ÉLECTRICITÉ : PRODUIRE PLUS SANS SAVOIR QUOI EN FAIRE, LE PARADOXE FRANÇAIS

  La situation révélée par les chiffres de 2025 interroge profondément la cohérence des choix opérés par les pouvoirs publics en matière de politique énergétique. Alors que la France cherche à renforcer ses capacités de production d’électricité décarbonée, notamment à travers le nucléaire, elle se retrouve paradoxalement contrainte de réduire une partie de cette production faute de débouchés suffisants. Près de 36 TWh d’électricité décarbonée n’auraient ainsi pas été produits en 2025, dont 33 TWh correspondant à de la modulation nucléaire.
  Cette situation révèle moins un problème de capacité de production qu’un défaut d’anticipation et d’organisation du système électrique. Les autorités ont longtemps concentré le débat sur la construction et le maintien des moyens de production, sans développer au même rythme les capacités de stockage, les interconnexions, la flexibilité de la demande et surtout les usages capables d’absorber cette électricité. Le paradoxe est particulièrement frappant : au moment même où l’électrification de l’industrie, des transports et du chauffage est présentée comme indispensable à la décarbonation de l’économie, la France ne parvient pas toujours à valoriser une électricité abondante et bas-carbone lorsqu’elle est disponible.
  Cette situation conduit donc à questionner les choix des autorités : à quoi bon augmenter les capacités de production si le système n’est pas en mesure d’utiliser cette énergie au moment où elle est disponible ? Le véritable enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’électricité décarbonée, mais de construire une politique énergétique cohérente permettant de la consommer, de la stocker ou de l’exporter efficacement. À défaut, la France risque de financer des capacités de production dont une partie restera inutilisée et, dont le montant annuel payé par le consommateur — facture et par... le contribuable — subventions directes et indirectes, s’avérera de plus en plus élevé, tout en passant à côté d’une occasion majeure de décarboner son économie et de renforcer sa souveraineté énergétique.
  STOP À LA PPE3 !...
 
  Bonne lecture ! 
 
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Surplus d’électricité : pourquoi la France a renoncé à produire de quoi alimenter 8 millions de foyers

  En 2025, la France a renoncé à produire près de 36 TWh d’électricité décarbonée pourtant disponible, faute de preneur au moment où elle arrivait. De quoi couvrir la consommation annuelle de plus de huit millions de foyers, chauffage exclu. 
  La Commission de régulation de l’énergie vient de chiffrer cette année filière par filière, et le résultat déplace le débat. Ce que la France a le plus renoncé à produire n’est pas du renouvelable, c’est du nucléaire, et dans un rapport de un à onze.
 
Ce que la France a renoncé à produire en 2025 
  Dans son rapport sur l’économie du système électrique français, publié en septembre, le régulateur additionne l’électricité disponible qui n’a pas été produite, faute de débouchés économiques. Trois lignes, très inégales.
  • La première pèse 33 TWh de modulation nucléaire, soit 8 % de la production potentielle annuelle du parc. 
  • Les deux autres tiennent en trois térawattheures : 1,6 TWh de solaire écrêté, soit 5 % de son potentiel, et 1,3 TWh d’éolien, soit 3 %.
Production potentielle et production réalisée en 2025, par filière. Source : Commission de régulation de l’énergie, rapport « Économie du système électrique français hexagonal », septembre 2026, graphique établi à partir de données RTE.
 
  Mis bout à bout, ces volumes approchent 36 TWh. La comparaison avec huit millions de foyers est notre calcul, à partir d’une consommation moyenne de 4 200 kWh par an et par ménage, chauffage exclu. Un logement chauffé à l’électricité en consomme deux à quatre fois plus : le même volume n’y couvrirait qu’environ quatre millions de foyers.
  Une précision s’impose avant d’aller plus loin, et le régulateur la donne lui-même : la modulation nucléaire ne répond pas qu’au prix. Elle inclut la modulation pour économie de combustible et des contraintes industrielles propres au parc. Le chiffre retenu est celui publié par EDF pour 2025.
 
Pourquoi arrêter des centrales qui ne polluent pas
  L’explication tient en une phrase du rapport. Lors des épisodes de prix très faibles, nuls ou négatifs, la demande passe sous la production décarbonée disponible à bas coût, et les interconnexions avec les pays voisins ne suffisent pas à absorber l’excédent. Il n’existe alors, écrit la Commission, aucun débouché économique pour cette électricité.
  Ces épisodes ne sont plus marginaux. L’année 2025 a compté 513 heures de prix négatifs, et notre suivi quotidien des prix montre que le rythme s’est encore accéléré depuis. La France dispose pourtant de 20 GW de capacités d’interconnexion à ses frontières : aux heures où tout le monde produit en même temps, les voisins sont dans la même situation.
  C’est le même engorgement qui conduit à payer des éoliennes pour qu’elles s’arrêtent et qui remplit la carte des zones où le réseau sature.
 
Le débat public regarde la mauvaise filière
  En volume, l’écart est sans appel : 33 TWh contre 2,9, soit onze fois plus de nucléaire modulé que de renouvelable écrêté. Les arrêts d’éoliennes et de panneaux occupent pourtant l’essentiel de la discussion publique, et l’essentiel des textes réglementaires récents.
  L’honnêteté commande une nuance, et elle compte. Rapportés à la taille de chaque parc, les pourcentages se rapprochent : le solaire perd 5 % de sa production potentielle, le nucléaire 8 %. Si le nucléaire domine autant en térawattheures, c’est d’abord parce qu’il produit dix fois plus. L’écart de volume dit la taille du parc autant que l’intensité du problème.
  Le même exercice livre au passage une bonne nouvelle, rarement citée : 117 TWh de production thermique fossile évitée, soit 86 % de moins que ce que les centrales auraient pu produire. Le calcul suppose une disponibilité technique théorique, il donne donc un maximum plutôt qu’une mesure, mais l’ordre de grandeur est là.
 
Ce qui pourrait absorber ce surplus, et ce que vous y gagnez
  Le problème n’est pas la quantité produite, c’est le moment où elle arrive. Deux leviers existent, et les deux avancent.
  • Le premier est le stockage. Les stations de pompage françaises absorbent déjà l’électricité dont personne ne veut pour la restituer aux heures de pointe, et la loi oblige désormais EDF à vendre l’accès à ces batteries géantes à ses concurrents. 
  • Le second est le déplacement de la demande : c’est la raison d’être de la réforme des heures creuses, qui bascule une partie des plages vers l’après-midi, et des offres dont le prix change selon l’heure.
  Pour un foyer, la conséquence est directe et plutôt agréable : l’électricité que vous consommez en milieu de journée est précisément celle dont le système ne sait que faire. Décaler un lave-linge ou une recharge de voiture sur ces heures-là ne relève plus du geste militant, c’est le moment où le kilowattheure vaut le moins cher. Encore faut-il que votre contrat le reflète : comparez les offres disponibles ou appelez un conseiller Selectra au 01 88 24 13 65.
  Reste une question que le rapport pose sans la trancher. Un système capable de produire 36 TWh de plus qu’il n’en écoule est un système en surcapacité, ce que la Commission reconnaît pour 2025. Mais l’électrification des transports et du chauffage doit inverser la tendance dans les prochaines années. L’électricité qu’on ne sait pas placer aujourd’hui pourrait manquer demain.
 

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