Les Mérovingiens, épisode VI

Précédemment
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/08/les-merovingiens-episode-i.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/08/les-merovingiens-episode-ii.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/08/les-merovingiens-episode-iii.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/08/les-merovingiens-episode-iv.html
https://augustinmassin.blogspot.com/2021/08/les-merovingiens-episode-v.html

  La population mérovingienne mangeait-elle à sa faim, en dehors des périodes de famine? Les fouilles de dépotoirs et l'analyse anthropologique, caries dentaires, maladies de carence, permettent d'étudier le bol alimentaire des populations rurales. Leur nourriture était plus diversifiée qu'on ne l'a longtemps cru, avec une association de produits d'origine végétale et animale. La base était constituée de céréales, consommées sous forme de pain, de bouillies et de bière, ensuite de raves, de choux, de fromage et de fruits. Les paysans mangeaient aussi de la viande bouillie et des volailles, dans une proportion difficile à déterminer, les aristocrates y ajoutant de la viande rôtie. Mais l'analyse anthropologique de huit séries de squelettes provenant de trois sites alémaniques des VIe-VIIIe siècles fait apparaître d'importantes différences en fonction de la richesse relative des communautés et du niveau social des individus. La population de Kirchheim [commune du Bas-Rhin (67) ; " Au VIIe siècle, Kirchheim fut la résidence des rois mérovingiens. Un grand palais fortifié s’y trouvait. (...) Dagobert II, Charles le Gros, l’impératrice Richarde y résidèrent..." ; source] consommait plus de viande, d’œufs et de laitages que celle de Weingarten [Allemagne, ville du Bade-Wurtemberg, implantée dans la Souabe, entre le Rhin et la Forêt Noire], mais dans les deux communautés, l'analyse de la dentition montre que les "riches" étaient en meilleure santé que les moins privilégiés! L'état de la population est difficile à analyser. Les membres de la classe supérieure, qui ont une nourriture plus riche en protéines et qui travaillent moins durement, ont en moyenne une taille plus élevée. Mais les facteurs ethniques se conjuguent ici avec les conditions économiques, car les Alamans de haut niveau social ont une stature plus grande que les populations celto-romaines, plus pauvres et moins grandes : à Weingarten ["jardin de vignes" ou "vignoble" en français] et Bohlingen [Allemagne, depuis 2020, ce bourg, ~1 900 habitants, fait partie de la ville de Singen, Bade-Wurtemberg] les hommes inhumés sans armes, le plus souvent d'origine celto-romaine, sont en moyenne 4 à 5 cm plus petits et plus trapus que les hommes armés.

 

 


Kirchheim, l'église. Source

 

 

Abbaye de Weingarten ou abbaye Saint-Martin

   L'état sanitaire des populations traduit la difficulté des conditions de vie. Grégoire de Tours décrit pour le VIe siècle toute une série de maladies décimant les populations :
  • dysenterie, un fils de Chilpéric et de Frédégonde en est mort,
  • variole,
  • ulcères,
  • maladies oculaires,
  • arthrite,
  • hydropisie [rétention ou épanchement anormal de sérosité, liquide ayant l'aspect du sérum sanguin, entre les éléments du tissu conjonctif ou dans une cavité ; Larousse],
  • épilepsie,
  • atrophie des muscles,
  • maladies psychiatriques,
  • hémorragie,
  • maladies infantiles,
  • famines,
  • malformations congénitales.
   L'analyse anthropologique de groupes donnés ne les révèle pas toutes, mais les populations souffraient fréquemment d'arthrose et de maladies dégénératives, en particulier les hommes, en raison des travaux agricoles durs. Les caries dentaires touchent de 30 à 90% des adultes selon les endroits, par suite de manque d'hygiène buccale mais aussi en fonction de la quantité de fluor contenue dans l'eau. À côté des maladies spécifiques comme la tuberculose ou la poliomyélite, les maladies de carence, comme le rachitisme, le scorbut, l'anémie, étaient fréquentes. La violence explique enfin en partie les nombreuses fractures des membres supérieurs et inférieurs, et surtout celles du crâne, en particulier chez les hommes. On n'hésitait pas à avoir recours à la chirurgie pour réduire les fractures et pour amputer, on a des traces de prothèses, il y a de nombreux cas de trépanation, plus de la moitié des trépanés survivant en moyenne, avec des différences en fonction du lieu, meilleur médecin?, et surtout l'âge, les chances de survie étant plus élevées chez les individus plus âgés que chez les jeunes.
  En définitive, les populations du haut Moyen Âge étaient capables de résoudre les problèmes médicaux liés à la violence et aux conditions de travail, mais elles étaient démunies face aux maladies épidémiques ou endémiques. Les pyramides des âges que l'on a pu établir, pour la population alémanique mérovingienne par exemple, sont caractéristiques des populations préindustrielles : une base large correspondant à une natalité élevée, une diminution rapide et régulière durant les premières décennies correspondant à une forte mortalité infantile, un sommet très effilé, 10 à 20% de plus de 60 ans selon les sites. L'âge moyen au décès est de 39 ans, l'espérance de vie à la naissance étant de 35 ans pour les hommes, 29 ans pour les femmes, la mortalité étant particulièrement forte chez les femmes entre 20 et 35 ans, à cause des dangers liés à la maternité. La mort est donc omniprésente, mais les données ne contrastent pas avec le reste du Moyen Âge et au total il n'est pas certain que les populations mérovingiennes aient été plus misérables que celles du Moyen Âge central [ou dit "classique" ; période qui recouvre le XIe, XIIe et XIIIe siècles], Chris Wickham.

3. L'habitat
A) Le peuplement urbain
   L'armature de l' empire romain reposait sur les cités qui fonctionnaient comme autant de lieux centraux, à l'image de Rome. Construites selon un plan stéréotypé en damier, adapté à la topographie, avec des rues droites qui se coupaient à angle droit et qui déterminaient des insulae [(...) dès le milieu du IIIème siècle ap. J.-C., l'époque des Guerres puniques, des immeubles, de
rapport, insulae, divisés en appartements ou logements, cenacula. Des fenêtres sans vitres et des balcons aèrent les logements, Il n'y a ni atrium, ni cheminées, on cuisine sur des réchauds, on se chauffe avec des braseros, ni eau dans les étages...
; source], bordés de maisons d'habitation plus ou moins riches et de boutiques d'artisans et de commerçants, elles étaient des centres de peuplement importants où résidait l'aristocratie. Elles se distinguaient aussi par un ensemble de bâtiments et de lieux publics, forum, palais du gouverneur, théâtres, amphithéâtres.
 
 
 

Un exemple d'insulae. Source

  Les cités romaines de Gaule, progressivement abandonnées par les élites, ont connu des transformations profondes à partir du IIIe siècle. La population urbaine a diminué, la superficie construite et habitée s'est rétractée, tandis que s'ouvraient au sein des insulae des espaces ouverts, probablement destinés aux cultures, et que les cités, progressivement coupées de leurs circuits d'échange traditionnels, se ruralisaient. Des nécropoles sont apparues dans d'anciennes aires destinées à l'usage public ou dans des espaces jusqu'à-là habités, les bâtiments publics ont été abandonnés ou ont changé de fonction.
  Les cités ont continué à se différencier nettement de la campagne en s'inscrivant dans le paysage par leurs murailles, même si ces dernières n'étaient pas toujours entretenues. Quelques cités ont été abandonnées, surtout dans le Nord, les autres ont survécu grâce à la fonction religieuse, en se transformant. Celles qui ont conservé la plus forte centralité sont celles qui ont bénéficié de conditions sociales et politiques locales favorables, en particulier celles qui ont été choisies comme sièges de royaume. Ainsi Metz connait une évolution plus favorable que Trèves, qui avait cependant été capitale impériale au Bas-Empire [période finale de l'Empire romain ; elle s'étend du IIIe au Ve siècle ap. J.-C., jusqu'en 476 et la chute l’Empire romain d'Occident]. Au VIIe siècle, et dans la première moitié du VIIIe siècle, Trèves subit un déclin très profond et son activité économique ne dépasse plus celles des autres villes de la région. Au contraire, Metz, dont les activités s'étaient ralenties après l'installation des Francs, est en plein essor à partir du VIe siècle, grâce à la faveur dont lui témoignent les rois mérovingiens, puis les Pippinides. La ville devint un lieu de résidence et de rencontres, les édifices se multiplièrent, comme en témoigne une liste du VIIIe siècle qui mentionne les églises où l'évêque devait dire la messe durant la période pascale ["(...) La liste stationnale de Metz est d’une tout autre nature : elle donne les stations que doit faire l’évêque dans les églises de la ville chacun des jours du carême. Elle exprime donc également les liens étroits entre l’évêque et les églises de la ville épiscopale mais ici c’est, sur le modèle de la liturgie romaine, l’évêque qui change de lieu de célébration liturgique durant tout le carême. L’évêque se déplace, comme à Rome, quartier par quartier, en gros une semaine par quartier, ce qui montre, comme à Rome, le souci de quadriller tout l’espace urbain, mais avec des stations intermédiaires dans l’ensemble cathédral, et les quatre premiers jours de la semaine qui suit Pâques..." ; source].

 

Metz : liste stationnale. Source

B) Le peuplement rural
   L'immense partie de la population vit à la campagne. On a longtemps accepté l'idée que le peuplement rural du haut Moyen Âge était un peuplement lâche, semi-itinérant, sans point fixe, ni organisation, Robert Fossier [1927-2012, historien et universitaire]. Les données archéologiques sont maintenant assez nombreuses pour qu'on puisse avancer quelques hypothèses générales, tout en soulignant une très grande diversité régionale. La localisation de l'habitat rural dépend en effet de facteurs naturels, comme les types de sols, la présence de l'eau, et de facteurs sociaux et politiques, comme la nécessité de la défense ou de la protection.
  Le peuplement antique était fondamentalement dispersé, avec coexistence de grandes villae aristocratiques ["(...) certains modèles régionaux, la villa à galerie de façade et pavillons du Nord et du Centre de la Gaule ou la villa méridionale à cour à péristyle. Les dimensions, le développement des corps de bâtiment, des portiques constituent d’autres signes de richesse, comme la multiplication des salles, qui vont dupliquer à l’aune des possibilités du commanditaire les fonctions essentielles de réception, de banquet ou de coucher. L’ampleur des installations de bains, pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres carrés, participe de ces dépenses. L’eau amenée sous pression sera utilisée de même dans les jardins et bassins d’agrément. La décoration fait appel pour les salles d’apparat à la mosaïque de sol qui peut gagner jusqu’aux portiques, ainsi qu’aux peintures murales, aux stucs et aux lambris de marbre. Le verre à vitre, le chauffage par le sol au-delà du balnéaire sont d’autres preuves de la recherche d’un confort certain..." ; source] et de vici [pluriel de vicus, nom latin pour désigner une petite agglomération] Dans l'acception classique, les villae étaient à la fois des résidences pour les maîtres, des immenses latifundia [grand domaine agricole exploité extensivement et de façon archaïque ; Larousse] et des centres d'exploitation.


 
Villa de Séviac, Montréal-du-Gers (Gers). Au premier plan, un balnéaire de grande ampleur ©Archéovision. Explorer le site : Archéologie en France . Source

  En Gaule du Sud, elles avaient résisté à la crise du IIIe siècle, malgré certaines disparitions. Les fouilles archéologiques montrent souvent une continuité d'occupation des villae jusque dans la seconde moitié du VIe siècle, avec néanmoins une réduction de la surface habitée, des changements de fonctions des équipements, la construction de nouveaux habitats beaucoup plus simples, souvent en bois, avec des églises édifiées avec les matériaux antiques, et parfois abandon complet. Ce déclin est évidemment lié aux transformations des systèmes économiques auxquels était liée la villa.
  Plus au nord, certains vici ont disparu, d'autres ont décliné et le peuplement rural est globalement dispersé. Les Barbares se sont installés dans un paysage déjà transformé : les villae antiques en pierre avaient souvent cédé la place à des construction en bois. Les Francs ont dans l'ensemble préférés conservé leur mode de vie traditionnel, avec un habitat en bois plutôt qu'en pierre, tout en continuant l'exploitation des grands domaines. Rois et magnats considéraient la vie dans les villae en bois comme une alternative à la vie dans les cités, un signe de distinction et de prestige. Les fouilles révèlent des habitats aristocratiques, y compris dans les régions qui n'avaient jamais été romanisées, comme à Warendorf [Allemagne, chef-lieu situé en Rhénanie-du-Nord-Westphalie], en Westphalie, où l'établissement des VIIIe-IXe siècles est dominé par la maison du maître, qui a plus de 30 m de long et une grande salle, de nombreuses maisons plus petites pour les dépendants, des étables, des granges et des structures de stockage. À l'intérieur d'un même enclos, la présence de plusieurs maisons de différentes tailles peut révéler des différences de fonctions entre les bâtiments, mais recoupe aussi des différences de statut social entre le maître te les dépendants, quand ceux-ci résident à proximité de la villa du maître.
   À côté des établissements individuels, les fouilles révèlent plus fréquemment encore de petits groupes de quelques unités non jointives, qui correspondent à de petites communautés comprenant par exemple une cinquantaine d'individus en Normandie à l'époque mérovingienne. Le grand nombre de ces petites agglomérations, qu'on ne peut encore appeler villages, traduit certainement une emprise aristocratique sur les paysans moins forte qu'à l'époque antique.
   L'archéologie et les données des lois conduisent à définir chaque unité d'exploitation par l'association de plusieurs constructions dans le nombre et la nature varient selon les régions, et d'un site à l'autre, mais qui comprend toujours des structures d'habitat, de travail et de stockage. La grande maison est normalement de type rectangulaire et est entourée de ses annexes, qui peuvent être des bâtiments au sol ou des cabanes excavées. Dans une grande zone côtière bordant la mer du Nord, du Zuydersee [baie peu profonde de la mer du Nord, au nord-ouest des Pays-Bas, s'étendant sur environ 100 km ; " (...) dans cette partie des Pays-Bas, on trouvait le Zuiderzee (littéralement Mer du Sud), un vaste golfe à l'origine de nombreuses tempêtes, d'inondations, de raz-de-marée. Avec à chaque fois, son lot de dégâts et de victimes. De plus en plus de personnes pensaient que des digues et des barrages devaient être construits pour éviter tout cela..." ; source] au Danemark, le développement des sites de Terpen-Wurten, buttes artificielles de terre élevées au-dessus du niveau de la mer pour se protéger des marées, associées à l'élevage, a conduit à un type particulier de grande maison, la maison-étable, abritant les humains et les animaux.

 


Carte du Zuyderzee, littéralement "mer du Sud", 1810. Source

 

La maison-étable : Halligwarft pendant une tempête, illustration 1906, Alexander Eckener, 1870-1944.

  En dehors de cette zone côtière spécifique, la structure générale des unités est la même : à l'intérieur d'un enclos entouré de palissades, la maison d'habitation, de forme rectangulaire, est associée à des cabanes, parfois excavées, des greniers sur pieux et des annexes rectangulaires. En allant vers le sud, les "grandes maisons" sont plus petites : celles de Gladbach, en Rhénanie, comme celles de Burgheim en Bavière ont 12.50 m sur 9 m environ, comme celles de Picardie, et sont associées à des maisons plus petites et à de nombreuses cabanes. Les maisons sont en bois et en torchis, les toits en chaume, les ouvertures rares. Le foyer est parfois à l'extérieur de la maison, mais quant il est au centre de la grande pièce et que la fumée s'échappe par une ouverture dans le toit, la maison est sombre et enfumée. Le mobilier est rudimentaire : table, bancs, lits, coffres où l'on serre les draps, les vêtements, le service de table et les ustensiles de cuisine.
  Si certains sites font apparaître une remarquable stabilité depuis l'époque romaine jusqu'à une date avancée du Moyen Âge, comme ceux de Mondeville en Basse-Normandie [Calvados (14) ; " (...) un certain nombre de publications aient évoqué les découvertes qui y ont été faites depuis 1917, date des travaux conduits par le capitaine Caillaud à l’emplacement de l’église dont le vocable s’est conservé dans la toponymie..." ; source] ou de Saleux dans la Somme, et si on ne peut exclure le fait que des villages du haut Moyen Âge se trouvent sous les villages actuels, il apparaît néanmoins que l'habitat n'est pas encore fixé.

 

 Fig. 5 La sépulture antique.

  Mondeville : la sépulture antique. Source


                                           



Mondeville : les structures excavées de type « fond de cabane ». Source
 
 
 https://www.lhistoire.fr/sites/lhistoire.fr/files/media/u71/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202016-09-26%20a%CC%80%2016.23.52.png

" Le site de Saleux, dans la Somme, illustre l’évolution d’un habitat et de sa nécropole entre le milieu du VIIe et le début du XIe siècle. Sur une surface de 4 hectares ont été mis au jour plusieurs parcelles habitées, deux églises successives et un cimetière de plus de 1500 individus qui a permis l’étude détaillée d’une population sur plusieurs siècles...." Source

   Partout on enregistre des désertions et des fondations, ainsi que des déplacements, de plus ou moins grande ampleur, avec des évolutions dans la structure de l'habitat. Les fouilles montrent que la plupart des sites ne durent pas plus de quelques siècles, mais qu'il y a permanence d'occupation des terroirs et que les déplacements s'inscrivent dans une logique de gestion territoriale, ils répondent à la nécessité de s'installer près des nouveaux champs, au développement de nouveaux systèmes d'assolement [répartition des cultures de l'année entre les parcelles d'une exploitation ou entre les quartiers d'un terroir villageois ; Larousse] impliquant la rotation des cultures, Anne Nissen [Professeur des universités, histoire, civilisation, archéologie et art des mondes anciens et médiévaux, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne]. L'habitat en petits groupes s'accompagne souvent d'une organisation contraignante, bien que différente de celle du village médiéval classique où les maisons sont groupés autour de l' église et du cimetière. Les maisons de Torcy, en Champagne, sont situées sur le bord du plateau, tandis que les annexes sont sur la pente. Dans d'autres cas, c'est une route qui détermine la localisation des localités. À la fin de la période mérovingienne, l'habitat a tendance à se concentrer, comme à Longueil-Sainte-Marie, Oise, ou Bussy-Saint-Georges, Seine et Marne,. Les nouveaux groupements traduisent le développement de rapports sociaux plus contraignants dans le cadre de l'économie domaniale et l'intégration du peuplement dans des systèmes d'échange plus vastes. Globalement, l'habitat de la période tardo-mérovingienne commence également à s'améliorer, avec des maisons plus grandes et mieux construites, parfois sur solins de pierre. Mais ces habitats ne correspondent qu'à une stabilisation très relative du peuplement.

II. -L'économie rurale


2. Modes d'appropriation et structures foncières
  L'aristocratie romaine de la basse Antiquité, qui monopolisait la puissance politique, contrôlait le système de production et d'échanges. Elle avait accumulé d'immenses richesses à partir de domaines dispersés à l'échelle de l' Occident, essentiellement consacrés à la céréaliculture extensive. Les productions étaient destinées à l'armée et aux cités, intégrées dans de vastes circuits d'échange entre Orient et Occident, eux-mêmes articulés sur les cités qui étaient des centres de redistribution, d'administration et de production artisanale.

  À suivre...
   Régine Le Jan, Les Mérovingiens, Que sais-je?, PUF, Troisième édition, 2015, pp . 78-86.
php

Union européenne, neutralité carbone : la question de la pauvreté énergétique demeure au cœur des débats

  Monsieur de la Palice n'aurait pas dit mieux : la présence de plus en plus importante d' EnR, éolien, solaire, méthanisation, etc., filières défiscalisées et spéculatives bien plus que filière énergétique, dans le mix électrique, engendre, partout en Europe, une hausse exponentielle de la facture d'électricité des abonnés.
   Et dire qu'il aurait suffit pour atteindre la neutralité carbone que les présidents de la République et les gouvernements successifs optent pour la continuité vers le 100% nucléaire et hydraulique pour que la France conserve :
  • son indépendance énergétique, 
  • une électricité bon marché pour les ménages et les entreprises 
  • 365 jours/an, sans back-up fossile, sans stockage, etc.,
  • une qualité de vie, un environnement, une Biodiversité préservés,
  • une lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) efficace.
  Le tout en faisant une économie faramineuse de plusieurs centaines de milliards €!
  Oui, mais cela s'était sans compter sur le leadership politique allemand en Europe et la défaillance de l' Etat français.
  Citoyens, prépare-toi à payer l'addition et...elle va être salée! 
 

  php

***

Personne ne doit être laissé de côté sur la voie de la neutralité climatique !


Olivier Xu
2021 08 30

 

  Olivier Xu, Country Manager France chez Bulb, questionne les moyens de la transition énergétique, les différents outils mis en place dans le plan européen « fit-for-55 », et ses conséquences sur le consommateur final.

  Avec son pacte vert baptisé « fit for 55 », la Commission européenne a adopté en juillet un ensemble de propositions visant à réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre des pays membres d’au moins 55 % d’ici à 2030. L’objectif attendu est clair : parvenir à la neutralité climatique d’ici à 2050.
  Cette révision de la législation de l’Union européenne est aussi vertueuse que nécessaire, alors que l’urgence d’agir s’impose de nouveau à nous avec les terribles bouleversements climatiques qui traversent actuellement le monde. De tels engagements, à la fois concrets et ambitieux, sont le signe très positif qu’une prise de conscience collective peut se traduire en actes forts, y compris au sein des plus grandes instances.
  Cette évolution est toutefois accompagnée d’un mécanisme de « pollueur-payeur », qui alourdit indirectement la facture de nombreux ménages, y compris les plus précaires, et y compris ceux qui, paradoxalement, se fournissent déjà en énergies renouvelables. Pourtant, si nous voulons que cette révolution verte emporte l’adhésion du plus grand nombre, celle-ci doit être également perçue comme juste et équitable.
  La révolution énergétique est engagée, mais la question de la pauvreté énergétique demeure au cœur des débats
  Si ce principe de pollueur-payeur est nécessaire - plus une entreprise émet de gaz à effet de serre dans le cadre de ses activités, plus la taxe carbone qu’elle devra payer sera élevée - je m’interroge toutefois sur son équité une fois appliqué à l’échelle nationale. Car la hausse du prix de production impacte directement les ménages partout en Europe, qui voient le montant de leur facture augmenter, alors même qu’ils ont souscrit un contrat auprès d’un fournisseur d’énergies renouvelables. Ce qui est injuste.
  Et c’est le cas y compris dans des pays où la part des centrales à énergies fossiles a déjà fortement baissé, comme en France ou en Espagne. En Espagne, 55 % de l’énergie consommée au premier trimestre était d’origine renouvelable, pourtant la note d’électricité a bondi de plus de 40 %...
  Récemment, Madrid a donc appelé Bruxelles à revoir ce système tarifaire inéquitable, et a temporairement baissé le montant de la TVA sur la facture des consommateurs pour pallier cette hausse. Bien que cette solution ne soit que temporaire, il s’agit néanmoins d’une mesure intéressante pour leur offrir un peu de répit le temps d’identifier une solution durable.

L’adhésion de la population
  Il est certain que le défi pour les années à venir sera de faire en sorte que le soutien aux politiques respectueuses du climat continue de croître et que les intentions se transforment en actions à long terme. Mais cela doit passer par l’adhésion de la population, et donc par un fort sentiment de justice. Moi-même dirigeant d’une entreprise d’énergie renouvelable, je suis convaincu de l’utilité du plan « fit-for-55 » et plus généralement de la baisse de l’utilisation des énergies fossiles au profit d’énergies non polluantes.
  Mais j’insiste : la transition énergétique sera juste ou ne sera pas. Car aujourd’hui, il me semble difficilement concevable pour les familles de voir d’un côté les énergies renouvelables se déployer, à l’échelle nationale comme individuelle, et de l’autre une augmentation constante de la facture énergétique pour pallier la hausse du prix du CO2, via l’augmentation des taxes.
  Et au-delà d’un nécessaire besoin d’adhésion, je m’inquiète également pour les familles les moins aisées où l’électricité pèse déjà très lourd sur les fins de mois et qui pourraient être plongées dans la précarité énergétique. Ce ne serait pas la première fois qu’une hausse des taxes se confronte à la réalité du pouvoir d’achat. Le malheureux précédent de la taxe carbone nous a montré à quel point opposer « fin du monde et fin du mois » peut être dommageable. Les gouvernements auront un rôle clé à jouer pour renverser cette situation et faire en sorte que davantage de personnes fassent des choix plus durables.
  La révolution est déjà en marche : au premier semestre 2021, 39% de l’électricité produite dans l’Union européenne provenait des énergies renouvelables, ce qui la placera devant les énergies fossiles selon la récente étude du think-tank Ember. Il serait dommage que celle-ci soit freinée par un sentiment d’iniquité ou par simple impossibilité de la financer, faute de moyens.

Vers un nouveau paradigme énergétique ?

  Les nouvelles technologies, à l’image du compteur Linky dont je suis moi-même un fervent défenseur, permettent un suivi très précis de la consommation et de la provenance de l’électricité au sein des foyers.
  Selon moi, l’avenir de l’énergie se trouve en partie dans ces nouvelles technologies, qui permettent dans un premier temps aux ménages de maîtriser leur consommation ; et pourquoi pas dans un second temps à l’État ou aux régulateurs d’adapter les taxes, dont une grande partie sont justement dédiées aux énergies renouvelables, en fonction de la provenance de son électricité ? Ce qui est certain, c’est qu’elle permet de faire appel à de nouveaux fournisseurs, et ainsi de s’éloigner des tarifs réglementés, afin de réaliser de véritables économies.

France, facture d' électricité : "Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute”*, vraiment?

  Dans un premier temps, il y a eu l'indexation des tarifs réglementés sur les prix de marchés pour ne pas qu'EDF soit avantagé par rapport à...l' Allemagne, avant tout. C'est la fameuse concurrence partout et pour tout prônée par Bruxelles, sous domination allemande. 
  Dans un deuxième temps, le lobby éolien nous soutient mordicus, depuis 2015, que leurs pales constituent une rente pour la Collectivité et participent à la stabilité des prix. 
  Dans un troisième temps, ce sont les "vaches-à-lait/mougeon" de Français qui payent les dégâts. Mais, apparemment, pas de révolte à l'horizon, pour le moment.
 Les promesses, même sous serment, n'engagent que ceux qui les écoutent.

Sénat : Approvisionnement électrique : l'Europe sous tension, auditions et déplacements
  Syndicat des énergies renouvelables (SER) - 15 février
  M. Jean-Yves Grandidier, vice-président 
 
 

 

 php
 * Réplique écrite par Michel Audiard pour le film Le pacha, 1968.
 
***

Electricité : menace sur la facture des consommateurs 

Sharon Wajsbrot
2021 08 31

  Désormais proches du pic atteint mi-2008, les prix de l'électricité risquent de très sérieusement faire grimper la facture des consommateurs début 2022. Un dilemme en vue pour le gouvernement qui devra réviser les tarifs réglementés de l'électricité à quelques mois de l'élection présidentielle.

  Dans le sillage des prix du gaz et de la tonne de CO2, les prix de l'électricité n'en finissent pas de s'envoler. Désormais sur les marchés à terme en France, ils atteignent plus de 89 euros le mégawattheure, se rapprochant ainsi du record de 93 euros atteint début 2008, avant la crise financière.
  Sur les marchés qui donnent le prix heure par heure du mégawattheure, les records historiques sont, eux, d'ores et déjà battus : « en moyenne en France, les prix de l'électricité sur les marchés spot n'ont jamais été aussi élevés au mois de juillet et au mois d'août », atteste Julien Teddé, qui dirige le courtier Opéra Energie.

    

Ce contexte pourrait entraîner une flambée inédite des prix de l'électricité début 2022. (Shutterstock)


Phénomène européen
  Le phénomène est loin d'être réservé à l'Hexagone. En réalité il est encore plus aigu chez certains de nos voisins européens qui, à la différence de la France, ne bénéficient pas de l'amortisseur lié aux tarifs de vente réglementés du nucléaire historique, l' Arenh.
  En Italie du Nord, un pic de 145 euros le mégawattheure a ainsi été atteint en toute fin de journée ce lundi, contre un maximum de 132 euros atteint en France au cours de la même journée. A titre de comparaison, en août 2019, avant la crise du Covid, un mégawattheure d'électricité s'échangeait aux
alentours de 40 euros, en France, sur le marché spot.

L'envolée des prix du gaz et du CO2
  À l'origine de cette hausse spectaculaire, on trouve l'envolée du prix du gaz et des quotas d'émissions de CO2, deux composantes essentielles des prix des électrons en Europe. Boostés à la fois par un hiver très froid en Asie, par la reprise économique et par la faiblesse des stocks en Europe, les prix du gaz ont progressé de plus de 130 % depuis le début de l'année ! En parallèle, le durcissement des objectifs climatiques européens a encouragé l'envolée des prix des quotas d'émission de CO2. Ces derniers jours, ils ont passé le cap inédit des 60 euros la tonne alors qu'ils se négociaient encore à près de 25 euros fin 2020.
  Concrètement, ce contexte pourrait entraîner une flambée inédite des prix de l'électricité pour les consommateurs, en France, début 2022. De fait, chaque année, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) est tenue d'ajuster le tarif réglementé auquel souscrivent encore quelque 23 millions de Français aux coûts réels d'approvisionnement des fournisseurs d'électricité. « Si les prix se maintiennent au niveau actuel, on pourrait avoir une hausse du tarif réglementé de l'électricité de 8 % à 10 % au 1er février prochain », anticipe Julien Teddé. Un scénario très peu séduisant pour le
gouvernement quelques mois à peine avant les élections présidentielles.

Un geste sur la fiscalité à l'étude

  Pour éviter d'avoir à en arriver là, deux scénarios sont à l'étude. Le premier consisterait à augmenter le plafond d'énergie nucléaire vendue au prix régulé de l' Arenh, afin de tempérer la hausse des prix. Portée de longue date par la CRE, cette idée semble toutefois difficile à mettre en oeuvre sans obtenir l'aval de Bruxelles, indiquent plusieurs sources. Or le gouvernement français n'y est pas parvenu ces derniers mois, alors qu'il négociait la réforme d'EDF.
  L'alternative consisterait à faire un geste fiscal en faveur de l'électricité, en rétrocédant aux consommateurs une partie des économies générées sur les subventions publiques aux énergies renouvelables. Grâce à la hausse des prix sur les marchés de gros de l'électricité, les contrats éoliens et solaires noués par l'Etat devraient en effet coûter 3 milliards de moins aux finances publiques en 2022 qu'en 2021.
  « Un geste sur la fiscalité de l'électricité aurait du sens pour donner les bons signaux et encourager à l'électrification des usages », plaide une source. Le débat est sur la table au sein du gouvernement et devrait bientôt animer le Parlement puisque, si une telle option était retenue elle pourrait être introduite via le prochain projet de loi de finances.

SERÉCOURT ET ISCHES : LA PRÉFECTURE REFUSE LE PROJET D' USINE ÉOLIENNE

  Épisode précédent : SERÉCOURT ET ISCHES : LE PROJET D'UNE USINE ÉOLIENNE       VICTOIRE ! Après avoir étudié attentivement le dossie...