BILL GATES ET TERRAPOWER MÈNENT LA COURSE AUX PETITS RÉACTEURS NUCLÉAIRES

  Alors que la Russie, l'Inde, la Chine, la Corée du Sud et d'autres nations s'engouffrent déjà dans le marché prometteur des petits réacteurs modulaires, SMR,[i] Bill Gates entre lui aussi dans la course, bien décidé à rafler la mise et à tailler des croupières supplémentaires à notre champion national historique, EDF.
  Face à cette concurrence accrue, EDF a bien compris l'enjeu crucial que représentent les SMR pour son avenir. L'entreprise a d'ailleurs créé une filiale dédiée, Nuward, afin de développer son propre SMR et ainsi se positionner sur ce marché en pleine expansion.
  La survie de l'industrie nucléaire française repose désormais sur la capacité d'EDF à rester compétitive face à ces nouveaux acteurs. Pour y parvenir, l'entreprise devra investir massivement dans l'innovation et la recherche-développement afin de proposer des réacteurs performants, fiables et attractifs.
  L'avenir s'annonce donc incertain pour EDF, mais l'entreprise a toutes les cartes en main pour relever ce défi. Son expertise historique, son savoir-faire technique et son engagement dans l'innovation lui donnent les atouts nécessaires pour se hisser au rang de leader dans le domaine des SMR.
  Souhaitons-lui donc bonne chance dans cette course à la technologie nucléaire de demain !

 
 
[i] Les SMR présentent plusieurs avantages par rapport aux réacteurs nucléaires traditionnels :
  • Coût de construction plus faible,
  • Meilleure adaptabilité à la demande d'électricité,
  • Empreinte environnementale réduite,
  • Ces caractéristiques font des SMR une alternative attractive pour les pays qui souhaitent développer leur production d'électricité décarbonée.
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 TerraPower : Ce que nous savons sur la centrale nucléaire de Bill Gates dans le Wyoming

 
  Selon le Financial Times, la construction d'une centrale nucléaire de nouvelle génération par TerraPower, fondée par Bill Gates, devrait débuter en juin à Kemmerer, dans le Wyoming, marquant ainsi le début d'une initiative plus vaste de l'entreprise qui vise à introduire des réacteurs plus abordables et plus efficaces sur un marché de l'énergie nucléaire concurrentiel.
 
 Bill Gates a fondé TerraPower en 2008. Photo par Justin Tallis - WPA Pool/Getty Images : Getty Images

Faits marquants
  • La centrale de démonstration accueillera le réacteur nucléaire Natrium de TerraPower, qui est refroidi au sodium liquide plutôt qu'à l'eau et dispose d'un système de stockage d'énergie à base de sels fondus, ce qui en fait une machine énergétique plus sûre, moins chère et plus efficace, qui peut être construite pour environ la moitié du coût d'un réacteur refroidi à l'eau.
  • Le réacteur produit 345 mégawatts et peut être porté à 500 mégawatts pendant plus de cinq heures et demie si nécessaire, ce qui équivaut à l'énergie nécessaire pour alimenter environ 400 000 foyers.
  • TerraPower a obtenu jusqu'à 2 milliards de dollars de promesses du gouvernement américain pour achever les travaux de la centrale et près d'un milliard de dollars de financement privé, en plus d'avoir conclu un accord avec Emirates Nuclear Energy Corporation pour étudier l'exportation des réacteurs Natrium de TerraPower vers les Émirats arabes unis.
  • Le projet devrait être achevé en 2030, date à laquelle il deviendra une centrale commerciale à grande échelle qui devrait générer I 600 emplois dans le secteur de la construction et employer 250 personnes à temps plein pour l'exploiter à Kemmerer, qui recevra l'électricité produite par la centrale.
  • TerraPower et son partenaire PacifiCorp ont annoncé en 2022 qu'ils étudieraient la possibilité d'utiliser cinq réacteurs Natrium d'ici 2035.
  • Selon le Financial Times, les prix que TerraPower facturera pour l'électricité produite par sa centrale Natrium ne sont pas clairs.
  • TerraPower n'a pas répondu immédiatement à la demande de commentaire de Forbes.
Précisions
  L'usine est située à proximité d'une usine de charbon à la retraite à Kemmerer, qui compte 2 4I5 personnes et I 229 unités de logement, selon les données du recensement.

Contexte clé
  L'énergie nucléaire est de plus en plus populaire en tant que source d'énergie alternative sans émission qui pourrait contribuer à atténuer les déchets, la pollution et l'empreinte carbone associés aux sources de combustibles fossiles. En termes de densité, une pastille d'uranium équivaut à I7 000 pieds cubes de gaz naturel, I20 gallons de pétrole [~525 litres] et une tonne de charbon, selon le ministère de l'énergie. Bill Gates a fondé TerraPower en 2008 dans le but de développer des réacteurs nucléaires sûrs et rentables, capables de lutter contre le changement climatique et de répondre aux besoins énergétiques. L'entreprise a levé 830 millions de dollars en 2022 et, en plus d'autres rivales comme NuScale, une entreprise d'énergie nucléaire cotée en bourse, s'est impliquée dans une initiative du gouvernement américain visant à développer, utiliser et exporter de petits réacteurs nucléaires de pointe afin de concurrencer la mainmise de la Russie sur le marché de l'énergie nucléaire et l'industrie nucléaire en plein essor de la Chine.
 
Ce qu'il faut surveiller
  Le gouvernement américain cherche à conclure des accords de plusieurs décennies avec d'autres pays pour l'exportation de petits réacteurs modulaires, selon le Wall Street Journal, qui ajoute que l'argument de vente des réacteurs nucléaires américains consiste à être un partenaire moins risqué que Moscou ou Pékin. " Il n'est jamais bon que nos alliés dépendent d'un pays potentiellement adversaire pour l'énergie ", a déclaré Bret Kugelmass, directeur général de la startup Last Energy, spécialisée dans l'énergie nucléaire, au Journal.
 
Sur le Web. https://www.forbes.com/sites/antoniopequenoiv/2024/03/19/terrapower-what-we-know-about-bill-gatess-nuclear-power-plant-in-wyoming/?sh=42b6822a350f

GUERRE, TERREUR ET FAMINE, LE QUOTIDIEN DE LA POPULATION OUBLIÉE DU SOUDAN

Quel a justement été, selon vous, le rôle historique et l’impact des interventions étrangères ayant mené à la situation actuelle ?

Le soutien international et régional d’acteurs tels que l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et les États-Unis a joué un rôle essentiel dans l’imposition d’un partenariat répressif au gouvernement et dans la légitimation du régime militaire, en particulier lorsqu’il est clairement apparu que la population était déterminée à mettre en place un gouvernement civil. Par exemple, en mai 2019, la classe ouvrière soudanaise a organisé une grève de deux jours dans tout le pays pour exiger la fin du régime militaire. Le Soudan était à l’arrêt. Les aéroports, les marchés, les champs de pétrole, les mines, tout était fermé. Un autre exemple s’est déroulé après le massacre du 3 juin 2019 à Khartoum, lorsque les forces armées du conseil militaire soudanais ont violemment dispersé les manifestants qui participaient à des sit-in. Au moins 100 personnes ont été tuées et 700 ont été blessées. Pourtant, au lendemain de cet événement déchirant, malgré une coupure d’Internet dans tout le pays, les comités de résistance de quartier ont formé des organes de coordination entre comités voisins. Une marche de plusieurs millions de personnes, qui ont continué à revendiquer la fin du régime militaire, s’est ensuite tenue d’un bout à l’autre du pays.

Cependant, les gens se sont heurtés à une puissante machine de propagande diffusée par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, qui vantait le « modèle soudanais » d’une association criminelle. S’appuyant sur des acteurs tant nationaux qu’internationaux favorables au statut quo, think tanks et diplomates réformistes apportèrent des gratifications et un soutien de façade. On a prétendu que les personnes au pouvoir allaient réaliser les objectifs de la révolution. Les personnes qui ont rejeté les politiques mises en œuvre par le gouvernement de partenariat entre les militaires et le gouvernement de transition du Soudan — politiques qui, d’ailleurs, ressemblaient étroitement à celles d’al-Bachir — ont été qualifiées d’opposants au « gouvernement de la révolution ». Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement de partenariat n’aurait pas été formé et n’aurait pas duré aussi longtemps sans l’intervention des puissances internationales. C’est l’objectif même de ce type d’intervention : préserver le statu quo, mettre fin à la révolution. L’hypocrisie est telle que les diplomates et les institutions qui ont conçu et encouragé les structures qui ont conduit au massacre, au coup d’État et à la guerre actuelle, discutent encore ouvertement de « l’avenir du Soudan ». Il est choquant de voir combien de personnes peuvent mourir à cause des méthodes douteuses de la diplomatie internationale. Quel que soit le nombre de guerres et de régimes oppressifs qu’ils facilitent, leur responsabilité n’est jamais mise en jeu.

Pensez-vous que les espoirs et les aspirations pour lesquelles les soulèvements de 2018–2019 se sont battus restent présents au sein de la population ?

« Malgré les tentatives du gouvernement pour réduire le pouvoir des comités de résistance, ces derniers se sont étendus et participent aujourd’hui à sauver des vies humaines. »

Malgré les tentatives du gouvernement pour réduire le pouvoir des comités de résistance, ces derniers ne se sont pas contentés de survivre, mais se sont étendus et participent aujourd’hui à sauver des vies humaines. Dans les premières heures de la guerre, ils ont installé des services d’urgence à l’échelle locale afin de fournir les soins essentiels, mobiliser des soignants, organiser des dons de médicaments, etc. Certains de ces services ont initié des cantines communautaires, tandis que d’autres se sont occupés des évacuations et coordonné la réparation des lignes électriques détruites. Même en dehors des zones touchées par la guerre, des services d’urgence ont été créés pour prendre en charge l’hébergement des personnes déplacées à cause du conflit. Pour que des vies soient sauvées, les gens utilisent les organisations locales dont ils ont besoin, ce qui prouve que les valeurs de paix et de justice que les manifestations populaires ont défendues sont toujours bien vivantes.

Dans les médias mainstream, on s’intéresse beaucoup à la « recherche de solutions », bien moins à la façon dont le peuple souhaite construire un Soudan avec plus de justice sociale. Quels sont les dangers d’une telle couverture médiatique ?

Les grands mainstream sont construits pour nous informer sur l’élite tout en omettant le peuple. Lorsque le gouvernement de transition a adopté les mêmes mesures économiques que le gouvernement renversé d’al-Bachir, les principaux médias se sont focalisés sur les visites de diplomates étrangers plutôt que sur les difficultés qui en résultent. Et pour ce qui est des centaines de manifestations contre la politique menée par le gouvernement de transition et l’impunité des généraux, elles ont été ignorées. Prenons l’exemple des solutions que les gens trouvent face à la guerre. À propos des hôpitaux, les médias parleraient aujourd’hui d’une poignée de médecins en les présentant comme des héros, tout en ignorant le fait que ces hôpitaux sont administrés par le peuple. C’est l’organisation populaire qui fait fonctionner ces hôpitaux, jusqu’à payer les salaires des médecins.

Quel a justement été, selon vous, le rôle historique et l’impact des interventions étrangères ayant mené à la situation actuelle ?

Le soutien international et régional d’acteurs tels que l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et les États-Unis a joué un rôle essentiel dans l’imposition d’un partenariat répressif au gouvernement et dans la légitimation du régime militaire, en particulier lorsqu’il est clairement apparu que la population était déterminée à mettre en place un gouvernement civil. Par exemple, en mai 2019, la classe ouvrière soudanaise a organisé une grève de deux jours dans tout le pays pour exiger la fin du régime militaire. Le Soudan était à l’arrêt. Les aéroports, les marchés, les champs de pétrole, les mines, tout était fermé. Un autre exemple s’est déroulé après le massacre du 3 juin 2019 à Khartoum, lorsque les forces armées du conseil militaire soudanais ont violemment dispersé les manifestants qui participaient à des sit-in. Au moins 100 personnes ont été tuées et 700 ont été blessées. Pourtant, au lendemain de cet événement déchirant, malgré une coupure d’Internet dans tout le pays, les comités de résistance de quartier ont formé des organes de coordination entre comités voisins. Une marche de plusieurs millions de personnes, qui ont continué à revendiquer la fin du régime militaire, s’est ensuite tenue d’un bout à l’autre du pays.

Cependant, les gens se sont heurtés à une puissante machine de propagande diffusée par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, qui vantait le « modèle soudanais » d’une association criminelle. S’appuyant sur des acteurs tant nationaux qu’internationaux favorables au statut quo, think tanks et diplomates réformistes apportèrent des gratifications et un soutien de façade. On a prétendu que les personnes au pouvoir allaient réaliser les objectifs de la révolution. Les personnes qui ont rejeté les politiques mises en œuvre par le gouvernement de partenariat entre les militaires et le gouvernement de transition du Soudan — politiques qui, d’ailleurs, ressemblaient étroitement à celles d’al-Bachir — ont été qualifiées d’opposants au « gouvernement de la révolution ». Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement de partenariat n’aurait pas été formé et n’aurait pas duré aussi longtemps sans l’intervention des puissances internationales. C’est l’objectif même de ce type d’intervention : préserver le statu quo, mettre fin à la révolution. L’hypocrisie est telle que les diplomates et les institutions qui ont conçu et encouragé les structures qui ont conduit au massacre, au coup d’État et à la guerre actuelle, discutent encore ouvertement de « l’avenir du Soudan ». Il est choquant de voir combien de personnes peuvent mourir à cause des méthodes douteuses de la diplomatie internationale. Quel que soit le nombre de guerres et de régimes oppressifs qu’ils facilitent, leur responsabilité n’est jamais mise en jeu.

Pensez-vous que les espoirs et les aspirations pour lesquelles les soulèvements de 2018–2019 se sont battus restent présents au sein de la population ?

« Malgré les tentatives du gouvernement pour réduire le pouvoir des comités de résistance, ces derniers se sont étendus et participent aujourd’hui à sauver des vies humaines. »

Malgré les tentatives du gouvernement pour réduire le pouvoir des comités de résistance, ces derniers ne se sont pas contentés de survivre, mais se sont étendus et participent aujourd’hui à sauver des vies humaines. Dans les premières heures de la guerre, ils ont installé des services d’urgence à l’échelle locale afin de fournir les soins essentiels, mobiliser des soignants, organiser des dons de médicaments, etc. Certains de ces services ont initié des cantines communautaires, tandis que d’autres se sont occupés des évacuations et coordonné la réparation des lignes électriques détruites. Même en dehors des zones touchées par la guerre, des services d’urgence ont été créés pour prendre en charge l’hébergement des personnes déplacées à cause du conflit. Pour que des vies soient sauvées, les gens utilisent les organisations locales dont ils ont besoin, ce qui prouve que les valeurs de paix et de justice que les manifestations populaires ont défendues sont toujours bien vivantes.

Dans les médias mainstream, on s’intéresse beaucoup à la « recherche de solutions », bien moins à la façon dont le peuple souhaite construire un Soudan avec plus de justice sociale. Quels sont les dangers d’une telle couverture médiatique ?

Les grands mainstream sont construits pour nous informer sur l’élite tout en omettant le peuple. Lorsque le gouvernement de transition a adopté les mêmes mesures économiques que le gouvernement renversé d’al-Bachir, les principaux médias se sont focalisés sur les visites de diplomates étrangers plutôt que sur les difficultés qui en résultent. Et pour ce qui est des centaines de manifestations contre la politique menée par le gouvernement de transition et l’impunité des généraux, elles ont été ignorées. Prenons l’exemple des solutions que les gens trouvent face à la guerre. À propos des hôpitaux, les médias parleraient aujourd’hui d’une poignée de médecins en les présentant comme des héros, tout en ignorant le fait que ces hôpitaux sont administrés par le peuple. C’est l’organisation populaire qui fait fonctionner ces hôpitaux, jusqu’à payer les salaires des médecins.

  " cet État est l’héritier du condominium anglo-égyptien, très peu égyptien et beaucoup anglais, dont le maintien était devenu intenable à la fin d’une Seconde Guerre mondiale marquée par la persistante neutralité de l’Égypte dans le conflit. La porte s’est alors ouverte à la décolonisation. Sa référence, « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », a induit concrètement l’autodétermination et l’indépendance des peuples colonisés. "
  "   c’est l’accord signé par les Égyptiens et les Anglais le I2 février I953 qui, en admettant d’accorder l’autonomie au Soudan, sonne inexorablement le glas du condominium. Une première étape vers l’indépendance est franchie avec les élections de novembre-décembre I953, suivies le Ier janvier I954 de la réunion de l’assemblée élue et de la proclamation du gouvernement autonome, le 6 du même mois. "
  " Durant cette période de sortie de la situation coloniale, le Nord du Soudan qui est le partenaire principal des négociations est partagé entre tenants de l’union avec l’Égypte et partisans de l’indépendance. Parmi ces derniers, les ansâr, dont on aura l’occasion de reparler, se regroupent dans le parti nationaliste de l’ umma, battu aux élections de I953.
  Les Soudanais du Sud, apparemment indifférents aux désordres du Nord mais en réalité suivant leur propre tempo, se révoltent en août I955. C’est que les administrateurs anglais, ouverts et bienveillants en général, ont été remplacés par des Soudanais du Nord, fermés ou ignorants, étrangers à la région, musulmans et ne parlant que l’arabe. Les révoltés luttent pour un Sud autonome, fédéré avec le Nord. Ils comptent sur le soutien des Anglais et des Égyptiens. Ils seront assez vite détrompés. Le gouverneur général britannique parvient à leur faire déposer les armes le 27 août I955. Ils ne seront pas entendus. "
  " Après le tête à tête de Fachoda, les gouvernements français s’en tiennent à une ligne politique qui est aussi celle des Britanniques : le Soudan n’est qu’un appendice « noir » de l’Égypte arabe "
  " Quant au peuple, il réclame plus de clarté et de discipline, autrement dit moins d’instabilité, moins de désordre, moins de factions et plus de liberté. Si pour la majorité des Soudanais, il semble que la désignation de leurs représentants parlementaires s’apparente à la désignation des chefs, à ce compte il leur manque la légitimité de la tradition ; de plus des pouvoirs qui viennent à terme périodiquement sont sentis comme une aberration, contraire au bon sens et à l’usage. Un chef politique doit être choisi à vie, pour être respecté et efficace. Il ne peut être chassé que par la révolte ou par un complot ourdi par ses proches parents paternels, rivaux potentiels, comme on sait : soit l’exil ou la mort. Les Soudanais ne s’en priveront pas. "
TUBANIA Joseph,  Misère et terreur au Soudan, à l'origine des affrontements dans le Darfour, Afrique contemporaine 2005/2, n° 2I4, pages 207 à 226. 
 
Le Soudan est scindé en 6 régions politiques. Ces derniers sont scindés en I8 Wilayat équivalents à des États fédérés :
- 6 régions politiques
  • Nord-Soudan
  • Darfour
  • Front de l’Est
  • Soudan du Sud
  • Abiyé
  • Monts Nuba et Nil Bleu
- I8  Wilayat
  • Al-Jazirah
  • Al Qadarif
  • Darfour-Central
  • Darfour du Nord
  • Darfour du Sud
  • Darfour-Occidental
  • Darfour-Oriental
  • Kassala
  • Khartoum
  • Kordofan du Nord
  • Kordofan du Sud
  • Kordofan de l’Ouest
  • Mer Rouge
  • Nil
  • Nil Blanc
  • Nil Bleu
  • Nord
  • Sannar
 
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   Au Soudan, voilà près d’un an que les troupes paramilitaires des Forces de soutien rapide et celles de l’armée régulière s’affrontent. En avril 2023, les premières ont pris d’assaut Khartoum, la capitale, occasionnant pillages, viols et meurtres parmi la population, tandis que les secondes ripostaient à grand renfort de bombardements. Selon les Nations unies, I2 000 personnes ont été tuées et 7 500 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur comme à l’extérieur du pays — un bilan sûrement sous-évalué. Pourtant, les soulèvements populaires qui ont abouti à la destitution d’Omar al-Bachir, depuis 30 ans au pouvoir, avaient été porteurs d’espoir en 20I8 et 20I9. Pourquoi la guerre a‑t-elle supplanté la révolution ? Que reste-t-il de celle-ci aujourd’hui ? Dans cet entretien que nous traduisons, paru dans le média Red Pepper, la chercheuse et militante soudanaise Muzan Alneel revient sur les cinq années qui ont passé depuis le début de la révolution soudanaise.
 
 
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Que se passe-t-il aujourd’hui au Soudan ?
  Une guerre est en cours dans de nombreuses villes du Soudan, qui oppose les Forces armées soudanaises, SAF, et les Forces de soutien rapides, RSF, un groupe militaire para-gouvernemental. Ce dernier été formé en 20I3 sur ordre du président de l’époque, Omar al-Bechir, qui a été au pouvoir de I989 à 20I9. Aujourd’hui, Khartoum, la capitale, ainsi que Nyala et plusieurs autres localités sont des villes fantômes, des zones de guerre. Des civils sont tués lors de raids menés chez eux par les RSF, par des frappes aériennes aléatoires qui touchent les zones résidentielles, ou meurent à cause de l’absence de soin et de médicaments. Certains sont aussi morts de faim et de soif chez eux car les dégâts engendrés par la guerre ont coupé l’approvisionnement en eau — des points d’eau sont occupés par les RSF. Les deux camps affirment que la victoire est proche, mais sur le terrain, la violence reste écrasante. Plusieurs régions du pays ont déjà connu la guerre par le passé. Alors qu’on s’attendait depuis des décennies à ce que le conflit atteigne la capitale, ça n’est que ces dernières années, à mesure que le pouvoir politique des RSF se développait, que nous avons vu arriver les signes d’une guerre impliquant différentes milices gouvernementales. Dans un entretien qui date de 20I4, le dirigeant des RSF, Mohamed Hamdan Dagalo, connu sous le nom de Hemedti, avait clairement exprimé ses ambitions : « Nous sommes le gouvernement et le gouvernement [officiel] pourra échanger avec nous lorsqu’il aura lui-même une armée. »

En 20I8 et 20I9, des soulèvements populaires ont mis fin à 30 ans de dictature d’Omar al-Bachir. Dans quelle mesure ces soulèvements ont-ils réussi ? Y avait-il des signes qu’un conflit était susceptible d’émerger ensuite ?
  Le soulèvement qui est survenu en 20I8 et 20I9 contre al-Bachir n’était pas le premier. Quand, en 20I3, les RSF sont rentrées dans Khartoum pour la première fois, c’était pour mettre fin à des protestations contre le régime. Des centaines de personnes ont été tuées à cette occasion. Néanmoins, le soulèvement de 20I8–20I9 a été plus fructueux, pour plusieurs raisons. D’abord, la conjoncture économique était catastrophique. La pauvreté s’était généralisée et la petite classe moyenne du pays avait la mainmise sur le peu de ressources disponibles. Dans ce contexte, une nouvelle entité politique, l’Association des professionnels soudanais [Sudanese Professionals Association],  a été créée. Elle s’est emparée du sentiment général d’opposition au régime et s’est révélée capable d’agir comme un vecteur de changement. Enfin, l’usage de formes décentralisées d’organisation comme les comités de quartier a facilité une action politique directe de la part de beaucoup de groupes restés jusque-là en dehors de la lutte.
  Les manifestations pacifiques des quatre premiers mois ont été très révélatrices du pouvoir qu’a le peuple en action : elles ont forcé le renversement d’ al-Bachir par ses généraux par le biais d’un coup d’État. Le pouvoir a ensuite été transféré à un « conseil militaire de transition », mais ce conseil ne rapportait pas les demandes du peuple et des sit-in réclamant un gouvernement entièrement civil ont été organisés pendant plusieurs semaines dans tout le pays autour des quartiers généraux de l’armée. Face aux tentatives du conseil militaire de disperser violemment les manifestants, la population a fait preuve de résilience et a montré sa force collective. Mais les partis contre-révolutionnaires à l’intérieur et à l’extérieur du Soudan ont fait pression pour qu’une solution rapide soit trouvée, ce qui, avec l’accord [sur la transition démocratique] d’août 20I9I, a de fait stoppé le mouvement populaire. Cet accord, forgé par une élite politique désavouée, l’armée et un gouvernement civil, stipule que les chefs du conseil militaire ne seront pas tenus responsables des crimes qu’ils ont commis contre les manifestants.
  Que cette impunité soit cautionnée les a, sans surprise, incités à en commettre d’autres. Les meurtres de manifestants, l’oppression et les mauvaises pratiques économiques qui ont poussé les gens à descendre dans la rue en 20I8 ont tout simplement continué. Il est également important de noter que les puissances extérieures ont, ces dernières années, exercé une grande influence sur la politique soudanaise. Le pouvoir du RSF, par exemple, a été renforcé par le « processus de Khartoum », un accord conclu en 20I4 entre l’Union européenne et le gouvernement soudanais, qui a financé le RSF afin d’empêcher les migrants espérant atteindre l’Europe de traverser les frontières soudanaises.
 
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Quel a justement été, selon vous, le rôle historique et l’impact des interventions étrangères ayant mené à la situation actuelle ?
  Le soutien international et régional d’acteurs tels que l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni et les États-Unis a joué un rôle essentiel dans l’imposition d’un partenariat répressif au gouvernement et dans la légitimation du régime militaire, en particulier lorsqu’il est clairement apparu que la population était déterminée à mettre en place un gouvernement civil. Par exemple, en mai 20I9, la classe ouvrière soudanaise a organisé une grève de deux jours dans tout le pays pour exiger la fin du régime militaire. Le Soudan était à l’arrêt. Les aéroports, les marchés, les champs de pétrole, les mines, tout était fermé. Un autre exemple s’est déroulé après le massacre du 3 juin 20I9 à Khartoum, lorsque les forces armées du conseil militaire soudanais ont violemment dispersé les manifestants qui participaient à des sit-in. Au moins I00 personnes ont été tuées et 700 ont été blessées. Pourtant, au lendemain de cet événement déchirant, malgré une coupure d’Internet dans tout le pays, les comités de résistance de quartier ont formé des organes de coordination entre comités voisins. Une marche de plusieurs millions de personnes, qui ont continué à revendiquer la fin du régime militaire, s’est ensuite tenue d’un bout à l’autre du pays.
  Cependant, les gens se sont heurtés à une puissante machine de propagande diffusée par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, qui vantait le « modèle soudanais » d’une association criminelle. S’appuyant sur des acteurs tant nationaux qu’internationaux favorables au statut quo, think tanks et diplomates réformistes apportèrent des gratifications et un soutien de façade. On a prétendu que les personnes au pouvoir allaient réaliser les objectifs de la révolution. Les personnes qui ont rejeté les politiques mises en œuvre par le gouvernement de partenariat entre les militaires et le gouvernement de transition du Soudan — politiques qui, d’ailleurs, ressemblaient étroitement à celles d’ al-Bachir — ont été qualifiées d’opposants au « gouvernement de la révolution ». Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement de partenariat n’aurait pas été formé et n’aurait pas duré aussi longtemps sans l’intervention des puissances internationales. C’est l’objectif même de ce type d’intervention : préserver le statu quo, mettre fin à la révolution. L’hypocrisie est telle que les diplomates et les institutions qui ont conçu et encouragé les structures qui ont conduit au massacre, au coup d’État et à la guerre actuelle, discutent encore ouvertement de « l’avenir du Soudan ». Il est choquant de voir combien de personnes peuvent mourir à cause des méthodes douteuses de la diplomatie internationale. Quel que soit le nombre de guerres et de régimes oppressifs qu’ils facilitent, leur responsabilité n’est jamais mise en jeu.
 
Pensez-vous que les espoirs et les aspirations pour lesquelles les soulèvements de 2018–2019 se sont battus restent présents au sein de la population ?
  Malgré les tentatives du gouvernement pour réduire le pouvoir des comités de résistance, ces derniers ne se sont pas contentés de survivre, mais se sont étendus et participent aujourd’hui à sauver des vies humaines. Dans les premières heures de la guerre, ils ont installé des services d’urgence à l’échelle locale afin de fournir les soins essentiels, mobiliser des soignants, organiser des dons de médicaments, etc. Certains de ces services ont initié des cantines communautaires, tandis que d’autres se sont occupés des évacuations et coordonné la réparation des lignes électriques détruites. Même en dehors des zones touchées par la guerre, des services d’urgence ont été créés pour prendre en charge l’hébergement des personnes déplacées à cause du conflit. Pour que des vies soient sauvées, les gens utilisent les organisations locales dont ils ont besoin, ce qui prouve que les valeurs de paix et de justice que les manifestations populaires ont défendues sont toujours bien vivantes.
 
  Dans les médias mainstream, on s’intéresse beaucoup à la « recherche de solutions », bien moins à la façon dont le peuple souhaite construire un Soudan avec plus de justice sociale. Quels sont les dangers d’une telle couverture médiatique ?
  Les grands mainstream sont construits pour nous informer sur l’élite tout en omettant le peuple. Lorsque le gouvernement de transition a adopté les mêmes mesures économiques que le gouvernement renversé d’ al-Bachir, les principaux médias se sont focalisés sur les visites de diplomates étrangers plutôt que sur les difficultés qui en résultent. Et pour ce qui est des centaines de manifestations contre la politique menée par le gouvernement de transition et l’impunité des généraux, elles ont été ignorées. Prenons l’exemple des solutions que les gens trouvent face à la guerre. À propos des hôpitaux, les médias parleraient aujourd’hui d’une poignée de médecins en les présentant comme des héros, tout en ignorant le fait que ces hôpitaux sont administrés par le peuple. C’est l’organisation populaire qui fait fonctionner ces hôpitaux, jusqu’à payer les salaires des médecins.
 
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Quel pourrait être l’avenir ?
  La voie révolutionnaire que la résistance soudanaise emprunte face à la guerre, celui de l’organisation populaire pour la survie, est porteuse de grands espoirs. On commence à percevoir, dans l’orientation prise un chemin plus sûr menant à un pouvoir populaire allant au-delà d’un seul accès à des services d’urgence. C’est ce qu’on voit se dessiner en partie. Mais beaucoup d’éléments doivent encore évoluer et de gros efforts seront nécessaires pour rendre possible un système de gouvernement populaire : ce dernier suppose la formation d’un corps politique organisé qui soit en mesure de défendre, théoriser et organiser le pouvoir du peuple. En attendant, nous n’avons rien à attendre de la diplomatie internationale — ainsi que de son pouvoir reposant sur des accords vides et une impunité vis-à-vis des militaires qu’elle soutient — pour qu’adviennent des changements significatifs en faveur de la population soudanaise. En fin de compte, ça n’est pas au peuple de faire comprendre aux forces contre-révolutionnaires leurs erreurs, elles en sont parfaitement conscientes. La tâche des révolutionnaires consiste à comprendre ce qu’il se passe et, chemin faisant, élaborer des méthodes pour faire avancer les objectifs de la révolution : la liberté, la paix et la justice pour le peuple.
 
I. Accord signé le I7 août 20I9 entre Mohammed Hamdan Daglo, représentant le Conseil militaire, et Ahmed Al-Rabie, représentant des Forces pour la liberté et le changement, ALC, coalition de partis et associations opposés au gouvernement militaire qui a fait suite à la destitution d’Omar al-Bachir [ndlr].
 

Quel pourrait être l’avenir ?

La voie révolutionnaire que la résistance soudanaise emprunte face à la guerre, celui de l’organisation populaire pour la survie, est porteuse de grands espoirs. On commence à percevoir, dans l’orientation prise un chemin plus sûr menant à un pouvoir populaire allant au-delà d’un seul accès à des services d’urgence. C’est ce qu’on voit se dessiner en partie. Mais beaucoup d’éléments doivent encore évoluer et de gros efforts seront nécessaires pour rendre possible un système de gouvernement populaire : ce dernier suppose la formation d’un corps politique organisé qui soit en mesure de défendre, théoriser et organiser le pouvoir du peuple. En attendant, nous n’avons rien à attendre de la diplomatie internationale — ainsi que de son pouvoir reposant sur des accords vides et une impunité vis-à-vis des militaires qu’elle soutient — pour qu’adviennent des changements significatifs en faveur de la population soudanaise. En fin de compte, ça n’est pas au peuple de faire comprendre aux forces contre-révolutionnaires leurs erreurs, elles en sont parfaitement conscientes. La tâche des révolutionnaires consiste à comprendre ce qu’il se passe et, chemin faisant, élaborer des méthodes pour faire avancer les objectifs de la révolution : la liberté, la paix et la justice pour le peuple.

CE JOUR FATIDIQUE DU BLACKOUT OU LA VICTOIRE À LA PYRRHUS DE LA FILIÈRE ÉOLIENNE AU ROYAUME-UNI

     Pendant que la filière éolienne célébrait une victoire historique sur les réseaux sociaux, se vantant d'une production record, il se produisait, en même temps, un blackout historique, plongeant une grande partie du pays dans l'obscurité.
 De plus, cette " victoire " s'est accompagnée d'un coût élevé pour la Collectivité, via les perturbations majeures dans la vie quotidienne des citoyens provoquées par le blackout. Enfin, elle a mis en lumière la fragilité du système électrique.
  Le paradoxe de la situation n'a pas échappé à beaucoup de monde. Alors que l'éolienne se vantait de sa toute puissance, elle était incapable de fournir une alimentation électrique fiable.
  Ce blackout historique est un avertissement pour l'avenir. Il nous rappelle que la transition vers une énergie renouvelable doit être gérée avec soin. Nous devons investir dans des infrastructures fiables et résilientes pour éviter de répéter les erreurs du passé.
  Good Night and Good Luck !...
 
 
 Une " Victoire à la Pyrrhus " : « roi guerrier légendaire, connu pour sa victoire contre les Romains à la bataille d' Héraclée en 280 av. J.-C. et à celle d’ Ausculum en 279 av. J.-C.; victoires amères car remportées au prix de lourdes pertes.
 
 
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It’s wind o’clock !


  La sécurité du système électrique à l’épreuve de l’éolien



Au moment précis où le gestionnaire du réseau britannique National Grid ESO annonçait un nouveau record éolien en titrant fièrement « It’s wind o’clock ! » le 9 aout 20I9, la Grande Bretagne connaissait la pire panne électrique de son histoire pour un incident qui mettait en cause sa production éolienne. Cette désastreuse conjoncture est l’occasion de se pencher sur les conséquences à long terme du développement de l’éolien sur le réseau électrique européen.

Une précision d’horlogerie suisse
  Au risque d’un écroulement en cascade de tout le système électrique, la fréquence du réseau européen doit être maintenue à tout instant à 50 Hz. Elle est observable notamment sur le site du réseau suisse Swissgrid qui fait état en temps réel des écarts de l’ordre de 0,0I Hz entre les principaux pays d’Europe, à partir de données horodatées à la microseconde près.
  Cet équilibre résulte de la stricte adéquation entre la production et le soutirage de la consommation. Quand la production est inférieure à la consommation, les turboalternateurs des groupes de production ralentissent et la fréquence du réseau baisse. Ceux-ci accélèrent, et la fréquence du réseau augmente dès que la production excède la consommation. Tous les appareils électriques de mesure du temps, hors GPS, fonctionnent grâce à la parfaite régularité de ces oscillations. Toute déviation prolongée de la fréquence de 50 Hz entraîne le déréglage de toutes les horloges européennes. Ce même site Swissgrid rend compte en temps réel de cet écart avec le temps universel, UTC, et de la consigne de fréquence donnée au réseau pour le compenser.
  C’est ainsi qu’en mars 20I8, la consigne européenne est restée plusieurs semaines à 50,0I Hz pour rattraper un décalage de 6 minutes sur le temps réel. Cette déviation provenait notamment du Kosovo, malgré les menaces répétées de l’UE qui l’enjoignait de régler ce problème. Le gestionnaire du réseau européen Entsoe mit ensuite en place une procédure permettant de compenser cette déviation dès qu’elle atteint 60 secondes, ou 6 secondes pendant plus de 4 heures.

Stabilité dynamique du réseau
  Les groupes turbo-alternateurs, notamment ceux des centrales nucléaires qui pèsent plusieurs centaines de tonnes, tournent tous de façon synchrone à 50 Hz, c'est-à-dire, pour I paire de pôles, à 3000 tours/minute. L’inertie considérable créée par cette énorme masse en mouvement assure au réseau une stabilité dynamique par son réglage automatique et décentralisé de la fréquence, par sa résistance aux accélérations et la restitution de cette énergie lors des ralentissements qu’elle contrecarre ainsi.
  Par contre, ainsi que le note RTE dans « Futurs énergétiques 2050 », au chapitre7 sur la sécurité d’approvisionnement : « le développement des productions renouvelables connectées par de l’électronique de puissance conduit à une baisse de l’inertie du système électrique européen, rendant les déviations de fréquence plus rapides quand surviennent des aléas temps réel sur l’équilibre entre la production et la consommation. Pour maintenir le même niveau de stabilité de la fréquence qu’aujourd’hui les exigences sur la vitesse de réponse lors de l’activation devront être rehaussées ».
  Selon RTE, cette difficulté soulève une question nouvelle qui devra être résolue pour permettre d’injecter une forte part d’énergies renouvelables. Ce défi représente un des 4 « prérequis » indispensables pour y parvenir. Les 3 autres étant la reconfiguration des réseaux de transport et de distribution, la mise en place de la flexibilité de la consommation et l’augmentation des réserves opérationnelles. Figure 7.53 page 82.
  En effet la réduction de cette inertie augmente la vitesse et l’amplitude des variations de cette fréquence à chaque aléa, avec le risque de déconnexions en cascade des unités de production par effet domino. Le gestionnaire du réseau européen Entsoe étudie l’évolution de ce taux de changement de fréquence ou « Rate of Change of Frequency » : RoCoF.

RoCoF >1 Hs/s : le scénario noir
  En mai 20I7, l’Entsoe soulevait cette problématique du RoCoF qui était, selon lui, traditionnellement d’une importance mineure grâce à l’inertie dynamique des turboalternateurs des centrales conventionnelle, mais menace aujourd’hui la stabilité du réseau européen en raison de la diminution de cette inertie liée à leur remplacement par les énergies renouvelables.
  Dans ses modélisations, l’Entsoe considère que tout écart supérieur à I Hz/s est ingérable et rapidement soldé par l’effondrement du réseau. Dans son rapport de décembre 2020 l’Entsoe avait montré que tous les événements transitoires avec RoCoF supérieur à I Hz/s se sont terminés rapidement par l’effondrement du réseau, du fait de l’incapacité des régulations et des systèmes de protection à se déclencher à temps.
  Dans une étude prospective du 6 décembre 202I sur la stabilité de la fréquence des scénarios de long terme envisagés pour intégrer les énergies renouvelables, l’Entsoe constate qu’en passant du scénario 2025 à 2040, on observe une augmentation du RoCoF attendu pour les sous-systèmes de toutes tailles, et que la valeur critique de I Hz/s sera dépassée dans un nombre significatif de cas. Une telle situation entraînant un risque « hautement vraisemblable » de blackout sur la totalité de l’Europe continentale. Dans le cas d’un blackout de cette ampleur, l’absence, selon l’Entsoe, de tout réseau voisin « vivant » capable de restaurer le système compliquerait alors la tâche. Raison pour laquelle l’Entsoe conclut que des mesures urgentes doivent être prises.
  Parmi ces mesures, L’ Entsoe préconise la mise en service additionnelle d’un minimum de 500 GW seconde, GWs, d’énergie cinétique en 2025 et de plus de 2500 GWs en 2040. Ces valeurs d’inertie pouvant, selon lui, être traduites en termes d’hypothétiques centrales conventionnelles par I00 GW supplémentaires avant 2025 et 500 GW en 2040, correspondant par exemple à 2000 unités de 250 MW supposées disposer chacune d’une constante d’inertie de 5 secondes. Pour comparaison, ces 500 GW supplémentaires représentent la moitié de la puissance de production électrique installée dans l’Union européenne en 20I7, renouvelables compris.

It’s wind o ‘clock !

  Le 9 août 20I9, RenewableUK annonçait un nouveau record éolien sur Twitter [i] avec 47,6% de la  production britannique. Notons d’ailleurs que les données consolidées font même état de 49,9% à ce moment. À I7 heures, le gestionnaire du réseau, National Grid ESO, relayait fièrement cette information en titrant « It’s wind o’clock ! » [i] au moment précis où la foudre provoquait sur le système national de transport d'électricité une « panne de routine », immédiatement corrigée.
  Mais l’effet domino qui s’en est suivi a entraîné un blackout affectant plus d’I million de Britanniques, ainsi que l’aéroport, les trains, la distribution d’eau et les hôpitaux, notamment celui d’ Ipswich dont les générateurs de secours sont tombés en panne.
   L’Office gouvernemental britannique pour le marché de l’électricité et du gaz, Ofgem, a publié un rapport en janvier 2020, décrivant les causes de cette panne géante. Il souligne l’importance de l’inertie, qui faisait donc historiquement défaut ce jour là, en rappelant : « L'inertie est une forme de réponse en fréquence qui est intrinsèquement fournie par une grande installation rotative, synchronisée avec le système. Lorsque la fréquence du système chute, ces générateurs ralentissent. Leur énergie de rotation stockée est automatiquement transférée au système électrique. L’inertie totale du système aide à contrecarrer les changements de fréquence du système. » Et précise : « Nous considérons que l' ESO devrait garantir une inertie du système suffisante pour gérer les variations de fréquence conformément à ses obligations, et éviter un effet domino de pertes de production distribuées ». Et le rapport précise la chronologie des ruptures en cascade qui ont suivi. Tandis que le problème lié au coup de foudre lui-même a été corrigé en 80 millisecondes, I50 MW de petits générateurs locaux ont été immédiatement déconnectés par leurs mécanismes de protection. Le système de contrôle de tension du parc éolien offshore Hornsea I est alors devenu instable réduisant sa production d’électricité de 799 MW à 62 MW, aussitôt suivi par la déconnexion de l'unité vapeur de la petite centrale électrique de Little Barford dans le Bedfordshire, 244 MW, en raison d’un écart relevé par son capteur de vitesse. Ces 3 événements ont entraîné une perte de puissance cumulée de plus de I I30 MW de production environ I seconde après la foudre.
  Puis ce niveau de perte de puissance a fait chuter le réseau à un taux de changement de fréquence, RoCoF, supérieur à 0,I25 Hz/s, et l’ Ofgem estime qu’alors environ 350 à 430 MW de petites unités de production se sont arrêtés en raison de leurs mécanismes de protection fixés à ce taux. Hornsea I et Little Barford ont reconnu leur responsabilité de ce manque avéré de stabilité et ont versé un dédommagement.
  Ce blackout illustre à la fois l’importance de l’inertie du réseau et de la disponibilité d’une puissance de réserve.
  D’autant que l’inertie est au plus bas au moment des fortes productions éoliennes et que se serait précisément le moment où la sécurité du réseau est la plus menacée, selon une étude de 2023 [ii] qui a mis en évidence une corrélation directe entre la survenue de blackout et la vitesse du vent.

Quinze millions de foyers dans le noir en 2006
  La responsabilité des éoliennes dans la panne géante du 4 novembre 2006 qui a affecté I5 millions de ménages est clairement montrée dans le rapport final de l’ UCTE. Celui-ci dénonce l’incapacité du réseau européen, prévu dans un simple but d’assistance mutuelle, de remplir un rôle pour lequel il n’avait pas été conçu, celui de transporter de plus en plus loin des productions aléatoires, indésirables localement, en raison du succès rapide du développement des énergies renouvelables : I.4. Changing function of the transmission grid. Cette situation a amené ses gestionnaires, TSOs, à exploiter ce réseau au plus près de ses limites de sécurité. Ce fut le cas le 4 novembre. Et c’est ainsi qu’une opération habituelle et programmée consistant à couper la ligne Conneforde-Diele pour laisser passer le bateau “ Norwegian Pearl ” a provoqué la séparation en 3 parties du réseau européen. La soirée du 4 novembre était caractérisée par un flux élevé de l'Allemagne vers les Pays-Bas et la Pologne en raison d’une forte production éolienne en Allemagne. Et la difficulté de contrôler des petites unités de production dispersées, principalement éoliennes, a compliqué la situation. À la suite de surcharges et déclenchements en cascade, le réseau a été séparé en 3 parties à 22h20. Juste après la séparation, la plupart des éoliennes se sont déconnectées dans chaque zone, au Nord-Est pour raison de surfréquence, à cause de vents forts ce soir là sur les éoliennes du Nord, et pour raison de sous fréquence à l’Ouest, leur sécurité se déclenchant dès 49,5 Hz alors que la fréquence est tombée à 49 Hz. Mais le facteur le plus critique a été l'augmentation de la production, action opposée aux actions menées, observée dans la partie allemande de la zone Nord-Est causée par la reconnexion incontrôlée des parcs éoliens qui s’étaient précédemment déclenchés, dès que la fréquence, qui était montée à 5I,4 Hz a pu être ramenée à 50,3 Hz.

Un déclin de la résilience malgré de lourds investissements
  L’augmentation des énergies renouvelables pose de nouveaux défis à mesure que des sommes considérables sont engagées pour les résoudre. Le seul réseau de distribution français Enedis prévoit des investissements associés aux raccordements de nouvelles installations compris entre 6 et 8 milliards d’euros par an sur la période 2020-2050, dans le scenario à plus forte composante renouvelable, contre 4 fois moins dans un scénario de continuité.
  En novembre 2023, l’Entsoe a publié une mise à jour de son étude de 202I à la lumière notamment des 5 incidents majeurs ayant amené la séparation du système en 2 ou 3 parties, dont les incidents des Balkans et de la péninsule ibérique de 202I. Dans sa conclusion, il confirme le déclin progressif de la résilience du système face aux incidents si aucune action n'est initiée. L’ Entsoe ne prétend d’ailleurs pas que ses préconisations sont les seules remédiations possibles à ce problème critique, ni même d’ailleurs forcément les meilleures, mais en termes d’inertie, elles sont la réponse nécessaire.

Le retard croissant du réseau
  La Cour des Comptes allemande vient de tirer la sonnette d’alarme sur le retard pris par l’Energiewende notamment sur le nécessaire développement du réseau. Elle illustre ci-dessous le dérapage considérable du retard pris ces 7 dernières années sur le programme prévu, en bleu clair, avec un manque de quasiment 6 000 km de réseau. 
 
 
Loop flow
  Chaque gestionnaire de réseau calcule et valide pour chaque frontière les programmes d’échanges commerciaux nominés. Les lois de Kirchhoff font suivre à ces flux non pas le trajet le plus court mais tous les trajets possibles en fonction de leur résistance, liée notamment à leur engorgement. Et les flux « de boucle », loop flow, qui reviennent dans leur zone d’enchère après avoir traversé les réseaux voisins sont imprévus et non nominés. Ils diminuent d’autant les capacités des interconnexions et pèsent notamment de plus en plus sur le réseau suisse, comme l’illustre Swissgrid, mais également le réseau français, polonais et tchèque qu’ils fragilisent, d’ailleurs gratuitement.
 

 
  L’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie, ACER, dénonçait en novembre 2023 cette difficulté en ces termes : « Le manque généralisé de potentiel de mesures correctives pour faire face à ces flux de boucles, particulièrement visible dans des délais plus proches du temps réel, met en danger le respect des exigences minimales de capacité entre zones, essentielles à la finalisation du marché intérieur européen »

Cible privilégiée de la guerre hybride

  À ces menaces sur la sécurité du réseau, il convient d’ajouter le fait que le caractère disséminé des énergies renouvelables en font des cibles privilégies pour des cyber attaques devenues un « véritable cauchemar pour les responsables européens de l'énergie ». Nombre d’entre elles ont été clairement identifiées, leur vulnérabilité au piratage clairement exposé.
  Dans la guerre hybride désormais déclarée depuis l’invasion de l’Ukraine cette menace est clairement identifiée par la Défense nationale. Tandis que le chiffon rouge de la fragilité nucléaire a été démenti par la résistance de la centrale de Zaporijia à la multiplication de tirs de missiles.

La responsabilité politique
  Concernant le risque identifié de blackout, L’ Entsoe rappelait en 2023 « qu’une définition claire du « risque acceptable », lié à une scission du système et à ses conséquences, est toujours en attente ». Son rôle n’étant pas de proposer une telle définition car il s’agit d’une « décision à la fois politique et technique ». Cette définition d’un « risque acceptable » semble effectivement davantage du ressort parlementaire après consultation des parties prenantes, qu’à l’organisme chargé d’en gérer les conséquences. On peut regretter que les objectifs contraignant d’énergies renouvelables donnent l’impression de regarder ailleurs.
  Pourtant, les conséquences potentielles d’une panne géante doivent être mesurées à l’aune du blackout du I3 juillet I977 à New-York qui a provoqué des émeutes, pillages durant 25 heures, et 4 000 arrestations faute d’un délestage suffisamment rapide, à la suite d’un impact de foudre sur une station électrique.
  Le propos n’est pas de suggérer que de nouvelles technologies ne sauront pas contrecarrer la fragilisation liée à la place croissante des EnR, pour un coût acceptable par la collectivité. Mais, dans la mesure où les sommes exponentielles engagées depuis I5 ans pour y remédier, via la restructuration du réseau, correspondent à une dégradation croissante de sa sécurité, ce propos vise à éclairer le fait que l’hypothèse d’une fuite en avant dont nul ne saurait encore garantir l’issue doit être de nature à faire reconsidérer drastiquement à la baisse, du moins provisoirement, la part optimum d’énergies renouvelables dans le mix électrique.
  Car une électricité propre, fiable et bon marché est la condition incontournable de la décarbonation de l’économie. 

ÉLECTRICITÉ : NOS COUSINS BELGES FACE À LA SATURATION DE LEURS RÉSEAUX

 Mais comment nos amis belges en sont arrivés là ?    Jusqu' aux années 2000 , la Belgique est autosuffisante en électricité, voire même...