PRESSIGNY : LA COMMUNE DONNE UN AVIS FAVORABLE POUR LE REDÉMARRAGE DE L' USINE ÉOLIENNE

  Par le biais du bulletin municipal, voir en fin de billet, le maire a communiqué sur la demande déposée en préfecture par le propriétaire de l'usine éolienne. Celle-ci vise à obtenir l'autorisation de remettre en exploitation l'usine de 17 éoliennes, actuellement à l'arrêt depuis mai 2024, suite à une décision de justice. 
  On y apprend que la municipalité a émis un avis favorable à cette reprise, s'inscrivant ainsi dans la lignée de la position déjà adoptée par le conseil communautaire le 4 juin dernier.
 
L'argument financier et... c'est tout
  Pour justifier ce choix, le maire met en avant un argument exclusivement financier1. Cette position peut surprendre de la part d'un élu revendiquant son appartenance au... Parti communiste2, parti anti capitaliste notoire depuis sa création, en 1920. C’est le grand paradoxe du jour : voir un élu revendiquer fièrement son adhésion au Parti communiste — voler au secours des intérêts du propriétaire de l'usine — The Renewables Infrastructure Group Limited — TRIG, fonds d’investissement basé à Londres. Un magnifique symbole du capitalisme mondialisé qui trouve ici un avocat pour le moins inattendu. Comme quoi, « Quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre tout le monde écoute ! »3...

1. « les retombées fiscales de ce parc génèrent 54 000 € par an, soit 10% du budget global de la commune ». Bulletin municipal. 
2. « Encarté au Parti Communiste Français (PCF), Hugo Coeurdassier l’assure : sa liste – neuf noms au minimum – est apolitique. » Source
3. Michel AUDIARD, film « Le pacha », Georges Lautner, 1968.  

Des questions en suspens pour les administrés
  Cette situation soulève une question légitime quant à l'utilisation de cette manne financière accumulée au fil des ans : qui en a profité ? C'est le point que nous allons tenter d'élucider.
 
1. Une amélioration nette des finances communales
  Les données budgétaires récentes montrent une évolution importante des finances de Pressigny entre 2021 et 2024.
  Les revenus de fonctionnement sont passés d’environ 854 €/habitant en 2021 à plus de 1 300 €/habitant en 2024, traduisant une hausse significative des ressources disponibles.
  Dans le même temps, la commune affiche :
  • une dette quasi inexistante — inférieure à 10 €/habitant,
  • aucun coût de remboursement de dette,
  • une capacité d’autofinancement solide,
  • une trésorerie confortable.
 Notons toutefois, durant cette même période, une forte hausse des « dépenses de fonctionnement » passant de 456.90  €/ha — 2021, à 762.40  €/ha — 2024, soit une hausse de... 19%. Alors que dans le même temps, par exemple, celles de la Communauté de communes des Savoir-faire, à laquelle appartient Pressigny, augmentaient « seulement » de... 4%. 
  Sur le plan strictement comptable, la commune apparaît donc dans une situation financière très saine.

2. Pour les administré : pas de baisse des impôts !
  Les données connues suggèrent que les recettes supplémentaires ont été intégrées dans le budget global sans transformation majeure des taux fiscaux ni redistribution directe aux ménages.
  Dans ce type de configuration, plusieurs choix sont possibles pour une commune :
  • réduire les impôts locaux,
  • investir davantage dans les équipements,
  • renforcer les réserves financières.
  À Pressigny, la rente éolienne semble avoir trouvé sa destination naturelle : les réserves communales
  Il est vrai que dans un village de 200 âmes, on cherche encore ce qui justifierait une telle accumulation de ressources. À moins qu'un Zénith, un stade, un boulodrome ou une autoroute4 ne figurent déjà dans les cartons de la mairie ?
 
 4. Liste non-exhaustive.
 
   Ainsi, une commune plus riche n'engendre pas automatiquement des administrés plus riches, qu'on se le dise !
   Au contraire, sur la période observée, la tendance est franchement... à la hausse. 2021 → 2024 :
  - Impôts locaux particuliers : 293.60  €/ha - 300.30  €/ha - 691.30  €/ha - 407.60  €/ha   
  Mais, avec le nouveau maire, adhérent d'un parti qui soutient la classe ouvrière contre les capitalistes, la redistribution est sans aucun doute en marche...
«  Pour la première fois, une génération se voit condamnée à vivre plus mal que ses parents, malgré une production de richesses inégalée. Cherchez l’erreur !
  Cette erreur, elle a un nom : le système capitaliste, qui produit des inégalités sans nom, et que nous combattons. Je pense à ces ouvriers, ingénieurs, chercheurs, paysans, enseignants, cadres, qui ont fait la fierté de la France en produisant les TGV, le Concorde, les centrales nucléaires, les productions agricoles les plus foisonnantes, les barrages hydroélectriques, les vaccins. Ces hommes et ces femmes sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité, sacrifiés par les traités de libre-échange et des années de délocalisations au nom de la concurrence libre et non faussée, des traités de Maastricht et consorts.... »
Parti communiste, meeting de Marseille - Extrait du Discours de Fabien Roussel, 26 novembre 2025

3. La surprise du chef
  Dans ce même bulletin municipal, le maire précise que ce soutien est sous réserve :
« d'une prise en compte des problèmes acoustiques ressentis, notamment par les habitants de Pressigny;
- de l'ouverture d'une discussion sur la mise en œuvre d'un dispositif d'autoconsommation permettant aux habitants et aux entreprises du secteur de bénéficier directement de l'énergie produite, à un tarif potentiellement réduit,... » 

Bulletin communal

 Il se confirme donc que les 17 éoliennes génèrent des nuisances sonores et autres, ayant des répercussions sur la santé et la qualité de vie des occupants. Mais, qui pouvait en douter ? Pour rappel : le Conseil d'État a annulé les dispositions ministérielles approuvant le protocole national de mesure acoustique des usines éoliennes pour des motifs procéduraux. Cette décision a alimenté de nombreux recours contestant la validité des études acoustiques réalisées selon ce protocole. Conseil d'État, 8 mars 2024, n° 465036
 Cette problématique n'est pas ignorée des tribunaux, qui ont déjà consacré, dans de nombreuses décisions, les droits des riverains affectés par les nuisances engendrées par les installations concernées.
  • Cour d'appel de Toulouse, 8 juillet 2021, n° 20/01384. Un ensemble d'éléments techniques et médicaux, dont un dépassement acoustique, établissant un trouble anormal de voisinage ayant conduit à une indemnisation importante des riverains.
  • CAA Nantes, 7 janvier 2022, n° 20NT03390. Si la cour a finalement rejeté les critiques, l'arrêt est très intéressant car il expose précisément les critères retenus par le juge administratif pour apprécier la qualité d'une étude acoustique : les conditions des relevés acoustique; la localisation des points de mesure; la prise en compte des incertitudes de mesure; la pertinence méthodologique du bureau d'études.
  •  CAA Douai, 27 avril 2023, n° 19DA02567. La cour a considéré que l'étude acoustique était insuffisante et a choisi de surseoir à statuer afin de permettre une régularisation. 
  • Tribunal judiciaire de Strasbourg, RG n° 17/029432025, un rapport acoustique — GAMBA Acoustique, a constaté des dépassements nocturnes ; le préfet a imposé un plan de bridage pour revenir à la conformité.
  • etc.
4. Qu'entend le maire par « dispositif d'autoconsommation » ?  
  C'est une pratique très récente en France, réservée auparavant aux seuls panneaux solaires. Aujourd'hui, le cadre légal s'est assoupli pour permettre ce que l'on appelle l'Autoconsommation Collective — ACC, à l'échelle d'un territoire. Dans une opération d'autoconsommation collective, l'électricité produite localement par l'éolienne ne part pas directement sur le réseau national pour être vendue à un grand fournisseur. Elle est attribuée en priorité aux consommateurs de la commune — bâtiments municipaux, commerces, habitants volontaires, situés dans un rayon maximum autorisé de 10 à 20 kilomètres.  Toutefois, cette pratique demeure très majoritairement associée au photovoltaïque, dont la production est plus stable et mieux prévisible sur le plan technique. Aussi, faire de l' ACC avec une grande usine de 17 éoliennes, serait à ce jour exceptionnel, peut-on dire...théorique ? 
 
5. Les barrières majeures qui expliquent pourquoi l'éolien est historiquement tenu à l'écart de ce modèle.
  • les fonds d'investissement comme TRIG ne font pas de philanthropie. Le « pognon » et le rendement de leurs actionnaires restent leur boussole5
  • le verrou réglementaire des « 3 Mégawatts ».  C'est le frein numéro un. La loi française encadre très strictement la taille des installations de production d'électricité autorisées à participer à une boucle d'autoconsommation collective. Pour protéger l'équilibre du réseau d' Enedis, la puissance cumulée des installations de production d'une ACC est limitée à 3 MW — mégawatt, par opération. Dans le cas présent, une seule éolienne développe 3,5 MW à elle seule. 
  • la conséquence : il est légalement impossible de faire entrer la totalité de l'usine dans une boucle d' ACC. Pour y parvenir, il faudrait « isoler » virtuellement une seule éolienne — voire brider sa puissance, pour l'attribuer à la collectivité et aux habitants, tandis que les 16 autres continueraient à vendre leur électricité de manière classique.
5Et pour acheter la paix sociale ? Ici, même pas besoin de lâcher des miettes de production et de pognon — l'équivalent d'une demi-éolienne ? en circuit court à bas coût à la population, car tous les conseils municipaux ou presque, soutiennent les écornifleurs du vent et, la grande majorité des administrés font de même. Voir la participation famélique aux enquêtes publiques. « La condition d’animal domestique entraîne celle de bête de boucherie ». Ernst JÜNGER, Traité du rebelleDer Waldgang.
 
6. Le défi de l'intermittence — le vent ne souffle pas sur commande
  Une éolienne ne tourne pas en permanence. Pour rappel le facteur de charge national— FC, 2025, était de 21,4%7, en baisse.
 
6. Il s’agit du rapport entre la puissance maximale théorique d’une éolienne — c’est-à-dire sa production si le vent soufflait 100 % du temps à la vitesse nominale, et la production qui a effectivement lieu, au cours d’une année.  
7. Pour comparer avec les années précédentes, avec moins d'éoliennes en activité2020 : 26,6 % - 2021 : ~24–25 % - 2022 : ~22–23 % - 2023 : 26,2 % - 2024 : 21,7 %. Source. https://assets.rte-france.com/prod/public/2026-03/Bilan-electrique-2025-rapport-complet.pdf
  • Quand il y a du vent : vous consommez l'électricité de l'usine locale — généralement facturée moins cher. Quand on prend toutes les dépenses en compte, frais de gestion de la PMO — Personne morale organisatrice, de facturation, etc., l'électron produit localement reste intrinsèquement moins cher. Cependant, l'obligation de payer l'acheminement — TURPE, et la gestion des données Linky fait que l'économie nette sur le kWh local est plutôt de l'ordre de 20% à 30%. Et comme cette réduction ne s'applique que lorsque le vent souffle, cela se traduit par une baisse de 15% à 20% sur votre facture globale annuelle.
  • Quand le vent tombe : c'est votre fournisseur d'électricité classique qui prend automatiquement et instantanément le relais. Les habitants conservent donc un double système contractuel sans risque de coupure.
7. Des zones de friction pour chaque acteur
1. TRIG : un risque de complexité et de manque à gagner  ! Pour le fonds d'investissement TRIG, ce modèle n'est pas un long fleuve tranquille :
  • la rupture de contrats juteux : l'usine éolienne vend déjà son électricité via des contrats long terme sécurisés. Rompre ou modifier ces contrats pour basculer en autoconsommation peut entraîner des pénalités financières auprès de l'acheteur initial.
  • gérer une ACC nécessite de créer une « PMO ». C'est une structure juridique — souvent une association ou une coopérative entre TRIG, la collectivité et les habitants, qui doit gérer les entrées/sorties des clients, calculer les clés de répartition de l'énergie chaque mois et communiquer avec Enedis. Pour un fonds financier, cette gestion humaine et locale est chronophage et complexe.
  2. Le fournisseur habituel — SICAE, EDF, TotalEnergies : un manque à gagner évident
    Les fournisseurs d'électricité classiques sont les vrais perdants à court terme de l'opération :
  • perte de volume d'affaires : chaque kilowattheure produit par les 17 éoliennes et consommé par un habitant ou la mairie est un kilowattheure que le fournisseur habituel ne vend plus.
  • complexité de facturation : le fournisseur d'origine reste obligatoire pour fournir l'électricité quand il n'y a pas de vent. Il doit éditer une facture « hybride » complexe : déduire les kWh éoliens — calculés par Enedis, et ne facturer que le complément, ce qui lui demande des adaptations techniques sans marge supplémentaire.
 3. Le gestionnaire de réseau — Enedis : plus de travail, mais neutre financièrement
  Pour Enedis, l'intérêt est purement technique et réglementaire. Financièrement, ils ne perdent pas d'argent car le TURPE— Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Électricité, leur est toujours payé. Même si l'éolienne est visible depuis votre fenêtre, ses électrons empruntent le réseau public d' Enedis pour arriver jusqu'à votre compteur Linky. En revanche : cela leur demande une ingénierie lourde pour suivre l'indexation des compteurs Linky toutes les 30 minutes afin de répartir virtuellement les électrons de l'usine Vannier-Amance entre la mairie et les foyers ruraux.
 
 4. Les habitants volontaires : une contrainte d'adaptation 
  Le gain des volontaires demande un effort comportemental :
  • les habitants ne payent moins cher que s'ils consomment au moment précis où le vent souffle. S'ils lancent leurs machines les jours de calme plat, ils payent le plein tarif de leur fournisseur classique. L'inconvénient est donc l'obligation d'adapter ses habitudes de consommation à la météo pour maximiser le gain financier.
Conclusion 
   Depuis 2008, les différents conseils municipaux successifs, y compris celui issu des élections de 2026, ont systématiquement maintenu une orientation favorable au développement de l’éolien sur le territoire communal. Cette constance décisionnelle est dénoncée par les opposants comme privilégiant des intérêts économiques au détriment des enjeux essentiels que sont la protection du cadre de vie des riverains, la tranquillité publique, ainsi que la sauvegarde des paysages, du patrimoine et de l’avifaune.
  Face à cette orientation, une opposition structurée, déterminée et durable demeure pleinement mobilisée. Forte des précédents succès déjà obtenus en contentieux, elle entend poursuivre son action avec la même constance et la même conviction, convaincue que une victoire juridique peut entraîner une seconde.

Conseil municipal 2026-2032-2033 
  • Hugo CŒURDASSIER, maire, commerçant et assimilé 
  • Bertrand ROUSSELOT, 1er adjoint, ancien cadre 
  • Laurence BEL, 2eme adjoint, profession intermédiaire de la santé et du travail social
  • Élodie VERNET, personnel des services directs aux particuliers
  • Christina ULLRICH, ingénieur et cadre technique d'entreprise 
  • Sandra THIERIOT, agriculteur sur grande exploitation
  • Catherine PETIT, ancien employé
  • Arnulf KNITTEL, ingénieur et cadre technique d'entreprise 
  • Thomas GARDIENNET, ouvrier qualifié de la manutention, du magasinage et du transport
  En gras, les réélus en 2026
 
 - Inscrits : 177 / 177 en 2020
 - Abstentions : 65 / 43 
 - Votants : 112 / 134
 - Blancs ou nuls : 29 / 4
 - Exprimés : 83 / 130
 
Source.  
 
  En avant toutes !  
 
  Pour prendre connaissance de la santé financière de la commune
  - https://www.journaldunet.com/business/budget-ville/pressigny/ville-52406/recettes 
  - https:/arguscommunes.touscontribuables.org/fiche-commune/pressigny-52406
 
 


 
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