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Japon : le parti des Communistes des années 1910 à aujourd'hui

  "... la théorie marxiste japonaise était et continue d’être pratiquement inconnue à l’échelle mondiale, à l’exception de quelques personnalités.... "
  Rattrapons ici, un peu, le temps perdu.

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Le marxisme au Japon

Gavin Walker, professeur agrégé à l'Université McGill de Montréal. Spécialiste des philosophies modernes européenne et japonaise, il est l'auteur de The Sublime Perversion of Capital : Marxist Theory and the Politics of History in Modern Japan, Duke UP, 2016, et a récemment coordonné The Japanese ’68 : Theory, Politics, Aesthetics : Verso, 2018. 

 


  Le Japon est certainement le pays non-occidental où le marxisme a connu au XXe siècle l’épanouissement théorique le plus saisissant, en milieu universitaire d’abord mais aussi en dehors. Pourtant, le marxisme japonais, « insularisé », reste au mieux rangé dans le cabinet des curiosités. Gavin Walker nous offre ici un aperçu synoptique sur son histoire, aussi ancienne et riche que méconnue, qui a vu se succéder reformulation de la « question nationale », débats sur la nature du capitalisme japonais et les voies de la révolution, théories et pratiques du soulèvement dans les campagnes et de la lutte armée, ou encore approches subjectives versus structurelles du capital. Se nourrissant d’un dialogue ininterrompu avec Le Capital de Marx, longtemps en prise immédiate avec les politiques du Komintern, puis de la Chine maoïste, le marxisme japonais n’était pas non plus sans entretenir des affinités avec les courants hétérodoxes de la tradition marxiste européenne. Ici comme ailleurs, un tel décentrement vient bousculer le grand partage entre le marxisme orthodoxe, soviétique, et le marxisme occidental, ouvrant d’autres espaces de pensée et d’action.
 

I

  Résumer l’histoire de la réception de Marx au Japon n’est pas une mince affaire. En fait, il est pratiquement impossible de donner une vue d’ensemble satisfaisante de l’un des ensembles linguistiques les plus profonds, prolifiques et bigarrés de la tradition marxiste. Bien que cela reste étonnamment peu connu dans les cercles européens et nord-américains contemporains, le marxisme a été le principal courant de recherche théorique au Japon pendant la majeure partie du XXe siècle ; on peut dire que le japonais est sans doute resté la langue la plus importante pour l’érudition théorique marxiste, en dehors de l’anglais, de l’allemand et du français ; toutefois, son histoire théorique reste relativement circonscrite au sein de ses propres frontières linguistiques. Depuis son entrée initiale dans le monde intellectuel japonais à la fin du XIXe siècle, l’analyse marxiste a rapidement constitué un champ vaste et osmotique imprégnant tous les aspects de la vie universitaire, la pensée historique, les formes d’organisation politique et les façons d’analyser la condition sociale. De nombreux exemples en témoignent, dont le fait, frappant, que les premières Œuvres complètes de Marx et Engels à avoir été publiées ne l’ont pas été en allemand, en russe, en français ni en anglais, mais en japonais, par la maison d’édition Kaizōsha en 1932, en 35 volumes supervisés par Sakisaka Itsurō.
  Il n’y a que peu d’endroits au monde où la distinction entre l’histoire de la réception de Marx et l’histoire du marxisme soit si importante. Pourquoi ? Tout d’abord, alors que le Japon est le lieu de l’une des premières et plus éminentes réceptions de Marx, particulièrement pour le monde « non occidental »,  et, au XXe siècle, l’un des pays capitalistes avancés les plus marqués, intellectuellement et socialement, par la pensée marxiste, la voie de développement de cette réception est quelque peu différente de celle empruntée par les principales sociétés comparables, avant tout en Europe et en Amérique du Nord.
  Tandis que les réceptions anglaise, française, allemande, italienne, américaine et tant d’autres, de Marx, considèrent son travail comme étant immédiatement lié et intégré à l’histoire du mouvement ouvrier, on peut difficilement dire que cela soit le cas au Japon. Bien qu’un mouvement ouvrier fort et puissant ait existé depuis l’industrialisation intense des années 1870-1890, ce mouvement est principalement conditionné intellectuellement par une certaine orientation socialiste-nativiste qui a fourni le terrain politique à de nombreux mouvements sociaux du XIXe siècle, remontant aux dernières années du système féodal Tokugawa, avec ses contestations paysannes millénaires et formations de conscience sociale de masse. En ce sens, l’œuvre de Marx n’est pas seulement entrée au Japon comme avant-garde politique des mouvements ouvrier et socialiste, mais aussi, voire même principalement, comme avant-garde théorique de la pointe de la recherche sociale scientifique sur le caractère de la société moderne, avec ses deux pôles centraux : le rapport social du capital et la formation de l’État national moderne.
  Le Capital de Marx a été publié pour la première fois en Allemagne un an avant la restauration Meiji de 1868, qui allait par la suite mettre le Japon sur la voie d’un développement capitaliste rapide, de l’industrialisation et du virage impérialiste sur le continent asiatique. La première introduction connue à Marx, bien avant la publication du Capital en traduction, était un texte simplement intitulé « Karl Marx », écrit par Kusaka Chōjirō, qui avait étudié en Allemagne en 1889-1890, dans le Kokka gakkai zasshi, vol. 6, n° 72-74, en 1893, la 26e année de l’ère Meiji, Suzuki 1956 : 1, bien que, comme le remarque Suzuki, il est improbable que le texte de Kusaka ait été basé sur une réelle lecture du Capital. Pour cela, nous devrions plutôt nous tourner vers l’un des principaux et importants penseurs des débuts de la réception de Marx au Japon, Yamakawa Hitoshi, dont le texte « Le Capital de Marx » a été publié en plusieurs parties dans son journal radical, l’Osaka heimin shinbun, dans 4 numéros en 1908 : Suzuki 1956 : 6. Yamakawa allait devenir plus tard l’une des figures clefs des premières batailles historiographiques qui allaient profondément marquer la réception de Marx au Japon et que nous aborderons brièvement.
  Une tradition du socialisme, liée aux mouvements des ouvriers et des paysans, existait déjà, qui comptait parmi ses intellectuels renommés Kōtoku Shusui et Katayama Sen. Shakaishugi shinzui, L’Essence du socialisme, de Kōtoku a été publié la même année que Waga shakaishugi, Mon socialisme,  de Katayama Sen, en 1903, un tournant dans le développement de la pensée marxiste au Japon : Sugihara 1998 : 47. Kōtoku, qui allait bientôt être exécuté dans l’« Incident de haute trahison » sur de fausses accusations de complot pour assassiner l’empereur, était le traducteur du Manifeste communiste, ainsi qu’un ancien socialiste engagé. Se tournant rapidement vers une position anarcho-syndicaliste au cours des années suivantes, le lien précoce établi par Kōtoku entre le système impérial et le développement du capitalisme au Japon allait rester l’un des principaux points de litige dans les débats ultérieurs au sein de la pensée marxiste. L’année suivante, à la veille de la guerre russo-japonaise de 1904-05, c’est la poignée de main de Katayama avec son homologue russe Gueorgui Plekhanov au 6e Congrès de la Deuxième Internationale à Amsterdam qui révéla au monde socialiste l’existence et l’importance du mouvement socialiste japonais. Katayama allait, au cours des décennies suivantes, mener une vie internationaliste extraordinaire : en tant que membre du comité exécutif du Komintern, il fut membre fondateur de trois partis communistes : le Parti communiste japonais, le Parti communiste des États-Unis et le Parti communiste mexicain, qu’il aida à fonder aux côtés de son camarade internationaliste indien M. N. Roy au cours de leurs improbables années de lutte commune à Mexico. Son histoire est d’autant plus remarquable que Katayama est né paysan misérable dans l’Okayama rural dans les derniers jours du système féodal : voir les premiers textes anglais de Katayama dans Katayama 1918.
  Mis à part ces premiers développements de la pensée marxiste au tournant du siècle, la spécificité de l’œuvre théorique de Marx — et son essence dans Le Capital — demandait encore à être développée. En un sens, on ne peut dissocier la réception de Marx au Japon de sa centralité au sein du système universitaire. Des années 1910 aux années 1920, pendant l’ère Taisho, Le Capital de Marx est progressivement passé au premier plan, à tel point que faire référence aux jeunes hommes obsédés par Le Capital par le nom « Marx boy » [Marukusu bōi] est devenu monnaie courante. Cette nouvelle culture de l’étude de Marx a produit une génération extraordinaire de penseurs, dont un certain nombre allaient devenir d’importants théoriciens de Marx et du marxisme au sens large : Yamakawa Hitoshi, Fukumoto Kazuo, Inomata Tsunao, Noro Eitaro, Yamada Moritaro, Hani Goro, Uno Kozo, Kuruma Samezo et bien d’autres, aux côtés de ceux qui travaillaient dans le domaine même de la philosophie, comme Tosaka Jun ou Kakehashi Akihide. Le catalyseur ou tournant de toute cette période est sans doute la parution de Binbō monogatari, Récits de pauvreté, de Kawakami Hajime, qui est avant tout une sorte d’introduction populaire à la pensée socialiste, publiée en plusieurs parties, sur trois mois en 1916, dans le journal Osaka Asahi. Les articles ont été compilés en livre peu de temps après et se sont avérés si influents dans le climat intellectuel de l’époque, qu’en 1919 le livre avait déjà été réimprimé trente fois : Bernstein 1976 : 87. Ce texte, à son tour, a conduit Kawakami vers l’œuvre de Marx et en 1919, il publia la décisive Introduction au Capital de Marx : Shihonron nyūmon. Nombre de penseurs marxistes ultérieurs ont cité ce texte et sa parution comme le principal catalyseur de la popularisation de l’œuvre théorique de Marx. Uno Kozo, par exemple, a fait par la suite référence au travail de Kawakami comme l’un des premiers écrits ayant une valeur théorique en japonais : voir Uno 1970, vol. 1 : 214, 305. À la fin des années 1910, particulièrement au cours des deux années qui ont suivi le succès de la Révolution d’Octobre, la vitalité théorique de Marx au Japon fut fermement établie et une nouvelle ère de polémiques s’ouvrit : sur cette période en général, voir Wakabayashi 1998 : 147-206.

II


  L’un des éléments distinctifs et centraux à avoir profondément conditionné la tradition marxiste au Japon, comme c’est le cas presque partout en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord, est le statut nécessairement central de ce que l’on appelle la question nationale. Historiquement parlant, la « question nationale » a été largement associée aux recherches théoriques marxistes sur le « non occidental ». C’est pourquoi, généralement, c’est quelque chose que le marxisme occidental a souvent considéré comme étant réglé, bien que l’analyse de Gramsci sur le « Sud » et les questions coloniales restent une exception notoire. À l’inverse de l’exemple de la Russie impériale tardive ou des divers mouvements tiers-mondistes des années 1950 et 1960, la « question nationale » a souvent été traitée comme un simple signe d’une révolution bourgeoise incomplète. Dans la théorie et l’historiographie marxiste japonaise, cependant, cela n’a certainement pas été le cas. Condensée dans une période de cent ans, de la restauration Meiji de 1868 à l’explosion de la nouvelle gauche en 1968, l’histoire du Japon englobe l’émergence d’un État-nation moderne, s’industrialisant rapidement, la formation d’un empire multiethnique et multinational, la défaite de la nation et de son empire, l’occupation de l’ancien « centre » de son empire par les États-Unis suivi d’un développement économique stratosphérique, sous l’hégémonie américaine, au sein du deuxième plus grand pouvoir capitaliste à la fin des années 1960. C’est-à-dire que le cas japonais combine effectivement dans un même ensemble complexe les trajectoires d’un empire, d’une colonie, d’un pouvoir dépendant et d’un pouvoir dominant. Depuis l’introduction des sciences sociales modernes dans leurs inflexions allemandes et françaises au début de la période Meiji, 1868-1912, une forme de question nationale est toujours restée la principale préoccupation : de la tentative de Fukuzawa Yukichi de transcrire le travail de Mill sur le sentiment national à l’intérieur du discours sur le « corps national », au focus hégélien sur « l’histoire mondiale » et les destins nationaux, la figure de la nation — historiquement nouvelle dans son sens politique moderne à cette époque — a constitué un véritable terrain de possibilité et d’inquiétude. Pas étonnant, donc, que cette cristallisation multidimensionnelle de la question nationale ait été pendant longtemps le problème fondamental auquel se sont confrontés les marxistes japonais : comment rendre compte de la position historique du Japon dans le monde : sur l’historiographie marxiste d’avant-guerre, voir Harootunian et Isomae 2008, en particulier la préface.
  Un autre trait caractéristique de la tradition marxiste japonaise de l’historiographie a été son insularité relative, du moins dans la période d’après-guerre, vis-à-vis des marxismes d’ailleurs, ou plus spécifiquement son insularité unidirectionnelle. On rencontre fréquemment de l’incrédulité en Europe et en Amérique du Nord : « Le marxisme japonais ? Ça existe ? » Je ne dis pas ici que les marxistes japonais n’étaient pas au courant des développements de la théorie marxiste, à la fois dans ce que l’on appelle les marxismes occidentaux ainsi que les marxismes d’autres sortes. J’entends précisément le contraire. Alors que la tradition marxiste japonaise englobait et développait un niveau de développement exceptionnellement élevé, de bien des façons plus avancé que les débats contemporains en Europe, Amérique du Nord et ailleurs, particulièrement dans la période d’avant-guerre, la théorie marxiste japonaise était et continue d’être pratiquement inconnue à l’échelle mondiale, à l’exception de quelques personnalités. Même pour ces quelques personnalités qui sont entrées directement dans les débats marxistes à l’échelle mondiale, le contexte et l’histoire intellectuelle constituant le terreau de leurs positions ont été largement ignorés. Selon moi, les débats longs, denses et très complets sur la question nationale au Japon, en plus d’autres réflexions, nécessitent de repenser la division conventionnelle du marxiste occidental, du marxisme soviétique et des « autres » marxismes, qui soutient de nombreuses tentatives pour prendre en considération cet espace de pensée dans l’histoire intellectuelle moderne.
  Cette prédominance du marxisme dans des disciplines universitaires japonaises telles que l’économie politique, la sociologie, l’histoire, etc., ne constitue qu’une partie de l’histoire. Il y a aussi une histoire politique décisive qui étaye l’influence majeure de la recherche théorique marxiste dans la situation japonaise. Après la fondation du Parti communiste japonais, Nihon kyōsantō, en 1922, le débat interne à la théorie marxiste s’est d’abord centré sur les questions de philosophie marxiste, chez les principaux théoriciens marxistes des années 1910 et 1920 tels que Kawakami Hajime, Yamakawa Hitoshi et Fukumoto Kazuo, parmi d’autres : la connaissance théorique de la subjectivité, le problème de l’aliénation et la nécessité historique de la mission révolutionnaire du prolétariat.  Après avoir bénéficié d’un soutien au début des années 1920, l’obsession austère de Fukumoto pour la ligne juste, qui serait qualifiée plus tard de théorie du « primat des idées justes » — le point de vue des « bunri ketsugō » ou l’unification du parti par l’élimination des éléments idéologiquement mauvais, littéralement « unité dans la séparation », — est devenue la cible d’une dénonciation au moment de la publication des Thèses de 1927 du Komintern, largement rédigées sous l’influence de N. I. Boukharine : dès lors et jusqu’à ce jour dans le travail théorique marxiste au Japon, le terme « fukumotoïsme » a été utilisé pour critiquer avec mépris une certaine insistance hystérique sur la pureté de la ligne, peut-être similaire à la figure d’ Amadeo Bordiga dans la situation européenne. Les Thèses du Komintern-PCJ de 1927 commençaient par la présentation d’une ligne théorique qui mettait l’accent sur la théorie de la révolution en « deux étapes » : le Japon n’était pas un État moderne pleinement réalisé, mais toujours accablé par des « vestiges féodaux » sous la forme d’une propriété foncière parasite, etc., et c’est cette analyse du niveau de développement du capitalisme japonais qui a initié les débuts de la scission qui allait culminer avec les Thèses de 1932 : Komintern 1961. En tant que principal pays « développé » par rapport à ses États voisins et principale puissance impérialiste en Asie de l’Est, le Komintern considérait le Japon comme l’objectif clef le plus important pour le projet révolutionnaire ; mais à la suite des Thèses de 1927, qui mettaient en avant le fait que la restauration Meiji de 1868 n’avait pas encore été totalement accomplie en tant que révolution bourgeoise démocratique nécessaire et transition vers le monde capitaliste moderne, une question surgissait : le capitalisme japonais des années 1930 était-il prêt pour la révolution socialiste — dans les conditions sur le terrain, était-il possible de trouver le sujet révolutionnaire de ce processus ?
  De l’éclaircissement de cette question a émergé l’important et célèbre « débat sur le capitalisme japonais », Nihon shihonshugi ronsō, un débat dont la pièce maîtresse a été la clarification des questions essentielles concernant le mode de production et le processus historique d’articulation de la formation sociale : à quel stade de développement se trouvait alors le Japon — comment et par quels moyens avait procédé le développement capitaliste japonais et existait-il un développement total concomitant de la formation sociale comme un tout, produisant ainsi la conscience politique nécessaire à la transition révolutionnaire ? La catégorie économique fondamentale de la vie sociale dans les villages — la forme du fermage, kosakuryō, — était-elle un « vestige » ou un « reste » de féodalisme, quelque chose de partiellement féodal, ou un produit du développement du capitalisme du monde moderne ? Le débat sur le capitalisme japonais, au sens encyclopédique, a eu lieu entre la moitié des années 1920 et la moitié voire la fin des années 1930, une période concentrée d’environ 12-15 ans. Ce débat, bien qu’au centre de la théorie marxiste, a eu une influence exceptionnellement large sur la formation de la pensée sociale japonaise et sur la formation des sciences sociales modernes japonaises de façon générale. De plus, il faut souligner ici que bien qu’il y ait eu également de vastes travaux exégétiques portant directement sur Marx dans les années 1920 et 1930, le principal domaine à travers lequel ont pris place les réceptions extrêmement complexes de Marx — non seulement du volume 1 du Capital, mais aussi du volume 2, les schémas de reproduction, et du volume 3, la catégorie de la rente foncière et ses explications théoriques, — a précisément été les analyses historiographiques et théoriques du capitalisme japonais.
  Dans le débat sur ces questions, deux positions ont globalement émergé : l’une, qui est devenue celle de la faction Rōnō, ouvrier-paysan, qui affirmait que la réforme agraire instituée avec la restauration Meiji de 1868 — qu’ils considéraient franchement comme une révolution bourgeoise démocratique — a apporté la solution au « sous-développement » de la campagne, semant les premières graines qui allaient mener au plein développement capitaliste ; l’autre, qui est devenue celle de la faction Kōza, « discours », qui représentait la ligne principale du PCJ et du Komintern, affirmait que la restauration n’avait pas été une révolution pleinement bourgeoise démocratique, mais plutôt une transition incomplète vers la modernité et que le capitalisme japonais n’était que partiellement développé, sur une base essentiellement féodale. Les Thèses de 1927 du Komintern, en rompant avec l’accent mis ultérieurement sur le processus révolutionnaire socialiste immédiat, a posé les conditions pour la rupture entre le PCJ et la faction Rōnō : particulièrement Yamakawa Hitoshi et Inomata Tsunao. Mais dans ses Thèses de 1932, le Komintern a renforcé cette ligne davantage encore en parallèle avec la situation mondiale, en appelant à une révolution démocratique bourgeoise s’appuyant sur les masses, contre l’absolutisme et le féodalisme concrétisés dans la forme du système impérial, tennōsei, sur l’histoire du débat, voir Nagaoka 1985 ; Hoston 1987. La principale influence auctoriale et conceptuelle durant cette période de la politique du Komintern sur la « question nationale » était Otto Kuusinen, qui, lors de la 12e plénière du Komintern de cette même année, lança un appel général pour des actions de masses subordonnant les revendications communistes aux besoins immédiats du large front de masse. En affirmant qu’une plateforme politique directement communiste aliénerait et maintiendrait le parti séparé des strates rurales pauvres et « non avancées » de la classe ouvrière, cet appel a en fait démarré la transition au sein du Komintern vers la ligne du front populaire adoptée quelques années plus tard, en 1935.
  Au Japon, la position de la faction Kōza et la prédominance de ce débat ont été pleinement établies avec la publication en 1932 de leur Discours sur l’histoire du développement du capitalisme japonais, Nihon shihonshugi hattatsushi kōza, en 8 volumes. Les travaux présents dans ces volumes étaient en préparation bien avant la publication des Thèses de 1932 et devraient par conséquent être considérés non comme une expansion de la position de ces Thèses, mais davantage comme préparant le terrain à l’hégémonie de cette position à la suite des Thèses de 1927. Noro Eitarō, un leader du PCJ, qui a été arrêté et est mort en prison deux ans plus tard, en 1934, a supervisé la compilation du Discours. Noro pouvait être considéré comme celui ayant le plus préparé, concrètement, le terrain pour les conceptions globales de la faction Kōza. Pour lui, l’unique façon d’articuler véritablement et effectivement la conséquence politique de la théorie, la stratégie prolétarienne, était de se concentrer sur la « particularité », tokushusei, du développement capitaliste japonais. La raison en était, d’après ce qu’affirme Noro, que sans compréhension du mode de production « dominé », hishihaiteki, c.-à-d. la structure agraire semi-féodale de la campagne, on ne peut pas comprendre la façon spécifique dont le développement des forces productives a nécessité un virage impérialiste. Cette logique fondamentale a été reprise par Otto Kuusinen, qui était alors le leader du Bureau oriental du Komintern, chargé de préparer les analyses des conditions révolutionnaires en Asie de l’Est. Kuusinen a prononcé l’affirmation célèbre : « Nous observons l’oppression ininterrompue et sans limites de la paysannerie, conditionnée par des vestiges du féodalisme, hōkensei no zansonbutsu, exceptionnellement puissants. Le village japonais est pour le capitalisme japonais une colonie contenue au sein de ses propres limites domestiques : Nihon shihonshugi ni totte jikoku naichi ni okeru shokuminchi de aru. » Il continuait : « La transformation bourgeoise japonaise reste remarquablement incomplète, ichijirushiku mikansei de ari, étonnamment incertaine ou indéterminée, ichijirushiku hiketteiteki de ari,  et est par essence partielle et inachevée : chūtohanpa. » Précisément en raison de ces éléments, expliquait-il, le capitalisme japonais est mutilé ou déformé : sur ce point, voir Walker 2016. Il tombe sous le sens que les débats sur la transition dans le contexte japonais fonctionnaient allégoriquement pour réfracter les lignes de luttes au niveau politique, la thèse « semi-féodale » menait à une théorie de la révolution en deux étapes ; la thèse d’un capitalisme accompli conduisait à une théorie en une étape, mais ils ont également servi de laboratoires d’expérimentation théorique sur le statut du Capital de Marx et la façon d’appliquer ses réflexions à la conjoncture locale.
  Dans la période de l’après-guerre, le Parti communiste japonais, revigoré après des décennies de répression gouvernementale, a fleuri et s’est épanoui comme source de résistance politique et de force organisationnelle intellectuelle. Au début des années 1950, la logique politique autour de laquelle le PCJ avait théorisé sa position a commencé à évoluer vers la forme d’une lutte de « libération nationale », une lutte armée pour se libérer de la « subordination », inspirée de la ligne révolutionnaire chinoise. Cette ligne était largement vantée par certains leaders du PCJ, en particulier Tokuda Kyūichi, 1894-1953, qui avait passé 18 ans en prison sous les Lois de préservation de la paix avant la guerre et Nosaka Sanzō, 1892-1993, qui avait passé la guerre dans différents endroits et qui avait établi des liens avec le parti chinois, fuyant les purges rouges entreprises par les forces d’occupation américaines dans la ville de Pékin récemment libérée.
  Ils soulignaient en particulier la continuité, plus que la rupture, des anciens rapports fonciers qui existaient dans la campagne japonaise, ce qu’ils décrivaient comme un « système parasite de propriétaires terriens », kisei jinushisei, : avec cela comme colonne dorsale décisive de l’asservissement de la « nation », le PCJ a entamé un mouvement au destin funeste de retour dans les villages. Cela a pris la forme de l’« Unité d’opération des villages de montagne », Sanson kōsakutai, quasi clandestine, des groupes de cadres et d’étudiants qui se rendaient dans les villages, pour faire de l’agitation parmi les paysans et tenter de susciter une étincelle révolutionnaire dans le milieu rural, Mao, « Une seule étincelle peut allumer un feu de prairie »,  afin de semer les graines d’un « encerclement des villes ». Ce mouvement était condamné dès le départ, non seulement en raison du fait que les paysans se désintéressaient, dans l’ensemble, du mouvement, mais aussi du fait que leurs conditions, bien que toujours enlisées dans une épouvantable pauvreté, avaient évolué avec les réformes agraires après-guerre, suffisamment du moins pour diminuer le « parasitisme » direct qu’ils affrontaient et, par conséquent, suffisamment pour rendre inefficaces les appels à l’action révolutionnaire lancés par les « corps d’opérations » : Koschmann 1996.
  Cela représente cependant certainement bien plus qu’un simple échec de stratégie politique : bien que le PCJ ait rapidement renié le retour au village, en tant qu’« aventurisme gauchiste », kyokusa bōkenshugi, et rejeté officiellement la ligne de la lutte armée en 1955 lors du sixième Congrès, la mémoire matérielle et affective des opérations dans les villages est restée un point essentiel de la politique littéraire, de l’inspiration politique, tout comme de l’imagination et de l’expérimentation tout au long des années 1950 et des suivantes.
  Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste japonais est revenu au premier plan de la société japonaise, renforcé par le sacrifice et la légitimité de ses principaux leaders, Nosaka et Tokuda. Salués comme n’ayant pas été corrompus par les années de guerre, le PCJ et le Parti socialiste japonais ont entrepris une démarche électorale concertée en 1946 et 1947. Alarmés par la vaste faveur dont jouissaient ces partis, MacArthur et le Commandement suprême des forces alliées ont pris une décision décisive : ce qui fut connu plus tard par les historiens sous le nom de « marche arrière », un changement de stratégie pour prévenir la diffusion du socialisme plutôt que chercher avant tout à débarrasser l’État japonais du fascisme. Ainsi, les « purges rouges » de la fin des années 1940 ont cherché à annihiler la soudaine résurgence de la tradition communiste japonaise d’avant-guerre, qui fut un temps la plus puissante d’Asie, dans les années 1920 et 1930, et la source d’une œuvre théorique majeure au sein de la pensée marxiste. Cela a conduit le PCJ dans la clandestinité et mené à une courte période, de la fin des années 1940 à 1955, durant laquelle l’accent a été mis sur la lutte armée, le travail illégal clandestin et une proximité renouvelée avec la ligne chinoise : sur la question de la nation au cours de cette période de la pensée marxiste, voir Gayle 2003). En 1955, au sixième Congrès du PCJ d’après-guerre, cette ligne de la lutte armée dans les campagnes a été reniée, ses défenseurs exclus et un nouveau « compromis historique », sur le modèle du parti italien, mis en place, ouvrant la voie à la transition complète du PCJ vers le réformisme et la participation au gouvernement. En un sens, ce moment peut être vu comme la première émergence à l’échelle mondiale d’une « nouvelle gauche » marxienne, un an avant que les événements de 1956 en Hongrie ne génèrent un processus similaire dans les partis communistes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord.
  Alors que les années 1950 arrivaient à leur terme, une nouvelle masse sociale d’étudiants, d’intellectuels, d’ouvriers et de paysans, ainsi que les classes populaires, s’élevèrent de nouveau, en particulier autour de la reconduction en 1960 du Traité de sécurité nippo-américain : Anpo, dans son abréviation japonaise. La première manifestation de masse des années 1960 autour de la protestation contre l’ Anpo mobilisa un nombre considérable de personnes : l’une des trois grèves générales majeures à laquelle avaient appelé les syndicats rassembla à elle seule 6,2 millions de personnes dans les rues en juin 1960. Avec ce niveau intense de mobilisation, une nouvelle gauche combative se forma, annonçant un nouvel ordre social : cette nouvelle gauche au Japon, qui n’était plus redevable envers le PCJ, alors considéré par de nombreuses personnes à gauche comme ayant trahi leur politique, donna lieu à l’une des décennies les plus intenses du XXe siècle en termes d’organisation, de pensée et d’esthétique politiques : voir les textes dans Haniya 1963.

III


  Si, avant-guerre, le débat sur le capitalisme japonais — son caractère, son développement, son mode de relation avec l’émergence du capitalisme décrite dans le Capital — était focalisé sur le rapport entre l’historique et la logique, l’essor de l’écriture théorique marxiste après-guerre tendait à être divisé entre l’analyse méthodologique du capital lui-même et la recherche d’une philosophie de la subjectivité se situant autour de la théorie de l’aliénation et caractérisé par un intérêt porté au jeune Marx. Ces lectures, particulièrement celles de Kakehashi Akihide, Kuroda Kan’ichi et Umemoto Katsumi, ont toutes tendu vers une approche de Marx centrée, jusqu’à un certain point, autour du sujet, ou de ce que Kakehashi nommait la « compréhension subjective », shutaiteki ha’aku, du capital, avec une centralité concomitante accordée à la figure du « travail humain ». En revanche, Uno Kozo et ses principaux collègues, des personnalités telles que Suzuki Koichiro et Iwata Hiroshi, parmi d’autres, ont formulé par opposition une lecture relativement structurelle, centrée sur le Capital, se préoccupant principalement de trois points : 1) la clarification méthodologique du Capital en termes de niveaux d’analyse, logique ou « principe » ; stade ou mode de développement capitaliste ; analyse conjoncturelle ; 2) la centralité de cette quasi-marchandise particulière qu’est la force de travail ; 3) l’importance d’une théorie de l’impérialisme interne à une relecture du Capital. Alors que nombre de ceux qui l’entouraient parlaient du « capitalisme mondial », Iwata, revenaient à la question agraire, Ōuchi Tsutomu, ou développaient des lectures logiques du Capital à part entière, Suzuki Kōichirō, le travail d’ Uno, bien que soigneusement séparé de la politique proprement dite, ou des luttes partisanes internes à la gauche marxiste de plus en plus intenses, est devenu néanmoins très important au sein de la nouvelle gauche : Suga 2005 ; Walker 2018. Dans le sillage de 1968 et de l’éclipse des mouvements armés, par exemple, l’Armée rouge unifiée et le Front armé anti-japonais d’Asie de l’Est [Higashi ajia han-nichi busō sensen], une nouvelle direction est apparue au début des années 1970. Marqué par la parution de Marukusu sono kanōsei no chūshin de Kojin Karatani [Marx : vers le centre du possible] et de Shihonron no tetsugaku de Hiromatsu Wataru [La Philosophie du Capital], ce moment a été celui d’un retour au cœur de l’écriture de l’œuvre de Marx, là encore avec un certain degré de séparation vis-à-vis de la politique marxiste existante.
  La prose philosophique extraordinairement dense de Hiromatsu, avec sa focalisation sur la catégorie philosophique de la réification en relation avec la théorie de la forme-valeur, a eu beaucoup d’influence sur la génération des années 1960, notamment en raison de l’engagement de Hiromatsu dans le mouvement étudiant. Son travail, non seulement dans le domaine de la philosophie, mais aussi dans la correction active du manuscrit de L’Idéologie allemande pour offrir un texte plus juste marxologiquement, a produit de nombreux exemples d’importance philosophique durable, peut-être symbolisé dans son ouvrage de 1974, The Philosophy of Marx’s Capital : Hiromatsu 1974.
  Hiromatsu était, bien sûr, surtout une figure faisant le lien avec le point culminant de la philosophie marxiste d’avant-guerre, représentée par Tosaka Jun ou Miki Kiyoshi, alors qu’exactement en même temps, le travail de Karatani a apporté au sein de la lecture de Marx un moment qui a coïncidé avec le développement de la théorie critique, dans son sens large, plutôt que dans celui, étroit, de l’École de Francfort, particulièrement aux États-Unis, où Karatani a passé du temps, à Yale dans les années 1970 et où il a ensuite enseigné, à l’Université de Columbia. Depuis la célèbre conférence Johns Hopkins sur les « Sciences de l’Homme » en 1966, la « French Theory » avait connu un développement intense, particulièrement en Amérique du Nord. En un sens, la généralité fournie par le langage de la théorie ne constituait pas un développement tout à fait nouveau au Japon, où un certain type de croisement entre la critique littéraire et la théorie sociale a longtemps été acceptable comme discours public, y compris par moments totalement en dehors du système universitaire. Marx : Towards the Centre of Possiblity de Karatani, publié en plusieurs parties dans le magazine littéraire Gunzō en 1974 a représenté une rupture — ou plutôt se situe lui-même à l’intérieur d’une rupture, pourrait-on dire — avec la lecture prédominante de Marx en 1968 : celle du jeune Marx, une lecture lukácsienne de la figure du travailleur aliéné. Cette nouvelle approche prenait en compte une lecture littéraire ou linguistique, centrée sur la textualité du Capital, une lecture transversale entrecroisée avec la linguistique structurelle, Saussure, la psychanalyse, Freud et Lacan, et la déconstruction : Heidegger et Derrida. En un sens, le texte de Karatani peut aujourd’hui être considéré, sous un jour intellectuel-historique, comme un élément clef dans lequel la tradition de la théorie marxiste japonaise a puisé un nouveau point de départ à l’échelle globale de la théorie critique : Karatani 1990. Cela conditionnera fortement le développement de ce qui a été appelé le « nouvel académisme » dans les années 1980, quand Karatani lui-même et Asada Akira, dont les propres travaux sur Marx étroitement liés à Deleuze et Guattari, autant qu’aux questions de psychanalyse et d’esthétique, allaient être très importants, sont devenus des personnalités critiques dominantes.
  Aujourd’hui, dans les premières décennies du XXIe siècle, il ne fait aucun doute que la lecture de Marx reste un élément déterminant du paysage intellectuel japonais, bien que l’on soit en peine de nommer un intellectuel réellement dominant ou hégémonique, dans le style d’ Uno, Hiromatsu ou même Karatani : qui continue lui-même d’écrire, quoique sans l’influence exceptionnelle qu’il a eue dans les années 1990. Les lectures japonaises de Marx ont accompagné en parallèle la mondialisation post années 1990 de façon intéressante : d’un côté, il y a eu une « internationalisation » significative des théoriciens, historiens et philosophes marxistes japonais, au sens où les modes de lecture dominants sont maintenant moins centrés sur des figures et positions qui avaient été déterminantes dans le développement de la pensée marxiste japonaise : les positions Rōnō/Kōza, le travail d’ Uno, de Hiromatsu, le travail plus explicite de l’école de Kyoto ont influencé des théoriciens comme les personnalités d’après-guerre Kuroda Kan’ichi, Kakehashi Akihide, etc.. Mais d’un autre côté, le reste du monde reste profondément ignorant de la tradition japonaise, une particularité qui peut seulement être expliquée par la distance linguistique, puisqu’à tous les autres niveaux, le japonais est certainement une langue dans laquelle existent autant d’analyses théoriques marxistes puissantes que ce qui a été écrit en français, en espagnol, en italien et dans d’autres langues répandues dans le monde. Il est certain que le caractère hyper-méthodologique de la pensée marxiste en langue japonaise du milieu du XXe siècle n’a pas facilité sa réception, ce qui était en partie dû à la polémique quelque peu obscure dans laquelle s’ancrait une bonne partie de celle-ci.
  Alors que l’internationalisme de la période d’avant-guerre, soutenu à la fois par l’existence de l’Union soviétique et spécifiquement par le Komintern d’avant le front populaire, 1935, fournissait une globalité aux premières décennies de théorie marxiste au Japon, la période d’après-guerre a vu un recul de cette dimension internationale, avec quelques rares exceptions notables : dans le champ de l’histoire, certains marxistes importants comme Toyama Shigeki et Takahashi Kōhachirō étaient certainement connus mondialement. Les révolutions de 1968 et la formation de la nouvelle gauche à la suite de 1955 ont fourni une autre globalité, mais cette fois-ci à un niveau de contemporanéité des événements et processus, plutôt que d’engagement étroit. Le jeune trotskysme des années 1950, en lien avec des organisations françaises telles que Socialisme ou barbarie, était l’une des voies possibles, Kuroda Kan’ichi, plus tard le leader suprême de la Faction marxiste révolutionnaire [appelée Kakumaru-ha] était, dans les années 1950, le correspondant japonais de S ou B ; les organisations de lutte armée, avec leurs actions directes et leur passage de la résistance armée au terrorisme pur et simple au Liban, en Europe de l’Ouest et dans le Sud-Est asiatique, en était une autre.
  Dans les années qui ont suivi 1968, une nouvelle génération a émergé, qui n’était plus nécessairement redevable envers l’expérience de la tradition marxiste japonaise en tant que telle. Après les années 1990, il y a eu un nouveau changement au sein de la sphère de la théorie marxiste et de l’analyse marxienne au Japon, qui a produit des voix à la fois extraordinaires et puissantes, qui devraient être davantage diffusées de façon large dans d’autres langues : pour deux exemples récents et importants, voir Ichida 2015 et Nagahara 2017. La tradition érudite marxienne reste extraordinairement répandue, elle entretient de nouveaux liens avec l’ensemble florissant des travaux sur la théorie de la forme-valeur, bien que les nombreuses possibilités de liens entre la Neue Marx-Lektüre et ses ancêtres dans les divers débats japonais sur la forme-valeur restent un point à développer davantage, ainsi qu’avec un nouveau travail lié à la réception de figures philosophico-politiques françaises et italiennes.
  L’aperçu ci-dessus, très schématique, n’est rien d’autre qu’une sorte de substitut impossible à une vaste tradition bibliographique conceptuelle. Cela reste une tâche cruciale pour les marxistes aujourd’hui que de mettre en lien cette gigantesque histoire théorique en langue japonaise avec ses équivalents de par le monde.
  Traduit de l’anglais par Sophie Coudray

Références :

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(1961) Kominterun: Nihon ni kan suru teze-shū, Tokyo : Aoki Shoten.
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Gayle, C.A. (2003), Marxist History and Postwar Japanese Nationalism, London: Routledge.
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Sur le Web

Japon : kannin wa isshou no takara, « la patience est un trésor de la vie »

"...bien que le climat soit un des paramètres de notre rapport à la nature, il n'y a pas de raison qu'il fasse "régime". Il est d'autant plus important de le signaler que la plupart des solutions technologiques prônées pour lutter contre le réchauffement sont d'énormes consommatrices de nature. Injonction est faite aux gestionnaires d'espaces naturels de contribuer à l'effort de mitigation des changements climatiques, et il ne serait pas surprenant qu’au nom de l’urgence climatique des installations d’énergies dites renouvelables fassent progressivement concurrence à la nature au sein même des aires protégées. Plus grave encore, la fausse solution des agrocarburants, présentée comme une façon de réduire la consommation d’énergie fossile, nécessite des surfaces agricoles toujours plus importantes pour la culture de colza, sans parler de l’importation massive d’huile de palme, première destructrice des forêts tropicales en Asie du Sud-Est et maintenant également dans le bassin du Congo.
Les changements climatiques sont certainement l’une des plus grandes menaces qui pèsent sur les populations humaines et sur la nature. Mais abordés du point de vue de nulle part, à la façon dont le conçoivent les anthropocénologues, cet enjeu se voit internalisé dans le système néolibéral dominant.
Ainsi, sans soucis pour les peuples et moins encore pour la nature, la « transition énergétique » fait peser une pression supplémentaire sur les espèces sauvages et sur ce qui reste de milieux non accaparés par l’humain.

Virginie Maris, La part sauvage du monde, p. 233, Seuil,, 2018
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Au Japon, cette gare a été construite tout autour d'un arbre de 700 ans

Baptiste

  Combien de fois nous sommes-nous retrouvés dans des endroits où la nature a été tristement piétinée ou arrachée pour faire place à des bâtiments et des structures construits par l'homme ? Certes : la modernisation, le progrès, la nécessité d'expansion sont autant de facteurs physiologiques du développement de l'humanité. Cela n'enlève cependant rien au fait que c'est un coup dur de retrouver des œuvres artificielles à la place d'arbres, de parcs, de pelouses et d'autres éléments naturels.  

  Si c'est précisément le cas de la gare de Kayashima au Japon, il reste ici un élément de la nature, imposant et fier, qui est toujours là, avec toutes les structures qui l'entourent et qui se sont adaptées à lui. 


神

  Il s'agit du Big Kusu Tree, un immense camphrier dont le feuillage se détache, comme une sorte de "champignon" vert, au milieu des rues, des voies ferrées et des bâtiments d'une zone très peuplée au nord-est d'Osaka. La station de Kayashima a été construite en 1910 ; mais l'arbre est toujours là, du haut de ses 700 ans.


Yasuhiro Ueno

  Ainsi, dans le plein respect d'une créature naturelle si ancienne, lorsque dans les années 70 la gare a été agrandie, au lieu de couper l'arbre, les techniciens et les ingénieurs ont décidé de construire autour de lui des structures pour les trains et les passagers. Bien que dans les plans initiaux, l'intention était précisément de l'abattre, grâce aux protestations et à la ténacité des habitants, le Big Kusu est resté à sa place, intégré dans l'architecture ferroviaire


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  Cet arbre fascinant a longtemps été associé à une divinité locale, à vénérer et à respecter en tout temps, à tel point que les habitants croient que même le toucher était un geste porteur de malchance. Une fois l'arbre sauvé, les habitants ont érigé un petit sanctuaire à sa base, fiers d'avoir protégé un merveilleux coin de nature dans la jungle urbaine.


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  Aujourd'hui, la gare de Kayashima, en raison de sa particularité évidente, est devenue une attraction, un lieu à l'architecture unique, où nature, modernité et traditions coexistent au mieux.


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Japon : le charbon a toujours la côte

Suite à Fukushima et la baisse du nucléaire, malgré la hausse du renouvelable, le Japon planifie l’ouverture de 22 centrales à charbon. Dur pour la lutte contre le réchauffement climatique...
Rappelons au passage les mix électriques du Japon avant et après Fukushima : malgré les EnR et l1 baisse de consommation, les énergies fossiles, gaz et charbon, ont explosé dans le mix, alors que le nucléaire ne représentait qu’un quart de la production.

 
Nicolas Goldberg
Ingénieur consultant 

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Juste derrière les fenêtres de l'appartement de Satsuki Kanno, qui donnent sur la baie de Tokyo, se dressera bientôt un mastodonte d'une époque révolue : une centrale électrique au charbon, qui fait partie d'une accumulation d'énergie au charbon inouïe pour une économie avancée.
C'est une des conséquences involontaires de la catastrophe nucléaire de Fukushima, il y a près de dix ans, qui a contraint le Japon à mettre fin à son programme d'énergie nucléaire. Le Japon prévoit maintenant de construire jusqu'à 22 nouvelles centrales électriques au charbon - l'une des sources d'électricité les plus sales - sur 17 sites différents au cours des cinq prochaines années, juste au moment où le monde doit réduire les émissions de dioxyde de carbone pour lutter contre le réchauffement climatique.

"Pourquoi le charbon, pourquoi maintenant", a déclaré Mme Kanno, une femme au foyer de Yokosuka, le site de deux des unités de combustion du charbon qui seront construites à quelques centaines de pieds de sa maison. "C'est la pire chose qu'ils puissent construire."

Ensemble, les 22 centrales électriques émettraient presque autant de dioxyde de carbone par an que toutes les voitures particulières vendues chaque année aux États-Unis. Cette construction contraste avec l'effort du Japon pour présenter les Jeux olympiques de Tokyo de cet été comme l'un des plus écologiques de tous les temps.
Le projet Yokosuka a provoqué un recul inhabituel au Japon, où les groupes environnementaux concentrent plus généralement leurs objections sur l'énergie nucléaire. Mais certains habitants de la région poursuivent le gouvernement pour avoir approuvé la nouvelle centrale au charbon, dans l'espoir que ses partisans feront relancer l'opposition au charbon au Japon.
Selon les plaignants, le gouvernement japonais a approuvé le projet sans évaluation environnementale appropriée. La plainte est digne d'intérêt car elle fait valoir que la centrale ne dégradera pas seulement la qualité de l'air local, mais qu'elle mettra également en danger les communautés en contribuant au changement climatique.
Le dioxyde de carbone rejeté dans l'atmosphère est le principal facteur du réchauffement climatique, car il piège la chaleur du soleil. La combustion du charbon est l'une des plus grandes sources d'émissions de dioxyde de carbone.


Une vague de chaleur, intensifiée par le changement climatique, a tué plus de 1 000 personnes au Japon en 2018. Crédit...Eugene Hoshiko/Presse Associée


Des travailleurs vérifient les canalisations à Fukushima en janvier.Credit...Pool photo par Kimimasa Mayama/EPA, via Shutterstock

Le Japon subit déjà les graves conséquences du changement climatique. Les scientifiques ont déclaré qu'une vague de chaleur en 2018 qui a tué plus de 1 000 personnes n'aurait pas pu se produire sans le changement climatique. En raison des préoccupations liées à la chaleur, le Comité international olympique a été contraint de déplacer les épreuves de marathon des Jeux olympiques de Tokyo dans une ville plus fraîche située à près de 700 miles au nord.
Le Japon a profité des Jeux olympiques pour souligner sa transition vers une économie plus résistante au climat, en mettant en avant des innovations comme les routes qui reflètent la chaleur. Les organisateurs ont déclaré que l'électricité utilisée pour les Jeux proviendra de sources renouvelables.
Les investissements dans le charbon menacent de saper ce message.

Dans le cadre de l'accord de Paris, le Japon s'est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 26 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2013, un objectif qui a été critiqué comme étant "très insuffisant" par les groupes de défense du climat.
"Le Japon fait la tournée des Jeux olympiques à faibles émissions, mais la même année, il commencera à exploiter cinq nouvelles centrales électriques au charbon qui émettront beaucoup plus de dioxyde de carbone que tout ce que les Jeux olympiques peuvent compenser", a déclaré Kimiko Hirata, directrice internationale du Kiko Network, un groupe qui prône l'action climatique.
La politique du Japon le distingue des autres économies développées. La Grande-Bretagne, berceau de la révolution industrielle, est sur le point d'éliminer progressivement l'énergie du charbon d'ici 2025, et la France a déclaré qu'elle fermerait ses centrales au charbon encore plus tôt, d'ici 2022. Aux États-Unis, les compagnies d'électricité retirent rapidement leurs centrales au charbon et aucune nouvelle centrale n'est en cours de développement.


Les travaux sont en cours sur la centrale de Yokosuka, l'une des 22 nouvelles installations de combustion du charbon prévues dans les cinq prochaines années.Credit...Noriko Hayashi for The New York Times


Mais le Japon dépend du charbon pour plus d'un tiers de ses besoins de production d'électricité. Et même si les vieilles centrales au charbon vont commencer à être mises à la retraite, ce qui réduira à terme la dépendance globale au charbon, le pays s'attend toujours à ce que plus d'un quart de ses besoins en électricité soient couverts par le charbon en 2030.

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Le Japon se lance dans la construction de nouvelles centrales électriques au charbon, malgré les risques climatiques

Hiroko Tabuchi
Mme Tabuchi s'est rendue à Yokosuka, au Japon, pour examiner une décision controversée d'investir massivement dans le charbon.
03/02/2020


Satsuki Kanno vit en face d'une centrale électrique au charbon en construction à Yokosuka, au Japon.Crédit...Noriko Hayashi pour le New York Times

Japon, architecture : le démontage périodique des édifices

  Les fleurs de quel arbre-
impossible de savoir
mais un tel parfum !
nan no ki no
hana towa shirazu
nioi kana

  芭蕉 Bashô (1644-1694)
  Bashô est l’une des figures majeures de la poésie classique japonaise. Par la force de son œuvre, il a imposé dans sa forme l’art du haïku, mais il en a surtout défini la manière, l’esprit : légèreté, karuki, recherche de la simplicité et du détachement vont de pair avec une extrême attention à la nature. Le haïku naît donc au bord du vide, de cette intuition soudaine, qui illumine le poème, c’est l’instant révélé dans sa pureté.

Source : BASHÔ (1644-1694)

Lire également
Le haiku, la poésie japonaise pour libérer les émotions

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  Neige sur le temple Zojoji, Shiba, Tokyo. Commandé par le ministère de la Culture pour célébrer la gravure sur bois, alors désignée comme “trésor culturel intangible” ou “patrimoine vivant”, Mukei Bunkazai. Publié par Watanabe Shozaburo, signé “Hasui”, sceau “Kawase”, graveur Sato Jurokichi, imprimeur Ono Gintaro; gravure sur bois polychrome sur papier shin-hanga, format oban Acheté en 2015, MA 12710. Source: Wikimedia Commons.
  L’une des particularités de l’architecture au Japon est certainement le démontage périodique des édifices. Cette impermanence constructive tire ses origines de conditions climatiques difficiles, de spécificités structurelles liées à l’architecture en bois ou encore de pratiques religieuses ancestrales, comme la reconstruction périodique de certains sanctuaires shintō.
  Cette particularité architecturale1 conduit à la formation dans le temps d’un socle de connaissances et à l’accumulation d’une grande quantité d’informations sur le bois et son comportement. La conservation des monuments en bois s’effectue donc de concert avec la préservation des techniques traditionnelles de charpenterie et l’utilisation d’outils consacrés.
   Au Japon, le charpentier est un artisan hautement qualifié dont le rôle dépasse largement la seule construction des charpentes. Il a la responsabilité du chantier, de l’ossature en bois du bâtiment et de ses finitions, tant au niveau de la réalisation que de la conception. Il met en place l’appareil de soutènement via le système poteaux-poutres et gère toute la structure, parfois même jusqu’aux éléments de mobilier, en particulier dans les édifices religieux. Le charpentier japonais possède un savoir-faire qui le rend capable de décider des formes autant que de sélectionner le bois, de façonner les pièces et de les assembler. La fixation de la tradition architecturale par l’action conjointe des compétences-métier des charpentiers et des rituels religieux infléchit visiblement l’histoire générale des formes architecturales.
   « La relation entre culture immatérielle et patrimoine culturel matériel, y compris les monuments et les sites qui constituent la cible de l’activité de l’ Icomos, est si étroite qu’il est impossible de les séparer. La culture immatérielle produit des objets culturels tangibles nécessitant une culture immatérielle. Cette relation peut être comparée à une corde torsadée, mais ce n’est pas si simple. Ce devrait être notre tâche commune d’étudier cette relation »2 Cette citation d’ Itō Nobuo 3 montre la difficulté à fixer dans le temps une pratique culturelle et interroge le savoir-faire comme élément de préservation des techniques et de leur transmission.

Résidence de France au Japon : la résidence d’été de Chuzenji. Le terrain de la maison est loué au temple bouddhiste de Rinno-ji depuis 1908. Année 2000. © nipponzine.com/villa-claudel/
Au Japon, l’apprentissage de la charpenterie se fait traditionnellement dans une guilde, de maîtres à élèves.

1. Voir Murielle Hladik, « Mujô, l’impermanence », dans Philippe Bonnin, Masatsugu Nishida, Inaga Shigemi (dir.), Vocabulaire de la spatialité japonaise, Paris, CNRS, p. 356-358.

2. Traduction par l’auteur de « The relationship between intangible culture and tangible cultural heritage, including monuments and sites which constitute the target of the ICOMOS activity, is so close that it is impossible to separate. Intangible culture produces tangible cultural objects which require intangible culture. This relationship may be compared with the twisted rope, but is not so simple. It should be our common task to study this relationship ». Itō Nobuo, « Heritage places and living traditions » dans Intangible Cultural Heritage involved in Tangible Cultural Heritage, Session A3, en ligne, https://www.icomos.org/victoriafalls2003/papers, publié en 2003, consulté en août 2018.
3. Itō Nobuo (1925 - 2015) est diplômé du Département d’architecture de l’Université de Tokyo en 1947. Inspecteur principal au département de la protection des biens culturels de l’Agence des affaires culturelles du Japon, puis directeur général de l’institut national de recherche sur les biens culturels de Tokyo, il a été membre du Conseil de l’ ICCROM de 1983 à 1990, et membre exécutif de l’ ICOMOS Japon de 1987 à 1993. Il a été nommé membre honoraire de l’ ICOMOS en 2005 et a reçu prix Gazzola de l’ ICOMOS en 2011. Itō Nobuo a contribué à la ratification par le Japon de la Convention du patrimoine mondial en 1992 et a été l’organisateur et l’un des principaux orateurs de la Conférence internationale d’experts sur l’authenticité à Nara (Japon) en 1994. Le Document de Nara sur l’authenticité qui en a résulté a été reconnu comme un nouveau paradigme dans les politiques internationales de conservation, particulièrement en ce qui concerne le patrimoine mondial.

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La restauration des monuments en bois au Japon, entre perpétuation formelle, et transmission
 

Soizik Bechetoille-Kaczorowski 
Historienne, architecte du patrimoine, chercheure à l'Institut Français du proche Orient (IFPO)
juin 2019
Soizik Bechetoille-Kaczorowski est docteure en Histoire des sciences et des techniques, diplômée du département des Sciences humaines et humanités de l’ EPHE, École pratique des Hautes Études, architecte du patrimoine titulaire du DSA, Diplôme Supérieur d’Architecture, de l’École de Chaillot (Paris) et, depuis septembre 2016, chercheure à l’ IFPO, Institut Français du proche Orient, UMIFRE 6 - MAEE - CNRS - USR 3135.

Fukushima : la hausse des prix de l'électricité a causé 10 fois plus de morts que l'accident lui-même

Céline Deluzarche12/11/2019



Commentaire : ces données et les effets collatéraux en découlant, sont souvent oubliés pour tendre à l'impartialité d'
une évaluation des risques! Ce qui est valable pour le nucléaire devrait s'appliquer aussi par exemple... aux EnR, genre éolien, non? Quand pensent les consommateurs allemands?
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En 2011, le Japon a instauré un moratoire complet sur toutes les centrales nucléaires du pays. En conséquence, les prix de l'électricité ont tellement augmenté que de nombreuses personnes ont renoncé à se chauffer, ce qui a entraîné une surmortalité de 1.280 personnes, soit dix fois le nombre de décès attribuables aux radiations. C'est le constat d'une nouvelle étude mettant en cause le principe de précaution appliqué de manière excessive..

Le 11 mars 2011, un tremblement de terre de magnitude 9 suivi d'un tsunami dévaste le Japon, causant la mort de 18.500 personnes et l'évacuation de 160.000 autres. À la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, dont le système de refroidissement est mis hors-service, trois des six réacteurs voient leur cœur entrer en fusion, entraînant une explosion et des rejets radioactifs dans l'atmosphère. Classé comme la plus grave catastrophe nucléaire du XXIe siècle, cet accident n'a pourtant officiellement causé la mort que d’une seule personne par exposition trop forte aux radiations, celle d'un employé de la centrale atteint par un cancer du poumon. Une étude de l’université de Stanford estime cependant que 130 décès peuvent être attribués à l'exposition directe aux radiations ou à l'ingestion de nourriture contaminée.


Jusqu’à 4.500 personnes mortes de froid en raison de l’augmentation des prix de l’électricité
Mais ce n'est là que la partie immergée de l'iceberg. Trois chercheurs viennent de publier une étude dans le journal du NBER , Bureau national d'études économiques, accusant le principe de précaution d'avoir tué 1.280 personnes « mortes de froid » suite à l'augmentation des prix de l'électricité ayant suivi l'arrêt total des centrales nucléaires dans le pays. Dans les 14 mois après l'accident, la part du nucléaire dans la production électrique du Japon est ainsi passée de 30 % à zéro, obligeant le pays à massivement importer son électricité sous forme de gaz et de charbon. Cela a entraîné une hausse moyenne des prix de l'électricité allant jusqu'à 38 % dans certaines régions, conduisant à une réduction de consommation électrique, particulièrement dans la période hivernale. Les personnes fragilisées ont tout simplement renoncé à se chauffer.




1.280 personnes sont mortes de froid au Japon durant les quatre années après l’accident de Fukushima à cause de l’augmentation des prix de l’électricité. © Pantira, Adobe Stock


Un quart des décès dus au froid serait ainsi attribuable à la hausse des prix, soit 1.280 décès pour la période 2011-2014, d'après les calculs des chercheurs. Et encore, ces 1.280 morts ne représentent que les 21 municipalités étudiées dans l'article, soit 28 % de la population. En extrapolant à l'ensemble du Japon, le chiffre pourrait atteindre 4.500 morts. Et les effets sont loin d'être finis, les conséquences de la hausse des prix continuant à se faire sentir, avertissent les auteurs.




Les prix de l’électricité ont augmenté jusqu’à 38 % dans certaines régions suite à l’accident du Fukushima et l’arrêt des centrales nucléaires. © Matthew J. Neidell, Shinsuke Uchida, Marcella Veronesi, NBER, 2019

Évacuations et qualité de l’air : encore plus de morts indirectes ?

À ces 1.280 morts viennent s'ajouter les 2.268 décès « indirects » officiellement attribués à l'évacuation autour de la centrale ayant suivi l'accident. Ces décès, qui concernent à 90 % des plus de 66 ans, comprennent notamment « le stress physique et mental » de l'habitation prolongée dans des refuges, un défaut de soin lié à la fermeture des hôpitaux et les suicides. D'autres décès indirects de l'arrêt du nucléaire pourraient venir de la hausse spectaculaire de la consommation des énergies fossiles dans le pays, avec une dégradation de la qualité de l’air. Une étude parue dans Nature Energy en 2017 montre ainsi que l'arrêt de la centrale nucléaire de Three Mile Island aux États-unis en 1979 a entraîné une surmortalité infantile dans les années 1980 en raison d'une augmentation de la pollution aux particules fines due à la substitution d'une centrale à charbon pour la production électrique.

« Tout cela suggère que l'arrêt de la production d'énergie nucléaire a contribué à plus de décès que l'accident lui-même [...], ce qui donne à penser que l'application du principe de précaution a causé plus de tort que de bien, concluent les chercheurs. Le principe de précaution met l'accent sur les évènements saillants en envisageant le pire des scénarios et, ce faisant, ignore les alternatives, encourageant la mise en place de politiques inefficaces. »


Ce qu'il faut retenir

  • Un seul mort dû aux radiations a été officiellement attribué à l’accident de la centrale de Fukushima, même si les estimations vont jusqu’à 130 décès. 
  • En comparaison, dix fois plus de personnes seraient mortes de froid en raison de la hausse des prix de l’électricité due à l’arrêt du nucléaire dans le pays. 
  • Les auteurs de l’étude fustigent le principe de précaution, qui amène selon eux à des politiques contre-productives.

Japon : le groupe Sumitomo prend 29,5% de deux projets français

AFP

Commentaire : il semblerait que les businessman japonais ont décidé de venir renflouer leurs comptes en banque en France et ...d'accélérer la faillite du pays.
« Les Japonais achètent la dette… de la France. Vendez tout ! »


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Le groupe industriel japonais Sumitomo Corporation entre au capital des projets éoliens en mer de Dieppe Le Tréport et de Yeu Noirmoutier à hauteur de 29,5% aux côtés d'Engie et d' EDPR, ont annoncé mardi les trois groupes dans un communiqué.

Engie reste l'actionnaire principal (à hauteur de 31%) des projets d'une capacité de production de 496 MW chacun, tandis que la participation d' EDPR s'élève à 29,5% et celle de la Banque des Territoires (groupe Caisse des Dépôts) à 10%.

Cette alliance "permet au consortium de se doter d'une expertise complémentaire reconnue sur le développement, la construction et l'exploitation de projets éoliens en mer" et "d'asseoir encore davantage la réalisation d'une filière française des énergies marines", est-il précisé dans le communiqué.

Le gouvernement a donné début novembre son feu vert à l'exploitation contestée de ces deux parcs éoliens en mer, l'un situé au large des îles d'Yeu et de Noirmoutier (Vendée) et l'autre au large du Tréport (Seine-Maritime). En revanche, les autorisations de construction de ces deux parcs n'ont pas encore toutes été accordées.

Le projet de Noirmoutier avait reçu fin octobre les premières autorisations par la préfecture de Vendée pour son parc de 62 éoliennes, un projet en développement depuis quatre ans qui se heurte à des opposants craignant pour la biodiversité. Pendant 18 mois, les demandes d'autorisations administratives déposées en mai 2017 ont été instruites, ce qui a notamment conduit à une enquête publique entre avril et mai 2018.
Au total, 76% des personnes qui se sont exprimées ont dit être opposées au projet. Le projet devrait produire en moyenne 1 900 gigawattheures (GWh) d'électricité par an. Cela correspond à la consommation annuelle de 790 000 personnes, soit plus que le nombre d'habitants de la Vendée (674 000).

Japon : l'autre pays à la retraite par répartition

Jacques Bichot

Retraites par répartition : l'exemple japonais


Le PIB par habitant du Japon est estimé par le FMI, pour l?année 2017,
à 38 550 dollars.


Le Japon est un pays âgé, où l'on travaille en moyenne jusqu'à un âge avancé - nettement plus avancé qu'en France. Comme notre pays est engagé, pour les mêmes raisons que le Japon, à savoir la faiblesse de la natalité et la croissance de la longévité, dans un projet de réforme de son système de retraites par répartition, il est intéressant de voir comment fonctionne le système japonais de retraites par répartition et comment il évolue.

Esquisse du système de retraites japonais

Le fonctionnement de ce système n’est hélas pas parfaitement exposé par le Centre de liaison européen et international de sécurité sociale (CLEISS) : la qualité du service public, dans le domaine névralgique de l’information, laisse à désirer. Néanmoins, le CLEISS permet de se faire une idée des règles appliquées dans ce pays, l’un des plus développés de notre planète, dont le PIB par habitant est estimé par le FMI, pour l’année 2017, à 38 550 $, quasiment à égalité avec celui de la France (39 673 $).
La retraite du salarié japonais se compose de deux pensions. La première, dite « de base », est proportionnelle à la durée de l’activité salariale, mais indépendante du salaire d’activité. Le « taux plein » est obtenu pour 40 années cotisées ; en 2018 il procure à 65 ans 779 300 Yens par an, soit quelque 6 080 €, environ 500 € par mois. La retraite peut se prendre plus tôt, à partir de 60 ans pour les femmes et 62 ans pour les hommes, moyennant application d’un coefficient d’anticipation de - 0,5 % par mois. En liquidant à 60 ans, la pension mensuelle ne s’élève donc plus qu’à 350 €. En revanche, au-delà de 65 ans, et jusqu’à 70 ans, un coefficient de majoration de 0,7 % par mois est appliqué, ce qui permet de percevoir 710 € par mois à 70 ans. Cette technique, semblable à celle en vigueur aux Etats-Unis, réalise approximativement la neutralité actuarielle.
La seconde pension par répartition est liée à la rémunération salariale. Elle ne s’applique qu’aux personnes employées par des entreprises comptant au moins 5 salariés à temps complet. Son calcul commence par celui de la moyenne sur toute la carrière professionnelle des rémunérations mensuelles revalorisées de l’inflation, soit M. Ce M est ensuite multiplié par un coefficient dépendant de l’année de naissance, puis par le nombre de mois d’assurance. Il semblerait (mais les indications du CLEISS sont imprécises) qu’un salarié ayant gagné en moyenne l’équivalent de 1 000 € constants mensuels pendant 40 ans perçoive à ce titre environ 260 € par mois s’il liquide à 65 ans, ce qui porterait sa pension aux trois quarts de son revenu d’activité. Le taux de remplacement décroit évidemment avec le niveau du salaire, puisque la première composante n’en dépend pas.

Quelles mesures sont à l’étude ?

Japon : les partisans et les opposants de l'énergie nucléaire s'affrontent lors d'un forum

Staff Writer, with CNA

 

Les partisans et les opposants à l'objectif du gouvernement d'éliminer progressivement l'énergie nucléaire d'ici 2025, lundi, ont exprimé leurs opinions lors d'un forum avant un référendum sur la question, samedi prochain.

Huang Shih-hsiu (黃士修), fondateur de Nuclear Myth Busters et initiateur du référendum, a échangé des opinions avec Hung Shen-han (洪申翰), secrétaire général adjoint de Green Action Alliance, qui s'oppose à l'utilisation de l'énergie nucléaire, dans l'événement organisé par la Commission électorale centrale, le troisième sur cette question.
Le référendum demande aux électeurs s'ils sont d'accord avec la suppression du premier paragraphe de l'article 95 de la loi sur l'électricité (電業法), qui stipule que toutes les installations de production d'énergie nucléaire à Taiwan devraient cesser leurs activités d'ici 2025.
Citant le Japon à titre d'exemple, M. Huang a déclaré que le pays a accumulé un déficit commercial de ¥18 trillions (157,8 milliards de dollars américains) de 2011 à 2013 en raison principalement de l'envolée des importations de sources d'énergie, comme le gaz naturel liquéfié (GNL), après que le gouvernement a arrêté la production d'énergie nucléaire.
Depuis que le Premier ministre japonais Shinzo Abe a rétabli l'utilisation de l'énergie nucléaire en 2014, le Japon a rouvert neuf réacteurs nucléaires et a baissé deux fois les tarifs d'électricité, a dit M. Huang.
Le Japon continue d'utiliser l'énergie nucléaire et les ressources renouvelables pour produire de l'électricité, en dépit des " dommages causés par une catastrophe nucléaire et d'être frappé deux fois par des bombes nucléaires ", a-t-il dit.

Japon : l'éolienne de Fukushima doit être retirée en raison des coûts d'entretien élevés

Kyodo
27 octobre 2018

FUKUSHIMA - Symbole de la reprise après le tremblement de terre de Tohoku, une éolienne flottante construite au large de la préfecture de Fukushima pour symboliser les efforts de récupération après la catastrophe nucléaire de 2011 sera enlevée, a déclaré une source gouvernementale.
L'installation de production d'électricité en mer a été mise en place alors que le gouvernement de la préfecture de Fukushima a introduit l'énergie renouvelable après la fusion du triple réacteur de la centrale nucléaire n°1 de Fukushima dans les jours qui ont suivi le séisme et le tsunami de mars 2011.



Des études expérimentales ont été menées en vue de la commercialisation, mais la turbine, l'une des plus grandes au monde avec un diamètre de rotor de 167 mètres, a été jugée non rentable en raison de multiples dysfonctionnements réduisant le taux d'utilisation.
"Pour l'instant, nous envisageons une méthode d'élimination parce que le coût d'entretien est trop élevé ", a déclaré la source gouvernementale vendredi.
L'éolienne est l'une des trois d'un parc éolien flottant situé à 20 km au large de la côte de Naraha.

Le coût de l'enlèvement de la turbine devrait s'élever à environ 10% du coût de construction qui était de l'ordre de 15,2 milliards de yens. Sa capacité de production étant de 7.000 kilowatts.
Les études sur les deux autres turbines devraient se terminer au cours de l'exercice 2018, mais la période d'étude devrait être prolongée afin de rechercher toute possibilité de commercialisation.

La turbine a commencé à fonctionner en décembre 2015, mais elle a connu de nombreux problèmes.
Son taux d'utilisation au cours de l'année jusqu'en juin 2018 était de 3,7%, bien en deçà des 30% nécessaires à la commercialisation.
Les deux autres turbines, de tailles différentes, ont des taux d'utilisation de 32,9 % et 18,5 %, respectivement.


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Japon : robots, télémedecine, 5 G : comment le pays répond à son défi démographique

Elsa Bembaron
05/10/2018

Commentaire : et pendant ce temps, où en est la Recherche en France? France IA

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En 2025, près du tiers de la population japonaise aura plus de 65 ans. 223326216/Alexander Limbach - stock.adobe.com

Faute d'un renouvellement suffisant des générations, le pays du soleil levant mise sur les nouvelles technologies pour compenser le manque de main-d'œuvre.
La population japonaise vieillit. Le pays compte aujourd'hui 126 millions d'habitants. Ce chiffre est en déclin constant et devrait se stabiliser à 80 millions en 2050, avec à la clef. Les conséquences sont multiples: au problème du non-renouvellement des générations s'ajoute celui des retraites et la difficulté croissante qu'ont les entreprises à trouver de la main d'œuvre. Près du tiers de la population aura plus de 65 ans en 2025. Le pays pourrait certes s'ouvrir un peu plus à l'immigration, il n'y a que 2% d'étrangers habitants l'archipel. Mais il mise avant tout sur les nouvelles technologies pour lui apporter des réponses.
Parmi les exemples les plus criants figure le cas du BTP. «Plus du tiers des employés y ont plus de 50 ans», souligne Pierre Mustière, directeur de Bouygues Asia, la cellule de veille du groupe Bouygues en Asie. Le secteur peine à recruter. Des solutions se profilent, permettant à certains ouvriers de se démultiplier, littéralement. Komatsu, le grand fabricant nippon d'engins de chantiers, teste avec l'opérateur télécoms NTT Docomo, des pelleteuses pilotées à distance, grâce au déploiement de connexions en 5G, la nouvelle génération de téléphonie mobile. Avec un temps de latence de 2 millisecondes - ce qui est trois fois inférieur à la perception humaine - un pilote situé à des dizaines de kilomètres commande sa machine. L'intérêt étant que ce même pilote pourra bientôt conduire successivement plusieurs engins, sur des chantiers différents, en fonction de l'avancement des travaux. Son temps de travail quotidien sera optimisé, un atout précieux dans un pays où le taux de chômage est tombé à 2,2%.

USINES AGRIVOLTAÏQUES : NOS TERRES NOURRICIÈRES EN RÉEL DANGER

  Contrairement au discours des industriels affirmant que les usines agrivoltaïques — panneaux au sol, sont inoffensives pour l'environn...