samedi 6 septembre 2014

Éoliennes: L'armée vent debout

Coralie SCHAUB


ENQUÊTE


La possible extension des zones d’exclusion militaires provoque la crainte des professionnels.
L’armée française mettra-t-elle des bâtons dans les roues de l’éolien terrestre au point de compromettre son développement ? C’est ce que redoute la filière, qui s’affole d’un possible durcissement des contraintes militaires pesant sur les projets d’implantations. Bien que technique et discret dans les médias, le sujet devient brûlant : alertée, la ministre de l’Écologie et de l’Énergie, Ségolène Royal, cherche un compromis avec Jean-Yves Le Drian, son collègue de la Défense, avant le 1er octobre, date à laquelle commencera la discussion à l’Assemblée du projet de loi sur la transition énergétique censé doper les énergies renouvelables.

En quoi les éoliennes dérangent-elles les militaires ?

Pour faire simple, elles peuvent gêner les vols à très basse altitude - notamment des hélicoptères - et perturber la détection des radars. C’est pourquoi elles sont déjà non grata (ou très fortement contraintes) dans les couloirs d’entraînement des forces aériennes RTBA (réseau à très basse altitude), comme dans un rayon de 30 kilomètres autour des radars militaires. Ce que personne ne conteste chez les professionnels de l’éolien. La défense est d’ailleurs systématiquement consultée lors de l’élaboration des projets.



Sauf que l’armée supporte de moins en moins la cohabitation avec ces éoliennes de plus en plus hautes (en dix ans, les installations sont passées de 90 mètres à plus de 150 mètres) et de plus en plus nombreuses (au 1er août, le parc en exploitation atteignait près de 10 000 MW, deux fois plus que début 2010).


Résultat: Sur le terrain, notamment en Mayenne et en Aquitaine, l’armée se crispe «L’été dernier, elle a changé sa façon d’interpréter les règles. Du jour au lendemain ou presque, elle a bloqué 3 000 MW de projets quasiment aboutis, dont 2 500 MW avaient pourtant déjà reçu un avis favorable de sa part», déplore Sonia Lioret, déléguée générale du syndicat France Energie Eolienne (FEE) «Aujourd’hui, des milliers de mégawatts sont bloqués, c’est-à-dire qu’ils ont fait l’objet d’un avis négatif définitif de l’armée, confirme Jean de Saint-Chéron, du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Et bien plus nombreux encore sont ceux qui pourraient l’être demain si la défense tranchait dans le sens d’un resserrement des contraintes».


«Putsch». Car voilà le sujet d’affolement: L’armée pourrait décider d’élargir la zone «interdite» autour des radars de 30 à 50, voire 60 kilomètres de rayon (en fonction de la taille des éoliennes) et refuser désormais tout projet dans les zones d’entraînement Voltac (secteur de vols tactiques) et Setba (secteur d’entraînement à très basse altitude). Au total, 9 000 à 10 000 MW seraient menacés. Autant que le parc actuel ! «L’armée est en passe d’interdire unilatéralement l’installation d’éoliennes sur près de 60% du territoire. Un vrai putsch !» s’alarme le président de l’association Planète éolienne, Benoît Praderie «Il est normal que l’armée impose des contraintes. Le problème est de savoir où on place la barre. Là, ce serait énorme», ajoute Sonia Lioret.


Le ministère de la Défense confesse que les éoliennes commencent sérieusement à gêner ses opérations. Ni qu’il prépare une nouvelle doctrine en la matière (tout en bloquant nombre de dossiers en attendant) «Le développement de l’éolien doit aussi permettre de maintenir sa compatibilité avec les activités défense. Dès lors que le constat a été fait que cette compatibilité pouvait être remise en cause - multiplication des champs éoliens, augmentation de la taille des éoliennes -, il est apparu nécessaire d’instruire de manière plus approfondie les dossiers, euphémise-t-il. La défense a lancé une étude visant à définir au plus juste ses propres besoins opérationnels en termes de zones très basse altitude en particulier. Il s’agit, pour elle, de ne pas se tromper, car une fois installée, une éolienne l’est pour très longtemps».


«En gros, l’armée dit qu’elle a été trop sympa jusqu’ici. Ce n’est pas complètement faux: Dans certaines zones, il y a tellement d’éoliennes qu’elle ne peut plus s’entraîner, admet Jean de Saint-Chéron, du SER. Mais son retournement est très brutal : les développeurs se retrouvent le bec dans l’eau après avoir engagé des dépenses très importantes. Si l’armée durcit sa position, elle devra au moins revenir sur ses avis négatifs là où elle en avait d’abord émis des positifs. Sans quoi les conséquences économiques seront désastreuses».

Compromis

Plusieurs parlementaires et élus locaux s’en sont émus «J’ai alerté Jean-Yves Le Drian il y a cinq mois», confirme François Patriat, sénateur PS de la Côte-d’Or «J’en ai parlé avec le directeur de cabinet de Le Drian. Pourquoi l’armée française aurait-elle besoin de restrictions plus importantes que dans d’autres pays ?» s’interroge le député EE-LV Denis Baupin. Ségolène Royal, qui souhaite selon son cabinet un compromis «pragmatique et équilibré», a, fin juillet, «confirmé un dialogue» avec son homologue de la Défense .


Des solutions existent: Radars complémentaires là où les éoliennes masquent le signal, pales et mâts «discrets» dotés d’un revêtement ne perturbant pas les radars, logiciel intégrant l’existence d’un parc dans le champ de détection… De quoi affiner les zonages éoliens. Rien n’est tranché. Mais les deux cabinets ministériels doivent se rencontrer physiquement ces prochains jours «Ce qui ne veut pas dire qu’on va se battre», rigole un conseiller.


Sur le site http://www.sia.aviation-civile.gouv.fr, la carte du jour des zones militaires basses altitudes (AZBA) est éditée pour l'ensemble du territoire.

Elle indique aux pilotes les zones d'activités et les précautions à prendre :

Type de restriction : Contournement obligatoire.

Entraînement militaire très grande vitesse très basse altitude. Le pilote militaire n’assure pas la prévention des collisions.


Exemple du 8/09/2014 :


Message AZBA du 08/09/2014 à 07h30 TU au 09/09/2014 à 04h47 TU

R45A BOURGOGNE 0800-1000:ACTIVE

R45B AUTUNOIS 0800-1000:ACTIVE

R45C ARBOIS 0800-1000:ACTIVE 1330-1500:ACTIVE

R45D DOUBS 0800-1000:ACTIVE 1330-1500:ACTIVE

R45NS 0730-1000:ACTIVE 1130-1330:ACTIVE

R45S1 FRANCHECOMTE 0730-1000:ACTIVE 1130-1330:ACTIVE

R45S2 LANGRES 0730-1000:ACTIVE 1130-1330:ACTIVE

R45S3 YONNE 0730-1000:ACTIVE 1130-1330:ACTIVE

R45S4 MACONNAISOUEST 0730-1000:ACTIVE 1130-1330:ACTIVE

R45S5 MACONNAISCENTRE 0730-1000:ACTIVE 1130-1330:ACTIVE

R45S61MACONNAISNORDEST 0730-1000:ACTIVE 1130-1500:ACTIVE

R45S62MACONNAISSUDEST 0730-1000:ACTIVE 1130-1500:ACTIVE

R45S7 JURA 0730-1000:ACTIVE 1130-1500:ACTIVE

R46E2 0800-1000:ACTIVE

R46F1 0800-1000:ACTIVE

R46F2 0800-1000:ACTIVE

R46F3 0800-1000:ACTIVE

R46G 0800-1000:ACTIVE

R46N1 CORBIERES 0800-1000:ACTIVE

R139 CHER 0830-1000:ACTIVE

R142 NIEVRE 0830-1000:ACTIVE

R143 AUVERGNE 0830-1000:ACTIVE

R144 LOIRE 0830-1000:ACTIVE

R145 CREUSE 0830-1000:ACTIVE

R165 VIENNE 0830-1000:ACTIVE

R191A HERAULTEST 0800-1000:ACTIVE

R191B HERAULTSUD 0800-1000:ACTIVE

R191C HERAULTNORD 0800-1000:ACTIVE

R193A TARNEST 0800-1000:ACTIVE

R589A LOT 0800-1000:ACTIVE

R589B LOT 0800-1000:ACTIVE

R590A MENDESUD 0800-1000:ACTIVE

R590B MENDENORD 0800-1000:ACTIVE

R591 ALLIER 0800-1000:ACTIVE




R592 CANTAL 0800-1000:ACTIVE









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