Rapport de l' ADEME, électricité : Français, dit-nous tes besoins, l'agence va t'expliquer comment t'en passer!

  Pour sauver le climat et les Français, le slogan de l' ADEME est : la sobriété pour tous et par tous et..., s'il le faut, par la contrainte pour les hérétiques!*
  En devenir, un " passe énergie" ou, le retour du " certificat de civisme " 1789, version énergie? 
Va savoir, Charles.
* Est-il nécessaire ici, de rappeler que ce rapport est payé en grande partie, 80%, par l'argent du contribuable?
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Rapport ADEME « Transition(s) 2050 » : un grand pas vers la décadence (Tribune)

Serge Gil
2022 01 04


  Éclairage signé Serge Gil, ingénieur hydraulicien et ancien chef de services techniques et de sécurité au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA).
  Dans son communiqué de presse du 30 novembre, l’ ADEME présente son rapport de 687 pages, « Transition(s) 2050 », heureusement condensé dans deux autres documents, une présentation synthétique et un « résumé exécutif  » .
  Le rapport dévoile quatre scénarios pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Toutes énergies confondues.

 

 
  Le contenu, sur le fond comme sur la forme, est assez surprenant. Sur le fond, il faut arrêter de vivre comme aujourd’hui : de vivre tout court ?. Sur la forme, la complexité des termes, l’ambiguïté des expressions dépasse largement l’entendement du vulgum pecus, dont ego. Amphigouri [1] ou galimatias ?
  L’ ADEME[2] est un organisme créé sous le deuxième mandat de François Mitterrand, rattaché au Ministère de la Transition Écologique, Mme Pompili, qui a pour mission d’accélérer la transition vers une société plus sobre et solidaire, créatrice d’emplois, plus humaine et harmonieuse. Vaste programme. Elle regroupe plus de 1000 collaborateurs, avec un budget global, source Sénat, de l’ordre de 760 millions d’euros dont près de 50% consacrés au chapitre « Chaleur renouvelable » : ?.  L’origine des ressources est pour 80% en subventions d’État, 4% en aides essentiellement européennes et 16% diverses.
  Organisme assez méconnu, il est censé conseiller, établir ?, la politique de la France en matière énergétique. Présentée souvent comme composée de « soixante-huitards » à sa création avec Ségolène Royal, l’ ADEME a gardé intacte sa teinture anti-nucléaire de base. Simple rappel pour situer le contexte.

Les quatre scénarios
  Le rapport est une étude sur notre mode de vie et pas sur l’énergie. Il faut arriver au 9ème des « 9 messages clés » pour y lire que l’électricité est le principal vecteur énergétique. Après, on ne parle plus d’énergie.
  À des degrés divers, tous les scénarios présentent des modifications plus ou moins radicales de nos moindres comportements dans l’usage de l’énergie depuis notre habitat jusqu’à notre nourriture en passant par nos loisirs et nos déplacements. Nous citerons littéralement, en italique, pour ne pas trahir la pensée des rédacteurs et être accusés de faux.

1er scénario : génération frugale
  Dès la première phrase, on situe le cadre : La transition est conduite principalement grâce à la frugalité par la contrainte et par la sobriété. Outre le pléonasme entre frugalité et sobriété, on est déjà dans la contrainte. Par la contrainte, on va nous obliger à vivre chichement. Et le texte précise : mot à mot :

  • Limitation de la construction, réduction drastique du nombre de constructions neuves,
  • Transformation de logements vacants et résidences secondaires en résidences principales,
  • Réduction de 30% de la surface moyenne des maisons individuelles neuves,
  • Division par 3 de la consommation d’électricité, électroménager, électronique, éclairage…,
  • Modification d’ampleur des modes de vie,
  • Fort retrait de la voiture et de l’avion,
  • Profonde transformation des habitudes alimentaires, division par 3 de la consommation de viande,
  • Une division par deux de la demande énergétique globale.

  Inventaire à la Prévert, conclu par un « hymne à la joie » : La nature est sanctuarisée, comme un tout auquel l’humanité appartient. Je cite.
  Et en conclusion, une magnifique opération pour la réduction du CO2 français, de 401 MtCO2eq[3] en 2015 à -42 MtCO2eq en 2050. Ce qui pourrait laisser croire qu’on rejettera du CO2 négatif ; en fait on absorberait en puits de carbone, ?, des émissions étrangères. Nos 400 Mt économisées représentent 0,6 % des 60 Gt des émissions mondiales. Six millièmes. Et quel impact sur le climat si nous sommes seuls ?

2ème scénario : coopérations territoriales
  Déjà le titre interroge. Que viennent faire les territoires dans un contexte de politique nationale ?
  Il s’agirait d’une gouvernance partagée avec les organisations non gouvernementales, institutions publiques, secteur privé et société civile pour transformer la société. Tout le monde en action.
  Préconisations qui vont plus loin encore que dans le premier scénario en ajoutant :

  • Densification en hauteur de la ville, de manière maîtrisée ; ou le plaisir d’habiter en immeubles tours ;
  • Le partage des bâtiments, de pièces de vie ou d’équipements se généralise ; partage avec qui ?
  • Et une série de mesures chiffrées au pourcent près, dont on se demande l’origine des valeurs annoncées. Probablement la technique du « logiciel inversé »: on entre le résultat souhaité et le logiciel fournit les données de base. Par exemple :
  • 79 % des logements existants en 2015 rénovés à un niveau BBC : basse consommation ;
  • accélération de la transition alimentaire : plus sobre, plus végétale, -50% de la consommation de viande ; on en était à -66% dans le scénario précédent ;
  • moins 17 % de km parcourus par personne, aérien international compris, … mais vélo illimité ;
  • réductions des consommations énergétiques, -47 %, et des émissions de GES, -84 %, dans l’industrie ; par quels miracles ? On va faire du ciment propre.

  Suivent deux remèdes, à mettre au point, de capture du CO2  : prié de bien vouloir se laisser attraper :

  • Stockage de carbone dans les sols via des pratiques agricoles favorables. Cultiver quoi ?
  • Captage et stockage de CO2sont déployés sur quelques procédés aux émissions incompressibles.

  Le rôle des « territoires, ONG, institutions publiques, secteur privé et société civile » n’est pratiquement pas évoqué sinon dans des expressions ambigües du type : des chaînes de valeur réindustrialisées et spécialisées par région …
  Moyennant toutes ces prescriptions, nos émissions de CO2 en 2050 seraient encore négatives à -28 Mt.

3ème scénario : technologies vertes
  Avant-goût du quatrième scénario, c’est déjà le pari technologique, plutôt que les changements de comportements vers plus de sobriété des scénarios précédents. Comme chez RTE, Futurs énergétiques 2050, pari sur l’avenir. On joue l’avenir de nos enfants à la roulette...du gaz russe.
  On évoque d’abord l’impact des technologies et du numérique, qui permettent l’efficacité énergétique ou matière… dans tous les secteurs, sur nos défis environnementaux avant de revenir au(x) bâtiment(s) :

  • Rénovation massive et déconstruction-reconstruction : nouveau cycle de déconstruction/reconstruction haussmannien (sic) de logements neufs et performants générant une consommation massive de ressources naturelles. On peut supposer la phrase mal bâtie, la consommation massive s’appliquant ici aux logements neufs !
  • Développement de l’offre de matériaux et de systèmes constructifs moins carbonés. Bien mais lesquels et à quel prix ?
  • Le recours à l’hydrogène … pour tous les usages avec un recours massif aux importations. Encore la « danseuse » des écolos pour le stockage des énergies dites renouvelables. Rendement 25 % et gaz dangereux. Quant au recours aux importations ! D’où et à quel prix ?

  Dans ce scénario, on passerait de 401 MtCO2eq[4] en 2015 à -9 MtCO2eq en 2050.

4ème scénario : pari réparateur

  • La société place sa confiance dans la capacité à gérer voire à réparer les systèmes sociaux et écologiques avec plus de ressources matérielles et financières pour conserver un monde vivable. Cet appui exclusif sur les technologies est un pari dans la mesure où certaines d’entre elles ne sont pas matures. Merci de l’aveu.

  Suit une série de mesures, ou plutôt de prévisions, basées sur l’apparition, miraculeuse ?, de nouvelles technologies. Prions pour que ces apparitions se concrétisent.
  Et à nouveau, rôle important des importations, dans un monde globalisé … Le gaz ? Merci les autres !
  Dans ce scénario du pari réparateur, bricolage ?, on passerait de 401 MtCO2eq en 2015 à 1 MtCO2eq
en 2050. Désespoir, il reste 1 Mt de CO2.

De l’ascétisme au paupérisme
  Les deux premiers scénarios sont une succession de contraintes dont on se demande si les auteurs ont d’une part bien estimé la portée et d’autre part envisagé la mise en œuvre. Abandonner les villas et vivre dans des tours. Pour les maisons qui resteraient, en réduire la surface de 30%, par exemple coucher tous dans la même chambre ? Regarder tous en famille la même émission de télé voire accueillir dans ma maison une autre famille : partager les pièces de vie. On a vu ça sous quelques régimes autoritaires dont les auteurs du rapport doivent être des nostalgiques. Céder ma résidence secondaire, si j’en avais une, relève plus du délire que d’un programme électoral d’un candidat à la présidentielle.
  Les scénarios 3 et 4 ne sont guère plus réjouissants et surtout, crédibles. Dès les premières pages du rapport, le 2ème des 9 messages clés s’intitule : Atteindre la neutralité repose sur des paris forts.
  Quel politique sensé, il doit bien y en avoir, se permettrait de faire des paris sur l’avenir avec des technologies, transport, hydrogène, stockage d’électricité, capture du CO2, …, qui pour la plupart sont loin d’être au point et du « numérique », mot magique, dont on attend, longtemps ?, beaucoup et bien trop.
  Le texte se gargarise de formules, généralement creuses. Florilège :

  • Il faut trouver un consensus social et modifier les imaginaires ;
  • Les meilleures technologies sont déployées largement et accessibles de manière généralisée aux populations solvables. Et celles qui ne sont pas « solvables » ?
  • La consommation de biens devient mesurée et responsable, le partage se généralise.

  Avec un appel au protectionnisme : une production industrielle contractée et un marché réorienté sur le « made in France ». Paradoxal avec une autre préconisation : rôle important des importations, dans un monde globalisé : scénario 4.
  Et surtout, une nuance de taille dans le scénario 4 : cet appui exclusif sur les technologies est un pari dans la mesure où certaines d’entre elles ne sont pas matures. Est-il sérieux d’établir une politique énergétique sur des paris qui, de plus, ont de fortes chances d’échouer ? On oublie que le niveau de vie d’un pays est lié à sa capacité énergétique. En la réduisant on crée tout simplement la pauvreté.
Généralisée.

Le cinquième scénario
  Totalement omis et pourtant le plus simple et crédible, partant du constat que notre énergie est notre niveau de vie. À savoir : la poursuite de l’amélioration de nos conditions de vie, avec un effort pour les plus pauvres, en adaptant notre production d’énergie électrique à nos besoins. Parfaitement faisable avec une technologie maîtrisée, pratiquement renouvelable, la plus propre, la moins dangereuse rapportée aux puissances fournies, pilotable, la moins chère et, de plus, « made in France ». Périphrase pour ne pas dire nucléaire, proscrit du vocabulaire de l’ ADEME. Son rapport, près de 700 pages, qui le lira ?, a demandé deux ans de travail et impliqué quelques centaines de collaborateurs. Le 5ème scénario tient en 10 lignes. La suite annoncée est une œuvre sur l’électricité, base énergétique indiscutable. On peut craindre le pire.
  On imagine qu’un organisme comme l’ ADEME est un conseil technique pour les plus hauts décideurs. Il m’est arrivé, à un échelon bien plus modeste, d’avoir ce rôle, six ans durant, auprès d’un maire énarque, mais conscient de sa faiblesse, euphémisme, dans certains domaines.
  Pour lui, un rapport ne doit comporter que des préconisations socialement, techniquement et financièrement réalisables, deux au plus, il peut choisir !, mais simplement distincts par l’épaisseur d’un papier à cigarette. Je cite. Il sait qu’il ne sait pas. Les scénarios de l’ ADEME, comme ceux de RTE d’ailleurs, sont loin de respecter ces critères. Et, pas plus le credo du partage de l’ ADEME que le 100 % renouvelables de RTE, ne sont crédibles pour une mise en œuvre par un politique. Fort heureusement.

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1. Arnaud Leroy, PDG de l’ ADEME, ex-militant « vert », juriste de formation spécialisé en droit maritime, écrit dans sa présentation : Il est dans les gènes de l’ ADEME d’éclairer les décisions de la société en préparant l’avenir pour mieux le dessiner. Éclairage, bien sûr à la bougie. Il faut souhaiter bon courage aux décideurs.

[1] Langage ou écrit obscur, embrouillé, peu intelligible.
[2] ADEME Agence de la Transition écologique, ex Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie.
[3] Millions de tonnes d’équivalent CO2
[4] MtCO2eq = Millions de tonnes d’équivalent CO2 – Gt = Gigatonnes ou Milliard de tonnes …

Allemagne, fermeture de 3 centrales nucléaires : quand le Maître dépasse l'élève français

  Dans le duel que se livrent, de part et d'autre de la frontière, la France et l' Allemagne, dans la course aux fermetures de réacteurs nucléaires, cette dernière vient de remporter, en PATRON, une nouvelle manche.
   Et pendant ce temps, les autres gouvernements de l' Union européenne comptent les points et s'inquiètent fortement pour leur avenir énergétique, tout comme pour le climat...
   "... La politique climatique allemande pose un problème à son voisin de l’Est. Vendredi, l’arrêt de trois des six dernières centrales nucléaires allemandes a suscité des inquiétudes en République tchèque. La sortie du nucléaire de l’Allemagne est critiquée, et elle l’est d’ailleurs plus particulièrement dans le contexte actuel de la hausse des prix de l’énergie. « L’Allemagne a parié sur une version radicale du Pacte vert européen », a déclaré le Premier ministre tchèque Petr Fiala, ODS, ECR, dans une interview pour CNN Prima News.
  M. Fiala a souligné l’importance de l’énergie nucléaire lors de son discours prononcé à l’occasion du Nouvel An, donnant un signal clair à ses voisins antinucléaires.
  « Notre gouvernement devra travailler sans relâche et faire preuve de patience, chercher des alliés en Europe et convaincre des partenaires. Enfin, il doit également aller de l’avant avec la construction d’unités nucléaires tout en encourageant les investissements dans d’autres sources renouvelables mais qui restent raisonnables », a-t-il déclaré lors de son discours de la Saint-Sylvestre. « C’est la solution pour sortir de la crise énergétique. L’alternative serait le sous-développement et la pauvreté. Et personne ne souhaite cela », a-t-il ajouté.
  La République tchèque est en pleine transition écologique. Sa production d’électricité reposant à 40 % sur le charbon, elle doit à présent trouver de nouvelles sources d’énergie. Le gouvernement est convaincu que les conditions géographiques ne favorisent pas le développement massif de l’énergie solaire ou éolienne, il mise donc sur les centrales nucléaires pour cela.
  Si la France est le principal allié pronucléaire du pays, la République tchèque est fortement dépendante de l’économie allemande...
"
Source

Les conneries c’est comme les impôts, on finit toujours par les payer.
Michel Audiard

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Allemagne : arrêt définitif de trois centrales nucléaires le 31 décembre 2021

Hartmut Lauer
2022 01 02

  Conformément à la loi de sortie du nucléaire de 2011 trois centrales nucléaires ont été arrêtées définitivement le 31 décembre 2021. Il s´agit des centrales de Gundremmingen unité C, Grohnde et Brokdorf. D´un point de vue technique, ces centrales nucléaires auraient pu être exploitées plus longtemps. Mais le nouveau gouvernement, en fonction depuis le 8 décembre 2021, poursuit, comme on pouvait s´y attendre, la politique hostile au nucléaire du gouvernement sortant.
  L´Allemagne perd ainsi 4058 MW nets de moyens pilotables bas carbone dans le sillage des revers de la politique climatique. Mi-décembre, l´Agence Fédérale de l´Environnement (UBA) a annoncé que la production d´électricité à partir des renouvelables accuse en 2021 une baisse d´environ 5% par rapport à 2020 /1/ malgré une augmentation de la puissance installée. En outre, les émissions de CO2 liées à l´énergie ont augmenté d´au moins 4 % par rapport à 2020, selon les premières estimations d´AG Energiebilanzen /2/ dont celles du secteur électrique de 13% /3/.
  Les trois dernières centrales nucléaires, Emsland, Neckarwestheim unité 2 et Isar unité 2, d´une puissance totale nette de 4055 MW seront arrêtées fin 2022. Sans qu´une seule tonne de CO2 supplémentaire soit économisée, une augmentation d´au moins un quart de la production renouvelable serait nécessaire d´ici fin 2022 pour pallier les 65 TWh nets produits par le nucléaire en 2021.

 Fig 1Geo KKWs


Figure 1 : Situation géographique des sites nucléaires allemands y compris les dates butoirs de fonctionnement (les centrales en rouge ont été définitivement arrêtées en 2011), source BDEW

  Néanmoins, Steffi Lemke, la nouvelle Ministre Fédérale de l´Environnement, de la Protection de la nature, de la Sûreté nucléaire et de la protection des consommateurs, se réjouit dans le communiqué de presse du 28 décembre 2021 /4/ de l´arrêt définitif des trois centrales nucléaires. « La sortie du nucléaire rend notre pays plus sûr et permet d´éviter des déchets radioactifs ». Elle remercie les employés des centrales nucléaires pour leur « comportement responsable lors de l´exploitation et du démantèlement » mais félicite principalement « les milliers de personnes qui se sont mobilisées sans relâche pour la sortie du nucléaire et le tournant énergétique ».
  Selon les Verts Steffi Lemke et Robert Habeck, codirigeant du parti et vice-chancelier en charge du nouveau super ministère de l´Économie, de l´Energie et du Climat, la sécurité de l´approvisionnement en électricité en Allemagne ne serait pas en danger.
  Ils s´appuient sur la faible valeur de l´indice SAIDI, System Average Interruption Duration Index, qui donne la durée moyenne d´interruption de l´approvisionnement d´un consommateur final et sur le rapport publié sur la sécurité d´approvisionnement par le gouvernement sortant /5/ lequel arrive au résultat que les consommateurs peuvent être approvisionnés de manière fiable à tout moment à l´horizon de 2030.
  Il convient toutefois de noter que l´indice SAIDI ne peut être déterminé que rétrospectivement et ne permet pas de se prononcer sur la sécurité de l´approvisionnement dans le futur /6/ et que la Cour des Comptes avait critiqué le rapport du gouvernement sortant compte tenu des hypothèses trop optimistes et peu plausibles /7/ . Ce rapport part notamment d´une consommation d´électricité de 630 TWh en 2030 soit environ 100 TWh en dessous de la nouvelle estimation d´une
consommation brute allant jusqu´à 750 TWh d´ici 2030 /8/ .

Centrales nucléaires arrêtées définitivement fin 2021

  • Gundremmingen unité C

  Trois réacteurs nucléaires ont été construits dans la commune de Gundremmingen située au bord du Danube en Bavière à 40 km au nord-ouest d´Augsbourg.
  La centrale Gundremmingen appartient depuis octobre 2019 à RWE Nuclear GmbH. Dans le cadre de l´échange d´actifs avec RWE, E.ON a concédé sa part de la centrale de Gundremmingen dont il détenait 25% via sa filiale PreussenElektra GmbH /9/.

 Photo 1-kernkraftwerk-gundremmingen

Photo 1 : Site nucléaire Gundremmingen, Bavière, source RWE Power

  L´unité A, à gauche sur la photo 1, un réacteur à eau bouillante d´une puissance électrique nette de 237 MW a été arrêtée en 1977. Le démantèlement du réacteur est bien avancé. En 2006, l´unité A a été transformée en centre de technologie utilisé notamment pour le démantèlement des unités B et C.
  L´unité B, un réacteur à eau bouillante d´une puissance électrique nette de 1288 MW, a été arrêtée définitivement fin 2017 /10/ .
  L´unité C, à droite sur la photo, est dotée d´un réacteur à eau bouillante d´une puissance électrique nette de 1288 MW et de construction identique à l´unité B. C´était le dernier réacteur à eau bouillante encore en service en Allemagne. L´unité C a été raccordée au réseau en novembre 1984, la mise en service industrielle a eu lieu en janvier 1985.
  Au cours des 37 années de fonctionnement, l´unité C a produit presque 362 TWh, bruts, et a affiché un coefficient de disponibilité moyen d´environ 90%. Avec une disponibilité de près de 100 % et une production d´électricité d´environ 11,4 TWh, 2021 a été l´année la plus performante de la centrale /11/.
  Au niveau de la production annuelle, elle était aussi dans le Top Ten mondial. En outre, la centrale a économisé au total environ 360 millions de tonnes de CO2 par rapport à une centrale à charbon1.
  Les trois réacteurs du site de Gundremmingen ont produit ensemble environ 709 TWh. Cela permettrait de couvrir largement la consommation annuelle d´électricité en Allemagne : inférieure à
600 TWh/an.

  • Brokdorf

  La centrale appartenant à PreussenElektra GmbH, 83,3%, et à Stadtwerke Bielefeld, 16,7%, est située au bord de l´Elbe dans le Schleswig-Holstein près de la commune du même nom, à environ 60 km au nord-ouest de Hambourg.

 Photo 2_brokdorf1

Photo 2 : Centrale nucléaire Brokdorf, Schleswig-Holstein, source PreussenElektra GmbH

  La centrale dotée d´un réacteur à eau pressurisée d´une puissance électrique nette de 1410 MW a été raccordée au réseau en octobre 1986. La mise en service industrielle a eu lieu en décembre 1986.
  Au cours des 35 années de fonctionnement, la centrale a produit plus de 380 TWh, bruts, et a affiché un coefficient de disponibilité moyen d´environ 90%. Au niveau de la production annuelle elle a été 21 fois au Top Ten mondial dont deux fois sur la première position /12/.
  En outre, la centrale nucléaire de Brokdorf a permis d´économiser au total environ 380 millions de
tonnes de CO2 /13/ par rapport à une centrale à charbon1.

  • Grohnde

  La centrale appartenant à PreussenElektra GmbH, 80%, et Vattenfall Europe Nuclear Energy GmbH, 20%, est située au bord de la Visurge, Weser en allemand, dans la commune d´Emmerthal en Basse-Saxe environ 40 km au sud-ouest de Hanovre.

 Photo 3_grohnde3

Photo 3 : Centrale nucléaire Grohnde, Basse-Saxe, source PreussenElektra GmbH

  La centrale dotée d´un réacteur à eau pressurisée d´une puissance électrique nette de 1360 MW a été raccordée au réseau en septembre 1984. La mise en service industrielle a eu lieu en février 1985.
  Pendant presque 37 années la centrale a produit environ 410 TWh, bruts, et a affiché un coefficient de disponibilité moyen proche de 92% ce qui constitue une valeur record en comparaison internationale /12/. Au niveau de la production annuelle elle a été huit fois sur la première position des Top Ten et a établi deux records du monde en termes de quantité annuelle d´électricité produite. Un autre record a été établi le 7 février 2021 avec l´atteinte d´une production totale brute de 400 TWh /14/. À ce jour, il n´existe aucune autre centrale nucléaire au monde qui ait produit autant d´électricité.
  La centrale a permis d´économiser au total plus de 400 millions de tonnes de CO2 par rapport à une centrale à charbon1.

1) Émissions moyennes d´environ 1000g CO2/kWh.


Références
/1/ UBA (2021) Deutlich weniger erneuerbarer Strom im Jahr 2021, Communiqué de presse n° 50/21 du 15 décembre 2021, en ligne : https://www.umweltbundesamt.de/presse/pressemitteilungen/deutlich-weniger-erneuerbarer-strom-im-jahr-2021
/2/ AGEB (2021) Energieverbrauch zieht wieder an, Communiqué de presse du 21 décembre 2021, en ligne : https://ag-energiebilanzen.de/energieverbrauch-zieht-wieder-an/
/3/ BDEW (2021) Die Energieversorgung 2021 – die Zahlen des Jahres 2021, Communiqué de presse du 21 décembre 2021, en ligne : https://www.bdew.de/service/anwendungshilfen/die-energieversorgung-2021/
/4/ BMU (2021), Lemke und Habeck: Atomausstieg macht unser Land sicherer, AKW Brokdorf, Grohnde und Gundremmingen C gehen vom Netz, Communiqué de presse N° 296/21 du 28 décembre 2021, en ligne : https://www.bmu.de/pressemitteilung/lemke-und-habeck-atomausstieg-macht-unser-land-sicherer
/5/ BMWi (2021) Monitoring der Angemessenheit der Ressourcen an den europäischen Strommärkten, en ligne : https://www.bmwi.de/Redaktion/DE/Publikationen/Studien/angemessenheit-der-ressourcen-an-den-europaeischen-strommaerkten.html
/6/ Allemagne-Energies (2021) Gestion d´une pénurie d´électricité en perspective à l´horizon de 2023 ? En ligne : https://allemagne-energies.com/2021/09/05/gestion-dune-penurie-delectricite-en-perspective-a-lhorizon-de-2023/
/7/ Allemagne-Energies (2021) La Cour des Comptes allemande critique à nouveau la transition énergétique du gouvernement fédéral, en ligne : https://allemagne-energies.com/2021/04/06/la-cour-des-comptes-allemande-critique-a-nouveau-la-transition-energetique-du-gouvernement-federal/
/8/ Allemagne-Energies (2021) Le nouveau gouvernement allemand veut accélérer la transition énergétique, en ligne : https://allemagne-energies.com/2021/12/08/le-nouveau-gouvernement-allemand-veut-accelerer-la-transition-energetique/
/9/ Sénat (2021) Étude de législation comparée n° 292 – novembre 2020 – Recueil des notes de synthèse de mars à octobre 2020. Les entreprises du secteur de l´énergie en Europe, en ligne : http://www.senat.fr/lc/lc292/lc2927.html
/10/ Allemagne-Energies (2018) Arrêt définitif de la tranche B de la centrale nucléaire de Gundremmingen après 33 ans, en ligne : https://allemagne-energies.com/2018/01/08/arret-definitif-de-la-tranche-b-de-la-centrale-nucleaire-de-gundremmingen-apres-33-ans/
/11/ RWE Nuclear GmbH (2021) Ende einer Ära: Kernkraftwerk Gundremmingen beendet nach 37 Jahren Stromerzeugung, Communiqué de presse du 31 décembre 2021, en ligne : https://www.rwe.com/presse/rwe-nuclear/2021-12-31-kernkraftwerk-gundremmingen-beendet-nach-37-jahren-stromerzeugung
/12/ PreussenElektra (2021) Kernkraftwerke Brokdorf und Grohnde haben Leistungsbetrieb beendet, Communiqué de presse du 1er janvier 2022, en ligne : https://www.preussenelektra.de/de/unser-unternehmen/newsroom/pressemitteilungen/2021/pel-ende-leistungsbetrieb-kbr-und-kwg.html
/13/ PreussenElektra (2021) Kurz vor endgültiger Abschaltung: Kernkraftwerk Brokdorf verabschiedet sich als bedeutender Stromerzeuger Communiqué de presse du 20 décembre 2021, en ligne : https://www.preussenelektra.de/de/unser-unternehmen/newsroom/pressemitteilungen/2021/kbr-kurz-vor-abschaltung.html
/14/ PreussenElektra (2021) Kernkraftwerk Grohnde liefert neuen Rekord in der Stromerzeugung, Communiqué de presse du 8 février 2021, en ligne : https://www.preussenelektra.de/de/unser-unternehmen/newsroom/pressemitteilungen/2021/kwg-liefert-neuen-rekord-in-stromerzeugung.html


Paris pendant la Terreur, rapports des agents secrets du Ministère de l' Intérieur, épisode XIII

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   On distribue gratuitement un pamphlet271 intitulé : Le citoyen Dedon [François-Louis Dedon-Duclos, 1762-1830 ; carrière d'officier d'artillerie à partir de 1777, général de brigade d'artillerie, lieutenant général des armées. - Commandant de la légion d'honneur et obtint la croix de Saint-Louis. - Son nom est attaché à l'histoire des régiments de pontonniers ; il est inscrit parmi les 660 noms portés sur l’Arc de triomphe de l'Étoile, côté Est ; source], ci-devant commandant en chef l'artillerie à Landau, à la Convention nationale, aux Comités de salut public, de sûreté générale, et à ses concitoyens. Cet officier, fort de son innocence, et sûr de confondre, dit-il, ses calomniateurs, ne prend la plume que pour éclairer les mandataires du peuple sur les causes des troubles qui ont agité la garnison de Landau [Archives parlementaires : demande de rapport sur les troubles de Landau, Bas-Rhin, lors de la séance du 6 frimaire an III, 26 novembre 1794], troubles dont il a été témoin, sans jamais y avoir participé...272. Au surplus, dans cet écrit, le citoyen Dedon justifie Dentzel [Georges Frédéric, 1755-1828, baron ; "... il s'engagea comme aumônier militaire dans le régiment de royal Deux ponts et participa à la Guerre d'indépendance américaine : 1780-1783. À son retour, il épousa la fille du maire de Landau, fut naturalisé français en 1784 et succéda rapidement au doyen et président du consistoire. De son union avec Sybille-Louise Wolff naquirent sept enfants : l'ainé, Louis, devint colonel du 6e régiment de Hussards sous l'Empire, puis général de l'armée de la Grèce occidentale ; Caroline fut la mère de Georges Eugène Haussmann. Dentzel s'enflamma pour les idéaux révolutionnaires. À Landau, il fonda la Société des amis de la Constitution. Il renonça à ses fonctions ecclésiastiques, fut nommé adjoint du général Kellermann, chargé de la correspondance, puis, par la Convention, commissaire des départements de Moselle et du Bas-Rhin : 1792. Son nom est lié à la défense de la garnison de landau : 28 juillet - 28 décembre 1793, encerclée par les Autrichiens et les Prussiens. Injustement accusé d'être un indigne représentant du peuple, il fut incarcéré, échappa de justesse à la guillotine et fut libéré et réhabilité après la chute de Robespierre. À Paris, en 1795, il fut chargé d'organiser la défense de l'arsenal. Colonel en 1776, il acquit à Versailles un ancien domaine de madame de Pompadour, l'Hermitage. À partir de 1806, il prit part à presque toute les campagnes du Premier Empire, fut commandant des places de Weimar, où il rencontra Goethe et Wieland, Varsovie et Vienne, reçut la mission de veiller au sort des prisonniers. Créé baron de l'Empire en 1806, décoré de la légion d'honneur en 1813, il fut promu général de brigade en 1814. Avec son fils Louis, il fut présent à Waterloo. Il fut " admis à la retraite " sous la Restauration. Dentzel s'éteignit à Versailles le 7 mai 1828. Sa tombe se trouve au cimetière Notre-Dame ; source], représentant du peuple, et il prouve, en même temps, que nos braves soldats des armées du Rhin et de la Moselle sont arrivés fort à propos pour débloquer Landau, puisque cette place allait être obligée de se rendre.

Illustration de la page François-Louis Dedon-Duclos (1762-1830).

Le général François Louis Dedon-Duclos



Baron Georges Frédéric Dentzel : acte de décès

  On était si persuadé que le rapport de l'affaire Basire et de Chabot274 se ferait aujourd'hui, que plusieurs personnes sont allées à la Convention pour avoir la curiosité de l'entendre. Cependant il n'a pas eu lieu. Cela n'a pas empêché beaucoup de personnes de s'entretenir le soir dans les cafés de ces deux députés. Leurs voix étaient partagées sur Basire, mais Chabot ne trouvant point de défenseurs ; son mariage, la mauvaise réputation de la famille où il est si brusquement entré, les cent mille livres qu'il n'a rapportés qu'après avoir été dénoncé aux Jacobins, son luxe insolent, tout lui a été reproché, et l'on a peine à croire qu'il puisse se tirer du bourbier où des fripons et des scélérats l'ont jeté.
  On a parlé d'un schisme qui doit éclater parmi les officiers de l' état-major de l' Armée révolutionnaire. Grammont et quelques autres, dit-on, déjà destitués275. Différents placards vont nous apprendre l'objet de leurs divisions.
  On a assuré que d' Eprémesnil276 était arrivé et qu'il a été traduit à la Conciergerie.
  L'arrivée277 dans nos ports de huit bâtiments venant, richement chargés, de l' Ile de France, a causé une joie générale. Cette heureuse nouvelle, étant d' ailleurs accompagnée de celle d'une descente infructueuse des Anglais dans l' Île de Corse, d'un avantage remporté à l'armée du Nord, et de la déroute complète des débris de l'armée des rebelles, a produit le meilleur effet.
   La cherté des denrées provient tout à la fois et de leur rareté et de la malveillance ; on ne peut avoir ni bois, ni viande, ni poisson, et les légumes sont à un prix excessifs. Malgré cette pénurie totale, l'esprit du peuple est bon ; sa patience ne se décourage point, et l'on voit qu'il est mûr pour la République.

Rapport de Grivel, W 191
  L'espère de guerre que se font dans ce moment le club ci-devant Évêché, présidé par Dufourny [Louis-Pierre Dufourny de Villiers, 1739-1796 ; "... était ingénieur en chef de la ville de Paris lorsque la Révolution éclata. Mû par des convictions démocratiques avancées, il s'engagea énergiquement dès la première heure dans la vie politique révolutionnaire. Il fut nommé, en 1789, président du district des Mathurins. En 1790, il fut un des fondateurs du « Lycée » : D.B.F. Membre du club des Cordeliers, à partir de 1790?, il défendit avec force les principes de liberté et d'égalité. Électeur de 1792, La Grande Encyclopédie, il fit partie, sous la Convention, du directoire du département de Paris et présida même cette assemblée en 1793 : Walter et Martin. Membre de l'administration des poudres et des salpêtres, il rédigea une brochure, Instruction pour tous les citoyens qui voudront exploiter eux-mêmes du salpêtre, qui fut envoyée dans toutes les municipalités par le Comité de salut public : D.B.F. Il fit partie du Comité des Six qui, prenant prétexte du discours d' Isnard contre la Commune de Paris, organisa l'insurrection du 31 mai 1793 contre les Girondins : Furet et Ozouf. Les hébertistes l'ayant chassé du club des Cordeliers, il déposa contre eux dans leur procès, mars 1794, mais eut le courage de défendre Danton quelques jours plus tard. Exclu du club des Jacobins auquel il s'était rallié, il fut arrêté et traduit au Comité de sûreté générale sur l'ordre de Robespierre. La chute et l'exécution de ce dernier, 9 thermidor an II - 27 juil. 1794, lui permit d'échapper à la répression et de recouvrer la liberté. Accusé de terrorisme par Cambon, 6 frimaire an III [26 novembre 1794], il fut arrêté à nouveau, puis libéré grâce à l'amnistie du 4 brumaire an IV [26 octobre 1795] La Constitution de 1795 rétablit l'exclusion des pauvres. " ; source], et celui des Cordeliers, dirigé par Vincent et présidé par Momoro, attire l'attention d'une grande partie du public.

Le 31 mai 1793, estampe gravée par Jean-Joseph-François Tassaert d'après une esquisse de Fulchran-Jean Harriet, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, vers 1800.


        

Pétition de Louis-Pierre Dufourny : L’homme libre aux hommes dignes de l’être ; " ...Libre de penser et de délibérer, d’exercer ses droits de citoyen « actif », il s’adresse à ceux qui ne le sont pas encore puisqu’ils n’ont pas de droits politiques : une portion de Français exclus et les étrangers. Il se propose pour être ce Grand Proclamateur national... " . Source

  Il paraît que les causes de cette guerre sont une animosité et une opposition de sentiments et de prétentions prononcée, entre Vincent et Momoro, d'une part, et Dufourny, de l'autre. Chacun des deux partis s'est d'abord étayé du suffrage et de l'appui de ses amis et de sa société ; chacun cherche maintenant, pour le soutien de sa cause, à attirer dans la querelle, l'un des comités révolutionnaires, l'autre, les clubs de section. Ils se prodiguent de part et d'autre les inculpations les plus graves, les qualifications les plus injurieuses. Leur haine et leur ressentiment réciproques paraissent si animés, qu'on ne peut douter que, pour parvenir à détruire ses adversaires, chaque partie ne se porte aux dernières extrémités, si l'on ne trouve pas le moyen d'étouffer cette querelle envenimée. Il est d'ailleurs à craindre que cette dissension entre particuliers ne prenne de l'extension et ne devienne un germe de division et de discorde générale à Paris ; les sociétés populaires peuvent se ranger d'un côté, les comités révolutionnaires de l'autre, et une grande partie du reste des citoyens, entraînés diversement par leurs opinions, par leurs intérêts et par leurs liaisons, se partager entre les deux partis, et soutenir exclusivement et avec passion celui qu'ils auront embrassés.
  J'ai déjà, dans un rapport précédent278, rendu compte des premières hostilités qui ont eu lieu dans le sein des Sociétés de l' Évêché et des Cordeliers. Dans la première, la discussion avait roulé sur les questions de savoir s'il n'était pas utile, nécessaire même, de supprimer les clubs sectionnaires. Dufourny avait parlé fortement pour l'affirmative ; mais il n'avait rien dit nommément contre aucune société ni contre Vincent. Il paraît que Vincent regarda cette discussion, et l'opinion de Dufourny, comme une attaque indirectement dirigée tant contre lui que contre la Société des Cordeliers. À la première séance que tint après cette dernière Société, Vincent dénonça l'objet de la délibération de la Société de l’Évêché, et, comme Dufourny avait parlé en faveur des comités révolutionnaires au préjudice des clubs de section, Vincent, pour faire la contre-partie, proposa de demander la suppression de ces comités, et l'attribution de leurs pouvoirs aux sociétés sectionnaires. Cette proposition fut adoptée. Il ne fut pas question de Dufourny mais, dans la séance des Cordeliers qui suivit immédiatement, la colère de Vincent ne garda plus de mesure. Dufourny était depuis longtemps du club des Cordeliers. Vincent fit proposer la radiation de Dufourny, et celui-ci fut en conséquence rayé sur la liste des membres de cette Société.
  Dans la séance des Cordeliers du 24 pluviôse [12 février 1794], plusieurs membres demandèrent : qu'attendu l'affinité des principes et des sentiments des Cordeliers avec ceux des Jacobins, il fût donné communication à la Société des Jacobins de la radiation de Dufourny, pour lui démasquer tous les intrigants.
  Vincent et les Cordeliers avaient alors un nouveau grief contre Dufourny. Vincent avait demandé son admission à la Société des Jacobins ; les Cordeliers l'avaient appuyé. Dufourny s'y était opposé, d'après l'arrêté de la Société portant qu'il n'y aurait point d'admission jusqu' après l'entière épuration de ses membres ; il avait aussi présenté comme une intrigue les démarches qu'on faisait auprès de la Société des Jacobins pour obtenir l'admission de Vincent.
  Cette opposition de Dufourny et de ceux qui avaient embrassé son opinion paraissent à plusieurs cordeliers des manœuvres d'intrigants, qui craignent la surveillance de Vincent.
  Momoro attribue cette opposition à un système astucieux de machination combiné contre les meilleurs patriotes. Il accuse Dufourny d'agir d'après ce système contre Vincent.
  Celui-ci fait son apologie. Il dit que ce sont les ennemis de la chose publique qui empêchent son admission. Il ne s'est pas présenté aux Jacobins depuis cinq ans ; mais son patriotisme est assez prouvé pour qu'on doive l'y admettre. Il a fait divers ouvrages qui prouvent qu'il est patriote ; une partie a été brûlée ; mais par le reste, qui est dans un carton, on peut juger de ce qu'il est. Il demande des commissions, on les nomme.
  Un membre dit que l'épuration des Jacobins est purement illusoire, qu'elle n'est favorable qu'aux intrigants, qui s'entourent de leurs créatures et de leur protecteur.
  Hébert parle dans le sens de Momoro. Il dit que la résistance à l'admission de Vincent tient au vaste plan de conspiration qu'il a dénoncé ; Le peuple, depuis la Révolution, a eu à lutter contre les traîtres de toute espèce ; il les a renversés, et nous renverserons encore ceux-ci. Nous avons vu la faction royale, celle de La Fayette, et celle de la Gironde ; elles sont détruites. On ose dire que les auteurs de la mort de Brissot étaient les agents de Pitt. Mais qui peut débiter de telles calomnies? Ce sont ceux qui, avides de pouvoirs, qu'ils accumulent, mais toujours insatiables, ont inventé et répètent pompeusement dans de grands discours le mot d' ultra-révolutionnaire, pour détruire les amis du peuple qui surveillent leurs complots, comme s'il était permis à quelqu'un de mettre des bornes à la volonté nationale...279.
  Après plusieurs discussions, la Société a arrêté que des commissaires se transporteront au comité des Jacobins, pour s'expliquer sur la pureté de Vincent et sur les causes qui traversent son admission.
  Sans vouloir prendre parti dans cette querelle, on peut dire que c'est une lutte d'ambition et d'amour-propre, mais lutte dangereuse pour les effets qu'elle peut produire. On voit déjà que les Cordeliers regardent comme une espèce d'affront pour eux la non-admission de Vincent, et, en étant très offensés, ne se contentent pas de s'en prendre à Dufourny, mais s'expliquent de manière à faire sentir qu'ils en veulent à la Société des Jacobins, et à ceux surtout qui ont parmi eux le plus de crédit. Le mot de protecteur, qu'ils emploient, indique bien le personnage qu'ils n'osent nommer ; mais, de peur qu'on ne s'y trompe, ils le désignent sous d'autres termes. Hébert dit que ces hommes en crédit sont insatiables de places, et que pour appuyer leurs calomnies contre les patriotes qu'ils appellent des intrigants, ils ont inventé pour les noter le mot d' ultra-révolutionnaires : or on sait fort bien quel est l'inventeur de ce mot, et qui sont ceux qui en font usage.
  C'est au Comité de salut public à voir ce qu'il a à faire à cet égard.

Rapport d' Hanriot, W 191
  La situation des Etats-Unis contre la France280 fait toujours le principal objet des conversations.


Affaire du citoyen Genêt, (1793), incident précipité par l'aventurisme militaire du citoyen Edmond-Charles Genêt ; ses activités ont violé une proclamation américaine de neutralité dans le conflit européen et ont fortement embarrassé les partisans de la France aux États-Unis. Source

   Un citoyen, arrivant de l' armée du Nord, disait que les Puissances coalisées contre la liberté des peuples, effrayées des progrès de la philosophie, autant qu'abattues par leurs défaites, ignoraient ce qu'elles avaient le plus à craindre, des murmures de leurs sujets ou des armes de France. Elles désespèrent, avec raison, du succès d'une guerre qui, jusqu'à présent, n'a fait que les ruiner en hommes et en argent et indisposer leurs peuples.
  Cependant, ajouta-t-il, par crainte ou par orgueil, elles nous menacent encore ; mais, si l'ennemi a profité de notre sommeil pendant la campagne dernière, notre réveil ouvre aujourd'hui son tombeau. Il ne s'attend pas au coup terrible qui doit l'abattre. Le bouillant courage des Français, tel qu'un volcan, fera une explosion terrible, et les despotes et leurs esclaves seront anéantis. - Bravo! s'écria-t-on. Vive la République!
  Sa verve ne fit que s'enflammer, et, traçant avec rapidité le tableau de chaque Etat en particulier, il nous assura qu'en Allemagne le peuple non seulement murmurait, mais que les grands, sur qui les subsides sont tirés, se lassaient aussi d'une guerre qui les ruine. Tous les petits princes ne peuvent se dissimuler que depuis longtemps la maison d' Autriche cherche à les abaisser et à s'emparer de leurs petits Etats. Aussi l'intrigue agit de concert avec la crainte ; une insurrection se combine à Vienne ; les ennemis de l'oppression travaillent dans les souterrains à l' édifice de la Liberté. Le gouvernement effrayé stipendie à grands frais une armée d'espions ; les arrestations sont fréquentes ; la terreur est aussi mise à l'ordre du jour, mais elle n'empêchera pas l'orage d'éclater.
  Quand à la Prusse, toujours en continuant, elle est sans moyens, agitée de plus par des changements récents dans le ministère ; elle ne peut plus être d'un grand secours pour la coalition ; la Pologne, secouant déjà ses nouveaux fers, donne des craintes au successeur de Frédéric [Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand, 1712-1786 ; "... Agrandissant notablement le territoire de ses États aux dépens de l'Autriche, Silésie, 1742, et de la Pologne, Prusse-Occidentale, 1772, il fait entrer son pays dans le cercle des grandes puissances européennes... " ; source], et lui fait songer à conserver la partie de ce royaume qu'il a usurpée, avec toutes les formalités requises, plutôt qu'à concourir aux fais immenses d'une troisième campagne.   

                                                        

Frédéric II, âgé de 68 ans, 1780, par Anton Graff.

  Mais l'Espagne, qu'en pensez-vous? - L'Espagne, répondit-il, déjà épuisée, n'a pour ainsi dire d'autre force que le désir de la vengeance ; ce sentiment la lie malgré elle à l' Angleterre, dont elle se défie ; et l' Espagne, dont on nous menaçait tant, craint beaucoup aujourd'hui pour ses possessions en Amérique.
  Enfin tous lui demandèrent unanimement son avis sur la Turquie. Sa conduite à l'égard du citoyen Sémonville [Charles-Louis Huguet de Montaran, marquis de, 1759-1839 ; Pair de France ambassadeur dans l'Empire ottoman, 1792-1796, puis aux Pays-Bas, 1799-1805 ; Sénateur, 1805 ; nommé comte, 1808, puis marquis : 1819 ; "... Bientôt après, 1792, l'ambassade de Constantinople lui fut confiée, La frégate qui devait l'y transporter avait ordre de relâcher d'abord en Corse ; c'est là que Sémonville eut occasion de connaître le capitaine Bonaparte. Il se trouvait encore en Corse lorsqu'il fut l'objet d'une dénonciation : il se rendit sur le champ à Paris pour se justifier et y réussit si bien que Danton lui confia, dit-on, une mission secrète qui avait pour but de sauver la reine et le Dauphin, encore détenus au Temple.... " ; source], l'envoyé de la République281, n'est pas, répliqua-t-il, d'un augure bien favorable ; mais je sais, à n'en pas douter, qu'il s'y fait des préparatifs considérables de guerre, pour mer et pour terre. La Turquie veut absolument arrêter l'ambition de la Russie, qui bientôt sera le théâtre d'une grande insurrection, dont le foyer est à Moscou.

Sémonville, caricaturé par Honoré Daumier : 1835.

Rapport de Jarousseau, W 191
  La section des Gardes-Françaises a fait des visites de son arrondissement, ce qui devrait se faire partout ; elle a ramassé soixante et cinq personnes, tant hommes que femmes, dans lequel nombre il y avait des gendarmes ; le tout a été conduit à l'Oratoire.
  Il est arrivé, sur les midi, deux chaises de poste, à la Conciergerie, dans lesquelles il y avait trois femmes qui paraissaient être, par leur costume, des ci-devant.
  Le tribunal de Paris a condamné quatre femmes à six années de détention et à deux heures d'exposition au poteau [Code Pénal du 25 septembre – 6 octobre 1791 : "... article 28 : Quiconque aura été condamné à l'une des peines des fers, de la réclusion dans la maison de force, de la gêne, de la détention, avant de subir sa peine, sera préalablement conduit sur la place publique de la ville où le jury d'accusation aura été convoqué. Il y sera attaché à un poteau placé sur un échafaud, et il y demeurera exposé aux regards du peuple, pendant six heures, s'il est condamné aux peines des fers ou de la réclusion dans la maison de force ; pendant quatre heures, s'il est condamné à la peine de la gêne ; pendant deux heures, s'il est condamné à la détention. Au-dessus de sa tête, sur un écriteau, seront inscrits en gros caractères ses noms, sa profession, son domicile, la cause de sa condamnation, et le jugement rendu contre lui.... " ; source] , qui avaient volé de la volaille sur le quai de la Vallée282.["... le 3 juin 1679, le Conseil arrêta que le marché à la volaille se tiendrait désormais sur le quai des Augustins. En 1748, le marché du pain s’y tenait aussi en même temps, « quatre-vingt-douze boulangers y étalaient leurs pains les mercredis et samedis de chaque semaine ». [...] On l’aurait aussi surnommé le Marché de la Vallée, parce qu’il était situé dans la partie basse de la berge du fleuve, à l’endroit où existait jadis la « saulsaye » dont parlent du Breul et Félibien, et au point où Philippe le Bel avait jugé nécessaire la construction d’un mur de quai. [...] Ce marché, installé en plein air, rendait la circulation difficile; ses baraques obstruaient le dégagement du Pont-Neuf. Il était incommode pour les marchands et d’un voisinage désagréable pour les habitants du quartier (7). « Mais, écrit M. Léon Michel (8), Napoléon, qui avait habité quai de Conti, avait dû être frappé de l’incommodité et de l’aspect repoussant de ce marché. Ces souvenirs ne furent peut-être pas étrangers à la décision qu’il prit en 1807 de faire construire un marché pour la vente en gros et en détail de la volaille et du gibier. »... " ; source]

 01 marche a la volaille 400

Représentation de l’ancien marché au pain et à la volaille. Gravure fin XIXème. Paris musées collections.

  Le nommé Jourdan Saint-Sauveur283, ci-devant lieutenant du ci-devant roi, sur lequel (sic) les scellés avaient été posés sur ses papiers par le Département, a été incarcéré par le comité révolutionnaire de sa section.

Rapport de Latour-Lamontagne, W 191
  Noirmoutier est au pouvoir des rebelles284, quoiqu'on en dise ; Perpignan a ouvert ses portes à l'Espagnol ; la famine et les ennemis sont à nos trousses, qu'allons-nous devenir? Nous sommes perdus...285 Voilà le résultat ds conversations de plusieurs groupes.
  On demande à la Convention la peine de mort, disait-on à ce sujet dans un café, contre ceux qui tuent des vaches pleines286 : il faut la demander aussi contre ceux qui fabriquent des nouvelles propres à alarmer le peuple. Ce sont les plus dangereux ennemis de la Révolution.
  On applaudit au décret de la Convention287 qui supprime le pavillon décrété par l' Assemblée constituante. On voit disparaître avec plaisir cet amalgame ridicule des livrées du monarque avec les couleurs nationales. Cela a fait songer de nouveau à une chose non moins ridicule : au costume des juges ; on en demande de toutes parts la suppression.
  " J'arrive de la Vendée, disait un militaire, le bras en écharpe ; il n' y a pas autant de mal que certaines personnes veulent nous le persuader, mais il y a en beaucoup cependant. Les rebelles ne sont pas prêts encore à être détruits. Parmi les prisonniers que nous avons faits, j'ai reconnu un grand nombre d'habitants des contrées méridionales, ce qui doit nous faire soupçonner que c'est là qu'est le véritable foyer de la guerre de la Vendée, ou que c'est là du moins que les brigands recrutent leurs armées. " Il prétendait aussi avoir reconnu, parmi les rebelles, un grand nombre de Suisses. Ces détails ont paru faire quelque impression.
  On a donné ce soir, au Théâtre de la République, La jeune hôtesse288, pièce très immorale, dont la représentation a blessé les véritables républicains.

Rapport de Le Breton, W 191
  J'ai entendu dire dans un café de la rue du Mail, sur la section de Guillaume-Tell, que par un bâtiment arrivé à Brest, on avait eu des nouvelles289 de la Pérouse [Jean François de Galaup, comte de, 1741- disparu en 1788 ; l' épave de l' Astrolabe est retrouvée en 1826-1828, et celle de La Boussole en 1964. "...Partis le 1er août 1785, deux navires, L’Astrolabe et La Boussole, quittent Brest avec plus de deux cents personnes à leur bord, dont dix-sept scientifiques, dans le but d’explorer l’océan Pacifique. Trois ans plus tard, l’expédition disparaît mystérieusement dans les îles Santa Cruz... " ; source], ce marin si connu, et parti depuis si longtemps. L'on disait que ce navigateur était à la Jamaïque, d'où il n'osait faire voile pour la France. On contredisait ce bruit en relatant qu'il était parti en 85, et que depuis ce temps il n'avait donné aucune de ses nouvelles, et que très certainement il était perdu. Cette conversation a été prolongée, et à fait mettre sur le chapitre un commissaire envoyé en Angleterre au mois de septembre dernier par le ministre des Affaires étrangères, avec beaucoup d' argent, et qui n'a pas donné de ses nouvelles depuis son départ. Cet individu n'a pas été nommé.

Louis XVI donnant ses instructions à La Pérouse, 29 juin 1785. Monsiau Nicolas André, 1754 - 1837.
© RMN – Grand Palais, château de Versailles, / Gérard Blot

  On a arrêté sur la section des Quinze-Vingts, faubourg Saint-Antoine, un boucher accusé d'avoir tué des brebis pleines290.
  Dans plusieurs sections, on parle de délivrer des cartes pour avoir de la viande291, à l'instar de celles que l'on donne chez les boulangers.
  À la place ci-devant des Victoires, j'ai vu un groupe de quatre personnes dont je me suis approché, et j'ai entendu qu'ils parlaient anglais. Sans rien comprendre à leur jargon, je les ai suivis jusque dans la rue de la Bourbe292 et je les ai vues entrer dans la maison d'arrêt qu y est située.
  On se plaint de ce que les voituriers pour le bois mettent le public encore une fois à contribution pour le transport du bois293.

Rapport de Le Harivel, W 191

 À suivre...

   Pierre Caron, Paris pendant la Terreur, rapports des agents secrets du Ministère de l' Intérieur, tome IV - 21 pluviôse an II - 10 Ventôse an II, 9 février 1794 - 28 février 1794, , La Société de l' Histoire de France, Librairie Marcel Didier, Paris, 1949, pp. 120-130.

271. Il est à la Bibliothèque nationale : cf. le Catal. de l'hist. de la Révol franç., par A. Martin et . Walter, t. II, n° 9584.
272. Ces points de suspension sont dans le texte.
273. Cf. t. III, p. 105, note 2.
274. Cf. ci-dessus, p. 82, note 3.
275. Grammont, cf. t. Ier, p. 392, note 2, l'était depuis le 22 pluviôse [10 février 1794] : Aulard, Rec. des actes du Com. de sal. pub., t. XI, p. 47.
276. Cf. ci-dessus, p. 67, note 1.
277. Annonce à la Convention le 27 pluviôse [15 février 1794], Moniteur, réimp., t. XIX, p. 485, qui énumère dix navires. C'est au cours de la même séance que Barère donne, de la Corse, de l'armée du Nord et de la Vendée, les nouvelles favorables auxquelles Dugas fait allusion ci-après : I bid., p. 480, 484-485.
278. Du 19 pluviôse [7 février 1794] : cf. t. III, p. 396.
279. Ces points de suspension sont dans le texte.
280. Allusion aux difficultés soulevées par la mission de Genet [Edmond-Charles, 1763-1834 ; premier ambassadeur de France aux États-Unis, envoyé par les Girondins en 1793 ; "... il y fut envoyé pour rechercher le soutien de la jeune république dans les guerres que livraient alors la France contre l'Espagne et la Grande-Bretagne. [...] Il arriva le 8 avril 1793 à Charleston en Caroline du Sud sur le navire de guerre Embuscade. Au lieu de se rendre à Philadelphie comme prévu, alors capitale provisoire des États-Unis, pour présenter ses lettres de crédit au président américain George Washington, Genêt resta en Caroline du Sud. Il y avait été accueilli avec enthousiasme par la population de Charleston, qui organisa une série de réceptions en son honneur. Il n'arrive dans la capitale américaine que le 18 mai soit un mois et demi plus tard. [...] Chargé d'entraîner les Américains dans la guerre que la France venait de déclarer à l'Angleterre, il est allé trop loin dans cette voie. [...] Les Jacobins qui avaient pris le pouvoir en France en janvier 1794, envoyèrent un avis d'arrestation demandant à Genêt de revenir en France. Celui-ci, sachant qu'il serait probablement envoyé à la guillotine, demanda l'asile politique à Washington. Ce fut Alexander Hamilton – l'un des de ses plus farouches opposant au sein du Cabinet – qui convainquit George Washington de le lui accorder. [...] Genêt s'installa dans l'État de New York et se maria à Cornelia Clinton en 1794, la fille du gouverneur de New York, George Clinton. Elle mourut en 1810 et en 1818 Genêt épousa Martha Brandon Osgood, la fille de Samuel Osgood, le premier Postmaster General des États-Unis. Genêt habitait dans une ferme appelée Prospect Hill située à East Greenbush et dominant l' Hudson River. Vivant la vie d'un gentleman farmer, il écrivit un livre sur les inventions. Il mourut le 14 juillet 1834 à 71 ans et est enterré derrière l'église réformée de Greenbush, à environ 3 km de sa ferme. " ; source] aux Etats-Unis et auxquelles le Comité de salut public s'efforçait de mettre fin.
281. Nommé ambassadeur à Constantinople peu avant le 10 août, il n'avait pu, la Porte ayant refusé de le recevoir, aller prendre possession de son poste.
282. Cf. t. II, p. 51, note 3.
283. Cf. ci-dessus, p. 85, note 1.
284. Cf. ci-dessus, p. 53, note 8.
285. Ces points de suspension sont dans le texte.
286. Cf. ci-dessus, p. 95, note 1.
287. Du 27 pluviôse [15 février 1794]
288. Comédie en trois actes, en vers, de Carbon-Flins [Claude-Marie-Louis-Emmanuel, 1757-1806 ; Chateaubriand en fit son portrait : " Fils d'un maître des eaux et forêts de Reims, Flins avait reçu une éducation négligée ; au demeurant, homme d'esprit et parfois de talent. On ne pouvait voir quelque chose de plus laid : court et bouffi, de gros yeux saillants, des cheveux hérissés, des dents sales, et malgré cela l'air pas trop ignoble. Son genre de vie, qui était celui de presque tous les gens de lettres de Paris à cette époque, mérite d'être raconté. Flins occupait un appartement rue Mazarine, assez près de La Harpe, qui demeurait rue Guénégaud. Deux Savoyards, travestis en laquais par la vertu d'une casaque de livrée, le servaient ; le soir, ils le suivaient, et introduisaient les visites chez lui le matin. [...] Flins, qui n'avait qu'une petite pension de sa famille, vivait de crédit. Vers les vacances du Parlement, il mettait en gage les livrées de ses Savoyards, ses deux montres, ses bagues et son linge, payait avec le prêt ce qu'il devait, partait pour Reims, y passait trois mois, revenait à Paris, retirait, au moyen de l'argent que lui donnait son père, ce qu'il avait déposé au mont-de-piété, et recommençait le cercle de cette vie, toujours gai et bien reçu. " Il finit commissaire impérial près le tribunal de la ville de Vervins : Aisne], représentée pour la première fois le 9 février 1792 : Tourneux, Bibliographie, t. III, n° 18.493.
289. On ne devait commencer à en avoir qu'en 1826. Les dernières qu'il eût données dataient de 1788.
290. Cf. ci-dessus, p. 95, note 1.
291. Cf. ci-dessus, p. 3, note 1.
292. Elle commençait rue Saint-Jacques et finissait rue d' Enfer. Elle a été supprimée par l'ouverture du boulevard de Port-Royal.
293. Cf. ci-dessus, p. 395, note 2.

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