Épisode précédent : PRESSIGNY : LA COMMUNE DONNE UN AVIS FAVORABLE POUR LE REDÉMARRAGE DE L' USINE ÉOLIENNE
Une nouvelle fois, la commune de Pressigny — ou, plus exactement, son maire — semble avoir les faveurs du JHM Quotidien, comme cela avait déjà été le cas précédemment.
À en croire la rédaction du journal, le fait d’être « le plus jeune maire de Haute-Marne » semble constituer une qualité suffisamment remarquable pour justifier à elle seule cette attention particulière. Une fois passées les mondanités du jeunisme, revenons toutefois au contenu de l’interview.
À en croire la rédaction du journal, le fait d’être « le plus jeune maire de Haute-Marne » semble constituer une qualité suffisamment remarquable pour justifier à elle seule cette attention particulière. Une fois passées les mondanités du jeunisme, revenons toutefois au contenu de l’interview.
« Là aussi, c’est très complexe. Je découvre beaucoup de choses. Concrètement, tout doit redémarrer avant un an, sinon les éoliennes seront démontées. Cela voudrait dire qu’il y aurait eu un gros investissement pour rien »
Cette déclaration mérite que l’on s’y attarde. Décortiquons donc ce propos.
Pressigny, le 19 juillet 2026. Hugo Coeurdassier a dû gérer cet été les problèmes de ressources en eau de la commune. (Photo : D. C.)
1. Un soutien clairement assumé au maintien de l'usine. La position de Monsieur le Maire et de son conseil municipal semble sans ambiguïté : Pressigny soutient le maintien et le redémarrage des 17 éoliennes. Sur ce point, rien de véritablement nouveau. Depuis les premières démarches engagées autour de 2008-2009, les conseils municipaux successifs de Pressigny ont constamment accompagné et soutenu le développement de l’éolien sur leur territoire. Pire encore : les élus de la première époque ont eux-mêmes été à l’initiative de la démarche ! Lire en fin d'article.
2. Un maire « apolitique »… mais adhérent au PCF1 ! On a du mal à croire qu'il laisse ses convictions au vestiaire lors d'une séance du CM...
3. Paradoxe : le Parti communiste français — PCF, entretient une opposition fondamentale et doctrinale au grand capital privé, ce qui est le cas concernant le propriétaire de l'usine. Lire en fin d'article :
« Le PCF prône le dépassement de la logique de profit privé et du pouvoir des actionnaires sur la production, au profit de la satisfaction des besoins sociaux et environnementaux. » Source.
4. Quels arguments sont réellement mis en avant ? Dans ses prises de parole publiques concernant Vannier-Amance, Hugo Cœurdassier insiste notamment sur la nécessité de faire redémarrer les 17 éoliennes, sur le risque de démantèlement et sur le fait qu’un important investissement aurait alors été réalisé « pour rien » Il met également en avant les retombées fiscales pour Pressigny, annoncées à hauteur d’environ 54 000 € par an au titre de l’ IFER, soit près de 10 % du budget communal. Bulletin municipal — 18 juin 2026. En revanche, nous n’avons pas identifié, sauf erreur de notre part, de prise de position mettant explicitement au premier plan le bien-être des habitants face aux éventuelles nuisances de l'usine, ni ses conséquences sur le paysage, la biodiversité ou la faune. C'est un constat. Chacun en tirera sa conclusion...
5. Michel Audiard avait raison « Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute. », même un communiste.
6. Mais une question demeure : l' intérêt financier d'une commune peut-il justifier le redémarrage de 17 éoliennes au détriment du cadre de vie et de l'environnement des habitants ?
1. Compte rendu de la section Sud Haute-Marne du PCF — 26 octobre 2024, Chaumont.
IL ÉTAIT UNE FOIS L' USINE DE 17 ÉOLIENNES
2008-2011 : les premières réflexions et l'arrivée d'E.ON
- Les élus du territoire décident de lancer des études de faisabilité pour un projet éolien. L'objectif affiché était de conserver la maîtrise du développement éolien local et de définir eux-mêmes les secteurs susceptibles d'accueillir des éoliennes. 9 communes étaient alors concernées par la réflexion.
- À la manœuvre : les Communautés de communes de Laferté-sur-Amance puis celle de Vannier-Amance — fusion avec la CC du Pays de Fayl-Billot — 2013. Cette entité Vannier Amance a ensuite fusionné en 2017 avec Chalindrey et Bourbonne-les-Bains pour donner naissance à la CC des Savoir-Faire actuelle.
- À la même époque apparaît Opale Développement — 2008, qui deviendra un groupe holding Opale Énergies Naturelles — 2018 basé à Fontain — Doubs, Bourgogne-Franche-Comté, un bureau d'études spécialisé dans les projets éoliens. Elle réalise études d'impact, concertation locale, financement, ingénierie, construction et exploitation.
- Cette dernière travaille avec le grand énergéticien allemand E.ON.
- 2011, coup de tonnerre : E.ON décide de vendre son portefeuille français de projets éoliens en développement.
- Grand fonds d'investissement américain en private equity fondé en 2000, spécialisé dans le secteur de l'énergie et des infrastructures. Riverstone, reprend ce portefeuille et crée Velocita Energy Developments pour structurer, financer et exploiter ce portefeuille de projets d 'E.ON.
2013 : un projet beaucoup plus grand que l'usine actuelle
- 3 octobre : la société Haut-Vannier dépose officiellement sa demande d'autorisation.
- 29 éoliennes, de 182m en bout de pale, sont envisagées, sur les communes de : Fayl-Billot — 11 éoliennes; Pierremont-sur-Amance — 2 éoliennes; Poinson-lès-Fayl — 2 éoliennes et Pressigny... 14 éoliennes !
2016 : nouveau changement de propriétaire
- Le groupe Envision Energy, fabricant chinois d'éoliennes, rachète Velocita. Cette dernière devient donc une société du groupe Envision.
- Des associations de riverains et plusieurs personnes à titre individuel, avec en première ligne l’association Van d’Osiers de Pressigny, saisissent le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Elles contestent notamment les informations fournies dans le dossier concernant les capacités financières de la société Haut-Vannier, qu’elles estiment insuffisantes ou problématiques.
- 10 janvier : première décision du tribunal administratifLe tribunal administratif, faisant application de l’article L. 181-18 du Code de l’environnement, décide de surseoir à statuer sur la demande d’annulation de l’arrêté préfectoral du 9 mars 2015.En clair, le tribunal relève un vice dans la procédure : le dossier soumis à l’enquête publique ne comportait pas des informations suffisantes concernant les capacités financières de la société Haut-Vannier, chargée de l’exploitation de l'usine. Plutôt que d’annuler immédiatement l’autorisation, le tribunal laisse à l’administration la possibilité de régulariser cette irrégularité par une nouvelle autorisation modificative.
- 12 décembre : la régularisation est acceptée
Dans un second jugement, le tribunal constate que, dans le délai qui lui avait été fixé, le préfet de la Haute-Marne lui a transmis un arrêté modificatif daté du 5 juillet 2019. Cet arrêté est destiné à corriger le vice relevé précédemment concernant les capacités financières de l’exploitant Considérant cette régularisation comme suffisante, le tribunal administratif rejette alors la demande d’annulation présentée par l’association Van d’Osier et les autres requérants. Autrement dit : le tribunal n’a pas considéré que le problème avait disparu; il a estimé qu’il pouvait être corrigé, et que cette correction avait été effectuée par l’arrêté préfectoral du 5 juillet 2019.
2020 : Envision cède le projet à TRIG
- Octobre : le groupe Envision cède l' usine Vannier-Amance à The Renewables Infrastructure Group Limited — TRIG, un fonds d’investissement spécialisé dans les infrastructures d’énergies renouvelables.TRIG investit dans des infrastructures de production d’énergies renouvelables et notamment dans l'éolien, des installations solaires et des projets de stockage d’électricité en Europe. La société est basée à Guernesey. Son portefeuille comprend notamment des actifs au Royaume-Uni, en Irlande, en France, en Allemagne, en Espagne et en Suède. Envision/Velocita reste impliqué dans le développement et la construction de l'usine.
- Novembre : le projet est juridiquement remis en cause; la cour administrative d'appel — CAA, de Nancy rend une décision importante : elle annule les arrêtés préfectoraux de 2015 et de 2019 qui autorisaient et régularisaient l'exploitation des 17 éoliennes ! Le projet, alors en cours de construction, se trouve ainsi confronté à un sérieux obstacle juridique.
- Envision / Velocita : développeur et constructeur; les 17 éoliennes sont des... Envision !
- TRIG : propriétaire de l'usine.
- Février : les travaux commencent.
- 19 novembre : par un arrêt n° 20NC00434, 20NC02421, la cour administrative d'appel de Nancy a, sur appel de l'association Van d'Osier et de la société pour la protection des paysages et de l'esthétique en France, annulé ces jugements et les arrêtés préfectoraux des 9 mars 2015 et 5 juillet 2019.
- Les 17 éoliennes de Vannier-Amance sont mises en service en 2022. Mais sa situation juridique reste loin d’être définitivement réglée : les recours engagés contre ses autorisations se poursuivent.
- 25 janvier 2023 : le Conseil d'État relance la procédure. Saisi par la société Haut-Vannier, le Conseil d'État, par sa décision n° 448911 et 449054, annule l'arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Nancy en 2020. L'affaire est renvoyée devant cette même cour, qui doit donc réexaminer le dossier. Le Conseil d'État ne valide pas pour autant définitivement l' usine : il remet simplement la procédure devant la CAA de Nancy afin qu'elle statue à nouveau.
- 16 mai 2024 : la justice impose une nouvelle régularisation. Après ce renvoi, la cour administrative d'appel de Nancy rend son arrêt n° 23NC00282. Elle considère qu'une régularisation environnementale est encore possible. Elle laisse donc à la société Haut-Vannier ou à l'État la possibilité de lui transmettre une autorisation environnementale modificative, après que l'autorité environnementale aura rendu son avis dans les formes requises.
- Dans l'attente de cette éventuelle régularisation, la cour suspend l'exécution de l'arrêté préfectoral du 9 mars 2015, qui constituait la base de l'autorisation d'exploitation. Autrement dit, alors que les éoliennes sont déjà en fonctionnement depuis 2022, l'exploitation de l'usine est suspendue à partir de mai 2024, dans l'attente de la régularisation demandée par la cour.
2025 : la CAA annule les autorisations administratives de 2015 et 2019
- 30 décembre : le couperet tombe. Après plusieurs années de recours, de régularisations et de renvois entre les juridictions administratives, la cour administrative d’appel de Nancy rend finalement sa décision ce jour-là. Cette fois, il n’est plus question de laisser à l’administration la possibilité de régulariser la situation : la cour annule purement et simplement les principaux actes administratifs qui fondaient l’autorisation de l'usine ! Son dispositif est sans ambiguïté :
« Article 1er : Le jugement n° 1501817 du 12 décembre 2019, l'arrêté du préfet de la Haute-Marne du 9 mars 2015 et l'arrêté modificatif du 5 juillet 2019 sont annulés. »
- Sont donc annulés : l'arrêté préfectoral du 9 mars 2015, qui avait autorisé l'exploitation des 17 éoliennes; le jugement du tribunal administratif du 12 décembre 2019, qui avait accepté la régularisation du premier vice de procédure; l'arrêté modificatif du 5 juillet 2019, pris pour régulariser cette autorisation. Autrement dit, l’autorisation administrative sur laquelle reposait l’exploitation des 17 éoliennes est finalement supprimée.
2026 : et maintenant, stop ou encore pour les 17 éoliennes ?
Après l’annulation des autorisations administratives en décembre 2025, le dossier Vannier-Amance entre dans une nouvelle phase.
La situation est donc désormais assez particulière : les éoliennes sont toujours là, les permis de construire n’ont pas disparu, mais l’autorisation administrative nécessaire à leur exploitation a été annulée.
En clair, le propriétaire ne peut pas simplement décider de remettre les machines en fonctionnement. Pour une reprise de l’exploitation, il lui faudrait obtenir une nouvelle autorisation, dans le cadre d'une nouvelle procédure administrative.
Avec la seule question qui vaille : Vannier-Amance connaîtra-t-il une seconde vie… ou les 17 éoliennes finiront-elles par être démontées ?
L'association a sa réponse ! ET VOUS ?
À suivre...
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