La loi du rendement décroissant
La loi du rendement décroissant énonce que, lorsque l’on augmente progressivement un facteur de production alors que les autres restent constants, chaque unité supplémentaire apporte un gain de plus en plus faible. Autrement dit, au-delà d’un certain seuil, augmenter les moyens engagés ne génère plus une hausse proportionnelle du résultat, et peut même devenir inefficace.
Appliquée aux EnR — ou à l’économie en général, cela signifie que multiplier les installations ou les investissements conduit à des gains marginaux décroissants, en raison de contraintes techniques, physiques, économiques ou de saturation de la demande
Explications.Le meilleur exemple... l'Allemagne
Le graphique ci-devant montre l’incroyable croissance des capacités renouvelables outre-Rhin depuis les années 2000. Mais on voit aussi que la hausse de la production renouvelable ralentit progressivement, voire stagne, et ce en dépit de l’accumulation continue de nouvelles installations.
Le premier graphique montre que la puissance totale installée a connu une augmentation spectaculaire de près de 45 % en seulement 4 ans.
Cependant, le second graphique révèle que la production brute d'électricité n'a pas suivi cette courbe : elle est passée de 253,5 TWh en 2020 à 292 TWh en 2025, soit une hausse de seulement 15 % sur la même période.
Ainsi, +45 % de puissance installée pour seulement +15 % d’énergie produite, cela résume le décrochage entre capacités affichées et production réelle...
Nous sommes bien en présence du rendement décroissant !
C'est idem pour le solaire photovoltaïque. Ce dernier augmente beaucoup en capacité, sans jamais provoquer d’accélération marquée de la production totale, reflet de facteurs de charge structurellement faibles et de longues périodes de sous-production saisonnière.
Dans ce paysage, la biomasse fait figure d’exception : avec une puissance modeste, elle fournit une part disproportionnée de l’énergie totale, juste parce qu’elle produit quand le système en a besoin...
Autre phénomène néfaste mais central, présenté par ce graphique : la saturation. L’Allemagne dispose aujourd’hui de capacités intermittentes largement supérieures à ce que le réseau peut absorber lors des périodes favorables. Quand le vent souffle et que le soleil brille simultanément, le système ne peut pas absorber toute la production : les prix s’effondrent, l’électricité est exportée à perte… ou simplement perdue. Malgré le gouvernement allemand continue d'ajouter des capacités… qui se cannibalisent entre elles !
En conclusion, ce graphique met en évidence une réalité physique trop souvent négligée : l’ajout de capacités de production intermittentes n’entraîne pas mécaniquement une augmentation proportionnelle de l’énergie réellement utile. En l’absence de solutions de stockage à grande échelle, de dispositifs de pilotage efficaces ou de nouveaux usages capables d’absorber la production, ces capacités supplémentaires génèrent principalement des excédents difficilement valorisables. Dès lors, accumuler des mégawatts intermittents dans un système déjà saturé ne permet plus d’accroître l’énergie utile produite; cela conduit au contraire à une dégradation de la valeur de chaque kilowattheure additionnel.
En ce sens, l’Allemagne illustre une transition énergétique parvenue à maturité sur le plan technique, mais désormais confrontée à ses propres limites structurelles. L’enjeu n’est plus tant d’augmenter les capacités de production que de produire au moment opportun ! Un système électrique ne se mesure pas à l’accumulation de mégawatts installés, mais à la régularité, à la valeur et à l’utilité effective de l’électricité qu’il fournit. Puissent les gouvernements français, actuels comme futurs, garder cette réalité à l’esprit.
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