vendredi 13 février 2015

Éoliennes: Mille petit Sivens

11 FÉVRIER 2015 | PAR VENTS POYAUDINS



La volonté des politiques et des industriels d’installer à marche forcée des éoliennes en France les conduit de plus en plus souvent à négliger les riverains, à limiter les informations, à favoriser les intérêts particuliers. La tragique affaire de Sivens n’a pas amené malheureusement de prise de conscience.


Silence, les primates...!


Le développement de l’énergie éolienne pose des problèmes imparfaitement résolus. Qu’il s’agisse de la technique elle-même : gestion d’une énergie aléatoire et intermittente, transport à partir de sites multipliés, rentabilité mauvaise (que l’usager devra compenser), implantation de machines en voie d’être dépassées techniquement. Ou qu’il s’agisse des dégâts « collatéraux » : bouleversement de sites, corruption.

Nous noterons que le Royaume-Uni a arrêté en décembre 2012 l’implantation d’éoliennes terrestres, et que le Danemark a déclaré un moratoire de deux ans.

De plus en plus de riverains (dans le monde) se plaignent de symptômes qu’ils attribuent à la proximité des éoliennes. Ces plaintes sont écartées par nos écologistes dogmatiques qui les reçoivent comme insincères, provoquées par une opposition archaïque à la transition énergétique voire à toute évolution technique , ou bien sincères certes, mais d’origine psychologique (donc sans importance ?). Ils ne s’appuient sur aucune preuve scientifique car faute de volonté et de financement les études sont rares, à charge ou à décharge.

Nous connaissons bien le problème du sanitaire s’opposant à l’économique. L’amiante, le sang contaminé, le Médiator nous apprennent que les faits ne finissent par s’imposer qu’après prise de bénéfices pour les uns et effets ravageurs pour les autres.

En 2006 pourtant l’OMS a jugé prudent de définir une distance minimale éolienne-habitation de 1500 mètres. Cette même distance a été retenue par l’Académie de Médecine en France. Pourtant le gouvernement Sarkozy-Fillon a décidé que ce serait 500 mètres. Sur quelle base scientifique ce choix a-t-il été fait ? Essentiellement sur un rapport fourni par l’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail), saisine 2006/005, intitulé « impact sanitaire du bruit généré par les éoliennes ».

Quel crédit accorder à ce rapport ?


La méthode de travail a consisté à « interroger de nombreux professionnels du secteur éolien » mais ceux-ci ont redirigé la demande vers leur syndicat, le SER (Syndicat des Energies Renouvelables), chargé lui-même d’interroger les professionnels adhérents et de centraliser leurs réponses (peu nombreuses au demeurant). Ont été fournies des mesures concernant les longueurs d’ondes audibles (comme indiqué dans le titre du rapport), données « à titre d’exemple », sans valeur statistique et sans précision sur les conditions de mesure.

Le ressenti des riverains figure peu dans l’enquête. Recueilli via les DDASS, il a été essentiellement ramené au nombre de plaintes. L’étude des infrasons, par définition inaudibles, n’a pas été développée bien que leur impact mérite une étude approfondie. Enfin dans la conclusion émise par notre agence de « Sécurité Sanitaire » on peut lire : « au vu de ces éléments, l’énoncé à titre permanent d’une distance minimale d’implantation de 1500 mètres vis-à-vis des habitations, même limitée à des éoliennes de plus de 2.5 MW, ne semble pas pertinent. Les avantages de la généralisation d’une telle distance, simple à mettre en œuvre, doivent être mis en balance avec le frein au développement qu’elle constitue ».

À l’occasion de la discussion sur la loi dite de transition énergétique nous avions donc adressé une lettre à Ségolène Royal demandant que les 1500 mètres soient respectés ; il nous a été répondu que la lettre était transmise au directeur concerné …

Chaque président de groupe de l’Assemblée et du Sénat a reçu une lettre similaire demandant que la distance éoliennes-habitations ne soit pas inférieure à 1500 mètres et modulée en fonction de la hauteur des machines (passée de 70 à 180 mètres) et de leur puissance (passée de 2 à 8 MW). Aucune réponse ne nous est parvenue.

Nous savions que ni l’absence de démocratie participative lors de la discussion des projets, ni la corruption liée au business éolien (cf le rapport du Service Central de Prévention de la Corruption) ne gênent nos élus, nous savons maintenant que le risque sanitaire ne les gêne pas non plus.


Commentaire: «La haine de la démocratie n’est certes pas une nouveauté. Elle est aussi vieille que la démocratie pour une simple raison : le mot lui-même est l’expression d’une haine. Il a d’abord été une insulte inventée, dans la Grèce antique, par ceux qui voyaient la ruine de tout ordre légitime dans l’innommable gouvernement de la multitude. Il est resté synonyme d’abomination pour tous ceux qui pensaient que le pouvoir revenait de droit à ceux qui y étaient destinés par leur naissance ou appelés par leurs compétences. Il est encore aujourd’hui pour ceux qui font de la loi divine révélée le seul fondement légitime de l’organisation des communautés humaines» (La haine de la démocratie, Jacques Rancière, La Fabrique, 2005)



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