VOISEY : LE CONSEIL MUNICIPAL DONNE UN AVIS DÉFAVORABLE AU PROJET ÉOLIEN... D' ENFONVELLE

Quel retournement de situation !
  Après avoir soutenu le projet d'usine éolienne sur son territoire1, le nouveau conseil municipal élu en 2026 — dont 5 membres siégeaient déjà dans le précédent conseil parmi les 11 élus actuels — a finalement rendu un avis défavorable au projet Enfonvelle2, qui prévoit l'implantation de 4 éoliennes.
  Cet avis a été sollicité dans le cadre de l'enquête publique. En effet, le Code de l'environnement prévoit que, pour les installations classées pour la protection de l'environnement — ICPE, catégorie à laquelle appartiennent les usines éoliennes, les conseils municipaux des communes concernées situées dans un rayon de 6 kilomètres autour du projet sont invités, sans y être obligés, à se prononcer.
  L'objectif de cette consultation est de recueillir l'avis des collectivités susceptibles d'être affectées par les incidences du projet, notamment en matière de paysage, de bruit, de biodiversité, de circulation ou encore de patrimoine. Lire ci-devant.

 

Source.  
 
 
 

  La situation de Voisey par rapport au projet des 4 éoliennes d' Enfonvelle. Source.
 
 
1. L’association « À contre vent » de Melay, qui s'est fortement investie dans la lutte contre le projet éolien de Voisey a communiqué, en début d’année, sur l’évolution de ce dossier. Comme on pouvait s’y attendre, l'écornifleur du vent a formé un recours contre la décision de refus d’autorisation.
«  Une information pour vous faire savoir que le promoteur éolien ERG  a fait connaître son intention de faire un recours en justice face à la décision préfectorale de refus de leur projet des Grandes Bornes.
  Nous sommes donc partis pour un round en Justice.
  La préfecture fera valoir le bien-fondé de sa décision et l'association A Contre Vent se portera partie civile en partenariat avec les autorités préfectorales.
  Nous vous tiendrons au courant du développement de ce qui devient maintenant " une affaire "
  Amicalement,
  Le bureau d'A Contre Vent »
2
«  Le conseil municipal de Voisey s’est réuni le 5 juin, autour du maire, Nelly Elsan. Les élus ont été consultés sur la demande d’autorisation environnementale, présentée par la société Enfonvelle énergie, d’implantation d’éoliennes sur le territoire de la commune d’ Enfonvelle. Le vote a donné le résultat suivant : une voix favorable, six abstentions et trois votes contre. »
Source : jhmQuotidien, 2026 06 11, p. 22.  
 
 Cet avis défavorable si il est une excellent nouvelle pour les opposants à ce projet, ne s'avère nullement décisif dans la décision finale du préfet, qui sera en place au moment de la décision. Mais, cet un coin enfoncé dans la machine du porteur de projet. Et si d'autres conseils municipaux venaient à suivre le même exemple, nul doute que la décision finale du préfet en place ne serait que plus délicate. 
  Le vote des élus de Voisey ne donne pas non plus matière à s’enthousiasmer : une seule voix favorable, six abstentions et trois votes contre.
  On est davantage face à un avis rendu par défaut qu’à une adhésion clairement assumée. Six abstentions, ce n’est pas exactement un plébiscite ! Mais au final, peu importe l’ampleur de l’opposition : il n’existe ni petit ni grand avis défavorable. L’avis est défavorable, un point c’est tout.
  Qui sont donc ces nouveaux « héros » de l'anti-éolien ?
  Notons d’emblée que l’ancien maire, directement concerné par ce projet et particulièrement influent au sein du conseil municipal, ne figure plus parmi les élus actuels. Cette évolution n’est peut-être pas étrangère à la situation présente. Va savoir... Autre fait marquant : le nombre de votes blancs ou nuls a explosé, passant de 5 en 2020 à 56 en 2026. Faut-il y voir l'effet de la nouvelle loi électorale applicable aux communes de moins de 1 000 habitants ? Avec la suppression du panachage, les électeurs n'ont plus le droit de rayer ou d'ajouter des noms sur les listes. Un simple coup de crayon suffit désormais à rendre le bulletin nul. Voilà peut-être une piste d'explication à cette soudaine inflation des votes non comptabilisés.
 
Conseil municipal 2026-2032/2037? 

  • Nelly ELSAN, maire, ouvrier qualifié de type industriel 
  • Michel MARTIN, 1er adjoint, ancienne profession intermédiaire
  • Florence ROPERS, 2eme adjoint, ancien ouvrier
  • Béatrice CARDEUR, employé civil et agent de service de la fonction publique
  • Dominique GOUGNOT, ancien cadre
  • Christian LORRAIN, employé civil et agent de service de la fonction publique 
  • Éric CHEVRIER, ouvrier qualifié de type industriel
  • Johnny PETITCOLIN, agriculteur sur petite exploitation
  • Gwladys MARTELLE CORNET, profession intermédiaire de la santé et du travail social
  • Jean-François FLAGET, ancien ouvrier 
  • Charles RUYSSEN, agriculteur sur moyenne exploitation
  • En gras, les réélus en 2026.
     
    - Inscrits : 242 / 264 en 2020
    - Abstentions : 83 / 70
    - Votants : 159 / 194
    - Blancs ou nuls : 56 / 5
    - Exprimés : 103 / 189 
     
    Source.  
     
     
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    BRETAGNE, TAXE ÉOLIENNE : VERTIGE DES MILLIARDS D' EUROS !

      « Quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. »
    Michel Audiard,  Le Pacha — 1968, réalisé par Georges Lautner.
     
      L'article ci-devant est une analyse critique de la fiscalité liée aux projets d'éolien en mer en Bretagne. Son auteur nous informe sur les retombées financières promises aux collectivités locales et sur les conséquences réelles de ces projets pour les territoires concernés.
      Il est ici question plus spécifiquement des recettes issues de la « taxe éolienne »1 mise en place. L'auteur rappelle surtout que cette fiscalité ne constitue pas un cadeau des écornifleurs du vent, mais qu'elle est financée indirectement par les consommateurs d'électricité à travers les mécanismes de soutien public. Sans oublier que, tout ce pognon ne pourra jamais compenser les pertes paysagères, patrimoniales, environnementales et économiques causées par le développement des usines éoliennes offshore.
      L'article met également en lumière les tensions entre collectivités autour du partage de cette manne financière :
    • Répartition jugée inéquitable des recettes entre communes;
    • Conflits entre élus pour capter ces ressources;
    • Dépendance financière que cette taxe pourrait créer pour certaines collectivités;
    • Investissements publics supplémentaires nécessaires pour adapter les infrastructures portuaires à l'éolien flottant;
    • etc. 
     Ainsi, l'auteur y voit le symptôme d'une dépendance croissante à des ressources fiscales liées à des projets pourtant contestés localement.
      Enfin, il estime que cette taxe est utilisée comme un moyen de rendre les projets plus acceptables localement — « acheter la paix sociale », mais que, malgré tout, l'opposition demeure forte, parmi les élus et les citoyens
     
      La contestation actuelle contre l'éolien en Bretagne saura-t-elle égaler le soulèvement populaire de Plogoff qui, à la fin des années 1970, avait rassemblé jusqu'à 100 000 personnes pour faire reculer l'État et EDF sur le nucléaire ?2
     
    Va savoir, Charles !... 
     
    1. Source
     « La taxe éolienne en mer sur le domaine public maritime — jusqu'à 12 milles des côtes, soit environ 22 km. Cette taxe annuelle est acquittée par l’exploitant du parc éolien. Elle dépend du nombre de mégawatts installés dans chaque unité de production d’électricité c'est-à-dire dans chaque éolienne. En 2025, la taxe est de 20 248 € par an par mégawatt installé, soit près de 20,25 millions d’euros pour un parc de 1 000 MW.
      La répartition de la taxe est prévue par l'article 1519 C du code général des impôts :
        50 % sont affectés aux communes littorales d’où les installations sont visibles ;
        35 % sont affectés aux comités des pêches maritimes et des élevages marins ;
        10 % sont affectés, à l’échelle de la façade maritime, à l’Office français de la biodiversité ;
        5 % sont affectés aux organismes de secours et de sauvetage en mer. »
     
    2. Rappel des faits historiques — 1974 - 1981
    • 1974 : suite au choc pétrolier, l'État valide un plan nucléaire massif. La commune de Plogoff — près de la Pointe du Raz, est retenue pour accueillir une centrale;
    • 1980 : pendant 6 semaines d'enquête publique, le village se transforme en zone d'affrontements quotidiens entre les habitants — notamment les femmes du village en première ligne, et les gardes mobiles. En mai, le mouvement prend une dimension régionale et identitaire. Il culmine avec un rassemblement gigantesque de 100 000 personnes à la baie des Trépassés. 
    • 1981 : tout juste élu président, François Mitterrand tient sa promesse de campagne et officialise l'abandon total du projet. 
     Forte mobilisation des manifestants anti- nucléaire à Plogoff, en 1980.
    Forte mobilisation des manifestants anti- nucléaire à Plogoff, en 1980. Photo Archives Le Télégramme/Eugène Le Droff. 
     
    Bonne lecture.
      
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    Taxe éolienne : la valse indécente des milliards



      PIEBÎEM publie sur le sujet de la taxe éolienne une version un peu plus longue d' un texte qui a fait l'objet d'une tribune dans Ouest-France du 4 juin 2026 : Taxe éolienne : la valse indécente des milliards
    1. Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu; 
    2. Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique; 
    3. Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné ! - L'argent de la honte éolienne !

    1) Une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu
      Les éoliennes géantes de l'AO10 n'ont pas encore transformé nos paysages littoraux et îliens de Bretagne en zone industrielle que déjà certains élus locaux se battent de manière indécente pour récupérer une manne qui ne compensera jamais ce qui a été perdu. Une série d'articles de la presse locale consacrée à la taxe éolienne et à sa répartition résume un spectacle peu édifiant.

    2) Une taxe éolienne qui n'est pas un cadeau des promoteurs mais des contribuables et à la répartition très problématique 
      Nous rappelons tout abord que la taxe éolienne n'est pas un acte de générosité des promoteurs éoliens, mais qu'elle trouve son origine…dans la poche des consommateurs d'électricité, particuliers, artisans, industriels ; et qu'accordée par décret, elle peut aussi être supprimée par décret.
      La taxe éolienne peut représenter jusqu'à 10% du budget de certaines communes – actuellement celles en vue des éoliennes de façon si stricte que, par exemple, pour Bretagne sud, elle ne sera versée qu'aux communes de Bangor et de Sauzon : même l'île de Groix, même mes communes de Quiberon, en très forte visibilité n'en profiteraient pas. Pour l'ensemble des parcs bretons, elle pourrait générer 3 milliards d'euros sur 25 ans, une somme bien inférieure aux 6 milliards d'aides publiques accordées au seul parc éolien de Bretagne sud.
     
     
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      Alors, les esprits s'échauffent. Certains édiles se voient traités de princes monégasques et refusent toute modification de la taxe éolienne ; certains de leurs collègues les menacent alors de les priver de subventions régionales; pour Saint-Nazaire, on avait vu d'homériques bagarres entre édiles locaux sur la prise en considération -ou pas- des résidences secondaires… Et, par la voix de Loïg Chesney-Girard, la Région réclame sa part du « gâteau » : les finances sont exsangues — merci de cet aveu !, et il va falloir investir massivement dans les ports pour qu'ils puissent accueillir les installations nécessaires à l'éolien flottant
     
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      Sur ce sujet des ports, les élus feraient bien de lire soigneusement le rapport de la Cour des Comptes de 2025 sur Eole, le projet d'aménagement du port de Saint-Nazaire pour l'éolien flottant : elle y parle d'un pari français sur l'éolien flottant qui parait particulièrement ambitieux pour une filière avec de fortes incertitudes techniques, de rentabilité qui ne saurait reposer que sur les subventions publiques et de de forts risques de coûts échoués.   
      Là-dessus vient se greffer le débat sur l'attribution de la taxe éolienne au-delà des 12 milles, pour l'instant attribué à l'État. Le Préfet de Bretagne M. Robine s'est dit favorable à une réforme rapide. M. Jimmy Pahun, désormais acquis sans réserve au projet éolien de Bretagne sud s'y est essayé et s'est attiré cette réponse du ministre Lescure, guère pressé d'ouvrir cette boite de Pandore : 
    « Monsieur Pahun, il faut faire attention, parce que ces taxes sont des vases communicants et qu'il y aura donc, si vous voulez en modifier la répartition, des négociations compliquées entre ceux qui les touchent et ceux qui ne les touchent pas. Cette question se posera et sera négociée au-delà de 2030 ». 
    Bon courage !

    3) Une taxe qui « sert à acheter la paix » ? : c'est pas gagné !
      Ces élus drogués à la taxe éolienne sont -ils sourds, n'entendent-t-ils pas monter la protestation de tous ceux qui veulent protéger ce patrimoine qui nous avons reçu et que nous voulons léguer, ce patrimoine qui parfois est le seul patrimoine de ceux qui n'en ont pas d'autres : « Nos paysages ne sont pas à vendre ! » 
      Ils n'entendent pas leurs collègues de la Communauté de Commune de Belle-Île : 
    « L'œil nu peut facilement imaginer l'impact de ces parcs d'éoliennes. Nous n'accepterons jamais l'inimaginable » ; les élus de la majorité du Conseil Départemental : « le projet transformerait durablement des panoramas parmi les plus remarquables de France. L'atteinte à l'image du territoire, fondée sur la qualité exceptionnelle de ses paysages littoraux, serait considérable. Le tourisme, compétence de droit du département, ne manquerait pas d'être impacté »; 
      Philippe Le Ray, Président d'AQTA Auray Quiberon Terre Atlantiquecommunauté de communes située dans le département du Morbihan ] 
    « On est attaché à la beauté de notre territoire : on leur parle de ça, et ils nous répondent indemnisation et mètre carré. Aujourd'hui, on dit clairement, les éoliennes, on n'en veut pas » ?
      Ils n'entendent pas plus :
    • Le Comité Energie de l'Académie des Sciences qui affirment que nous n'avons pas besoin d'ici 2035 de productions électriques supplémentaires, surtout ENR;
    • L'Académie des Technologies et de la CRE — Commission de Régulation de l Énergie, qui appellent à déprioriser l'éolien en mer, particulièrement flottant; 
    • RTE qui chiffre à au moins 47 milliards le raccordement électrique de l'éolien en mer et propose un scenario réaliste de décarbonation avec une forte réduction des objectifs éolien en mer — jusqu'à 7GW en 2035 au lieu de 18 dans le plan éolien en mer ?
      Une taxe avouent certains qui « sert à acheter la paix face à l'impopularité des projets ». C' est pas gagné !
      Les élus gagneront l'impopularité que mérite l'indécence de leurs luttes pour se disputer l'argent de la honte éolienne, l'argent des paysages dévastés, du patrimoine défiguré — les mégalithes classés Unesco !, des oiseaux et des cétacés massacrés, des fonds rocheux, avec leurs coraux, leurs bancs de maërl, leurs herbiers de zostère, leurs zones de nourriceries uniques massacrés, de la pêche artisanale disparue. 

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    BIOMÉTHANE : LA GRANDE ET COÛTEUSE ILLUSION VERTE

      Dans l' article ci-devant, l’auteur porte un regard critique sur le développement du biométhane en France. Il dénonce l’écart entre l’image d’une énergie « verte » produite à partir de déchets et la réalité d’une filière largement dépendante de cultures agricoles dédiées. Selon lui, cette production exerce une pression croissante sur les terres agricoles et concurrence d’autres usages essentiels comme l’alimentation ou la biodiversité.
      L’auteur souligne également les limites physiques et économiques du biométhane : faible rendement énergétique, coûts de production élevés et forte dépendance aux subventions publiques. Il estime ainsi que les gaz verts ne pourront pas remplacer massivement le gaz fossile.
      Plus largement, cette critique rejoint celle adressée à l’ensemble des filières d’énergies renouvelables — éolien, solaire, biométhane, etc. — accusées par de plus en plus de Français, de présenter une efficacité limitée dans la réduction réelle des émissions de carbone, tout en faisant peser des coûts importants sur les contribuables et les consommateurs — via les subventions de l'État. Ces filières sont également critiquées pour leur modulation des paysages, de l’environnement et l’organisation des territoires, au bénéfice principalement de quelques acteurs économiques : écornifleurs « verts », industriels ou acteurs agricoles.
      La conclusion de l’auteur est que la transition énergétique doit avant tout passer par une réduction de notre consommation de gaz, notamment grâce à l’électrification des usages et au développement des pompes à chaleur.
     
    Bonne lecture.
     
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     Retour sur terre pour les gaz verts

     

     Par Dan Meller*
     
     
     
     
      Longtemps marginale, la production de gaz renouvelables occupe désormais une place croissante dans les scénarios énergétiques français. Le biométhane injecté dans les réseaux représente moins de 5% du gaz consommé en France, mais il bénéficie d’un fort soutien public et d’une image favorable : celle d’une énergie locale, circulaire et issue de déchets.

      Cette représentation n’est pas entièrement fausse. Une partie du biométhane provient bien de biodéchets, de boues de stations d’épuration, d’effluents industriels ou encore de gaz captés sur les décharges. Mais ces ressources demeurent minoritaires dans la production française actuelle. Le développement du gaz renouvelable repose aujourd’hui principalement sur un modèle agricole

    Une filière très majoritairement agricole et végétale 

      Selon les dernières données de la CRE (Commission de régulation de l’énergie), environ 85% du biométhane injecté est issu d’installations agricoles. La filière est souvent présentée comme un prolongement naturel de l’élevage grâce à la valorisation des effluents (fumiers et lisiers) selon une image désormais bien installée dans la communication du secteur.
     
     
     

      Pourtant, la géographie de la méthanisation raconte une autre histoire. Statistiquement, les départements produisant le plus de biométhane sont ceux où l’élevage est le moins développé. Cette dissociation s’explique par le rôle central joué non par les effluents d’élevage, mais par les matières végétales, dont le pouvoir méthanogène est nettement plus élevé.

      Sur la base des dernières données de la CRE, on peut estimer qu’environ les 3/4 du biométhane agricole est issu de matières végétales brutes, qu’il s’agisse de coproduits agricoles (paille, pulpes de betterave, etc.) ou de cultures dédiées souvent qualifiées de cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE). Pour obtenir cette appellation administrative, ces cultures doivent être associées dans la même année à une culture dite « principale ». Elles sont souvent confondues avec les couverts végétaux, qui poursuivent des objectifs agronomiques et environnementaux sans vocation à être récoltés. Les CIVE, au contraire, répondent à un objectif de production. Elles mobilisent donc fréquemment des pratiques comparables à celles des cultures principales : fertilisation, travail du sol, irrigation ou recours aux produits phytosanitaires. 

    Le rôle indirect mais central du maïs 

      Le maïs entretient un lien paradoxal avec la méthanisation en France. Alors que le grand public et les académiques constatent que le développement des méthaniseurs s’accompagne d’une progression des surfaces cultivées en maïs, la filière répond, à juste titre, que le maïs ensilage est peu utilisé directement comme intrant dans les méthaniseurs français.

      Ces deux constats ne sont pourtant pas contradictoires. Un effet, si le maïs s’est imposé comme une des principales semences de CIVE « d’été », il joue également un rôle structurant pour les CIVE « d’hiver ». Sa forte productivité permet d’organiser des rotations agricoles libérant du temps et des surfaces pour des cultures intermédiaires ensuite valorisées en méthanisation. Lorsque l’on observe les successions culturales susceptibles d’accueillir des CIVE d’hiver, les 3/4 de ce potentiel se situe avant ou après une culture de maïs.

    Figure 2. Transitions entre cultures principales pour 75% des terres arables
     
     
     
     

      Ainsi, même lorsque le maïs n’est pas méthanisé lui-même, son développement peut contribuer à l’extension des cultures énergétiques destinées à alimenter les unités de biométhane. 

    Le verrou physique du rendement à l’hectare 
      L’usage de matières végétales brutes exerce nécessairement une pression sur les autres usagers de ces ressources et notamment l’alimentation animale. À titre d’exemple, la méthanisation absorbe désormais plus d’un tiers des pulpes de betterave en France ce qui a eu pour effet de retirer cette ressource bon marché a de nombreux éleveurs et de doubler son prix de marché entre 2019 et 2024.

      Au-delà de la pression exercée sur les usages fourragers, l’utilisation de matières végétales brutes pour produire de l’énergie interroge plus fondamentalement l’efficacité de l’usage des sols.

      Le cœur du problème tient au rendement énergétique de la photosynthèse. Produire un gaz à partir de biomasse suppose de capter l’énergie solaire via des cultures, puis de convertir cette biomasse en méthane. Chacune de ces étapes entraîne des pertes importantes.

      Ainsi, un parc photovoltaïque produit environ 30 fois plus d’énergie par unité de surface que la méthanisation ou les biocarburants ne le font à partir d’un champ de maïs. Derrière la question des gaz verts apparaît une compétition croissante pour l’usage des terres : alimentation, biodiversité, stockage du carbone, matériaux biosourcés et production d’énergie entrent en concurrence. Le recours au biogaz et aux biocarburants obère les surfaces disponibles pour les autres usages, pour une production énergétique relativement faible.

      Ce faible rendement énergétique a une conséquence directe : un coût de production élevé. Les tensions géopolitiques récentes au Moyen-Orient ont rappelé la forte volatilité des prix du gaz fossile : le prix du MWh est passé en quelques semaines d’environ 30 à 50 €. Dans le même temps, la CRE estime le coût du MWh de biométhane à plus de 130 €. Ces épisodes permettent de prendre la mesure de l’écart structurel qui subsiste entre le gaz fossile et le biométhane.

      Aujourd’hui, cet effet sur les factures reste peu visible car le développement de la méthanisation repose largement sur des subventions publiques compensant l’écart avec le prix du gaz fossile via les mécanismes de tarif d’achat

    Quels clients pour des gaz verts? 

      Cette situation interroge néanmoins la place que pourraient occuper les gaz verts dans un système énergétique décarboné. Le gaz fossile s’est historiquement imposé comme énergie de chauffage parce qu’il était abondant en tant que coproduit de l’exploitation pétrolière et donc bon marché. Un gaz renouvelable structurellement coûteux peut difficilement prétendre alimenter des usages diffus de chaleur, notamment dans le résidentiel et le tertiaire.

      En revanche, certains usages spécifiques pourraient justifier le maintien d’une ressource gazeuse décarbonée : production électrique de pointe, certains procédés industriels difficilement électrifiables, ou encore usages comme matière première chimique.

      Encore faut-il s’assurer que ces usages potentiels du gaz vert soient suffisamment protégés d’une concurrence internationale basée sur du gaz fossile. L’industrie chimique européenne subit déjà les écarts de prix du gaz avec les États-Unis, où l’accès à un gaz fossile abondant demeure un avantage compétitif majeur. 

    Les autres couleurs des gaz verts 

      Au-delà du biométhane, d’autres filières de « gaz verts » sont régulièrement mises en avant par l’industrie : pyrogazéification ou gazéification hydrothermale notamment. Ces technologies visent à produire du gaz à partir de biomasse ou de déchets carbonés solides et liquides.

      Malgré des annonces nombreuses ces dernières années, les réalisations industrielles demeurent encore limitées. Là encore, les difficultés tiennent en grande partie aux contraintes physiques et économiques des procédés.

      Transformer une ressource solide en gaz avant de produire de la chaleur implique plusieurs étapes de conversion successives, chacune accompagnée de pertes. Dès lors, une question économique élémentaire apparaît : quel intérêt y a-t-il à gazéifier du bois pour produire du méthane, puis brûler ce méthane pour obtenir de la chaleur, alors que le bois peut être brûlé directement pour produire de la chaleur avec un meilleur rendement global ?

      La production de chaleur à partir de gaz serait alors structurellement moins compétitive que la chaleur issue de chaudières à bois.

      La même interrogation vaut pour certains déchets combustibles, dont la valorisation énergétique directe constitue toujours une option efficace. 

    Réduire d’abord notre dépendance au gaz 

      Les gaz renouvelables conserveront probablement une place dans le système énergétique français. Mais l’impact sur l’agriculture, les rendements limités et les coûts élevés rendent peu crédible l’hypothèse d’un remplacement massif du gaz fossile à consommation constante. Les gaz verts apparaissent moins comme un substitut généralisé que comme une ressource rare, coûteuse et stratégique, à réserver en priorité aux usages les plus difficiles à électrifier… et à condition de les protéger de la concurrence internationale.

      La réduction de notre dépendance au gaz fossile passe donc d’abord par une baisse de notre consommation de gaz. Dans cette perspective, l’électrification des usages thermiques — notamment via les pompes à chaleur, dont l’efficacité énergétique est élevée — apparaît comme le principal levier pour nous libérer du gaz fossile.
     
     
    Dan Meller a publié en avril 2026, avec Alice Vilcot, Libérer la France du gaz fossile, aux Presses des Mines.
     
     
     
    *  Issu de la promotion 2024 du corps des Mines, travaille au SPR — service prévention des risques, au sein de la DREAL PACA — Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Provence-Alpes-Côte d’Azur.
     

    VOISEY : LE CONSEIL MUNICIPAL DONNE UN AVIS DÉFAVORABLE AU PROJET ÉOLIEN... D' ENFONVELLE

    Quel retournement de situation !   Après avoir soutenu le projet d'usine éolienne sur son territoire 1 , le nouveau conseil municipal él...