Épisode précédent : MAREILLES : APRÈS L'USINE ÉOLIENNE, VOICI MAINTENANT LE PROJET D' USINE PHOTOVOLTAÏQUE
Depuis 2022, un projet d’ agrivoltaïsme privé — autrement dit une usine photovoltaïque au sol implantée sur des terres agricoles — est envisagé sur le territoire de la commune.
« Les terrains sollicités par le présent projet appartiennent à l’ EARL des ROCHES, une
exploitation de polyculture-élevage engagée dans la production d’Emmental Grand Cru Label Rouge (IGP). »
Ce projet s’inscrit dans un contexte plus large de développement de projets énergétiques sur le territoire, notamment celui de l' usine de 7 éoliennes, 230m en bout de pale ! dit Bois des Charmes, approuvée par les conseils municipaux successifs. Avec mention particulière pour le conseil municipal actuel, élu en 2026, qui affiche la volonté d' aller plus loin, en engageant la commune d'en une participation au capital de la société porteuse du projet éolien, comme cela a été rapporté publiquement.
Et concernant le projet agrivoltaïque ?
En l’état actuel de nos recherches et sous réserve d’éléments complémentaires, aucune délibération officielle du conseil municipal relative au projet agrivoltaïque n’a été identifiée. Si cette absence d’acte formel interdit d’imputer une position officielle à la municipalité, l’historique constant de soutien apporté par l’instance aux projets d’énergies renouvelables locaux — éoliens, combiné à l'implication directe de plusieurs élus dans le dossier — suggère une orientation a priori favorable.
L’enquête publique
En l’état actuel de nos recherches et sous réserve d’éléments complémentaires, aucune délibération officielle du conseil municipal relative au projet agrivoltaïque n’a été identifiée. Si cette absence d’acte formel interdit d’imputer une position officielle à la municipalité, l’historique constant de soutien apporté par l’instance aux projets d’énergies renouvelables locaux — éoliens, combiné à l'implication directe de plusieurs élus dans le dossier — suggère une orientation a priori favorable.
L’enquête publique
Cette dernière se déroulera du 23 septembre au 22 octobre 2026.
Monsieur Jean-Jacques FRANC, est désigné en qualité de commissaire-enquêteur titulaire. Ce dernier est un ancien ingénieur de la Direction départementale des territoires — DDT, de Haute-Marne, aujourd'hui retraité.
À noter que jusqu'à présent il n'a traité que des projets d'usines solaires — Rimaucourt / Vignes-la-Côte → avis favorable, Montreuil-sur-Thonnance / Thonnance-lès-Joinville → avis favorable. Pour l'éolien, aucune enquête trouvée.
Dans le détail :
Le projet porté par MANA ML prévoit notamment 73 010 panneaux, une puissance de 50 MWc, une production annoncée de 55,763 GWh/an et une durée d’exploitation de 35 ans sur un site agricole d'environ 61 hectares.
Cette société a été créée en 2021 uniquement pour ce projet. Elle est une des nombreuses filiales de la holding MANA ÉNERGIES1, créée en juillet 2019 par Fabien Lepetit — ex-cadre chez EDF et Langa, qui en est le président, aux côtés de David Chaudeurge — directeur général. Son siège social est à Grézieu-la-Varenne — métropole de Lyon, 69. C'est un développeur, producteur et investisseur indépendant dans les énergies renouvelables, spécialisé dans le solaire photovoltaïque au sol, l'agrivoltaïsme, les ombrières et les toitures solaires. Ainsi, pour chaque projet photovoltaïque ou agrivoltaïque identifié sur un territoire, MANA ÉNERGIES crée une sous-société dédiée, comme MANA ML. Cette pratique courante dans le secteur des énergies renouvelables permet d'isoler juridiquement et financièrement chaque projet foncier et son financement bancaire. En clair, la création de la société fille — MANA ML, permet d'isoler le projet. Si ce chantier échoue ou rencontre des problèmes financiers, les pertes restent bloquées au niveau de cette filiale, ce qui protège les finances de la maison mère. Ce modèle est classique dans le secteur renouvelable, mais il implique que le risque repose surtout sur la filiale locale. Si la filiale fait faillite, les contrats de loyer conclus avec les propriétaires ou agriculteurs tombent, sans que la maison mère ne soit légalement forcée de payer à sa place — sauf si une garantie spécifique a été signée.
1. La situation financière de MANA ÉNERGIES expliquée de manière simple :
- Un trou dans la caisse sur le dernier bilan : L'entreprise affiche une perte d'environ 660 000 €. C'est une dégradation importante par rapport à l'année précédente où elle était tout juste à l'équilibre — +15 000 €;
- Il lui reste 1,7 million € en caisse, alors qu'elle en avait plus de 4,2 millions l'année précédente. L'argent fond au rythme des investissements;
- Plus de dettes que de fonds propres : ses dettes bancaires et financières s'élèvent à 4 millions €, ce qui dépasse son capital et ses réserves — fonds propres à 2,15 millions €.
- L'entreprise est en « phase de tension » classique : c'est le profil typique d'un jeune développeur d'énergies renouvelables qui dépense beaucoup d'argent pour lancer des dizaines de projets en France, mais qui n'a pas encore encaissé les bénéfices de leur exploitation ou de leur revente;
- Un risque pour les projets locaux : si les banques coupent les crédits ou si les projets prennent du retard, la holding peut se retrouver rapidement à sec;
- Le rôle de la filiale locale : c'est exactement pour cette raison qu'ils ont créé la société MANA ML pour le projet de Mareilles : si la holding vient à aller mal — ou inversement, si ce projet précis est rejeté, le problème est cantonné et ne fait pas s'écrouler tout le reste d'un coup.
L'avis de la Mission Régionale d'Autorité environnemental — MRAe
Son avis est plutôt nuancé, mais elle identifie plusieurs insuffisances importantes du dossier.
Elle reconnaît notamment :

Elle reconnaît notamment :
- que le projet permettrait de maintenir une activité d'élevage bovin;
- que le passage de cultures à des prairies pourrait réduire l'utilisation d'engrais et de pesticides;
- que les impacts directs sur les espèces protégées peuvent être limités grâce aux mesures prévues;
- que la nappe phréatique est suffisamment profonde — environ 50 m — pour que les pieux de 1,5 à 2 m ne la touchent normalement pas.
Mais elle demande un certain nombre de compléments et de garanties.
Les principales questions posées par la MRAe
1. L'agriculture sera-t-elle réellement maintenue ?
C'est l'un des points centraux.
La MRAe demande que MANA ML indique quelle surface minimale d'herbe réellement productive doit être maintenue entre les panneaux pour garantir une production agricole significative. Elle demande également un suivi des performances herbagères, puisque le pâturage des bovins sous panneaux est présenté comme une expérimentation.
Autrement dit : il faut démontrer que l'activité agricole reste réellement productive !
2. Comment les câbles seront-ils protégés ?
Le dossier ne précisait pas suffisamment comment les câbles électriques entre les panneaux seraient installés, notamment leur profondeur et leur protection face au passage des bovins, particulièrement lorsque le sol est boueux. La MRAe demande donc des précisions sur ce point.
3. Le bilan carbone annoncé par MANA ML est-il correct ?
C'est probablement la critique la plus forte de l'avis. La MRAe considère que le gain de CO₂ annoncé par MANA ML est largement surestimé, quelle que soit l'origine des panneaux. Elle demande donc de :
4. Pourquoi avoir choisi ce terrain ?
La MRAe reproche au dossier de ne pas présenter suffisamment de sites alternatifs ni de comparaison environnementale entre les sites écartés. Elle demande une véritable analyse multicritère permettant de démontrer que le site de Mareilles est celui qui présente le moindre impact environnemental. C'est une question particulièrement intéressante pour l'enquête publique.
5. Quel sera l'impact du raccordement électrique ?
Le raccordement envisagé devait se faire sur le poste source de Chaumont, à environ 14 km. Or, en 2023, les possibilités précises de raccordement n'étaient pas encore connues : une étude détaillée d' ENEDIS devait le déterminer. La MRAe rappelle que le raccordement fait partie intégrante du projet et que ses impacts doivent donc eux aussi être étudiés.
Les principales questions posées par la MRAe
1. L'agriculture sera-t-elle réellement maintenue ?
C'est l'un des points centraux.
La MRAe demande que MANA ML indique quelle surface minimale d'herbe réellement productive doit être maintenue entre les panneaux pour garantir une production agricole significative. Elle demande également un suivi des performances herbagères, puisque le pâturage des bovins sous panneaux est présenté comme une expérimentation.
Autrement dit : il faut démontrer que l'activité agricole reste réellement productive !
2. Comment les câbles seront-ils protégés ?
Le dossier ne précisait pas suffisamment comment les câbles électriques entre les panneaux seraient installés, notamment leur profondeur et leur protection face au passage des bovins, particulièrement lorsque le sol est boueux. La MRAe demande donc des précisions sur ce point.
3. Le bilan carbone annoncé par MANA ML est-il correct ?
C'est probablement la critique la plus forte de l'avis. La MRAe considère que le gain de CO₂ annoncé par MANA ML est largement surestimé, quelle que soit l'origine des panneaux. Elle demande donc de :
- préciser l'origine des panneaux;
- recalculer le gain réel de CO₂;
- intégrer le changement d'utilisation des sols;
- prendre en compte l'ensemble du cycle de vie;
- calculer le temps de retour énergétique;
- calculer également le temps de retour en termes d'émissions de GES.
4. Pourquoi avoir choisi ce terrain ?
La MRAe reproche au dossier de ne pas présenter suffisamment de sites alternatifs ni de comparaison environnementale entre les sites écartés. Elle demande une véritable analyse multicritère permettant de démontrer que le site de Mareilles est celui qui présente le moindre impact environnemental. C'est une question particulièrement intéressante pour l'enquête publique.
5. Quel sera l'impact du raccordement électrique ?
Le raccordement envisagé devait se faire sur le poste source de Chaumont, à environ 14 km. Or, en 2023, les possibilités précises de raccordement n'étaient pas encore connues : une étude détaillée d' ENEDIS devait le déterminer. La MRAe rappelle que le raccordement fait partie intégrante du projet et que ses impacts doivent donc eux aussi être étudiés.
Produire de l'électricité est une chose mais... pouvoir l'injecter dans le réseau électrique en est une autre. Les documents publiés par RTE montrent que le réseau électrique de la Haute-Marne fait déjà l'objet de contraintes importantes et que des travaux spécifiques sont nécessaires pour permettre le développement de nouvelles énergies renouvelables — le Schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables- S3REnR.
Pour le poste de Chaumont envisagé, le document indique : 18 MW de capacité réservée et 18 MW affectés, soit 0 MW de capacité réservée résiduelle. Cela ne signifie pas que plus aucun projet ne pourra jamais être raccordé dans le secteur. Cela signifie en revanche que les capacités actuellement réservées à ces postes sont déjà entièrement utilisées ou dépassées, et que le développement de nouvelles capacités dépend notamment des évolutions et renforcements du réseau prévus par le S3REnR. Dans ces conditions, il serait erroné de considérer que le raccordement est automatiquement garanti.
6. Quel impact sur les forêts et la biodiversité ?
Le projet est bordé par des boisements constituant des zones de transition importantes pour la faune. Des espèces protégées ont été recensées, notamment plusieurs oiseaux, l'écureuil roux et quatre espèces de chauves-souris. La MRAe estime que les mesures de réduction sont globalement pertinentes, mais elle demande impérativement un recul d'au moins 10 mètres entre les panneaux/la piste périphérique et les lisières forestières. Elle souligne également un point intéressant : MANA ML estimait qu'il n'était pas possible d'éviter certaines zones sensibles puisque la totalité du terrain devait être utilisée. La MRAe n'est pas d'accord avec ce raisonnement : elle considère qu'il est toujours possible de rechercher un meilleur évitement des secteurs écologiquement sensibles.
7. Le paysage est-il suffisamment protégé ?
La MRAe considère la sensibilité paysagère comme relativement faible, notamment grâce aux boisements. Mais elle demande que la haie prévue soit constituée de plants :
8. Qui garantira le démantèlement dans 35 ans ?
Le projet prévoit le démantèlement complet à la fin de l'exploitation. Mais la MRAe demande que soient précisées les modalités juridiques et financières garantissant réellement ce démantèlement. C'est une question particulièrement pertinente compte tenu de la durée du projet.
En résumé, l'avis de la MRAe en 5 phrases :
6. Quel impact sur les forêts et la biodiversité ?
Le projet est bordé par des boisements constituant des zones de transition importantes pour la faune. Des espèces protégées ont été recensées, notamment plusieurs oiseaux, l'écureuil roux et quatre espèces de chauves-souris. La MRAe estime que les mesures de réduction sont globalement pertinentes, mais elle demande impérativement un recul d'au moins 10 mètres entre les panneaux/la piste périphérique et les lisières forestières. Elle souligne également un point intéressant : MANA ML estimait qu'il n'était pas possible d'éviter certaines zones sensibles puisque la totalité du terrain devait être utilisée. La MRAe n'est pas d'accord avec ce raisonnement : elle considère qu'il est toujours possible de rechercher un meilleur évitement des secteurs écologiquement sensibles.
7. Le paysage est-il suffisamment protégé ?
La MRAe considère la sensibilité paysagère comme relativement faible, notamment grâce aux boisements. Mais elle demande que la haie prévue soit constituée de plants :
- suffisamment hauts;
- d'essences locales adaptées;
- dont la reprise soit effectivement surveillée.
8. Qui garantira le démantèlement dans 35 ans ?
Le projet prévoit le démantèlement complet à la fin de l'exploitation. Mais la MRAe demande que soient précisées les modalités juridiques et financières garantissant réellement ce démantèlement. C'est une question particulièrement pertinente compte tenu de la durée du projet.
En résumé, l'avis de la MRAe en 5 phrases :
- La MRAe ne condamne pas le projet, mais elle ne valide pas non plus ses affirmations sans réserve.
- Elle demande surtout de démontrer que l'activité agricole restera réellement productive, et pas seulement que des bovins pourront pâturer sous les panneaux.
- Elle considère que le bilan carbone présenté par MANA ML est largement surestimé et demande un nouveau calcul complet.
- Elle demande également de justifier le choix de Mareilles par rapport à des sites alternatifs, de mieux prendre en compte certains enjeux de biodiversité et de raccordement.
- Enfin, elle demande des garanties juridiques et financières précises pour le démantèlement de la centrale
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