Hydrogène, éolien et solaire : la triplette gagnante de la défaite de la France

  "L’utilisation massive d’hydrogène comme stockage intermédiaire d’énergie électrique intermittente, éolien et solaire, dans la chaîne Power-to-Gas-to-Power se heurte à des obstacles rédhibitoires tenant aux volumes considérables des stockages d’hydrogène requis et au faible facteur de charge des électrolyseurs et piles à combustible de la chaîne « conversion-stockage-conversion » qui obère considérablement les coûts..."
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Pour compléter
  Perspective de la demande française d’électricité d’ici 2050, , mars 2021

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Les enjeux de l’hydrogène : le rapport de l’Académie des technologies ! 1) Introduction, généralités, production, labellisation

Eric Satori
Ingénieur de l’École Supérieure de Physique et Chimie, Docteur est sciences travaille dans la recherche pharmaceutique.
2020 09 03

Pour le rapport, c'est ICI  

Résumé- introduction

" Les objectifs de réduction drastique des émissions de CO2, voire de neutralité carbone en 2050, provoquent dans de nombreux pays dont la France un regain d’intérêt pour la production d’hydrogène décarboné. De nouveaux usages de cet hydrogène sont envisagés tels que la substitution à l’hydrogène carboné dans l’industrie, l’injection jusqu’à 20 % dans les réseaux de gaz naturel, la transformation en méthane ou en carburants liquides, e-fuels et notamment carburants de synthèse pour le transport aérien, la production d’électricité par conversion dans des piles à combustible (PAC) stationnaires, alimentation d’écoquartiers ou de bâtiments, ou embarquées dans des véhicules. L’hydrogène est parfois évoqué comme un vecteur de stockage d’énergies solaires et éoliennes intermittentes. Ces différents usages viendront en concurrence compte tenu du potentiel limité de production d’hydrogène décarboné en France, hors recours à l’électricité nucléaire.
   L’Académie analyse les problématiques de production, stockage, distribution, et risques associés pour en déduire les usages prometteurs et en écartant certains au regard des critères économiques et de faisabilité comme par exemple le stockage massif d’hydrogène à partir d’énergies renouvelables pour produire in fine de l’électricité
"
   Commentaire : l’hydrogène, ça peut servir à beaucoup de choses : décarboner certaines industries, remplacement partiel ou total du méthane et/ou synthèse d’autres hydrocarbures, mobilité, stockage d’énergie.
   Dès l’introduction, l’Académie prévient :

  1. il faut que l’hydrogène soit, par son mode de production, décarboné ; 
  2. l’hydrogène comme stockage des énergies intermittentes, ça le fait pas ; 
  3. si on veut beaucoup d’hydrogène pour beaucoup d’usages, il faut du nucléaire !

Quelques données caractéristiques sur l’hydrogène
   La France produit et utilise 922 000 tonnes d’hydrogène par an et dispose de plusieurs réseaux privés de transport d’hydrogène, de plus de 300 km de longueur. La production mondiale, en croissance, avoisine les 70 millions de tonnes.
   Plus de la moitié de la production annuelle française d’hydrogène, qui est d’environ 900 000 t, est de l’hydrogène fatal, c’est-à -dire qu’il est produit en association avec des processus industriels qui n’ont pas la production d’hydrogène comme objectif : industriel du chlore (6%), cokeries (14%), Raffineries (40%)
   L’hydrogène présente une grande mobilité qui induit une possibilité plus importante de fuite que le méthane ; par ailleurs, il peut se recombiner avec beaucoup d’éléments et et fragiliser des contenants métalliques ou minéraux ; c’est un inconvénient pour le transport et le stockage, mais qui n’est pas rédhibitoire…
   L’hydrogène peut exploser pour une concentration dans l’air comprise entre 4 % et 75 %, condition qui ne peut être rencontrée que dans un volume restreint du fait de la grande légèreté et de la grande vitesse de diffusion de l’hydrogène qui se traduit par une dilution rapide dans l’air.
   La combustion de l’hydrogène crée une flamme très chaude, plus de 2000°C, mais quasiment invisible en plein jour. Cet aspect est évidemment à prendre en compte dans les opérations de secours.   Cependant l’hydrogène présente aussi des caractéristiques très favorables en termes de sécurité : le faible rayonnement de sa flamme, ce qui en cas d’incendie limite fortement le risque de propagation par effet de rayonnement thermique ; une absence de toxicité, en cas de contact, d’inhalation… ; sa diffusion élevée. Il se dilue quatre fois plus vite dans l’air que le gaz naturel et douze fois plus vite que les vapeurs d'essence, ce qui réduit les risques d’accumulations explosives.
   Tout ceci n’empêche pas son utilisation, par exemple, les voitures à hydrogène sont homologuées en France depuis décembre 2011
   La densité de l’hydrogène gaz à température et pression ambiante est presque 10 fois moins que celle du méthane, celle de l’hydrogène liquide est presque 10 fois moins que celle de l’essence, mais l’hydrogène n’est liquide qu’à très basse température, vers -250°C, à une vingtaine de degré du zéro absolu.
   Le pouvoir calorifique de l’hydrogène est élevé en masse, plus de deux fois celui du méthane. Par contre, le pouvoir calorifique en volume est environ trois fois plus faible que celui du méthane, important pour les réservoirs. Ceci veut dire que pour une canalisation de gaz de même diamètre, il faut un débit volumique d’hydrogène 3 fois supérieur à celui du méthane pour obtenir la même capacité calorifique.
   La compression de l’hydrogène gaz à 700 bars permet d’atteindre une densité de 58 kg/m3, moins de 10% de celle de l’essence, mais consomme 5% du pouvoir énergétique de l’hydrogène ; la liquéfaction de l’hydrogène permet d’augmenter la densité,71 kg/m3, mais au prix d’un coût énergétique important, entre 20 et 50% du pouvoir énergétique initial, et d’une température proche du zéro absolu.
   La consommation annuelle d’hydrogène en France aujourd’hui est d’environ 922 000 tonnes, obtenues par vaporeformage d’hydrocarbures. Pour le vaporeformage du méthane cela correspond à l’émission d’environ 9 Mt de CO2, à comparer avec un total d’environ 320 Mt de CO2 émises en France.
Le coût de l’hydrogène obtenu par vaporeformage est de l’ordre de 1,5 €/kg à 2 €/kg. Le coût de l’hydrogène obtenu par électrolyse est de l’ordre de 5 à 8 €/kg.
La production annuelle de 1 Mt d’hydrogène par électrolyse consommerait environ 12 % de la production d’électricité aujourd’hui.

Comment produire de l’hydrogène décarboné ?
   L’essentiel de l’hydrogène est actuellement produit par vaporeformage d’hydrocarbures. Les procédés sont matures, mais fortement émetteurs de CO2. Les procédés de production par électrolyse, alcaline, ou avec membranes échangeuses de protons "PEM" sont matures, mais sensiblement plus coûteux que le vaporeformage. L’hydrogène produit par électrolyse n’est un vecteur décarboné que si la production d’électricité l’est également…
   Économie de la production d’hydrogène :




Production par électrolyse
   Actuellement, le seul procédé disponible permettant de produire de l’hydrogène décarboné en quantité industrielle est l’électrolyse de l’eau, à la condition que l’électricité elle-même soit décarbonée. Trois principaux procédés coexistent :

  1. l’électrolyse de l’eau avec ajout d’une solution alcaline, généralement KOH [Hydroxyde de potassium]. Le rendement est un peu supérieur à 70 % ; 
  2. l’électrolyse avec membrane échangeuse de protons (PEM), rendement 60% prévu d’évoluer vers 70% ; 
  3. l’électrolyse à haute température, PCFC ou SOEC [Proton Conductor Fuel Cell ou Solid Oxide Electrolyser Cell], nécessite des températures élevées, pas très flexible, mais a un meilleur rendement si l’on peut récupérer et valoriser la chaleur. Certains de ces électrolyseurs pourraient être couplés avec des réacteurs nucléaires à cogénération, ou des centrales solaires à concentration. Pas mature, développements sont à long terme.

Coûts 
   En résumé : coûts : 2,5 à 9,5 €/kg d’hydrogène ; installations matures (alcalin), en cours de maturation (PEM), industriellement prospectives (SOEC) : les déterminants principaux de l’évolution des coûts sont,le prix de l’électricité, pour 75 % si le taux de charge est suffisant, 4 000h environ au minimum, l’amortissement des installations, fonction du taux de charge.
   Selon un inventaire des dispositifs installés en 2017 la consommation d’électricité des technologies alcalines et PEM est de 55 à 70 kWh/kg d‘H2 produit, et de 41 à 43 kWh/kg pour les technologies à haute température, qui nécessitent une source de chaleur, souvent considérée comme fatale et donc non comptabilisée.

Stockage des énergies renouvelables : l’Académie remet les choses au point !
   L’hydrogène produit par électrolyse, ou potentiellement à terme par les technologies plasma, pourrait permettre d’absorber – ou de compenser – les périodes de découplage entre production et consommation résultant de l’introduction dans le réseau d’énergies renouvelables intermittentes. Cette forme de " stockage d’électricité" permettrait le stockage de grandes quantités d’énergie sur de longues durées.
   L’Académie analyse les problématiques de production, stockage, distribution, et risques associés pour en déduire les usages prometteurs et en écartant certains au regard des critères économiques et de faisabilité comme par exemple le stockage massif d’hydrogène à partir d’énergies renouvelables pour produire in fine de l’électricité.
   L’utilisation massive d’hydrogène comme stockage intermédiaire d’énergie électrique intermittente, éolien et solaire, dans la chaîne Power-to-Gas-to-Power se heurte à des obstacles rédhibitoires tenant aux volumes considérables des stockages d’hydrogène requis et au faible facteur de charge des électrolyseurs et piles à combustible de la chaîne « conversion-stockage-conversion » qui obère considérablement les coûts.
   En 2018, la France a connu onze pas horaires de prix négatifs de l’électricité, contre plus de cent quarante pour l’Allemagne. Ces périodes peuvent se multiplier à mesure de l’augmentation de la part des EnR dans le mix électrique. Elles ne permettent cependant pas de justifier l’hypothèse parfois avancée d’un stockage d’énergie alimenté uniquement par une électricité fatale. Le coût d’investissement des électrolyseurs est élevé et ils ne peuvent se contenter de fonctionner exclusivement dans les périodes de surplus d’électricité ; la rentabilité de la production d’énergie intermittente implique qu’elle soit vendue en moyenne à un prix égal à son coût de production actualisé, Leverage Cost of Electricity, ce qui est retenu dans les évaluations ci-après.
   Il convient donc de prendre en compte les coûts réels de revient de l’électricité renouvelable proposés par la Cour des comptes en 2018, portant le kg d’hydrogène entre 7 à 9,5 €. S’ajoutent, le cas échéant, des coûts de stockage, compression, réservoirs…,  de 0,5 à 1 €/kg.
   En partant de l’hypothèse, souvent avérée, que ce sont des solutions thermiques qui pallient la variabilité des renouvelables, elles produisent entre 0,429 t CO2éq/MWh pour le gaz et 0,986 t CO2éq/MWh pour le charbon. La tonne de carbone évitée par des piles à combustible revient dès lors entre 1 200 et 1 900 €, gaz, 500 et 800 €, charbon.
   Dans tous les cas, le stockage d’une électricité renouvelable variable sous forme d’hydrogène entraine des pertes de conversion de 70 %, à terme peut-être seulement 40 ou 50 %. Dans un environnement disposant de larges réseaux de gaz ou d’électricité les perspectives de rentabilité pour ces solutions semblent très lointaines, à des niveaux de coût carbone bien supérieurs à ce qu’ils sont actuellement.
   L’ordre de grandeur n’y est pas ! Produire la moitié de l’hydrogène actuellement consommé en France, 922 kt, nécessiterait près de 50 TWh d’électricité ; cet hydrogène pourrait alternativement alimenter une dizaine de millions de véhicules électriques légers, soit environ le tiers du parc ; l’hydrogène pourrait également être utilisé pour décarboner certaines industries ou pour produire du gaz et des carburants de synthèse. Ces différents usages pourraient requérir près de 300 TWh d’électricité ce qui dépasse de très loin les excédents d’électricité intermittente d’un mix 100 % renouvelable. Les différentes filières électricité, gaz et hydrogène sont interdépendantes et une approche systémique de la production et des usages de l’hydrogène est nécessaire.
   Une décarbonation du système énergétique fondée essentiellement sur les énergies renouvelables intermittentes et l’hydrogène ne semble faisable ni économiquement, ni même physiquement. C’est la raison pour laquelle certains pays, Allemagne, Japon, envisagent d’importer massivement l’hydrogène de pays bien dotés en énergie renouvelable à l’instar de leurs importations actuelles de gaz naturel.   Cette dépendance énergétique assumée n’est pas dans la tradition française, et pose des questions géostratégiques majeures. Une alternative sera, pour les pays qui l’accepteront, le recours à l’énergie nucléaire couplée avec l’hydrogène pour réduire drastiquement les usages énergétiques d’hydrocarbures. L’évaluation de ce système couplé reste à faire ; le coût de la tonne de carbone évité devrait être sensiblement inférieure à celui d’un système « tout hydrogène » ; la part du nucléaire et de l’hydrogène y seront significatifs.
 
Production de l’hydrogène par reformage d’hydrocarbures avec capture et stockage du CO2
   La production mondiale d’hydrogène est à 96 % réalisée par reformage d’hydrocarbures ou carbo-réduction de l’eau par du charbon avec émission de CO2. En continuité de la production actuelle d’hydrogène à partir de méthane ou de charbon, de grands projets associent la production d’hydrogène issu des énergies carbonées avec le stockage du CO2 de façon à produire de l’hydrogène appelé parfois hydrogène bleu pour indiquer qu’il n’émet pas de CO2 durant le cycle complet de fabrication. Le coût de la capture du CO2 est de l’ordre de 10 à 20 € par tonne de CO29, 100 à 200 € par tonne d’hydrogène ; le coût de la capture est donc inférieur à la valeur d’échange des permis d’émission sur le marché des EU-ETS [European Union Emission Trading Scheme ; système communautaire d'échange de quotas d'émission (SCEQE) ; premier grand marché mondial du carbone]et constitue une opération rentable.
   Les procédés de capture de CO2 sont utilisés très largement dans l’industrie. Ils sont efficaces même s’ils sont sans doute améliorables. Le passage de l’H2 gris à l’H2 bleu se pose surtout en termes de stockage du CO2. La recherche dans ce domaine a été très active dans les années 2000 en particulier avec les EPIC [établissement public à caractère industriel et commercial] comme l’ IFPEN [IFP Énergies nouvelles, successeur de l'Institut français du pétrole (IFP)] et le BRGM [Bureau de recherches géologiques et minières] et un pilote a été réalisé, grâce à TOTAL, autour du gisement épuisé de Lacq. Il y a par ailleurs un savoir-faire national, et déjà largement présent à l’export, en stockage souterrain de gaz, Storengy, Teregua, Geostock. Néanmoins, les projets de recherche se font en dent de scie car le stockage du CO2 n’a pas actuellement de business model et que les activités ayant trait au sous-sol ont peu de soutiens politiques en France.
   Pour le développement de la filière hydrogène, comme pour la continuité d’autres industries, on ne pourra sans doute pas faire l’impasse sur la capture du CO2. Plusieurs pays et plusieurs sociétés privées investissent sérieusement dans la recherche pour développer la production l’hydrogène bleu, donc en stockant le CO2. L’Académie souhaite que la France n’abandonne ni la recherche, ni son savoir-faire, dans ce domaine.
   Torche à plasma : un troisième mode de production possible est la décomposition thermique du méthane par torche à plasma qui produit du carbone, valorisable, et non du CO2. Le procédé est généralement considéré encore comme expérimental, mais la Russie y croit beaucoup, avec un programme extrêmement ambitieux. La Russie, qui est le premier fournisseur de gaz naturel de l’Allemagne et de l’Europe se prépare à la décarbonisation de l’Union européenne. Elle propose dans un premier temps d’incorporer 20% d’hydrogène produit en Russie au gaz naturel, puis de fournir tous les besoins européens en hydrogène produit par décomposition thermique du méthane, Thermal Decomposition of Methane (TDM), Limite Inférieure d'Explosivité, L.I.E, proche de la torche plasma décrite précédemment, pour laquelle la Russie anticipe des prix très inférieurs à l’électrolyse de l’eau, et à la pyrolyse du méthane.
    Hydrogène natif : c’est une curiosité méconnue, mais il y a beaucoup d’émanations d’hydrogène sur le globe, connues depuis longtemps sur les rides médio-océaniques, en particulier grâce aux travaux de l’Ifremer [Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer], mais aussi onshore par exemple en Russie, en Oman et aux États-Unis. Deux accumulations ont été forées, par hasard, une au Kansas en cherchant des hydrocarbures, l’autre au Mali, en cherchant de l’eau. Celle du Mali, est exploitée de façon relativement artisanale par Hydroma, ex-Petroma.Inc, pour faire de l’électricité en le brûlant, et ce en petite quantité, environ 1 200 m3 jour. L’hydrogène est quasiment pur. L’accumulation est à 110 m de profondeur et le maintien de la pression en tête de puits malgré 5 ans de production suggère fortement une recharge continue.
  Ces évolutions récentes montrent que contrairement à ce que certains imaginaient des systèmes hydrogène fonctionnent avec génération/migration/accumulation. Comme pour les hydrocarbures, les indices en surface sont une preuve que de l’hydrogène est généré en profondeur, mais la détermination des conditions géologiques pour une accumulation nécessite encore du travail, les types de couvertures possibles en particulier restent peu connues en dehors du sel et de certaines roches volcaniques qui sont celles, au demeurant parfaitement étanches, de l’accumulation du Mali.
   Les premières données de flux mesurés en Russie, au Kansas et au Brésil au travers des zones d’émanations donnent des valeurs entre 50 et 800 kg/jour/km2. Elles montrent donc un potentiel global réel et considérable. L' hydrogène est formée par décomposition de l’eau par certaines roches métalliques chaudes ; NB : Lavoisier produisait son hydrogène en faisant passer de l’eau dans un anin de fusil chauffé à blanc !
   Et la cogénération nucléaire ? Curieusement, l’Académie le mentionne juste en passant, peut-être parce qu’elle considère la technique comme non mature et non développée, et donc difficile à chiffrer et évaluer. Pourtant, techniquement, cela ne pose aucun problème et représente une optimisation intelligente pour les réacteurs à très haute température, VHTR, qui ont été d’emblée destinés à la cogénération d’électricité et d’hydrogène. Les VHTR peuvent être construits de façon modulaire, SMR [Small modular reactors ; petit réacteur modulaire] dotés de sûreté passive et d’une efficacité thermique élevée. Leur construction modulaire permet des coûts d’opération et de maintenance modérés.
   Plusieurs prototypes sont en cours d’évaluation : au Japon, le HTTR ; en Chine, le HTR10 ; aux États-Unis, General Atomics évalue un SMR/EM2, 850°C, à neutrons rapides, de rendement élevé, 53%, pouvant opérer pendant 30 ans avec le même combustible.
   Et les surgénérateurs comme Astrid pourraient aussi faire de la cogénération hydrogène électricité.
   Commentaire de l’Académie : « Malheureusement, les technologies plus disruptives comme la technologie plasma de production d’hydrogène à partir de méthane sans générer de CO2, les travaux sur la génération microbienne d’hydrogène ou l’exploration de l’hydrogène natif restent des niches délaissées en France par les pouvoirs publics qui financent la recherche. Les TRL Technology readiness level ; niveau de maturité techologique] plus bas de ces technologies devraient pourtant justifier un plus grand soutien public »
   Il paraît réaliste de prévoir que la production d’hydrogène sera assurée :

  1. par électrolyse d’eau par de l’électricité d’origine nucléaire permettant d’assurer un facteur de charge élevé des électrolyseurs,
  2. par électrolyse d’eau par de l’électricité intermittente, 
  3. par vaporeformage avec capture et stockage du CO2 (CCS).

  Le savoir-faire français dans ce domaine est notable, permettant d’envisager le développement d’une filière industrielle. Mais elle ne se développera en France que si elle est admise par la société, et si la pénalité pour la tonne de carbone émise, prix de l’ EU-ETS, augmente significativement.
   La grande bagarre de la labellisation de l’hydrogène …et comme d’habitude c’est l’Allemagne qui…
   Autrement dit, c’est la question des certificats d’origine. Il existe déjà une directive européenne, UE 2018/2001, qui introduit un système de garantie d’origine de l’hydrogène similaire à celui qui est applicable aux énergies renouvelables. Selon ce système, un certificat de garantie d’origine, GO, est émis par un producteur, certifié par un organisme désigné par l’État et utilisé pour prouver les caractéristiques de l’électricité ou du gaz vendu par le fournisseur au consommateur final.
   Cependant, ce système requiert une classification des différentes filières de production ; celle-ci ne fait pas l’objet d’un accord.

Et voilà, c’est là où le bât blesse !
   Le système de certification CertifHy G retient trois types d’hydrogène : 

  • l’hydrogène gris issu des hydrocarbures sans capture de CO2, 
  • l’hydrogène bleu issu de sources non renouvelables mais avec un faible impact C02, réduction de 60% d’émissions de CO2 par rapport au reformage de méthane, 
  • et l’hydrogène vert dont la production respecte le plafond de CO2 de l’hydrogène bleu, et est issu d’énergies renouvelables. C’est typiquement l’hydrogène issu de l’électrolyse si une part significative de l’électricité est d’origine renouvelable…

   Électrolyse dont on a vu qu’elle constitue une aberration thermodynamique et industrielle et économique. Et bien sûr, grâce à l’activité des ONG anti nuc, de l’action discrète du lobby gazier et de la nullité et de la lâcheté d’une bonne partie des parlementaires et fonctionnaires européens …si l’on s’en tenait à une définition basée sur l’impact en termes d’émission de GES, l’hydrogène issu de l’électrolyse à partir d’électricité nucléaire devrait être considéré comme vert. Mais le nucléaire n’est pas qualifié de renouvelable, et son électrolyse produite de l’hydrogène bleu, et non vert. Et certaines associations non gouvernementales plaident pour que cette qualification lui soit retirée et qu’il soit considéré comme gris. C’est un sujet qui peut avoir des conséquences commerciales substantielles, note gentiment l’Académie. En effet !
  Sur la question du nucléaire et de la taxonomie, verte, européenne, voir par exemple sur ce blog https://vivrelarecherche.blogspot.com/2020/06/les-institutions-europeennes-et-le.html

   Autres problèmes de la classification existante : le procédé à base de torche plasma peut pâtir de la même approche étroite de la notion de renouvelable ; il sera considéré comme bleu et non vert, bien qu’il n’émette aucun CO2, parce qu’il utilise le méthane comme matière première.
   Avec cette définition, la production d’hydrogène vert, comme d’hydrogène bleu peut émettre – et en pratique émettra puisque les mélanges sont autorisés - 40% du CO2 qui aurait été émis par une production par vaporeformage (SMR) sans capture. Compte tenu du rendement de conversion et des pouvoirs calorifiques respectifs, on montre que, par unité d’énergie contenue, l’hydrogène vert émet 65% du CO2 émis par le gaz naturel !, ce serait beaucoup moins avec un électrolyseur alimenté par une centrale nucléaire…mais le nucléaire, bis repetita, par essence et malédiction, n’est pas vert !
   Enfin et surtout, cette classification actuelle ne tient pas compte de l’acheminement de l’hydrogène vers son point d’utilisation et plus globalement d’une analyse de cycle de vie complète, laquelle, là encore favoriserait le nucléaire !
   Eh, bien, cela ne convient encore pas aux Allemands qui proposent dans la stratégie hydrogène 2020, une autre classification.

  • L’hydrogène vert est obtenu par électrolyse de l’eau par de l’électricité renouvelable, hors nucléaire. 
  • L’hydrogène bleu est produit par reformage avec captage et utilisation/stockage du CO2.
  • L’hydrogène gris est produit par reformage sans captage l’hydrogène turquoise ( !!!) est aussi produit par craquage du méthane à haute température, pyrolyse, torche à plasma – la technique eusse.

   On voit que les Allemands s’orientent vers la consommation de beaucoup, beaucoup de gaz !
   Et là, ça énerve quand même un peu nos académiciens. Citation :
 " Ce bref résumé met en lumière, s’il en est encore besoin, que la classification de l’impact des activités humaines à la seule jauge de « renouvelable » qui exclut l’énergie nucléaire non émettrice de CO2, ou même « émetteur de gaz à effet de serre » n’est pas seule pertinente. Électrolyseurs et piles à combustible contiennent des métaux non renouvelables et l’analyse du cycle vie d’un produit doit être systématiquement faite de A à Z. "
   Certains acteurs économiques ou politiques peuvent trouver des avantages à faire classer des filières comme vertueuses ou non. Il est relativement facile de simplifier la vision d’un processus, pour atteindre des objectifs partisans. C’est beaucoup plus complexe de faire une analyse complète et exhaustive du cycle de vie. Par exemple le coût environnemental d’un hydrogène transporté par camion, liquéfié et transporté par bateau, puis regazéifié, comprimé et transporté par camion, projet australo-japonais, n’est pas celui de sa fabrication.
   L’Académie souhaite que la classification des différents types d’hydrogène soit exclusivement basée sur une analyse CO2 émis pendant le cycle de vie et jusqu’au point de distribution..

L'épisode napoléonien, aspects intérieurs, 1799-1815, épisode XII et fin

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  Mais à vrai dire le banditisme, autre forme classique de la protestation populaire spontanée, recouvre bien des réalités différentes. Sous le Directoire et pendant les premières années du Consulat, c'est au royalisme contre-révolutionnaire qu'on le trouve associé, à la chouannerie [insurrection des chouans. Précédée par l'Association bretonne, fondée clandestinement par le marquis de La Rouërie en 1791 pour recouvrer les libertés de la Bretagne et restaurer la monarchie, la chouannerie est déclenchée en 1793 en Bretagne et dans le Maine par la levée de 300 000 hommes, décret de février, et par la persécution des prêtres et de la religion catholique par la République... Mais l'arrivée au pouvoir de Bonaparte sonne le glas de la chouannerie. Sauf quelques irréductibles, les chefs chouans déposent les armes et signent la paix au château de Beauregard (Saint-Avé), près de Vannes, le 14 février 1800. Larousse] ou à la Terreur blanche. Mais dès la fin du Directoire aussi, et de plus en plus souvent en allant dans le cour de l'époque napoléonienne, c'est la résistance à la conscription qu'il exprime. Étudiant la société varoise au lendemain de la Révolution, M. Agulhon discerne parfaitement tout cela dans la poussée "d'insécurité endémique des zones mal accessibles"qui se développe après le 18 fructidor. 41 L'héritage c'est celui de la Terreur blanche, qui, "de moins en moins urbaine...prend de plus en plus le caractère de la lutte clandestine et rurale". Les renforts, ce sont ceux suscités par le décret du 19 fructidor qui condamne à mort les émigrés rentrés : les plus pauvres d'entre eux "entrent dans la clandestinité sur place, ou plutôt dans les refuges commodes que sont les petits villages et les bois". Suscités, aussi, par la conjoncture économique : la déflation monétaire, agissant sur le cours des produits agricoles, "transporta des villes vers les campagnes le malaise social". Et enfin, par un fait nouveau : la reprise de la guerre en Italie et le vote de la loi sur la conscription, qui provoquent la fuite des jeunes gens. Alors "le brigandage est constitué dans tous ses éléments". Appuyé sur les massifs forestiers, il ne cesse d'augmenter en intensité et en extension, jusqu'à l'an IX. "La République consulaire...tenait dans l'ouest du Var un archipel de villes et de bourgs, battus par le brigandage comme par les vagues d'une mer." Par peur, mais aussi par solidarité contre l'armée, par royalisme, les villageois se font complices. Le phénomène atteint presque "les proportions d'une révolte régionale", qu'il faut deux ans au préfet Fauchet [Jean Antoine Joseph,1761-1834 ; haut fonctionnaire et diplomate] aux troupes du général Guillot [François Gilles, 1759-1818 ; baron de l'Empire] et de la Commission militaire extraordinaire pour juguler. Bien entendu, le départ est difficile à faire, dans le détail, entre brigandage de "blancs" ou de réfractaires, et actes de criminalité pur, exaltation par la conjoncture révolutionnaire de la violence habituelle des mœurs du temps.C'est ce qui, en fin de compte, facilite son élimination : quelque brutale qu'elle soit, elle suscite le soulagement et contribue à la popularité du bonapartisme.

 

  Paris, cimetière du Père-Lachaise : sépulture de Jean-Antoine-Joseph Fauchet, 1761-1834, diplomate, ambassadeur de France aux États-Unis, préfet, Var, Gironde et Arno, Italie.
Pierre-Yves Beaudouin / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

La désobéissance militaire
  Elle est en fin de compte la forme la plus caractéristique de la période et la plus clairement interprétable à la fois de la protestation ou de la désaffection populaires à l'égard du régime. R.Darquenne y voit "la plaie du système conscriptionnel et le thermomètre de l'opposition des oppositions" 42. R.Cobb n'hésita pas à y voir une sorte de référendum permanent, une grandiose manifestation de défiance populaire.
  La désobéissance militaire est née en l'an III-an IV, atteignant un premier paroxysme en l'an V. Une deuxième poussée correspondant bien sûr aux ans VII et VIII : 37% de réfractaires sur l'effectif de ces deux classes et pour l'ensemble de la France, le déficit atteignant 63% dans les départements belges et même bien davantage dans les deux départements de la Meuse-Inférieure et des Deux-Nèthes [ancien département français, 1795-1814 : chef-lieu Anvers ; sous-préfectures : Malines, Turnhout], où sévit particulièrement la "guerre des paysans" [insurrection contre-révolutionnaire de paysans de Flandre, de la région de Liège et du Luxembourg contre la République française, octobre-décembre 1798]

 

Épisode de la "Guerre des Paysans", huile sur toile de Théophile Lybaert, 1885.

   Par la suite, la situation s'améliore nettement : 27% en moyenne de l'an IX à l'an XIII ; 13% de 1806 à 1810. En 1811, l'insoumission parait liquidée, mais c'est l'effet de sa répression au moyen des colonnes mobiles. Recrudescence au début de 1813, à cause des appels massifs : mais le pourcentage ne dépasse guère 10% - ce qui n'empêche, compte tenu des gros effectifs sur lesquels joue ce pourcentage, que les troupes fassent cruellement défaut à l'empereur, par exemple au moment de la bataille de Leipzig, quand certains contingents étrangers font également défection. [la bataille de Leipzig, également appelée "bataille des Nations", fut la plus grande confrontation des guerres napoléoniennes, et la plus grande défaite subie par l'Empereur, 16 au 19 octobre 1813]

 

"Siegesmeldung nach der Schlacht bei Leipzig"* (détail). Peint en 1839 par Johann Peter Krafft.
*Rapport après la victoire de la bataille de Leipzig.

   Comme à l'égard des troubles d'origine économique, le pouvoir use tour à tour d'indulgence - il y a cinq amnisties de 1800 à 1810, la dernière à l'occasion du remariage de l'empereur - et d'extrême rigueur. Les déserteurs risquent la fusillade, ou dix ans de bagne - celui de Toulon, celui aussi d'Anvers, créé en l'an XII - avec le boulet, ou les chantiers des Ponts-et-Chaussées ou de constructions navales. Les insoumis et leurs complices s'exposent à des amendes - peu efficaces si les coupables sont insolvables - ou à cinq ans de travaux forcés avec les fers, ou encore l'incorporation dans les unités disciplinaires spéciales : régiments de Walcheren, de Belle-Isle, de l'île de Ré, de Méditerranée. Mais le plus terrible - et les préfets eux-mêmes souhaitent généralement en éviter l'expérience à leur département - ce sont les colonnes mobiles ["...Ces rapports firent prendre conscience à Napoléon de l’état de désorganisation de l’armée mais surtout de l’urgence qu’il y avait à prendre des mesures pour tenter de freiner l’hémorragie et les exactions. Le 7 février, il dicta ainsi plusieurs notes à Berthier. Inspiré par Marmont, il réactiva dans un premier temps l’ordre du jour du 6 septembre 1813 ordonnant à Radet de décimer, autrement dit de fusiller un homme sur dix, les maraudeurs, les traînards, les isolés et les déserteurs.  Il compléta le dispositif en mettant en place une commission permanente présidée par le général Radet, à qui étaient adjoints deux colonels de gendarmerie. Il ordonna enfin au grand prévôt de mettre sur pied cinq colonnes mobiles qui devaient quadriller un triangle Provins, Nogent-sur-Seine, Nangis, afin d’arrêter tous les traînards. Il devait les emprisonner avant de les faire passer devant la commission puis un sur dix devant le peloton. L’ordre fut imprimé et diffusé dans l’armée le jour même."], efficaces dans la chasse à l'homme mais qui, en contrepartie, immobilisent des effectifs inutilisables pour la guerre.

Bilan : Napoléon populaire et impopulaire
  La conscription n'est pas le seul point de la politique et de l'administration napoléoniennes à avoir sensibilisé l'opinion en défaveur du régime. Le bonapartisme, écrit M. Agulhon, finit par s'incarner " dans le couple odieux de la conscription et des droits réunis". Pourtant la fiscalité indirecte, en dépit de son immense impopularité, n'a guère suscité d'émotions populaires en dehors des troubles de subsistances, auxquels l'attaque des bureaux de recette des droits est souvent associée. De même qu'il n'a pas hésité à encourir un des griefs les plus clairement inscrits au passif de l'Ancien Régime en ressuscitant les aides, de même Napoléon Bonaparte n'a pas craint, comme l'avait fait la Révolution, de heurter le sentiment catholique en rouvrant le conflit avec le pape ; mais la réaction s'est dessinée ici sous la forme d'une infiltration clandestine des "Chevaliers de la Foi", dont l'organisation militaire et hiérarchisée ébauche aux dernières années de l'Empire, par le noyautage des administrations et des grands corps, une sorte d’État de substitution. [société secrète qui a été fondée en 1810 pour défendre le catholicisme et la monarchie légitime. Dissolution en 1826]

 

 


   La hiérarchie secrète de l'ordre laisse ignorer aux grades inférieurs l'existence de degrés supérieurs ainsi que le visage des dirigeants. Chaque dénomination des degrés est influencée par l'idéal chrétien et monarchique qui soumet tous les membres à l'autel et au trône

   Bénéficiaire d'un attentisme très largement partagé à ses origines, le régime consulaire n'avait pas tardé à gagner le ralliement des classes possédantes, qui voyaient en lui "ce régime pratique, ce régime empirique, grâce à qui le drapeau de l’ordre social écartait les deux principes opposés et symétriquement radicaux du royalisme et de la République", M. Agulhon. Avec Barère [Bertrand Barère de Vieuzac,1755-1841 ;"...cet homme, authentique républicain, indéfectiblement choisi par ses électeurs des Hautes-Pyrénées, de 1789 à 1815, et encore après son retour d'exil, en 1830, jusqu'à son décès en janvier 1841. Il fut un acteur de tout premier plan de la Terreur, puisque membre du Comité de salut public, puis penseur de l'organisation du pouvoir exécutif dans sa retraite forcée, sous le Directoire, et de nouveau sur le devant de la scène durant les Cent Jours, non sans avoir été, au début du Consulat sollicité ou avoir sollicité, lui-même, les faveurs du général Bonaparte, en rédigeant pour ce dernier des notes ou encore un journal virulent contre la perfide Albion. Barère offre le parcours d'un praticien et, en même temps, d'un théoricien du pouvoir exécutif. Il est l'image possible d'un expert de la machine gouvernementale et de son mode de fonctionnement central. Il semble incarner à la fois, la figure d'un premier radicalisme et d'un opportunisme républicain...], un terroriste rallié dès les premières semaines, ces classes espéraient que Bonaparte serait l'homme de la paix extérieure et de la réconciliation intérieure, celui qui rendrait la Révolution périmée tout en écartant fermement la réaction. Telle était bien l'mage que Bonaparte souhaitait populariser de lui-même et sa propagande, tout autant qu'à orchestrer les succès militaires, s’appliquait à faire croire qu'il avait la nation entière derrière lui.
   "S'il passe une année, il ira loin", avait dit Talleyrand du général de Brumaire. Le régime, effectivement, a tenu, et s'est bardé de fer, les années passant. Mais il n'a pas tenu les promesses que les Français croyaient y déceler et c'est pourquoi on peut avancer qu'il ne s'est jamais enraciné, sa solidité revêtant un caractère négatif au lieu de relever d'adhésions profondes et de fidélités inébranlables. Hors des complots unissant autour de généraux des ultra-royalistes et des républicains, hors des mouvements populaires qui ont troublé le silence d'une opinion empêchée de s'exprimer, les notes dominantes du régime à son enclin sont l'indifférence ou la résignation à une guerre dont les conséquences économiques et humaines lassent tout le monde et dont les bulletins ou les uniformes ne suffisent plus à ramener la joie dans les cœurs. Dans le haut personnel administratif, c'est la tiédeur, la fidélité du bout des lèvres. Chez les notables, la réticence à tous les gestes qui signifieraient le soutien d'une sincérité personnelle. On sert aussi longtemps que le maître de l'heure est en place, avec la conviction que cela changera bientôt et qu'on passera avec soulagement au service d'une monarchie modérée. Il faudra, note J.Vidalenc, toutes les maladresses de la première Restauration [première période du règne de Louis XVIII, entre la chute de l'Empire et le retour de Napoléon de l'île d'Elbe, avril-mai 1814-mars 1815. Larousse] pour ramener les esprits vers Napoléon. L'ancien préfet Beugnot [Jean-Claude, comte de, 1761-1835] devenu l'administrateur du grand-duché de Berg [ou grand-duché de Clèves et de Berg, 1806 à 1813 ; état satellite de la France impériale], a laissé le témoignage de sa surprise quand, à l'occasion d'un séjour à Paris peu avant l'invasion de la Russie, il constate combien l'Empire est glacé. La crainte du maître engendre à son profit un "dogme de l'infaillibilité pontificale", une "hallucination" collective. Observateur resté hors de France et lié aux milieux rhénans libéraux, Beugnot se rencontre avec des esprits restés lucides, tel Regnault de Saint-Jean-d'Angély [Michel, comte de, 1761 ou 1760-1819 ; avocat, ministre et académicien, élu en 1803 au fauteuil n°8 ], l'un des "cinquante Français les moins bêtes", comme Stendhal appelait les conseillers d’État - inquiet du total secret de la politique étrangère, de la démence dans l'entassement des conquêtes.

      

Chevauchant à l'envers l'âne Blacas surnommé « black ass », le duc de Blacas était ministre de la maison du roi, Louis XVIII, portant un coffre marqué « diamants de la couronne, propriété de la nation », prononce ces mots : « Ce diable d'homme ne m'a pas laissé me retourner ». Napoléon Ier, chevauchant un aigle dont le bec tient un sceptre et arbore un drapeau tricolore marqué « Gloire, Liberté et Paix », brandit des éclairs en disant « Veni, Vidi, Vici ». Ph. Coll. Archives Nathan

  Ainsi donc le pouvoir napoléonien n'a jamais réussi à être un pouvoir sûr. Non pas que la France ait "dansé sur un volcan" : le pouvoir, en effet, était bien trop armé, et les oppositions trop disparates et morcelées. Mais dès qu'il cessa d'être victorieux, Napoléon détruisit par là même le seul ciment d'une certaine unité nationale.
  La fin de l'Empire, en 1814, est bien l'histoire d'une décomposition interne. Décomposition dont Paris, reprenant ainsi une initiative perdue depuis vingt ans, est largement responsable. J.Tulard en a récemment repris les éléments et dessiné les phases.
 - Eléments sociaux : l'impossibilité de susciter un grand élan patriotique dans les différentes couches de la population de la capitale, sous la forme d'une remise en activité de la Garde nationale. Quand aux officiers, nommés parmi les notables, la difficulté, soulignait Savary [Anne-Jean-Marie-René, 1774-1833 ; général d'Empire; Ministre de la Police de 1810 à 1814], était " de la composer d'hommes...qui fussent disposés à la fois à défendre leurs murailles et à faire respecter leurs domiciles" ; "en la peuplant de propriétaires et de boutiquiers ruinés, on y faisait entrer", commente J.Tulard, "sous prétexte de maintenir l'ordre social, les éléments les plus hostiles au régime et les moins aptes au combat." Quand aux troupes, il aurait fallu les prendre parmi les sans-travail - les autres, on devait bien le voir à l'arrivée des Alliés et au retour des Bourbons, assistaient surtout passifs et curieux au changement d'un décor.
 - Eléments politiques : le préfet de police Pasquier "paralysa, dans le courant du mois de mars, toute tentative pour armer les ouvriers sans travail. Peur de l'émeute, ou complicité avec les éléments royalistes de la capitale?". Quand à Joseph, président du Conseil de régence, il quitte la capitale précédé de l'impératrice, pour Blois, où Talleyrand évite de les rejoindre : cet abandon signifie la volonté de ne pas défendre Paris, soit pour préserver la ville, soit pour ne pas entrer dans le jeu stratégique de l'empereur qui aurait eu alors le temps de prendre les Alliés à revers en se rabattant sur Paris - hypothèse d'une prolongation de la guerre. Le 1er avril 1814, ce sont à la fois le Conseil général de Paris - en fait, son Conseil municipal - et le Sénat qui votent la déchéance de l'empereur et appellent de leurs vœux le rétablissement de la monarchie. Paris, décidément, a-t-il jamais accepté Napoléon? Déjà, au moment du procès de Moreau, des manifestations frondeuses à l'égard du Tribunal lui avait suggéré l'idée d'un transfert à Lyon de la capitale.
  La première abdication elle-même offre un saisissant raccourci social de l'histoire consulaire et impériale. Les maréchaux veulent abandonner la lutte : ils reprochent en somme au régime de compromettre par ses imprudences les situations qu'ils avaient acquises grâce à lui. Les derniers fidèles, ce sont les officiers subalternes , bientôt "demi-solde" traités avec rigueur par les Bourbons ; et aussi les sous-officiers, les soldats - qui avaient fait une petite carrière ou oublié les dures réalités de l'existence civile dans la gloire militaire partagée avec le "petit caporal".
  Tout, après Napoléon, peut-il pour autant "recommencer comme avant?" certainement pas. "L'épisode" a eu son épaisseur, qui protège l'organisme politique et social contre un retour à l'Ancien Régime et contre les prochains efforts d'un ultrarcisme minoritaire et démodé. Cela pour l'immédiat : mais, à moyen terme, il lègue aussi à l'"après 1815" tout le potentiel affectif de la légende napoléonienne en formation continue ; à long terme enfin, il fonde en France la troisième référence majeure de la vie politique nationale : à côté de la nostalgie des lys ou des rêves ardents de la démocratie, celle du pouvoir personnel plébiscitaire, brodant sur les thèmes de la grandeur et de la réconciliation.


  Louis Bergeron, L'épisode napoléonien, Aspects intérieurs, 1799-1815, p.113-118, Nouvelle histoire de la France contemporaine, Editions du Seuil, 1972

41. M.Agulhon, La vie sociale en Provence intérieure au lendemain de la Révolution, Paris, 1971.

42. R.Darquenne, La Conscription dans le département de Jemmapes, 1798-1813. Bilan démographique et médico-social, Mons, 1970.

Pour compléter :

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Allemagne : la transition énergétique (Energiewende) fragilise l'industrie et la puissance économique. Rien moins que ça!

"si les choses continuent ainsi, la place économique allemande sera en danger. Les coûts sont hors de contrôle - et la menace d'une pénurie d'électricité plane. [...] La Cour des comptes fédérale soutient que des hypothèses essentielles sur lesquelles repose l'évaluation actuelle de la sécurité d'approvisionnement du marché de l'électricité sont irréalistes ou dépassées"
  Un commentaire, mesdames et messieurs de gauche, droite et ailleurs confondus, favorables à la Transition énergétique? 

  Les crimes collectifs n'engagent personne...
Napoléon Ier

 
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Le tournant énergétique devient un danger pour l'ensemble de l'Allemagne


  Le gouvernement allemand a accepté une hausse des prix de l'électricité et des lacunes dans l'approvisionnement afin de poursuivre la transition énergétique. Aujourd'hui, la Cour des comptes fédérale lance un avertissement : si les choses continuent ainsi, la place économique allemande sera en danger. Les coûts sont hors de contrôle - et la menace d'une pénurie d'électricité plane.
  La Cour des comptes fédérale a accusé le ministère fédéral de l'économie et de la technologie de contrôler et de gérer de manière insuffisante la transition énergétique. Les auditeurs ont renouvelé cette critique de la politique énergétique, formulée il y a trois ans, dans un autre rapport spécial - et y ont ajouté une analyse explosive de la sécurité d'approvisionnement."Depuis notre dernier examen en 2018, trop peu de choses ont été faites pour réussir la transition énergétique", a déclaré la présidente du Contrôle fédéral des finances, Kay Scheller, lors de la présentation du deuxième rapport spécial : "Cela donne à réfléchir."

La menace d'une hausse constante des prix de l'électricité
  Alors qu'auparavant l'accent était mis principalement sur la maîtrise des coûts de la transition énergétique, les auditeurs ont désormais également analysé la sécurité de l'approvisionnement en électricité de l'Allemagne. Le résultat est alarmant. L'étude indique que le gouvernement allemand "n'a pas une vision suffisante des dangers réels et émergents pour la sécurité de l'approvisionnement". Le suivi de la transition énergétique est "incomplet". 



  "La Cour des comptes fédérale estime que la transition énergétique sous cette forme risque de mettre en péril la place économique allemande et de surtaxer la viabilité financière des entreprises consommatrices d'électricité et des ménages privés", a prévenu Scheller lors de la présentation du rapport spécial : "Cela peut alors mettre en péril, à terme, l'acceptation sociale de la transition énergétique."
  Le rapport doit également son caractère explosif au fait que les auditeurs avaient déjà soumis leurs points de critique au ministère fédéral de l'économie compétent. Les réponses, explications et justifications de la maison dirigée par le politicien CDU Peter Altmaier ont été intégrées dans le rapport des auditeurs. Toutefois, elles n'étaient pas de nature à atténuer de manière significative la conclusion des auditeurs.


  Plus précisément, les auditeurs accusent le gouvernement allemand de ne pas avoir correctement pris en compte les conséquences de l'abandon progressif du charbon. Par exemple, onze centrales électriques alimentées au charbon dur ont déjà été fermées au début de cette année. Dans l'ensemble, la mise en œuvre de la loi sur l'élimination progressive de la production d'électricité à partir du charbon est plus rapide que prévu dans les rapports d'experts sur la sécurité de l'approvisionnement.
  Le ministère fédéral de l'Économie et de la Technologie s'est vu soumettre pour la dernière fois une expertise sur la sécurité d'approvisionnement en 2019, c'est-à-dire avant la décision d'abandonner progressivement le charbon. Le ministère se justifie en disant que l'élimination progressive du charbon a été "indirectement examinée" - et jugée irréprochable.
  En examinant ces déclarations, la Cour fédérale des comptes constate toutefois des incohérences. La comparaison avec la feuille de route légale pour le démantèlement des centrales au charbon montre plutôt que l'étude table sur une capacité garantie plus importante à partir de 2022 que celle à laquelle on peut réellement s'attendre après l'élimination progressive du charbon convenue.
  Il en résulte un "déficit de planification" de 4,5 gigawatts, ce qui correspond à la capacité de quatre grandes centrales électriques conventionnelles. Selon le ministère de l'économie, il existe une "probabilité d'équilibrage des charges" de près de 100 % malgré la suppression progressive du charbon. La probabilité que la demande d'électricité puisse toujours être satisfaite par l'offre d'électricité est exactement de 99,94 %.
  Mais cela est mis en doute par les auditeurs. Le calcul de la probabilité d'équilibrage des charges par le rapport du gouvernement "repose sur des hypothèses qui, en partie, semblent irréalistes ou sont dépassées par les développements politiques et économiques actuels".
  Par exemple, il n'est "pas réaliste de penser que les objectifs d'expansion des énergies renouvelables seront atteints au vu des conditions d'acceptation difficiles actuelles, notamment pour les projets d'énergie éolienne".



  Il est également risqué que le gouvernement fédéral base ses prévisions d'énergie éolienne et solaire sur les "conditions météorologiques historiques des années 2009 à 2013". Il n'est "pas approprié que cette simulation ne dépeigne pas une année avec de faibles rendements énergétiques du vent et du soleil", critique le Contrôle fédéral des finances.
  Les auditeurs doutent également que le besoin de centrales de réserve ait été correctement déterminé. Par exemple, le gouvernement fédéral avait prévu de créer une "réserve de capacité" de deux gigawatts d'ici le 1er octobre 2020 afin de préserver le marché de l'électricité.
  Cependant, avec la bénédiction de l'Agence fédérale des réseaux, les gestionnaires de réseaux de transport n'avaient acquis que la moitié de cette réserve de centrales électriques. La Cour des comptes fédérale "doute que le ministère fédéral de l'économie ait rempli son obligation légale de revoir l'étendue de la réserve de capacité".
  En cas de pénurie d'électricité, il est déjà prévu que les entreprises industrielles arrêtent volontairement et temporairement leur production - en échange d'une compensation. Le ministère de l'économie table sur un potentiel de 16 gigawatts, qui sera pleinement exploité d'ici 2030.
  La Cour des comptes fédérale demande maintenant pourquoi une étude de l'Agence fédérale pour l'environnement n'aboutit qu'à un potentiel de six gigawatts. Apparemment, il n'y a pas d'accord au sein du gouvernement fédéral sur la question de savoir dans quelle mesure le "délestage" volontaire pourrait contribuer à stabiliser le réseau électrique.



  On peut également se demander pourquoi le gouvernement fédéral pense qu'il dispose de plus de 4,5 gigawatts de "centrales de remplacement du réseau" pour remédier aux perturbations de l'équilibre électrique. Dans le registre dit des données de base du marché, des installations de remplacement du réseau de seulement 9,4 mégawatts sont actuellement enregistrées, s'interrogent les auditeurs : cela ne correspond qu'à 0,2 pour cent du potentiel estimé par la Confédération.
  D'autres hypothèses formulées par le gouvernement fédéral pourraient également ne plus correspondre à la réalité, avertissent les inspecteurs de Bonn. Par exemple, les prévisions du gouvernement fédéral concernant la demande d'énergie sont basées sur l'hypothèse que la population passera sous la barre des 75 millions en 2050. En revanche, l'Office fédéral de la statistique "part du principe, avec un degré de probabilité élevé, qu'il y aura entre 77,6 et 83,6 millions de personnes en 2050 dans les trois principales variantes examinées".

Désaccord sur l'évolution de la demande d'électricité
  Les hypothèses du ministère de l'économie sur la sécurité de l'approvisionnement en électricité sont "en partie trop optimistes et en partie peu plausibles", critiquent les auditeurs. Le ministère a également omis d'examiner un scénario dans lequel plusieurs facteurs prévisibles se conjuguent pour mettre en péril la sécurité de l'approvisionnement.
  Il se peut, par exemple, que l'expansion du réseau soit retardée et que, dans le même temps, la capacité de transmission transfrontalière soit limitée. Le ministère fédéral de l'économie et de la technologie estime que "l'empilement de différents scénarios défavorables n'a pas de sens en l'état actuel de la discussion technique". Toutefois, les auditeurs ont estimé que cette objection n'était "pas convaincante".
  D'autres incertitudes découleraient de la demande croissante d'électricité pour l'électrification des transports et pour la production d'hydrogène comme vecteur énergétique dans les installations d'électrolyse. Les auditeurs ne partagent donc pas l'hypothèse du gouvernement allemand selon laquelle la demande d'électricité restera plus ou moins stable jusqu'en 2030.
  Le ministère fédéral de l'économie a rejeté la critique : l'Allemagne dispose d'un système cohérent pour évaluer la sécurité de l'approvisionnement. En outre, la production d'hydrogène ne représente pas une charge pour le réseau, car les installations d'électrolyse peuvent être contrôlées "en ligne avec le réseau".
  Mais dans l'ensemble, le ministère ne parvient pas à convaincre les auditeurs : "La Cour des comptes fédérale soutient que des hypothèses essentielles sur lesquelles repose l'évaluation actuelle de la sécurité d'approvisionnement du marché de l'électricité sont irréalistes ou dépassées", conclut le rapport spécial.












ÉOLIENNES ET MICROPLASTIQUES : L' U. E. RECONNAÎT LES DÉGÂTS, LA FRANCE REGARDE AILLEURS

  Il faut se réjouir que la Commission européenne reconnaisse désormais officiellement ce que plusieurs travaux scientifiques mettent en évi...