vendredi 19 juin 2015

La loi de paupérisation énergétique

Par Michel Gay
Publié le 19 juin 2015 dans Énergie


La loi de transition énergétique est une régression sans précédent, et un gage donné aux lobbies et aux industriels liés à l’écologie politique.






La Loi de Transition Énergétique (LTE) est d’abord une loi de désindustrialisation à moyen terme au profit de gains financiers à court terme dans les domaines des énergies renouvelables (EnR) et des économies d’énergie pour des affairistes astucieux.


Les EnR sont déjà confiées à des entreprises privées soutenues financièrement par une manne démesurée des contribuables, via la CSPE et autres taxes. En parallèle, cette loi prévoit de faire régresser l’électronucléaire, conçu et géré par des entreprises sous maîtrise publique, pour promouvoir des éoliennes et des panneaux photovoltaïques (PV) fabriqués à l’étranger et vendus par des sociétés privées, parfois étrangères, attirées par de généreuses subventions françaises et européennes.


Le nucléaire est pourtant une source de production d’électricité stable à prix bas. De plus, l’approvisionnement dépend peu des variations des marchés internationaux et le coût du combustible représente une faible part du prix de vente.


Comme il faut bien « habiller » médiatiquement cette dérive du secteur énergétique vers l’affairisme, cette loi « de transition » (vers quoi ?) souligne la volonté de diminuer notre « empreinte carbone ». La diminution de la part du nucléaire contredit pourtant cet argument en n’allant pas dans le sens d’un gain sur les émissions de « carbone ». Cette loi est donc d’abord antinucléaire. Sinon, comment justifier la nécessité de modifier l’équilibre actuelle de la production d’électricité qui, grâce principalement au nucléaire et à l’hydraulique, est à plus de 90% sans émission de gaz à effet de serre ?


Et comme les EnR ne peuvent pas produire autant d’électricité stable et prévisible que le nucléaire, cette loi prévoit logiquement une réduction drastique de la consommation électrique, et de l’énergie en général. Les leviers principaux sont la forte augmentation des tarifs d’électricité et l’exclusion de la consommation, pour laquelle on a trouvé un terme élégant, « l’effacement ». Concrètement, c’est une coupure de courant pour le consommateur gérée par un compteur « intelligent »… dont l’intelligence n’est pas au service du consommateur, mais du gestionnaire de réseau et de quelques hommes d’affaires. Cette « économie » surviendra naturellement au moment où le citoyen aura le plus besoin de courant électrique, probablement le soir vers 19h00. Ces compteurs intégrés dans des réseaux eux aussi intelligents (les « smart grids ») permettent de collecter des données qui peuvent être utilisées ou vendues.


Le thème des économies d’énergie a beaucoup servi dans le domaine politique. Après 1981, elles ont été un axe d’action politique classique sous le premier septennat de Mitterrand. La question de fond est de savoir quel niveau il est possible d’atteindre avec un financement donné. Pour l’isolation des logements anciens, la facture se monte à plusieurs dizaines de milliers d’euros par habitation. Et pour quel gain ? Mais ce n’est peut-être pas le véritable but. Comme l’a expliqué Ségolène Royal, les économies d’énergies sont avant tout un « business » qui favorise l’emploi dans des entreprises agréées et… sans obligation de résultats !


L’objectif de 20% d’économies d’énergie en 2030 ne pourra être atteint que par l’augmentation rapide du prix de l’énergie, par des travaux d’isolation aux frais des propriétaires et des contribuables, et par la coercition (passée sous silence). Le marché des EnR constitue une bulle financière de grande ampleur alimentée par l’argent des consommateurs et des contribuables.


Depuis 40 ans, la communication sur le nucléaire fait l’objet de manipulations et d’exagération de la part des mouvances antinucléaires. Avec cette loi, le catastrophisme d’origine « associatif » est maintenant employé comme une arme politique qui va conduire à saccager nos derniers piliers industriels parmi les plus compétitifs au niveau mondial, notamment AREVA. Le domaine du nucléaire est un puissant moteur de recherche et de développement industriel dans les secteurs de la haute technologie et de l’instrumentation, de la robotique, mais aussi de la physique fondamentale et de l’électronique. La suspension des programmes dans l’électronucléaire aurait de graves conséquences pour la préparation du futur.


Échanges à l’assemblée nationale


Répondant à une question de Denis Baupin sur Areva à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Manuel Valls a déclaré :

« Je vous invite, monsieur Baupin, à faire attention au choix des mots, notamment lorsque l’on parle de faillite d’une grande entreprise comme AREVA. Notre rôle, celui des pouvoirs publics, est de remettre le groupe sur pied car ces difficultés, que nous devons tous regarder avec lucidité, ne doivent pas faire oublier les compétences uniques des hommes et des femmes qui travaillent pour cette grande entreprise. Ces compétences sont un enjeu essentiel pour la France, car nous aurons besoin d’une filière nucléaire en ordre de marche pour répondre aux enjeux du parc nucléaire national, dans le cadre que définit le projet de loi sur la transition énergétique et la croissance verte. C’est aussi un enjeu pour répondre aux opportunités qui existent à l’international – en Chine, au Royaume-Uni ou ailleurs. C’est la raison pour laquelle, quand on est un responsable public, parlementaire ou président de je ne sais quelle structure, il faut être attentif aux mots que l’on prononce quand on parle de la filière nucléaire française, notamment par rapport au marché international… ».


Manuel Valls a ainsi conclu :

« Elle (la LTE) prévoit un mix énergétique qui fait évidemment la part aux énergies renouvelables, qui baisse la part du nucléaire dans la production électrique, mais qui ne met en rien en cause cette filière dont le pays a besoin, pour lui-même mais aussi pour peser dans le monde».


Le gouvernement serait donc conscient que le nucléaire est un atout pour la France… Mais que fait-il ? Il soutient la LTE qui matérialise une régression du secteur nucléaire français… dont l’importance vitale est reconnue par le premier ministre !


Intervention du député Julien Aubert à l’adresse du Premier ministre :

« AREVA souffre de l’explosion du coût de l’EPR de Flamanville, ce dont vos amis écologistes aiment faire état pour justifier la sortie du nucléaire. Mais comment ne pas reconnaître que ce dérapage financier résulte de dix ans de surenchère sécuritaire sur le nucléaire de la part de ces mêmes écologistes ? AREVA est la vitrine d’une technologie que le projet de loi sur la transition énergétique discrédite aux yeux du monde en programmant, sous dix ans, la fermeture des vingt-deux réacteurs les plus anciens, c’est-à-dire ceux qui constituent la filière MOX1. Ouvrez les yeux ! Monsieur le Premier ministre, vous allez acter l’arrêt de 80% des réacteurs fonctionnant au MOX, ce qui équivaut à tirer un trait sur 10% du chiffre d’affaires d’AREVA. Vous voulez rendre un service aux milliers d’employés d’AREVA ? Envoyez un signal positif au monde sur la filière nucléaire ! Cessez de jouer au pompier pyromane ou, devrais-je dire, au pompier mythomane ! »


Au court des débats sur la LTE est apparu  l’invraisemblable rapport de l’ADEME concluant à la faisabilité d’une situation « 100% EnR » pour la production électrique en 2050… à des coûts compétitifs. Qui a demandé ce rapport impliquant que l’on passe d’un objectif de 50% (hypothèse de la LTE) à 0% pour l’électronucléaire ? La réponse est savoureuse et magnifique : L’ADEME s’est autosaisit ! Ainsi, un organisme étatique peut « s’autosaisir » d’un projet fumeux dans lequel il utilise des hypothèses totalement irréalistes, comme le stockage massif de l’électricité dans un avenir proche alors que rien ne le laisse supposer. Quant à la baisse des coûts, ce n’est pas la tendance puisque l’Assemblée nationale a remarqué que la réduction des subventions et tarifs garantis conduisait à la baisse des projets PV et éoliens dont les investissements sont très lourds et peu productifs.


Une autre réalité occultée: Les parcs éoliens et photovoltaïques sont pratiquement toujours rejetés par les populations riveraines. Alors que la distance minimum des éoliennes par rapport aux habitations d’au moins un kilomètre s’imposait en fonction de considérations diverses et notamment sanitaires, un espace de 500 mètres a été retenu. Le député André Chassaigne a déploré que : « Sur l’éolien, la position de compromis trouvée n’est pas satisfaisante. La distance minimum de 500 mètres entre éoliennes et habitations, qui est maintenue, reste insuffisante». Denis Baupin, rapporteur de la commission spéciale, a répondu : « C’est trop ! » Dans la LTE, un rôle essentiel a été concédé à ce député EELV dont les interventions ont démontré l’incompétence. Le fait qu’il envisage sans problème l’installation d’une éolienne qui peut atteindre plus de 120 m de hauteur à moins de 500 m d’une habitation, étale un mépris profond pour les populations.


La production électrique a été un moyen efficace pour développer l’industrie et la qualité de vie des Français. Et si personne ne conteste l’utilité (et non la nécessité) de faire des économies d’énergie, jusqu’à quel point faut-il aller ? Les dépenses sont souvent lourdes pour des résultats non garantis. Le surcoût des tarifs de l’électricité (CSPE et taxes diverses) pèse déjà au moins 10 milliards d’euros alors que la part des EnR (hors hydraulique) dans la production de courant n’est que de quelques pourcents. Faire des économies d’énergie ne doit pas conduire à des restrictions coercitives par des mesures imposées, et à la forte augmentation des tarifs de l’énergie, comme la LTE veut l’imposer.


Le plus stupéfiant est que les promoteurs de cette loi n’ont fait réaliser aucune étude d’impacts, notamment financière, sur ses orientations. Cette situation conduit des députés maîtrisant mal ce sujet technique à livrer des chiffres ahurissants parfois influencés par l’idéologie la plus primaire. Cette loi, à visées électoralistes à destination de mouvements animés par des idéologies rétrogrades, impose des contraintes sans aucune justification technique ou chiffrée. Des évaluations aboutissent à un montant de plus de 500 milliards d’euros. Cette somme faramineuse devra être supportée par les couches moyennes de la population par le biais de la consommation d’énergie, des impôts, et des obligations de travaux.


« La transition énergétique doit permettre de générer 100 000 emplois sur 3 ans dans le domaine du bâtiment, des énergies renouvelables ou de l’économie circulaire ». Aucun détail n’est disponible sur ce chiffre que l’on peut mettre en doute.


Or, l’examen des conséquences de la fermeture de Fessenheim a montré que le démantèlement ne pouvait pas compenser les pertes d’emplois. Fermer des centrales nucléaires revient à une perte de plusieurs milliers d’emplois qualifiés directs. Pour l’éolien et le photovoltaïque les matériels sont importés et cette loi n’est pas de nature à inverser une tendance bien installée, même en Allemagne. L’orientation « verte » vers l’éolien et le PV va grever notre balance commerciale, à la fois par les achats de matériels et par la perte de marchés nucléaires pour Areva et EDF.


Ce désastre engagé ne constitue que le début des retombées néfastes sur l’emploi qu’implique l’orientation antinucléaire de la LTE.

Conclusion


L’impact de la LTE sur l’économie et l’emploi dans notre pays sera à la hauteur des attentes des altermondialistes et autres militants écologistes. La liquidation de l’atout international du nucléaire et l’augmentation drastique du prix de vente de l’électricité entraîneraient une régression du niveau de vie de notre pays, et l’effondrement de notre système social serait alors inévitable.


La pesanteur idéologique que nous subissons actuellement, notamment par l’intermédiaire de nos grands médias dont les journalistes semblent fascinés par le discours écologiste antinucléaire, empêche la prise de conscience de cette criante vérité : la LTE va paupériser la France.


Nota :

Le 26 mai 2015, le vote à l’Assemblée nationale sur cette future catastrophe économique qu’est la LTE a donné le résultat suivant :
Nombre de votants 556
Nombre de suffrages exprimés 525
Majorité absolue 263
Pour l’adoption 308 / contre 217 (quand même)… et 56 abstentions.

MOX (Mixed OXyde) : combustible nucléaire constitué d’un mélange d’uranium et de plutonium.

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