HAUTE-MARNE, PERRANCEY-LES-VIEUX-MOULINS : COMME TOUJOURS, LES " CONQUISTADORS VERTS " PRENNENT LE CONTRÔLE TOTAL DES OPÉRATIONS

Précédemment
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/05/haute-marne-perrancey-les-vieux-moulins.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2022/03/haute-marne-perrancey-les-vieux-moulins.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2022/11/haute-marne-perrancey-les-vieux-moulins.html

   Bien que comparaison n'est pas raison, n'empêche que, comme les peuples d' Afrique en général et, du nord en particulier, les populations rurales se font piller leur histoire, leur territoire, leur patrimoine, leurs paysages et... leur avenir, par une horde de sociétés qui, porteuses d'un " sauf-conduit " signé de l' Union européenne et de la France, colonisent à tout va, au nom de la Transition énergétique, de l'Écologie et... du Marché, via l'éolien et le photovoltaïque.
  Ces nouveaux " Conquistadors verts " progressent d'autant plus vite, que nombre de maires et de conseils municipaux encouragent, soutiennent et, parfois, même, participent directement à la réussite de tels projets, ayant été convaincus, par ces mêmes conquérants, que leur " Eldorado " communal est au bout de l'arrêté préfectoral autorisant l'exploitation. Pourtant, ces élus concernés devraient savoir que " dans la vie, on partage toujours les emmerdes, jamais le pognon "*
  Le porteur de projet de l'usine éolienne ayant, à ce stade de la procédure, pris véritablement le contrôle total des opérations, voit arriver également un renfort de poids, un " VRP " de luxe en quelque sorte, payé par personne?, en la personne de Monsieur le maire lui-même ; celui-ci ne se contentera pas d'être présent à la permanence d'information, non! ;  il " souhaite informer les habitants des deux villages de l'avancée du projet ", et, en même temps, louer " de l'intérêt de la production d'énergie éolienne ". Avec un tel degré de complicité, le " conquistador vert " ne peut qu'avoir fait le plein de confiance pour aborder les étapes suivantes de la procédure.
  À moins, qu'entre temps, une majorité de la population locale  et... les autorités préfectorales ne s'opposent frontalement!?
  En vérité, dans toute cette affaire, comme dans toutes les autres, il n’y a bien que le vent qui soit propre.

   À suivre!

* Michel Audiard 

jhmQuotidien 2023 02 02

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GROUPE D'EXPERTS INTERGOUVERNEMENTAL SUR L'ÉVOLUTION DU CLIMAT, GIEC : L'ESSENTIEL DES RAPPORTS 2021 & 2022 SORT EN LIBRAIRIE

  "... pourquoi, malgré la signature de la Convention Climat en 1992, à Rio de Janeiro, Brésil, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 54% en équivalent CO2 en trente ans..."
   Oui, pourquoi!? Pourtant, ce n'est pas faute, de la part de très nombreux États ou unions de pays, d'avoir tout mis en œuvre, physiquement et économiquement, via des politiques de Transition écologique ET énergétique, pour réduire ces funestes émissions de CO2.
  TOUT ÇÀ POUR ÇÀ?

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Bonnes feuilles de « GIEC, urgence climat »

 Sylvestre Huet

 Ce matin, sort en librairie Giec, urgence climat le rapport incontestable expliqué à tous. Fondé sur les rapports complets des trois groupes de travail du GIEC, parus en 2021 et 2022, il en restitue l’essentiel. Son coeur est en effet constitué par trois chapitres qui suivent au plus près le texte des experts, mais avec des choix drastiques de réduction. Une obligation incontournable puisque les rapports complets titillent les dix mille pages. Son introduction propose une histoire lapidaire du GIEC et de l’origine du dossier climatique. Sa conclusion aborde deux questions cruciales : peut-on faire confiance au GIEC, et pourquoi, malgré la signature de la Convention Climat en 1992, à Rio de Janeiro, Brésil, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 54% en équivalent CO2  en trente ans. En voici quelques bonnes feuilles, tirées de sa conclusion, consacrées à la confiance que l’on peut accorder au groupe-3 du GIEC.


  « Le Groupe 3, qui étudie l’ingénierie, les ressources naturelles, l’économie et la gouvernance, se trouve dans une situation encore plus complexe. Son rôle est d’indiquer comment diminuer les émissions de gaz à effet de serre à un niveau permettant d’atteindre les objectifs de la Convention, fixés à 2 °C de réchauffement maximal par rapport au niveau préindustriel en 2009, COP de Copenhague, puis à se rapprocher le plus possible des 1,5 °C, en 2015 à Paris.
  La majorité des ingénieurs et des économistes, comme des chercheurs en sciences politiques, ne travaillent pas sur le changement climatique. La relation entre le Giec et ces communautés scientifiques pose donc le même problème que pour le Groupe 2. Surtout, des considérations autres que des connaissances solides sur les systèmes naturels et artificiels interviennent. C’est évident lorsque des choix politiques et sociaux sont en jeu. Tous les êtres humains n’ont pas la même réponse à la question : « Dans quelle société voulons-nous vivre ? »
  Cette diversité d’opinion traverse les communautés scientifiques. Les fortes inégalités sociales ne relèvent pas seulement du constat, elles sont pour certains économistes indispensables au fonctionnement de la société — c’est au cœur de l’ultralibéralisme aujourd’hui dominant — tandis que d’autres les considèrent comme des tares à réduire ou à éradiquer. Des économistes défendent le marché capitaliste comme instrument principal de la conduite des sociétés, parfois en véritables extrémistes si l’on songe à ceux de l’Université de Chicago (1). Leurs émules actuels s’élèvent contre l’intervention de l’État, toujours qualifiée d’inefficace et liberticide, tandis que d’autres soutiennent la nécessité de régulations étatiques fortes et de planifications collectives pour affronter le changement climatique. Ces oppositions d’idées et opinions sont à l’œuvre jusque dans les discussions du Groupe 3 lorsque les économistes se demandent comment obtenir la privation volontaire de l’énergie fossile afin d’éviter un dérapage climatique. Tout mécanisme de marché oriente nécessairement les acteurs économiques vers ces sources, lorsqu’elles sont les moins chères et les plus disponibles. Or, le courant dominant en économie, comme la plupart des forces politiques au pouvoir, croient dur comme fer aux vertus du marché capitaliste et ne se rallient qu’à contrecœur à l’outil des taxes, honnissant toute planification et intervention étatique.
  Le Groupe 3 ne peut donc que refléter cette diversité de choix et d’opinions. Il le fait d’ailleurs de plus en plus, car les rares économistes qui s’intéressaient au sujet il y a trente ans, souvent spécialistes de l’énergie ou du développement des pays pauvres, ont été rejoints par d’autres courants académiques. Le « Résumé technique » note ainsi une envolée des recherches en sciences sociales consacrées au changement climatique, notamment aux aspects sociaux de l’atténuation. Les experts ont identifié près de 100 000 études de sociologie, psychologie, de genres et de sciences politiques, dont les mots-clés pointent vers ces sujets. Leur nombre croît de 15 % par an et l’on compte deux fois plus de publications entre 2014 et 2020 que durant toutes les années précédentes.
  La mobilisation des économistes sur le changement climatique s’est accélérée, comme le montre l’augmentation rapide du nombre de publications. Mais les désaccords radicaux existent toujours quant à la seule mesure des dégâts du changement climatique, puisque certains anticipent une très faible diminution du PIB quand d’autres prévoient des catastrophes de très grande ampleur. Il faut d’ailleurs noter que les outils les plus utilisés par les économistes, PIB, comptabilité nationale…, et souvent au premier rang des objectifs des responsables politiques, sont très peu adaptés à la problématique du changement climatique.
  Enfin, observons que le seul Prix de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel donné à un économiste pour ses travaux sur le climat a été attribué à William Nordhaus en 2018. Certes, William Nordhaus fut l’un des premiers économistes à s’intéresser au changement climatique, dès 1975. Mais c’était pour conseiller de ne rien faire… avant les années 2020 ! Aujourd’hui encore, il considère qu’un réchauffement de 3 °C serait « optimal » au sens où le rapport coûts/bénéfices des politiques climatiques serait optimal pour ce niveau de réchauffement en termes de PIB. Il suffit de lire le rapport du Groupe 2 pour considérer que c’est là pure folie.
  La science économique est une science sociale et non de la nature. Elle comprend des oppositions de valeurs et pas uniquement des résultats objectifs. Il n’y a pas là des « vérités scientifiques » similaires à celles des sciences de la nature — construites par des communautés de recherche et par des moyens standards, hypothèse, expériences, observations, calculs, bonne foi des arguments et prise en compte de l’ensemble des données connues d’un problème, —mais des choix sociétaux irréconciliables.

Sobriété, équité, publicité
  Ces oppositions de valeurs ne sont bien sûr pas traitées comme telles dans le rapport du Groupe 3. Mais on les y trouve. La grande avancée du 6e rapport se trouve dans le traitement du conflit entre sobriété et inégalités, l’objet du chapitre 5 sur la réduction de la demande et les aspects sociaux de l’atténuation de la menace climatique. La justice climatique est au cœur du dossier climat depuis son début. L’Indien Anil Agarwal [1947-2002, environnementaliste indien ; formé comme ingénieur mécanique à l' IIT Kanpur. Il a travaillé comme correspondant scientifique pour le Hindustan Times. Il est le fondateur du Centre for Science and Environment, un institut de recherche basé à Delhi] l’avait perçu dès 1991, lorsqu’il proclamait le « droit » de chaque être humain à la même émission de gaz à effet de serre. Depuis, la revendication d’une justice climatique sociale et mondiale, la reconnaissance de la responsabilité des pays anciennement industrialisés, le droit à une vie décente pour tous, qui n’étaient que des affirmations militantes, sont devenues des conclusions d’experts dans le rapport du Groupe 3. Au point que ses rédacteurs reprennent le concept de decent living standards, niveau de vie décent, comme un droit humain universel, qu’ils estiment d’ailleurs compatible avec une politique climatique permettant de ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement.
  En s’appuyant sur de nombreux travaux d’économistes, dont ceux de Thomas Piketty, et de sociologues, le rapport pointe très clairement l’énorme impact des inégalités de revenus sur les émissions. La responsabilité des hauts revenus est très bien établie, comme l’effet dévastateur des modèles de consommation fondés sur l’imitation des plus riches et alimentés par la publicité. « Il est nécessaire de réduire les inégalités », peut-on lire dans le rapport complet.

 

Graphique de Lucien Peltier extrait du livre Giec, le rapport incontestable expliqué à tous.


  Toutefois, si l’on trouve dans le rapport complet des éléments de critique du système social dominant, voire l’affirmation très nette qu’inégalités et politiques climatiques ne riment pas ensemble, on n’y trouve rien sur les mécanismes économiques produisant ces concentrations de richesses, et donc rien non plus sur la manière de les éradiquer. Une petite recherche lexicographique confirme cette “ impasse ” du rapport : le mot capitalism, en anglais, y est très peu fréquent avec 19 occurrences qui sont toutes des titres d’études ou de livres. Le résumé pour décideurs affirme qu’une politique climatique efficace doit s’appuyer sur la sobriété et sur l’équité. Il accorde à la sobriété un rôle majeur, voire principal, dans l’atténuation de la menace climatique. Toutefois, le résumé demeure quasi muet sur les moyens d’une politique permettant de réaliser cette équité. On y déniche pourtant l’évocation très prudente d’une « taxe sur la richesse absolue » qui pourrait diminuer les gros patrimoines, à condition d’être supérieure aux revenus encaissés.
  Avec le rapport complet, les experts affrontent enfin le sujet, mais très prudemment. La redistribution des revenus par des taxes sur le carbone ou « l’équité des revenus » sont affirmées comme des moyens efficaces d’une politique climatique, notamment pour les faire accepter par les populations. Les rédacteurs de ce texte sont très instruits des réalités économiques et sociales. Ils savent que les dirigeants de grandes sociétés et les milliardaires ne se priveront pas volontairement des jets d’affaires et de leurs modes de vie émettant des centaines de fois plus de CO2 que la plupart des êtres humains. Or, ils écrivent dans leur « Réponses aux questions fréquentes » : « En tant que consommateurs, surtout si l’on appartient aux 10 % les plus riches de la population mondiale en termes de revenus, on peut limiter la consommation, notamment en mobilité, et explorer le bien-vivre compatible avec une consommation durable. » Une telle formulation, une sorte d’appel à leur charité pour l’Humanité, pourrait sembler puérile. Les rédacteurs savent pertinemment que les classes moyennes des pays riches et émergents— l’essentiel de ces 10 % — ne risquent guère de s’engager dans une sobriété volontaire sévère si elles ont toujours sous les yeux le spectacle des consommations sans limites des grandes fortunes. Mais c’est la seule rédaction possible pour une expertise consensuelle à l’échelle mondiale.
  En outre, comment promouvoir la sobriété comme moyen majeur d’une politique climatique et ne rien dire de l’industrie publicitaire ? Cette manipulation géante des esprits émerge après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les grandes entreprises américaines se demandent comment donner suite aux commandes militaires pour booster la croissance de leurs activités et profits. C’est là qu’ils ont développé la forme actuelle de la publicité que l’on peut qualifier d’arme de destruction massive de l’autonomie matérielle et de pensée des couches populaires. Cette publicité de masse a colonisé l’imaginaire des populations. Elle vise à créer une frustration permanente de consommation et à vider les bourses des ménages encore plus vite qu’elles ne se remplissent. C’est ainsi que des consommateurs se croyant avertis font la queue à cinq heures du matin pour acheter le dernier téléphone portable, alors qu’ils en ont un dans la poche acheté un an plus tôt. Or, le mot advertising n’est jamais mentionné dans le « Résumé pour décideurs » qui pourtant affirme la nécessité de « changements socioculturels et de comportements pour agir sur la demande. » En revanche, on le trouve dans le « Résumé technique » et dans le rapport complet qui pointe l’effet néfaste de la publicité et de la volonté d’imiter la consommation des plus riches. Les experts ne peuvent que s’arrêter là, il ne leur revient pas de faire une quelconque recommandation sur ce qui pourrait permettre d’éradiquer la publicité comme les grandes fortunes.

40 heures de session ininterrompue
  Les rapports du Giec n’étant qu’informatifs et non prescriptifs, l’adoption des résumés pour décideurs ne vaut pas accord international en faveur des politiques permettant d’atteindre les objectifs climatiques. Mais, pour autant, les gouvernements hostiles à ces politiques tentent tout de même d’édulcorer le texte. En raison de multiples discussions entre les délégations gouvernementales et avec les rédacteurs, l’adoption du « Résumé pour décideurs » du Groupe 3 a été la plus difficile. Il a fallu 40 heures de session ininterrompue pour terminer le travail. Les scientifiques n’ont pas cédé à des demandes visant à effacer leurs principales conclusions, la solution, la plupart du temps, fut d’ajouter des précisions, souvent la prise en compte de situations particulières, nécessairement différentes d’un pays à l’autre. Le résultat fut un allongement de près de 40 % du résumé présenté par les rédacteurs.
  Alors, confiance ou pas dans l’expertise du Groupe 3 ? La confiance peut être très grande sur les calculs d’émissions, les potentiels de réduction d’émissions des différentes technologies et des sources d’énergie bas-carbone, du contrôle thermique des bâtiments, de l’urbanisme, des transports, des pratiques agricoles, des moyens de stocker le carbone des émissions résiduelles incompressibles, voire, désormais, le rôle majeur des inégalités dans la croissance des émissions. Le problème est ailleurs : si les politiques économiques et sociales permettant d’éviter un changement climatique dangereux se situent en dehors des modèles dominants, elles ne peuvent pas s’y trouver comme résultat d’un consensus d’experts. »

(1) son courant dit « École de Chicago » qui conseilla le dictateur chilien Pinochet.

Sylvestre Huet

  PS : un lecteur attentif me fait remarquer une inversion regrettable dans un encadré sur un aplat orange page 55 du livre : il y est écrit « Un forçage radiatif survient lorsque la terre renvoie vers l’espace une quantité d’énergie inférieure ou supérieure à celle qu’elle reçoit du soleil. Dans le premier cas, elle se refroidit, dans le second, elle se réchauffe. » C’est évidemment l’inverse, dans le premier cas elle se réchauffe, dans le second elle se refroidit. Autre erreur dans l’introduction du livre sur la longueur du rapport du groupe1 de 1990 qui ne fait pas 24 pages mais 364, ce qui reste dix fois moins que celui de 2021. Errare humanum est.

  Sur le Web

ALLEMAGNE, ENERGIEWENDE : QUAND ELLE RESTE LE MODÈLE ÉNERGÉTIQUE DE LA FRANCE, ET POURTANT...

  "... L’Allemagne soutient que, pour que son modèle fonctionne, il doit être étendu à toute l’Europe afin que chaque pays puisse profiter si besoin des excédents de ses voisins. (...) Barbara Schulze, ancienne ministre SPD, avait été jusqu’à déclarer début 2021 que la mission de l'Allemagne était de dénucléariser l'Europe. (...) L’Allemagne reste attachée au modèle actuel de marché court terme, adapté à un mix gazier et renouvelables, mais défavorable aux investissements lourds de long terme comme le nucléaire... "
  Il apparaît évident que la politique énergétique de l'Allemagne, Energiewende, à une seule et unique priorité : les intérêts du pays!  Or, cette politique va à L'ENCONTRE DES INTÉRÊTS D'INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE DE LA FRANCE.
  Et pourtant, le I0 janvier 2023, une majorité de députés à l'Assemblée nationale*, 286 " pour ", 235 " contre " , sur proposition du gouvernement, ont approuvé le Projet de loi relatif à l'accélération de la production d'énergies renouvelables qui, à y regarder de plus près, n'est qu'un vulgaire " copie-coller " du " paquet législatif final visant à accélérer le développement des énergies renouvelables ", qui a été adopté mi-2022, par nos voisins outre-Rhin.
  L'ALLEMAGNE RESTE BIEN LE MODÈLE ÉNERGÉTIQUE DE LA FRANCE. TANT PIS POUR LE CLIMAT, LA SANTÉ DES POPULATIONS, L'ARGENT PUBLIC ET LES INTÉRÊTS DE LA FRANCE!

* Fidèles parmi les fidèles du lobby éolien depuis les années 2000, le groupe socialiste à voté " POUR " comme un seul homme ou une seule femme, à l'exception de 2 abstentions.

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Où va la transition énergétique allemande?

 Étienne Beeker, économiste de l’énergie, consultant

 L’Energiewende dans le Zeitenwende : le tournant énergétique dans le changement d’époque. Depuis 2011 l’Allemagne a accéléré sa transition énergétique et défendu en Europe des options qui correspondaient à sa nouvelle philosophie et aux intérêts de ses industriels. La guerre en Ukraine a rebattu les cartes, et le chancelier Scholz en a pris acte. Mais le défi est colossal.
  Le concept d’ « Energiewende », tournant énergétique, date des années 1990 pour proposer, après la catastrophe de Tchernobyl, une alternative au nucléaire, basée sur le charbon et le solaire. Le terme a été repris en 2011 après l’accident de Fukushima pour promouvoir un nouveau mix énergétique, composé cette fois-ci d’éolien, de solaire et de gaz.
  Le mot « Zeitenwende », changement d’époque, a été popularisé par le chancelier Olaf Scholz. « L'invasion russe de l'Ukraine marque un tournant. Elle menace tout notre ordre d'après-guerre », avait-il déclaré fin février.

Le « Zeitenwende » : un changement d’époque
  S’il est un épisode emblématique du changement d’époque, c’est bien l’interpellation par la police allemande de Greta Thunberg, venue se joindre aux « activistes du climat » qui s’opposent à l’extension de la mine de lignite de l’électricien RWE à Lützerath en Rhénanie-Palatinat. L’autorisation, qui serait encore apparue surréaliste il y a peu de temps, a été donnée par le BMWi, le puissant ministère fédéral de l’Économie et de l’Energie, dirigé par le vice-chancelier Habeck, par ailleurs chef du parti écologiste.
  L’objectif d'abandonner le charbon « idéalement » d'ici à 2030 et d'atteindre la neutralité climatique d'ici à 2045 avait pourtant été pris par la précédente coalition CDU-SPD d’Angela Merkel, mais entretemps la crise ukrainienne est passée par là. Pour le pays, il faut trouver à tout prix un substitut au gaz russe qui comptait en 2021 pour 55% du gaz consommé en Allemagne, lui-même comptant pour 27% de l’énergie primaire totale, et tout est bon, y compris le charbon. Au total, les énergies fossiles ont encore compté pour près de 79% de la consommation d'énergie primaire en 2022 : 77% en 2021. Les dirigeants allemands parcourent fébrilement la planète afin de trouver des fournisseurs de gaz, mais aussi de charbon, alternatifs à la Russie : Qatar, Abou Dhabi, Arabie Saoudite, Norvège, États-Unis, Sénégal, Mauritanie, Australie, Colombie, Irak, etc. Après que l’ex-chancelière Angela Merkel a repoussé avec constance les avances insistantes du président américain Donald Trump de construire des terminaux de gaz naturel liquéfié, GNL, l’Allemagne a décidé en mars 2022 d’en construire six dans l’urgence. Dans le même temps, elle demande à la France et à l’Espagne de renforcer leur interconnexion gazière afin de relier la péninsule ibérique à l’Europe centrale en passant par la France.

Consommation d’énergie primaire en Allemagne 2022 / 2021

 

Source : AGEB / Agora Energiewende 


Les défis de l’Energiewende sont amplifiés par la crise
  En janvier 2022, le ministre Habeck lors de sa prise de fonction affichait pourtant une belle sérénité. Alors que le pays produit déjà l’électricité qu’elle consomme pour 44% avec des renouvelables, dont 30% pour l’éolien t le solaire photovoltaïque, il annonçait un plan particulièrement ambitieux d’accélération de l’Energiewende, visant un mix électrique renouvelable à 100% dès 2035. Dans le même temps, l’Allemagne ambitionne de déployer sur son sol 10 GW d’électrolyseurs afin de produire de l’hydrogène « vert » qui doit remplacer à terme le gaz fossile.
  Le défi est colossal. Il implique de développer en douze ans 215 GW de solaire photovoltaïque et 145 GW d’éolien, soit un quasi triplement des capacités installées depuis 20 ans. De nombreux experts pensent qu’il est tout simplement insurmontable, alors que ces quantités sont à peine suffisantes pour décarboner la production d’électricité, et que celle-ci compte pour moins de 20% de l’énergie primaire consommée dans le pays. Cela laisse entière la question de l’électrification du parc automobile ou du chauffage par des pompes à chaleurs.
  Les investissements nécessaires sont presque hors de portée, dans les ENR d’abord, mais ensuite et surtout dans les moyens de stockage, alors que ces secteurs sont touchés de plein fouet par la conjoncture, avec une remontée du prix des matières premières et des taux d’intérêt. En même temps la concurrence asiatique s’exacerbe, la Chine produisant près de 80% des panneaux solaires photovoltaïques et dominant le secteur des batteries avec la Corée, créant au passage de nouvelles dépendances. L’industrie automobile allemande, suite au scandale des moteurs truqués de Volkswagen, a pratiquement été forcée d’abandonner le moteur thermique, et un savoir-faire accumulé depuis près d’un siècle et demi, pour son alternative électrique à batterie, une technologie dans laquelle elle a déjà accumulé du retard.
  D’autres obstacles se dressent comme le refus de toute nouvelle installation par les populations, d’éoliennes mais aussi de réseaux, pourtant indispensables à l’intégration des ENR. L’éolien en mer permet de lever certains obstacles, acceptabilité, production plus régulière, mais l’absence de retour d’expérience sur des durées suffisantes fait que son développement est encore un pari. L’Allemagne soutient que, pour que son modèle fonctionne, il doit être étendu à toute l’Europe afin que chaque pays puisse profiter si besoin des excédents de ses voisins. La réalité est que certains anticyclones peuvent durer des semaines et s’étendre sur une grande partie du continent comme cela a été le cas en décembre 2022. L’Allemagne avait alors déploré la mauvaise disponibilité du parc nucléaire
français !

Le « joker » hydrogène sauvera-t-il l’Energiewende ?
  Pour stocker ces très importantes quantités d’énergie intermittente, l’Allemagne, forte de sa tradition dans l’industrie chimique, mise sur l’hydrogène ou plus précisément le dihydrogène, H2. Cette molécule présente sur le papier de nombreux avantages. Elle peut être produite par électrolyse de l’eau à partir d’électricité « verte », son stockage pourrait se faire dans des quantités massives et sa combustion est parfaitement propre : elle n’émet que de l’eau, H2O. L’hydrogène permet de fabriquer des carburants de synthèse, ce qui permet aux constructeurs automobiles de caresser l’espoir de sauver le moteur thermique.
  La réalité est plus complexe. Les électrolyseurs et piles à combustibles restent chers car ils utilisent comme catalyseur des platinoïdes, des métaux précieux, le rendement global est médiocre : au mieux 30% contre 85% pour une batterie. La manipulation et le stockage de ce gaz très léger et explosif sont dangereux. Depuis une décennie de nombreux projets expérimentaux de taille très limitée, pas plus de 10 ou 20 MW, ont été lancés, sans que les acteurs se décident à passer au stade industriel.
  L’Allemagne a reconnu ne pas disposer des ressources suffisantes en vent et en soleil sur son sol pour produire tout l’hydrogène dont elle aura besoin et elle envisage d’externaliser la production dans des régions du monde très ensoleillées ou très ventées, et de la rapatrier grâce à des molécules support comme l’ammoniac. Outre que le modèle économique de ce schéma reste à valider, cela amène le pays à déployer une « diplomatie hydrogène » qui ravive parfois le souvenir d’un douloureux passé colonial, comme lors du déplacement du ministre Habeck en Namibie pour y construire une usine d’hydrogène. En janvier 2022, alors que les forces russes étaient massées à la frontière ukrainienne, la ministre verte des Affaires étrangères Annalena Baerbock, appliquant la doctrine du « Wandel durch Handel », le changement par le commerce, développée par Willy Brandt en son temps pour régir la politique étrangère allemande, était à Kiev pour proposer un grand plan de développement d’électrolyseurs à un homologue ukrainien médusé qui attendait des armes anti-chars.
  Dans le cadre du plan de relance européen post-covid de 750 milliards d’euros décidé en juillet 2020, l’Allemagne a fortement poussé pour que les États membres, principalement France, Italie, Espagne et Portugal, destinent une partie des fonds au développement de l’hydrogène. Elle-même a annoncé un plan de 9 Mds€ : 7 Mds€ pour la France.

Quelles conséquences pour la France et l’Europe?

  Les points d’achoppement entre l’Allemagne et la France sur la politique énergétique sont nombreux, mais le plus constant reste le nucléaire auquel les Allemands, pour des raisons tant philosophiques que politiques, sont opposés : Barbara Schulze, ancienne ministre SPD, avait été jusqu’à déclarer début 2021 que la mission de l'Allemagne était de dénucléariser l'Europe. Avec la crise, des divisions sont toutefois apparues au sein de la coalition au pouvoir principalement entre les Verts et le FDP : Libéraux. Plusieurs sondages ont également montré un basculement de l’opinion publique allemande suite à la crise actuelle[1].
  Cette divergence est polymorphe. Ainsi, l’Allemagne s’est longtemps battue pour que dans la « taxonomie[2] » le nucléaire, un moyen de production décarboné, ne soit pas considéré comme « vert » et que, curieusement, le gaz le soit. Elle s’oppose à ce que l’hydrogène soit produit avec de l’énergie nucléaire, ce qui donne lieu à des débats sans fin dans les instances bruxelloises sur sa labellisation entre « renouvelable » et « décarboné » : qui se traduit par toutes les couleurs d’une palette : gris, jaune, vert, noir, turquoise, blanc, bleu, etc..
  L’Allemagne reste attachée au modèle actuel de marché court terme, adapté à un mix gazier et renouvelables, mais défavorable aux investissements lourds de long terme comme le nucléaire. Cette structure de marché a été très favorable aux gros consommateurs qui s’approvisionnent directement sur les marchés de gros, en particulier aux industriels allemands, pendant la dizaine d’années précédant la crise actuelle. Les prix de gros du kWh, basés sur le moyen de production marginal, sont restés bas, et même souvent négatifs comme au plus fort de la crise sanitaire, en raison du bas prix du gaz et de la prédominance des ENR, à coût marginal nul et rémunérées hors marché. Avec la fermeture de nombreux moyens de production pilotables, centrales à charbon et nucléaires principalement, et l’explosion des prix du gaz, les choses se sont inversées en 2021 avec des prix de l’électricité atteignant en 2022 des niveaux stratosphériques.
  Face à la menace quasi existentielle pesant sur des grands pans de l’industrie du pays, l’Allemagne a débloqué dans l’urgence 200 milliards d’euros afin de protéger les entreprises et les ménages contre la flambée des prix, ce qui a eu pour conséquence d’ulcérer ses partenaires européens qui n’ont pas été consultés et l’accusent de faire cavalier seul. Pour le long terme, elle s’est déclarée en faveur d’une révision du « market design » de l’électricité en Europe, sans avoir pour l’instant trouvé la martingale qui lui convienne. Sur ce dernier point les choses devraient donc pouvoir évoluer car pour de nombreux observateurs, la transition énergétique allemande a soudain cessé d’être un modèle, ce qui ouvre la voie à des relations plus équilibrées entre notre voisin d’outre Rhin et les autres États, dont la France.
  La déclaration commune faite le 22 janvier 2023 dans le cadre de la célébration des soixante ans de la signature du Traité de l’Élysée est restée très générale. Elle engage les deux pays à renforcer leur solidarité énergétique, tout en respectant le principe de neutralité technologique dans le bouquet énergétique choisi sur le plan national, et à « travailler au niveau européen à l’amélioration du fonctionnement du marché de l’électricité et à […] des achats communs de gaz ». Les quelques annonces concrètes sont un programme de recherche franco-allemand sur les nouvelles technologies de batterie et surtout la création d’un groupe de travail conjoint sur les choix stratégiques en matière de développement de l’hydrogène, qui doit rendre d’ici fin avril 2023 ses conclusions et recommandations. Il n’est pas certain que cela soit suffisant pour jeter les bases d’une coopération profonde et durable.

 [1] Voir par exemple https://www.energymonitor.ai/policy/weekly-data-shift-in-germanys-perception-of-nuclear-energy/
[2] Nomenclature établie par la Commission européenne labellisant les activités suivant leur impact sur l’environnement.

Sur le Web

ÉOLIENNES ET MICROPLASTIQUES : L' U. E. RECONNAÎT LES DÉGÂTS, LA FRANCE REGARDE AILLEURS

  Il faut se réjouir que la Commission européenne reconnaisse désormais officiellement ce que plusieurs travaux scientifiques mettent en évi...