samedi 6 juin 2015

Les climato-sceptiques ne sont pas les bienvenus sur Radio France

Par Benoît Rittaud, http://www.math.univ-paris13.fr/~rittaud/
Publié le 6 juin 2015 dans Médias


Radio France annule une interview de Benoit Rittaud portant sur son dernier ouvrage, « La Peur Exponentielle ».








J’aurais sûrement mieux fait d’attendre 2016 pour publier La Peur exponentielle, parce que quand la COP21 sera terminée (et donc l’échec acté du nouvel ultime rendez-vous pour sauver la planète), la pression sur les médias sera sans doute moins forte. Le courrier que j’ai reçu ce matin me laisse penser que, en attendant ce n’est pas du tout le moment de se montrer mal-pensant sur le climat, fût-ce en passant.


Alors que je devais être prochainement l’invité d’une émission en direct à la radio pour parler de mon dernier livre (La Peur exponentielle, donc), j’ai reçu ce matin un courrier m’indiquant que l’émission était annulée. Ne me demandez pas de vous dire le nom de l’émission en question, ni la radio concernée, car mon intention n’est pas de désigner quelqu’un à la vindicte publique mais seulement de lever un petit coin du voile sur ce qui se passe en arrière-cour de certains grands médias. La seule chose que je crois utile d’indiquer est qu’il s’agissait d’une radio de Radio France. Ce point est significatif pour deux raisons:Radio France a explicitement affiché son désir d’aider la communication gouvernementale des prochains mois de participer activement à la réussite de la conférence Paris Climat de décembre ;
mes positions climatosceptiques m’ont déjà, par le passé, valu l’annulation de deux interviews, sur deux radios différentes de Radio France (là, ce sera la troisième).


Voici donc le courrier que j’ai reçu ce matin :

Bonjour,

Nous venons de terminer la lecture de votre livre, très intéressant, sauf que nous ne pouvons pas, sur une heure d’émission, ne donner la parole qu’à un climato-sceptique. Nous ne sommes pas une émission de débat et pensions que le sujet était purement mathématique et philosophique.

En conséquence nous sommes désolés de devoir annuler cette émission.

Merci pour votre compréhension,

Cordialement,

L’équipe *****.



Ma volonté de préserver leur anonymat m’empêche de démontrer ici que, en réalité, certains des thèmes récents qu’ils ont abordés étaient largement de nature à faire débat. Contentons-nous donc d’observer la tournure de ce passage: « Nous ne pouvons pas, sur une heure d’émission, ne donner la parole qu’à un climato-sceptique ». Difficile de ne pas y voir l’affichage d’une interdiction de me laisser m’exprimer pour cause d’opinion non-conforme en général. 


Selon les propres termes de mon interlocuteur (et j’imagine que, vu les circonstances, il les a bien pesés) ce n’est pas mon livre qui pose problème, mais ma personne. Il est inexcusable pour ces journalistes de Radio France que je sois climatosceptique, même si j’écris par ailleurs un livre considéré comme «très intéressant».


Toujours confiant en la nature humaine et à la possibilité offerte à chacun de s’amender loyalement, j’ai répondu ceci:


Bonjour,

Si je suis certes surpris que le climatoscepticisme s’apparente pour vous à une sorte de délit, je suis plus étonné encore que vous en fassiez un motif d’annulation. En effet, ayant lu l’ouvrage qui m’a valu votre invitation, vous savez que le climat est loin d’en être le sujet principal. (Je n’ai pas compté, mais en gros le climat doit occuper l’équivalent d’une vingtaine de pages sur quatre cents. D’ailleurs, sur les cinq conférences que j’ai déjà données sur le sujet de ce livre, pas une seule n’a évoqué le climat.) Nous n’aurons donc aucun mal à trouver une façon de parler de mon « très intéressant » livre (selon vos propres termes) qui évite la question climatique si vous le souhaitez. Nous pouvons, entre autres possibilités, évoquer l’histoire des grains sur l’échiquier et son interprétation au fil des âges, la question démographique depuis les exégètes des XVIIè et XVIIIè siècles, la notion de surfini comme alternative intellectuelle à celle d’infini, la dialectique du temps circulaire et du temps cyclique et les mathématiques qui leur sont liées (notamment en Inde médiévale)… Voilà bien de la philosophie, voilà bien des mathématiques, le tout sans référence aucune au climat.


Je n’ose imaginer que la raison profonde de votre désinvitation serait mon inscription sur quelque « liste noire », c’est-à-dire que mes prises de position sur le climat me frapperaient pour vous du sceau de l’infamie quel que soit le sujet. Je veux croire au contraire que vous savez faire la part des choses entre les opinions diverses que peut exprimer un auteur, et qu’il n’est pas nécessaire d’être en accord total ou même partiel avec ce qu’il dit pour lui reconnaître un intérêt dans le débat public.

Avec respect et cordialité, je me permets donc de vous demander de reconsidérer votre position. Si vous le faites, j’estimerai que l’incident ne s’est jamais produit et ne vous tiendrai pas rigueur de votre hésitation.

Dans l’attente de votre réponse, bien cordialement,
Benoît Rittaud.


Le responsable de l’émission a alors pris la plume pour me répondre ceci:


Cher monsieur,

Je vous remercie d’avoir pris le temps de me répondre, vous n’êtes pas sur une ‘liste noire’ et je ne considère évidemment pas vos prises de position comme un délit. En revanche ces prises de positions, climato-sceptiques donc, transparaissent très clairement dans cet ouvrage, même sans mentionner spécifiquement le climat et je ne me sens pas de vous recevoir, en unique invité, sans aucun avis contradictoire dans cette émission en direct sur ******.

Sachez que [je m’en désole],

Très cordialement,


*********


On admirera la qualité de l’argumentation: Non non, vous n’êtes pas sur liste noire (qu’allez-vous penser !), c’est juste que votre livre a quelques morceaux de mal-pensance et que «je ne le sens pas».


J’avoue que l’épisode ne me rassure pas sur l’état de la liberté de la presse.


Commentaire: N'oublions pas que la politique de développement des énergies renouvelables (éoliennes, photovoltaïque, biomasse, etc.)est basée sur sur le fait que le réchauffement de la planète serait:

  • En cours et inévitable,
  • Et du en grande partie à l'Homme et à ses comportements.
Penser différemment en France, est il possible?


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