CHAMPSEVRAINE : LE PROJET DE L'USINE ÉOLIENNE EST REPORTÉ ! SEULEMENT ?

 
  
  Le conseil municipal a connu un rebondissement inattendu lors de sa dernière réunion. Des divergences sont apparues autour du projet d’usine éolienne. Alors que celui-ci semblait avoir obtenu l’approbation du conseil, avec 8 voix favorables, un groupe de 5 élus s’est finalement constitué pour s’y opposer.
  Nouveau retournement de situation : le projet est désormais annoncé comme reporté, en raison de la présence de cigognes noires, espèce protégée1, sur le site initialement envisagé. Voir jhmQuotidien 2023 06 18.
 
1.  Cette espèce est menacée : liste rouge de l 'Union internationale pour la conservation de la nature, UICN France, Statut EN, espèce en danger, en tant que nicheur et VU, espèce vulnérable, en tant qu'espèce de passage 2I, 22; Article 3 de la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection; Annexe I de la directive Oiseaux de l'Union européenne; Annexe II de la Convention de Bonn sur les espèces migratrices; Annexes A et B de Cites
 
 
 
 
 Deux cigognes noires adultes dans le parc national Kruger, Afrique du Sud. Crédit photo : Chris Eason
 
  Les Vues imprenables et PHP restent néanmoins convaincus que, malgré ce report, le conseil municipal demeure déterminé à mener ce projet à terme. Plusieurs éléments incitent en effet à ne pas se laisser abuser par cette communication.
  La présence de la cigogne noire devrait, en principe, écarter définitivement toute implantation d’éoliennes sur Champsevraine et aux alentours !2 Dans ces conditions, l’annonce du conseil municipal aurait logiquement dû être l’abandon pur et simple du projet ! Ce qui n'est pas visiblement le cas... 
  Ce simple report pourrait bien n’être qu’une fausse bonne nouvelle pour les opposants aux usines éoliennes.
  Affaire à suivre ! 
 
2. Cela n’a pas empêché la préfecture d’autoriser la construction puis l’exploitation de deux usines éoliens — 26 éoliennes en tout, situées respectivement à environ 4 km et 9 km à vol d’oiseau de Champsevraine.Lire ci-devant. 
  Un nouveau projet officiel se situe sur la commune de Savigny, distance à vol d'oiseau de... 8 km.  
  • « Sud vannier » → Tornay et Belmont;
  • « Haut vannier » → Fayl-Billot, Pierremont-sur-Amance et Pressigny. 
Source : Grand Est DREAL; mise à jour du 0I/06/2023
 
  Au final, 

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UNION EUROPÉENNE : OU L' INCROYABLE HISTOIRE DE CETTE ALLEMAGNE QUI IMPOSA SA POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE " RUSSE " À TOUS

  " So träumt man " " C'est ainsi que l'on rêve !... "
TUCHOLSKY Kurt, I890-I935; écrivain allemand

 Kurt Tucholsky en I928.

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La politique énergétique allemande contre l’Europe ?


  L’histoire du conflit déclenché le 24 février 2022 par la Russie dans les plaines ukrainiennes reste évidemment à écrire, sans d’ailleurs que nous soyons aujourd’hui capables d’en voir les échéances ni toutes les conséquences géopolitiques, diplomatiques et économiques à plus long terme. Il est toutefois possible de tirer quelques enseignements simples quant aux évènements en cours.  Clairement, l’Union européenne et ses États membres sortent affaiblis d’une guerre qui leur échappe et qui nous condamne à nous engager dans un engrenage qui pourrait nous être collectivement fatal (2) si la montée aux extrêmes se poursuit de part et d’autre des lignes de front. À court et moyen terme, l’autre principal enseignement de ce conflit reste la révélation de l’ineptie de multiples politiques allemandes en général et de la politique énergétique de ce pays en particulier. Il ne me semble pas excessif de considérer que l’Allemagne, aveuglée par la faiblesse de ses partenaires européens, dont la France et l’Italie, fascinée par les ressources énergétiques russes, et prisonnière d’une idéologie mortifère pour la France et de nombreux pays européens, en matière d’énergie en général et de nucléaire civil en particulier, porte une très lourde responsabilité dans les évènements récents qui frappent les marchés européens, notre économie et notre industrie, sans même parler de l’élan qu’elle a donné à la Russie pour bâtir une économie de rente apte à financer ses conflits extérieurs.
 
 
 En novembre 2011, la chancelière allemande Angela Merkel, le président russe Dmitri Medvedev, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, et le Premier ministre français François Fillon assistaient à la cérémonie d’ouverture du gazoduc Nord Stream. Pourtant, dès 2007, des craintes quant au partenaire russe et à l’indépendance énergétique européenne étaient formulées dans un rapport suédois indiquant que le gazoduc placerait l’Europe « dans une situation de dépendance pouvant [la] rendre vulnérable ». © Kremlin​.ru
 
  Sans aller jusqu’à faire des comparaisons toujours hasardeuses avec le pacte germano-soviétique du 23 août I939, il n’est pas excessif de dire que la politique énergétique allemande a été l’imbécile utile de la politique de revanche de Vladimir Poutine et le fossoyeur d’une certaine idée des coopérations industrielles franco-allemande et européenne; à supposer que celles-ci aient jamais existé. De fait, le crash récent et continu de toutes les coopérations d’armement franco-allemandes, masqué par l’ampleur des inquiétudes économiques et énergétiques en Europe, ne fait qu’ajouter au séisme industriel que représente pour la France et nombre de ses partenaires européens la guerre en Ukraine. En résumé, dans le contexte actuel des derniers projets encore sur étagère, le projet de char de combat franco-allemand MGCS ne sert que de monnaie de singe pour permettre aux industriels allemands, très en retard dans l’aéronautique par rapport aux Français, de gagner des parts industrielles et des compétences dans le projet d’avion de combat franco-hispano-allemand SCAF.  Ces industriels allemands font semblant de jouer le jeu de la coopération pour affaiblir Dassault, Thales et Safran, dans l’intérêt d’Airbus Allemagne, d’ Hensoldt (3) et du motoriste MTU, tout en donnant des miettes aux Espagnols d’ Indra et d’ ITP. Dans le même temps, la Commission européenne ridiculise la politique de base industrielle et technologique de défense européenne, la BITD,[ Base industrielle et technologique de défense] en donnant des contrats à des sociétés venues de nulle part ou directement liées aux intérêts industriels américains, à l’image de l’attribution du moteur du projet Eurodrone contre lequel se bat Safran (4). Dans l’armement comme dans l’énergie, les mêmes mécanismes sont à l’œuvre et il serait temps de réaliser que l’Allemagne nous entraîne dans le gouffre et que ce processus doit à tout prix s’arrêter pour notre pays et notre industrie.

Comment l’Allemagne a-t-elle construit sa politique énergétique depuis la fin de la guerre froide ?
  Parvenue à la Chancellerie le 22 novembre 2005 dans le cadre d’une grande coalition avec le parti social-démocrate, Angela Merkel et son parti CDU/CSU ont poursuivi et accentué les orientations politiques et industrielles engagées par son prédécesseur, le chancelier SPD Gerhard Schröder. Globalement, tirant les conséquences stratégiques de la fin de la guerre froide et de la réunification, l’Allemagne a lancé une politique d’investissement industriel, fort logique au vu de son histoire et de sa géographie, à destination des pays d’Europe centrale et orientale. Travaillée par de forts courants politiques anti-nucléaires et une orientation environnementaliste depuis les années I980, l’Allemagne a aussi fait des choix critiques dans les années 2005/2011 en matière d’énergie. En premier lieu, l’Allemagne s’est engagée dans une politique de long terme de rapprochement avec la Russie dans le domaine énergétique, en aidant celle-ci à rénover son parc d’exploitation de ses ressources naturelles en hydrocarbures (5) et en orientant les exportations russes de gaz naturel et de pétrole vers l’Union européenne, UE, en général, et l’Allemagne en particulier (6). Elle a d’ailleurs fait de Gerhard Schröder le premier VRP des intérêts énergétiques russes en Europe et elle a été le moteur du lancement du projet de gazoducs Nord Stream I et 2 visant, déjà, à contourner l’approvisionnement de gaz par l’Ukraine. En second lieu, l’Allemagne a fait le choix de renoncer à l’industrie nucléaire civile (7), sans concertation avec ses partenaires européens, faisant fi de toutes les coopérations existantes, entre autres celle de Siemens avec Alstom, et en mettant la France devant le fait accompli le I5 mars 2011, invoquant alors l’accident de Fukushima comme prétexte à ce renoncement. L’Allemagne décida d’arrêter définitivement et immédiatement sept réacteurs nucléaires et d’achever la fermeture de son parc électronucléaire pour le 3I décembre 2022. Les évènements en Ukraine ont évidemment changé la donne et cette fermeture est repoussée sine die pour ses trois dernières centrales encore en activité.
  Ces deux choix fondamentaux ont eu des conséquences dramatiques pour la sécurité énergétique de l’Europe (8). Elles ont fragilisé nos marchés électriques et nos capacités d’approvisionnement (9), nous ont rendu dépendants de la Russie au-delà du raisonnable et ont conduit l’industrie nucléaire civile en Europe dans une quasi-impasse, en ayant sans doute comme arrière-pensée de mettre à bas l’un des secteurs de pointe de l’industrie française. Il suffit d’ailleurs de se pencher sur la lutte qui oppose actuellement la France à l’Allemagne sur l’hydrogène vert à Bruxelles pour mesurer à quel point le renoncement allemand au nucléaire a porté préjudice à la France et à toute l’UE, au point de tout faire pour rejeter le nucléaire de la taxonomie européenne (I0) et en refusant toute idée de lien entre le nucléaire et le service d’intérêt économique général, SIEG (11) ; position reconnue par le traité de Lisbonne qui a créé cette appellation européenne pour des services marchands ou non marchands que les autorités publiques considèrent comme étant d’intérêt général et qui se soumettent à des obligations spécifiques de service public. Ces SIEG peuvent être fournis directement par des collectivités publiques en régie, mais aussi par des entreprises, publiques ou privées, mandatées à cet effet. Le nucléaire peut donc tout à fait logiquement rentrer dans cette catégorie.
  Aujourd’hui, du fait de ce recul du nucléaire, pour sa consommation, l’Allemagne se repose encore très largement sur les énergies fossiles, même si la part des énergies renouvelables dans sa production électrique augmente fortement. En 202I, la production brute d’électricité était constituée à 47 % par les énergies fossiles, soit I9 % pour le lignite, I5 % pour le gaz naturel, 9 % pour le charbon et 5 % pour le fioul, contre 4I % pour les énergies renouvelables et I2 % pour le nucléaire. Le gaz naturel occupe une place tout à fait spécifique. 60 % de la demande allemande en gaz provenait de la Russie à la veille de la guerre en Ukraine, un niveau qui était destiné à augmenter avec l’arrivée de Nord Stream 2. Or, les industries allemandes, notamment chimiques et automobiles, ont besoin de ces approvisionnements à bas coût en gaz pour rester compétitives. L’arrêt progressif de l’usage du charbon, couplé aux fermetures de centrales nucléaires, devait donc être compensé par la construction de centrales électriques au gaz afin de recevoir les importations de gaz russe, prioritaires pour l’industrie allemande. La crise ukrainienne est venue bouleverser ce fragile équilibre, au point de renverser totalement la table énergétique européenne en 2022, en poussant les États membres de l’UE dans une course inflationniste mortifère qui met maintenant en grave péril ce qu’il reste du tissu industriel français.
  En résumé, si l’ère Merkel devait être brièvement synthétisée du point de vue énergétique, la crise ukrainienne montre qu’elle est celle d’un profond unilatéralisme qui, dans l’énergie comme ailleurs, ne disait pas son nom, et qui menace maintenant très directement nos intérêts industriels.

Quelle est la nouvelle stratégie énergétique de l’Allemagne ? Quelles sont nos perspectives pour l’UE ? (I2)
  La transition énergétique choisie par l’Allemagne depuis les années 2000 reste un facteur majeur d’incertitude pour l’économie et l’industrie, pour elle-même comme pour l’ensemble de l’Union européenne. La crise énergétique actuelle ne fait que souligner une forte dépendance aux énergies fossiles importées et le fait que l’Allemagne a joué avec le feu en fermant l’option nucléaire civile et en mariant ses intérêts à ceux du régime de Vladimir Poutine. Les prix de l’énergie et de l’électricité ont ainsi atteint des niveaux extrêmement élevés depuis le printemps 2022 et ces difficultés ne sont pas seulement conjoncturelles et temporaires. C’est un problème de long terme et structurel qu’il faudra bien traiter.
  Face à la crise, l’Allemagne fait feu de tout bois. Mais ses choix sont souvent encore plus mauvais que ceux qu’elle a déjà faits. L’Allemagne a fortement relancé la consommation et l’exploitation de charbon. Simple exemple, l’extension de la mine de charbon, et de lignite, à ciel ouvert de Garzweiler, Rhénanie du Nord/Westphalie, exploitée par l’opérateur RWE, a été décidée début 2023, tout en gardant un objectif global de sortie du charbon pour 2030 : il est permis d’y croire mais il ne faut pas être naïf. L’Allemagne a relancé l’exploitation de lignite ; la pire des énergies fossiles. La mine de Hambach, en Rhénanie-Palatinat, mine à ciel ouvert de lignite, est connue pour être la première source de gaz à effet de serre d’Europe et pour la lutte menée par ses opposants pour préserver la forêt de Hambach, menacée de destruction par la mine. Elle doit aussi être agrandie et ses opposants ont été expulsés du site le I6 janvier 2023. Ce ne sont là que des exemples de l’absolue incohérence de la politique énergétique que certains leaders politiques français, fort mal inspirés, avaient portée au pinacle durant des années pour justifier l’abandon du nucléaire et nous faire croire que notre transition énergétique devait suivre un supposé modèle allemand.
  Autre problème : l’UE, il faut le rappeler, possède un fort tropisme allemand dans le domaine énergétique. Elle s’est fixée, à travers son Green Deal, l’ambition de s’émanciper des énergies fossiles et de baisser significativement ses émissions de CO2 de 55 % d’ici à 2030. L’UE pense atteindre la neutralité carbone en 2050, tout en préservant sa compétitivité économique, en interdisant par exemple la vente de voitures neuves à moteur thermique en 2035 et en obligeant de nombreux secteurs industriels français, dont le secteur du décolletage en région Auvergne Rhône-Alpes, à se restructurer et à faire des choix politiques plus que véritablement économiques qui les mettent sur la route de la Chine et menacent très concrètement des régions entières de chaos industriel (I3). Croire que l’UE est prête pour cette transition énergétique et qu’elle dispose des armes face à la Chine, ou face aux États-Unis, c’est à mon avis penser que les peupliers peuvent produire des poires, comme le disaient couramment nos amis roumains à l’époque du régime de Ceaucescu. [Nicolae, I9I8-I989; Secrétaire général du parti communiste roumain à partir de I965, il est élu président du Conseil d'État en I967. Succédant à Gheorghiu-Dej, il poursuit sa politique indépendante à l'égard de l'U.R.S.S. et maintient fermement l'autorité du parti à l'intérieur du pays. Il crée en I974 une présidence de la République, à laquelle il est désigné, et instaure un régime de plus en plus dictatorial. En I989, il est renversé par une insurrection et exécuté.Larousse]
  Au-delà de l’Allemagne, l’UE est elle-même menacée par le fonctionnement de ses marchés énergétiques et par les conséquences durables des stratégies énergétiques déployées en Allemagne depuis 25 ans, en particulier sur les marchés de l’électricité. La crise actuelle montre qu’il existe des forces en Europe, comme la solidarité et la coordination entre pays, mais elle montre surtout que nos faiblesses pourraient l’emporter, comme la surexposition des consommateurs à la volatilité des prix sur les marchés de l’électricité ; une situation qui pourrait s’aggraver surtout si l’hiver 2023/24 devait par exemple être rigoureux. De fait, si l’optimisation des marchés électriques européens, au cœur du sujet sur l’énergie et l’Allemagne, a été rendue possible par la multiplication des interconnexions électriques en Europe (I4) et par la mise en place d’un marché commun de l’électricité, sur lequel les moyens de production utilisés sont supposés être les moins coûteux parmi ceux qui sont disponibles à un instant donné, prix du CO2 inclus, ce système, qui devait d’abord profiter au consommateur final, a révélé toutes ses faiblesses en 2022, en gérant les conséquences catastrophiques des choix de l’ère Schröder/Merkel sur l’ensemble de l’UE. D’où d’ailleurs ce que j’appelle « l’ Ibérixit » de l’automne 2022 qui a occasionné la sortie de l’Espagne et du Portugal de la plate-forme électrique commune européenne où la France se trouve toujours.
  Début 2023, nos marchés de gros souffrent de ne pas donner de visibilité sur les prix futurs; ce qui peut conduire, dans le pire des cas, à un risque de pénurie. Les consommateurs finaux, et en première ligne les TPE et les PME françaises comme les boulangeries ou les boucheries, se retrouvent exposés à une violente volatilité des prix du marché de gros, en raison d’un marché de détail insuffisamment régulé car il n’existe aucune obligation de couvertures sur les volumes vendus ni clause de revoyure dans la plupart des contrats électriques que de nombreux entrepreneurs doivent signer dans des conditions qu’ils estiment léonines.
  Pour éviter un possible chaos industriel, la France doit absolument pousser nos partenaires, et l’Allemagne au premier chef, à accepter une réforme permettant de concilier la planification des investissements et l’optimisation à court terme du réseau électrique sur les marchés de gros, en assouplissant en particulier les règles permettant de proposer des contrats de long terme et en liant nos marchés à des règles claires de sécurité d’approvisionnement visant à offrir un cadre efficace aux industriels et sûr aux consommateurs. Pour ces derniers, la réforme des marchés de détail est une priorité absolue. Quatre axes doivent absolument être réformés à brève échéance; ce qui devrait conduire la France dans de dures négociations avec l’Allemagne : 
  1°) Les États devraient assurer un contrôle à intervalles réguliers du taux de couverture des fournisseurs au regard de leur portefeuille : la CRE serait donc compétente pour la France. Ces couvertures, chez les fournisseurs, pourraient être assurées par des contrats de long terme, une trésorerie dédiée et des moyens de production détenus en propre. 
  2°) Il faut réformer le système du fournisseur de dernier recours, dont le financement devrait être mutualisé entre tous les fournisseurs : EDF pour la France. 
  3°) Les clients professionnels doivent bénéficier de contrats au-delà de trois ans, avec des clauses de revoyure. Ces contrats de long terme doivent permettre aux consommateurs de profiter de prix de long terme plutôt que d’être exposés aux aléas du marché comme c’est le cas actuellement. 
  4°) Enfin, il faut garantir aux gros investisseurs, comme EDF, qu’ils auront une vraie visibilité à long terme pour leurs investissements et leurs revenus.
  Actuellement, la Commission européenne prépare une réforme des marchés de l’électricité, mais le temps presse. Elle a conclu ses consultations publiques le I3 février 2023. Le lendemain, l’Allemagne a mis en garde contre une réforme fondamentale et précipitée du marché de l’électricité de l’UE qui aurait un impact négatif sur la transition énergétique, sans préciser évidemment qu’elle est, et de très loin, le premier pollueur européen. Vérité en deçà du Rhin, erreur au-delà !
  En conclusion, et même si l’Allemagne est malgré tout loin d’être l’unique responsable du marasme énergétique et économique que connaît l’UE, ses choix structurels en faveur de la Russie, contre le nucléaire civil et en maintenant un double langage sur la transition énergétique d’une part, l’exploitation et la consommation de charbon et de lignite d’autre part, font qu’elle porte bien une lourde responsabilité dans notre situation actuelle. Pire, ses financements ont entretenu l’oligarchie russe dans ses illusions impériales, préparant indirectement et sans le vouloir les voies et moyens d’une agression de l’Ukraine (I5). L’extrême faiblesse du couple franco-allemand ne plaide pas en faveur d’un redressement de la situation. Il faut simplement espérer que la politique menée par l’Allemagne n’ait pas été l’arme la plus efficace pour mettre à bas l’Europe.

Notes

(I) Voir mon précédent article sur la relation franco-allemande, « L’Allemagne face à l’inconnue française », Diplomatie n° 116, juillet 2022 : https://​rb​.gy/​i​q​h​ufj.
(2) Voir mon précédent article, « La crise ukrainienne met-elle l’Union européenne et ses membres au pied du mur ? », Diplomatie n° 115, mai 2022 : https://​rb​.gy/​t​s​2​kox.
(3) Hensoldt est une entreprise allemande spécialisée dans l’électronique militaire et dans la défense.
(4) Voir la réponse de la Commission européenne à cette question soulevée par le député européen Christophe Grudler, Renew : https://​rb​.gy/​d​e​x​xag
(5) Voir mon article, « Gazprom, mode d’emploi pour un suicide énergétique », Notes de l’ IFRI, Russie. NEI.Visions, n° I7, mars 2007 : https://​rb​.gy/​x​a​k​5gt.
(6) Voir mon article, « Russie, Ukraine, Union européenne : faux-semblants et perspectives », IRIS, Revue internationale et stratégique n° 84, 2011 : https://​rb​.gy/​5​d​k​gcb.
(7) C´est au début des années 2000 que la coalition SPD/Verts a engagé ce processus. Une convention passée entre le gouvernement et les exploitants fixait à 32 ans la durée de fonctionnement d´une centrale nucléaire, mais sans échéance définie. À chaque réacteur, un quota de TWh restant à produire avant son arrêt définitif était attribué. Toute nouvelle construction de centrale nucléaire fut interdite. Cette convention fut transcrite dans un amendement à la Loi atomique en 2002. L´Allemagne a été le premier pays au monde ayant procédé à l’arrêt prématuré de ses centrales nucléaires sans raison technique ou économique.
(8) Voir le chapitre que j’ai écrit dans la XXe édition de l’Annuaire français des relations internationales, AFRI, « Le problème de l’énergie dans les relations internationales », Centre Thucydide, Université Panthéon Assas, 20I9 : https://​rb​.gy/​r​k​j​o7r.
(9) Voir l’ouvrage collectif sur ces sujets liés à l’électricité auquel j’ai participé, Les nouvelles régulations électriques, sous la direction de Michel Lapeyre, Hermès/Lavoisier, 20I2.
(I0) La taxonomie européenne désigne une classification des activités économiques ayant un impact favorable sur l’environnement. Son objectif est d’orienter les investissements vers les activités « vertes ». Elle a été révisée le 6 juillet 2022 pour intégrer le nucléaire, ce que refusait l’Allemagne jusque-là.
(11) Voir mon article, « Le nucléaire est-il un service d’intérêt économique général ? », La Tribune, septembre 20I9 : https://​rb​.gy/​r​u​8​lyd.
(I2) Les questionnements sur la politique énergétique allemande ne sont pas récents. Je renvoie à mon article « L’Allemagne, la Russie et l’énergie » du I9 mars 2007 publié par la Fondation Robert Schuman pour Questions d’Europe : https://​rb​.gy/​x​8​6​jzo.
(I3) Voir par exemple l’article suivant paru dans Capital le I7 décembre 2022 : https://​rb​.gy/​a​a​5​ivk
(I4) Voir mon ouvrage Quelles stratégies énergétiques pour l’Europe ?, Fondation Robert Schuman, janvier 2006 : https://​rb​.gy/​5​a​e​r57.
(I5) Voir le chapitre de mon ouvrage Les nouvelles guerres économiques, Ophrys, 2011 disponible sur Diploweb : « La chute de l’économie russe est-elle durable ? » : https://​rb​.gy/​r​w​5​aao.



PAYS-BAS, ENERGIETRANSITIE : LA " CONGESTION DU RÉSEAU " ET LE BLACKOUT PROGRESSENT MAIN DANS LA MAIN

  Ou il se confirme que, tous les pays qui réduisent leur part d'énergies fossiles dans leur production d'électricité en favorisant les EnR, au détriment du nucléaire, sont confrontés à deux problèmes majeurs : une fragilisation du réseau engendrant...des blackout. Si, jusqu'à présent, ce constat n'est pas encore une vérité, l'avenir proche nous tiendra au courant !... En attendant...  
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Un réseau électrique sans tabou


  Notre réseau électrique est saturé et doit être renforcé de toute urgence. Mais produire encore plus d'électricité à partir de l'énergie solaire et éolienne, c'est jeter de l'huile sur le feu. L'énergie nucléaire est une solution évidente.
  Le 2 septembre 2022, une panne d'électricité spectaculaire a provoqué un véritable chaos dans le Flevoland.[ I2ème et dernière province née des Pays-Bas, https://www.flevoland.nl/ établie en I986 et située à l'est de la Hollande-Septentrionale, au sud de la Frise, à l'ouest de l' Overijssel et au nord de la Gueldre; chef-lieu : Lelystad; ville la plus peuplée : Almere] L'autoroute A6 est fermée, le trafic ferroviaire entre Lelystad et Dronten est interrompu, les ponts et les écluses sont hors service. Cet incident confirme une fois de plus l'importance d'un réseau électrique performant.
  Rendre ce réseau compatible avec les énergies éolienne et solaire est l'un des grands défis de la transition énergétique. Ces sources d'énergie propres dépendent des conditions météorologiques et, en raison de leur encombrement, sont souvent construites dans des endroits reculés où le réseau électrique n'est pas assez puissant pour transporter l'énergie produite.
  Qu'est-ce que cela signifie pour la transition énergétique ? Quels sont les projets du gouvernement et comment l'énergie nucléaire peut-elle contribuer à prévenir ou à atténuer les problèmes ? C'est ce que nous allons voir dans cet article.

Pression sur le réseau électrique
  Tous ceux qui suivent l'actualité de la transition énergétique ont déjà entendu parler de " congestion ". Il s'agit de la surcharge croissante du réseau électrique en raison d'une offre, —ou d'une demande, — d'électricité trop importante.
 
 
 
 Carte des capacités d'intégration au réseau électrique
 
 
 
 
 Carte des capacités d'utilisation du réseau électrique


  La congestion est aujourd'hui omniprésente aux Pays-Bas. La fourniture d'électricité au réseau appelée " feed-in ",[alimentation] Ière carte, est particulièrement limitée. Cela se produit surtout dans les régions peu peuplées où l'on produit beaucoup d'énergie solaire ou éolienne. Mais la consommation d'électricité, seconde carte, commence également à poser problème. C'est le cas notamment dans les régions où le développement est très important et où la demande d'électricité augmente.
  La production d'électricité à partir d'éoliennes et de panneaux solaires dépend du temps et des conditions météorologiques, et sa disponibilité est donc variable. Cette volatilité signifie également que l'énergie éolienne et solaire demande en moyenne plus de capacité de transmission au réseau électrique que les sources d'électricité régulières et contrôlables telles que les centrales au charbon ou au gaz. Si la congestion n'est pas résolue, nous ne pourrons pas répondre à la demande croissante d'électricité propre pour les voitures électriques, la cuisine électrique et le chauffage des locaux par des pompes à chaleur, et la transition énergétique sera compromise.
  Les panneaux solaires, en particulier, nécessitent une grande capacité de transmission, car la puissance moyenne qu'ils fournissent au réseau sur une base annuelle ne représente qu'environ un dixième de leur capacité maximale. Dans le cas des éoliennes, ce chiffre est d'environ un tiers. Toutefois, le réseau électrique doit être suffisamment puissant pour transporter la puissance maximale, et pas seulement la moyenne. Un réseau électrique alimenté par des usines éoliennes et des panneaux solaires doit donc être construit de trois à dix fois plus lourd qu'un réseau électrique alimenté par des générateurs contrôlables " ordinaires ", ou des centrales au charbon, au gaz ou nucléaires.
  En outre, la distance sur laquelle l'énergie éolienne et solaire doit être transportée est en moyenne plus longue, car la demande d'énergie éolienne se situe principalement dans des zones où le vent ne souffle pas à ce moment-là, et la demande d'énergie solaire se situe principalement dans des zones où le soleil ne brille pas à ce moment-là. Les coûts de transport de l'électricité provenant des usines éoliennes de la mer du Nord sont les plus élevés. Ils sont presque aussi élevés que les coûts des usines éoliennes eux-mêmes !
  Il est important de noter ici que les coûts de transport de l'électricité ne sont pas attribués aux producteurs d'électricité. Tous les coûts du réseau sont regroupés et attribués aux consommateurs. Ainsi, un consommateur d'énergie éolienne ou solaire paie autant pour le réseau qu'un consommateur d'énergie nucléaire, alors que l'énergie nucléaire génère beaucoup moins de coûts de réseau que l'énergie éolienne et solaire. Les producteurs et les consommateurs ne sont donc pas incités à choisir des sources d'électricité qui utilisent le réseau de manière efficace.
  Cela explique pourquoi les usine éoliennes et solaires aux Pays-Bas sont construits dans les endroits les plus fous, ce qui entraîne des coûts d'expansion ou de renforcement du réseau très élevés. À l'inverse, le remplacement d'une centrale au charbon par une centrale nucléaire permettrait d'éviter de nombreux coûts de réseau, mais ni les investisseurs ni les consommateurs n'en seraient récompensés.
  Cette faille du marché de l'énergie est bien connue des experts, mais elle est difficile à résoudre, de sorte que les décideurs politiques devraient l'examiner séparément. Jusqu'à présent, cependant, ils ne le font guère, voire pas du tout.

Études
  En avril de l'année dernière, les sociétés de réseau coopérantes ont publié " The Energy System of the Future, Integral Infrastructure Outlook 2030-2050 " , Le système énergétique du futur, perspectives intégrales de l'infrastructure 2030-2050, dans lequel elles ont examiné en détail les problèmes de congestion et présenté des pistes de solution. Les entreprises mettent en garde contre " les importants excédents et pénuries d'électricité auxquels nous serons confrontés en raison de sources dépendantes des conditions météorologiques " et concluent que " des extensions et des adaptations très importantes des infrastructures énergétiques " sont nécessaires. Les gestionnaires de réseau demandent également une plus grande marge de manœuvre pour les investissements et des procédures accélérées pour mener à bien l'expansion et l'adaptation.
    L'équipe d'experts du système énergétique 2050 mise en place par le ministre Jetten a également mentionné la congestion du réseau comme l'un des défis sur lesquels l'équipe se penche. Dans une interview accordée à Energeia, le président Bernard ter Haar a déclaré que le renforcement du réseau électrique était une nécessité " évidente " dans le cadre du " passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables ". Il en va de même pour CE Delft,[organisme indépendant de recherche et de conseil spécialisé dans le développement de solutions innovantes aux problèmes environnementaux ] qui a été chargé par Netbeheer Nederland [association professionnelle de tous les opérateurs de réseaux d'énergie] de publier un rapport contenant des propositions pour lutter contre la surcharge du réseau. Ce rapport conclut également que seuls l'expansion et le renforcement peuvent réellement résoudre les problèmes.

Le grand absent : l'énergie nucléaire
  Cependant, une chose ressort des études et des commentaires des sociétés de réseau, des consultants et des équipes d'experts sur la congestion croissante du réseau : l'absence de toute considération sur le potentiel de l'énergie nucléaire. Même l' Integral Infrastructure Outlook de TenneT [étude conjointe de Gasunie et TenneT sur l'infrastructure énergétique intégrée aux Pays-Bas et en Allemagne] ne le mentionne pas du tout. Dans le même temps, il ne laisse planer aucun doute sur le coût et la portée d'un système énergétique à zéro émission basé uniquement sur des sources d'énergie renouvelables, — et donc sans l'énergie nucléaire.
  Pour mettre en place un réseau électrique fonctionnel, l'énergie nucléaire présente toutefois des avantages majeurs. L'énergie nucléaire étant extrêmement compacte, elle nécessite mille fois moins d'espace que l'énergie éolienne ou solaire, elle peut généralement être produite à proximité de l'endroit où l'énergie est nécessaire, ce qui évite de transporter l'électricité des centrales nucléaires sur de longues distances. En outre, l'énergie nucléaire étant contrôlable, elle peut toujours fournir exactement l'énergie nécessaire. Le réseau ne requiert donc pas d'être inutilement surdimensionné.
  La chaleur dégagée lors de la production d'énergie nucléaire peut également être utilisée localement pour le chauffage urbain. Ainsi, en appliquant intelligemment l'énergie nucléaire à proximité de lieux où la demande d'électricité ou de chaleur est élevée, nous pouvons réaliser des économies substantielles sur les infrastructures de transport. Si nous remplaçons les centrales fossiles par des centrales nucléaires, nous n'aurons même pas besoin de faire de nouveaux investissements dans le réseau. Et en combinant les centrales nucléaires avec les, futures, centrales à hydrogène, il n'est même pas nécessaire de raccorder le réseau, puisque la chaleur et l'électricité de la centrale nucléaire peuvent alors être envoyées directement à la centrale à hydrogène.
  Il semble donc judicieux d'examiner de très près ce que l'énergie nucléaire pourrait signifier pour les Pays-Bas, mais ce n'est pas le cas. Ce n'est pas parce que l'énergie nucléaire n'aurait rien à offrir. Au contraire : la Commission économique pour l'Europe des Nations unies a publié l'année dernière un rapport contenant une analyse positive détaillée des caractéristiques et du rôle de l'énergie nucléaire dans le système énergétique européen. En juillet, le Parlement européen a approuvé une proposition de la Commission européenne visant à considérer l'utilisation de l'énergie nucléaire comme une activité économique durable à partir de maintenant, car elle répond à toutes les exigences des sources d'énergie renouvelables. Selon l'Agence internationale de l'énergie, l'énergie nucléaire est, avec l'énergie hydraulique, la source d'énergie sans émission contrôlable la moins chère, et c'est précisément cette contrôlabilité qui fait d'elle un outil efficace contre la congestion.

L'accord sur le climat comme coupable

  La raison probable pour laquelle l'énergie nucléaire est si manifestement absente de l'approche de la transition énergétique est, — ironiquement,— l'accord sur le climat. En effet, l'accord sur le climat exclut de facto l'utilisation de l'énergie nucléaire, comme l'a expliqué Pieter Boot, directeur de l'Agence néerlandaise d'évaluation environnementale, dans un article consacré à l'accord sur le climat il y a trois ans. Selon lui, " les centrales éoliennes, solaires et au gaz s'accordent parfaitement ". Et comme nous disposons encore de " nombreuses centrales à gaz modernes " aux Pays-Bas, l'énergie nucléaire ne serait pas nécessaire.
  Le fait que les centrales éoliennes, solaires et à gaz s'accordent parfaitement est peut-être un fait agréable pour le secteur de l'électricité, mais la société a besoin d'un approvisionnement en énergie abordable, sans CO2 et fiable. Il est désormais clair que le gaz naturel ne répond pas à ces critères. Le fait que l'énergie nucléaire écarte le gaz naturel et les autres combustibles fossiles du marché n'est donc pas un inconvénient, mais plutôt un avantage !

Un nouveau cap
  Cependant, le vent en faveur de l'énergie nucléaire pourrait tourner dans les années à venir. Depuis l'entrée en fonction du gouvernement Rutte IV, les Pays-Bas ont à nouveau un gouvernement qui reconnaît l'énergie nucléaire comme un outil utile pour la transition énergétique. Il est grand temps, car la congestion du réseau est un problème urgent pour lequel l'énergie nucléaire semble être une solution évidente.
  Il serait bon que le monde de l'énergie néerlandais se montre disposé à coopérer avec le nouveau cap fixé par le gouvernement. Une voie dans laquelle l'accent n'est plus mis sur l'introduction désordonnée d'autant d'énergie éolienne et solaire que possible sur le réseau, mais sur la construction d'un système énergétique durable, efficace et fiable, exempt d'énergie fossile. Enlevons l'armure fossile et utilisons toutes les options à notre disposition, y compris l'énergie nucléaire. Ce faisant, le monde de l'énergie doit clairement indiquer ce qui est nécessaire en termes de législation ou de soutien. Il n'est plus temps de faire comme si l'énergie nucléaire n'existait pas. Et heureusement, car sans l'énergie nucléaire, il sera beaucoup plus difficile, long et coûteux d'atteindre nos objectifs en matière de climat et d'énergie.

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