Depuis le 16 juin 2026, la commune comme toute la Haute-Marne est placée sous arrêté préfectoral de « vigilance sécheresse ». Cette situation affecte tout particulièrement les quelque 200 habitants de Pressigny. Face au manque d'eau potable, le conseil municipal a été contraint d'en acheter, acheminée par camions-citernes, afin d'assurer la continuité de l'alimentation.
« Par le biais du SMIPEP, on a contacté une entreprise de Port-sur-Saône qui est allée chercher de l’eau à Champigny-lès-Langres puis nous a livré, jeudi 9 puis jeudi 16 juillet, trois fois 30 m3 d’eau, raconte Hugo Coeurdassier. 30m3, c’est une heure de pompage à chaque fois ». jhmQuotidien — 20 juillet.
C'est dans ce contexte que Les Vues Imprenables ont jugé utile de retracer l'histoire de l'alimentation en eau potable de Pressigny face aux sécheresses, afin de mieux comprendre comment cette ressource essentielle a traversé les décennies et pourquoi elle constitue aujourd'hui un enjeu majeur pour la commune.
Il était une fois….
Des premiers captages à la crise de 2020 : plus d’un siècle de gestion d’une ressource fragile
L’eau potable paraît aujourd’hui être un service évident : ouvrir un robinet et disposer d’une eau propre et disponible en permanence. Pourtant, cette sécurité repose sur un équilibre fragile entre la nature, les conditions climatiques et les équipements construits par les générations précédentes.
À Pressigny, comme dans de nombreuses communes rurales de Haute-Marne, l’alimentation en eau potable dépend historiquement de captages d’eau souterraine. Ces ressources, généralement plus protégées que les eaux de surface, restent néanmoins sensibles aux périodes prolongées de manque de pluie.
L’histoire de Pressigny montre une situation contrastée :
- pendant plusieurs décennies, les captages ont permis d’assurer normalement l’alimentation des habitants;
- les grandes sécheresses nationales et départementales ont progressivement révélé la vulnérabilité de certaines petites ressources;
- Depuis 2020, notez bien cette année, car nous y reviendrons : chaque été est marqué par de réelles difficultés d’approvisionnement en eau potable.
L’utilisation de captages à Pressigny ne date pas d’hier.
Des documents historiques mentionnent déjà des installations de captage et conduites d’eau pour le village de Pressigny à la fin du XIXᵉ siècle — 1899, montrant que la commune possède une longue histoire de recherche et d’exploitation de ressources locales.
« Pressigny se trouve dans le bassin versant de la Saône, sous-bassins du Vannon et de la Rigotte. Leurs écoulements sont orientés vers le Sud. On notera que ces deux cours d’eau se perdent dans les calcaires du Jurassique à quelques kilomètres au Sud de la commune. Au Nord et à l’Ouest, le plateau est drainé par l’ Ougeotte, des affluents de l’ Amance et des affluents du Salon. La densité du réseau hydrographique illustre la faible perméabilité globale des terrains. ... »
Au cours du XXᵉ siècle, comme dans beaucoup de communes rurales, les équipements ont évolué :
- amélioration des ouvrages de captage;
- création ou modernisation des réseaux;
- mise en place de réservoirs et équipements de distribution;
- surveillance sanitaire renforcée.
« Elle est alimentée en eau potable à partir de deux ressources :
• un puits situé au lieu-dit « Les Longues Roies », réalisé en 1967 (F1) ;
• un forage situé au lieu-dit « L’Étang », réalisé en 1999 (F2) ;
À noter qu’il existe également un puits abandonné sous le château d’eau. ...»
« Ce puits est situé dans un champ, à 170 m au Sud-Est du château d’eau (Cf. Figure 4). Il est identifié dans Infoterre sous le n° BSS001CRVB (anciennement 0408-8X-1001/PAEP5). ... [...] 5. Il a été creusé au marteau piqueur en 1967 par l’entreprise Vauthrin. Sa profondeur est de 31 m. [...] Les arrivées d’eau principales se situent entre 13 et 18 m de profondeur (2,5 m3/h) et entre 19 et 22 m de profondeur (10 m3/h). [...] Le niveau statique a été mesuré à plusieurs reprises :
• 15/01/1968 : 4,3 m ;
• 12/06/1976 : 18,7 m ;
• 26/07/2002 : 20,25 m ;
• 26/04/2018 : 18,88 m ;
• 10/12/2020 : 25,38 m ;
• 16/09/2021 : 26,25 m ;
• 01/12/2021 : 19,3 m ;
• 31/05/2022 : 18,3 m
• 29/06/2022 : 17,4 m.
Hormis le niveau de 1968, ces valeurs semblent influencées par les pompages. ... [...] Un arrêté préfectoral en date du 10 mars 1983 a défini des périmètres de protection autour de cet ouvrage. Ils ont été remplacés en septembre 2011 par de nouveaux périmètres englobant les deux captages de la commune (Cf. plus loin)...»
« Ce forage a été réalisé par l’entreprise Vauthrin en 1999 pour palier un manque d’eau sur le puits de 1967. Il est situé à 85 m au Nord-Ouest du Château d’eau (Cf. Figure 4).
Il est identifié sous le n° BSS001CRVK (anciennement 0408-8X-1009/FAEP1) [...] Il s’agit d’un forage de 36 m de profondeur et 216 mm de diamètre. ...[...] Le niveau statique a été mesuré à trois reprises :
• 03/08/1999 : 16,72 m / sol (niveau au repos) ;
• 31/05/2022 : 12,7 m / cuvelage (pompe à l’arrêt) ;
• 29/06/2022 : 11,0 m / cuvelage (pompe à l’arrêt).... »
« Suite aux problèmes de productivité rencontrés en 2020, un nettoyage de l’ouvrage a été réalisé par l’entreprise Claeyman les 22 et 23 juillet 2020. [...] Cette intervention n’a donné lieu à aucun rapport écrit. En l’absence d’essais par paliers avant et après nettoyage, son efficacité ne peut être évaluée. Le forage de 1999 fournit actuellement les 3/4 des besoins de la commune (45,4 m³/j en 2020, pour une production totale de 60,3 m³/j). [...] On note également la présence d’assez nombreux vers ressemblant à des sangsues, nageant dans l’eau du forage. L’aspect des crépines et tubages laisse penser que l’intervention de nettoyage de 2020 n’a pas complètement atteint son objectif. [...] La productivité du forage a nettement baissé entre 1999 et 2022 ... »
« Un sondage de reconnaissance a été réalisé en août 1976 à 1,2 km à l’Ouest du village, au
lieu-dit Combe Ebion, à une altitude de 334 m. Il est inventorié sur le site Infoterre sous le n°
BSS001CRRL [...] Ces caractéristiques sont sensiblement équivalentes à ce que l’on observait à l’origine sur le puits de 1967. [...] D’autres forages situés dans des exploitations agricoles m’ont été signalés oralement. Ils ne sont pas inventoriés sur le site Infoterre et n’ont probablement pas été déclarés au titre du Code Minier. Aucune information n’est disponible sur ces ouvrages. A 2 km au Nord, le village de Broncourt dispose d’un forage de 35 m, entièrement foré fans les grès. [...] A environ 4 km à l’Ouest de Pressigny, les forages de Fayl-Billot, situés sur la commune de Poinson-lès-Fayl,... [...]
Des sondes de niveau ont été positionnées sur le puits de 1967, le forage de 1999 et l’ancien puits du château d’eau du 31 mai au 29 juin 2022. [...] On peut en tirer les éléments suivants :
• Le puits de 1967 semble fonctionner principalement de nuit alors que le forage de 1999 présente de longs cycles de pompage en journée, et des cycles plus courts la nuit ; [...]
Sur le puits de 1967, les amplitudes liées à chaque pompage sont limitées (en général inférieures à 1 m), mais les vitesses de remontée sont très lentes, ce qui engendre un cumul des rabattements d’un cycle sur l’autre, et des rabattements permanents importants. Cela confirme sa très faible productivité ;
• Sur le forage de 1999, les amplitudes sont beaucoup plus importantes (7 à plus de 12 m selon la longueur des cycles) et les réactions beaucoup plus rapides. Le nombre de cycles de pompage journalier est de 4 à 8. L’arrêt de pompage du 09/06 montre un niveau statique supérieur à 9,6 m. Le débit spécifique calculé au bout de 1 heure de pompage sur plusieurs cycles est de l’ordre de 0,5 m³/h/m, soit 3 à 4 fois plus faible qu’en 1999, alors que le niveau de nappe est plus haut ;
• L’ancien forage du château d’eau présente des variations très amorties. L’arrêt de pompage du 08-09/06 sur le forage de 1999 se traduit cependant par une remontée de 70 cm.... »
« Les données disponibles indiquent clairement une baisse de productivité des deux ouvrages
exploités. Cette baisse avait également touché l’ancien puits du château d’eau et semble plus
liée à la nature de la nappe et à la minéralisation de l’eau qu’à la conception même des
ouvrages. Elle est en grande partie indépendante des évolutions climatiques [...] Sur le forage de 1999, ce phénomène est manifestement lié à la présence de fer dans l’eau, les dépôts provoquant un colmatage des fissures, massif de gravier et crépines [...] Le nettoyage réalisé en juillet 2020 n’a que très partiellement éliminé le colmatage.[... ]
L’origine de la baisse de productivité du puits de 1967, qui présente moins de fer, est moins certaine. Ce puits présente par ailleurs des défauts d’étanchéité du cuvelage, qui le rendent
vulnérable aux pollutions d’origine superficielle, à commencer par la turbidité. Il n’en reste pas moins que, quel que soit l’état des ouvrages, la productivité de la nappe est faible. [...] D’après le rapport SATEP de 2020, la production annuelle sur la période 2015-2020 est
comprise entre 20 100 et 22 100 m³/an, soit un débit moyen journalier de 55 à 60 m³/j. [...] Cela montre clairement que deux ouvrages proches peuvent s’influencer fortement et qu’une partie de l’abaissement de niveau, dû aux caractéristiques de la nappe, est inévitable. [...]
Le programme de mesures suivant pourrait être mis en place, par ordre de priorité
décroissant : Nettoyage mécanique du puits de 1967. [...] Nettoyage chimique du forage de 1999 [...] Réalisation d’un nouveau forage [...] Il est donc proposé de ne la mettre en œuvre que si les étapes précédentes donnent des résultats jugés insuffisants. [...] Le choix de l’emplacement du nouveau forage dépendra des résultats des opérations de nettoyage : remplacement pur et simple d’un des forages existant ou création d’un troisième forage en renfort et sécurisation. Dans le premier cas, le nouveau forage pourra être réalisé à quelques mètres du captage qui doit être remplacé. [...] Dans le second cas, les contraintes d’implantation seront les suivantes :
• Éloignement d’au moins 300 ou 400 m des ouvrages existants pour limiter les
interférences ;
• Éloignement par rapport aux vallées qui drainent fortement la nappe ;
• Éloignement par rapport aux habitations, installations d’élevage, points de rejet
d’eaux usées,… ;
• Choix d’un emplacement où la base des grès est plus profonde (épaisseur de grès
mouillés plus importante) ;
• Proximité de zones fracturées.
Deux zones semblent à priori favorables, sans que cela constitue une garantie absolue de
succès (Cf. Figure 12) :
• Nord-Nord-Est de Pressigny, entre le village et la ferme de Malperthuis, à l’Ouest de la
RD 314 ;
• Ouest de Pressigny, au Nord de la RD 312 et de la ferme d’ Aillaux. Ce deuxième
emplacement paraît plus favorable, en raison de la présence dans le secteur d’un
compartiment effondré. [...] Quel que soit l’emplacement du nouveau forage, il est probable qu’il doive faire au cours de sa vie l’objet d’opérations de régénération. Pour les faciliter, il est recommandé de pouvoir accéder directement au terrain, [...] »
« Ces ressources présentent des débits limités, et ont perdu en productivité. La perte de productivité est très largement indépendante des évolutions climatiques, même si ces dernières peuvent aggraver les situations de tension. En revanche, la qualité actuelle ne pose pas de problèmes majeurs, notamment en raison d’une faible pression des pollutions diffuses. La présence de turbidité semble être due pour partie à un défaut d’étanchéité du cuvelage du puits. Elle peut provenir également de la présence de fer dans l’eau du forage. La présence de fer pourrait devenir problématique et nécessiter un traitement si le forage venait à devenir la seule ressource du village. ... »
- coupures d’eau pour les habitants;
- nécessité d’un approvisionnement complémentaire par citernes d’eau potable.
« ... En juillet et août 2020, le manque d’eau a conduit à des coupures de distribution nocturnes puis en journée. Il a été nécessaire de citerner 108 m3 pour compléter le réservoir.
En 2021 un appoint par citernage de 90 m3 a été réalisé le 1er septembre. ... »
L’épisode de 2020 a également fait l’objet d’interrogations locales — et cela continue, quant à la possible influence du chantier éolien, plus particulièrement des travaux d’excavation de l’éolienne E21, implantée dans le périmètre de protection du captage — voir ci-dessous, sur cet épisode de manque d’eau potable.
Bien qu’aucun lien de causalité n’ait pu être établi avec certitude à ce jour, un faisceau d’indices laisse penser que les travaux d’excavation de l’éolienne E21 ont pu perturber le réseau d’eau souterraine et contribuer au manque d’eau observé depuis 2020.
«... La gestion des eaux de surface doit être particulièrement efficace pour éviter des infiltrations parasites au sein des excavations temporairement créées durant la phase de travaux. [...] Dans un contexte plus général, toute activité ou travaux susceptibles d'altérer la qualité des eaux souterraines et/ou de modifier les conditions d'alimentation des sources sont interdites. »
- Il est également important de souligner que, parmi les fondations des 17 éoliennes de l'usine, seule celle de l’éolienne E21 a été confrontée à ce phénomène.
Les épisodes estivaux de sécheresse semblent s’inscrire dans une tendance durable, au point que leur récurrence apparaît désormais hautement probable. Dans ce contexte, il est indispensable que la municipalité actuelle, ainsi que celles qui lui succéderont, prennent des décisions claires, cohérentes et pérennes, suivies d’actions concrètes, afin d’anticiper les prochaines périodes de canicule et de garantir à l’ensemble des Pressignoises et des Pressignois un accès continu à l’eau potable.
Au-delà de la gestion des crises, l’enjeu est désormais celui de la résilience du territoire. L’eau potable constitue un besoin vital et un service public essentiel. Sa sécurisation doit devenir une priorité permanente de l’action publique locale, fondée sur une connaissance précise de la ressource, une surveillance renforcée de son évolution et une politique d’investissement adaptée aux risques futurs.
Dans ce contexte, Les enseignements tirés des événements passés doivent contribuer à améliorer les pratiques et à renforcer le principe de précaution chaque fois que la protection de la ressource l’exige.
Enfin, les générations futures ne devraient pas avoir à subir les conséquences de décisions insuffisamment anticipées. Préserver durablement la ressource en eau, sécuriser l’alimentation en eau potable et renforcer la capacité de la commune à faire face aux épisodes climatiques extrêmes constituent aujourd’hui des responsabilités majeures, qui engagent l’ensemble des acteurs publics au service de l’intérêt général.
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