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Les grands médias rapportent les déboires de Tesla depuis le début de la semaine, mais les problèmes de l’entreprise sont plus profonds et remontent à plus longtemps qu’on le laisse entendre. Tesla Motors a pris en 2016 deux grandes décisions qui sont en train de la faire couler. Pour prendre une analogie maritime, Tesla a frappé un iceberg en 2016, l’eau s’est accumulée en 2017 et nous en sommes rendus au point où les passagers constatent que l’eau monte dans les ponts inférieurs. Le navire semble destiné à couler, bien qu’on ne puisse prédire quand avec exactitude.
Un petit avertissement avant de commencer. Mes billets sont habituellement neutres et basés sur de la littérature scientifique. Celui-ci ne repose pas sur un texte en particulier, mais sur une énorme masse de documentation accumulée depuis six mois. Il s’agit donc d’une opinion, mais étayée sur des faits bien documentés dans des médias financiers spécialisés – et non pas dans la complaisante presse techno. Il ne sera par ailleurs question que de Tesla Motors, pas des entreprises distinctes (SpaceX, Hyperloop…) que dirige aussi Elon Musk.
Livraisons trimestrielles de Tesla. La dernière colonne tient aussi compte des ventes du nouveau modèle 3.Où en est Tesla aujourd’hui?
En ce qui concerne les produits, Tesla produit actuellement trois voitures économiques, dont une berline, le modèle S, un multisegment, le modèle X et une berline compacte, le nouveau modèle 3. Ces voitures sont bien conçues et performantes, mais elles souffrent à des degrés divers de problème de qualité et de fiabilité. Le modèle S a été lancé en juin 2012 et a donc six ans, ce qui vieux pour une voiture de luxe. Aucune mise à jour du modèle S n’a encore été annoncée.
Les voitures représentent plus de 95 % du chiffre d’affaires de Tesla. Il existe peu de données précises sur ses activités dans le secteur du panneau solaire et de batteries de stockage, qui semblent modestes en dépit de quelques annonces spectaculaires. Il s’agit d’un marché où la concurrence est forte et où le produit de Tesla se distingue peu. Les fameuses tuiles solaires ne sont pas encore sur le marché, près d’un an après avoir été annoncées. Il est question de premiers déploiements cet été, mais personne ne s’attend à des ventes importantes.
L’usine de Fremont, où sont assemblées les voitures, est une ancienne usine de General Motors, ouverte en 1962. Elle a été conjointement exploitée par GM et Toyota de 1984 à 2010 et produisait environ 500 000 véhicules par années. Elle a été rachetée et partiellement modernisée par Tesla. Elle compte deux chaînes de montage, dont le convoyeur serait d’origine. La chaîne des « camions légers » sert à l’assemblage des modèles S et X et a un débit de 48 véhicules à l’heure. L’autre chaîne, réservée au modèle 3, a un débit maximal de 60 véhicules à l’heure. Sur deux quarts de travail, la production de modèles 3 apparaît donc plafonnée à 4 200 véhicules par semaine.
Le bâtiment de la Gigafactory est presque complètement construit, mais n’est occupé qu’à 40 %. Panasonic y fabrique des cellules individuelles, que Tesla assemble ensuite sous forme de packs et de batteries. L’usine aurait déjà coûté plus de 3 milliards $, bien qu’elle reste inachevée. Aucun panneau solaire n’y a encore été installé. Elle est alimentée par le réseau – instable dans cette région – et son site semi-désertique crée des problèmes de contrôle de la poussière.
Les ventes de Tesla ont atteint 11,76 milliards de dollars en 2017, contre 7 milliards en 2016. Elle a toutefois enregistré des pertes de 1,96 milliard $ en 2017, contre 675 millions l’année précédente. Les pertes trimestrielles ont explosé en 2017, atteignant 675 millions au 4e trimestre 2017. Elles pourraient dépasser les 800 millions ce trimestre-ci. Les dettes à long terme de Tesla atteignaient 9,4 milliards en décembre 2017, contre 6 milliards un an plus tôt. Les obligations contractuelles dépasse les 17 milliards $ – en hausse de plus de 10 milliards en 2017.
Et rappelons-le : en 15 ans d’activité, l’entreprise n’a jamais connu une seule année de profits. Elle n’est jamais parvenue non plus à croître sur ses fonds propres, ayant au contraire eu recours à des emprunts de plus en plus importants.
