NUCLÉAIRE- ENR : LE DÉFI DE LA MODULATION — JUSQU'OÙ LE « TOUJOURS PLUS » ET POUR QUEL SURCOÛT ?

   Selon M. Bréchet, la situation se décompose en deux points critiques :
  • La sécurité : la modulation de puissance — le fait de faire varier la production des réacteurs, ne menace pas la sûreté des installations. Il n'existe donc aucun risque d'accident nucléaire direct lié à cette pratique;
  • L'usure technique et son coût : en revanche, cette flexibilité impose des contraintes physiques sur certains composants. Bien que remplaçables, ces pièces s'usent plus vite, ce qui entraîne une multiplication des opérations de maintenance, une baisse de la disponibilité des centrales et, par extension, une hausse des coûts d'exploitation.
  Or, le développement massif de l'éolien et du solaire accentue ce phénomène. Comme ces énergies sont intermittentes, le parc nucléaire doit « pivoter » plus souvent pour équilibrer le réseau, ce qui accélère l'usure mentionnée. Les problèmes s'amplifieront d'autant plus que le stockage de l'énergie — batteries, hydrogène, est loin de prendre le relais du nucléaire, pour compenser l'intermittence des EnR. Arrive la question : combien cela coûtera à l'avenir aux contribuables, au consommateurs et à la collectivité ? Car, on parle de milliards d'euros à l'échelle du parc, comprenant les pièces de rechange, mais surtout le manque à gagner par jour d'arrêt pour maintenance d'un réacteur. Environ 1 million d'euros en revenus non perçus — selon les cours du marché ? 
  Mais, au-delà, le parc actuel ayant été conçu pour fonctionner « en base » — puissance constante, lire ci-devant, est-ce que le pousser à toujours plus de modulation, ne pourrait pas accélérer sa fin de vie et provoquer la mise à l'arrêt définitive des centrales ?
 
Bonne nuit et bonne chance.
 
php 
 
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Effets de la modulation sur les centrales nucléaires, Yves Bréchet*

  Durant l’hiver 2022-2023, les centrales nucléaires françaises ont dû être mises à l’arrêt après la découverte de fissures causées par la corrosion sous contraintes. Ces centrales, dont la puissance est pilotable, sont des éléments essentiels de la modulation de la production d’électricité pour assurer l’équilibre production/consommation dans le réseau. Il y a pourtant des limites physiques et mécaniques qu’il faut prendre en compte lorsque des modulations de grande ampleur sont nécessaire. 
 
* YVES BRÉCHET, ancien haut-commissaire à l’énergie atomique, est membre de l’Académie des sciences.
 
  Voici l’état de mes réflexions sur les effets de la modulation… et la raison pour laquelle le rapport de Jean Casabianca, inspecteur général de la Sûreté nucléaire, me semble devoir être attentivement lu. J’ai partagé cette réflexion avec quelques personnes spécialistes de l’opération des centrales et des combustibles. Le message final est de ne pas tomber dans le catastrophisme ni de prétendre qu’il n’y a pas de problème. La décision de moduler la production nucléaire pour s’adapter aux fluctuations induites par le développement massif des EnR mérite d’être instruite sérieusement, et on ne saurait se contenter de slogans pour prendre des décisions importantes.
 
 

  Il y a deux questions à aborder : les endommagements induits et les difficultés d’exploitation accrues. Il est important de distinguer les suivis de charge, de faible amplitude et grande période, et les modulations de forte amplitude, à fréquence rapide mais pouvant induire un fonctionnement à puissance réduite pendant une longue période. La confusion de ces différents aspects conduit à un catastrophisme ou à un irénisme, tous les deux non justifiés.

LES ENDOMMAGEMENTS INDUITS
  Il y a dans les centrales trois types de composants : les composants consommables, le composants remplaçables et les composants non remplaçables.
 
1. La cuve est le composant non remplaçable qui fixe la durée de vie des réacteurs. Le phénomène qui limite sa durée de vie est le durcissement sous irradiation de l’acier de cuve, qui conduit à une réduction progressive de la température de transition ductile/fragile et qui fait que, au-delà d’une certaine fluence, le matériau n’a plus la résilience requise en cas d’accident. Bonne nouvelle, les aciers bainitiques qui constituent la cuve vieillissent moins vite qu’initialement prévu. Les évolutions de résilience sont suivies régulièrement, c’est ce qui permet de penser qu’un réacteur peut aller au-delà de 50 ans, 60 ans, 80 ans en adoptant des gestions faibles fluences… 

2. Les composants consommables sont essentiellement le combustible, la gaine du combustible et les éléments de l’assemblage. Ce qui limite la durée de vie du combustible, c’est la corrosion de la gaine qui fait qu’elle ne peut pas indéfiniment jouer son rôle de barrière. C’est pour cela qu’on change parfois le combustible avant qu’il n’ait été totalement consommé. De façon générale, le combustible est changé parce que la réactivité n’est plus suffisante : l’enrichissement de départ a été choisi pour ça et les caractéristiques du crayon combustible dans les assemblages — pression initiale dans le crayon, jeu pastille-gaine, choix du type de pastilles et de gainage, conception d’assemblage réduisant au minimum les risques de percement de la gaine par vibration-usure des crayons, ont été adaptées pour que les phénomènes limitant induits par l’irradiation ne surviennent pas avant que le combustible ait été consommé de façon optimale.
 
3. Les composants remplaçables sont les circuits de refroidissement, les internes de la cuve et les générateurs de vapeur. Les internes de cuves sont limités par la corrosion sous contrainte assistée par l’irradiation, les générateurs de vapeur par le colmatage et la corrosion, les circuits de refroidissement par la corrosion et la fatigue. 
  Une fois comprise cette classification, on peut comprendre les effets escomptés du fonctionnement non stationnaire d’un réacteur, c’est-à-dire le suivi de charge — oscillations de longue périodes, et la modulation — oscillations beaucoup plus rapides et d’amplitude plus grande pour compenser les fluctuations de production induites, par exemple par les sources intermittentes.
 
 
 
  Aucune de ces fluctuations ne va sérieusement modifier les effets d’irradiation de la cuve, et on n’aura pas de diminution de la durée de vie des réacteurs de ce fait, ni un risque de sûreté induit par les fluctuations de fonctionnement.
  De même, les composants consommables ne seront probablement pas directement affectés : on ne s’attend pas à ce que la thermique de l’eau dans la cuve soit modifiée de façon majeure, et la dose cumulée d’irradiation — à l’origine de l’augmentation de la pression interne des crayons combustibles liée aux gaz de fission, ne sera pas non plus affectée : on ne s’attend donc pas à ce que les fluctuations de fonctionnement modifient drastiquement la durée d’utilisation du combustible — en termes d’énergie produite. Cela dit, les variations de puissance ont un effet sur les contraintes générées par la pastille sur la gaine — interaction mécanique pastille-gaine. Pour éviter un risque de percement de la gaine par interaction pastille-gaine — IPG, lors des fluctuations de puissance, un dimensionnement spécifique du cœur a été mis en œuvre en France, dès les années 1980, induisant des contraintes sur le pilotage des tranches. Nous avons ainsi acquis une expérience technique unique, autorisant des variations de puissance que le monde entier nous envie.
  En revanche, les fluctuations de puissance vont changer les conditions thermiques des circuits de refroidissement et des générateurs de vapeur. Si les fluctuations sont lentes — suivi de charge, l’expérience montre que les contraintes thermiques sont faibles et que l’effet dégradant est limité. Si les fluctuations thermiques sont rapides, les gradients de température peuvent être importants et induire des contraintes conduisant à de la fatigue thermomécanique et à de la fatigue-corrosion. C’est à mon avis l’effet majeur attendu à la suite d’une modulation trop rapide. Une situation analogue est rencontrée dans les zones de mélange froid/chaud qui ont conduit à du faïençage thermique des tuyaux.
  En résumé, en matière d’endommagements, le suivi de charge devrait être assez inoffensif — le temps de mise en équilibre du champ thermique est faible devant le temps caractéristique d’évolution des conditions aux limites; cependant, la modulation peut affecter la durée de vie des composants remplaçables. Ce qui signifie non pas un risque de sûreté mais un allongement des périodes d’arrêt pour remplacer les composants remplaçables.
  Pour aller plus loin dans cette évaluation, il faudrait calculer — avec des outils de calcul thermohydrauliques, les fluctuations de température induites par une fluctuation de puissance extraite du réacteur. Ensuite, il faudrait calculer — dans un régime élastique, les amplitudes de contrainte en résultant et, enfin, faire des essais de fatigue thermomécaniques dans ces conditions, sur éprouvettes immergées, et mesurer les temps d’apparition de fissures de fatigue.
  Je ne pense pas que de telles études aient été faites dans les conditions de modulation, car pour faire fonctionner un réacteur en régime de modulation, il faut vraiment avoir de bonnes raisons… Je pense que de telles études seraient utiles pour quantifier les dommages potentiellement induits, les périodes d’arrêt de maintenance qui en résulteraient, et les coûts afférents. Mais tout cela suppose qu’on aille au-delà d’un commode « circulez, il n’y a rien à voir »…
  Pour ce qui est des dispositifs associés aux centrales, les turbines, les alternateurs, qui n’ont rien de spécifiquement nucléaire, le fonctionnement non stationnaire ne peut qu’endommager ces dispositifs, mais il est difficile d’en estimer a priori l’ampleur en l’absence de retour d’expérience.
 
LES DIFFICULTÉS POTENTIELLES D’EXPLOITATION
  Au-delà des endommagements possibles, il est probable que la modulation rende plus difficile l’opération des centrales, ce qui n’est pas une bonne nouvelle. Voici pourquoi.
  D’une part, les principales variations de température en interne de la cuve, concernent celles de la pastille combustible et de la gaine, lesquelles n’évoluent pas de la même façon, la première étant un composé fritté, la seconde étant un métal. C’est la question de l’interaction pastille-gaine — IPG, qui, en générant des contraintes dans la gaine, peut conduire à une fissure de la première barrière. Comme la taille du parc français a imposé dès le départ de faire du suivi de charge, cette problématique a été étudiée dès les années 1980 en réalisant de nombreuses rampes de puissance dans des réacteurs expérimentaux. Sur la base des résultats obtenus, des limites de variation de puissance ont été imposées aux opérateurs des tranches en suivi de charge. Cela a conduit à réduire le domaine de fonctionnement de ces tranches par rapport à une tranche fonctionnant en base — sans variation de charge. Les cas les plus problématiques sont ceux impliquant un fonctionnement prolongé à faible puissance — de l’ordre de 8 à 30 jours, car il nécessite des précautions particulières lors de la remontée en puissance. Il faut simplement se rappeler que les réacteurs de type REP — réacteurs à eau sous pression, ont été conçus pour fonctionner en base, c’est-à-dire sans faire varier la charge pendant toute la campagne d’irradiation. Pour pallier le risque IPG sur le combustible, le constructeur Westinghouse avait imposé une cinétique de montée en charge limitée, que nous avons pu relaxer grâce aux études évoquées ci-dessus.
  D’autre part, toute variation de charge nécessite d’ajuster la concentration en bore afin de compenser l’effet des neutrons retardés — le xénon en particulier, et ce, au cours des 7-8 heures qui suivent la variation de charge — certes les grappes grises permettent de modifier la puissance du réacteur en premier lieu, mais c’est le bore qui ajustera la réactivité ensuite. Ceci conduit à des productions d’effluents proportionnellement à l’amplitude et la vitesse de variation de charge ainsi qu’à l’avancement dans le cycle d’irradiation — la concentration en bore diminue au fur et à mesure de l’avancement dans le cycle et nécessite donc plus de dilution/borication pour une même variation de puissance. La gestion de ces effluents complique l’exploitation et augmente le volume des rejets, ce ne sont pas des effets à écarter d’un revers de main !
  Enfin, le suivi de charge massif imposé à certaines tranches met en tension les équipes chargées de la régulation du groupe turbo-alternateur de la partie non-nucléaire, augmentant ainsi les impacts socio-organisationnels et humains —SOH) Ce point a été souligné par l’ IGSNR — Inspection générale de la sûreté nucléaire, dans son dernier rapport.
 
EN RÉSUMÉ
  Les caractéristiques en amplitude et en fréquence du suivi de charge et des modulations rendent pour le moins hasardeuses les généralisations sans validation de l’expérience du suivi de charge au cas de la modulation.
  Il est certain que la mise en place des modulations rend plus délicate l’exploitation des centrales, sans pour autant présenter de problèmes de sûreté ou de réduction de la durée de vie des réacteurs.
  Les modulations ne sont pas neutres vis-à-vis de l’utilisation du combustible : à titre d’exemple, le suivi de charge est suspendu dans une tranche contenant des crayons combustibles endommagés.
  Il est probable que les modulations génèrent des endommagements qui dégraderont la disponibilité du parc, et la question doit être quantifiée, ne serait-ce que pour estimer les surcoûts d’exploitation.
  Il est imprudent de prétendre, avant que ces études n’aient été faites, que la modulation du fonctionnement des centrales soit une stratégie industriellement viable pour contrebalancer les effets de l’intermittence induite par une pénétration fortement accrue des EnRI.
 
RETOUR SUR LA SITUATION ACTUELLE ET LES ÉTUDES NÉCESSAIRES
  Actuellement, ce qui est techniquement garanti est que l’on peut faire varier quotidiennement la puissance d’un réacteur entre 100 % et 30 % de la puissance nominale pendant les 2/3 du cycle d’irradiation, sans limitation particulière. Il me semblerait utile, pour ne pas dire nécessaire, avant d’affirmer que la modulation de grande ampleur, nécessitant par exemple des arrêts de tranche répétés, ne pose pas de problème, d’évaluer quantitativement les modulations nécessaires en fonction non seulement de la puissance renouvelable installée — aux niveaux tant français qu’européen, mais aussi du détail statistique des fluctuations induites et de la demande de stabilisation nécessaire. Cette étude, comme celle sur les moyens de stockage disponibles de façon économiquement viable, est une brique indispensable pour penser un mix énergétique qui ne soit pas une pétition de principe, s’appuyant plus sur l’idéologie, ou sur une stratégie de courtisan, que sur la science…
 

MANDRES-LA-CÔTE : PROJET ÉOLIEN : AVIS FAVORABLE DU COMMISSAIRE ENQUÊTEUR

 
L'enquête publique s'est déroulée du 22 septembre au 21 octobre 2025
 
Documents à consulter dans leur intégralité :
«  La société PE DE MANDRES LA COTE, appartenant à la commune de Mandres-la-Côte, pour 10 %, et à la société VALECO, pour 90 %, sollicite l’autorisation d’implanter le parc éolien du Champ d’Argent sur le territoire de la commune de Mandres-la-Côte, à 15 km de Chaumont en Haute-Marne (52). Le projet est constitué de 3 éoliennes de 190 mètres de hauteur en bout de pale et de 2 postes de livraison. » 

 

Source

 Rapport 

« 1.4. Historique du projet        :
  En 2017, VALECO, producteur français d’énergies renouvelables, a pris contact avec la commune de Mandres-la-Côte afin d’analyser la faisabilité d’un projet éolien sur le territoire de la commune.
  Au début de l’année 2018, le conseil municipal délibère en faveur du projet. VALECO lance alors les études réglementaires portant sur différents aspects de l’environnement autour de la zone d’implantation potentielle. » 
 p. 7.

« En 2020 de nouvelles élections municipales ont eu lieu et Mme LARDIN est alors élue maire de Mandres-la-Côte. Des échanges avec la nouvelle équipe municipale se mettent alors en place afin d’assurer la continuité du projet éolien.  L’année 2021 est une année charnière de ce projet car, pendant cette année, la commune de Mandres-la-Côte est devenue partenaire de VALECO1, la concertation préalable a été organisée et l’implantation du projet a été définie en collaboration avec l’équipe municipale. »
p. 8. 
 
1. 
« ENTRÉE DE LA COMMUNE AU CAPITAL DE LA SOCIÉTÉ PE MANDRES LA COTE POUR LE PROJET EOLIEN
  Après avoir entendu l’exposé de Mme le Maire et pris connaissance du dossier qui a été remis à chaque élu en amont de la séance, Mme le Maire propose de faire entrer la commune, au capital de la société PE MANDRES LA COTE à hauteur de 10 %, soit 50 €.
  Le conseil municipal se prononce favorable à 13 voix POUR et 1 voix d’abstention. »
 
   Notons que le conseil municipal a, en même temps, refusé « projet agrivoltaïque sur un terrain appartenant à un particulier, situé sur les communes de Nogent et Mandres-la-Côte », par «  8 voix CONTRE et 3 ABSTENTIONS » 
 
« 2.1.3 - Implantation des éoliennes et des postes de livraison : 
  • E1 / Mandres-la-Côte / Derrière Fresnoy / ZE / 75
  • E2 / Mandres-la-Côte /  Sous le Conroy / ZB / 2 
  • E3 / Mandres-la-Côte / Aux preys / ZE / 19
  • PLD1 / Mandres-la-Côte / Cornée pierrichée /  ZB / 33
  • PLD2 / Mandres-la-Côte / Cornée pierrichée /  ZB / 33 »
p. 11. 
« 2.1.8 - Contexte éolien :
  Le projet se situe en zone favorable au développement éolien dans le SRE de Champagne-Ardenne
  Il s’inscrit donc dans un environnement que le pétitionnaire décrit comme cohérent car le territoire est déjà empreint du motif éolien ce qui facilite l’intégration paysagère du projet. Plusieurs parcs alentours sont construits, accordés ou encore en instruction, tels que : 
  Dans la zone d’implantation : (projet objet de la présente enquête) 3 éoliennes devant produire 46,17 Gwh/an.
Dans l’aire d’étude immédiate : (rayon de 2,1 km autour de la ZIP) 
-Parc éolien du Haut Chemin 1 construit par RES d’une puissance de 20 MW, avec 10 éoliennes.
-Parc éolien du Biesles construit par TTR Energy d’une puissance de 12 MW, avec 6 éoliennes.
-Parc éolien du Haut Chemin 2 construit par RES, d’une puissance de 46,8 MW, avec 7 éoliennes.
-Parc éolien de Lanques-sur-Rognon en cours d'instruction par VALECO (deux éoliennes).
-Parc éolien de Nogent construit par H2Air, d’une puissance de 22,8 MW, avec 4 éoliennes.
-Parc éolien de Louvières-Poulangy construit par EDPR Renewables, d’une puissance de 10 MW, avec 5 éoliennes.
71 éoliennes sont à moins de 15 km de la ZIP du présent projet. » 
p. 13. 
 
Avis de la MRAe sur le même sujet :
« D’après le pétitionnaire, le Schéma régional de l’Éolien (SRE) Champagne-Ardenne7 indique que le projet est situé en zone favorable au développement de l’éolien. Le dossier précise que le SRE n’est pas prescriptif. Il n’y a donc aucune obligation de conformité à ce document, seulement une obligation de ne pas l’ignorer. La localisation d’un projet éolien au sein d’une zone identifiée comme favorable à l’éolien dans le SRE ne préjuge donc en rien de l’autorisation dudit projet. Les contraintes et problématiques spécifiques, liées notamment au paysage et à l’écologie, sont à étudier finement de manière à pouvoir caractériser les impacts du projet.
  L’ Ae souligne que le SRE mentionne aussi une obligation de portée générale, d’éviter les couloirs de migration des oiseaux, en prévoyant que des zones d’évitement soient réservées à cet effet. De plus, la question de la préservation des paysages y est également mentionnée en tant que principe général.
  L’ Ae souligne par ailleurs que ce schéma datant de 2012 est désormais ancien, et n’a pas été mis à jour alors que de nombreux projets éoliens se sont développés depuis et sont venus restreindre les espaces de passage pour les oiseaux, modifier les couloirs de migration ainsi que saturer les paysages comme le précisent les recommandations formulées dans les remarques liminaires du présent avis afin de procéder à une mise à jour de ce schéma. »
Au final, la MRAe conclut :
« L ’Ae recommande au pétitionnaire d’examiner d’autres solutions de substitution raisonnables pour le choix de site, au sens de l’article R.122-5 II 7° du Code de l’environnement, de façon à démontrer que le site retenu, après une analyse multi-critères, est celui de moindre impact environnemental.
  Les recommandations ci-après visent à permettre au pétitionnaire d’identifier les éléments principaux pour la bonne prise en compte de l’environnement, en complément des avis rendus par les services à la Préfète.
  Pour l’ Ae, il est regrettable de voir, même après correction de l’étude d’impact initiale, des références répétées aux services de l'État de la Franche-Comté (DREAL) plutôt qu'à ceux du Grand Est. Ces mentions donnent l'impression d’erreurs de copier/coller et soulèvent des doutes quant à la fiabilité des résultats présentés, notamment en ce qui concerne l'adéquation du protocole de suivi des chiroptères décrit avec ce dossier. »
 
 
« 2.1.11 - Contexte humain 
  La commune de Mandres-la-Côte, commune d'accueil du projet dispose d’une population en légère augmentation, elle compte environ 575 habitants
  Les communes de Ageville, Biesles et Lanques-sur-Rognon, directement concertées par le projet comptent une population d’environ 1 800 personnes. »
p. 16.
« 3 3 Les PPA (Personnes Publiques Associées) :
   L ’ARS Grand Est : dans sa réponse du 19 janvier 2023 émet un avis favorable au projet...  
       La Préfecture de Région Grand Est Service Transition Énergétique, Climat, Construction :
      - Le projet d'une puissance maximale inférieure à 50 MW ne nécessite pas d'autorisation d'exploiter au titre de l'article L311-1 du Code de l'énergie.
      - Actualiser le dossier au regard de l'approbation de la quote-part du S3REnR Grand Est.
      La Direction Générale de l'Aviation Civile : donne son accord pour la réalisation du parc ainsi que son exploitation.
      La Direction Régionale des Affaires Culturelles (pôle patrimoine service de l'archéologie): informe que le projet ne sera assorti d'aucune prescription en matière d'archéologie.
      La Direction de la Sécurité Aéronautique d’État : donne son autorisation pour la réalisation du projet, sous réserve qu'au titre de l'article R. 244-1 du Code de l'aviation civile, que chaque éolienne soit équipée de balisages diurne et nocturne.
      La Direction Régionale des Affaires Culturelles (service UDAP) : émet un avis défavorable, et précise que le site retenu ne pourrait supporter une plus grande densité d’implantation, (saturation du secteur) et que le département souffre d’une fragilité paysagère.
      La Direction Départementale des Territoires de la Haute-Marne émet un avis défavorable 
 Direction Régionale de l'Environnement de l'Aménagement et du Logement , Service Eau, Biodiversité, Paysages donne un avis très réservé »
p. 22. 
« 5.1.1 - Participation des collectivités
 

Nom des communes ou communautés

Avis


Communauté d’agglomération de Chaumont

Aucune délibération

Communauté de communes du Grand Langres

Aucune délibération

Communauté de communes Meuse Rognon

Aucune délibération

Commune de Ageville

Aucune délibération

Commune de Biesles

Aucune délibération

Commune de Bourdons-sur-Rognon

Aucune délibération

Commune de Buxieres-lès-Clefmont

Avis favorable

Commune de Chamarandes-Choignes

Avis favorable

Commune de Chaumont

Aucune délibération

Communes de Cuves

Avis favorable

Commune de Darmannes

Aucune délibération

Commune de Esnouveaux

Aucune délibération

Commune de Forcey

Aucune délibération

Commune de Foulain

Aucune délibération

Commune de Is-en-Bassigny

Avis défavorable

Commune de Lanques-sur-Rognon

Avis favorable

Commune de Laville-au-Bois

Aucune délibération

Commune de Longchamp-lès-Millières

Avis favorable

Commune de Louvières

Aucune délibération

Commune de Luzy-sur-Marne

Avis défavorable

Commune de Mandres-la-Côte

Avis favorable

Commune de Mareilles

Avis favorable

Commune de Marnay-sur-Marne

Avis favorable

Commune de Mennouveaux

Aucune délibération

Commune de Millieres

Aucune délibération

Commune de Ninville

Aucune délibération

Commune de Nogent

Aucune délibération

Commune de Noyers

Aucune délibération

Commune de Poinson-lès-Nogent

Avis favorable

Commune de Poulangy

Avis favorable

Commune de Sarcey

Avis favorable

Commune de Sarrey

Aucune délibération

Commune de Thivet

Avis favorable

Commune de Treix

Aucune délibération

Commune de Verbiesles

Aucune délibération

Commune de Vesaignes-sur-Marne

Aucune délibération

Commune de Vitry-lès-Nogent

Avis favorable

 
  A l’issue du délai de 15 jours, 15 des 37 collectivités susceptibles d’émettre un avis, ont répondu  

5.1.2 - Participation du public
 

Date

Durant les permanences en Mairie


Nombre Mails reçus

des

permanences

Nombre

Visites et

Renseignements

Nombre

Écrits

sur registre

Nombre

Dépôts oraux

Nombre

Dépôt courrier

d’une permanence à l’autre en Préfecture

22 septembre 2025

de 09 à 12 h 00


0

0

0

0

0

01 octobre 2025

de 14 à 17 h 00


0

0

0

0

0

11 octobre 2025

De 09 à 12 h00


0

0

0

0

0

17 octobre 2025

de 14 à 17 h 00


0

0

0

0

1

21 octobre 2025

de 14 à 17h 00


0

0

0

0

1

TOTAL

0

0

0

0

2

 
   Le tableau ci-dessus recense l’ensemble de la participation, soit :
* 00 visite,
* 00 contribution sur le registre,
* 2 contributions reçues par courriels,

Aucune contribution n'est favorable au projet éolien,
2 contributions sont défavorables au projet éolien

A noter qu’à ce jour, les délibérations des collectivités déterminées par arrêté préfectoral se résument à 15 communes et portent un avis, telles que :

13 collectivités sont favorables au projet,
2 collectivités sont défavorables au projet,
22 collectivités ne se prononcent pas. »
p. 28.
 
À noter : 
  • Le soutien au projet est porté par les communes ayant déjà franchi le pas de l'éolien ou s'apprêtant à le faire.
  • Les avis défavorables sont le fait de non-résidents. 
  • À l'instar de Treix, aucun des 2 375 habitants de la zone concernée — Mandres-la-Côte, Ageville, Biesles et Lanques-sur-Rognon, ne s'est exprimé sur le projet.
  • Pour nombre de Mandrins — environ 80, les vœux de Mme le maire, le buffet et... le verre de l'amitié — 9 janvier 2026, semblent avoir un pouvoir d’attraction bien supérieur aux dossiers techniques de la commission d’enquête...  😋 
JhmQuotidien, 17 janvier 2026.  
« Quand on accepte d’être un animal domestique, on accepte par là-même de devenir un animal de boucherie. » 
Onfray Michel.  
 

Conclusions et avis motivé

 « 4 – Impact sur la santé : 
  Impact sur le bruit et les vibrations : de sensibilité faible à maîtrisé, le maître d’ouvrage s’engage à respecter les niveaux d’émergence en vigueur. En période très défavorable, le dépassement pourrait être de l’ordre de 1 à 3 dBa. Un mode optimisé de bridage sera mis en place si nécessaire. 
 Émissions lumineuses : elles ont un impact négligeable et maîtrisé en phase exploitation mais représentent cependant une gêne visuelle certaine. »
«  5 – Impact sur le patrimoine historique : 
  -Le nombre important de parcs éoliens dans un rayon de 20 km provoque un phénomène de saturation ou d’encerclement mais la zone est propice à l’éolien comme le précise le SRE. 
  - Néanmoins, concernant les quo-visibilités, l’étude démontre que les visibilités sont évaluées très fortes pour l’église Saint-Gengoulf (IMH) à Ageville et l’église Saint Rémy (IHL) à Lanques-sur-Rognon. »
« 6 – Impact sur le paysage : 
  -A l’échelle de l’aire d’étude immédiate, le projet de parc s’inscrit dans la continuité des parcs du contexte (parcs de Haut Chemin I et II, parc de Biesles et parc de Lanques-sur-Rognon) pour former un pôle éolien. L’alignement formé par le projet est lisible et prolonge l’ensemble éolien existant. Des chevauchements sont parfois perceptibles entre les éoliennes et celles du contexte, ce qui génère des effets de densification. »
p. 8. 
 
  La MRAe recommandait à Mme le préfet de « surseoir au lancement de l’enquête publique tant qu’un
nouveau dossier ne démontrera pas de façon satisfaisante l’absence d’impact sur la biodiversité. »  En cause 
  « L’analyse de l’état initial de la faune volante est insuffisante, en particulier pour le Milan royal.
  L’étude des impacts cumulés ne prend pas en compte tous les parcs éoliens existants ou projetés environnants, dont un parc déjà porté par Valeco. Ainsi, l’ Ae relève que le projet contribue à encercler le bois du Fresnoy de plus de 25 ha avec ces éoliennes.
  Enfin, le dossier ne permet pas de conclure à l’absence de nécessité d’une dérogation espèces protégées. » 
    On ne peut que saluer la célérité avec laquelle Madame le Préfet a choisi d'ignorer l'ensemble de ces griefs.
 
Source.  
 
« CONCLUSIONS PARTIELLES DU COMMISSAIRE ENQUÊTEUR 
  L’étude d’impact sur l’environnement est de très bonne qualité. Tous les secteurs et domaines susceptibles d’être altérés sont abordés.  
 A noter que la commune de Mandres-la-Côte est actuellement la seule du secteur à ne pas être pourvue d’éolienne. » 
pp. 9-10. 
 
« II - AVIS MOTIVE :
   - les éoliennes utilisent une énergie décarbonée et entièrement renouvelable,
  - l’intérêt d’un tel mode de production réside également dans sa réversibilité, le site pouvant retrouver sa vocation initiale en fin de vie,
  - le projet permettra de contribuer à la réduction d’émissions de gaz à effet de serre et participera à l’atténuation du changement climatique,
  - le projet est très favorable aux communes qui bénéficieront indirectement de cette manne financière par le biais des retombées sur les communes et communautés de communes. »
p. 16.
 
  Ces affirmations constituent souvent le socle de la communication autour des projets éoliens. Aussi, il est surprenant, pour ne pas dire plus, de les retrouver intégralement dans l'avis motivé du commissaire enquêteur !... Car la réalité technique et économique demande effectivement des nuances importantes.
 
1. Énergie décarbonée et entièrement renouvelable 
  Vrai, mais avec une nuance sur le cycle de vie. Si le vent est une source d'énergie inépuisable et que la production d'électricité elle-même n'émet pas de CO₂, la construction, le transport, l'implantation et la démolition d'une éolienne n'est pas « neutre ».
  • L'analyse du cycle de vie — ACV : « Pour faire fonctionner des éoliennes ou des panneaux solaires, il faut en fabriquer les composants, assurer leur transport, leur maintenance et leur démolition, comme pour tout moyen de production. Ces opérations entrainent l’émission de gaz à effet de serre qui sont comptabilisés dans l’analyse du cycle de vie » Source
  • Le bilan carbone : en premier lieu, ne pas omettre que « le suivi de charge imposé aux centrales thermiques par les énergies renouvelables intermittentes (EnRi) augmente leurs facteurs d’émission. ». 
D'autre part :  
  • Réseau de Transport d'Électricité — RTE : « Pour obtenir une évaluation des émissions évitées grâce à la production éolienne et solaire en France, RTE a simulé ce que serait le fonctionnement du système électrique actuel sans ces installations. Cette analyse permet de chiffrer les émissions évitées par les filières éolienne et solaire françaises telles qu’aujourd’hui à environ 22 millions de tonnes de CO2 par an sur le périmètre modélisé dans le Bilan prévisionnel (5 millions de tonnes en France et 17 millions de tonnes dans les pays voisins). » RTE justifie son calcul en ajoutant « On peut en effet penser que, si la décision de développer l’éolien et le solaire n’avait pas été prise en France, d’autres moyens de production auraient été construits ou maintenus en fonctionnement. » Rapport technique, 2019.
  • Or, «  Les chiffres de Eurostat montrent que le développement exponentiel du doublon intermittent éolien-solaire entre 2000 et 2022 ne s’est pas accompagné de la moindre réduction des moyens pilotables — + 7% pour une augmentation de la consommation de + 6%, ainsi que le montre la reproduction ci-dessous du tableau de Eurostat.
  
  Mais surtout, il apparaît que les 17 millions de tonnes évoquées ne correspondent pas à une différence d’intensité carbone entre les mix de nos voisins et celui des EnRi, mais avec l’intensité de notre mix électrique, permise pour 82,6% par le nucléaire et l’hydraulique l’année du calcul (2018) et pour 8,5 % par éolien + solaire. Intensité appliquée aux exportations nettes du mix électrique français (en 2018) ainsi que l’illustre RTE dans son bilan 2024 reproduit ci-dessous. » 

   
  Ce n’est donc pas les EnRi qui ont évité ces 17 MtCO2, mais les exportations du mix français qui était déjà ainsi décarboné à plus de 90% depuis 1990, et que les EnRi n’ont quasiment rien ajouté, ni à cette décarbonation (3,33 gCO2/kWh) » 
 
 
« Compte tenu des observations formulées :
 - le public ne s’est pas déplacé pour appréhender le projet ou apporter observations et contre-propositions,
  - Aucun habitant de la commune de Mandres-la-Côte ne s’est exprimé (selon l’adage, qui ne dit rien consent), » 
p. 17. 
 
  On peut relever l'usage de la même formule — « qui ne dit rien consent » — que celle employée par le Commissaire Enquêteur pour le projet de Treix. Cette répétition interroge sur le renouvellement des arguments et de la terminologie utilisés dans ces rapports.
 
 « CONCLUSIONS
   En conclusion de cette enquête publique et en l'état du dossier, après étude attentive des pièces fournies, après entretiens et demandes de précisions, après analyse des observations du public, après examen du mémoire en réponse du maître d’ouvrage, j'estime que cette demande d’autorisation unique pour l’installation et l’exploitation du parc éolien de Mandres-la-Côte peut être appréhendée sous des auspices favorables au regard des enjeux pris en considération par le porteur de projet :
  En conséquence de ce qui précède, j’émets un avis FAVORABLE au projet éolien présenté par PE de Mandres-la-Côte, (SOLECO) sur le territoire de la commune de  Mandres-la-Côte. » 
p. 18. 
 
Le commissaire enquêteur Yannick Picard2
 
2. Yannick Picard, sauf erreur de notre part, n'a pas encore délivré, à ce jour, d'avis défavorable à ce type de projet... 
 
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NUCLÉAIRE- ENR : LE DÉFI DE LA MODULATION — JUSQU'OÙ LE « TOUJOURS PLUS » ET POUR QUEL SURCOÛT ?

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