HAUTE-MARNE : AGRIVOLTAÏQUE : 11 NOUVEAUX PERMIS DE CONSTRUIRE POUR DES USINES

 
 Après le nombre « extraordinaire » de mai 2026, voir ci-dessus, consacré aux projets d'usines agrivoltaïques, portés par des acteurs agricoles locaux adossés à de grands groupes, voici le bilan de juin, qui recense pas moins de 11 permis de construire au nom de l'État, délivrés par la préfecture
 
Liste et détails des projets validés par la préfecture
 
  - Conseil municipal : en 2020 et 2022, avis favorables. 
  - Projet : 
« La CPV SUN 40, société à responsabilité limitée créée par la société LUXEL, sollicite l’autorisation d’implanter une centrale photovoltaïque sur un terrain de 22,46 ha, sur les communes de Montreuil-sur-Thonnance et Thonnance-lès-Joinville, au lieu-dit « La Fortelle » dans le département de la Haute-Marne (52). La surface au sol couverte par les modules est d’environ 10,7 ha soit 48 % de la surface clôturée. La durée minimale d’exploitation prévue est de 30 ans. »
 
 
 
 
   Ce projet s'ajoute à l'usine de 3 éoliennes autorisée, lire ICI
 
2. VESVRES-SOUS-CHALANCEY — 47 habitants 
  - Conseil municipal : avis favorable. 
«  La commune de Vesvres-sous-Chalancey est restée favorable au projet tout au long de son élaboration et a pris les délibérations favorables nécessaires. » 
Source.  
 
  - Projet :
  
 
 
 
 
 
  
3. BEAUCHEMIN —  112 habitants
  - Conseil municipal : avis favorable.
« ... le 7 décembre 2022, il a eu délibération du conseil municipal avec avis favorable au projet. »  
 
 - Projet :
«  La société SUN’R POWER, filiale du groupe Eiffage, sollicite l’autorisation d’implanter une centrale photovoltaïque sur une friche industrielle sur le territoire de la commune de Beauchemin (52). Le site d’implantation, d’une superficie totale de 5,7 ha, correspond à un ancien terrain en friche, situé en bordure de l’autoroute A31, qui a accueilli par le passé une centrale d’enrobage liée à la construction de l’infrastructure routière. » 
 
 
4. FAVEROLLES — 102 habitants
  - conseil municipal : avis favorable.
«  Pour ce qui concerne les collectivités, elles ne se sont pas exprimées au cours de l’enquête. Elles se satisfont d’un revenu fiscal supplémentaire si le projet abouti. La commune de Faverolles est restée favorable au projet tout au long de son élaboration et a pris les délibérations nécessaires. »
 
  - Projet :
«  L’emprise du projet occupe une surface d’environ 20,8 ha (dont 1,38 ha de « zone témoin »), actuellement couverts par des cultures. 6 ha seront couverts par les tables. Seule la partie ouest du projet initial a été conservée. »  
 
 Source
 
À noter :
«  - Le Parc National des Forêts émet un avis défavorable à la réalisation du projet précisant que ses effets sont susceptibles de porter atteinte au caractère du parc, à sa naturalité et altèrent les paysages. Il va à l’encontre de l’article L. 331.1 du Code de l’environnement.
- L’ ABF émet des réserves quant à la proximité du Mausolée. » 
 
 
 
 
 5. VESAIGNES-SUR-MARNE — 103 habitants
  - Conseil municipal : avis favorables, par 2 fois.
«  14 MARS 2022 : Le projet de centrale photovoltaïque et pâturage ovins présenté par la Société MANA VSM a reçu, par délibération, avis favorable du Conseil Municipal de la Commune de Vesaignes Sur Marne.

 4 Décembre 2023 : Une nouvelle délibération du Conseil Municipal de Vesaignes-sur-Marne émet un avis favorable au projet et à sa classification en zone d’accélération en faveur des énergies renouvelables. »

 
  - Projet :
«  La Société MANA VSM, sollicite l’autorisation d’implanter une centrale photovoltaïque sur une emprise agricole de 102 ha, située sur la commune de Vesaignes-sur-Marne dans le département de la Haute-Marne (52). La durée minimale d’exploitation prévue est de 20 ans pouvant être prolongée jusqu’à 35 ans. 
  Le projet est prévu à environ 800 mètres au sud-ouest du village de Vesaignes-sur-Marne. Les terrains nécessaires pour le projet appartiennent à l'exploitation de polyculture-élevage EARL du MILLÉNAIRE, avec laquelle la société MANA VSM a signé un contrat de location des terrains couvrant la durée d'exploitation du site. »
   
 Source
 
 
6ROMAIN-SUR-MEUSE92 habitants
- Conseil municipal : avis favorable
 
 
 
 
  - Projet : 
 
 
 
 
À noter :
  - 2024 → refus de la préfecture;
  - 2025 → annulation de l'arrêté préfectoral, par le Tribunal administratif de Châlons-sur-Saône.
«  Un arrêté préfectoral en date du 23 juillet 2024 notifie le refus de délivrer le permis de construire.
  Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024 et un mémoire enregistré le 24 avril 2025 la SAS Energie Romain sur Meuse demande au tribunal administratif de CHALONS EN CHAMPAGNE d’annuler l’arrêté préfectoral du 23 juillet 2024.
  Le tribunal administratif décide d’annuler le refus d’autorisation le 26 juin 2025, notamment en mettant en avant un vice de procédure substantiel car le refus de permis de construire a été prononcé avant la réalisation de l’enquête publique.
  L’exécution du jugement implique que la demande de permis de construire soit réexaminée après la réalisation d’une enquête publique prévue par les dispositions de l’article L. 123-2 du code de l’environnement. » 
 
7MUSSEY-SUR-MARNE — 354 habitants
  - Conseil municipal : avis favorable
 
 
 
 
 
  - Projet :
« ...  Le projet d’implantation d’un parc photovoltaïque au sol est situé sur la commune de
Mussey-sur-Marne, au lieu-dit « L’aérodrome », en Haute-Marne (Grand Est). [...] Le projet prévoit un parc solaire clôturé de 3,88 ha... »
 
 
 
 À noter :
  La Mission régionale d'autorité environnementale — MRAe, ne s'est pas prononcé sur ce projet :
«  Vous avez transmis pour avis de l’autorité environnementale le dossier de centrale photovoltaïque de Mussey-sur-Marne (52300), reçu le 20 mai 2025.
  Je vous informe que la Mission régionale d’autorité environnementale ne s’est pas prononcée dans le délai réglementaire prévu par l’article R.122-7 II du code de l’environnement.
  Cette information sur l’absence d’avis est à porter à la connaissance du public. Elle figure sur le portail de l’évaluation environnementale. » 
 Source
 
8. HAUTE-AMANCE — 967 habitants  
  - Conseil municipal :avis favorable
 
 
 
 Source
 
 - Projet :
 
 
 
 
 

 
 
 
 Source
 
À noter :
«...  Aujourd’hui, le suivi post-exploitation du site est réalisé par le syndicat départemental d'énergie et des déchets (SDED52) qui est également propriétaire des terrains. L’installation de stockage de déchets a été réhabilitée en 2017 avec une couverture définitive de 3 ha... » 
 
9. CHARMES-LA-GRANDE — 163 habitants 
 Le permis de construction existe bien, mais la préfecture a manifestement un problème d'affichage : le lien vers le PDF n'est pas visible dans la version HTML, alors que l'index du site indique qu'un document est bien associé à la page.
  - Conseil municipal : seul l'avis du maire est disponible. Plutôt DÉFAVORABLE, non ?
 
 
 
 
 - Projet : 
 
 
 
 
 
 À noter :
 
 
 
«  Comme l’illustre la photo, la zone d’implantation du projet (ZIP) est une surface entièrement agricole exploitée (en grandes cultures selon une rotation traditionnelle de type colza-blé-orge) par 3 exploitants agricoles organisés en EARL (Exploitation agricole à responsabilité limitée) :
  • l’ EARL Bourgeois7 met à disposition du pétitionnaire les parcelles cadastrales ZC 17 de 14,67 ha et ZC 18 de 4,29 ha soit 18,96 ha ;
  • l’ EARL Huguenin8 met à disposition du pétitionnaire la parcelle cadastrale ZC 22 de
14,2 ha ;
  • l’ EARL des Fontaines9 met à disposition du pétitionnaire la parcelle cadastrale ZC 5 de
7,4 ha.
  Les 3 exploitants mettent à disposition du pétitionnaire ces parcelles de terrain pour le projet photovoltaïque... » 
 
10. PERTHES — 522 habitants 
  Le permis de construction existe bien, mais la préfecture a manifestement un problème d'affichage : le lien vers le PDF n'est pas visible dans la version HTML, alors que l'index du site indique qu'un document est bien associé à la page. Idem pour le Rapport, conclusion et avis du commissaire d'enquête. 
- Conseil municipal : avis favorable
 
 
 
  
   Le vote des 11 élus se décompose comme suit :
 
 
  On peut en déduire que les élus « excusés », mentionné sur le compte rendu, sont ceux concernés personnellement par ce projet. Or, seuls trois noms figurent dans cette catégorie. Le décompte est donc le suivant : 7 élus présents + 4 représentés — cause COVID, + 3 excusés = 14 élus. Une question demeure : où est passé le quinzième élu ? Le mystère reste entier. 
 
  - Projet
 
  
 
 
 
 
 
À noter :
«  Place Royale 1 est situé sur des terrains en eau ou en terre exploités comme carrière par la
société Moroni SA ou par les Établissements Blandin [...] Place Royale 2 est situé quasiment exclusivement sur des terrains appartenant à la société Moroni SA mais n’ayant pas été exploités comme carrière du fait de prescriptions archéologiques... »
 Source
 
11. ANDELOT-BLANCHEVILLE — 814 habitants 
  Le permis de construction existe bien, mais la préfecture a manifestement un problème d'affichage : le lien vers le PDF n'est pas visible dans la version HTML, alors que l'index du site indique qu'un document est bien associé à la page. Idem pour le Rapport, conclusion et avis du commissaire d'enquête.  
  - Conseil municipal : sauf erreur de notre part, le vote formel « favorable » ou « défavorable » de ce dernier, n'a pas été rendue publique dans les documents de la préfecture.
  - Projet :
 
 
 
 
 
 
 Source
 
À noter :
  • Ces terres ont une vocation, depuis plusieurs années, céréalières et fourragères;
  • 3 exploitants agricoles sont concernés.  

Haute-Marne : nouvel Eldorado pour les écornifleurs du soleil ?  

  Notre département fait partie des départements du Grand Est où l’agrivoltaïsme est en forte accélération, sous l'impulsion de grands groupes. Ainsi, on observe trois catégories d’acteurs :
  • les grands énergéticiens nationaux;
  • les développeurs spécialisés agrivoltaïques;
  • les sociétés foncières ou d’investissement travaillant avec des GAEC, exploitants individuels et propriétaires fonciers. 
     Parmi les principaux groupes identifiés, on trouve : 
  Après la colonisation à grands coups de pales éoliennes, qui se poursuit, la Haute-Marne doit faire face à une nouvelle invasion industrielle. 
 
Mais pourquoi un tel engouement pour notre pays ? 
  Parce que notre département a conservé sa beauté originelle et son identité profonde, avec ses immenses prairies, ses paysages préservés et ses terres d'élevage. C'est précisément tout cela qui en fait sa faiblesse première ! Notre terre est trahie par ceux qui sont en charge de l'entretenir et de la protéger — propriétaires, GAEC, élus, Chambre d'agriculture, etc. un monde minoritaire —  ~ 2% des actifs, qui, en quête de revenus complémentaires1 — voir ci-dessous, se laissent séduire par les promesses déclamées par les grands groupes d'un avenir meilleur, l'intérêt particulier passant devant l'intérêt général !
 
1. Les données du Réseau d'information comptable agricole — RICA, montrent que les régions du Bassin parisien, dont fait partie le Grand Est, présentent généralement des revenus par actif non salarié supérieurs à la moyenne nationale, même après le recul observé en 2023 et 2024. Cet élément est intéressant car il relativise un argument souvent avancé par les développeurs d'installations agrivoltaïques, selon lequel les exploitations agricoles seraient, de manière générale, dans une situation économique telle que les revenus issus des panneaux photovoltaïques constitueraient une nécessité. Pour la Haute-Marne, les résultats économiques des exploitations agricoles, tirés notamment par les grandes cultures, sont globalement supérieurs à la moyenne nationale, tout en masquant d'importantes disparités entre les différentes filières de production. 
  
 4 facteurs majeurs en font une des cibles prioritaires pour les grands groupes énergétiques :
  • Le prix du foncier et la taille des parcelles : le coût de location des terres agricoles y est considérablement plus bas que dans les grandes régions céréalières — comme la Beauce ou viticoles. Pour un développeur industriel, le coût du loyer versé au propriétaire reste marginal par rapport au potentiel énergétique. Par ailleurs, les structures d'exploitation y sont souvent vastes ou regroupées en GAEC, ce qui permet d'atteindre facilement les fameux seuils de rentabilité — mégaprojets de plusieurs dizaines d'hectares d’un seul tenant.
  • La proximité du réseau électrique — l'atout invisible : un projet solaire ou EnR, ne vaut rien s'il ne peut pas injecter son électricité dans le réseau national. Le quart Nord-Est de la France, historiquement industriel et proche des grands axes de transit électrique européens, dispose d’un maillage de lignes à haute tension et de grands postes de raccordement. Moins le développeur a de kilomètres de câbles à enfouir pour rejoindre le réseau, plus son projet devient rentable. Même si, aujourd'hui, la saturation guette les réseaux électriques en Haute-Marne
  • La faible densité et mobilisation de la population : la Haute-Marne fait partie des départements les moins densément peuplés de France et, possède des communes rurales aux budgets modestes, pour qui la fiscalité verte — les taxes versées par l'énergéticien à la commune et à l'intercommunalité, représente une source de financement inespérée. À cela s'ajoute, la faible mobilisation contre ces projets. L'expérience montre que les premiers projets autorisés sur un territoire peuvent avoir un effet d'entraînement. Lorsqu'ils rencontrent une population peu opposée, les opérateurs sont susceptibles de considérer que le contexte local est favorable au développement de nouveaux projets, ce qui peut les inciter à engager d'autres démarches d'implantation dans le même secteur. À l'inverse, l'expression d'une opposition argumentée et la mobilisation des acteurs locaux peuvent créer un contexte d'incertitude quant à l'aboutissement des projets. Cette situation est susceptible d'amener les porteurs de projets à réévaluer l'opportunité d'investir dans des études techniques, environnementales et administratives particulièrement coûteuses lorsque les perspectives d'autorisation apparaissent plus incertaines. Le raisonnement se tient également pour tous les projets d'usines EnR...
  Ce cocktail industriel mortifère mène le Pays de l'eau droit au tombeau !

  Sans oublier, par exemple, l'influence de la Chambre d'agriculture, tout autant intéressées financièrement que les autres acteurs agricoles2, qui tenterait d'encadrer, avec la Préfecture, cette ruée vers l'or en créant des « chartes départementales du photovoltaïque au sol ». L'objectif étant de refuser les projets sur les bonnes terres et de n'accepter que ceux qui prouvent un réel intérêt pour l'animal ou la culture. Mais face à la pression des grands groupes, les dossiers d'enquêtes publiques continuent de s'accumuler.  
 
«  Quand on parle pognon, à partir d'un certain chiffre, tout le monde écoute. »
AUDIARD Michel. 
 
2. Lorsqu'un aménageur ou un opérateur énergétique entraîne la consommation de terres agricoles, les mesures de compensation collective agricole donnent lieu au versement de contributions financières à un fonds départemental ou à un Groupement d'utilisation des fonds agricoles — GUFA, généralement constitué sous la forme d'une société par actions simplifiée. Dans de nombreux départements, la création de ces structures est à l'initiative des chambres d'agriculture.
  Il est soutenu que l'importance des ressources financières issues de ces compensations peut conduire certains acteurs du monde agricole à soutenir des projets entraînant une artificialisation ou une perte de surfaces agricoles, davantage en raison des retombées économiques attendues que de leur intérêt pour l'agriculture elle-même. Cette situation alimente les interrogations sur l'indépendance des décisions prises et sur la finalité réelle des mécanismes de compensation collective agricole.
 
 Qui sont les vrais gagnants ? 
 « Le terme « agrivoltaïsme » a été inventé dans le cadre d’un partenariat « public-privé » associant l’ INRAe et des énergéticiens. Il a ensuite été repris par l’ Ademe, qui a notamment associé aux installations photovoltaïques au sol 4 grands services : 
  • protection contre les aléas, 
  • amélioration du potentiel agronomique, 
  • amélioration du bien-être animal 
  • adaptation au changement climatique.
Depuis sa création, ce terme a essentiellement été utilisé comme une notion marketing afin de laisser penser à une synergie entre agriculture et photovoltaïque, sans qu’aucune garantie ne soit jamais apportée quant à la satisfaction de critères relatifs à ces services.... 
Début 2023, l’agrivoltaïsme a été introduit dans la loi d’Accélération de la Production des Énergies Renouvelables. Cette loi confiait à un décret la mission de préciser les critères définissant l’agrivoltaïsme à partir de grandes lignes directrices : 
  • la réversibilité des installations, 
  • la garantie d’une production agricole significative
  • un revenu durable en étant issu...
  Cette loi nécessitait la parution d’un décret, qui est intervenue le 9 avril 2024, pour être applicable. 
  Or, selon ce décret, ne peuvent se réclamer de l’agrivoltaïsme que des installations dont la demande de permis de construire a été déposée à partir du 9 mai 2024. Avant d’être potentiellement acceptée, toute demande de permis de construire doit respecter des étapes réglementaires l' avis de l’Autorité environnementale, avis de la CDPENAF, enquête publique, qui durent plusieurs mois. »
 Source
 
  C'est à partir de ce décret que, les grands énergéticiens, à l'initiative de l' agrivoltaïsme, ont pu déployer leurs équipes de commerciaux sur toute la France et, en Haute-Marne en particulier. 
  En tout premier lieu, ce sont les industriels, dont l'appétit actuel pour les espaces agricoles, naturels et forestiers s'explique par un unique facteur : l'argent. D'après l' INRAE, chaque usine dégage une marge colossale, comprise entre 50 000 et 200 000 euros par hectare/année. Ainsi, le plus gros de cette manne financière retombe directement dans les poches des développeurs énergétiques.
  Sans aucun doute, si l' agrivoltaïsme est présenté comme une réponse aux enjeux agricoles et environnementaux, c'est avant tout une autre façon d'enrichir les acteurs du secteur de l'énergie, que le législateur a bien volontiers respectabilisé par la loi, en profitant des difficultés que traverse le monde agricole
  Pour les associés locaux, loueurs de parcelles, les revenus sont bien moindres. En contrepartie du bail — souvent un bail emphytéotique de 30 ans, l'agriculteur ou le propriétaire perçoit une rente annuelle. Elle oscille généralement entre 1 000 € et 5 000 € par hectare et par an, selon les régions, la puissance installée et le type de culture. Et c'est là que, la question de la pérennité de l'activité agricole mérite d'être posée. Stop ou encore ? En effet, la réglementation ne prévoit en rien de limiter la rente agrivoltaïque3, dont le montant reste fixé par les énergéticiens. Ainsi, par exemple, un exploitant percevant une rente agrivoltaïque de l'ordre de 2 000 € par hectare sur 50 hectares de prairies, soit environ 100 000 € par an, peut être conduit à s'interroger sur l'intérêt économique de poursuivre une activité d'élevage ovin herbager lorsque celle-ci génère un revenu annuel inférieur à 20 000 €, selon les données de l'Institut de l'Élevage —  2022. Dans ces conditions, le risque existe que la production agricole devienne secondaire au regard des revenus procurés par l'installation photovoltaïque, ce qui interroge la réalité du maintien de la vocation agricole des terres concernées. 
 
3. « Dans le cadre de l’agrivoltaïsme, la réglementation prévoit uniquement que le revenu issu de l’agriculture (hors rente de l’électricité) ne baisse pas par rapport à la situation précédant l’installation des panneaux... tout en prévoyant des aménagements « tenant compte de l’évolution de la situation économique générale et de l’exploitation ». Des diminutions plus importantes peuvent aussi être acceptées par le préfet. »
Source.  
 
Les dérives socio-économiques : la spéculation et le blocage des jeunes
  L'afflux d'argent des énergéticiens dans le monde rural crée des effets pervers redoutés sur le foncier.
  • La flambée des prix et la spéculation foncière : les loyers proposés par les énergéticiens — jusqu'à 5 000 €/ha, sont infiniment plus élevés que les fermages agricoles classiques — qui dépassent rarement 150 à 200 €/ha. Cela pousse certains propriétaires à refuser de louer à de vrais agriculteurs dans l'espoir de signer avec un promoteur solaire.
  •  La barrière à l'installation des jeunes : pour un jeune agriculteur qui souhaite s'installer, l'accès à la terre devient encore plus difficile. Il ne peut pas rivaliser face aux offres des géants de l'énergie.
  •  Le risque d' « agriwashing »  : la tentation est grande pour certains exploitants en fin de carrière de réduire l'activité agricole au strict minimum — par exemple, mettre trois moutons sous des hectares de panneaux, uniquement pour toucher la rente solaire
 Associés sur le papier, salariés dans les faits ?
  En préambule, soyons clairs : les vues imprenables ne plaignent nullement la situation, si elle est avérée, pour ces acteurs agricoles, devenus « jardinier » ou en « salarié déguisé » pour le compte de multinationales de l’énergie. 
  Dans de nombreux projets — notamment en élevage ovin, l'éleveur ne touche pas seulement un loyer : il signe un contrat de prestation de service avec l'énergéticien pour entretenir la parcelle — gérer l'herbe sous les panneaux grâce aux moutons. Or, les interventions sous les panneaux nécessitent des investissements parfois importants de la part de l'exploitant agricole, notamment pour l'acquisition d'équipements adaptés — faucheuses déportées, modification du tracteur, etc.,. Selon les projets, ces dépenses peuvent représenter un investissement personnel supérieur à 250 000 euros.
    C'est le groupe énergétique qui dicte le calendrier. Si l'herbe pousse trop haut et fait de l'ombre aux panneaux du bas, l'énergéticien peut exiger que l'agriculteur intervienne immédiatement, même si ce n'est pas le moment idéal pour ses bêtes. L'agriculteur obéit à des impératifs industriels.
  L'essence même du métier d'agriculteur est la liberté d'assolement — choisir ce qu'on sème d'une année sur l'autre en fonction de la météo ou des cours du marché. Avec une usine agrivoltaïque, cette liberté disparaît en grande partie :
  • Des baux bloqués sur 30 ans : vous êtes engagé à vie. Impossible de décider, sur un coup de tête, de repasser l'intégralité de la parcelle en maïs ou en blé si les prix mondiaux s'envolent, car le matériel agricole ne passerait plus ou l'ombre ruinerait la récolte,
  •  Le droit de regard de l'énergéticien : le propriétaire des panneaux dispose de servitudes. Ses techniciens ont le droit de pénétrer sur la parcelle à tout moment pour la maintenance. L'agriculteur n'est plus totalement « maître chez lui ».
  Il faut savoir que le bail rural actuel ne permet pas à un fermier d’installer des panneaux solaires susceptibles de porter atteinte à l’intégrité du fonds agricole. À l’inverse, le bailleur ne peut pas imposer de restrictions à la liberté de culture ou d’élevage du preneur.
  Dans ce contexte, certains acteurs favorables à l’agrivoltaïsme, dont la FNSEA4, défendent la création d’un bail agrivoltaïque. Celui-ci introduirait de nouvelles règles encadrant l’activité des exploitants, avec une réduction de leur autonomie : limitation de la liberté de production, encadrement de l’activité agricole, interdiction de pratiques jugées incompatibles avec les installations, ainsi que de nouvelles clauses relatives à la résiliation du bail.
 — qui protègent énormément les fermiers en France, certains développeurs préfèrent faire signer des commodats, c'est-à-dire des contrats de prêt à usage gratuit de la terre sous les panneaux. Sous ce statut, l'agriculteur n'a plus la protection historique du statut du fermage.
 
4. « A partir de ce travail, la commission gestion des territoires, ainsi que la SNFM et la SNPR ont proposé la création d’un bail rural à clauses agrivoltaïques.Ce modèle de bail rural fonctionne comme celui du bail rural à clauses environnementales. C’est-à-dire un bail rural soumis au statut du fermage, dérogeant sur quelques points très particuliers (montant des fermages notamment) et donnant la possibilité de mettre en place des clauses réglant la cohabitation des deux activités sur une même parcelle. »
Nature, animaux et climat : quels bénéfices ?
1.  Les rendements agricoles
  L'affirmation selon laquelle l'agrivoltaïsme améliorerait systématiquement les rendements agricoles n'est pas corroborée par l'ensemble des travaux scientifiques disponibles. Plusieurs études mettent au contraire en évidence des diminutions de rendement en fonction du taux de couverture des parcelles par les panneaux photovoltaïques.
  Ainsi, une publication scientifique de l 'INRAE, fondée sur la synthèse de plus de vingt études portant sur différentes cultures — blé, maïs, riz, tomates, salades, kiwis, pommiers, etc., et sur plusieurs types d'installations photovoltaïques — fixes ou mobiles, indique qu'un taux de couverture de :
  • 20 % est associé à une baisse moyenne de rendement d'environ 25 %, 
  • 30 % à une baisse de l'ordre de 33 %,
  • 40 % à une diminution moyenne de 38 %.
  Par ailleurs, un rapport de la société Sun'Agri consacré à l'arboriculture, rendu public en avril 2024 par les revues Silence et L'Empaillé, fait également état de diminutions de rendement observées sous les panneaux photovoltaïques, évaluées à environ 30 % pour les pommiers et 20 % pour les nectariniers. Quand au fait que, la pousse de l'herbe serait favorisée sous les panneaux, lire ci-dessous :
« La plupart des études scientifiques disponibles sont financées par les énergéticiens eux-mêmes. En France, une étude est régulièrement citée, celle de l’ INRAe dans le Cantal et l’Allier, financée par deux firmes énergéticiennes. Selon les premiers résultats de cette étude, la pousse de l’herbe aurait presque doublé sous les panneaux. Mais ces résultats préliminaires ne concernaient en réalité que l’été particulièrement chaud de l’année 2020 !Selon les conclusions de l’étude réalisée sur deux ans, la production de biomasse annuelle est inchangée sous les panneaux.
  Toutefois, la qualité de la prairie est largement impactée : développement de mousse en hiver, accroissement de la part de sols nus, et domination des graminées sur les légumineuses.... »
 
  Ces éléments montrent que les effets de l'agrivoltaïsme sur la production agricole ne peuvent être considérés comme uniformément positifs.
  
2. Les animaux 
 L'argument selon lequel les installations agrivoltaïques seraient nécessaires pour assurer le bien-être des animaux au pâturage doit être apprécié à la lumière de la réglementation déjà applicable. En effet, les articles R. 214-17 et R. 214-18 du Code rural et de la pêche maritime imposent aux détenteurs d'animaux de ne pas les maintenir dans un environnement susceptible, notamment en raison de son inadéquation aux conditions climatiques, de provoquer des souffrances. Ils prévoient également que les bovins, ovins, caprins et équins élevés en plein air doivent bénéficier de dispositifs ou d'installations permettant de prévenir les souffrances liées aux variations climatiques.
Extraits : 
« de les placer [...] dans un habitat ou un environnement susceptible d’être, en raison [...] de sa situation inappropriée aux conditions climatiques [...], une cause de souffrances » et de garder des bovins, ovins, caprins et équins en plein air « lorsqu’il n’existe pas de dispositifs et d’installations destinés à éviter les souffrances qui pourraient résulter des variations climatiques ». 
  Ainsi, l'obligation de protéger les animaux contre les effets des fortes chaleurs ou des intempéries existe indépendamment de tout projet agrivoltaïque. Dans la pratique, cette protection est déjà assurée par la grande majorité des éleveurs.
  Par ailleurs, plusieurs auteurs et organismes ont appelé à la prudence concernant les effets potentiels des infrastructures photovoltaïques sur les animaux d'élevage. Les équipements électriques associés aux installations, notamment les câbles, transformateurs et onduleurs, génèrent des champs électromagnétiques dont les conséquences sur le comportement animal continuent de faire l'objet de travaux scientifiques.
  À cet égard, le rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques — 25 mars 2021, relève qu'il peut exister une « concomitance entre l'installation d'infrastructures d'énergie ou de télécommunication et l'apparition de troubles comportementaux chez les animaux ». Ce constat souligne la nécessité d'une vigilance particulière et d'une évaluation scientifique approfondie avant de considérer ces installations comme systématiquement bénéfiques pour l'élevage.
 
3. Le climat 
  Loin d'être des remèdes miracles face aux crises climatiques — canicules, grêle ou gel, les infrastructures telles que les ombrières et les panneaux mobiles bloquent la flexibilité des systèmes de production. En réalité, ces installations représentent une mal-adaptation flagrante au changement climatique, doublée d'un investissement financier disproportionné — environ 800 000 €/hectare.
  • Ces équipements enferment les exploitations dans des contraintes rigides. Plutôt que de privilégier des orientations agronomiques cohérentes et souhaitables, les agriculteurs se voient contraints de choisir des productions simplement compatibles avec la présence des panneaux.
  • Un manque cruel de flexibilité : si un éleveur de bovins souhaite demain se reconvertir dans le maraîchage ou l'arboriculture de plein vent, les opérateurs énergétiques ne viendront pas réadapter leurs structures
  Pour conclure, le décret encadrant l’agrivoltaïsme prévoit qu’il suffit de démontrer une réduction de la grêle sous les panneaux par rapport à une situation en plein champ pour attester qu’une installation agrivoltaïque remplit une fonction de « protection contre les aléas climatiques ». Cette approche réglementaire semble ainsi considérer que les dispositifs photovoltaïques n’apportent pas nécessairement de protection face aux autres types d’aléas climatiques.
  Par ailleurs, toujours dans le rapport de Sun’Agri, paru dans Silence et L’empaillé, indique que les panneaux photovoltaïques n’offriraient pas de protection supplémentaire contre le gel ou les épisodes de canicule susceptibles d’améliorer la production agricole.
 
Le rôle de l'État dans la rentabilité des projets agrivoltaïques ?
  L’État agit principalement sur 4 leviers :
  • prix garanti de l’électricité
  • subventions à l’investissement
  • réduction du risque réglementaire
  • facilitation du financement
  Pour un projet agrivoltaïque de grande envergure soit rentable pour l'écornifleur industriel du soleil et les agriculteurs partenaires, il ne dépend pas du marché libre de l’électricité. Il repose entièrement sur un système de béquilles financières massives et de garanties d’État. 
   Ce soutien public est directement répercuté sur les dépenses des Français, que ce soit via leurs factures d'électricité ou leurs impôts, comme toutes les usines d' EnR.
1. Le mécanisme du « Complément de Rémunération » — CRE
  C'est le moteur principal des projets de plus de 500 kWc. Les opérateurs comme TotalEnergies candidatent aux appels d'offres de la Commission de Régulation de l'Énergie — CRE.
  • Le prix garanti : l’énergéticien obtient un tarif d’achat garanti sur 20 ans — généralement autour de 80 à 90 € le MWh.
  • Le complément d'État : si le prix de l'électricité sur le marché de gros s'effondre — par exemple à 40 €/MWh en plein été à cause d'une surproduction solaire, l'État verse la différence à l’énergéticien — soit 40 à 50 € de subvention par MWh produit.
2. D'où vient l'argent ? La facture des Français
  Rien n'est gratuit, même le soleil et le vent ! : ces compensations financières versées aux énergéticiens sont portées directement par les contribuables et consommateurs français via deux leviers :
  • Les taxes sur la facture d'électricité : les charges de Service Public de l'Énergie — CSPE, aujourd'hui fondues dans l'accise sur l'électricité, sont prélevées directement sur chaque kWh consommé par les ménages et les entreprises françaises. C'est ce fonds qui finance les énergies renouvelables.
  • Le budget de l'État — impôts : lorsque les taxes sur l'électricité ne suffisent pas, le budget général de l’État — donc l'impôt sur le revenu et la TVA des Français, abonde le compte de transition énergétique pour payer ces milliards de garanties d'achat aux opérateurs.
3. Les aides indirectes : le foncier agricole protégé
  L'État utilise aussi des leviers fiscaux et réglementaires pour inciter les acteurs locaux — propriétaires et agriculteurs, à s'associer :
  • L’exonération ou l'optimisation fiscale : les baux emphytéotiques — contrats de location de longue durée, souvent 30 ans, signés entre l'agriculteur et un promoteur industriel génèrent des loyers garantis très élevés pour l’agriculteur, bien plus rentables que la simple culture de céréales. L'État sécurise juridiquement ces montages via le nouveau cadre de la Loi d'Accélération des Énergies Renouvelables.
  • La fiscalité locale — IFER : l'État a mis en place l'Imposition Forfaitaire sur les Entreprises de Réseaux — IFER. C'est une taxe payée par l'énergéticien qui est redistribuée aux collectivités — communes et communautés de communes. C'est « l'argument financier » brandi par l'État pour pousser les maires à accepter ces usines, même si, comme on l'a vu souvent, la répartition peut frustrer les communes.
  En conclusion : l'agrivoltaïsme ne vit pas de sa rentabilité commerciale sur le marché de l'énergie. Il vit d'un loyer garanti à l'agriculteur payé par l'énergéticien, lui-même remboursé sécurisé par l'État français, grâce aux taxes prélevées sur les factures d'électricité de chaque citoyen. Tout pareil à toutes formes de production EnR... 
 
« QU'ONT-ILS FAIT DE LA HAUTE-MARNE ? ILS L' ONT PATIEMMENT GÂCHÉE ! »
 
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MONTREUIL-SUR-THONNANCE : LES AUTORITÉS VALIDENT UNE DEMANDE DE PROROGATION POUR L' USINE ÉOLIENNE

 
  Pour rappel, en 2024, Mme la Préfète a autorisé la construction et l’exploitation de l'usine éolienne dénommée « Éole des Muids », composé de trois éoliennes — voir ci-devant. 
  Il convient également de rappeler que ce projet bénéficiait du soutien de la commune de Montreuil-sur-Thonnance — 56 âmes !, ainsi que de l’ensemble des communes avoisinantes. Seule la commune de Poissons s’y était opposée, le conseil municipal en exercice à l’époque ayant émis un avis défavorable.
  
 
 
  Alors que l'on pouvait croire le dossier définitivement réglé, une nouvelle étape est intervenue en 2026 avec le dépôt, en préfecture, par l'écornifleur du vent, d'une demande portant sur la prorogation de la validité de l'autorisation environnementale d'exploiter l' usine. 
 
Signification de l'arrêté
  L'expression : « portant prorogation de la validité de l'autorisation environnementale d'exploiter » signifie que le préfet prolonge la durée de validité d'une autorisation environnementale déjà accordée à un projet éolien. Il ne s'agit pas d'une nouvelle autorisation, mais d'un maintien des droits acquis afin d'éviter que l'autorisation ne devienne caduque.

Ce que révèle la demande de prorogation
  Le projet a été autorisé, mais n'a pas pu être mis en service dans le délai initial prévu. L'arrêté précise que « la société fait état des difficultés rencontrées dans l'application de l'autorisation » et « pour des raisons indépendantes de sa volonté, la société ne peut mettre en service son installation dans un délai de 3 ans ».
  Cela signifie que l'administration considère que le retard est justifié et le juge indépendant de la volonté du porteur de projet.

Ce qu'on peut en déduire
  Puisqu'il n'y a eu, comme on le sait, ni opposition ni recours contentieux, les causes les plus probables sont :
  • des retards techniques ou industriels;
  • des difficultés de financement ou d'évolution des coûts;
  • des facteurs économiques extérieurs au porteur de projet.
Ce qu'on ne peut pas conclure
  La seule certitude est que... le projet reste toujours d'actualité et ce, au moins jusqu'en 2028. Pas d'inquiétude donc à avoir pour les acteurs locaux investis dans ce dernier. 
  Toutefois, si une prorogation demandée après 2 ou 3 ans de retard est, somme toute, assez banale, l’accumulation de ce type de demandes sur une très longue période — par exemple 8 à 10 ans après l’autorisation initiale — peut révéler une situation préoccupante. Elle peut en effet signaler des difficultés structurelles persistantes, voire un projet bloqué ou incapable d’aboutir, éventuellement maintenu dans l’attente d’une conjoncture plus favorable, ce qui accroît l’incertitude et les risques associés à sa réalisation effective.
  
  À suivre...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Pour consulter l’intégralité de l’arrêté préfectoral, c'est ICI. 
 
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LE SABORDAGE ÉNERGÉTIQUE : COMMENT L' ÉTAT A SACRIFIÉ LE NUCLÉAIRE SUR L' AUTEL DES ÉNERGIES RENOUVELABLES

  Dans l'article ci-devant, minutieusement documenté et, paru le 5 juin 2026, le magazine Transitions & Énergies se penche sur le déclin continu de la souveraineté énergétique de la France.
  En s'appuyant sur les conclusions de la commission d'enquête parlementaire dédiée à la perte d'indépendance énergétique nationale, ainsi que sur des rapports publics, des auditions officielles et de multiples pièces d'archive, Éric Leser1 y retrace plus de deux décennies de choix politiques dont les répercussions se font encore ressentir aujourd'hui.
  La singularité de cette investigation réside dans son refus des approximations et des généralités. L'auteur y désigne précisément les fonctions et les identités derrière chaque arbitrage : ministres, hauts fonctionnaires, dirigeants administratifs ou figures politiques. Les acteurs majeurs de cette période sont ainsi clairement nommés, et leur implication est passée au crible des faits, des pièces officielles et des dépositions recueillies par les députés.
  Alors que le système institutionnel français tend souvent à diluer les responsabilités, cette démarche de transparence totale s'avère particulièrement salutaire.
 
Bonne lecture.
 
1. Éric Leser est un journaliste d'investigation et éditorialiste français de premier plan, spécialisé dans l’économie, l'industrie et la géopolitique de l’énergie.
  Son parcours se distingue par trois grandes étapes :
  • Une figure historique du journal Le Monde — 1992-2009, où il a été grand reporter, correspondant aux États-Unis — 2001-2007, et chef du service économie. Il s'y est illustré par ses enquêtes financières et industrielles complexes.
  • Un pionnier du web en cofondant en 2009 le magazine d'analyse en ligne Slate.fr, qu'il a dirigé pendant près de dix ans.
  • Un expert des crises contemporaines, aujourd'hui rédacteur en chef de la revue Transitions & Énergies.
  Auteur de plusieurs essais sur le déclin industriel français, il consacre désormais une large part de ses travaux à la perte de souveraineté économique de la France. Ses enquêtes récentes décortiquent minutieusement les choix politiques et idéologiques des vingt dernières années, notamment le sabordage de la filière nucléaire au profit du déploiement des énergies renouvelables.
 

Photo : php. 2026.
« Bêtes d' Irlande et d' Angleterre,
   Bêtes de tous les pays natives,
   Bonne nouvelle sur la Terre : 
   Un nouvel âge d'or arrive.
... 
 
Tous, à ce jour nous œuvrons,
 Vaches, chevaux et volatiles :
 Jamais rien nous ne céderons,
 À l'oppression, toujours hostiles. 
 
... »
 Georges ORWELL, La Ferme des animaux, 1945.
 
 
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Les ennemis de l’ intérieur


LA RÉDACTION
6 juin 2026

  Les errements de la politique énergétique française depuis trois décennies ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la conséquence de l’aveuglement, de l’irresponsabilité, du mépris des réalités économiques et techniques et de l’abandon parfois volontaire de l’intérêt général et de la souveraineté énergétique. Il y a des responsables et des coupables. 

  La liste est longue de ceux qui portent la responsabilité depuis maintenant trois décennies d’une politique énergétique menée à l’encontre des intérêts du pays et qui a même parfois confiné à la forfaiture. Elle est parfaitement résumée dans le rapport d’avril 2026 du très sérieux Institut Valmy intitulé « De la souveraineté énergétique française » par la phrase suivante : 
« La politique la plus désastreuse de toute l’histoire énergétique française. »

  Et il est facile de voir qui en sont les responsables et les coupables, notamment avec ce que la Commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale sur « Les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France » a apporté comme témoignages édifiants, documents accablants et preuves irréfutables. Le rapport et les auditions ne représentent pas moins de 1 800 pages…
  On peut citer pêle-mêle les défenses laborieuses et maladroites de François Hollande et Lionel Jospin qui auraient été égarés et trompés par leur entourage… Les manœuvres de Dominique Voynet et Cécile Duflot pour imposer leur idéologie anti-nucléaire et anticapitaliste et torpiller l’intérêt général. La première a même été jusqu’à se vanter publiquement d’avoir mené à Bruxelles des négociations en trahissant le mandat gouvernemental et en s’alliant aux adversaires de la France. Cela en dit long sur le sentiment d’impunité qui existe au sein de la caste qui nous gouverne.
  Il faut aussi rappeler les absences de Nicolas Hulot qui n’a jamais géré son ministère de l’Écologie après sa nomination par Emmanuel Macron et n’a fait que traîner ses états d’âme et son incompétence crasse. On peut citer également l’irresponsabilité, la lâcheté, le dogmatisme ou la corruption intellectuelle de Ségolène Royale, d’Élisabeth Borne, de Sébastien Lecornu, d’Édouard Philippe, de Martine Aubry, de Pascal Canfin, de Corinne Lepage, de Barbara Pompili, de Marc Ferraci, d’Yves Cochet, de Delphine Batho, de Jean-Louis Borloo
  Et même si, séparation des pouvoirs oblige, Emmanuel Macron n’a pas été auditionné à l’Assemblée nationale, on ne peut passer sous silence ses incohérences et ses décisions désastreuses. Il aura joué une mi-temps dans chaque camp et au passage réussi à saborder les turbines nucléaires Arabelle d’Alstom, les meilleures au monde, la centrale de Fessenheim, le projet de réacteur innovant Astrid et l’équilibre financier d’EDF avec la PPE3. Cela fait beaucoup.
  Cette liste des ennemis énergétiques de l’intérieur est loin d’être exhaustive. Il faudrait plusieurs livres pour détailler toutes les décisions douteuses prises pour des raisons contestables, obscures ou même absurdes, toutes les nominations au sein de l’appareil d’État d’adversaires déclarés de la souveraineté énergétique du pays qui sont souvent toujours à l’œuvre, toutes les manœuvres dans la coulisse et la corruption bien réelle pour abreuver certains lobbys verts d’argent public pendant des décennies sans contrôle et sans garde-fous. Ces livres existent sous la plume d’Henri Wallard —  Mensonge d’État, celle de Fabien BougléGuerre de l’énergie, qui est le directeur de publication de Transitions & Énergies, ou celles de Géraldine Woessner et Erwan Seznec Les Illusionnistes.
  Voilà quelques moments saillants de la politique « la plus désastreuse de toute l’histoire
énergétique française
».
  • Lionel Jospin et Dominique Voynet, le péché originel
  À tout seigneur tout honneur, feu Lionel Jospin, Premier ministre de cohabitation appelé par Jacques Chirac, a dirigé le gouvernement à partir de 1995 et décide deux ans plus tard de fermer définitivement le réacteur nucléaire de Superphénix, alors le plus avancé au monde et de loin dans la technologie prometteuse des neutrons rapides et de la surgénération — lire page 51. Il cède ainsi au nom de la gauche plurielle aux dogmes et aux mensonges des Verts. Pour les anti-nucléaires, les réacteurs à neutrons rapides sont une calamité, car ils consomment les déchets nucléaires des réacteurs classiques, qu’il
existe des milliers d’années de combustibles en stock et que par la surgénération ils produisent plus de plutonium qu’ils n’en consomment. Superphénix était la promesse d’un nucléaire « durable », plus sûr et plus « propre ». Il n’est pas sûr que Lionel Jospin ait vraiment compris ce qu’il faisait…
  Contrairement à Dominique Voynet, la ministre de l’Environnement qui signe avec enthousiasme l’arrêté de fermeture du réacteur applaudie par ses prédécesseurs, Ségolène Royal et Corinne Lepage, qui avaient multiplié les entraves pour le débrancher.
  Dans une tribune publiée par Le Point en novembre 2022, Lionel Jospin avait tenté très maladroitement un quart de siècle plus tard de se justifier. Il avait ainsi expliqué que la fermeture de Superphénix n’avait pas « un caractère strictement politique » tout en reconnaissant que… « cette intention figurait dans l’accord de gouvernement passé entre le Parti socialiste et les Verts ». Superphénix aurait selon lui été fermé pour des raisons essentiellement techniques liées à l’exploitation chaotique du réacteur et à sa rentabilité incertaine. Ce qui a été démenti par de multiples rapports. D’ailleurs, Phénix, le réacteur
précurseur et bien plus petit que Superphénix qui fonctionnait sur le même principe, a été en activité de 1973 à 2010 sans problème majeur…
  En fait, Lionel Jospin se sera fait « balader » en permanence par Dominique Voynet qui a été jusqu’à vanter les centrales à gaz et les « technologies modernes d’utilisation du charbon ». Pour démolir le nucléaire français, les écologistes n’avaient aucune limite.
  Non seulement la forfaiture de Dominique Voynet est avérée, mais elle est même avouée ! Elle n’a pas pu s’empêcher, par pure vantardise, de se féliciter publiquement, goguenarde, devant une caméra pour un documentaire diffusé par Arte en 2004, du travail de sape dont elle s’est rendue coupable quand elle était ministre — lire page…,. Au point de ne pas défendre la position du gouvernement français à Bruxelles et de faire exactement le contraire des consignes qui lui étaient données pour saboter le financement du nucléaire français. Exhumée par Documentaire et Vérité, la vidéo de l’aveu ahurissant de Dominique Voynet a fait des centaines de milliers de vues. Elle illustre au passage un sentiment total d’impunité… parfaitement justifié. Dominique Voynet redevenue député en 2024 par la grâce du Nouveau Front Populaire a été nommée l’an dernier au Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité
nucléaire
. Il fallait oser !
  • Jean-Louis Borloo et Jean-François Carenco, la décroissance fait son entrée en majesté dans un gouvernement
  La gauche n’est pas la seule responsable et coupable. La droite ne signera pas d’accords désastreux avec les Verts, mais elle reprendra à son compte le discours écologiste ambiant avec parfois autant de zèle.    Jacques Chirac qui a toujours senti l’air du temps et ne sera pas pour rien dans la starisation de Nicolas  Hulot. Nicolas Sarkozy ne sera pas en reste, notamment à l’occasion à l’automne 2017 du fameux Grenelle de l’environnement, grand œuvre de Jean-Louis Borloo, ministre d’État à l’Écologie. C’est le moment où l’autorité sur l’énergie et le nucléaire passe de Bercy au ministère de l’Écologie mais pas… la compétence. Jean-Louis Borloo est rapidement dépassé sur le fond des dossiers. Il laisse les clés du Grenelle aux ONG et à son directeur de cabinet, un certain Jean-François Carenco. Ce dernier sera remercié pour services rendus quelques années plus tard par François Hollande qui le nommera à la tête de la Commission de régulation de l’énergie.
  Le Grenelle construit un monde de fantaisies. L’avenir appartient à la sobriété et aux renouvelables. La décroissance devient un concept non seulement acceptable mais promu par le gouvernement. Sans études préalables, sans projections sérieuses, sans en mesurer les conséquences économiques, techniques, financières… Jean-Louis Borloo présente en 2008 un plan de développement des renouvelables qui doivent assurer en 2020 pas moins de 23 % de la consommation d’énergie du pays. Un objectif décidé, car il faut faire mieux que l’Allemagne ! L’apothéose, c’est la loi Nome — Nouvelle organisation du marché de l’électricité, de 2010. Elle instaure le système dément de l’ Arenh — Accès régulé à l’électricité nucléaire historique. Il contraint EDF, pour instaurer une concurrence artificielle qui ne profitera jamais aux consommateurs et seulement à quelques intermédiaires qui s’en mettront plein les poches, à vendre un tiers de sa production d’électricité nucléaire à prix cassé à ses concurrents.
  En fait, il n’y avait pas de différence de doctrine entre Jean-Louis Borloo, Ségolène Royale et Élisabeth Borne. Le ministre de Nicolas Sarkozy expliquait doctement en 2011, quelques mois après l’accident de Fukushima, que « la France n’a pas besoin de cet EPR [celui dont la construction avait été lancée à Flamanville] si elle parvient à réduire massivement sa consommation énergétique tout en augmentant sa production d’énergies renouvelables. La réduction du nucléaire doit se faire de manière progressive. Une sortie totale ne peut s’envisager avant 2040 ». Vous avez dit visionnaire…
  • François Hollande, Ségolène Royale, Élisabeth Borne, Cécile Duflot, Martine Aubry, Emmanuel Macron… la victoire en rase campagne de l’idéologie anti-nucléaire
  La deuxième vague, la plus dévastatrice, qui va finir de laminer la souveraineté énergétique française et sa filière nucléaire, intervient après la victoire à l’élection présidentielle de François Hollande en 2012.  Les anti-nucléaires prennent alors le pouvoir dans tous les rouages de l’État et y sont encore aujourd’hui solidement installés. Le point de départ, c’est le Pacte vert, l’accord de gouvernement signé en 2011 entre Martine Aubry, qui dirige le PS et a perdu la primaire pour la présidentielle contre François Hollande, et la dirigeante des Verts, Cécile Duflot. Un pacte purement politicien qui ne tient aucun compte des réalités économiques et techniques et des besoins du pays. Ce qui ne l’empêchera pas d’être repris intégralement et sans discussion par François Hollande et Emmanuel Macron… jusqu’en 2022.
  Le Pacte vert prévoit de ramener de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique d’ici 2025. Cela revient, selon les calculs de la Cour des comptes, à fermer entre 17 et 20 réacteurs. Comment continuer à produire l’électricité dont le pays a besoin de façon fiable et abordable ? Peu importe ! Lors de la négociation, le PS est en dessous de tout. L’ancien PDG d’EDF, Henri Proglio, en a raconté les dessous inattendus. Cela se passe en novembre 2011 au milieu de la nuit entre Michel Sapin pour les socialistes et Vincent Placé pour les Verts. Vincent Placé appelle en catastrophe Cécile Duflot à 2 heures du matin : « Nous voulions demander l’arrêt de deux réacteurs, les socialistes nous en proposent 24 ! » Au petit matin, dans le programme commun de la gauche plurielle, la fermeture de 24 réacteurs nucléaires sur les 58 en activité que compte alors EDF est annoncée…
  L’objectif est inscrit dans la loi de transition énergétique présentée en 2015 par Ségolène Royale, ministre de l’Écologie. Un texte préparé par sa directrice de cabinet, une certaine Élisabeth Borne qui sera plus tard ministre de l’Écologie à son tour et Première ministre sous la présidence d’Emmanuel Macron.
  Quant à la décision de ramener la production d’électricité nucléaire du pays à 50 % du total, il apparaîtra lors de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale qu’elle ne relève d’aucun calcul sérieux et d’aucune étude de faisabilité et d’impact. C’est un chiffre rond qui plaisait à Cécile Duflot, à Ségolène Royale et à Élisabeth Borne. Cette dernière, anti-nucléaire viscérale, aura été jusqu’à demander, en 2019 quand elle était ministre de l’Écologie, une étude prouvant que se débarrasser totalement du nucléaire et produire de l’électricité 100 % renouvelable était possible. L’ Ademe, agence publique [ Agence de la transition écologique, anciennement Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie ] devenue le relais au sein de l’appareil d’État de l’idéologie anti-nucléaire, s’était évidemment exécutée au point de provoquer une réaction outragée de l’Académie des technologies. Cette dernière écrivait que « les conclusions de l’étude de l’ Ademe doivent être prises avec la plus grande prudence ». Elles sont affectées par « de nombreuses erreurs de méthodes et des contradictions ». Elles « ne devraient en aucun cas servir de base à des décisions de politique publique ». Et pour cause, l’étude en question s’était bien gardée de s’appuyer sur un comité scientifique…
  Cela n’avait pas empêché Élisabeth Borne de tancer le patron d’EDF d’alors, Jean- Bernard Lévy, pour lui demander de travailler sur un scénario de production d’électricité d’origine 100 % renouvelable.
  Cela n’a pas empêché non plus Élisabeth Borne et Emmanuel Macron de faire fermer un an plus tard les deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim qui sortaient d’une révision totale et étaient parfaitement opérationnels. Sébastien Lecornu, alors secrétaire d’État à l’énergie auprès de Nicolas Hulot, avant de devenir ministre de la Défense et Premier ministre, y avait beaucoup travaillé. « Promesse tenue », claironnera Élisabeth Borne !
  Il fallait satisfaire les écologistes, le gouvernement allemand et Nicolas Hulot, la figure christique nationale du combat écologique, la personnalité préférée des Français pendant des années. Il aura été courtisé par tous les présidents de la République de ce siècle, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron qui remportera la mise… Façon de parler.
  • Nicolas Hulot, une imposture
  Nicolas Hulot n’aura été ministre de l’Écologie que quinze mois et s’est retiré de la vie publique en novembre 2021. Mais il aura fait un tort considérable à la politique énergétique du pays et à la notion même de transition qu’il a décrédibilisé. Il n’a jamais été un expert de l’environnement, de l’écologie et encore moins de l’énergie. Il était moniteur de planche à voile devenu célèbre et riche en animant l’émission de télévision à grand succès Ushuaïa sur TF1. Avec la fondation Ushuaïa devenue la fondation Nicolas-Hulot, il devient la figure de proue de l’écologie en France même s’il ne fait rien ou presque dans cette fondation dont l’idée revient à TF1 et Jacques Chirac qui en avait flairé l’intérêt politique et en fera un des thèmes de sa campagne présidentielle victorieuse de 2002.
  C’est d’ailleurs Nicolas Hulot qui soufflera à Jacques Chirac la fameuse formule prononcée lors du Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs… »  Nicolas Hulot tance les élus, défend la planète la larme à l’œil, et rédige en 2007 un pacte prônant la décroissance avec l’aide, entre autres, de Jean-Paul Besset, ancien rédacteur en chef du Monde et fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire et d’un certain Jean-Marc Jancovici qui faisait ses premières armes. Le plus incroyable est que les candidats à la présidentielle de 2007 ont signé pour la « révolution écologique », à commencer par Nicolas Sarkozy qui remportera le scrutin.
  L’imposture Nicolas-Hulot éclatera au grand jour bien plus tard, quand il quittera le gouvernement emporté par des mises en cause personnelles en septembre 2018, et en mars 2023 quand il est auditionné par la Commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale. Il est notamment interrogé sur le rapport remis en 2018 au gouvernement d’Édouard Philippe par deux experts incontestables, Yannick d’ Escatha et Laurent Collet-Billon. Il est classé secret défense pour que personne ne puisse le consulter puisqu’il contredit totalement la politique gouvernementale. Il sera finalement déclassifié en mars 2023. Il prône la relance urgente d’un programme de construction de réacteurs nucléaires en France pour faire face au vieillissement du parc et pour ne pas perdre de façon presque irrémédiable le savoir-faire. Interrogé sur ce rapport, Nicolas Hulot balbutie, hésite et explique ne pas en avoir eu connaissance. Il est immédiatement contredit dans un sourire gêné par sa directrice de cabinet, Michèle Pappalardo : « Si vous l’avez eu… » C’est même lui qui l’avait commandé en mars 2018… tout en dénonçant en août 2018 « le nucléaire, cette folie inutile économiquement et techniquement dans laquelle on s’entête ». Un naufrage.
  • Emmanuel Macron, une ardoise que le pays n’a pas fini de payer
  Étant au pouvoir pendant presque quinze ans, aux côtés de François Hollande pendant cinq ans et en tant que chef de l’État pendant deux mandats, Emmanuel Macron a été l’artisan le plus constant de la politique énergétique désastreuse menée par le pays. De la vente en 2014 dans des conditions discutables et controversées des turbines nucléaires Arabelle d’Alstom à l’américain General Electric — GE, en passant par l’arrêt brutal du projet Astrid en 2019, la fermeture de Fessenheim en 2020 jusqu’à la promulgation par décret de la PPE3 — Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3, qui est un véritable coup de poignard dans le dos à EDF dont elle dégrade mécaniquement la rentabilité et la durée de vie du parc nucléaire.
  Certains estiment que la vente des activités dans l’énergie d’Alstom et plus particulièrement de la fabrication des turbines Arabelle, les meilleures au monde, qui équipent les centrales nucléaires et les sous-marins nucléaires français, est un scandale d’État. L’opération a été orchestrée par Emmanuel Macron en tant que secrétaire général adjoint de l’Élysée puis autorisée en 2014 quand il est nommé ministre de l’Économie. Arnaud Montebourg, son prédécesseur, avait promulgué un décret pour protéger les actifs stratégiques. Emmanuel Macron fait le contraire. La France perd la main sur une technologie critique. Arnaud Montebourg parle de trahison. L’ancien patron d’ Elf et ancien chroniqueur de Transitions & Énergies, le regretté Loïk Le Floch-Prigent, dénonce l’amateurisme et la naïveté. À l’Assemblée, une commission d’enquête présidée en 2018 par feu Olivier Marleix parle de scandale d’État et de possible pacte de corruption. Il Écrit : « L’État a failli à préserver les intérêts nationaux. » La justice est saisie directement par Olivier Marleix au début de l’année 2019. Une première instruction se solde par un non-lieu. Une autre est toujours en cours.
  Le 31 mai 2024, sur ordre du gouvernement, EDF débourse 1,2 milliard de dollars pour racheter les turbines Arabelle à General Electric et essayer d’effacer la faute commise dix ans plus tôt. Une opération présentée à l’Élysée comme un acte de souveraineté. Sauf que le prix payé par EDF est exorbitant et que les brevets sont restés aux mains de GE…
  Et puis il y a des décisions impossibles à comprendre, comme l’abandon pur et simple du projet de réacteur à neutrons rapides Astrid juste avant sa mise en construction, sauf à prendre en compte une dimension irrationnelle et idéologique. Astrid, c’était la continuité de Superphénix dont les écologistes avaient déjà obtenu la peau. Astrid avait été lancé en 2006 par Jacques Chirac pour tenter de préserver les connaissances et le savoir-faire acquis pendant des décennies par la recherche française sur les réacteurs à neutrons rapides avec les prototypes successifs qui avaient pour nom Rapsodie, Phénix et donc Superphénix.
  En août 2019, en catimini, Emmanuel Macron arrête le programme qui était pourtant financé par une loi votée par le Parlement. Le Conseil constitutionnel aurait pu s’interroger… Ce que n’a pas manqué de souligner d’ailleurs le Sénat en 2024 : « Face à une disposition législative, votée par le Parlement, la recommandation ou la décision d’un haut fonctionnaire s’impose, ce qui est un dévoiement choquant. »
  Désabusés, les députés et les sénateurs de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques résumeront ainsi l’abandon d’Astrid : « L’exécutif jette aux oubliettes soixante années de recherche scientifique. »
  Et puis il y a la fermeture des deux réacteurs de Fessenheim, en février et juin 2020, soit un peu moins de deux ans avant l’annonce de la construction, par Emmanuel Macron, de six nouveaux réacteurs, voire 14, en février 2022. Un virage à 180 degrés, salutaire, mais là encore difficile à expliquer. Pour en revenir à Fessenheim, comme l’écrivait alors Élie Cohen, directeur de recherche au CNRS et grand expert de l’industrie, cette fermeture « sans raison économique, sans motif de sécurité, à rebours de l’impératif climatique, ne manque pas d’interroger sur le poids de la rationalité économique dans la décision publique, la force de nos engagements de décarbonation depuis les Accords de Paris et le respect que l’on prête à l’Autorité de sûreté nucléaire ». Un constat que faisait alors aussi la Cour des comptes qui parlait de « processus chaotique » et s’interrogeait sur le caractère improvisé et inconséquent de l’arrêt des deux réacteurs.
  Et puis il y a, dernier épisode en date, la promulgation par décret de la PPE3 par le gouvernement Lecornu en février 2026 avec le soutien actif de l’Élysée. Sans trop s’étendre sur cette question — lire page 27 et page 93, on peut la résumer de la façon suivante. L’intérêt énergétique et financier du pays est sacrifié au seul bénéfice d’une poignée d’investisseurs et d’opérateurs privés de parcs de renouvelables intermittents qui bénéficieront pendant deux décennies, la durée des contrats, de subventions exorbitantes payées par le contribuable et le consommateur.
  On privatise la production d’électricité du pays avec de l’argent public que le pays surendetté n’a pas et pour des capacités supplémentaires de production totalement inutiles. Rappelons que la France produit une électricité décarbonée à plus de 95 % et qu’elle dispose de capacités de production supérieures d’au moins 20 % à la demande.
  La PPE3 revient à remplacer la production nucléaire décarbonée et les centrales amorties d’EDF par des équipements renouvelables intermittents moins performants et fortement subventionnés mais prioritaires sur le réseau. Des investissements qui ne seront jamais rentables pour le pays. François Bayrou avait résisté à la pression, notamment élyséenne, mais pas du tout Sébastien Lecornu…
 
 

HAUTE-MARNE : AGRIVOLTAÏQUE : 11 NOUVEAUX PERMIS DE CONSTRUIRE POUR DES USINES

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