le gouvernement français a décidé de soutenir le projet de megafactory de Sarreguemines (Moselle) porté par China National Bluestar.

 

EDF : le patron c'est qui? Paris ou Bruxelles?

 "(...) L'alternative qui serait d'abandonner toute règlementation du prix du nucléaire et le projet Hercule reviendrait à appliquer à la lettre le modèle de marché, ce qui ne résoudra certainement pas le problème du long terme en France. Ni les difficultés financières d'EDF dues principalement à des prix de gros très bas depuis 2015…. dû au développement "hors marché" des productions éoliennes et solaires à grande échelle en France et dans les pays voisins, ce qui est tout de même amusant."
   En réalité, il y a une confusion, volontaire et entretenue, par tous les acteurs gagnants du Marché de l'électricité, entre le mix électrique et énergétique. La priorité est de réduire le fossile dans le mix énergétique et non pas de réduire le nucléaire dans un mix électrique déjà fortement décarboné. La stratégie n’est pas cohérente avec l’objectif de la baisse des émissions de gaz à effet de serre.
  Une certitude : le Marché de l'électricité ne fonctionne pas sans mécanismes d’État, subventions, prix d'achat garanti, etc.

  À quand le "sursaut" de la vache-à-lait française? 
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EDF doit-il se suicider à la demande de Bruxelles?

Dominique Finon 
2021 01 13
 

  On vit une période fascinante. Après le suicide d'Alstom soumis aux pressions de l'extraterritorialité du droit américain, on va peut-être assister au suicide d'une autre grande entreprise française, EDF, cette fois-ci sous l'injonction de Bruxelles. Autrefois à Rome les consuls vaincus étaient amenés à se suicider selon une règle tacite. Mais là on ne sait pas trop quelle bataille EDF a perdue, sauf peut-être celle de l'application à la lettre du droit de la concurrence et du modèle de marché dans le secteur électrique prôné par l'Europe.
  Alors qu'EDF est le meilleur instrument pour assurer la neutralité carbone et la sécurité de fourniture à long terme, il se trouve actuellement à la merci de négociations en coulisse entre l'Etat français et la Commission européenne sur la nouvelle régulation des prix de gros du nucléaire. Celle-ci nécessiterait une certaine réorganisation verticale d'EDF comme celle proposée par la France connue sous le nom de projet Hercule, mais Bruxelles voudrait la voir poussée jusqu'à son démantèlement complet. Expliquons : la nouvelle régulation du prix du MWh nucléaire est très différente de la régulation actuelle conçue pour aider les fournisseurs concurrents d'EDF à acquérir des MWh nucléaires à prix coûtant pendant les périodes de prix élevés. La nouvelle concerne toute la production nucléaire, 400 TWh [Térawattheure] car elle vise non seulement à aider les fournisseurs concurrents, mais aussi à permettre à EDF de recouvrir les coûts complets de ses équipements nucléaires installés avant la libéralisation. Il faut savoir que les prix de marché sont trop bas depuis 2016 pour que ce recouvrement soit assuré en raison de la production croissante des éoliennes et solaires qui sont développées "hors marché" et qui, par là, ont un pouvoir important de destruction de valeur.
   Pour faire accepter cette nouvelle régulation par Bruxelles, l'Etat a donc conçu un projet de réorganisation d'EDF qui consiste principalement à séparer les activités de production des activités de commercialisation en créant après une renationalisation, trois entreprises autonomes de statut différent, deux publiques pour la production non-EnR, EDF Bleu et EDF Azur pour l'hydraulique, la troisième privatisée jusqu'à 35%, EDF Vert, qui, au côté des réseaux et d'EDF Renouvelables, inclurait "EDF Commerce" et achèterait toute son électricité sur le marché de gros au même titre que les concurrents d'EDF, dont Total et Engie, le tout sous l'égide d'une holding publique. Les négociations se sont intensifiées depuis octobre avec Bruxelles. La Commission veut que la holding n'ait aucun rôle opérationnel, stratégique et financier; elle ne veut pas de circulation de ressources financières entre entités, pas de financement au niveau groupe, pas de remontée de dividendes, pas de coordination entre filiales, etc. Son but premier est d'éviter que les bénéfices de la production nucléaire régulée aillent vers l'autre filiale. Si le gouvernement cède aux exigences de Bruxelles, ce serait la fin d'EDF. Et, dans le contexte d'endettement d'EDF accru par la crise de la pandémie, il n'est pas en position de force pour ne pas céder sur l'essentiel.
  Face à ce défi, la première question à se poser est "Pourquoi faut-il préserver EDF?" en défendant coûte que coûte la version soft du projet Hercule. EDF a toujours été au service du long terme. Même en partie privatisé, EDF est et doit rester une entreprise intégrée au service de la politique d'indépendance énergétique et de préservation du climat. Il en est le principal outil en France pour garantir les faibles émissions de carbone du secteur électrique qui, dans les pays sans nucléaire, est le principal émetteur de carbone. Elle reste et doit rester une entreprise au service de l'intérêt public, pour garantir la sécurité de fourniture de long terme en dernier ressort auquel ne contribuent nullement ses grands concurrents. EDF est aussi le meilleur outil de préservation d'une filière industrielle de pointe dans laquelle la France a excellé et pourrait exceller de nouveau pour ne pas dépendre dans le futur du nucléaire chinois.
  Pourtant la "grammaire européenne" a peu de considération pour les politiques de long terme et les politiques industrielles des Etats membres qui visent à préserver leurs acquis, sans tourner le dos aux objectifs de la politique climat-énergie européenne, bien au contraire. Dans le cas du secteur électrique où cette grammaire impose de croire que le modèle du marché est suffisant pour faire face aux défis du long terme, ce modèle est incompatible avec le long terme du fait des fondamentaux du secteur électrique. Le développement des équipements de production qui, la plupart, sont capitalistiques, fort CAPEX [regroupe toutes les dépenses effectuées par une société se rattachant à ses investissements matériels. Il englobe le coût principal de ces investissements ainsi qu'éventuellement leurs frais de démarrage ou d'adaptation à la production], longs cycles de vie, longs délais de réalisation, sont incompatibles avec la régulation par la concurrence de court terme. Les choix d'investissement y sont confrontés à une "défaillance de marché" majeure : l'inefficacité du signal-prix envoyé par les marchés à pas horaire pour investir dans des équipements de 30, 60 ou 100 ans, notamment les équipements bas carbone, EnR, nucléaire, captage du carbone, et les équipements pour la pointe et la flexibilité. Les Britanniques, traditionnellement pragmatiques, ont montré la voie pour dépasser cette défaillance de marché. Pionniers de la libéralisation du secteur électrique, ils ont mis vers 2010 la priorité sur le long terme en mettant en place un modèle hybride combinant planification, des contrats de long terme avec l'Etat pour garantir les revenus par MWh, les contracts for difference ou CfD, le marché voyant sa fonction réduite aux coordinations horaires.
  La meilleure façon de répondre à Bruxelles à propos de la préservation d'EDF serait alors de militer pour inverser la problématique basée sur le seul marché. La France doit faire valoir que, dans l'UE, la priorité soit désormais mise sur le long terme, et non plus sur le jeu du marché et de la seule concurrence "libre et non faussée" de court terme. Elle doit militer pour la mise en place rapide d'une directive "long terme", au vu du double enjeu de la sécurité de fourniture et de la neutralité carbone. Il faut qu'un régime inspiré de l'expérience britannique soit formalisé dans une telle directive, qui combine une planification et des arrangements de long terme pour toutes les technologies, dont les EnR, les stockages, le nucléaire, les turbines à gaz, qui soient attribués dans le cadre d'une concurrence de long terme par enchères pour les technologies matures.
  En militant activement dès maintenant pour ce changement de régime du secteur électrique, la France justifierait le maintien de l'intégration organique d'EDF. Cette intégration permet de disposer de sources de revenu différentes obéissant à des cycles d'activités et de rentabilité différents avec circulation de ressources entre filiales. Son modèle d'entreprise intégrée à "poches profondes" a fait la preuve de son efficacité pour le long terme. Ce n'est certainement pas le cas de ses grands concurrents actuels, Total, Engie, Enel, Iberdrola, RWE, etc., en Europe et en France dont les compétences pour le long terme se réduisent à monter des grands projets éoliens et solaires totalement subventionnés, ce qui plait aux milieux financiers, mais ne résout certainement pas le problème du long terme en Allemagne, en Italie, en Espagne et … en France. La version "soft" actuel du projet Hercule ne remet que très partiellement en question l'intégration verticale et horizontale d'EDF, si on sait éviter dans le futur la divergence des logiques stratégiques entre EDF Bleu et EDF Vert.
  Le temps est venu de voir l'Etat stratège reprendre le pas sur l'Etat régulateur qui doit plier l'échine devant les règles européennes, et sur l'Etat-actionnaire obligé de se soumettre aux conceptions de la Finance en affaiblissant systématiquement la France vis-à-vis de Bruxelles. L'enjeu est tout de même d'importance car il s'agit de faire échapper une entreprise qui a prouvé son efficacité pour le long terme à une mort programmée par une bureaucratie sans légitimité politique. Adepte du seul Marché, cette bureaucratie se défie de toute politique industrielle et suspecte d'intentions condamnables toute proposition défendant des énergéticiens historiques. Le règne du droit dans l'Union européenne montre ici clairement ses limites sur un enjeu hautement politique.
  Souhaitons qu'il ne soit pas trop tard pour un sursaut. L'alternative qui serait d'abandonner toute règlementation du prix du nucléaire et le projet Hercule reviendrait à appliquer à la lettre le modèle de marché, ce qui ne résoudra certainement pas le problème du long terme en France. Ni les difficultés financières d'EDF dues principalement à des prix de gros très bas depuis 2015…. dû au développement "hors marché" des productions éoliennes et solaires à grande échelle en France et dans les pays voisins, ce qui est tout de même amusant.

Energie : l' Union européenne à la merci d'un coup de vent et d'une arrivée de gaz

"[L]’intérêt du consommateur d’une denrée quelconque doit toujours prévaloir sur l’intérêt du producteur."
Gustave de Molinari ,1819-1912 ; économiste belge
   Il en va tout autrement pour le consommateur concernant sa facture d'électricité. Celle-ci est en constante augmentation* depuis l'ouverture totale à la concurrence des marchés français de l'électricité et du gaz naturel en juillet 2007 et depuis l'essor, imposé par la France et l' UE, de la "pandémie" des EnRi, éolien, solaire, méthanisation, etc., dans le mix énergétique, au détriment du nucléaire. Les sociétés de ces filières dégageant d'énormes bénéfices que grâce au ruissèlement de subventions publiques. Ainsi, le prix du kWh a explosé et ce n'est pas fini :
   "(...) D'après une étude de l'Insee sur 'les dépenses des Français en électricité depuis 1960', les prix de l'électricité en France ont bien augmenté de 50% en dix ans..."
Source

Lire sur le même sujet
  Les dépenses des Français en électricité depuis 1960
  Des prix en hausse, mais toujours inférieurs aux autres pays européens


 



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Les prix de l'électricité et du gaz explosent - l'économie européenne en danger

 
Blackout News
2021 09 26

  Dans toute l'Europe, les installations de stockage de gaz sont presque vides. En raison d'une accalmie prolongée du vent et d'une couverture nuageuse constante, les centrales vertes ne produisent pas assez d'électricité. Dans le même temps, la demande d'électricité augmente à nouveau après le confinement dû au Covid-19. Les centrales électriques au charbon et au gaz doivent intervenir pour répondre à la demande d'électricité. Au cours du premier semestre 2021, les centrales à gaz ont produit une bonne 46% plus d'électricité que l'année précédente et ont brûlé une quantité correspondante de gaz. Les prix de l'électricité et du gaz explosent dans toute l'Europe.  Cela a déjà conduit les premières entreprises à cesser leur production.

 Strom- und Gaspreise explodieren europäische Wirtschaft gefährdet. Erste Betriebe stellen Produktion ein. Blackout Gefahr im Winter.

Les prix de l'électricité et du gaz s'envolent L'économie européenne est en danger. Les premières entreprises arrêtent la production. Danger de blackout en hiver.

Explosion des prix de l'électricité et du gaz - Les premières entreprises européennes arrêtent leur production
  L'explosion des prix du gaz a incité le producteur d'engrais CF Industries à arrêter la production dans deux usines britanniques. L'entreprise chimique norvégienne Yara International prévoit également de réduire de 40 % sa production d'ammonium sur 12 sites en Europe. Les entreprises allemandes sont également touchées. Par exemple, BASF et le fabricant de cuivre Aurubis se plaignent tous deux de l'explosion des prix de l'électricité et du gaz.

Goldman Sachs met en garde contre les pénuries d'énergie de l'hiver prochain
  Aujourd'hui, même la banque d'investissement américaine Goldman Sachs met en garde contre l'imminence d'un black-out dans toute l'Europe. Les experts en énergie de la banque considèrent que les installations de stockage de gaz presque vides représentent un danger pour l'hiver à venir. Selon les experts en énergie, un hiver froid menace l'Europe d'une crise énergétique aiguë.
  L'économie européenne est menacée par une spirale d'augmentation des coûts due à la pénurie d'énergie, qui entraînera inévitablement une nouvelle hausse des prix à la consommation. Outre la flambée des prix de l'électricité et du gaz, les entreprises manquent également de matières premières et de produits intermédiaires tels que les micropuces. Pendant ce temps, l'inflation en Allemagne est à son plus haut niveau depuis 30 ans.

Le prix du gaz a triplé au cours de cette année
  Le prix du gaz a déjà plus que triplé depuis le début de l'année. Les installations de stockage de gaz en Europe auraient dû être remplies depuis longtemps après le dernier hiver. La Russie fournit actuellement beaucoup moins de gaz à l'Europe que les années précédentes, et la production des champs gaziers européens en mer du Nord a également été réduite en raison des pannes liées à Corona. En raison de la reprise économique mondiale, de nombreux pays asiatiques ont déjà acheté d'importants quotas de gaz liquéfié, qui ne sont plus disponibles pour approvisionner l'Europe. Même la houille se négocie actuellement à des prix records sur le marché mondial.

Pendant ce temps, l'électricité produite par le charbon est plus importante que celle produite par les centrales vertes
  L'accalmie du vent, d'une durée inhabituelle, touche l'ensemble de l'Europe. En Grande-Bretagne, la production d'énergie éolienne s'est réellement effondrée. En Allemagne, il a même fallu reconnecter au réseau des centrales au charbon qui avaient déjà été arrêtées. Entre-temps, les centrales au lignite produisent à nouveau plus d'électricité que l'énergie éolienne.  Cependant, les centrales électriques au lignite émettent une quantité particulièrement importante de CO2. C'est pourquoi le prix des certificats d'émission de CO2 a augmenté. Cela entraîne à son tour une hausse du prix de l'électricité. Un cercle vicieux qui s'accentue avec la taxe sur le CO2 qui augmente chaque année.

Les politiciens veulent supprimer la taxe EEG pour faire baisser les prix de l'électricité
  C'est pourquoi les prix de gros de l'électricité en Allemagne sont à leur plus haut niveau depuis plus de dix ans. Entre-temps, tous les partis ont annoncé qu'ils supprimeraient la taxe pour la contribution liée au soutien des filières renouvelables productrices d'électricité (EEG) s'ils étaient au pouvoir après les élections. La taxe représente actuellement environ 20 % du prix de l'électricité. Or, cette taxe est nécessaire pour subventionner les centrales électriques vertes. Les opérateurs reçoivent un prix d'achat garanti pour l'électricité produite pendant 20 ans. Si le prélèvement de l' EEG est effectivement supprimé, la subvention devra être payée par les recettes fiscales. Pour le consommateur final, tout cela n'est qu'un simple tour de passe-passe, car cela ne permet pas d'économiser un seul centime.

S'enrichir grâce à la spéculation éolienne : faut laisser faire les spécialistes, pas les gagne-petit

Beaucoup d'ambitieux, peu d'élus!

 
 
 
 
 

 
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J'ai gaspillé un héritage de 150 000 £ dans des parcs éoliens et j'ai peur qu'il ait disparu pour de bon

Les investisseurs en minibonds pourraient ne récupérer que 30 % de leur argent

SAS Volunteer

   Les détenteurs de "miniBonds" [(...) Fin avril, une ordonnance a annoncé l'introduction pour le 1er octobre de mini-bonds, véritables titres amortissables et nominatifs. Les entreprises pourront désormais se financer non seulement auprès des particuliers (...) Les minibonds avec leur introduction sur le marché du crowdlending devraient donc occasionner un véritable bond pour le secteur du financement participatif. Pour le bien de tous.😏 ; source] émises par Future Renewables Eco, une société d'investissement dans des parcs éoliens, risquent de perdre plus de la moitié de leurs investissements après la mise sous administration judiciaire de la société le 17 septembre.
  Elle possédait 10 éoliennes en Grande-Bretagne et était financée par 750 détenteurs d'obligations qui ont investi 24 millions de livres [28 135 990,62€] dans la société entre 2015 et 2017.
  Ils devaient voter le 18 septembre pour décider si la société devait être liquidée ou placée sous administration, mais les patrons de la société ont déclaré que les premiers votes suggéraient qu'une administration était inévitable. La société a cessé de payer des intérêts en mai de cette année.
  Un ambitieux a investi plus de 150 000 £ [175 000€] de son héritage dans ces obligations, qui rapportaient jusqu'à 9,5 % par an.
  Il a déclaré : "J'étais un idiot. J'ai cherché un investissement éthique. J'ai des petits-enfants et je voulais que cela permette de constituer un capital et de soutenir l'industrie éolienne."
  Il pense que Future Renewables était trop optimiste quant à l'argent qu'elle pourrait gagner en vendant l'électricité au réseau, un élément clé de son plan d'affaires.
  Il a dit qu'il aimerait que les administrateurs enquêtent sur la façon dont l'argent des obligations achetées plus récemment a été dépensé.
  "N'investissez pas sans prendre un conseil financier", a-t-il dit. "Il est de plus en plus fréquent que les gens se précipitent parce qu'ils sont mis sous pression et qu'ils ont quelqu'un au téléphone. Ils disent qu'il y a une mesure sur le point d'être introduite qui limiterait la disponibilité des investissements. Ne tombez pas dans le panneau".
  Les minibonds ne sont pas des investissements réglementés et ne sont pas couverts par le Financial Services Compensation Scheme [système britannique de garantie des dépôts et d'indemnisation des investisseurs pour les clients des entreprises de services financiers agréées].  Contrairement aux obligations de détail, elles ne sont pas facilement négociables ; voir : Planet of the Humans
  "Je vais devoir travailler pendant une autre décennie avant de pouvoir me permettre de prendre ma retraite".
  Les problèmes liés aux émetteurs de minibonds ont éclaté à plusieurs reprises au cours des trois dernières années, suite aux scandales de London Capital & Finance, German Property Group et Blackmore qui ont coûté aux investisseurs plus de 600 millions de livres sterling [703 292 581,44 €] d'économies perdues.
  Cela a conduit à la décision de l'organisme de surveillance de la City de n'autoriser la commercialisation des minibonds qu'aux "investisseurs avertis".
  Un autre investisseur, David Ryder, un consultant de 64 ans, a estimé que les détenteurs d'obligations pourraient recevoir 30 pence par livre [35c €], sur la base des réductions de valeur annoncées par la société sur la valeur de ses actifs.
  M. Ryder aimerait en savoir plus sur un prêt que la société a consenti à une autre entreprise pour près de 2 millions de livres [2 344 308,60 €]. Ses pertes signifient qu'il devra travailler encore cinq à dix ans avant de pouvoir prendre sa retraite.
  Blair Nimmo, l'un des administrateurs, a déclaré : "À ce stade, il est trop tôt pour indiquer le niveau probable de rendement pour les détenteurs d'obligations. Cela dépendra largement de la réalisation des actifs et des dispositions de sécurité pour les différentes tranches de détenteurs d'obligations."
  "Nous sommes conscients du prêt accordé à une partie liée et cela fera l'objet d'une enquête et de poursuites appropriées."
  Le directeur général de Future Renewables Eco, Gerry Woods, n'a pas répondu à une demande de commentaire.

   Source
  Article réservé à qui vous savez...

1871-1880 : après la Commune de Paris, London calling

"London calling to the faraway towns
L'appel de Londres aux villes lointaines
Now war is declared - and battle come down
Maintenant la guerre est déclarée et la bataille approche
London calling to the underworld
L'appel de Londres à ceux du sous sol(1)
Come out of the cupboard, you boys and girls
Sortez du placard, vous tous garçons et filles
London calling, now don't look at us
L'appel de Londres, maintenant ne nous regardez pas
All that phoney Beatlemania has bitten the dust
Toute cette Beatlemania bidon a mordu la poussière
London calling, see we ain't got no swing
L'appel de Londres, regarde nous n'avons pas à bouger (2)
'Cept for the REIGN of that truncheon thing
Excepté pour le règne de cette matraque

Extrait de London calling, The Clash, 1979 

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Quand la Commune s'exile à Londres

Laura C. Forster
  Auteure et historienne vivant à Newcastle. Elle enseigne l'histoire du XIXe siècle en Grande-
Bretagne à l'Université de Durham.
2021 09 21

   Les faits sont connus : une guerre avec la Prusse, des canons que le peuple de Paris ne veut pas livrer au gouvernement français et soixante-douze jours d’insurrection sociale, qu’un massacre clôt. Moins connues sont cependant les suites de l’événement. Les communards et les communardes qui ne sont pas incarcérés, exécutés ou déportés en Océanie fuient la France pour gagner la Suisse, la Hongrie, la Russie ou encore l’Angleterre. C’est le sort des exilés installés de l’autre côté de la Manche qui a intéressé l’historienne britannique Laura C. Forster, dont nous traduisons l’étude. Et, plus précisément, c’est de Londres dont il est ici question : les pubs, les boutiques et les places de la ville deviennent, après 1871, autant de lieux où s’élaborent le socialisme anglais à l’aune de l’expérience communarde.


                       
 

  Dans les années 1870 à Londres, au 67 de la Charlotte Street, se trouvait une épicerie appelée Le Bel Épicier, que dirigeait le Français Victor Richard. Là, un client londonien pouvait trouver du café français, de la moutarde, des pâtes, des cornichons et des vins, en particulier ceux provenant de Bourgogne, la région natale de Richard. Mais, en plus d’apporter un répit gastronomique bienvenu, la boutique de Richard resta « pendant de nombreuses années un épicentre où les réfugiés politiques arrivés du Continent pouvaient aller chercher des conseils et de l’aide, trouver travail et logement et où, bien sûr, les agents de police continentaux s’attroupaient en nombre pour espionner1. » Richard était un épicier prospère et dynamique. Il était aussi socialiste, communard et membre de l’Association international des travailleurs (AIT) ; son déménagement à Londres depuis Paris avait été la conséquence de sa participation à la défense de la Commune, en 1871. Il était arrivé à Londres en tant que réfugié politique au mois de juin de cette même année, et devint vite un révolutionnaire très reconnu localement et aussitôt intégré — sa boutique, disait-on, ne vendait pas de haricots blancs, « réactionnaires », mais uniquement des rouges. La presse britannique décrivait la boutique de Richard comme un « repère louche » à l’intérieur duquel on pouvait trouver des communards réfugiés « discutant de la crise de la bourgeoisie et […] de la vengeance qui un jour allait s’abattre sur cette classe détestable ».
  À deux pas de la boutique de Richard, sur Charlotte Street également, Elisabeth Audinet tenait un restaurant où l’on trouvait des plats français cuisinés sur place à un prix raisonnable. « Un repère de fripons et de ruffians », ainsi que l’avait décrit un agent mécontent de la police secrète française. Chez Audinet était un lieu de rencontre apprécié des révolutionnaires, souvent fréquenté par Marx et ses deux gendres communards, Charles Longuet et Paul Lafargue. Tout au long des années 1870, nombre de banquets commémorant l’anniversaire de la Commune furent accueillis par Audinet, qui était par ailleurs particulièrement liée aux réfugiés d’obédience blanquiste — elle vivait avec l’un d’entre eux et un autre était marié à sa fille.
  Suite à la fin de la Commune, en mai 1871, des milliers de communards ont fui la France pour éviter la déportation, l’emprisonnement ou la mort. Grâce, surtout, à la politique d’accueil très libérale de la Grande-Bretagne de l’époque, environ 3 500 réfugiés2 sont arrivés sur les terres britanniques au début des années 1870. La plupart choisirent alors de s’installer à Londres. Pour beaucoup, c’était des travailleurs et artisans relativement jeunes et qualifiés — bijoutiers, dentelliers, modistes, ingénieurs, mécaniciens, cordonniers — ainsi que des journalistes et des professeurs. En dépit des difficultés inhérentes à l’exil, les communards trouvèrent en Grande-Bretagne un mélange éclectique de camarades et de voyageurs avec lesquels partager espace, idées et amitiés. Les lieux où se regroupaient les communards — pubs, restaurants et boutiques — étaient autant de centres communautaires, dont les principaux objectifs étaient de venir en aide aux nouveaux arrivants ou aux réfugiés en lutte. C’était aussi des lieux proprement politiques : on s’y rencontrait afin de discuter, de s’organiser et d’établir des liens.


    
[Marché à Whitby | DR]

  Ainsi, à la fin du XIXe siècle, une partie de Londres se voyait emplie de révolutionnaires et de socialistes, en groupe ou non, tous et toutes en prise avec des idées venues de tout le spectre politique radical, de l’Europe et d’ailleurs. Un journaliste du Sheffield Independent notait : « Tous ces corps travaillent pour eux-mêmes, mais sont reliés les uns aux autres ainsi qu’avec leurs frères anglais. Le prochain anniversaire de la Commune de Paris les rassemblera tous ensemble. » Dit autrement, la Commune continuait de faire le lien entre les différents éléments de la pensée radicale, et ce bien après que les réfugiés furent retournés en France. L’atmosphère révolutionnaire instaurée par les communards en exil persista dans Londres et fut déterminante pour l’élan internationaliste qui marqua le socialisme britannique de la fin de la période victorienne.

Fitzrovia : « une petite république anarchiste »
  Au 6 Charles Street, aujourd’hui Mortimer Street, à côté du restaurant d’ Audinet, les communards pouvaient s’entasser dans le Spread Eagle pub, l’un de leurs repères favoris ; l’un de ceux, aussi, qui accueillaient régulièrement le groupe le plus important et le plus complet d’exilés, la Société des réfugiés de la Commune à Londres (SRCL). La SRCL offrait un soulagement matériel, une camaraderie et une solidarité politique à tous ceux qui « s’étaient battus pour la Commune ». Des commissions sont créées afin de distribuer une aide efficacement et de coordonner les efforts des uns et des autres pour trouver du travail aux nouveaux arrivants. À l’automne 1871, un afflux d’exilés arriva et les fonctions de la SRCL se virent étendues : des souscriptions furent introduites pour ceux qui avaient trouvé un emploi. Ces petits suppléments d’argent, ajoutés aux donations de progressistes anglais et à celles de l’ AIT, permirent la création de La Marmite, une soupe populaire coopérative, au Passage Newman : « Située au dernier étage d’un bâtiment si misérable qu’il n’y avait pas même la place pour un escalier, la pièce était accessible par une vilaine échelle accompagnée d’une corde graisseuse qui faisait une sorte de balustrade. Mais ici, tout réfugié qui était en mesure de prouver qu’il avait combattu durant la Commune de Paris pouvait compter, pour deux pence, sur un repas. » La Marmite était située au cœur de la communauté des communards. La plus grande concentration de réfugiés de la Commune, et certainement le centre politique de beaucoup d’activités communardes à Londres, se trouvait dans la petite zone maintenant connue sous le nom de Fitzrovia — délimitée par Oxford Street au sud, Euston Road au nord, Great Portland Street à l’ouest et Tottenham Court Road à l’est. Ici, les exilés communards habitaient, travaillaient, fondaient des organisations, publiaient des discours politiques et des journaux — dont le plus réussi était le Qui Vive ! Aussi, ils élargissaient certains des réseaux et organisations d’entraide établies par les premières communautés françaises à Londres, celles qui avaient été bannies par le Second Empire au milieu du siècle.
  Les communards ont ensuite été rejoints dans certaines de ces rues — en particulier la zone autour de Charlotte Street, Rathbone Street et Newman Street — par des exilés socialistes allemands expulsés par Bismarck à la fin des années 1870, et de nombreux lieux de rencontre des communards sont devenus plus tard les pubs et les lieux centraux des communautés anarchistes transnationales des années 1880 et 1890. L’anarchiste français Charles Malato décrivit la Fitzrovia des années 1890 comme « une petite république anarchiste ». Les socialistes de Norvège et de Suède établirent leur club scandinave sur Rathbone Place ; des anarchistes allemands et autrichiens se rencontrèrent à Stephen’s Mews, juste au sud de Charlotte Street ; Berners Street, deux rues à l’ouest de Newman Street, devint le siège du club anarchiste juif ; une petite communauté de socialistes flamands et néerlandais se réunirent dans les pubs le long de Tottenham Court Road. Les années 1880 marquèrent également la fondation du socialisme organisé en Grande-Bretagne ; nombre de ses partisans assistaient à des réunions et nouaient des liens à Fitzrovia et dans ses environs. La Fédération sociale-démocrate, la Fabian Society, le Groupe de la liberté et la Ligue socialiste lancèrent tous leurs plates-formes socialistes durant cette période. Au milieu des années 1880, ces socialistes britanniques avaient pratiquement abandonné les principes centraux du radicalisme républicain : ils ne faisaient plus remonter les crises sociales à des sources purement politiques ; ils se firent plus insistants sur la nécessité d’une révolution sociale. La Commune constituait une part importante de cette nouvelle identité.

  
[Femme de marin à Runswick Bay | Frank M. Sutcliff]

Les défenseurs britanniques de la Commune
   Du fait, en partie, que la Commune avait été un tel laboratoire d’expérimentation politique, d’innombrables sources d’inspiration intellectuelles devenaient accessibles, auxquelles toutes sortes de radicaux britanniques, socialistes et républicains pouvaient puiser. La Commune pouvait être comprise comme la défense du vrai républicanisme, comme vision de la démocratie municipale décentralisée, comme un phare de l’internationalisme pour ceux que les guerres impériales ont révolté, comme expression du patriotisme français face au militarisme prussien croissant, ou simplement comme un exemple de la capacité des opprimés à s’organiser par eux-mêmes.
   À l’époque de la Commune, les principaux soutiens des communards en Grande-Bretagne étaient les positivistes anglais3, adeptes des enseignements intellectuels du philosophe français Auguste Comte […]. L’AIT resta silencieuse pendant toute la Commune — La Guerre civile en France de Karl Marx ne fut publiée qu’au début du mois de juin, après la défaite des communards. Mais, semaine après semaine jusqu’au printemps 1871, les positivistes anglais, en particulier Frederic Harrison et Edward Spencer Beesly, défendirent systématiquement les actions de la Commune et tentèrent de diffuser ses objectifs sociaux et politiques auprès d’un public britannique. Le positivisme tel qu’il était organisé en Angleterre n’a jamais compté plus de quelques dizaines de membres. Mais ses principaux propagandistes étaient prolifiques et se targuaient de réseaux disproportionnés. Frederic Harrison, avocat de formation, et Edward Spencer Beesly, historien à l’ University College London, étaient de fervents partisans des mouvements ouvriers britanniques au milieu et à la fin de la période victorienne.
   Beesly, qui présida la première réunion de l’ AIT en 1864, fut membre du Comité au profit des mineurs et risqua sa carrière et sa réputation en défendant les auteurs des attentats de Sheffield en 1865–18664. De même, Harrison défendit constamment les mouvements ouvriers et fut un contributeur prolifique aux journaux radicaux. Il enseigna au Working Men’s College et œuvra en tant que représentant des travailleurs à la Commission royale sur les syndicats en 1867, ce qui conduisit à la légalisation des syndicats en vertu de la loi sur les syndicats de 1871. « Le mouvement actuel en faveur de l’autonomie parisienne s’accorde avec les enseignements d’Auguste Comte et lui est probablement largement dû », déclara Beesly début avril 1871. Le désir des Parisiens de former leur propre gouvernement et de « soustraire une grande partie de l’administration des villes à une autorité centrale et de la confier aux communes » était pour Beesly exactement ce que Comte avait en tête lorsqu’il parlait de décentralisation — la France divisée en dix-sept petites républiques autour des dix-sept plus grandes villes du pays. Harrison acquiesça : « Le génie de la France, reculant sous les coups de fer de l’Allemagne, s’est de nouveau enquit de modeler la société européenne. »

   
[Whitchapel, à Londres | Horace Warner]

   Les positivistes anglais considéraient la Commune comme « la plus belle conception politique de notre époque [et] la phase la plus marquante à ce jour de toute la période révolutionnaire » — […] un mouvement pour la démocratie municipale qui pouvait réorganiser les conditions sociales aussi bien que politiques de la France. L’analyse la plus pertinente que les positivistes firent de la Commune porte sur leur approche des événements de 1871 comme d’une révolution spatiale : une reconquête radicale de l’espace par ceux qui étaient exclus des splendeurs du Second Empire. Au XXIe siècle, la mémoire de la Commune s’est puissamment déployée dans le cadre des critiques mondiales du capitalisme effréné et de la dépossession urbaine. L’histoire instantanée de la Commune, écrite par les positivistes anglais au printemps 1871, montre une attention portée aux dynamiques spatiales locales de Paris, mais aussi, et surtout, aux dynamiques spatiales plus générales propres à la lutte des classes.
   Dans la Fortnightly Review, Harrison suggéra que la violence de la riposte versaillaise était la conséquence d’une indignation : celle de voir les pauvres de Paris oser revendiquer leur ville. « De misérables ouvriers peuvent poser le pied sur les Champs-Élysées du luxe ; il peuvent, ainsi, troubler ce que la saison a de plus charmant ; en cherchant un monde plus moral et plus juste, ils instaurent le désordre dans la ville la plus agréable d’Europe — tout cela, aux yeux de poupées de chiffons qui s’appellent elles-mêmes Société : un véritable outrage, digne de mort. » Beesly a défendu cette tentative d’occupation des rues de Paris par les plus démunis, dont ils avaient été radiés par le projet d’assainissement autoritaire mené par Haussmann, la décennie précédente. Les ouvriers, écrit-il, « n’ont pas d’élégantes demeures aux Champs-Élysées. Les splendeurs de Paris n’ont impliqué pour eux que des loyers plus élevés et une nourriture plus chère, et ils n’auront probablement pas le cœur brisé par les dommages causés aux perspectives interminables et aux imposantes façades du baron Haussmann ».

La Commune arrive en Grande-Bretagne
   Lorsque les réfugiés communards commencèrent à arriver à Londres au début de juin 1871, les positivistes anglais qui avaient pris parti pour la Commune ont quitté les salons pour gagner la rue. Ils ont été parmi les plus généreux en donnant de leur temps et de leur énergie pour les organisations de secours. Les positivistes offrirent un soutien financier aux soupes populaires communardes et établirent des cours du soir d’anglais, dans Francis Street, pour les réfugiés français. Beesly usa de son amitié avec Karl Marx pour rendre plus aisé le passage des exilés de France vers la Grande-Bretagne. Les deux hommes s’étaient rencontrés lorsque Beesly présidait la première session de l’ AIT en 1864 et, malgré leurs différences doctrinales, ils partageaient un respect mutuel. « Je vous considère comme le seul comtiste, à la fois en Angleterre et en France, qui traite les tournants historiques (CRISES) non selon un point de vue sectaire mais en tant qu’historien, dans le meilleur sens du terme », écrivit Marx à Beesly — un compliment rare du philosophe allemand à l’égard d’un Anglais. Marx et Beesly échangèrent des contacts et travaillèrent avec le comité de soutien de l’Internationale afin d’exploiter toutes les connexions possibles qui pourraient garantir qu’un communard quitte la France en toute sécurité. En juin 1871, Marx écrivit à Beesly : « Une de mes amies ira à Paris dans trois ou quatre jours. Je lui donne régulièrement des laissez-passer pour certains membres de la Commune qui se cachent encore à Paris. Si vous ou l’un de vos amis avez des commandes là-bas, écrivez-moi. »

   
[Bermondsey Street, à Londres | DR]

  Début 1872, Harrison écrivit plusieurs lettres au Times, appelant son lectorat fortuné à offrir un emploi aux réfugiés communards. Il fit appel aux élans humanitaires des lecteurs et tenta de dépolitiser le profil des nouveaux arrivants. Harrison était bien conscient de la rhétorique anticommuniste, très présente dans la presse tabloïd, et assura à ses lecteurs que les arrivants français « appart[enaient] naturellement à des écoles très différentes ; mais, pour autant qu’[il] sache, presque aucun d’entre eux à celle du communisme ». Il qualifia à plusieurs reprises les exilés qu’il avait rencontrés de « cultivés », « honorables », « littéraires », « de vrais messieurs », et fit allusion aux réfugiés huguenots français du XVIIe siècle, suggérant que les réfugiés artisans qui avaient déjà trouvé du travail « enrichiss[aient] ce pays comme il s’enrichit de la révocation de l’édit de Nantes ». Le plaidoyer d’Harrison dans le Times semble avoir eu un certain succès : « Les hommes d’Oxford veulent qu’un communiste arrive par le prochain train pour vivre avec eux. Des gens prompts à bien œuvrer offrent une maison et leur amitié. Un député envoie 100 £, une « vieille femme de ménage » envoie 5 £ », écrit un    Harrison excité à son ami et rédacteur en chef, John Morley, en février.
   Les positivistes et l’Internationale réussirent avec un certain succès à dynamiser l’assistance financière et pratique pour les communards qui arrivaient. Cependant, le réel soutien fut de courte durée ; le sentiment philanthropique qu’avait suscité Harrison commença à se tarir à mesure que le sort des réfugiés de la Commune se voyait remplacé par de nouvelles causes caritatives. Harrison lui-même connut une rapide désillusion en rencontrant la réalité de la Commune. La défense de celle-ci reposait sur une idéalisation utopique des classes populaires parisiennes, qu’aucune réalité ne pouvait recouper. Après avoir mis les communards de Paris sur un piédestal, Harrison commença à se sentir à l’écart à mesure que les réfugiés arrivèrent. Il estima également qu’il ne pourrait jamais réparer les crimes de sa classe : « [P]our la plupart des [réfugiés communards], et certainement pour les socialistes, je crains de n’être qu’un bourgeois à la mode, dont l’aide ne saurait rembourser un millième des misères que ma classe a causées. » Le gouffre qui, selon Harrison, le séparait des réfugiés de la Commune contribua à caractériser les exilés communards en Grande-Bretagne comme une communauté insulaire. Les tentatives pour trouver des liens significatifs entre les organisations communardes et les organisations britanniques brossèrent un tableau assez sombre. Il y eut quelques expressions officielles de solidarité, des efforts de collecte de courte durée et des tentatives pour former des institutions collaboratives — l’Union internationale du travail créée en 1877, par exemple — mais la plupart de ces initiatives ne connurent pas de succès tangible. Ces efforts montrent cependant que les moyens de créer des alliances et d’exprimer la solidarité existaient, mais que les préoccupations institutionnelles des organisations communardes et des associations radicales ou professionnelles britanniques les empêchaient souvent de poursuivre une cause commune. Cependant, les archives ne peuvent nous en dire plus. C’est souvent par des moyens plus diffus que la Commune a marqué la Grande-Bretagne.

Une culture de l’association
   « Quiconque prenant le ton de l’opinion publique anglaise en suivant les organes qui sont communément censés l’incarner, aurait été amené à conclure que l’horreur et la réprobation étaient des sentiments universels à l’égard de la Commune. Mais tous ceux qui auraient pu pénétrer dans les cercles de la classe ouvrière, qui, disons, auraient pu s’asseoir avec des hommes autour des fourneaux d’un petit-déjeuner d’atelier, ou dans les salles à manger ou les salles de lecture des ateliers, auraient compris, des discussions entendues, que l’opinion publique ne représentait que l’avis d’une petite partie ; et que […] la sympathie du peuple était avec les communistes. » Le genre de solidarité que décrit Thomas Wright — « Journeyman Engineer5 », comme il s’appelait lui-même — est difficile à mesurer. Les sentiments de sympathie et les affinités constituent une part importante de l’histoire des mouvements sociaux ; découvrir un événement comme la Commune — que ce soit dans le cadre d’un cercle de lecture, sur le lieu de travail ou à travers une amitié avec un communard en exil — fut une expérience formatrice pour de nombreux militants radicaux victoriens.

  
[Dans les rues de Liverpool | DR]

   Nombre d’entre eux ont rencontré la Commune via les conversations informelles, les débats animés dans les pubs, les rassemblements en cercles restreints et les réunions de quartier impromptues qui ont caractérisé la vie des clubs radicaux et la culture politique progressiste à Fitzrovia. Cela leur a permis d’expérimenter des idées étrangères à la tradition libérale populaire et de s’engager de manière significative avec les idées politiques continentales apportées par les communards en exil. Fitzrovia était depuis longtemps un quartier dissident. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, une foule d’activistes radicaux — pour la plupart laïcs, libres penseurs, vieux chartistes, O’ Brienites et membres de la Land and Labour League, de la Manhood Suffrage League et d’autres clubs radicaux — organisaient leurs groupes dans des pubs, salles de réunion et halls de Fitzrovia. L’Hôtel de la Boule d’Or, sur Percy Street, était réputé être le berceau de l’ AIT avant sa fondation officielle, en 1864. L’association établit ensuite son siège à proximité de Rathbone Place.
   L’arrivée d’exilés communards et d’autres réfugiés révolutionnaires ne déplaça pas ces communautés existantes, mais fit plutôt de Fitzrovia un lieu où s’entrelaçaient les mouvements radicaux. Certains soirs, la salle de réunion à l’étage du pub Blue Posts sur Newman Street, par exemple, pouvait accueillir une conférence sur les grèves des loyers ou la coercition en Irlande, ou une réunion de personnes voulant nationaliser les terres, de socialistes internationaux, de communards ou de laïcs, dont beaucoup vivaient et travaillaient également dans la région. La socialisation politique autour de cette partie de Londres façonna de nouvelles alliances politiques, de nouvelles idées, et contribua à créer des liens entre les militants britanniques, français et internationaux qui fréquentaient les mêmes lieux. Les pubs, les clubs, les magasins et les rues de Fitzrovia devinrent des forums politiques informels où se reflétaient certaines des cultures associatives qui avaient été si importantes durant la Commune.
   […] L’organisation de la Commune, en effet, s’enracine dans les quartiers et s’appuie sur une politique d’association. Les communards réfugiés avaient été membres des clubs à Paris — ils formèrent, façonnèrent et mirent en œuvre leur politique à travers la vie formelle et informelle des clubs. Depuis les innombrables organisations officielles telles que le Club des Prolétaires, le Cercle des Jacobins et l’Association Républicaine qui s’organisaient autour de quartiers, jusqu’aux cafés-cultures informels au sein desquels s’organisaient les opposants à l’Empire, la politique de la Commune s’exprima à travers l’associationnisme, qui avait à la fois des facettes économiques, politiques et sociales. En 1871, les communards exilés amenèrent avec eux nombre de ces modes d’organisation populaires à Londres. Par le biais de formations politiques, du réseau informel des boutiques et des cantines de Fitzrovia, des sociétés philanthropiques et éducatives, les modes de socialisation politiques propres aux communards — qu’ils soient ou non partagés avec d’autres — purent être utilisés dans la société londonienne alors en formation, et ainsi donner naissance à de multiples collectifs, lesquels mêlaient certaines pratiques des clubs anglais avec ceux de la Commune. En Grande-Bretagne, cette vie souterraine des clubs fut le creuset du radicalisme londonien. La vie des pubs et des clubs permit de fédérer un mouvement dans un monde marqué par l’éclatement des forces politiques. Dans les années 1870, les communards exilés, les socialistes radicaux et les républicains membres des clubs se retrouvèrent dans les pubs et les boutiques situés au nord d’Oxford Street — on ne peut qu’imaginer les myriades de conversations politiques qui s’y tinrent sans jamais entrer dans les archives.

  
[Les Chambres du Parlement et Big Ben en 1890, à Londres | Bridgeman Images]

   Nombre des futurs cadres du socialisme anglais à la fin de la période victorienne firent ainsi connaissance avec la Commune. Bien souvent, l’intime et le politique se confondaient : réunions improvisées, partage d’un verre ou d’un repas, histoires d’amour ou amitiés furent autant d’occasions de susciter des discussions sur les idées de la Commune. Le dramaturge socialiste George Bernard Shaw […] rencontra ainsi chaque semaine Richard Deck, un Alsacien exilé, lors de cours de chant — Shaw chantait en français tandis que Deck se chargeait de l’accompagner avec sa voix de basse. Ces moments menèrent à des discussions sur la Commune et sur la manière dont les idées de Proudhon avaient influencé les événements de 1871. John Burns, syndicaliste, socialiste et député de Battersea, découvrit le socialisme du continent par l’entremise de son ami et collègue exilé Victor Delahaye alors qu’il n’était qu’un jeune apprenti ingénieur. Les deux hommes travaillèrent main dans la main et furent souvent embauchés ensemble dans la région de Londres et dans le South East, ce qui leur donnait autant d’opportunités pour converser. Eleanor Marx [fille de Karl Marx, ndlr] se lia avec le communard Prosper-Olivier Lissagaray lors de la commémoration de la Commune en 1872. L’amitié, les relations sexuelles et les fiançailles, ratées, qui s’ensuivirent n’étaient rien en comparaison de leur collaboration intellectuelle. Eleanor traduisit la fameuse Histoire de la Commune de Paris de 1871 de Lissagaray, l’un des premiers ouvrages d’ampleur sur l’événement — et, aujourd’hui encore, l’un des plus réédités. […] Et il y en eut d’autres, connus et moins connus qui, parmi les activistes, participèrent aussi à des groupes de lecture, furent des partenaires sexuels, mirent en œuvre des projets de traduction et prirent part aux dîners des clubs avec les réfugiés de la Commune.
   Ces interactions spontanées fondées sur l’amitié ont permis d’affuter les idées d’intellectuels socialistes anglais encore inexpérimentés. Leur compréhension du socialisme révolutionnaire fut permis par l’aisance avec laquelle ils purent intégrer les conversations politiques auprès de ceux qui avaient pris part aux événements de 1871. Très souvent, les études sur la nature et les origines du socialisme en Grande-Bretagne mettent l’accent sur une exception britannique. Mais pour les socialistes en devenir qui rencontrèrent un exilé en un lieu chaleureux et à un moment favorable, la Commune les intégra à un monde plus vaste et leur ouvrit de nouvelles perspectives.

Après l’amnistie
   En 1880, une amnistie générale fut accordée par le gouvernement français à tous les communards condamnés et inculpés. En conséquence, la grande majorité des réfugiés communards retournèrent en France. Un petit nombre décida de rester en Grande-Bretagne, mais, au début des années 1880, la présence décroissante des exilés et l’émergence de plusieurs sociétés explicitement socialistes en Grande-Bretagne signifièrent que la mythologie de la Commune pouvait désormais être reprise par les socialistes britanniques, pas seulement en solidarité avec les communards français, mais dans le cadre d’une nouvelle tradition socialiste britannique. Dans les années 1870, il n’y avait pas eu de mouvement résolument socialiste en Grande-Bretagne. La majorité des célébrations de l’anniversaire de la Commune dans les années 1870 ont été organisées et suivies par des communards en exil et des organisations internationales, avec la présence enthousiaste mais numériquement faible de positivistes britanniques, de laïcs et de membres des clubs radicaux. Des militants britanniques avaient été impliqués avec des communards ; ils contribuaient aux célébrations, organisaient des événements et des discussions, et partageaient des amitiés politiques avec les exilés, mais la mémoire de la Commune était très bien entretenue par les exilés vivants eux-mêmes. Pourtant, dans la décennie qui a suivi l’amnistie française, le vocabulaire employé lors des célébrations de la Commune en Grande-Bretagne allait transformer la Commune de « leur » Commune à « notre » Commune, et « Vive la Commune ! » deviendrait un puissant slogan au sein du socialisme britannique.

   
[Rue de Paris, détruite après la Commune | DR]

   En d’autres termes, dans les années 1880, la Commune fut incorporée dans la mythologie, dans le canon du socialisme britannique. Les premiers groupes socialistes en Grande-Bretagne ont tous célébré la Commune chaque année. Comme le dit Ernest Belfort Bax, « la Commune est devenue le point de ralliement des socialistes de toutes tendances. L’anniversaire de sa fondation est la grande fête socialiste de l’année ». La Commune était suffisamment étrangère pour transcender les querelles régionales ou politiques et réunir, une fois par an, des groupes socialistes souvent disparates dans une expression d’unité par ailleurs rare. Les exilés communards, après avoir lutté pour réinventer leur ville, ont cherché la liberté en Grande-Bretagne et ont trouvé des « âmes sœurs » dans le monde politique kaléidoscopique de la fin de l’ère victorienne à Londres. Ce faisant, ils ont lié leur lutte et leur histoire à celle, longue, du radicalisme britannique.
   La Commune a doté les socialistes du monde entier d’un puissant cri de ralliement. En Grande-Bretagne, ce cri a été rendu d’autant plus pertinent par le fait que les communards avaient réellement vécu en Grande-Bretagne — ils avaient tenu des réunions, échangé des histoires et fait des projets de ce côté-ci de la Manche. Bien sûr, les réalités et les nuances de ces idées, plans et expériences étaient souvent perdues à mesure que les récits devenaient plus fréquents. Mais la légende en est devenue d’autant plus convaincante. Le fait est que la Commune était arrivée en Grande-Bretagne et que « les séditieux agités » de Paris avaient irrévocablement modifié le cours du socialisme britannique.

  Traduit de l’anglais par Loez, Camille Marie et Roméo Bondon, pour Ballast | Laura C. Forster, « Building our Commune : exiles Communards in Britain », Roar, 23 avril 2021.

1. Les citations de la publications d’origine ne sont pas référencées. Nous reproduisons l’article en suivant les choix originaux [ndlr].
2. Soit à peu près 1 500 communards et leurs familles respectives [ndlr].
3. Le positivisme est un système philosophique pensé par Auguste Comte qui, à partir d’une théorie de la connaissance reposant sur la loi des trois « états », se caractérise par le refus de toute spéculation métaphysique et sur l’idée que seuls les faits d’expérience et leurs relations peuvent être objets de connaissance certaine. Après la révolution de 1848, une partie du mouvement ouvrier français s’est tournée, notamment par anticléricalisme, vers la doctrine positiviste. Parmi les communards, Victoire Tinayre, Jean Robinet, Émile Sémérie sont des figures de ce courant positiviste [ndlr].
4. Série d’assassinats et d’explosions à Sheffield, dans les années 1860, perpétrée par un petit groupe de syndicalistes, à cause des conditions de travail dans les usines de la ville [ndlr].
5. Littéralement « Ingénieur itinérant ».

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