mercredi 3 juin 2015

L’Allemagne lance une mini union de l’énergie

Source: http://www.euractiv.fr/
Published: 03/06/2015 



L'Union de l'énergie est actuellement l'un des plus grands défis du programme de travail de l'UE [BASF - We create chemistry/Flickr]

Alors que de nombreux États membres sont encore sceptiques quant au projet d’Union de l’énergie de la Commission, l’Allemagne cherche à montrer l’exemple en mettant en place un marché unique de l’énergie avec ses « voisins électriques ». Un article d'EurActiv Allemagne.


Avec son projet d’Union de l’énergie, l’UE espère fusionner 28 marchés européens de l’énergie et ainsi réduire la dépendance de l’Europe dans ce secteur, promouvoir la protection du climat, créer de l’emploi et doper la croissance. Le projet représente un des plus grands défis du programme de travail de l'UE.


Dans le contexte du pacte énergétique de l'UE, l'Allemagne a mis en place un accord avec ses « voisins électriques » directs, y compris la Suède et la Norvège. Cette décision a été annoncée par Rainer Baaker, secrétaire d'État pour l'énergie au ministère de l’Économie le 1er juin lors d'une conférence à Berlin.


L'alliance a déjà une stratégie pour s'attaquer à l'un des enjeux les plus urgents, a indiqué Rainer Baaker. « Si nous travaillons sur un marché unique, nous devons définir des règles communes qui nous permettront d'éviter les pénuries énergétiques lors des ruptures d'approvisionnement », a-t-il déclaré.



Équilibrer les forces du marché plutôt que les marchés de capacités


Plus spécifiquement, l'accord prévoit d'autoriser les fluctuations de prix sur le marché de la vente d'électricité en gros. Les pays participants dépendraient donc des forces du marché plutôt que des primes demandées par les sociétés d'électricité conventionnelle et le lobby de l'énergie pour la maintenance des centrales électriques classiques.


Un tel marché pour des capacités garanties vise à compenser les centrales électriques qui fonctionnent au ralenti afin de s'assurer que l'approvisionnement énergétique est fiable, même pendant les périodes de pic. Un système qui est nécessaire lorsque, par exemple, les énergies renouvelables qui dépendent des conditions météorologiques ne peuvent pas fournir de manière fiable la quantité d'électricité nécessaire à un moment donné.


Un rapport du ministère de l'Économie et de l'Énergie, intitulé Étude pilote sur le marché de l'électricité 2015, a récemment soutenu l'idée que de tels marchés de capacité étaient inutiles. Selon l'étude, l'approvisionnement électrique sera très fiable en Allemagne et dans les pays voisins jusqu'en 2025.


Le livre vert « un marché de l'électricité pour la transition énergétique » du ministère de l'Énergie, publié en octobre 2014, constituait déjà un document de réflexion sur la création d'un nouveau marché de l'électricité et s'opposait aux marchés de capacité. Un livre blanc, contenant certains ajustements, devrait être publié avant l'été.



Approche commune pour les mécanismes de capacité


L'UE, quant à elle, ne cherche pas à se débarrasser complètement du modèle du marché des capacités, a déclaré Miguel Arias Cañete, le commissaire en charge de l'énergie et de la protection du climat à Berlin.


« Nous voulons adopter une approche européenne, ou du moins régionale, des mécanismes de capacité », a expliqué le commissaire. Le marché intérieur commun ne peut fonctionner, a-t-il ajouté, que si les différents États coopèrent de manière régionale.


Cette proposition est une tentative de la Commission pour gagner le soutien des États qui jusqu'à présent se sont montrés sceptiques vis-à-vis de l'Union de l'énergie. Ces États membres sont toujours accrochés au principe de subsidiarité. Pour eux, l'approvisionnement en électricité, en chauffage et en combustible est l'une des compétences les plus importantes des gouvernements nationaux.



Avantages théoriques versus défis réels


Qu'une majorité des 28 États membres ne veut pas céder de pouvoir à Bruxelles sur les questions énergétiques est aussi dû au fait que les ressources énergétiques sont distribuées de façon très inéquitable dans toute l'Europe.


Malte et Chypre, par exemple, sont presque entièrement dépendantes des centrales alimentées au pétrole. En revanche, la production d'électricité en Suède est presque totalement exempte de CO2 et consiste en un mélange d'énergie nucléaire et hydraulique. Quant à la Pologne, elle produit environ 85 % de son électricité grâce au charbon et dans les pays baltes la combustion du bois est largement répandue pour produire de l'électricité.

>> Lire : Les énergéticiens français restent accros au charbon, mais à l'étranger


Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, répète à l’envi que cette union  permettra  accroître  la sécurité d’approvisionnement de l’Europe, de réduire la dépendance, notamment des petits États membres, vis-à-vis des importations, et de faire usage des renouvelables de façon plus efficace. Toutefois, les différents besoins des États membres rendent le projet particulièrement difficile à mettre en place.


Hildegard Müller, Présidente du conseil exécutif de l'association allemande des industries de l'eau et de l'énergie (BDEW), a appelé à un « respect des conditions nationales ». Pour atteindre l'objectif défini par l'UE de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d'ici à 2030, il est toutefois essentiel, selon elle, de « se concentrer de manière égale sur la protection du climat, la rentabilité et un approvisionnement stable ».


Un projet qui semble réaliste pour l'Allemagne, dont le modèle de protection du climat cherche à générer 80 à 95 % de son énergie à partir de ressources renouvelables d'ici à 2050. À l’inverse, pour des pays comme la Pologne, il s'agit d'un véritable défi, a déclaré Marek Woszczyk, de la société PGE, le plus grand fournisseur d'électricité de la Pologne.


Le pays respecte les objectifs de protection du climat, a ajouté Marek Woszczyk, mais il ne peut pas vraiment compter sur le vent ou le soleil et a des difficultés à couvrir les coûts d'une transition énergétique.


 Nicole Sagener 

traduit de l'anglais par Marion Candau




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