CHAMARANDES-CHOIGNES : APRÈS L’ÉCHEC EN FORÊT, LES ÉOLIENNES REVIENNENT EN MILIEU AGRICOLE

 
  Et de trois ! Depuis mars 2026, Madame le Maire et ses adjoints, ont entamé un troisième mandat. De quoi affirmer que la majorité des exprimés leur renouvelle sa confiance… ou, à tout le moins, qu’ils ne s’y sont pas opposés.
  Car un petit bémol mérite tout de même d’être souligné : cette fois encore, une seule liste était en lice, « Bâtir ensemble un avenir qui nous rassemble ». Dans ces conditions, peut-on réellement parler d’un plébiscite ?
  On pourrait naturellement en déduire que cette supposée confiance populaire vaut également validation du projet porté par le conseil municipal d’implanter une usine éolienne… Mais ce serait peut-être aller un peu vite en besogne !
  
 
 « 𝐁𝐞𝐫𝐧𝐚𝐝𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐑𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐚𝐫𝐝, une maire engagée — 3e mandat, au quotidien pour sa commune et ses habitants, à Chamarandes-Choignes. » Source.
 

 LE PROJET DE L' USINE ÉOLIENNE 

  Après l’échec du projet éolien en forêt, la commune et son associé, l’écornifleur du vent, ne se sont manifestement pas découragés. Les voilà repartis à l’assaut du territoire avec un nouveau projet, cette fois en « milieu agricole ».
  On serait presque ému devant une telle persévérance : Mme le maire et ses élus semblent décidés à ne rien lâcher pour parvenir, coûte que coûte, à installer leurs éoliennes — 20% de participation dans le financement du projet,1, sur le territoire communal — en attendant peut-être l’usine agrivoltaïque d’ O’Pâturages2.
 
1. Prendre une participation de 20 % dans une société de projet éolien offre des recettes d'actionnaire en plus des retombées fiscales — IFER, taxe foncière, mais expose directement les finances de la commune. Dans le projet forestier, Chamarandes-Choignes était à la fois :
  - propriétaire du terrain → loyers;
  - collectivité → impôts locaux;
  - actionnaire à 20 % de la société de projet.
  Sur des parcelles agricoles privées, la commune n’est plus propriétaire. Les loyers vont aux agriculteurs ou propriétaires privés. Il reste essentiellement :
  - les retombées fiscales → part communale de l’ IFER éolien + fiscalité économique;
  - éventuellement les 20 % au capital, si ce montage est reconduit à l’identique.
   Le gros argument du premier projet — « 125 000 € de loyers + 58 000 € de taxes pour soigner la forêt » disparaît en grande partie. La forêt n’est plus financée par le loyer des éoliennes !

Les loyers étaient la recette la plus prévisible — contrat de bail long, indexé. Sans foncier communal, la commune dépend surtout :
  - des impôts, qui existent seulement si l' usine est construite et produit;
  - des dividendes des 20 %, qui ne sont pas garantis.
- Risque simple : le budget communal table sur une manne qui n’arrive que si tout va bien.
Dans le montage forestier, même si les parts valaient peu, la commune touchait quand même le loyer. Sur du privé, si le projet échoue — refus d’autorisation, recours, abandon, la commune peut n’avoir ni loyer, ni plus-value, ni dividende — tout en ayant passé du temps politique et éventuellement signé un pacte d’associés. 
Comme dans d’autres projets Opale, les collectivités actionnaires peuvent devoir apporter leur quote-part de fonds propres à la construction. Sans les loyers en face, cet argent sort du budget communal « à découvert » : si l' usine produit mal ou si la société va mal, ces fonds peuvent être perdus. 
Moins de vent que prévu, pannes, prix de l’électricité bas ou négatifs, dette élevée de la société de projet, règles de soutien qui changent… Conséquence pour la commune : moins — ou pas, de dividendes, parts qui valent peu. La responsabilité est en principe limitée aux parts, pas au budget entier — mais l’argent investi, lui, peut partir.
Le premier projet se vendait comme « on sauve notre forêt avec l’argent des éoliennes ». Sur du privé, l’argent public — temps des élus, éventuel capital, sert un projet dont les loyers vont à des particuliers. C’est plus difficile à justifier si les recettes communales déçoivent
Conclusion : avant : la commune « louait son bois » et prenait 20 % du projet. Maintenant : elle ne loue plus rien; elle ne garde que les impôts et, éventuellement, 20 % d’une société qui peut rapporter… ou rien !
Le discours « sans risque financier » était déjà discutable en forêt. Sur des parcelles privées, il l’est davantage : le filet de sécurité des loyers communaux a disparu. 
2Les mêmes élus ont refusé un projet de méthaniseur. Étonnant, non ? Lire l'intervention de Mme le maire, lors de la séance — 2024 04 03 :
«  Mme RETOURNARD : avis du Maire
  - La circulation : je vous suis sur les problèmes de la circulation. Ça va être compliqué au mois de mai, surtout les gens de Saint-Aignan, les Chaumontais et peut-être les gens de Choignes;
  - Les odeurs : j’ai des doutes concernant les bâches de rétention;
  - Le plus gros souci, c’est le site industriel déguisé par ce montage financier;
  - Le démantèlement : la société NECC ne parle pas de démantèlement. Contrairement à des éoliennes par exemple, où les porteurs de projets donnent des cautions qui sont, en plus, réévaluées tous les cinq ans, ce qui assure un potentiel financier pour les démanteler. Dans ce projet de méthaniseur, c’est selon leur bonne volonté. Il n’y a pas de caution derrière. 
»
Source
  La confiance béate accordée aux promesses des écornifleurs du vent prêterait à sourire, si elle ne venait pas de personnes ayant le pouvoir de décider à la place des autres !
 
Dans le détail
 
  - 2018 : en avril, le conseil municipal autorise Opale à étudier un projet.   
 
 
 
 
 
  - 2022 : le Plan local d'urbanisme — PLU de 2014 classe toute la forêt en zone naturelle et en espace boisé classé. Un Espace boisé classé — EBC, interdit le défrichement. Sans défrichement, pas d'éoliennes. 
  • Le conseil municipal décide d'engager la procédure de déclaration de projet emportant mise en compatibilité du PLU et définit les modalités de concertation avec la population.
   - 2023  
  • La MRAe Grand Est, l'autorité environnementale, donne son avis : «  En conclusion, l’ Ae considère qu’elle ne dispose pas des éléments suffisants pour émettre un avis éclairé et complet sur l’impact environnemental du projet de MEC-PLU présenté par la commune de Chamarandes-Choignes pour permettre l’implantation d’un projet éolien » 
  • Les personnes publiques associées — PPA :  réunion d'examen. Elles examinent le projet de modification du PLU et formulent leurs observations. 
 
 
   
« Les représentants d’ OPALE ainsi que Mme RETOURNARD font observer que dans le
contexte climatique actuel et au vu de la politique énergétique du pays et des objectifs de
développement des EnR, il est attendu des services de l’Etat une approche plus constructive
que celle adoptée par la DDT
. Il est attendu une collaboration au moins pour justifier les
raisons qui incitent la DDT à conclure que la compatibilité aux orientations du PADD du SCOT n’est pas démontrée.... » 
  • Le conseil municipal tire le bilan de la concertation préalable  : « Après en avoir délibéré, le Conseil Municipal, à l’unanimité, estime le bilan de la concertation favorable et décide de poursuivre la procédure de déclaration de projet emportant mise en compatibilité du plan local d’urbanisme de la commune de Chamarandes-Choignes pour l’implantation d’un parc éolien. »
  •  La préfecture prend l'arrêté prescrivant l'enquête publique.
  - 2024  
  • 22 janvier→ 21 février : l'enquête publique
  • Le commissaire enquêteur rend son rapport et ses conclusions : « En conséquence de ce qui précède, j’émets un avis FAVORABLE au projet d’intérêt général emportant mise en compatibilité du PLU de la Commune de Chamarandes-Choignes où il s’agira de déclasser une partie de forêt classée EBC pour y opérer un défrichement partiel. »
  • Le conseil municipal déclare le projet éolien d'intérêt général et adopte la déclaration de projet emportant mise en compatibilité du PLU. Il demande ensuite à la Communauté d'agglomération de Chaumont d'approuver cette mise en compatibilité. 
  •  La Communauté d’agglomération de Chaumont n’a pas approuvé la mise en compatibilité du PLU de Chamarandes-Choignes. Lors du conseil communautaire du 28 mai, elle a voté pour exprimer son désaccord avec cette mise en compatibilité. Les motifs principaux avancés sont notamment la cohérence avec le futur PLUiH et la protection des grands massifs forestiers, ainsi que les réserves formulées par la MRAe et les personnes publiques associées concernant les impacts environnementaux du projet.
« ...  À travers les travaux réalisés avec Étienne pour essayer d’élaborer une doctrine sur le développement en particulier de l’éolien, nous avions au moins un point sur lequel nous étions fermes c’était pas d’éolienne en forêt. Nous l’avons écrit de la façon la plus claire dans le PADD puisque nous disons que « les grands massifs forestiers seront protégés en tant qu’entité naturelle majeure, impact paysager naturel potentiellement significatif notamment ceux destinés à renouvelables ne seront pas admis, donc très clairement, nous disons que nous ne voulons pas de ce type d’installation en forêt. ». 
[...] 
 

 
 


  À noter que le désaccord de l’Agglomération ne suffisait pas, à lui seul, à mettre un terme à la procédure. La délibération rappelait en effet que, même en cas d’avis défavorable de l’Agglomération, la partie n’était pas pour autant terminée : il revenait alors au préfet de trancher et de décider, dans un délai de deux mois, s’il approuvait ou non la mise en compatibilité du PLU. 
 
2025
  •  La préfecture aurait rejeté la demande de la commune. Malheureusement, pas de documents officiels ou de source à vous présenter, d'où le conditionnel. 
  • Pour autant, le procès-verbal du conseil municipal du 20 mars 2025 — pas de source officielle à vous présenter, semble le confirmer :
« la préfecture a rejeté la mise en compatibilité du PLU qui devait permettre le projet en forêt communale ; la commune a alors analysé les contraintes « hors forêt »; elle a identifié « la seule zone favorable en milieu ouvert de la commune au nord de la RD 470; cette nouvelle zone a été présentée par OPALE au conseil municipal le 26 février 2025 ; le conseil municipal a ensuite validé le périmètre de cette nouvelle zone ; il a accepté le principe d'un projet éolien « en milieu ouvert agricole » ... » 
2026
  • Le nouveau projet adopté — à la majorité, avec trois abstentions : en milieu agricole, au nord de la RD 470, autour de la ferme du Froideau.
  •  Une déclaration préalable DP0521252600015 a été déposée par le prestataire de service le 8 juin, au lieu-dit Froideau, pour l'installation temporaire d'un mât de mesure anémométrique. Elle a été accordée avec prescriptions le 7 juillet.
  • Le nouveau projet envisagé engendrait une proximité géographique au niveau du secteur de Froideau, avec le projet de l'usine agrivoltaïque dit O' Pâturages. La parcelle concernée serait celle de la « ferme photovoltaïque de Froideau » de 6 hectares. 
 
 Projet usine agrivoltaïque : Figure 3: Habitats de l'aire d'étude immédiate. Source.
 
P. S. : pour pouvoir installer l'usine dans la forêt, il fallait notamment modifier le PLU → refusé, et cela remettait en cause la protection d'une partie de l'espace boisé et, contrevenait aux recommandations du Schéma régional éolien, SRE, Champagne-Ardenne :
«  ... Sensibilité environnementale, p. 57
   - La fragilité des milieux, qu’ils soient agricoles ou forestiers, doit être prise en compte dans l’implantation des parcs éoliens en région. En particulier, la grande sensibilité environnementale des forêts est incompatible avec l’implantation de projets éoliens.
  - L’implantation d’éoliennes en forêt a des impacts sur l’environnement qui se cumulent avec des impacts sur le paysage :
  - elle implique des éoliennes plus hautes afin de limiter les effets induits de la forêt sur le régime des vents, ralentissement, perturbations, ...,
  - elle nécessite l’ouverture de pistes d’accès pour les porte-chars, largeur 4-5 m, et des girations très amples et la création de plateformes techniques d’environ 1000 m2par éoliennes,
  - un retrait minimal de 200 mètres par rapport aux boisements et aux haies devrait être respectée, cette distance de précaution permet de protéger les secteurs boisés et les lisières,
  - elle contribue à artificialiser les milieux naturels et à dénaturer l’image de la forêt, à partir de l’extérieur de la forêt où la grande échelle des éoliennes écrase les arbres, et à partir de l’intérieur de la forêt où l’échelle intimiste du sous-bois est perturbée par la création des pistes d’accès, plate-forme technique et ouvrages connexes : transformateur, ...,.
  - Le principe d’évitement de l’implantation d’éoliennes en forêt doit être préconisé auprès des porteurs de projet ou des collectivités. Ce principe permet de concentrer les recherches d’implantation dans des secteurs à plus faibles enjeux, où les études à mener seront plus faciles à mener et où l’issue de l’instruction du permis de construire est plus probable.»
 Source. « Note de doctrine régionale sur le développement de l’éolien et l’environnement » -DREAL Champagne-Ardenne-2007
 
 Pour retrouver toutes les sources de cet article → https://www.haute-marne.gouv.fr/Publications/Enquetes-publiques/Declaration-projet-d-interet-general-emportant-mise-en-compatibilite-PLU-Chamarandes-Choignes
 
Le conseil municipal 2026-2032
 Mme le maire et sa « garde rapprochée » d'adjoints ont retrouvé sans difficulté leurs marques dans une mairie qu’ils connaissent manifestement sur le bout des doigts, à la tête d’un conseil municipal qu’ils dirigent depuis au moins douze ans — et même davantage pour deux d’entre eux¹. À part les 5 petits nouveaux venus rejoindre l’équipe, rien, ou presque, n’a véritablement changé. Même casting, même décor, mêmes habitudes : on aurait presque pu se dispenser d’une nouvelle élection...
 
1. Élus depuis... 2008 : Bernard VIALLETEL, à l'époque sous la « section Chamarandes » et Véronique KOLB, « section Choignes ». 
  • Bernadette RETOURNARD, maire, professeurs, professions scientifiques
  • Bernard VIALLETEL, 1er adjoint, anciens employés et ouvriers
  • Véronique KOLB, 2e adjoint, anciens employés et ouvriers
  • Yannick THOMAS, 3e adjoint, techniciens
  • Marie-Dominique CAUNOIS, 4e adjoint, anciens employés et ouvriers
  • Frédéric BERHAUT, ingénieurs et cadres techniques d'entreprise
  • Florence PARDOËNS, employés civils et agents de service de la fonction publique
  • Mickaël PAPIN, technicien
  • Sophie MERGER, professions intermédiaires administratives de la fonction publique 
  • Sébastien MATHIEU, artisans
  • Julie LUDWIG, cadres de la fonction publique
  • Jacques ROUSSELIN, anciens artisans, commerçants, chefs d'entreprise 
  • Magali LESEUR, employés administratifs d'entreprise
  • Christophe GIBRAT, employés de commerce 
  • Florence BROUSSEAU, employés civils et agents de service de la fonction publique
  • Moyenne d'âge : 56 ans 
En gras, les réélus en 2026.  
  • Inscrits : 839 / 805 en 2020
  • Abstentions : 382 / 433
  • Votants : 457 / 372
  • Blancs et nuls : 57 / 39
  • Exprimés : 400 / 333
 
 À suivre...  
 
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