vendredi 8 août 2014

La France, première exportateur mondial d'électricité

Matières premières et énergie
Par Jean-Pierre Riou
Publié le 14 novembre 2013

L’Allemagne souffre de l’instabilité de sa production causée par les renouvelables
L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) a publié ses statistiques 2013. La France y est classée 1° exportateur mondial d’électricité (p. 27). Une telle place dans un domaine aussi stratégique que la production d’énergie est d’autant plus réjouissante que l’électricité française est une des moins chères du marché et que seuls 14% de sa production sont responsables d’émission de CO2. Cette performance méritait d’être signalée.

L’Allemagne, quant à elle disparaît du « top ten » où elle figurait encore l’an dernier. La légende est pourtant coriace et nous rappelle constamment que la France importe massivement son électricité depuis l’Allemagne. Qu’en est-il vraiment ?

La publication du 18/07/2013 de l’observatoire de l’industrie électrique explique les raisons de ces transferts d’énergie et mérite une lecture attentive. Nous y comprenons en effet que si les énergies renouvelables intermittentes n’ont produit, en Allemagne, que 13% de son électricité en 2012, la puissance installée éolienne + photovoltaïque représente 5 fois la puissance nucléaire du pays, c’est-à-dire un peu plus encore que les 63,130 GW de puissance nucléaire française.

On sait que cette production est aléatoire et que, même en France, qui pourtant bénéficie de trois régimes de vent différents, elle a été capable ponctuellement de varier dans un facteur de 1 à 100 pour l‘éolien, c’est-à-dire entre 63 MW (le 15/11/2012 à 14h) et 6198 MW (le 29/12/2012 à 15h30), ainsi que l’indique le site Eco2mix. On comprend ainsi pourquoi « un coup de vent sur la mer du nord ou un rayon de soleil en Bavière » activant les 63,9 GW intermittents allemands sont de nature à compromettre la sécurité du réseau électrique européen.




Ce document de l’observatoire de l’industrie électrique explique en effet les difficultés imposées à la France par cet afflux massif d’électricité, qui oblige EDF à moduler la puissance de ses réacteurs et même à les arrêter, notamment lors de la période de Noël 2012. Le 25 décembre 2012, en effet, la puissance éolienne allemande dépassait les 18000 MW (texte en allemand), entraînant le MWh, pendant 7 heures de suite, au cours négatif de moins 200€ ! Ce matin-là, il aura fallu payer les acheteurs plus de 40 millions d’euros pour qu’ils débarrassent l’Allemagne de 208000 MWh indésirables, capables de faire disjoncter en chaîne le réseau allemand. De tels éléments relativisent largement l’intérêt de certaines exportations coûteuses.

Pour bien comprendre les importations françaises d’électricité allemande, il faut enfin savoir que lorsque la France achète de l’électricité à l’Allemagne, elle en revend au même moment à la Suisse et que ces accords commerciaux, liés au cours du MWh, n’entraînent même pas obligatoirement le passage effectif de ce courant par nos frontières. Il peut en effet directement passer de l’Allemagne à la Suisse, en étant pourtant comptabilisé contractuellement comme une importation française depuis l’Allemagne. Est-ce la volonté de présenter la transition énergétique de l’Allemagne comme modèle qui amène à occulter les performances françaises et à travestir les problèmes allemands ?

Le rapport 2013 de l’AIE est établi d‘après les données 2011. Le bilan RTE 2012 indique une augmentation en France de 757 MW éoliens et 1012 MW photovoltaïques. Parallèlement, la production a subi une très légère baisse (moins 1,6 TWh) et une baisse plus marquée des exportations (moins 11,5 TWh), tandis que le CO2 augmentait de 2,1 millions de tonnes en raison d‘un recours accru au charbon.

Souhaitons que la France ne se trompe pas d’orientation.

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